Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

09 décembre 2019 à 08:07:37

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » La frontière

Auteur Sujet: La frontière  (Lu 345 fois)

Hors ligne azerta

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La frontière
« le: 25 octobre 2019 à 22:36:15 »

Kimberley,



De longues boucles rousses qui tombent en cascade sur une chute de rein tatouée. Kim trimballe sa silhouette nonchalante entre les murs de son appartement. Comme le soleil filtre à travers les rideaux pour éclairer ce tableau dans la douceur du matin, JMI se dit qu'il a réussi sa vie.
Une tasse de café à proximité, son ordinateur sur les genoux, de son balcon il regarde sa compagne choisir une robe légère et l'enfiler. Elle aime jouer à l'ignorer et il se ravit de la voir interpréter pour lui la diva magnifique. 
- C'est prêt demande-t-elle en prenant place en face de lui.
La brise que la mer rapporte jusqu'à leur terrasse, la surprend de fraicheur. La fraicheur n'est pas le froid, le froid elle l'a connu dans les bas-fonds de son enfance. Et c'est dans l'appartement luxueux de JMI qu'elle combat la misère aujourd'hui. Elle n'aura plus jamais froid, elle voudrait qu'aucun enfant n'ait plus jamais froid.
- Il est prêt ton texte, redemande-t-elle.
Elle est vive, impatiente, parfois sanguine, il traine à répondre, réfléchit, modère ses propos et l'âge ne joue pas pour lui.
- Tiens, lis-le, dit-il en tournant vers elle l'écran de l'ordinateur.
- Oh, non ! Lis pour moi, j'ai à peine dormi cette nuit, je veux regarder la mer. Dans une heure je dois rejoindre mon équipe pour retravailler ma présentation du texte de loi prévue mercredi. Lis-moi ton texte que je sache un peu ce qu'en dit la presse.
Kimberley rit, et quand elle rit, sa voix tombe en cascade comme ses cheveux. Ses doigts vernis enlacent une tasse de chocolat chaud, son regard se perd très loin sur la mer. Elle écoute. Elle écoute toujours attentivement, c'est comme ça qu'elle a appris. Quand on l'a retirée de sa famille, elle avait treize ans. Elle est entrée en foyer pour enfant placé comme on sort la tête de l'eau. Elle avait un bureau, des feuilles que personne ne jetait à travers la pièce, des stylo qui écrivaient bien, et chaque matin, elle pouvait de nouveau partir à l'école. Elle a écouté et elle a appris. Certains enfants étaient durs, elle l'était plus qu'eux, certains faisaient peur, elle les effrayait encore plus, certains savaient mentir, elle le faisait toujours mieux. Petite elle avait dû être forte, plus grande, elle a appris à devenir instruite. Aujourd'hui elle est députée.
JMI est journaliste, ou bien il l'a été. Il est parton de presse, parce que c'est ici que le pouvoir se joue. Est ce qu'il aime l'argent ? Est ce qu'il aime se pavaner et se faire flatter ? Rien de tout cela. Ce qu'il aime, il le partage avec Kim. Il l'a aimée en un instant, quand il a vu dans ses yeux qu'elle brûlait du même feu. Ils ont le même combat, ils éradiqueront un jour la misère. Et ce combat se gagnera avec le PE.
- Alors tu me le lis l’édito de ton journal sur le Permis d’Enfanter!
- Je n'en ai fait qu'une relecture. Tu connais Julien, je lui dis oui ou je lui dis merde. Il ne retravaille jamais un texte à ma demande.
- Julien est un con, tu devrais écrire tes édito toi-même, ils seraient bien meilleurs.
- Julien est un homme brillant avec un caractère de merde. Je suis content de l'avoir, c'est important de lui laisser sa liberté d'écriture.
- Tu ne crois pas toi-même à ce que tu dis, tu as déjà viré trois éditorialistes !
- Ils étaient mauvais, ils ne pensaient pas comme moi.
C'est JMI qui rit et tout de suite, le rendu est bien différent. Il incarne malgré lui la classe dominante, la satisfaction, l'homme blanc vieillissant, ce fameux pouvoir. C'est pourtant lui qui a accompagné Kim marche après marche, qui lui a donné la clef des portes trop dures à enfoncer.
Kim l'aime, aime le voir rire, aime le voir se battre, elle admire son aplomb, sa patience, sa tendresse aussi quand il est avec elle. Il fallait bien être le jour et la nuit pour mener un combat qui prendra des décennies et qui usera toutes leurs forces.
Alors demande Kim, tu le lis ce texte ? Ou bien je devrais utiliser mes armes pour l'obtenir...
-   Edito : Le permis d'enfanter est-il une forme d'Eugénisme ? démarre JMI.
La douceur de cette matinée, la chaleur de la tasse entre ses mains, et la perspective d’un monde meilleur, Kim écoutait en silence.
Quelque pièce plus loin, dans le luxueux appartement, Marie-Amélie claquait une porte, un livre à la main, elle quittait le logement, loin du spectacle répugnant de son père et sa nouvelle maitresse trinquant sur le toit du monde.

Marie-Amélie, fille de JMI


Ils s’étaient réunis dans un café. Personne n’était caché, ils étaient chez eux. Des boiteux, des trop grands, un trop petit, des binoclards, des dents tordues… La cours des miracles. Elle est entrée et elle a pris une chaise. Elle  a sorti un livre d’avant les réformes, un truc de Voltaire qu’elle avait piqué sur l’étagère de JMI avant de sortir. Candide. Ça devait être un truc pour les enfants, des histoires de guerre, avec un gosse qui raconte ça. Elle entrait bien dans son personnage, elle se surprit à plonger dans sa lecture sans garder l’œil sur son environnement.  Mais elle n’était pas là pour lire ces inepties d’un autre âge, elle devait absolument infiltrer les réseaux des opposants, avec ça elle allait enfin faire un reportage qui marquerait les esprits et inscrire son nom dans la liste des journalistes qui comptent, ne plus être la fille à papa qui a obtenu sa place sans mérite. Après avoir terminé première de sa promotion,  enfin eu son accréditation, elle avait prêté serment d’œuvrer pour le bien de l’humanité, elle et paradoxalement son parcours sans-fautes lui attirait les soupçons. Elle était près du sommet mais elle devait encore tout prouver. Elle allait rester en planque ici un moment pour qu’ils s’habituent à elle, quelqu’un finirait par lui parler de Tatonga, ou la conduire à lui, c’était une question patience. Elle levait les yeux : alors c’était bien vrai, tous ces hommes étaient des opposants à la réforme et ils ne s’en cachaient pas. Certains avaient moins de trente ans, ils étaient nés après, c’était obligé. Pourtant ils avaient visiblement envoyé baladé leur programme de santé. En face d’elle, un jeune homme avait gardé des marques d’acné sur son visage. Sa peau couverte de petites cicatrices semblait issue d’un manuel de la réforme, pour montrer ce qui arrive à ceux qui désactivent leur programme de santé. C’était si visible qu’elle se demandait si ce n’était pas une blague. L’autre en face de lui devait dépasser les deux mètres, le pic de croissance mal géré avait vouté son dos. Ces deux-là étaient pourtant si jeune, une vingtaine d’années, quel genre de parents pouvait désactiver volontairement le programme de santé de leurs enfants ? Les exposants à toute sorte de malformation ? Les plus vieux, elle pouvait encore comprendre, le programme de santé s’était mis en place progressivement dans les années 70, les familles les plus pauvres ou les moins instruites avaient mis du temps à comprendre et appliquer les règles. Sa grand-mère lui raconte encore quand elle a téléchargé l’application pour les soins dentaires, ils ont été dans les derniers à le faire car son mari trouvait que c’était un abus de pouvoir de rappeler à la population l’heure pour se laver les dents. Avant ça, les gens décidaient de se les laver quand ça leur chantait. Parfois tous les trois jours, ou jamais ! On retrouvait des gens avec des dents trouées par les bactéries et même des gamins auxquels on arrachait les dents dans une souffrance indescriptible. Les vieux finissaient leur vie avec des fausses dents, sur pivots ou en dentiers. Manger devenait un calvaire pour eux. Marie-Amélie frissonna. Le lieu devait pulluler de microbes, peut-être même que des maladies éradiquées de la zone civilisée se trouvaient dans ce café. Non seulement ces gens mettaient leur santé et leur vie en danger mais en plus celle du reste de la population. S’ils n’aiment pas notre système de santé, nos avancées technologiques, notre paix et notre prospérité, ils n’ont qu’à rejoindre les zones non-assainies, ils verraient si c’était mieux avant.
Personne autour d’elle n’avait sorti son ordinateur de bord, comme si personne ici n’avait de tâches journalières à accomplir. Marie-Amélie avaient plusieurs formations en cours, elle terminait toujours avant le délai estimé, que ce soit en développement de soi, en science, en histoire, ou pour son métier de journaliste. Que c’était agaçant ce livre sur ses genoux alors que la liseuse du journal de bord lui aurait donné le résumé et l’interprétation de Candide de Volaire en en claquement de doigt. Sans user sa rétine grâce à un écran adapté parfaitement à son besoin de luminosité.
Eclat de rire, les gars qui jouent aux cartes comme une troupe d’enfants dans un bac à sable semblent trouver quelque chose de drôle. Marie-Amélie, happée par le bruit lève la tête vers eux. Du haut de ses Vingt-cinq ans, elle les trouve puérils, crasseux…et pourtant elle sait qu’il faudra s’approcher d’eux pour en savoir plus. Ça devait arriver. Un jeu sans arbitre, une bande de caractériels qui ont surement craqué leur journal de bord pour ne plus suivre le programme d’acception de l’autre. Le cocktail était explosif.
-   Mais vas-y !!! Dis-lui carrément d’aller à Pique ! Depuis le début vous jouer à la parlante, tu ne vas pas fermer ta gueule !
-   Oh Dédé, tempère Gaston, de toute façon il allait y aller… Ne t’énerve pas comme ça !
-   Ca y est, tu perds alors tu t’énerves répond un autre vieux. Alors on la fini ou tu vas encore faire ton mauvais perdant, demande Geveil. Plus intéressé par la psychologie humaine que par la couleur annoncée.
Beaucoup d’insultes. Un papy jette ses cartes, l’autre allume une cigarette. Une jeune femme en surpoids, avec un IMC au moins supérieur à 25 vient s’interposer.
-   Eteins vite cette cigarette Gaston, on va encore avoir la police. Va dans la cours derrière pour fumer.
« Ah, il y a une cours à l’arrière » note Marie-Amélie. Elle décide de s’en aller avant que la nicotine atteigne ses poumons. Elle prend voltaire sous son bras, son précieux sac dans l’autre avec son journal de bord à l’intérieur. Déploie ses longues jambes, dont elle joue à travers sa jupe fendue. Elle passe régler au comptoir à la serveuse trop grosse. La journaliste agite discrètement sa chevelure parfaite pour tenter d’accrocher le regard des jeunes gens autour. Mais personne ne lui prête d’attention, ils semblent préférer une bande de marginales, trois filles de mauvais genre qui rient trop fort, et se racontent des blagues douteuses. Marie-Amélie reviendra. Elle va se reposer, débriefer, réfléchir. De grès ou de force ce monde deviendra le sien. Elle veut tout connaitre d’eux. Les montrer comme personne ne les a jamais vus. S’ils ont des lieux de rencontres comme ce café, ils ont forcément du nombre, une structure, des finances, elle veut tout savoir sur eux.

Arrivée dans son espace de co-working, elle commence à écrire. Elle revoit Kim et son père, du haut de leur terrasse. Décidant du monde et se congratulant de ce qu’ils en ont fait. Et elle, elle voit tout ce qu’il reste à faire. Ces rebelles, leur dents tordues, leur dos vouté, eux, ceux qui ne rentrent pas dans le moule, qui ira les chercher, elle ira, Marie-Amélie, elle n’avancera pas sans eux. Ce n’est pas dans sa chambre aux murs blancs, le regard perdu sur l’horizon qu’elle écrira son article, c’est ici. Entouré des travailleurs pauvres du co-working, ceux qui s’enferment dans les boites insonorisé pour démarcher les clients d’une boite qui n’a pas un coin de bureau à leur offrir. Ceux qui n’ont pas le temps de travailler leur module de développement personnel parce qu’ils atteindront leurs objectifs de vente à lourde peine. Ceux qui ne sont pas vifs d’esprit mais qui travaillent, ceux chez qui la bonne volonté est le dernier rempart avant l’exclusion. Quand elle pense à ces profiteurs, ces inconscients, qui fument, qui jouent, qui parlent mal, et ne se lavent peut-être même pas, il en faudrait peu pour qu’ils contaminent ceux dont la vie est si dure. Pour qu’ils viennent recruter ici des opposants en leur faisant miroiter les libertés faciles. On a atteint à lourde peine, un monde structuré, organisé, sécurisé. On doit le protéger.
-   Pardon, j’ai lu par-dessus votre épaule, vous être Marie-Amélie ? La fille de JMI ?

Hors ligne Jonque

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Re : La frontière
« Réponse #1 le: 26 octobre 2019 à 16:50:30 »
Ouh, ça fait froid dans le dos
J'aime beaucoup ton texte, ta manière de décrire cette dystopie
Je trouve qu'on rentre assez bien dedans

Je crois avoir vu quelques coquilles par contre
La fin tombe un peu à plat, je trouve... c'est dommage
"Un chien géant, c'est comme un chien mais en plus grand"
Un chien géant - Ultravomit

Hors ligne txuku

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Re : La frontière
« Réponse #2 le: 26 octobre 2019 à 18:43:19 »
Bonjour

Un bon debut ! :)

J espere que c est bien une histoire a suivre ???
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne azerta

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Re : La frontière
« Réponse #3 le: 04 novembre 2019 à 21:12:50 »
Merci Jonque et Texuku vos encouragements me motivent.

Oui, le texte doit encore être poursuivi. C'est un dévut de romans, je fais beaucoup de début, rarement je vais jusqu'à la fin  ;D

Hors ligne azerta

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Re : La frontière
« Réponse #4 le: 02 décembre 2019 à 15:52:43 »
Gaston a un secret.

Papy Gaston a un secret. Un truc qu’il adore par-dessus tout. Et qui l’aide à pédaler. C’est pour ça qu’il vit si loin de tout. Ha la Belle italienne ! Il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas d’elle dont on parle. Il y a donc la belle Italienne qui vit loin de tout avec lui. Et qui peste d’être si loin. Une heure et demie de vélo pour rejoindre son petit paradis reculé, car quand on vit auprès de ceux qu’on aime, c’est toujours le plus beau des refuges. Il rejoint donc la Belle, et son secret.
 Entre 2020 et 2040, la population mondiale a été décimée de 90 pourcent. Ça en fait des logements vides et les campagnes n’étaient pas de ces lieux où il était prudent de trainer. Sans police, sans ordre, sans soin et pour finir sans nourriture, il valait mieux rester grouper, rester en ville. La belle de Gaston est belle depuis 60 ans, soixante ans qu’elle ne cesse d’être belle. En ces temps reculés et dangereux, vivait une belle Italienne, et Gaston avait vingt ans. C’était un peu la guerre, beaucoup la famine. Les hommes se cachait ou bien luttaient, souvent les deux. Il était interdit de nourrir les animaux, et encore moins les humains non identifiés. Les premiers ayant rapidement disparus, parait-il mangé par les seconds.

Tout était arrivé très vite. La sècheresse avait frappé trois ans de suite, la troisième année, la reconversion était devenue obligatoire, plus d’élevage de bovin, puis dans la foulée, plus d’élevage tout court. La population n’avait pas eu le temps de se révolter contre les rayons vides des supermarchés privé de produits laitiers et de viande qu’ils n’avaient déjà plus de blé. Ces pauvres gens, en ces temps reculés ne savaient pas comment survivre sans les supermarchés qui tel le bon sein les avaient toujours nourris à satiété. Le gouvernement s’est mis à produire du pain et à le distribuer contre présentation de carte d’identité. Des voix populistes ont commencé à se faire entendre : Était-il normal de distribuer du pain en prison ? Donner aux criminels ce qui faisait défaut à nos enfants ? C’était le début de la fin. L’argent de valait plus rien. Le système de distribution de pain était prêt à s’écrouler, tout le monde hurlait dans les rues. On a réduit les rations de pain dans les prisons, fait sortir les assassins et fait entré les leaders de ces mouvements de foule incontrôlables. Mais rien de les arrêtait plus. On a dû fermer les écoles, puis les hôpitaux. On disait aux familles, ramenez vos malades chez vous. Ici, on ne peut plus rien pour eux. Il aurait fallu enfermer tout le monde, plus personne ne suivait aucune consigne. Ça sentait le brulé partout, on ne relevait plus le nombre de morts dans les manifestations. On mettait des planches devant les fenêtres pour éviter les pillages. Chacun cachait ses petites provisions.  Ils ont élu Delsey dans un chao sans nom. C’était un monstre, on se déchirait dans les rues, ne fallait-il pas passer par là pour sortir du chao. La rue voulait du pain, et du lait, et de la viande. Lui allait faire le tri et les braves gens seraient nourris. C’était très simple. Une carte d’identité pour les braves et pour les autres on la désactivait. Après trois ans de pire en pire, on avait touché le fond. Les évadés de prison, les clochards, les fous, les malades, les isolés, le trop faible, ceux qui n’avaient simplement pas compris comment il fallait activer leurs droits, ils erraient comme des âmes en peine, le ventre creux. C’était arrivé à peu près comme ça mais chacun avait sa façon de le raconter.
Gaston a été bercé par ces histoires puisqu’il était né dans ces temps reculés. La Belle Italienne aussi, l’histoire était la même un peu partout. Ses parents étaient venus quand Delsey avait été élu. Il promettait une carte d’identité à toutes les infirmières diplômées. Les hommes disparaissaient, le gouvernement recrutait à tour de bras, on était avec ou on était contre. Avant le gouvernement unifié, c’était l’enfer sur terre.
Mais rien n’arrête la vie. La belle Italienne avait 18 ans, elle marchait la tête haute. Son teint était mat. Les familles cachaient leurs filles, Gaston trainait les rues. Ca la faisait rire. Gaston disait : « camarades unifiez-vous » Il avait lu ça dans les livres poussiéreux de son pote Dédé. Et la Belle Italienne l’avait prédit : Vous ne changerez pas la nature de l’Homme.
Vingt ans de misère et de dictature, ça détruit un pays. Alors à l’échelle du monde entier, c’était horrible. Le despotisme s’était installé partout. Des plus pauvres aux plus riches, aucun pays n’était passé à travers les mailles de ce filet qui avait ratissé le monde. Il restait les livres parce que ça ne mange pas de pain. Et le web n’était pas encore sécurisé. On n’avait pas mangé les écrans, ils étaient toujours là diffusant des idées aussi diverses que variées. Dans ce marasme, Gaston avait été l’un des premiers à le soutenir, le gouvernement unifié, pour tous les peuples. C’était une belle idée. Il avait vingt ans et rien n’arrête la vie. En 2040 le gouvernement unifié a pris le pouvoir, ils criaient de joie, il a embrassé la belle Italienne. Ils ne se sont plus quittés. Oui, le gouvernement unifié, il y a cru et il a participé à sa construction avant d’en toucher les limites et de rejoindre la rébellion. La Belle n’est donc pas le secret de Gaston. Le secret est ailleurs.
Il y a 10 ans, la Belle Italienne était déjà belle depuis 50 ans, Gaston s’était lassé de courir derrière moins belle qu’elle et ils coulaient de heureux jours dans leur maison à la campagne. Sur son Tableau de bord, la Belle n’avait que des bons points, tout le voisinage l’évaluait comme la plus gentille mamie du coin. Et elle avait rempli toute les conditions pour un logement assisté en ville. Avec la climatisation, une assistante de vie 3 heures dans la semaine, une livraison à domicile des produits de première nécessité et tous ces avantages qu’elle s’usait à expliquer à Gaston.
-   Si tu valide au moins trois modules de ce maudit tableau de bord, on aura une évaluation suffisamment positive pour obtenir un appartement grand âge pour nous deux !
A pas de souris, Gaston quittait la pièce, il n’osait pas dire non, il faisait trainer ses conditions.
Il filait dans la forêt, accompagné de son vieil ami Geveil.  Lui et son réseau avait l’habitude de secourir les non-identifiés. On n’avait pas renoué avec la prospérité mais tout le monde mangeait à sa faim. Geveil avait trouvé une portée de chiot dans la forêt. La population animale étant strictement réglementée, les chiens avaient quasiment disparu. Il y avait une équipe de gestion animalière qui allait passer pour les récupérer. Il avait signalé ça sur son ordinateur de bord.
-   Regarde leurs yeux ! On ne peut pas leur faire ça. Il faut les planquer.
-   Tu es fou, avait répondu Geveil, on ne va pas mettre en danger tout notre réseau pour une connerie pareille.
-   Ils valent autant qu’un homme, avant il y en avait dans toutes les familles. Ils sont très intelligents et sensibles, incapable des horreurs que commet l’homme au quotidien.
-   On recycle tous les déchets, tu vas les nourrir comment ces bêtes, ils vont crever au prochain été.
L’équipe de Gestion Animalière était venue les prendre. Geveil avait su lui faire entendre raison, mais le soir même, il avait déposé Grenache chez la Belle. C’était un beau berger Allemand. Il était là le grand secret, dans un carton dans la grande cour de la maison de la Belle.  Et c’était pour lui que Gaston n’avait jamais quitté la campagne, jamais quitté les rangs de la rébellion non plus. Depuis dix ans, ils n’ont pas quitté la campagne. Il faut assez d’espace et des voisins fiables pour planquer Grenache. La Belle avait pourtant résisté à toutes les concurrentes qui avaient parsemé la vie trépidante de Gaston. Et maintenant, elle partageait son amour avec Grenache.

Jason, et ses amis.

Clac !  Le bruit du ballon qui rebondi sur le bitume du terrain. Parce qu’il n’y a rien de plus cool.
-   Allez, la pause est finie, on y retourne, suffoque Azzi en bloquant la balle.
-   Vas-y une dernière. Mort subite, celui qui marque remporte tout.
-   T’es vraiment prêt à tout pour ne pas y retourner. T’as 10 paniers d’avance, c’est bon t’as gagné.
L’espace de co-working propose un petit espace relaxation, trois lits-banquettes, un sauna- douche et lampe solaire pour compenser le manque d’exposition aux rayons naturels. L’espace extérieur reste cependant recommandé, il dispose d’une cage de foot, un panier de basket et un panneau de rappel : « le sport est votre meilleur allié pour la santé – Jeux vidéo strictement interdit dans l’enceinte du co-working »
-   On a dit une heure par jour, et une heure de jogging, ordonne Jason. 
-   On a joué plus d’une heure et tu m’obliges à venir travailler en courant. C’est bon, j’ai atteint mon objectif. Et toi, laisse tomber, ton corps d’athlète ne changera rien au problème.
-   Je l’ai vue ! réaffirme Jason.
-   Oui, il l’a vue. Confirme une fille assise sur un banc, son ordinateur de bord sur les genoux.
-   Ok, tu l’as vu, concède Azzi.
Les deux complices se moquent gentiment de leur ami commun.
-   Allez, va travailler, je vais lui envoyer les dix paniers qui te manquent dans les filets, tranche la fille en se levant. Il me reste vingt minutes d’activité physique intense. A moins que tu n’aies une autre idée à me proposer Jordan….
Elle se lève, range son ordinateur de bord, arrache le ballon des mains d’Azzi, et marque un panier sous le regard perplexe de Jason. Sonnie est frêle et dynamique. Drôle, souvent furieuse, toujours première. Parfois méchante, parce que la vie l’est aussi.
-   Laisse tomber Sonnie, il est envouté. Et puis tu sais bien que l’homme de tes rêves c’est moi.
-   Evidemment, Jason n’a pas d’idée de toute façon, aucune qui n’entrent pas dans son plan de développement. A force de développer ton intelligence, il n’y a plus de place pour l’esprit dans ta petite tête, dit-elle à Jason, en lui envoyant une balle comme un boulet de canon.
-   
-   T’as l’air d’un con planté comme ça. Parce que toi tu l’as vue, mais Marie-Amélie, elle ne t’as pas vu, continue Sonnie. T’es transparent pour elle. Elle vient surement faire un article sur ces braves travailleurs du co-working, comme la gestion animalière qui va filmer la réintroduction des moutons à la campagne. Elle s’en fout de toi et au mieux elle t’étudie.
Jason, se met à dribler et avance tranquillement vers le panier. Tel un ouragan, elle le rejoint, frappe le ballon de basket qui s’envole dans les airs. Il tente de le rattraper et d’une gifle bien placée elle l’envoie à Azzi. Ce dernier réceptionne le missile avec surprise et le pose au sol.
-   Ca y est, vous m’avez gavé avec vos histoires. Je retourne à l’intérieur, je me fais encore 10 dépannages sur la hot line et je rentre. Bye ! J’en ai ma claque de passer mes journées ici. Et c’est la balle qu’il faut frapper Sonie, pas le pauvre cœur meurtri de Jason !
Sonie se marre.
-   Le cœur meurtri de Jason, hahahhahahaha et tu le situes où ? Si on ouvrait sa cage thoracique, on y trouverait un trou béant. Gardez votre ballon, et t’as qu’à prendre mes clients Jason, moi je me barre, dit-elle en quittant la cour.
Il fait frais. Clac. Clac. Clac. Sonnie est parti. Azzi s’est assis. Clac. Clac. Clac. Jason s’approche de lui.
-   Tu crois qu’elle est partie les rejoindre ?
-   Tu lui as brisé le cœur.
-   Arrête tes conneries, c’est elle qui m’a quitté, se défend Jason. Et elle m’en a fait voir de toutes les couleurs avant ça… Et après aussi.
-   N’empêche qu’elle t’aimait.
-   Au début, peut-être, on a grandi ensemble, on a passé ensemble la porte de l’espace de co-working, putain, Azzi, t’étais avec nous, on était fous de joie, on était les plus forts, on était les seuls à venir des familles en accompagnement intensif, les seuls à rentrer dormir dans les dortoirs de l’état, les seuls à savoir où on allait parce qu’on savait ou on ne voulait pas retourner. Avec Sonnie, on n’était pas juste des jeunes amoureux, elle était tout pour moi.
-   Ce n’est pas elle qui a changé, c’est toi, répond Azzi en sortant une unique cigarette de la doublure de son jogging.
-   Tu vas pas fumer ici, t’es fou !
-   Tu vois qui a changé. Avant tu étais avec nous dans tous les plans. Les bons et les mauvais, on se moquait d’eux et leur système, on voulait tout décrocher pour arriver en haut mais ne jamais devenir comme eux.
-   « Eux » c’est qui « eux », C’est Sophie, Louis, Kayan, les gars avec qui on travaille tous les jours, c’est « eux » que tu détestes ?
-   Je n’ai pas dit que je les déteste, mais moi je sais que je ne suis pas comme eux. Et toi tu l’as oublié. Moi, je ne balance pas à la figure de Sonnie qu’elle n’arrive pas à la cheville d’une Marie-Amélie.
-   Vous me saoulez ! T’as qu’à les rejoindre toi aussi. Vas-y. Je n’ai besoin d’aucun de vous. Vas-y, fumes ta cigarette sous la caméra et ne viens pas me dire après que tu t’es fait viré du co-working parce que tu n’es pas comme « eux » Vas-y !
Jason baisse subitement d’un ton, il attrape le visage d’Azzi des deux mains. Il fait toujours aussi frais, la nuit tombe. Le ballon a roulé dans un coin de la cour.
-   Vas-y, rejoins la résistance avec Sonnie, mais n’oubliez jamais que vous aviez tout, tout dans vos mains et c’est vous qui êtes partis. Moi j’ai mieux à faire, je ne gâcherai pas ma vie pour vos idéaux biaisés. On est plus fort, plus intelligent que personne ici. J’ai rien oublié, je sais où je vais, vous ne pouvez pas en dire autant. 
Jason ramasse le ballon de basket et sans attendre la réponse d’Azzi, il prend la direction du vestiaire. Une bonne douche, c’est une douche chronométrée, car la consommation d’eau est réglementée. Il prend le temps de s’habillé impeccablement. Il ajuste son costume dont il prend un grand soin. Il brosse ses cheveux noirs et les discipline avec un gel composé de produit cosmétiques biologiques. Il coiffe ses sourcils noirs aussi, regarde longtemps ses yeux noirs dans le miroir. Il coche quelques cases sur son ordinateur de bord.
-   70 minutes de sport intensif
-   70 minutes d’exposition à la lumière naturelle du soleil
-   15 de socialisation avec ses collègues de travail. Sonnie. Azzi.
Evaluer votre rapport amical. Non, il décoche. Ils mériteraient un bon zéro chacun, voir même une signalisation pour mise en danger de la société. Il re-coche aussitôt la case. Il leur donne 4/5 à chacun. Sonnie est partie trop tôt, elle ne fait jamais ça. Elle n’a pas reçu tous ses appels de clients. Azzi est occupé à fumer sous la camera. Il voudrait s’en foutre de tout ce talent gâché, s’en foutre de ses seuls vrai amis, ceux qui ont remplacé la famille qu’il n’a pas. Il leur envoie quelque étoiles.
-   1 douche journalière
-   1 brossage de dent
Jason sort du vestiaire, il va partager son repas du soir avec Kayan dans l’espace restauration du co-working. Un repas équilibré, bien évidement dont il détaillera la composition dans son journal de bord. Il travaillera jusque tard dans la nuit. Il croisera Azzi, ils ne se parleront plus. Le cœur lourd, mais le pas assuré, il reprend la marche vers ses objectifs.
Il est déjà 2h du matin. Jason est au bout des objectifs de sa journée. Azzi et Kayan sont partis depuis longtemps. Il s’apprête à remplir son ordinateur de bord et quitter le co-working quand une voix le fait sursauter.
-   Bonsoir Azzi.
C’est elle. Marie-Amélie.


Julien est un con.


Edito : Le permis d'enfanter est-il une forme d'Eugénisme ? (chapitre à écrire qui devrait s’insérer ici)


Grenache, le chien de Gaston,

L’odeur du café flotte dans la pièce, le bruit des tasses que l’on débarrasse, cette maison qu’il adore, il est temps d’aller promener son compagnon. Il lui fait signe, et c’est à jurer qu’il l’a compris ! Comme si, sans parole, leurs cœurs se répondaient. Grenache en est certain, les hommes sont tout à fait capables de ressentir et d’aimer comme n’importe quel animal. Ils sont seulement limités par leurs sens qui sont peu développés. L’homme doit faire analyser toutes les situations par son cerveau, c’est son seul moyen pour comprendre ce qui se passe. Comme son cœur et son instinct sont très peu utilisés, l’homme se trompe souvent, ce qui explique les nombreuses catastrophes qui sont arrivé à travers lui dans le monde.
Mais Grenache pourrait le jurer, quand il plonge son regard dans celui de Gaston, il sait que l’homme est un animal comme les autres, il est capable d’aimer aussi et son instinct n’est pas mauvais, juste dénaturé par des millénaires de mauvaise utilisation. C’est à tout cela qu’il pensait regardant la Belle laver les tasses que Gaston essuie. Ils sont si mignons ces humains, on s’y attache.
Le chemin pour rejoindre la forêt n’est plus vraiment sûr, parfois des jeunes de la ville voisine s’y aventurent. Grenache a habitué Gaston à ne pas crier, par sécurité. Dès que le portail de la cour s’ouvre, il part, ventre à terre, et l’attend à la lisière de la forêt. Il a fallu éduquer Gaston correctement pour qu’il ne se mette pas à courir derrière lui, pauvre humain, à son âge, si vous l’aviez vu, courir derrière Grenache, hurlant son nom, il était tout perturbé. Et après on dit que les hommes n’ont pas de cœur… Bref, il s’est habitué, Gaston, maintenant accepte que Grenache aille se mettre en sécurité et le rejoint paisiblement au point de rencontre. Il n’est pas facile d’apprendre à un homme à reconnaitre un arbre, ou un territoire, mais Gaston a quelque chose d’animal, c’est surement pour ça qu’il est si attachant.
Ce jour-là, comme chaque matin, Grenache attendait Gaston, une centaine de mètre plus au nord. Son odeur familière approchait lentement. Museau dans le vent, Grenache humait l’air histoire de s’assurer qu’ils ne seraient pas dérangés par la brigade de gestion animalière, mais le chagrin flottait dans l’air. Au loin il entendait le sanglot d’une jeune humaine et le sol avait été foulé par une femelle en fuite. Gaston arrivait à pas tranquille, impossible d’expliquer à ce pauvre homme que l’un de ses congénères était en difficulté. Il avait été dressé à reconnaitre quelque aboiement ou mouvement, l’humain comprenait au moins que quelque chose clochait. Il fallait le conduire jusqu’à la jeune humaine en le devançant suffisamment pour qu’il ne puisse pas lui passer une laisse autour du cou, en restant suffisamment près pour qu’il le voit et le suive.  Comme à chaque fois, il confondait avec la brigade de gestion journalière, il comprenait le danger mais était incapable de l’identifier. Et comme toujours Gaston s’inquiétait et tentait d’obliger Grenache à rentrer à la maison pour le mettre à l’abri.
-   Reviens là ! Bougre d’idiot ! criait l’homme. Au pied ! Tu vas voir, c’est fini les ballades sans laisse ! Grenache ! Je n’ai plus vingt ans pour te courir après.
C’est vrai que les hommes sont mignons, comme si a vingt ans  il avait eu une chance de gagner Grenache à la course. Enfin, l’homme ne sentait rien, ne comprenait rien et il fallait le mener jusqu’à elle. Ça n’a pas été facile, mais Gaston est un brave homme et malgré son grand âge et il a bien suivi. Evidemment, les voyant approché, la jeune humaine a pris peur et a commencé à courir. Les humains savent pourtant que les chiens courent plus vite qu’eux mais leur instinct n’a pas d’autre option, ils ne savent plus se cacher correctement ni se mettre à l’abri. Donc elle court. Grenache lui part après, et elle se met à hurler. Voilà, puisqu’on en parle, ce que Grenache voudrait expliquer à l’homme. Soit on fuit, discrètement et silencieusement, ce qui n’est pas la plus mauvaise des solutions, à condition d’être le plus rapide. Soit on crie, aboie,  brame, croasse, hurle ou hulule, on fait face comme on peut. Mais l’homme, part en hurlant, très mauvaise stratégie, avec un fonctionnement pareil, c’est à se demander comment ils ont survécu jusque-là.
Au loin, Gaston essaie encore de rappeler Grenache. La jeune fille a fini par tomber toute seule et elle hurle toujours autant. Ses hormones atteignent directement le cerveau de Grenache en traversant ses narines, elle attend un bébé. Grenache recule, elle est terrorisée et désespérée, il a peur de prendre un coup tant elle se débat. Gaston arrive enfin.
Les humains parlent beaucoup pour échanger peu d’informations, ou en tout cas une grande quantité d’informations inutile. Quand la jeune fille semble calmée, Grenache va faire son petit tour, confiant l’humaine à l’humain, il est temps pour lui de se détendre. Il va fouiner un peu autour pour voir qui est passé par là ces dernier jours, il adore faire ça. Il a toujours l’espoir d’humer le passage d’une jolie chienne sur son territoire. Hélas, elles sont plus rares que les grosses bottes en caoutchouc de la brigade de gestion animalière. Ah oui, les humains, que se disent-ils ? Un seul parle, c’est Gaston, il essaie de relever la jeune humaine, qui le repousse. Il pose de nombreuse question auxquelles elle ne répond pas. Il tourne autour d’elle tout inquiet. Ça dure longtemps, il négocie pour gagner sa confiance.  Elle finit par le suivre.
Qu’on est bien chez soi. A peine le portail ouvert, Grenache file dans sa cabane. Il lape sa gamelle d’eau et s’offre un sommeil bien mérité. Mais les humains eux, ils sont tout en ébullition. Par la fenêtre ouverte, Grenache entend tout, cette tension le dérange un peu dans son sommeil. Ils disent des choses comme ça :
D’abord la Belle a crié : « Mon Dieu ! D’où sort cette gamine ! Elle est blessée ! » Elle a de petite écorchures sur les mains, mais les humains paniquent à la moindre goutte de sang.
La Belle et Gaston se sont ensuite disputés devant la « gamine » muette et en larme. La Belle voulait la cacher, Gaston lui disait qu’elle était folle. Puisqu’elle n’avait pas de tableau de bord c’était surement une non-identifié. Gaston a répondu qu’elle avait pu le perdre dans sa fuite et que de toute façon il n’y avait plus de non-identifié depuis des années, que les derniers avaient été expédiés hors de la frontière ou intégrés par le gouvernement. Les frontières sécurisées et infranchissables, plus personne ne passe à travers depuis longtemps. Gaston disait que cette petite fille devait avoir des parents morts d’inquiétude. Les humains font ça aussi, ils considèrent leur jeune comme des enfants très longtemps, celle-là avait déjà un petit en route dans son ventre, et eux ils en parlaient comme d’un enfant.
A ce moment-là, la Belle n’a pas été très gentille, elle a dit
-   Ca fait des années qu’on cache ton clébard et tu voudrais livrer cette pauvre gamine au gouvernement ? Tu sais qu’ils la renverront mourir de l’autre côté.
Elle a fait les mêmes yeux que Grenache quand Gaston dit que la balade est fini mais que le chien veut se promener encore. Mais ce n’était quand même pas gentil de s’en prendre au clébard, qui n’avait rien demandé et dont la sieste était déjà fort perturbée.
Voilà, c’est ainsi que s’est passé la ballade de Grenache ce jour-là. Le premier jour, la gamine a dormi dans la chambre de la Belle, à la place de Gaston qui a dormi dans le canapé. Et le matin suivant, la Belle a déménagé toute la cabane, le peu d’outil qui restait à Gaston, et toutes les traces de Grenache. Elle a décidé que la gamine se cacherait ici si quelqu’un venait à entrer.
-   Et Grenache ? a demandé Gaston.
-   A la cave, a répondu la Belle.
La cave c’était vraiment nul. Mais comme la Belle était très à cran, Gaston et Grenache n’ont trop rien dit. Le soir même Gaston a appelé Tatonga, histoire de se renseigner sur d’éventuels non-identifié qui auraient passé la frontière récemment. Il y avait bien quelques passages dont il avait entendu parler. Mais ce n’était que de jeunes hommes, il allait leur parler et il passerait voir Gaston dans la semaine.
De son côté la Belle avait appelé Geveil, il avait encore ses amis au gouvernement, et il allait voir si des jeune filles avaient fugués ces derniers temps.
Et Grenache savait déjà tout, il leur aurait bien expliqué s’ils avaient su écouté. Grenache savait bien pourquoi elle se cachait et il savait bien qui elle attendait. Heureusement, parce qu’il en avait marre d’être envoyé à la cave à chaque fois que quelqu’un bougeait dans le quartier, sa cabane lui manquait.



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Re : La frontière
« Réponse #5 le: 02 décembre 2019 à 17:09:35 »
Bonsoir

Les coquilles :
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[dans un chao sans nom/quote]et
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sortir du chao
chaos.

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du pain, et du lait, et de la viande
trop de et

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ils erraient comme des âmes en peine
pourquoi ce ils - le sujet se situe avant !
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ils coulaient de heureux jours
des jours heureux me parait mieux ?
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Re : La frontière
« Réponse #6 le: 02 décembre 2019 à 18:16:52 »
Merci beaucoup, je vais corriger ça dans la soirée  :)

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Re : La frontière
« Réponse #7 le: 04 décembre 2019 à 22:53:00 »
Julien, le rédacteur en chef du journal de JMI

Edito : Le permis d'enfanter est-il une forme d'Eugénisme ?
Julien est le genre d’homme qui arrive en retard à la réunion mais que personne ne signale sur son journal de bord. La débriefe du matin a déjà démarré mais ce n’est que lorsqu’il aura donné son avis que l’équipe prendra note de la direction à suivre pour la journée.
-   La députée Kimberley Jovichey donne une interview sur le permis d’enfanter, on couvre ? demande la responsable du département politique du journal.
-   Pas question, répond un collaborateur de la rubrique people, tout le monde connait sa relation avec JMI, on va se faire lyncher, le journal est déjà accusé de servir le gouvernement, c’est un coup à perdre définitivement notre crédibilité.
Ils sont trop sages, insipides, s’il fallait attendre ces gens pour faire un journal, il serait plus intéressant de lire le dictionnaire. Et ça parle encore… Julien n’est pas arrivé assez en retard. Il va falloir les supporter encore un peu.
-   On ne peut pas faire l’impasse, se défend la responsable du département politique, le permis d’enfanter, c’est la révolution à la fois sociale et politique, c’est le grand changement de notre époque. Si Kimberley Jovichey fait passer cette loi, toute notre société aura pris un virage capital. Julien, qu’en penses-tu ?
Voilà, c’est l’heure à laquelle il aurait dû arriver. 9h27. Cette équipe d’incapables a pu se passer de lui 27 minutes. Le monde reconstruit est un journal historique, le plus grand, le seul indépendant. Les autres lèchent tous la patte du gouvernement. Avant 2040, avant l’arrivé au pouvoir du gouvernement unifié, ils ont été les premier à se remettre debout. On raconte que ce sont eux qui ont rétabli la connexion internet pour pouvoir diffuser leur premier numéro. Après la crise de 2020, il n’y avait plus rien, plus d’internet, à peine quelques générateurs qui marchaient à l’essence. Et le gouvernement ultra répressif de Delsey en France n’avait pas internet comme priorité. Il diffusait quelques bulletins de propagande papier qu’il avait le culot d’appeler journal. Les chinois et les indiens avaient été les premiers à rétablir la connexion internet. Le gouvernement quasi dictatorial de Delsey faisait barrage pour empêcher qu’internet reprenne vie en France. Le père de JMI était dans l’équipe qui a rétabli internet, et lui a fondé son journal : La reconstruction. Ils offraient même une tablette, l’ancêtre du journal de bord, à toute personne qui s’abonnait un an au journal. C’était audacieux de donner une tablette à un homme qui demande du pain. Tous les gars du gouvernement unifié venaient de cette équipe. Une bande d’idéalistes qui s’imageaient que l’unification était la clé pour s’en sortir. Personne avant eux n’avait envisagé que la France serait la première à relever la tête. Il y a 100 ans personne n’aurait pu imaginer un gouvernement pour tous les  pays d’Europe et encore moins que la Russie, la Chine et l’Inde les rejoindraient. Quand il a fallu fixer la frontière, tout le monde voulait être dedans. Mais qui avait fait ça ? Un miracle de volonté commune de paix et de prospérité ? Qui était le lien entre les chinois et la France, qui passait ses nuits à traduire en anglais les infos qui inondaient l’Inde ? La plume talentueuse, la force de cette entreprise ce n’était pas les barricades qu’on déplaçait de notre jardin à une lointaine frontière. C’était eux qui galvanisaient les foules, promettaient du pain en échange d’un petit programme sur leur tablette. Quelques informations pour qu’on réapprenne à vivre ensemble. Ils allaient tous s’y mettre, signaler les points d’eau potable au début, puis qui a des légumes dans son jardin, et au milieu on nous disait que la chine allait nous rejoindre. Une femme de confiance dans chaque quartier pour garder les enfants de celles qui réparent les usines, des cœurs et des étoiles pour nos bons soldats qui partaient à la frontière. Les chinois étaient les premiers à avoir su remettre leurs usines et leur réseau internet en route, ils avaient des applications pour toutes les questions. Et les jeunes français avaient des réponses pour toutes les remplir. Quand le gouvernement unifié est arrivé au pouvoir, c’était l’euphorie dans la rue. La fin de toutes les guerres, des pillages, des famines, la fraternité retrouvée.  Ils avaient imaginé une frontière flottante qui engloberait le monde en entier avec le temps. Mais ça personne ne l’a retenu. Elle a été si dure à fixer que plus personne n’y toucherait. Aujourd’hui, les habitants de l’unification pensent que l’histoire n’est qu’une matière rébarbative, ils croient que tout est certain et acquis. Ils oublient qu’il y a 100 ans, ici, ou mourait de faim, c’était la guerre, et personne n’était à l’abri. Les contenus politique on s’en désintéresse, et un tuto de maquillage fait plus de vue que son édito dur le permis d’enfanter. Julien sait où il va, parce qu’il sait d’où il vient.
-   Alors Julien ? T’en pense quoi ? Insiste le collaborateur de la rubrique people.
Le rédacteur en chef, éditorialiste, successeur de JMI, lui, Julien, lève les yeux de son tableau de bord.
-   N’appelez plus ça le permis d’enfanter. C’est la loi Jovichey. Non appelez là, la loi Kimberley, c’est plus glamour, ça marquera mieux les esprits. On couvre l’interview mais laissez parler les autres. Un petit encart, ça suffira. Laissez la aller au feu, faites la une sur une autre question. Un sujet qui intéresse tout le monde mais vous le traitez façon intello.
-   Les appli de rencontre ? Propose la sociologue.
-   Ah non, pitié, on nous colle ça à toutes les sauces, soupire Julien. Au fait ou est la fille de JMI ?
-   Marie-Amélie ? Elle n’aime pas qu’on l’appelle la fille de…
-   Ok, je m’en fous. Elle est où ?
-   Mais, elle est sur un projet, je ne sais pas quoi, mais de toute façon elle n’est pas responsable d’un département du journal, elle n’a aucune raison d’être ici, elle n’est même pas convoquée.
-   Bon, tu n’as pas de réponse à ma question pour résumé. Dites-lui d’arrêter son projet et je la veux ici tous les matins à 9hOO pour la débriefe. On part sur le célibat, on le traite en transversale, socio, people, politique…
-   J’avais un projet à soumettre sur les appli de rencontre, le système est discriminant jusque dans son algorithme. Une personne issue d’une famille en accompagnement intensif se voit proposé trois fois plus de profile de célibataires issue de la même situation. Démarre la sociologue
-   On s’en fout, la question du célibat c’est pourquoi un couple stable donne accès à de précieux points de sociabilité.
La sociologue monte le ton :
-   Parce qu’un couple stable augmente l’accès à une vie stable, à une santé plus surveillé, à un plus grand souci d’autrui et de la communauté.
Elle déteste Julien qui se croit tout permis. C’est à se demandé comment il n’a pas un bon 0/20 en sociabilité. Et elle ne se demande pas pourquoi il n’a pas le statu en couple.
-   Bravo, vous avez déjà la thèse, vous me chercherez l’antithèse. Il doit bien avoir moyen de considérer la valeur d’un individu au-delà de sa capacité à se coller par deux.
Julien se retourne vers son seul allié. Un ami de JMI qui refuse de partir à la retraite, le responsable environnement et écologie. Marc, tu as ton sujet principal pour la journée ?
-   Je pars à la brigade de gestion animalière, ils envisagent de réintroduire quelques chiens, chat, oiseaux, dans les campagnes. J’avais envie de faire une retro sur l’époque où les chiens vivaient parmi les hommes. Et puis je suis sur une piste, ils vont faire une perquisition chez un couple de vieux qui auraient planqué un chien chez eux.
-   Et ben voilà, tu ne les lâches pas d’un mètre et tu nous tire une jolie photo du vieux qui pleure quand on lui prend son chien.
-   Ça reste à vérifier, je ne crois pas que les chiens après tant d’année de vie sauvage soient capable de vivre dans une maison, ni que des personnes âgées puissent le tenir en captivité. Mais la brigade de gestion animalière a reçu plusieurs témoignages, enfin, je couvre l’affaire et je te mail un premier retour dès que l’intervention est passée. Au pire, je ferais un petit shooting dans le coin, des maisons à l’ancienne, des routes non-homologuées, je devrais avoir de quoi tirer quelques clichés et je colle ça avec une retro chien et homme.
-   C’était les symptômes d’une société très malade ou les citoyens en manque de sens et de cohésion, reportaient un amour maladif sur leurs animaux de compagnie, précise la sociologue.
-   Bon, vous voyez si vous pouvez faire quelque chose ensemble. On boucle la réunion, vous m’envoyer les premiers jets dès que c’est au point et ce soir on clôture avant minuit. Je dois encore trouver l’âme sœur pour remonter ma cote de sociabilité.
Julien sort, son journal de bord à la main. Il laisse sa chaise de travers, sa tasse de café sur la table, ne salue personne et quitte la pièce. Le reste de l’équipe se regarde un instant.
-   C’est vraiment un con ce mec, pense la sociologue.
-   Quel con, se dit la responsable du département politique.
-   Sale con, murmure le collaborateur de la rubrique people.
Son seul allié prend la parole.
-   Ce n’est pas un simple journal « le monde reconstruit », c’est le dernier à ne pas dépendre du gouvernement, et le dernier à pouvoir peser sur l’opinion publique.
-   Ah oui ? Demande la sociologue, en l’alimentant avec la rubrique des chiens errants !
-   Il sait comment faire tourner ce journal, on a besoin de lui, même si c’est un con.
Voilà, tout le monde est d’accord. Julien est un con.
Marc se lève, range la chaise de Julien et mets sa tasse dans le lave-vaisselle. Il se tourne vers la sociologue : tu viens avec moi ? Je voudrais rencontrer la brigade de gestion animalière avant leur intervention.

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Re : La frontière
« Réponse #8 le: 05 décembre 2019 à 09:23:56 »
Bonjour

Un peu en manque de cafes ..............

Les coquilles :
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que son édito dur le permis d’enfanter
sur.
C est tout - et j ai bien aime ta reflection sur le journal :
Citer
C’était audacieux de donner une tablette à un homme qui demande du pain
je me passe de ce pain depuis des annees !!!  :-¬?
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Re : La frontière
« Réponse #9 le: 06 décembre 2019 à 22:15:21 »
Merci beaucoup d'être venu lire, ça me motive à écrire.

Juste par curiosité. De quel pain tu te passe depuis des années? Je me demande si on est sur la même longueur d'onde mais je ne veux pas te donner le sens que je donne à ce passage. je serais curieuse de connaître quelle interprétation tu en fais.
Le récit de la création du journal est presque un fait d'actualité, hormis qu'il est fictif. Et on peut le comprendre et l’intégrer de façon différente.

Et je corrige la coquille  ;)

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Re : La frontière
« Réponse #10 le: 06 décembre 2019 à 22:26:47 »
Bonsoir

Television journaux et media en general..................

Meme si par internet je reste un peu informe ( ? ) ;D
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Re : La frontière
« Réponse #11 le: 06 décembre 2019 à 22:50:52 »
Ok, pas de lien avec la forme du texte mais un grand lien avec le fond.

Tu dis pas de journaux ou de média mais internet.
Aujourd'hui (pas dans ma fiction, dans la réalité) Un journal présente des articles rédigés par un journaliste qui engage sa responsabilité en signant ses articles, sous la responsabilité juridique du journal qui paiera la facture en cas de diffamation, ou seulement de mensonge.
Si le monde écrit une information, toi ou moi on peut la contester. Si toto sur youtube fait une vidéo, toi ou moi, on ne sera jamais qui est toto, pour qui il travail et s'il écrit que toi ou moi on est des proxénètes, proches de poutine et enfants l’alien. Et ben on ne peut rien faire d'autre que...laisser un commentaire qui sera noyé dans la masse.

Alors moi non plus je ne lis pas beaucoup de journaux, mais je suis très critique par rapport aux infos internet et je ne crois jamais une info sans en connaître la source, si une chose m'intrigue, je vais chercher sur les sites des journaux qui ont un véritable statu de presse.

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Re : La frontière
« Réponse #12 le: 06 décembre 2019 à 22:54:22 »
Et pour mon histoire, je voulais dire qu'il était gonfler  de vouloir rétablir l'information avant d'avoir répondu aux besoins primaire de la population.
Mais dans ma fiction, j'ai envie de montrer à la fois les rapport entre pouvoir et média et à la fois la marge de manoeuvre qui existe, car je crois vraiment aux deux.
Sur internet, il n'y a plus rien, ni pouvoir, ni liberté, juste une cacophonie inaudible dans laquelle chacun trouve ce qu'il y cherche et l'homme (désolée, je suis pessimiste ce soir) cherche surtout des bêtises à son image.

 


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