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06 juin 2020 à 06:45:14
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Auteur Sujet: The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)  (Lu 18942 fois)

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #15 le: 27 novembre 2019 à 16:49:26 »
1.13

« Hum, est-ce que je suis dans un magasin ? »

Toutes les personnes présentes dans la Guilde des Aventuriers de Liscor se tournèrent vers la voix. Des guerriers Drakéide endurcis, d’immense Gnolls et plusieurs personnes qui ressemblaient à des mages évaluèrent l’interlocutrice qui venait de rentrer dans la pièce.

Un petit humain, peut-être une femelle.

Leurs yeux s’éloignèrent, désintéressés. Le cœur d’Erin recommença à battre après une poignée de seconde, elle décida que ce n’était définitivement pas le magasin qu’elle recherchait.
« Ah, bonjour ? Par ici, nous pouvons vous aider. »

Une voix appela par-dessus les murmures. Elle vit une Drakéide verte clair lui faire signe depuis le comptoir. Elle était bien plus petite et avait des bras bien moins développés que ceux de Relc. Erin devina qu’elle était femelle, principalement par ce que la robe qu’elle portait avait mis la puce à l’oreille.   

Avec hésitation, Erin s’avança jusqu’au comptoir. La réceptionniste lui fit un sourire en gardant ses lèvres serrées.

« Bien le bonjour, Mademoiselle. Comment pouvons-nous vous aider aujourd’hui ? Avez –vous une prime ou une quête à déposer ? Ou est-ce que vous êtes là pour vous enregistrée ? »

« M’enregistrer ? Une quête ? Oh non, je ne suis pas là pour… Heu… Quoique ce soit. J’ai juste crût qu’il y aurait pu avoir un forgeron et j’ai… »

« Oh, je vois ! »

La réceptionniste lui sourit de nouveau, et cette fois Erin sourit en retour.

« Nous ne sommes pas un magasin, Mademoiselle. Vous êtes dans la Guilde des Aventuriers. Il n’y en avait pas une dans votre ville ? »

« La Guilde des Aventuriers ? »

Erin regarda la pièce, son intérêt renouvelé. Maintenant qu’elle n’était pas transpercée par des milliers de regards elle pouvait se permettre d’observer le bâtiment. Ce dernier était grand, Erin l’avait presque confondu pour une auberge ou un bar. Mais maintenant qu’elle savait ce qu’elle regardait, le fait qu’il y ait une réceptionniste derrière un comptoir avait plus de sens.

« Exactement.  C’est ici que vous pouvez informer la Guilde de la présence de dangereux monstres rodant près de votre habitation, déposé une quête et offrir une récompense, ou si vous êtes une aventurière, vous pouvez jeter une œil à requête ou recevoir votre récompense. »

La réceptionniste pointa du doigt un large panneau en bois cloué à un mur. Il était recouvert de nombreux parchemins collé au bois, et plusieurs grands et robustes aventuriers étaient rassemblés autour, discutant.

« Wouah. »

Erin étudia les aventuriers. Tous portaient une armure, même si la qualité et la quantité variait d’une personne à l’autre. La plupart des Drakéides semblaient se contenter de porter des brassards ou un occasionnel casque sans porter d’armure au niveau du torse, mais plusieurs des grands chien-hyène-trucs poilus portaient des cottes de maille, et l’un d’entre eux portait même une armure de plate.
Ce n’était pas tout, bien sûr. Certains aventuriers ne portaient pas d’armure du tout, et se paissaient aussi d’arme. Erin remarqua plusieurs Drakéides portant de légères robes et maniant des bâtons ou des dagues à leurs ceintures.

« De vrais mages. C’est trop cool. »

« … Mademoiselle ? Excusez-moi, Mademoiselle ? »

Erin se retourna et réalisa que la réceptionniste avait tenté d’attirer son attention depuis un certain temps.

« Oh, je suis vraiment désolé. Qu’est-ce que vous étiez en train de dire ? »

« Êtes-vous une voyageuse, Mademoiselle ? Ou peut-être… Une aventurière ? Est-ce que vous êtes là pour vous faire enregistrer ?»

Le regard que lui lança la Drakéide souligna le fait que ce n’était pas vraiment une possibilité.

« Oh non. Je… Heu… Je suis une aubergiste. Je suppose. Ou peut-être une voyageuse ? En fait, je suis juste nouvelle dans le coin. »

La réceptionniste semblait intéressée.

« Une aubergiste, vraiment ? Est-ce que vous ouvrez un business dans le coin ? Je suis Selys, au passage. »

Selys offrit sa main à Erin. C’était un geste tellement humain qu’Erin ne put que sourire en lui serrant la main. La sensation de toucher des écailles froides était étrange, mais pas désagréable.

« Je suis Erin, Erin Solstice. Et non, je ne.. hum… Suis pas une aubergiste. Du moins pas dans le coin. Je vis dans un bâtiment en dehors de la ville, je suppose. Je suis ici parce que j’ai besoin de faire du shopping. De manière urgente. »

Elle pointa du doigt ses vêtements tachés et déchirés.

« Et bien, je ne peux pas quitter mon comptoir mais je peux vous donner quelques directions. »

Selys sourit de nouveau.

« C’est vraiment rare de voir un Humain aussi loin de la côte. Votre espèce s’en tiens généralement aux villes. Qu’est-ce qui vous amène si loin ? Oh, et qu’est-ce que vous recherchez ? »

 « Hum. Un sort de téléportation. Et j’ai besoin d’ingrédients. Farine, huile, beurre, sel… Ce genre de trucs. Et j’ai besoin de vêtements, beaucoup de vêtements. »

« Bien, si vous cherchez de la nourriture et des fournitures générales vous pouvez essayer le marché  deux rues plus bas en partant d’ici. Pour vous y rendre il faut prendre à gauche en sortant et tourner à droite. Ils ont aussi des vêtements, mais je ne suis pas certaine qu’ils seront adaptés pour un Humain. »

« Oh, c’est parfait. Merci beaucoup. »

Erin avait déjà oublié les directions. Elle souhaitait avoir son téléphone, ou Google maps. Une carte aurait été inutile car elle ‘n’avait jamais appris à les lire.

« Je suis aussi à la recherche d’autre fourniture. Je suppose que vous ne savez pas ou est-ce que je pourrais… »

Une grande main poilue attrapa l’épaule d’Erin et la fit tourner sur elle-même.

« Huh ? »

Erin était en train de regarder un mur de pelage brun. Elle était certaine que ce mur ne se trouvait pas là il y a une minute. Elle leva la tête.

Le visage d’une hyène était baissé vers le sien. Ou plutôt, le visage d’une hyène sur un corps humanoïde recouvert de pelage. C’était l’un des aventuriers présents dans la Guilde et il ne semblait pas être content.

Mais il ne disait rien. Plutôt, il se contentait d’être intimidant. Erin savait qu’il était volontairement intimidant par le fait qu’elle se sentait comme une fourmi. Elle ne savait pas pourquoi il était en colère, surtout envers elle. Peut-être qu’il voulait juste embêter quelqu’un, elle ouvrit la bouche et tenta d’utiliser la diplomatie.

« Hum. Salut. Est-ce que… Est-ce que vous êtes un loup-garou ? »

C’était définitivement la mauvaise chose à dire. Le regard agacé de l’homme-hyène poilu s’assombrit, et il lui grogna dessus avec une voix grave qui sonnait comme… Et bien, comme la voix d’un chien qui pouvait parler.

« Est-ce que je ressemble à un loup-garou ? »

« N-non ? »

Erin recula d’un pas et trouva que le comptoir était juste derrière elle. Elle jeta un regard par-dessus son épaule et vit que Selys la regardait avec inquiétude, mais la réceptionniste ne l’aida pas.
Le non loup-garou se pencha vers elle et lui grogna au visage.

« Je suis un Gnoll »

Son haleine était épouvantable. Erin sentit ses genoux trembler rien qu’en la sentant.

« D’accord. Je suis vraiment désolé pour ça. Hum. Je peux vous aider ? »

« Tu es dans mon chemin. »

« D’accord. Désolé. Désolé pour ça. »

Erin se décala d’un pas pour lui laisser accès à Selys. Mais il n’avança pas, au contraire, il continua de la regarder.

« Est… Est-ce que vous voulez autre chose ? »

Le Gnoll bougea son cou et fit craquer sa nuque dans un bruit proche du pétard qui explose, terrorisant Erin.

« Je n’aime pas les Humains. Ils puent. »

Erin tenta de s’éloigner, mais le Gnoll colérique continua de la suivre. Elle savait qu’elle était observée par les autres aventuriers présents dans la pièce. Mais comme Selys, ils semblaient se contenter de regard l’humain se faire harceler sans intervenir.

« V-vraiment ? Je ne sens rien. »

« C’est parce que les Humains ne peuvent rien sentir. »

Le commentaire venait de derrière Erin mais elle était trop terrifiée pour se retourner. Celui qui avait dit ça avait le même grognement dans sa voix, dans c’était surement un autre Gnoll.

« D’accord. Et bien. Désolé pour ça. »

Erin tenta de contourner le Gnoll mais il lui bloqua le chemin.

« Je ne veux pas d’humain ici. Tu n’as pas ta place ici. »

« Un instant. »

Selys décida enfin d’aider Erin. La Drakéide se pencha par-dessus le comptoir et s’adressa au Gnoll.
« Vous ne pouvez pas jeter quelqu’un dehors simp… »

Il la regarda et grogna. Selys sursauta et se tût.

A travers la pièce Erin vit les Drakéides s’agiter. L’un d’entre eux siffla doucement.

Le Gnoll regarda les Drakéides et ils lui rendirent son regard. L’une de ses mains se dirigea vers l’épée à sa taille, mais il ne fit pas de signe qu’il s’apprêtait à la prendre. Cependant, la tension était tellement palpable qu’elle était certaine que si le Gnoll et le Drakéide bougeaient la pièce allait exploser.
Erin se demanda si elle devait essayer de doubler le Gnoll lorsque ce dernier quitta son duel visuel se retourna vers elle.

« Toi. Tu pollues cet endroit avec de la terre et de la saleté. Je peux sentir les choses dans lesquels tu t’es roulé. »

Il pointa d’une griffe le t-shirt taché d’Erin, et elle sursauta nerveusement à la vue de l’ongle sale et long.

« Oh. Oui. Hum. Je suis vraiment désolé pour ça. C’est que j’ai dû me défendre et je n’avais pas de rechange donc… »

Le Gnoll se pencha vers elle. Erin pouvait voir les différentes vibrisses sortant de son museau. Elle pouvait sentir son haleine nauséabonde. Mais elle était principalement concentrée sur ses dents pointues.

« Vas-t’en »

Erin hésita, elle lança un regard vers Selys, mais la réceptionniste n’osait pas croiser son regard.

Le Gnoll grogna et Erin recula. Il la guida vers la porte et une fois qu’elle était dehors, il claqua la porte derrière elle.

C’était le premier bâtiment dont Erin fut expulsé lors de sa visite de la ville. Il n’allait pas être le dernier.

 
***

Erin marcha à travers la ville, sentant le soleil oppressant à l’arrière de sa nuque. Elle était en bouillonnante, en sueur, et fatiguée. Mais par-dessus tout elle était anxieuse. C’était une terrible douleur aiguë dans son estomac qui refusait de la quitter même lorsqu’elle essayait de se relaxer. Principalement car elle ne pouvait pas se relaxer.

Elle était perdue, géographiquement et dans les autres sens du terme. Cependant, Erin se devait de continuer d’avancer ou elle allait se rendre encore plus visible. Elle était en train d’essayer de se rendre au marché dont Selys lui avait parlé, et elle était perdue.

Il était étrange de marcher à travers la ville. D’un côté, la ville ressemblait presque à quelque chose construit par des humains. Les bâtiments étaient toujours des bâtiments, faits de pierre et de bois. Les rues étaient en terre, mais en terre dure, et certains endroits étaient pavés. La ville n’avait pas l’air d’être si mal, il était vrai qu’il y avait plus de rondeur dans l’architecture des bâtiments, il y avait beaucoup plus de toits ouverts ou légèrement en pente à la place des habituels bâtiments angulaires dont Erin avait l’habitude. Ce qui la dépaysait vraiment, c’était les gens.

Ils n’étaient pas humains. Peut-être importe compte de temps Erin passait dans les rues et dans la ville, elle n’arrivait pas à assimiler ce fait. Tous les visages présents dans la foule étaient inhumain, et la majorité d’entre eux étaient des Drakéides. Il y avait un Gnoll de temps à en temps, ou un autre faciès recouvert de fourrure, mais ils étaient principalement reptiliens.

Tous les types reptiles étaient présents. Des museaux longs, de délicates pointes sur le cou, des cous allongés, de grands yeux, des yeux étroits, des museaux aplatis. Par contre, ils avaient tous de grandes dents. Il était très rare qu’Erin aperçoivent un homme-fourmi, ou une femme-fourmi elle ne savait pas faire la différence, marcher dans les rues.

Elle souhaitait que tout le monde arrête de la regarder. C’était l’une des choses qui faisait que marcher dans la ville était si compliqué. Alors qu’elle regardait les lieux exotiques et les gens plus exotiques encore, ils la regardaient en retour, et ils semblaient qu’ils n’aimaient pas ce qu’il voyait.
Erin tenta de marcher rapidement le long de la rue. Comme ça elle allait éviter d’offenser quelqu’un d’autre. Elle n’avait pas eu beaucoup de succès pour le moment.

« Expulser de trois magasins, et de deux maisons. »

Pour être franche, certaines d’entre elles ressemblaient à des magasins. Pourquoi personnes installaient des panneaux passait par-dessus la tête d’Erin.

« En fait, il y a des signes. C’est juste que je n’arrive pas à les lire. »

C’était quelque chose de drôle. Erin pouvait parler le même langage que Relc et Klbkch, mais pour une raison quelconque elle ne pouvait pas lire ce qu’ils écrivaient. C’était probablement à cause de la… Magie.

« La magie. C’est ça, ou ils sont tous bilingues. Ou trilingue. Ou quelque chose du genre. »

Un Drakéide marchant dans la direction opposée de la rue lui lança un regard curieux et Erin se tût. Son tic de se parler à elle-même la rendait plus étrange que d’habitude.

Cependant, cela n’était pas suffisant pour expliquer pourquoi l’intégralité de la ville semblait la haïr. Il était vrai qu’elle continuait de rentrer dans différents endroits en se demandant ou elle était mais c’était… Bon d’accord, elle pouvait comprendre pourquoi les gens n’aimaient pas ça. Mais elle recevait le même traitement dans la rue.

« Bouge de là, Humain. »

« Hors de mon chemin, peau lisse. »

« Fait attention, sac à viande. »

En fait, personne ne l’avait insulté en utilisant ce terme, ni le terme qui l’avait précédé, voir le troisième terme. Ils ne lui adressaient pas la parole, presque la totalité des Drakéides se contentaient de l’observer alors que les Gnolls et les autres personnes poilues marchaient le plus loin possible d’elle.
Mais tous étaient constamment en train de l’observer.

Certains la regardaient depuis le coin de l’œil. D’autres étaient moins discrets et la regardaient sans broncher. Erin vit quelques petits enfant-lézards pointant du doigt vers elle et elle sentit qu’elle n’était pas à sa place. Dans une mer d’écailles et de pelage, elle était la seule humaine. Elle se sentait tellement seule qu’elle en avait mal.

Erin tourna à droite et se trouva sur un autre type de rue, cette dernière était plus large, pavée, et avait des étals de bois. C’était un marché.

« Enfin. »

Erin soupira de soulagement et s’avança. Elle avait finalement atteint sa destination et cela lui avait seulement prit une heure… Ou deux.

Sa chance lui souriait, Erin semblait avoir trouvé la session qui vendait de la nourriture. Des dizaines de marchands se tenaient, assis ou debout, derrière leurs étals ombragés présentant des paniers remplis de nourriture. D’un côté il y avait un Drakéide qui vendait d’étranges plantes aux feuilles bleues qui ressemblait à une carotte blanche trop grosse… Ou un asticot mort. Il y avait un autre Drakéide qui coupait de la viande en attendant un client alors que les mouches volaient autour de son étal, et il y avait aussi…

Un Gnoll.

Erin passa devant un étal plus grand que les autres, tenu par un grand Gnoll, même si tous les Gnolls étaient grands à ses yeux. Celui-ci semblait vendre beaucoup de choses, et pas que de la nourriture. Erin fut tenté par l’idée de s’arrêter et de jeter un œil, mais le fait que le marchand était un Gnoll
compliquait les choses. Elle était toujours en train d’hésiter quand le Gnoll l’aperçut et cria par-dessus le brouhaha général.

« Toi, Humain ! Si tu cherches à marchander, viens par ici ! »

Le cœur d’Erin fit un bond. Les Gnolls étaient, comme Relc, bruyants, et sa voix venait de faire tourner tous les regards en direction d’Erin. Elle hésita, avant de s’approcher.

Alors qu’elle s’approchait le museau du Gnoll se plissa et elle agita sa patte devant son visage. Le cœur d’Erin s’assombrit, mais le Gnoll ne fit pas de commentaire.

« Et bien, qu’est-ce que tu cherches ? »

Le Gnoll regarda attentivement Erin. Elle semblait être en colère, ou peut-être que les Gnolls semblaient toujours être brusques et impatients.

« Oh hum. Je ne fais que regarder. »

Erin s’éloigna légèrement de l’étal du Gnoll, elle ne voulait pas se faire chasser du marché.

« Hrmf, fait comme bon te semble. »

Le Gnoll détourna le regarda. Il était définitivement agacé désormais, même s’il ne l’avait pas été auparavant. Erin recula et regarda vers l’étal suivant.

Celui-ci semblait être tout aussi prometteur, et mieux encore, un Drakéide s’en occupait.  Il était vrai que ce n’était pas véritablement une amélioration mais au moins il  ne plissait pas le nez à son approche. Peut-être parce qu’il ne la regardait même pas.

Erin s’approcha de l’étal avec attention et regarda les nombreux articles présentés. Voyons voir, il y avait beaucoup de sac soigneusement plié, et devant ces derniers se trouvait de petits seaux présentant ce qui était dans le sac. C’était bien, puisque Erin ne pouvait pas lire ce qui était écrit sur les panneaux.

Juste là ! Elle vit de la farine, du sel, et même du sucre sur l’étal avec d’autres ingrédients séchés. Le Drakéide vendait des saucisses sèches qui pendaient sur des crochets installés au plafond de son étal, des oignons secs et de l’ail, ainsi que de nombreuses racines séchées et d’épices qui se trouvaient dans un autre coin du magasin.

« Bonjour. Est-ce que ce magasin vend de la nourriture ? »

Le Drakéide tourna son regard vers elle.

« D'après toi, Humain. »

Erin grimaça intérieurement au ton de sa voix. Mais il n’était pas en train de plisser le nez et de la regarder, il semblait juste ennuyé.

« Oh, je suis à la recherche de nourriture. Beaucoup de nourriture. »

Elle entendit un bruyant et énervé reniflement provenant du marchand Gnoll. Elle grimaça extérieurement cette fois.

« Ce que je vends est ce que tu vois.»

Le Drakéide pointa ses articles d’un mouvement d’une de ses griffes. Cela semblait être une invitation pour Erin, donc elle entra dans l’étal et regarda autour d’elle. La farine était ce qui l’intéressait le plus, ainsi qu’un peu d’huile, de seul, etc. Avec ça, elle pouvait faire du pain, des pâtes, et plein d’autre chose nourrissante. C’était le meilleur endroit ou commencer, elle se pencha pour examiner la farine…

« Interdiction de toucher la marchandise avec tes mains crasseuses à moins que tu achètes ! »

La voix du Drakéide fit sursauter Erin, et elle s’éloigna brusquement de la farine. Elle arriva à se rattraper avant de tomber en arrière. Il était en train de la regarder.

« Ne touche à rien. Tu vas répandre ta puanteur d’humain sur la marchandise. »

« Désolé. Désolé. »

Erin recula des articles présentés, les mains en l’air. Elle devinait qu’elle devait vraiment sentir.
Le marchand dirigea la totalité de son agressive attention vers elle.

« Qu’est-ce que tu veux ? Nommes-le et j’irai le chercher pour toi. »

« Oh, d’accord. »

Erin pataugea dans sa phrase.

« Hum. Je suis à la recherche d’une poignée de choses. Est-ce que vous avez du beurre ? »

« C’est marqué sur le panneau. »

Le Drakéide tapa le petit bout de papier épinglé à un présentoir. Erin le regarda avec désespoir, mais tout ce qu’elle pouvait voir était quelques gribouillages accompagnés de lignes qui n’étaient pas au bon endroit.

« Hum. Je ne peux pas lire ça. Désolé. »

Il siffla, agacé, Erin grimaça de nouveau.

« Mais j’aimerai en avoir un peu. Un peu de beurre. »

Il se leva lentement et se retourna à contrecœur avant de sortir une petite jarre avec un couvercle en liège.

« Oh, super. »

Erin ne savait pas si elle pouvait demander de voir combien de beurre il y avait dans la casserole. Elle aurait aimé pouvoir la tenir pour se faire une idée, mais l’expression du marchand était suffisante pour savoir qu’il allait rejeter cette idée.

« Et, heu, j’aimerai aussi un peu d’huile. Est-ce que vous avez une autre jarre ? »

Le Drakéide soupira longuement, agacé.

« Je n’ai pas toute la journée pour jouer avec toi, Humain. Dit moi ce que tu veux acheter. »

« D’accord. »

Il n’était pas en train de lui jeter des trucs ou de la chasser, donc c’était le mieux que Erin allait trouver. Elle prit une grande inspiration et laissa échapper les premières choses qui lui revenaient à l’esprit en pensant à ce dont elle avait besoin.

« Je suis à la recherche de farine, de sel, de beurre, d’huile et de sucre. Oh ! Et de la levure. J’ai besoin de levure, si vous en avez. »

Le Drakéide ne bougea pas.

« Autre chose ? »

Erin regarda autour d’elle rapidement.

« Hum. Ses saucisses. Combien coûte telles ? »

Erin pointa les saucisses pendant depuis un crochet du doigt. Elles avaient l’air appétissant et juteux. Elle avait comme idée de les faire frire et les manger avec des pâtes, l’idée était suffisante pour faire gargouiller son estomac. 

Les yeux du Drakéide se dirigèrent vers les saucisses.

« Combien ? »

Erin fouilla sa poche et sortit quelques précieuses pièces. Elle vit les yeux du Drakéide s’agrandir pendant un court instant alors qu’elle lui montra le mélange d’argent, de bronze et des trois pièces d’or.

« Et bien, si j’ai assez j’aimerai en acheter quelques unes, et quelques oignons. »

Il n’y avait pas beaucoup de légume ici. Seulement un peu d’ail et des racines ridée dans un panier. Mais elle pouvait toujours aller demander au Gnoll, enfin, peut-être pas au Gnoll, mais à un autre étal pour voir ce qu’ils vendaient.

Le Drakéide observa les pièces dans sa main et releva les yeux vers elle. Erin avait l’impression de se faire évaluer, et elle n’aimait pas le sentiment. Elle était une cliente qui allait payer et il semblait toujours être en colère pour une quelconque raison.

Enfin, le marchand arriva à sa décision. Il tira sa langue fourchue et la regarda.

« Trois pièces d’or. Huit pièces d’argent. Avec ça tu peux acheter un sac de farine, d’huile, de beurre, quatre saucisses, deux oignons, un sac de sucre, du sel et de la levure. »

Erin hésita. Elle regarda de nouveau les symboles incompréhensibles sur les petites plaques.

« Est… Est-ce que c’est vraiment le prix ? Je veux dire, ça semble être beaucoup et… »

« Est-ce que tu me traites de menteur ? »

 Le Drakéide haussa sa voix, colérique. Erin pouvait voir les autres clients et marchand regardé autour d’eux.

« Typique d’un Humain. Rentrant ici, empestant le marché, insultant chaque non-Humain que tu trouves. Tu devrais être reconnaissante que la Garde ne t’expulse pas de la ville ! Premièrement ce fichu Nécromancien arrive, et maintenant c’est un Humain puant qui ne peut même pas lire. »

Il semblait gonfler de rage. Erin ne savait pas ce qu’elle lui avait fait, à part l’odeur, elle avait tenté d’être diplomatique.

« Ecoutez, je ne faisais que demander le prix. »

« Je t’ai donné mon prix. Tu le prends ou tu sors. »

« Mais nous pouvons négocier ? Je veux, pourquoi pas deux pièces d’or ? Quel est le prix de la farine ? Si je vous paye… »

Le marchand Drakéide laissa échapper un sifflement étranglé.

« Humain, j’ai un commerce à faire tourner et des clients à m’occuper ! Soit tu payes mon prix, soit tu t’en vas. Tu ne trouveras pas mieux sur ce marché. »

Regardant autour d’elle Erin devina que c’était la vérité. Elle était en train de recevoir des regards hostiles depuis les autres marchants présents sur la rue, surtout le Gnoll dont elle avait ignoré la marchandise.

« D’accord. Je vais tout acheter. »

Elle plaça l’or et l’argent sur le comptoir vu qu’il ne tendait pas la main. Il regarda les pièces, renifla, et s’en empara.

« Tiens. Ta nourriture. Prends-là. »

Le marchand commença à  attraper des articles et les posa lourdement sur le comptoir. Il les rassembla en une pile désorganisée et jeta quelques vieilles pièces de cuivre. Certains roulèrent sur le sol.

Erin hésita mais le marchand avait déjà tourné son dos écailleux. Elle entendit ce qui semblait être des rires sifflant et des commentaires murmurés dans son dos et le rouge lui monta aux joues.

Lentement, Erin s’abaissa et commença à ramasser les pièces de cuivres qui se trouvaient par terre. Elle essaya d’éviter de regarder quoi que ce soit.

Quand elle se releva enfin, le marchand la regardait sans expression. Il pointa une griffe vers elle.
« Si tu as fini de traîner dans la boue, j’ai d’autre client à servir. »

Erin savait que son visage était écarlate. Ses yeux la piquaient, mais elle était déterminée sur la dernière chose qui lui restait à faire. Elle prit une grande inspiration, et tenta de calmer sa voix tremblante. Malgré ses efforts, sa voix chavira légèrement alors qu’elle demanda une dernière chose.

« … Est-ce que je peux avoir un sac ? » 

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #16 le: 30 novembre 2019 à 21:43:19 »
1.14

Quatre pièces d’argent, c’est ce qu’il restait à Erin après avoir acheté un grand sac et ses articles. C’était assez pour… Elle ne savait pas vraiment. Mais ce n’était certainement pas assez pour acheter une lanterne, et encore moins une épée. Elle doutait que c’était suffisant pour s’acheter des vêtements.
Elle s’assit à l’ombre d’un des bâtiments et regarda les quatre formes argentées reposant dans sa paume. Ce n’était pas si terrible, il lui restait encore un peu d’argent, et elle avait acheté assez de nourriture, c’était juste que…

Elle avait commencé la journée avec deux pièces d’or et une poignée de pièces d’argent et de bronze, et un instant avait suffi pour qu’elles disparaissent. Ce n’était pas si terrible, elle avait acheté de quoi se nourrir. Des trucs comme du sucre était coûteux, pas vrai ? Encore plus vu que ce monde n’était pas moderne, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il y avait erreur.

Elle n’avait pas vu les autres clients acheté leurs produits avec des pièces d’or, pas un seul, et surtout pas pour de la nourriture. Elle avait un mauvais arrière-gout dans le creux de son estomac, elle pensait…

Non. Elle savait qu’elle s’était fait arnaquer.

Et c’était douloureux, vraiment douloureux. Erin voulait faire demi-tour et cogner sur le visage du  marchand Drakéide, mais elle avait une bonne idée de ce qui allait se passer si elle le faisait. De plus, il pouvait probablement lui manger le visage si elle essayait de le frapper.

Donc, Erin resta assis à regarder sa paume. Quatre pièces d’argent.

Elle pouvait continuer de faire ses courses cet argent. Elle pouvait trouver un autre marché, trouver un autre étal et…

Et puis quoi ? Elle ne savait pas combien les choses coûtaient et elle n’avait aucune idée de comment acheter des vêtements à sa taille.

Tout le monde dans la ville portait des vêtements, mais leurs définitions variaient. Certains mâles Drakéides portaient des vêtements hauts en couleur, certains portaient des vêtements très exposants, gardant leurs torses nus à l’exception d’un léger manteau, alors que les femelles étaient généralement plus vêtues. Mais même cela variait parce qu’il semblait que montrer sa peau, ou plutôt ses écailles dans ce cas, était la mode. Seul les Gnolls semblaient adhérer à un code vestimentaire proche de celui des humains.

C’était l’une des vérités cachées de ce monde. L’argent était inutile si tu n’avais aucune idée de comment le dépenser et que tout le monde t’arnaquaient.

Tout serait plus simple si elle savait comment lire, est-ce que c’était trop demander ?

Erin mit sa tête entre ses mains et ferma les yeux quelques instants. Sa tête se releva brusquement et elle manqua de se cogner contre le bâtiment derrière elle alors qu’elle réalisa quelque chose.
Elle ne savait pas lire, mais elle connaissait des gens qui pouvaient le faire à sa place.

Relc. Ou Klbkch. Les deux étaient capables de lui dire tout ce qu’il fallait savoir sur le prix des vêtements, l’argent, et les autres trucs du genre.

Erin se releva avant de remettre les quatre pièces d’argent dans sa poche en souhaitant qu’elle avait pensé à ça avant de perdre tout son argent. Mais peut-être que quatre pièces d’argent était plus que prévu ? Elle devait demander, et ils allaient l’aider, normalement. Parce que c’était ce que les gardes faisaient, pas vrai ? Comme les policiers étaient sensés aider les gens qui allaient à leurs rencontres avec un problème.

Erin abandonna cette idée, les Gardes n’étaient pas des policiers. Ils avaient le droit de tuer dans gens sans procédure, mais d’un autre côté, Relc aimait ses pâtes. Tout ce qui lui restait à faire était de trouver la baraque des gardes sans savoir lire les signes.

Elle commença à marcher le long de la rue, cherchant un endroit ressemblant à une prison ou un tribunal. Elle fit son possible pour ne pas penser à ce qui allait arriver si Relc ou Klbkch n’étaient pas en service.

***

Relc n’était pas en service, tout comme Klbkch. Mais pour le moment Relc passait le temps dans la cantine de la baraque des gardes. Il était en train de jouer un jeu consistant à lancer une dague acérée en l’air et de la rattraper avant qu’elle ne touche le sol. Il attrapait la dague une fois sur deux, l’autre fois elle tombait au sol ou il l’envoyait voler par inadvertance. Il était assis dans un coin vide de la salle, car tout le monde avait décidé de s’éloigner.

Seulement quelques Drakéides étaient assis sur de longs bancs en bois, dévorant du pain dur, du fromage, et des morceaux de viandes difficile à identifier, enfin, difficile à identifier pour un humain, car la viande était plus grise que rouge.

L’un des gardes était en train de parler avec l’un de ses camarades, il se leva et approcha Relc avec précaution. Contrairement à Relc, ses écailles étaient d’un bleu très pale, et il était plus petit que les autres Drakéides. Il s’éclaircit la gorge tout en restant à une respectable distance du jeu de Relc.

« Hey Relc. J’ai entendit dire qu’il y avait un Humain qui faisait un tour en ville. »

Relc regarda en l’air et rata la dague lors de sa descente.

« Aie. »

L’autre garde soupira alors que Relc commença à sucer le point rouge qui commençait à faire couler du sang entre ses écailles.

« Tu n’as aucun talent pour ce jeu. Si tu n’avais pas [Peau Epaisse], tu te serais coupé la main il y a un an de cela. »

Relc sourit avec suffisance.

« Je n’ai pas que [Peau Épaisse]. J’ai aussi [Peau d’Acier]. »

Le Drakéide bleu leva les yeux au ciel.

 « Ceci explique cela. A quel niveau tu obtiens cette compétence ? Personne d’autre ne l’a donc c’est surement une compétence de haut niveau. »

« Ouaip. »

Relc commença à tailler ses griffes avec la dague, même si dans son cas, la dague ne coupait pas les griffes, elle les rendait plus aiguisées.

« C’est la dernière compétence que j’ai obtenu dans ma classe de [Soldat]. Je pense que tu peux l’avoir en devenant un [Maitre Lancier], mais je ne sais pas vraiment. Dans tous les cas, ça me sauve la vie. »

« Je parie. Pas étonnant que tu ne t’inquiètes pas te de faire mal, espèce de bâtard aux écailles lisses. »

« Ooh, soit pas jaloux. »

Relc nettoya les bouts d’ongle en les balayant de la table.

« Dommage que je n’ai jamais eu de compétence de dague. Je n’arrive pas à comprendre comment lancer cette stupide dague. »

« Alors arrête de la lancer. C’est agaçant et tu continus de presque poignarder les gens avec. Tu te souviens de Lism ? Il a encore des cicatrices. »

« Non. Si Klbkch peut le faire, moi aussi je peux le faire. Tout ce que ce fichu insecte peut faire, je peux le faire en mieux. Mais, qu’est-ce que tu disais à propos d’un Humain ? Est-ce que c’est la femelle dont je t’ai parlé ? »

« Je n’en suis pas certain. »

Cette fois un autre Drakéide vert se mêla la conversation.

« Belsc, le gars à la porte ouest, il a dit que c’était une femelle Humaine mais sans plus. Comment s’appelait celle que tu as rencontrée, déjà ? »

Relc se gratta la tête en regardant le plafond.

« Hum… Sol ? Solace ? Quelque chose du genre. Ervin Solace ? Est-ce qu’il a mentionné quelque chose d’autre à son sujet ? »

Le Drakéide vert montra ses dents.

« Ouais. Il a dit qu’elle était vraiment agaçante, et qu’elle parlait trop. »

« C’est elle. »

Relc laissa échapper un rire, l’autre Drakéide secoua la tête.

« Les Humains. Je ne sais même pas pourquoi tu t’intéresses à celui-là. Ce n’est certainement pas pour l’odeur, d’après Belsc. »

« Ouais, mais tu t’y habitues. » 

Relc se pencha dans sa chaise et continua de jouer avec la dague.

« De plus, elle est intéressante. Erin, ou je sais plus son nom. Elle fait une super assiette de pâtes, et laisse-moi te dire, elle est plus solide qu’il n’y parait. Je ne pensais pas qu’un Humain pouvait survivre dans les Plaines Inondées aussi longtemps. En plus elle est drôle. »

Il fit un sourire en coin alors que les autres gardes firent des bruits désobligeants.

« Hey, je dis la vérité. Petite Miss Humaine n’est pas si terrible. Vous devriez la rencontrer, mais laissez-moi vous dire qu’elle peut aussi être très agaçante. Vous vous souvenez de ce Nécromancien dont je vous ai parlé et que Klbklc et moi avons pourchassé ? Elle ne voulait pas qu’on le tue même après nous avoir canardés avec ses sorts. Elle continuait de dire qu’il n’était pas si méchant. »

« Stupides Humains. »

« Je sais ! »

Relc hocha la tête de manière enthousiaste avec l’autre garde.

« Ils sont intéressants et amusants, mais ils n’ont pas grand-chose dans la tête en chair. Je ne ferai jamais confiance à un Humain pour prendre une décision intelligente, pas vrai ? »

Relc regarda autour de lui et les autres Drakéide riaient avec lui. Il ria bruyamment jusqu’au moment où il vit la femme humaine qui le regardait depuis l’autre bout de la cantine. Son rire s’arrêta net.

« Oh. »

Les autres Drakéides regardèrent curieusement la femelle humaine. Elle n’était pas si spéciale pour eux, un humain n’était pas différent d’un autre. Elle était en train de regarder Relc, qui semblait extrêmement inconfortable.

Il racla sa gorge.

« Hum. Je… »

Erin claqua la porte en sortant.

Un mauvais silence s’empara de la cantine, et Relc regarda les autres Drakéides.

« Ça fait combien de temps qu’elle est là ? »

Le Drakéide bleu haussa les épaules.

« Sais pas. Elle est probablement rentrée pendant que tu parlais. »

« Oh, bon sang. »

Relc bondit de sa chaise.

« Hey Mademoiselle Humaine ! Attends ! Je ne voulais pas dire ça ! »

Les autres Drakéides le regardèrent courir hors de la pièce, avant de retourner à leur conversation.
« Donc, quand est-ce que tu l’as vu rentrer ? »

« Dès le début, vous avez vu la tête qu’elle faisait ? Ça ne va pas être facile pour Relc d’expliquer ses propos. »

 « Bien fait pour lui. Mais l’avez-vous sentit ? »

« Ouais. Les Humains. Ils ne se lavent pas. »

« J’ai entendu dire qu’ils se roulaient dans leurs propres déchets. »

« Répugnant. Pourquoi Relc s’intéresse à celle-là en plus ? »

« D’après toi ? »

« Je ne comprends pas. Il n’y a pas d’écailles, rien de ferme à attraper. C’est quoi l’intérêt ? »

« Je ne sais pas. Peut-être que c’est juste Relc. Il est bizarre comme ça. »

« C’est vrai. »

« Dans tous les cas, les Humains. Ça fait un bail que je n’en avais pas vu. Vous avez vu ça ? Tellement charnu. »

« Dégoûtant. Oublions tout ça et allons manger un steak. »

« Bonne idée. »

***

Erin quitta la ville et marcha à travers la prairie le plus vite possible, ce qui n’était pas très vite. Le sac en jute qu’elle portait était plus comme une sacoche, et il était rempli à ras-bord. Elle était impressionnée par le fait que ce dernier pouvait supporter les sacs de farine sans se briser, mais cela voulait aussi dire qu’elle devait tout porter sur ses épaules.

Un sac de farine était lourd, mais Erin le porta quand même, ignora la douleur dans son épaule droite alors que son épaule gauche était déjà engourdie. Elle avait dû changer d’épaule car la douleur devenait insupportable.

« Hey ! Mademoiselle Erin ! Attends ! »

Erin continua de marcher.

« Mais Attends ! S’il te plait ? »

Relc apparu à ses côtés en un instant, il était rapide pour un type de sa carrure. Erin tourna la tête pour ne pas le regarder directement.

« Donc, comment mon Humain préféré va ? Bien ? Pas bien ? Hum. Je, heu, suppose que tu attendus ce que j’ai dit. C’était une blague, juré. Je ne voulais pas… »

Continuer de marcher. Les pieds d’Erin étaient endoloris, mais elle continua de poser un pied devant l’autre. Elle avait de la route à faire jusqu’à son auberge, et le sac qu’elle portait était lourd.

« Ecoutes, je sais que j’étais un peu… D’accord, j’ai été malpoli, mais on peut en parler. Bonjour ? Est-ce que tu m’écoutes ? »

Erin ne le regarda pas et refusa de lui parler, elle continua de marcher. Un pied devant l’autre. Elle était tellement fatiguée et endolorie qu’elle pouvait presque en oublier sa faim.

***

Éventuellement, il s’en alla, mais Erin continua de marcher. Elle voulait rentrer à son auberge avant le coucher du soleil, mais ça allait être un peu juste.

Elle était à mi-chemin lorsque la première pierre passa au-dessus de sa tête, Erin se baissa instinctivement et les deux pierres suivantes la ratèrent et terminèrent leurs vols dans l’herbe. Elle regarda autour d’elle.

Au début, elle n’arrivait pas à trouver la provenance des pierres, deux d’entre elles la manquèrent, mais la troisième la toucha dans son épaule.

« Aie. Aie ! »

Erin trouva l’origine de la pierre, c’était un Gobelin. La petite créature était difficile à repérer dans le soleil couchant. Il se tenait en haut d’une colline et jetait des cailloux vers Erin, et il n’était pas seul.
Deux autres gobelins hurlèrent et jetèrent des pierres depuis le haut de la colline, la faisant reculer et couvrir sa tête avec le sac, mais ils commencèrent à viser ses jambes.

« Ah. Aie. »

Elle couvrit sa tête avec ses bras, mais les pierres continuèrent de s’abattre, et elles étaient douloureuses. Même à cette distance les pierres coupaient ses bras et créaient des bleus sur sa chair. Elle pouvait déjà sentir du sang couler le long d’un de ses bras.

Erin s’agenouilla au sol et protégea sa tête avec son sac, cela faisait qu’elle était plus difficile à toucher, mais le barrage de pierre continua de s’abattre. Ce n’était pas comme si les Gobelins pouvaient vraiment la blesser, pas tant qu’ils continuaient de viser son dos, c’était qu’ils ne s’arrêtaient pas, et elle ne pouvait pas se lever sans exposer sa tête.

QU’est-ce qu’elle pouvait faire ? Erin pouvait sentir la pluie meurtrière couper son dos. Elle devait courir. Vers eux ? Fuir ? Ils allaient voler toute sa nourriture si elle prenait la fuite. Mais est-ce qu’elle pouvait les attaquer ? Les combattre ? Si elle s’approchait les pierres pourraient lui crever un œil ou grièvement la blesser. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Qu’est-ce qu’elle…

Quelque chose passa à côté d’Erin en un coup de vent. Elle eut un mouvement de recul et regarda autour d’elle mais la chose avait déjà disparue. Puis ses yeux allèrent jusqu’au sommet de la colline, quelque chose était en train de foncer vers les Gobelins, esquivant leurs pierres et déviant les projectiles qui s’approchaient trop de son visage avec un mouvement rapide de sa… Lance… ?

« Hey ! Cassez-vous bande de petits bâtards ! »

Les pierres s’arrêtèrent soudainement, Erin entendit un cri aigu et plusieurs lourds thwacks. Précautionneusement, elle se releva et regarda autour d’elle.

Les Gobelins étaient en train de fuir, Relc se tenait en haut de la colline, lance à la main. Il lui fit un signe de la main et descendit la colline en quelques longs bonds.

« Salut, Mademoiselle Erin. Sympa de te voir. »

Erin le regarda. Il lui offrit un sourire plein de dents et une main pour l’aider à se relever. Elle se releva d’elle-même et ramassa son sac.

Relc racla sa gorge, il semblait attendre quelque chose.

« Ce n’est pas souvent que j’ai la chance de sauver une demoiselle en détresse. C’est comme ça qu’ils appellent les femelles Humaines, pas vrai ? Les Demoiselles ? Dans tous les cas, j’ai vu que tu avais des ennuis donc j’ai immédiatement couru pour t’aider. »

« Merci. »

Erin commença à marcher de nouveau. Elle entendit Relc la suivre après quelques secondes d’hésitation.

« D’accord, d’accord. Ils n’étaient pas si dangereux que ça. Et je faisais que mon boulot ; c’est vrai. Mais je suis désolé. Vraiment. J’ai exagéré là-bas. »

Elle ne dit rien, ses yeux étaient larmoyants à cause de la douleur de la lanière de la sacoche s’enfonçant dans son épaule.

« Ce sac a l’air lourd, attends, laisse-moi le porter à ta place. »

Relc s’avança pour s’emparer du sac, mais Erin le tira hors de sa portée.

« Non. Je vais bien. »

«Mais bon sang, ne soit pas comme ça. Je veux juste… Enfin, j’ai été un gros lourdaud, d’accord ? On peut discuter, s’il te plait ? »

Erin essaya d’accélérer le pas, mais ses jambes étaient déjà en train d’abandonner. Relc arrivait à la suivre sans problème, il était même capable de marcher en arrière plus rapidement qu’elle.

« Écoutes, je suis vraiment désolé Mademoiselle Erin. Laisse-moi porter ton sac, parce qu’il a l’air vraiment lourd, et on va pouvoir parler sans que l’un d’entre nous ne s’effondre. »

Erin commença à ralentir à contrecœur, l’offre était tentante. Ses jambes étaient en train de lui hurler d’accepter la généreuse offre de Relc et de le laisser la porter en même temps que le sac. Son épaule était déjà dans une autre dimension de douleur.

« D’accord. »

Elle retira le sac de son épaule, grimaçant alors que le sang commença à retourner dans son bras. Relc souleva le sac et le passa par-dessus son épaule avant de suivre le rythme d’Erin comme si rien n’avait changé.

« Donc. »

« Donc. »

Relc gratta les pics qu’il avait à l’arrière de sa tête, regarda de haut en bas, avant de soupirer.

« Je voulais pas vraiment dire ça. C’est juste que… Les Nécromanciens, tu vois ? Ils sont dangereux, et c’est mieux de les tuer à vue. Tu as déjà vu un millier de zombies essayant de manger tout ce qui bouger? Même s’ils sont de bas niveau, et même s’ils ont l’air amicaux, je ne ferai jamais confiance à un Nécromancien. »

« Surtout s’ils sont humains. »

« Je n’ai pas dit ça. »

« Mais c’est ce que tu penses. »

« … »

Relc n’avait rien à ajouter. Ils marchèrent en silence, un peu plus rapidement maintenant qu’Erin n’était pas ralenti par le sac.

« Donc, tu as acheté de quoi manger, pas vrai ? Tu vas faire beaucoup de pâte pour ce soir ? »

« Je vais aller me coucher. »

« D’accord, d’accord. Mais, huh, content de voir que tu es arrivé jusqu’à la ville. Est-ce qu’elle t’a plu ? »

« C’est correct. »

« Bien, bien. »

Relc était clairement, et désespérément, en train d’essayer de trouver un sujet de conversation. Il jeta un coup d’œil au sac, Erin pouvait presque le voir saliver.

« Des saucisses. Mm. Mais, heu, pourquoi tu n’as pas acheté de vêtements ? Je pensais que toutes les femelles aimaient les vêtements, Drakéide ou Humaine. »

L’estomac d’Erin se serra, elle évita son regard en marmonnant.

«Je n’avais pas assez d’argent. »

« Quoi, vraiment ? »

Relc la regarda de travers avant de regarder le contenu du sac qu’il portait.

« Non. Je veux dire, il y a de quoi manger dans ce sac mais ça ne vaut pas plus que quelques pièces d’argents au mieux. Je suis certain que tu avais plus que ça, pas vrai ? Combien tu as dépensé ? »

Erin sentit le rouge lui monter aux joues, elle regarda le sol.

« Quelques pièces d’or, en plus de quelques pièces d’argent et de bronze. »

Il s’arrêta, contrairement à Erin. Elle l’entendit se murmurer à lui-même avant de jurer. Au du moins, ça sonnait comme un juron. Il la rejoignit en un bond.

« Vraiment ? Quel genre d’écailles pourries t’a vendu… Pourquoi as-tu dépensé tant d’argent ? »

Elle regarda l’herbe qu’elle était en train de piétiner. Elle était tentée d’une belle couleur ambré par les rayons du soleil couchant.

« Je pensais que c’était le bon prix, je suppose. Je ne voulais pas me disputer. »

Relc murmura dans sa barbe avant de soupirer d’exaspération.

« Bien, je peux retourner au marché et poser quelques questions. Mais… Je suppose que tu n’as pas vu le nom de l’étal ? »

« Je ne peux pas lire la langue locale. »

Relc soupira de nouveau, plus profondément cette fois.

« D’accord, d’accord. Bien, si tu te souviens de sa tête je pourrais trouver qui t’a vendu tout ça, mais je doute que quelqu’un va appuyer tes paroles. Et je n’ai pas grand-chose pour l’inculper, je veux dire, il t’a vendu des biens pour un prix trop élevé mais c’est aussi de ta faute. Sans offense, Mademoiselle, mais qui achète deux sacs de farine pour une pièce d’or ? »

Erin ne trouva rien à répondre à cela.

« Désolé. »

Ils marchèrent en silence, et enfin l’auberge était en vue. Erin traîna les pieds lors de la dernière montée, ses jambes criant durant toute la montée. Elle s’arrêta à la porte.

« Je peux prendre le sac maintenant. »

Relc hésita.

« Tu es sûre ? Je peux le porter dans… »

« J’en suis sûre. »

 Erin accepta le sac et ses jambes tremblèrent. Elle ouvrit la porte avec une seule main.

« D’accord. Merci. »

Elle voulut fermer la porte, mais Relc l’en empêcha sans réel effort. Il gratta sa nuque de manière gênée.

« Écoutes, je suis toujours désolé pour plus tôt. Je ne voulais pas… Enfin, je suis désolé. Je te revaudrai ça, c’est une promesse. »

Erin le regarda, elle voulait juste fermer les yeux, mais il semblait si sincère. Donc elle se montra un petit peu sincère en retour.

« Merci de m’avoir aidé avec les Gobelins. »

Relc lui fit un grand sourire plein de dents.

« C’était rien. Ils ne sont pas une menace pour moi, ou pour n’importe qui avec quelques niveaux dans une classe de guerriers. Mais ne t’inquiète pas de ces pestes, j’ai dit que je te revaudrai ça, pas vrai ? Je vais faire quelque chose à leurs propos. »

Probablement une fausse promesse pour la rassurer, mais c’était suffisant pour légèrement faire sourire Erin.

« Merci, et bonne nuit. »

Relc enroula sa queue et la salua d’un mouvement commun de sa main et de sa queue.

« A la revoyure, Mademoiselle Erin. »

Erin le regarda rapidement disparaître dans le sombre paysage. Elle fut vaguement jalouse de sa vitesse et de la grâce avec laquelle il bougeait. Puis elle ferma la porte.

Il n’y avait pas beaucoup de lumière donc Erin posa simplement le sac dans al cuisine et s’allongea sur le sol de la salle commune.

« J’ai besoin d’acheter un oreiller et des couvertures. Quand j’aurai l’argent pour. »

Sans autres alternatives, elle utilisa le sac de jute qu’elle avait acheté comme oreiller. Erin tenta de trouver une position confortable sur le plancher en bois, mais le simple fait de dormir par terre rendait la tâche difficile. De plus, ses épaules la faisaient souffrir, et ses jambes étaient endolories par la longue marche. Mais c’était un autre type de douleur qui l’empêchait de dormir.

Erin resta allongé en silence, écoutant les battements de son cœur. Elle voulait dire quelque chose, ou penser à quelque chose de plaisant. Mais rien ne lui vint à l’esprit. Elle regarda les étranges formes de la pièce plongée dans les ténèbres. Il lui fallut longtemps avant qu’elle ne parvienne à fermer les yeux.


[Aubergiste de Niveau 6 !]


Cette fois elle ne trouva rien à dire. Elle se contenta de pleurer avant de trouver le sommeil.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #17 le: 04 décembre 2019 à 19:30:44 »
Malheureusement à cause d'une période d'examen plutôt intense, je suis dans l'incapacité de poster le prochain chapitre aujourd'hui, il sera posté samedi prochain (normalement) comme d'habitude, désolé tout le monde.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #18 le: 07 décembre 2019 à 20:54:51 »
Erin se réveilla épuisée et avec les yeux larmoyants, elle se leva de manière mécanique avant de se rappeler qu’elle avait oubliée de ramasser des fruits bleus. Elle regarda le sac de nourriture qu’elle avait traîné jusqu’à l’auberge. Faire des pâtes ou du pain était trop compliqué à cette heure, donc elle mangea l’une des saucisses à la place.

Elle était sèche, trop salée, et avait beaucoup de nerfs. Même si Erin était affamée, ce n’était pas la meilleure chose qu’elle ait mangé. Mais elle le mangea quand même, mâchant jusqu’à être capable d’avaler son repas nerveux.

Elle se demanda combien de temps il faudrait avant que ses dents commencent à pourrir ou que ses gencives commencent à saigner. Dans probablement peu de temps.

Aujourd’hui n’était pas une bonne journée, mais au moins elle avait à manger, et même si elle n’avait pas d’argent… Elle était heureuse de pouvoir commencer une nouvelle journée.

Avec son appétit comblé, Erin se sentit légèrement mieux. Ou au moins prête à affronter cette journée. Elle fit une liste mentale de ce qu’elle devait faire. Ramasser des fruits bleus, faire quelques pâtes, un peu de pain, et puis trouvé comment faire pour…

Toc. Toc

Erin se redressa soudainement. Quelqu’un était à la porte, était-ce Pisces ? Bien, il n’était qu’un mauvais point noir dans cette journée, elle allait se charger de lui et…

Toctoctoctoctoctoctoctoctoctoctoctoc…

Ce n’était pas Pisces. Erin se leva et alla jusqu’à la porte, la personne qui se trouvait derrière était sérieusement excitée. Trop énergique pour ce début de journée.

Erin ouvrit brusquement la porte.

« Bon sang, qui… Oh. C’est toi. »

Relc sourit à Erin. Il tenait quelque chose dans l’une de ses mains et sa lance dans l’autre.

« Bien le bonjour, Mademoiselle Humain ! C’est moi, ton Garde préféré ! Comment vas-tu en cette belle matinée ? »

Erin cligna des yeux, il était bien trop tôt pour qu’elle regarde le lézard géant lui sourire avec sa bouche remplie de dents.

« Je me suis occupé de votre problème de Gobelins pour vous ! »

Relc leva sa lance de manière triomphante, quelque chose en tomba avant de toucher le sol. Erin cligna des yeux et regarda ce qui venait de tomber. C’était rouge.

Elle leva les yeux et vit le sang rouge coulant le long de la lance, puis sur les griffes de Relc, pour finalement tomber sur le parquet de l’auberge. Relc s’en rendit compte et éloigna sa lance vers l’extérieur.

« Désolé pour ça, Mademoiselle Erin. Tu vois, j’étais juste en train de me débarrasser des Gobelins. C’est pour m’excuser d’hier. Maintenant qu’ils sont partis les autres devraient te laisser en paix, surtout quand j’aurai installé ce message autour de l’auberge. »

Relc leva les objets que tenait sa main gauche. Erin les regarda  et vit trois melons. Des melons verts ? Non.

Ses yeux retournèrent au visage souriant de Relc. Elle regarda sa lance ensanglantée. Il était en train de parler, mais les mots étaient soudainement inaudibles à travers le bourdonnement qui étouffait les oreilles d’Erin. Elle regarda son sourire, elle regarda la lance.

Elle baissa les yeux et vit les têtes.

Il y en avait trois entre les griffes de Relc. Il les avait attrapées par les oreilles et la force était déjà en train de déchirer la chair. Leurs yeux étaient toujours ouverts, leurs visages sans vie affichaient une expression de peur, du sang coulait de l’une des têtes, ruisselant dans l’orbite d’une autre.

Le regard d’Erin s’éloigna et erra loin des têtes. Elle regarda par-delà l’épaule de Relc, il faisait beau dehors, le soleil brillait, le ciel était bleu, il n’y avait pas un nuage.

Elle baissa les yeux en direction des têtes, qui étaient toujours là. Elle regarda Relc, il était toujours en train de parler, mais il venait de s’arrêter pour la regarder avec inquiétude. Il laissa tomber les têtes sur le sol, Erin entendit les trois thump humide contre le parquet de l’auberge.

Relc leva sa main griffue vers elle, la même main qui avait tenu les têtes.

Erin vomit, elle vomit les saucisses, s’étouffa, et continua de vomir.

“——————!”

Elle sentit une main la retenir, lui permettre de rester debout. Elle la repoussa, luttant contre ses haut-le-cœur.

“——? ——. ————!”

Sa tête ne pouvait pas s’arrêter de tourner. Ses oreilles étaient toujours remplies d’un bourdonnement aigu et perçant.

“——————? ——?”

Erin regarda autour d’elle, les têtes étaient toujours là. Elle vomit une nouvelle fois, mais son estomac était vide. Elle recracha de la bile, et continua d’avoir des haut-le-cœur, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle soit incapable de respirer ou de penser.

“——!”

Enfin, Erin s’arrêta. Elle sentit deux fortes mains la soulever et l’asseoir sur l’une des chaises de l’auberge. Le visage anxieux de Relc apparu dans son champ de vision, et elle sentit sa main sur sa tempe. Elle regarda à travers lui pour voir les têtes, elles étaient toujours gisantes sur le sol de l’auberge. Leurs yeux étaient ouverts. Le sang avait séchés sur leurs visages.

Erin prit une grande inspiration. Le monde tournait autour d’elle et elle ne pouvait rien entendre. Tout n’était qu’un bourdonnement statique. Elle se sentait engourdie, comme lors d’une opération chirurgicale. Mais sous cet engourdissement se trouvait quelque chose de terrible.

Elle regarda Relc, le Drakéide était en train aux petits soins, essayant d’attirer son attention. Elle regarda de nouveau les têtes, et commença à hurler.


***

Erin quitta l’auberge avec les trois têtes de Gobelins dans ses bras. Elles n’étaient pas froides, elles n’étaient pas chaudes. Elles étaient juste charnues. Lourdes, charnues, et mortes.
Elle fit attention à ne pas les faire tomber en marchant, elle ne savait pas où elle allait, mais elle devait trouver les corps. Elle laissa l’auberge derrière et commença à marcher.

Relc était parti. Il l’avait quitté un peu plus tôt.

Elle n’arrivait à se souvenir de quoique ce soit. Juste des flashs d’elle hurlait à Relc de partir et jetant des choses. Criant, pleurant, vomissant. Et puis les têtes. Elle les avait prises là où elles étaient tombées.

Erin marcha en les tenants dans ses bras. Tout allait trop vite. Un moment elle était à l’intérieur, l’instant d’après elle était dehors, cherchant pour… Pour…

Les corps.

Les corps reposaient à la vue de tous, trois corps reposants dans un lit d’herbe piétinée.

Erin s’arrêta. Elle déposa les têtes sur le sol et marcha jusqu’au corps. Ils racontaient une histoire, elle n’était pas douée en criminalistique ou quelque chose du genre, mais elle pouvait lire ce qui s’était passé. Le sang recouvrant le sol était encore humide.

Deux étaient morts… Juste là. Ils n’avaient pas couru. Relc les avait probablement tués en un instant. Le dernier avait couru, mais il n’était pas allé loin. Seulement quelques mètres avant que la lance ne le transperce par derrière, plusieurs fois.

Erin regarda les trous ensanglantés et ne ressentit rien. Non. Ce n’était pas ça. Elle ressentait quelque chose. Elle ressentait tellement d’émotion à la fois qu’elle n’arrivait pas à penser. Mais elles étaient profondément enfouies dans son cœur. À cet instant, l’engourdissement lui donnait l’impression qu’elle se tenait au milieu d’un monde silencieux.

Elle déposa les têtes près des corps. Mais à quel corps appartenait chaque tête ? Elle regarda la coupure au niveau de chaque tête, l’une était facile à placer, mais les deux autres étaient trop similaires. Elle devait retourner les corps pour les identifier.

Les rayons du soleil avaient gardé les corps tièdes. Mais ils étaient toujours froids, et les mains d’Erin semblaient plus froides encore. Elle les retourna avec précaution et appris une nouvelle chose.
Elles étaient des femelles. C’était difficile de le deviner avec leurs visages, mais leurs corps étaient féminins.

Erin retourna le dernier corps. Celui qui avait pris la fuite était male, et plus âgé. Ce n’était pas seulement le fait qu’il était plus grand ; il avait de cheveux, des traits plus prononcés, et… Il ne ressemblait pas à un enfant. À l’inverse des deux autres.

Le froid se fit plus prononcé. Erin commença à trembler, elle rampa plus loin pour vomir, avant de se rendre compte qu’elle en était incapable. Alors elle fit demi-tour et regarda les trois cadavres.

Cela faisait déjà bien longtemps que leurs sangs s’étaient arrêtés de couler. Mais l’herbe était toujours rouge. Leurs odeurs étaient celles de la terre et du sang, et non celle de la mort et de la pourriture. Mais ils étaient en train de pourrir. Le soleil allait faire qu’ils allaient empester dans peu de temps.

Erin le savait. Elle ne le savait pas vraiment, mais elle avait lu un livre à ce sujet. Ils allaient pourrir et attirer les insectes, ils étaient déjà en train de le faire.

Une mouche verte se posa sur l’un des corps. Erin la regarda. Une mouche acide, qui fit trembler ses ailes et commença à ramper sur le corps du Gobelin mâle.

Elle gifla la mouche et l’insecte explosa lorsque sa main le toucha, l’acide commença à brûler sa peau. Erin essuya sa main dans l’herbe et frotta de la terre sur sa peau. Sa main était rouge et saignante, mais elle l’ignora dès que la majorité de la sensation de brûlure avait disparu.

Elle devait enterrer les corps, ou ils allaient pourrir.

Elle retourna dans l’auberge avant d’en ressortir quelques minutes plus tard, tenant une longue cuillère en bois probablement utilisé pour mélanger les contenus d’un grand chaudron. Ça allait faire l’affaire.

Elle commença à creuser l’herbe à l’endroit où les corps se trouvaient. Ce n’était pas un travail facile, elle devait arracher l’herbe avant de pouvoir s’attaquer au sol, et le sol restait difficile à briser. Mais elle persista, et les quelques monticules de terre s’agrandirent alors qu’elle continua de creuser.

Au bout d’un certain temps, la cuillère se brisa, alors Erin utilisa ses mains. Elles commencèrent à saigner, mais Erin continua de creuser.

Finalement, le trou était assez profond. Erin s’empara du premier cadavre et le déposa dans la tombe. Elle était suffisamment profonde, en fait, il y avait même de la marge. Le trou qu’elle avait creusé était assez grand pour un humain, ce qui voulait dire qu’il était plus que suffisant pour les trois Gobelins.
Ils étaient de petites créatures. Erin se demanda si elle devait creuser deux autres tombes.
Elle regarda ses mains ensanglantées et ses ongles brisés. Non.

Elle déposa le second corps dans la tombe, à côté du premier. Elle fut obligée de déposer le troisième sur les deux premiers. Puis ce fut au tour des têtes. Elle les déposa sur leurs corps. Une première tête, puis une seconde.

Erin entendit un bruit en s’emparant de la troisième tête. Elle se retourna et vit le Gobelin se tenant dans les hautes herbes.

Le Gobelin était petit et loqueteux. Il portait un pagne gris et sale, ainsi que quelques chiffons attachés autour de son buste. Il tenait un petit couteau. Regardant Erin et à la tête qu’elle tenait entre ses mains.

Erin s’arrêta. Sa tête était remplie de bourdonnement, sa bouche tenta de dire quelque chose, mais trop tard. Le Gobelin bondit vers elle, hurlant et tentant de la poignarder avec la dague.

Erin recula, tenant la dernière tête de Gobelin dans une main et attendant que le Gobelin soit proche. Elle bondit sur le côté au dernier moment et le petit Gobelin la manqua, il se retourna, l’arme au poing.
Elle gifla son visage aussi fort que possible. Sa main craqua et envoya le gobelin s’effondrer au sol, ce dernier perdit sa dague, il gémit avant de fuir, tentant de retrouver son arme.

Erin continua de regarder le Gobelin alors que ce dernier s’empara de son arme et se retourna pour lui faire face. Il était petit, tellement petit, comme un enfant. Ce Gobelin était un enfant, mais un enfant avec des yeux remplis d’envie meurtrière.

L’esprit d’Erin était toujours brumeux. Mais c’est lorsque leurs deux regards se croisèrent dans une silencieuse tension qu’elle se rendit compte de ce qu’elle voulait dire. Elle s’en rendit compte en voyant les larmes couler depuis les yeux rouges du Gobelin.

« Je ne veux pas te tuer. »

Il se précipita vers elle. Erin s’avança et donna un coup de pied dans l’estomac du Gobelin. Elle avait déjà fait ça à un garçon quand elle était enfant. Maintenant, elle faisait ça à un enfant.

Le Gobelin vomit, et se roula en une petite boule de douleur. Il essaya de ramper loin d’elle, mais la douleur l’en empêchait. Erin regarda le Gobelin gisant au sol, tenant toujours la tête de l’autre Gobelin dans sa main.

La chose intelligente à faire serait de le tuer. Elle gagnerait un niveau, et elle serait débarrassé d’un des Gobelins voulant la tuer. En le laissant vivre, il allait chercher des renforts. Elle ne serait jamais en sécurité tant qu’ils seraient toujours dans les parages. Ils étaient des monstres dangereux. Ils la tueraient dans son sommeil pour la manger, ou pire. C’était la loi du plus fort. Le laisser en vie allait avoir de terribles conséquences. C’était elle ou lui. Elle se devait de le…

L’idée passa à travers la tête d’Erin alors qu’elle regarda le Gobelin tremblant. Il était petit. Elle se retourna et déposa la dernière tête avec les corps.

Lorsqu’elle se retourna de nouveau, le Gobelin avait disparu.

Erin regarda la dernière tête dans la tombe, et commença à la remplir.

C’était une longue tâche. Erin tassa la terre avant de remplir la tombe et de pousser le reste pour en faire que la terre soit le plus ferme possible. Elle regarda le tas informe de terre retournée.

Erin joignit ses mains et baissa la tête. Puis, ses mains retombèrent le long de son corps. Il n’y avait pas de mots à dire, donc elle tapota la terre une dernière fois avant de s’asseoir dans l’herbe.

Le soleil était en train de briller. Le ciel était d’un profond bleu, tellement profond. Elle ne pleura pas. Elle resta assise à se bercer en avant et en arrière tout en regardant la tombe qu’elle venait de creuser.
Elle ne cligna pas des yeux.

***

Elle leva la tête quand elle entendit la corne.

Ce n’était pas le lourd grondement du héraut d’une armée, et ce n’était pas non plus un victorieux clairon annonçant la victoire sur un sombre champ de bataille. C’était simplement le son d’une corne, mais c’était bruyant, et lui fit lever la tête.

Un Gobelin se tenait en haut d’une colline et la regardant. Il était pratiquement aussi grand qu’Erin, donc il était vraiment grand pour un Gobelin, mais toujours petit d’une certaine manière. Son corps était musculeux et large. Sa tête couverte par un casque rouillé, et il portait des bouts de différentes armures sur son corps.

Sans qu’on le lui dise, Erin savait que ce Gobelin était le chef, ou l’équivalent d’un chef pour la tribu locale. De plus, elle savait qu’il était assoiffé de sang.

Son sang.

Elle se leva lentement, ce n’était pas qu’elle n’était pas terrifiée, c’était simplement qu’elle était toujours en état de choc. Elle recula lentement alors que le Chef Gobelin s’empara de quelque chose dans son dos.

Les pensées d’Erin étaient confuses. L’auberge ? Ou la cité ? Elle pouvait probablement le distancer, mais les autres Gobelins étaient forcément quelque part, ou est-ce qu’ils étaient ?

Erin était tellement occupée à chercher les autres Gobelins rôdaient autour d’elle qu’elle réalisa que le Chef tenait un arc quand il tira pour la première fois.

Une flèche s’enfonça dans l’herbe juste devant son pied, tremblant dans la terre. Erin se retourna et commença à courir.

Une seconde flèche la manqua, ainsi qu’une troisième. Mais la quatrième passa à travers le creux entre son bras et son torse.

Erin escalada une petite colline et se jeta au sol, elle s’effondra la tête la première sur l’herbe et glissa de manière douloureuse, mais la cinquième flèche traversa l’endroit où elle s’était tenue. Elle commença à se relever pour continuer sa course quand elle vit les Gobelins.

Ils se tenaient ensemble, un mur silencieux de petits corps rouge et d’yeux observateurs. Ils l’observaient, et n’étaient pas si nombreux tout compte fait. Quarante ? Moins ? Elle devina que c’était probablement une petite tribu. Plus petite que celle qu’elle avait distancée lors du jour de son arrivée. Mais ils étaient armés. Elle attendit qu’ils la chargent. Elle attendit sa mort.

Aucun d’entre eux ne s’avança. Ils l’observaient, sans rien faire, sans un bruit.

L’un d’entre eux était tremblant. Il était proche d’Erin et tenait un couteau. Un petit couteau, tenu pas une petite main. Erin le reconnu.

C’était le Gobelin loqueteux qu’elle avait vu plus tôt. Il regarda Erin et Erin lui rendit son regard. Elle savait qu’il voulait l’attaquer, la poignarder, mais il ne le fit pas.

Une corne sonna depuis l’autre côté de la colline. Erin regarda en sa direction, le Chef Gobelin. Il était celui qui orchestrait tout ça.

Elle regarda le Gobelin, il la regarda en retour, ses yeux remplie de haine et d’envie meurtrière. Des yeux pourpres, contre nature, monstrueux.

Mais si proche de ceux d’un humain.

« Je ne les ai pas tués. »

Erin s’exprima à voix haute, elle ne s’attendait pas à ce qu’il la comprenne, mais le Gobelin recula de surprise. Il la regarda, cherchant la vérité.

« Je ne les ai pas tués, mais ça n’a pas d’importante. »

Il regarda ses yeux. Erin lui rendit son regard. Elle se releva et continuer de courir.

***

Ils ne crièrent pas en la pourchassant. C’était le plus terrifiant. La tribu Gobelin la suivait rapidement, courant aussi vite que possible, mais ils ne tentaient pas de lui barrer la route. Ils se contentaient de la suivre.

Peut-être qu’ils l’auraient arrêté si elle avait tenté de courir vers la ville, mais Erin décida de fuir vers l’auberge, alors ils l’avaient laissé partir. Ils n’étaient pas là pour la tuer, juste pour regarder
.
Sans qu’on le lui dise, Erin savait que c’était différent. Si cela avait été un véritable combat ou s’ils avaient essayé de la tuer, ils l’auraient attaqué en masse et réduit en charpie en un instant. Mais c’était une chasse.

Et le Chef était celui qui la chassait.

Peut-être qu’il pensait qu’elle était une proie facile. Il avait raison. Il pouvait probablement deviner qu’Erin n’était pas celle qui avait tué les Gobelins. Cela n’avait pas d’importance. Du sang pour du sang, voilà ce que c’était. La plus vieille des vengeances.

Erin pensa à tout ça alors qu’elle se jeta à travers la porte de son auberge et la bloqua avec autant de tables et de chaises que possible. Elle y pensa en paniquant à la rechercher d’un couteau de cuisine, d’une poêle à frire, de quoi se défendre. Elle y repensa quand elle se posa dans une chaise et que l’air avait un gout de mort.

Elle abandonna sa recherche d’arme, restant assise en regardant la porte. Elle entendit la corne du Chef Gobelin sonner au loin, avant de sonner une nouvelle fois, de plus en plus proche.

Elle n’avait pas d’endroit où fuir. Elle ne pouvait pas se battre.

Elle s’en était rendu compte lorsqu’elle avait tenu le couteau de cuisine aiguisé. Elle s’était imaginée en train de faire face au Gobelin en armure, esquivant ses coups, contrant avec sa propre attaque et poignardant…

Non. C’était impossible.

Elle n’était pas une guerrière.

Erin resta assis dans la chaise en bois et sentit cette dernière contre son t-shirt. Elle sentit ses mains, humide à cause de la sueur. Sa bouche avait un gout de sang suite à sa course effrénée, et chaque respiration déchirait ses poumons. Elle était en vie. Elle savait qu’elle ne rêvait pas.

Elle savait qu’elle allait mourir.

« Échec et mat. »

Elle s’assit à une table dans l’auberge et regarda la porte. Elle venait de s’en rendre compte, soudainement, que c’était la première fois qu’elle s’était posée pour vraiment penser à ce qui lui arrivait. Parce que, dans un sens, c’était la première fois qu’elle ne réagissait pas aux événements à l’aveugle.

Peut-être que si elle avait pris plus de temps plus tôt, elle ne serait pas dans cette situation. Si elle avait pensé à sa situation, peut-être qu’elle aurait demandé à Klbkch et Relc le prix de la nourriture. Si elle y avait réfléchi pendant une seconde, elle aurait compris ce que Relc voulait dire quand il disait qu’il allait s’occuper de son problème de Gobelins. Peut-être qu’elle aurait empêché Relc de tuer les Gobelins.
Mais elle ne l’avait pas fait. Voilà pourquoi elle était dans cette situation. Mais attendre était une terrible chose à faire. Donc Erin resta assis et réfléchit.

« Réfléchit. Réfléchit à ce qui se passe pour une fois. »

Erin ferma ses yeux et essaya d’ignorer la corne alors qu’elle sonna une nouvelle fois, toujours éloignée. Le Chef Gobelin n’était pas rapide. Il était probablement en train marcher pour conserver son énergie. Il n’était pas pressé.

Elle pensa aux Gobelins. Elle pensa au fait qu’ils avaient des leaders, et que c’était le travail du leader de défendre sa tribu. Peut-être qu’il se fichait d’eux, et peut-être qu’il n’essayerait pas de se venger si un garde ou un aventurier se trouvant derrière les épais murs d’une ville avait tué un Gobelin. Mais pourquoi ne pas se venger sur l’humaine idiote qui vivait toute seule au milieu de nulle part ?

Elle pensa au petit Gobelin qui l’avait attaqué, elle pensa à propos des familles, elle pensa à ses parents, elle pensa au sujet du Chef Gobelin et de son armure et ses armes.

Elle pensa à ce qui allait lui arriver quand il mettrait la main sur elle.

« Échec et mat. »

Elle le murmura une nouvelle fois, la phrase semblait fausse, pour une quelconque raison.
Échec et mat. Elle avait entendu ses mots trop de fois auparavant. Mais cela avait été lors de jeu. Cette fois, c’était réel, et elle… Elle ne voulait pas mourir.

Mais elle était sur le point de mourir. Voilà pourquoi elle était assise dans une auberge. Erin entendit la corne sonner une nouvelle fois et elle savait que sa mort approchait. Donc. Échec et mat.

Vraiment ? Elle devait se le demander. Erin se murmura une unique question.

« Est-ce que c’est échec et mat, ou juste échec ? »

Erin regarda ses mains, elle ne les avait pas lavées, et elle pouvait encore sortir les têtes poisseuses et sans vie dans ses paumes. Elle resta assise dans l’auberge et regarda les yeux sans vie des trois têtes de Gobelins.

La corne sonne. Elle regarda la porte. Le gros Gobelin marchait lentement. Il voulait qu’elle soit terrifiée, désespérée, paniquée. Il n’y avait pas d’endroit où courir. Ses seules options étaient de se battre et tuer, ou courir et mourir.

« Ou pire que mourir. »

Erin murmura ses mots. Elle ne voulait pas mourir, mais c’était mieux que ce qu’il pouvait lui faire. Donc. Se battre. Tuer.

« Je ne peux pas le faire. »

Mais elle devait le faire. Erin commença à trembler. Il n’y avait pas d’autre choix. C’était le choix le plus clair de sa vie. Elle pouvait courir et se cacher et peut-être, peut-être survivre. Mais s’il la trouvait elle allait devoir se battre et gagner. Gagner voulait dire qu’elle allait devoir le tuer. C’était le tuer ou abandonner.

« Échec et mat. »

Est-ce qu’elle avait une fièvre ? Le corps d’Erin balançait entre une chaleur étouffante et un froid glacial. Elle était en train de trembler, mais quelque chose au plus profond d’elle était calme, terriblement calme.

Erin ferma ses yeux, elle le savait, mais elle ne voulait pas le savoir. Sa bouche était seche, mais elle se força à parler.

« Notre Père qui es aux Cieux...»

Sa voix s’égara. Elle avait oublié le reste il y a fort longtemps et il n’y avait pas de Dieu pour l’écouter. Aucun dieu miséricordieux n’approuverait ce qu’elle s’apprêtait à faire.

Erin ouvrit ses yeux, elle regarda ses mains avant de se demander ; qui était son ennemi ?

Un Gobelin, mais pas n’importe quel Gobelin, un Chef. Un leader parmi son espèce. Fort ? Oui. Bien plus fort que les autres. Mais peut-être pas plus fort qu’un humain normal, et si elle était meilleure pour se battre…

Mais il avait une épée, un arc et des flèches. Il avait des niveaux, qu’importe ce que cela voulait dire. Il était un meilleur combattant. Alors qu’est-ce qu’Erin avait ?

Elle regarda autour d’elle. Une auberge, une cuisine, les quelques articles qu’elle avait achetés en ville. Une salle commune avec des tables et des chaises, un étage avec aucune sortie sauf pour les fenêtres. Des couteaux de cuisines, des casseroles, des poêles et un four vide.

Erin ferma les yeux et y réfléchit. Elle les ouvrit une minute plus tard et elle avait la solution.

Une corne sonna quelque part au loin. Erin l’écouta et entendit les battements de son cœur étouffer ses pensées. Elle savait ce qu’elle avait à faire.

Erin se leva. Ses oreilles sifflaient, mais le monde était silencieux. Elle avait l’impression d’être une rêveuse, marchant à travers un monde ensommeillé. Même le lourd son de la corne était étouffé. En cet instant, elle avait l’impression d’avoir tout le temps du monde.

Lentement, Erin alla jusqu’à la cuisine. Elle se pencha avant de chercher quelque chose dans le sac de nourriture qu’elle avait acheté. Voilà, juste là. Est-ce que c’était assez ? Ça allait être assez.

Erin regarda autour d’elle avant de prendre une casserole en fer, elle était petite, mais elle allait faire l’affaire.

Toutes les braises présentes dans le four de la cuisine s’étaient éteintes il y a fort longtemps. Erin lança quelques morceaux de bois et se pencha pour créer quelques étincelles. Lentement. La corne continuait d’appeler, de plus en plus bruyamment. Mais ses mains refusèrent de trembler, elle était toujours en train de rêver.

Enfin, le feu s’empara du bois. Erin continua de nourrir la petite braise grandissante, elle rajouta du bois au feu avant de mettre la casserole au-dessus de ce dernier. Elle allait être assez chaude dans pas longtemps, le feu continuait de grandir.

C’était le plan. Erin remplie la casserole à ras-bord avec son achat avant de mettre un couvercle sur cette dernière. Lentement, elle marcha jusqu’à la salle commune avant de s’asseoir.

La corne sonna. Elle était juste à l’extérieur de l’auberge. Erin entendit le pas lourd du Gobelin, le vacarme de son armure, il s’arrêta devant la porte. Puis il y eut un bruit sourd.

Thud.

La porte trembla, les chaises et les tables la bloquant reculèrent sous l’impact. Erin regarda la porte.

« Tout cela n’est qu’un jeu. »

Elle se murmura ses mots sans les croire.

Thud

Un autre impact, cette fois Erin entendit quelque chose craquer. La porte n’allait pas durer, elle n’avait plus qu’une poignée de secondes.

Thud.

Le feu commença dans la cuisine. Il allait lui falloir du temps pour que la casserole soit chaude. Est-ce que ça allait être suffisant ? Il fallait que ça soit suffisant.

Thud/

La porte entière trembla, Erin vit le bois se briser autour des charnières. Elle attendit, la mort était dans ses os. Mais elle ne savait pas si c’était sa mort ou non.

« Cavalier en D4. Pion en E3. »

Elle ne voulait pas mourir, mais la mort serait peut-être préférable à ce qui allait venir. Erin ferma ses yeux.

« Je déteste vraiment ce monde. »

La porte s’écrasa à l’intérieur alors que le Chef Gobelin entra dans l’auberge.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #19 le: 11 décembre 2019 à 11:08:31 »
1.16

C’était un magnifique matin. Le ciel était d’un profond bleu et le soleil brillait paisiblement sur la colline.

La porte s’enfonça vers l’intérieur et le Chef Gobelin chargea dans l’auberge. Erin se releva et attrapa une chaise.

Le Chef sourit de manière malsaine en a voyant, il regarda la chaise que tenait Erin et l’ignora. Ses yeux s’arrêtèrent sur Erin, sur son visage, sur son corps… Elle n’aimait pas la manière dont il la regardait.
Elle hésita, la chaise était entre ses mains.

« Je ne veux pas te faire de… »

Le Chef Gobelin rugit avant de charger Erin. Il la percuta et elle s’écrasa à travers la table derrière elle. La chaise qu’elle tenait vola hors de ses mains, elle sentit quelque chose craquer dans son corps.
Le gobelin dégaina son épée. Erin resta au sol, bouchée bée comme un poisson. Il abattit l’épée sur elle et elle roula à gauche, évitant l’arme qui brisa le plancher.

Plus loin. Erin se jeta par-dessus une autre table et sentit l’épée la manquer de quelques centimètres. Elle s’empara d’une chaise et la jeta sur le Gobelin qui l’écarta d’un mouvement dédaigneux de sa main gantelet.

La table était entre eux. Erin se prépara à esquiver à gauche ou à droite mais le Chef attrapa la table et poussa. Il enfonça l’épaisse table dans le nombril d’Erin tel un boulet de canon avant de la renverser.

Un mur de bois s’écrasa sur elle. Erin resta sous la table, sonnée, jusqu’à ce qu’une épaisse main attrape sa cheville et la tire d’en dessous la table.

Le Gobelin ria d’elle alors qu’elle était sur son dos, les yeux vagues. Il retira son pagne et la tira vers lui. Erin le regarda et sentit l’horreur battre dans sa poitrine. Il s’abaissa pour lui arracher les vêtements…
Elle lui donna un coup de pied, directement dans son entrejambe, de toutes ses forces.

Le Gobelin attrapa facilement sa jambe, avant de sourire de manière narquoise. De son autre main, il attrapa son autre jambe…

Erin s’assit. Ses jambes étaient prisonnières, mais ses mains ne l’étaient pas. Elle donna un coup de poing vers la cible pendante qui se trouvait entre les jambes du Gobelin.

Il hurla et la jeta plus loin. Erin roula avant de se relever. Il était en train de tenir ses parties intimes. Elle attrapa une chaise et cette fois, elle n’hésita pas.

Erin abattit la chaise sur la tête du Gobelin dans un Thump retentissant. Une fois. Deux fois. Puis le Gobelin lui donna un coup de poing.

Elle vit le coup de poing venir et tenta de le bloquer avec la chaise. Le poing du Gobelin s’écrasa à travers le bois et fit tomber Erin de nouveau. Elle se releva en sentant que sa bouche était ensanglantée.

Le Chef rugit et s’empara de son épée. Erin recula précipitamment. Elle était proche de la cuisine. Elle se précipita à l’intérieur et claqua la porte.

Voilà. La casserole était sur le feu, et de la fumée noire était en train de s’échapper du couvercle. Erin s’en approcha et sentit la chaleur brulante. Des gants. Il y avait un rouleau à pâtisserie sur le comptoir mais pas de gants ou de mitaines. Où est-ce qu’était-les…

La porte explosa vers l’intérieur dans une terrible crash. Erin se retourna et vit le Chef Gobelin chargeant vers elle.

Elle esquiva. L’épée siffla à travers l’air et s’enfonça dans le mur. L’impact désarma le Gobelin alors qu’il cria quelque chose de guttural à Erin. Elle le frappa au visage avec le rouleau à pâtisserie.

Son nez se brisa. Erin le sentit mais elle releva le rouleau à pâtisserie et le frappa de nouveau. Puis une nouvelle fois. Elle devait le frapper tant qu’il n’était pas armé. Le frapper. Le fra…

Shk.

 Quelque chose de lourd frappa le ventre d’Erin et la fit reculer. Elle recula en titubant avant de regagner son équilibre. Quelque chose l’alourdissait. Quelque chose était… Erin baissa les yeux.
Un couteau était dans son estomac, juste au-dessus de sa hanche. Il n’était pas symétrique, la lame était trop grande vers la gauche, et il était en elle. En elle.

Erin tira sur le couteau. Il était coincé. Elle continua de tirer et sentit la peau autour de son estomac partir alors qu’elle retirait le couteau. Elle serra les muscles de son abdomen et tira
Le couteau sortit accompagner du terrible bruit de la chair se déchirant. Erin regarda le sang sur la lame. Elle le laissa tomber et le couteau s’écrasa au sol avec un lourd thump. Ce n’était pas le bruit qu’un couteau devait faire.

Du sang. Coulant le long de son estomac. Erin mit une main sur sa blessure et essaya d’arrêter le saignement. Mais elle était en train de saigner, de plus en plus abondamment, et le Chef Gobelin s’approchait.

 “————!”
Erin n’arrivait pas à s’exprimer. Elle laissa échapper un cri à moitié étouffé. Elle tituba vers le foyer, la douleur transperçant ses entrailles à chaque pas.

De la fumée s’échappait de la casserole. Son contenu bouillonnait et crachait vers elle. Elle n’avait pas le temps de prendre des gants, elle attrapa la casserole par les poignées.

Le métal la brûla. Erin hurla alors que ses mains commencèrent être recouverte de cloques et que sa peau brûla. La douleur était insoutenable, mais elle continua de tenir la casserole et se retourna.
Le Chef était debout, il gronda vers elle à travers son nez cassé et son visage ensanglanté. Il tenait le couteau de cuisine dans sa main, et se jeta vers elle.

Erin lança le contenu de la casserole vers le Chef Gobelin. L’huile bouillante éclaboussa le visage du Gobelin et ruissela le long de son torse.

Il hurla. Le Chef laissa tomber le couteau de cuisine et hurla si fort qu’Erin devint sourde. Elle lâcha la casserole et tituba pour s’éloigner de lui.

Elle tint ses paumes tremblantes vers l’avant. Sa peau était déjà noire et brûlée, et même blanche à certains endroits. De larges cloques étaient déjà en train de se former sur sa peau ruinée. Mais ce n’était que la moitié. La moitié de la douleur de ce monde.

Le Chef Gobelin griffa son visage avant de tomber au sol, toujours en train de hurler, mais le son qu’il faisait était tellement faible. Elle pouvait l’entendre s’étouffer. Agonisant silencieusement. Elle comprenait. Il n’y avait pas assez de son dans le monde pour traduire toute cette douleur, et crier ne ferait qu’aggraver la douleur. Mais il devait hurler, alors il le faisait silencieusement.

Erin resta assis sur le sol et le regarda. Elle était en train de saigner. Le sang s’échappant de sa blessure n’arrêtait pas de couler. Mais ses mains…

Elles n’étaient plus les mêmes, et l’agonie des deux blessures était insupportable. Donc Erin tenta d’oublier la douleur. Elle regarda le Chef alors qu’il gisant sur le sol. Il était en train de fumer.

Des parties de son visage étaient en train de fondre. L’huile bouillante l’avait… Fondu. Mais il était toujours, il était mourant.

Erin pouvait l’entendre respirer. De courts, respirations aiguës emplie de douleurs. Il resta sur le sol, immobile. Le combat était terminé. Elle avait gagné.

Lentement, Erin commença à pleurer.

***

La fille s’assit dans la cuisine ruinée avec le Gobelin. Les deux étaient silencieux. L’un d’entre eux était mourant, l’autre était morte à l’intérieur.

Une brume de fumée brûlée remplit la pièce. L’odeur de chair brûlée envahissait l’air. L’huile se mélangeait avec le sang et la chair sur le sol.

Éventuellement, la fille bougea. Lentement, si lentement, elle se releva. Titubant, tenant le trou dans son estomac elle marcha jusqu’au large sac de jute rempli de nourriture. Elle ramassa un couteau de cuisine traînant au sol.

Elle prit le couteau et trancha le sac. La douleur qu’elle ressentit en serrant le bandage autour de son estomac manqua de la faire s’évanouir. Ses doigts et ses paumes laissèrent s’échapper un liquide clair alors que le monde sombrait dans le noir. Mais elle agrippa le bandage fermement et fit un nœud.

Puis, elle se retourna.

Une forme sombre gisait au sol, brûlant. De la vapeur s’échappait de sa chair fondue. L’odeur de viande cuite empestait l’air. Une forme sombre gisait au sol. Bougeant légèrement en respirant de laborieuses respirations.

La fille s’assoit à ses côtés. L’huile était toujours chaude, mais elle s’en fichait. Elle s’assoit avec le Gobelin et regarde son visage ruiné. Est-ce qu’il la regarde en retour ? Seulement elle le sait.

Une forme sombre gisait au sol. La fille s’assoit avec et attend. Puis, la respiration s’arrête.
Un soleil chaleureux traverse un ciel bleu et passe à travers l’une des fenêtres de la cuisine. Il n’est même pas midi, et pourtant une douce brise descend depuis les montagnes.

Le monde est silencieux.

La fille s’assoit contre l’un des murs et ferme ses yeux. Son sang coule sur le sol.

[Aubergiste Niveau 9 !]

[Compétence : Combat de Taverne obtenu !]

[Compétence : Lancer Infaillible obtenu !]
« Modifié: 11 décembre 2019 à 14:11:29 par Maroti »

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #20 le: 14 décembre 2019 à 17:43:57 »
1.17

Son nom était Klbkch. Du moins, c’était ce que les membres des autres espèces l’appelaient. Son nom parmi les siens ne pouvait pas être prononcé avec des mots. Donc il portait le nom de Klbkch ou ‘Klb’ de temps en temps. C’était important d’avoir un nom.

En ce moment, Klbkch n’était pas en service. Il avait signé le registre pour terminer sa journée, et avait aussi signé à la place de Relc. Son partenaire ne signait jamais le registre, ou alors, il le signait mal. Il était important de bien faire les choses.

Klbkch marchait à travers la sombre prairie qui entourant la ville. Il se dirigeait  vers l’auberge ou la jeune humaine femelle résidait. Cette visite n’était pas dans son devoir de garde, il allait la visiter pour améliorer sa relation avec elle. Il était important d’avoir de bonnes relations avec les autres espèces.
Il savait que quelque chose n’était pas normal dès l’instant où il vit la fumée. Instantanément, Klbkch dégaina les deux épées se trouvant à sa taille. Il avait encore deux autres mains de libres, mais il les laissa libres pour l’instant.

Les épées au clair, Klbkch couru vers la petite colline de l’auberge, il bougea extrêmement rapidement. Ses longues jambes combinées avec ses niveaux dans la classe de [Garde] lui donnaient [Mouvement Amélioré], ce qui lui permit de traverser plusieurs kilomètres en un instant.

L’auberge laissait s’échapper de la fumée noire depuis des fenêtres à l’arrière. Klbkch savait que ces fenêtres étaient connectées à la cuisine, la porte était aussi enfoncée, et en s’approchant Klbkch vit plusieurs Gobelins fuirent vers les collines.

Des Gobelins.

Klbkch s’arrêta en dehors de l’auberge s’aplatit contre l’un des murs proche de l’entrée. Il dégaina deux dagues avec ses deux mains inférieures et se prépara. Il ne sous-estimait pas ses chances, mais ils ne les surestimaient pas non plus.

Dans le classement des niveaux des gardes, il était quatrième, plus que capable de s’occuper de la plupart des différentes classes de Gobelins. Mais il se retirerait si les Gobelins étaient trop nombreux. Son objectif était d’analyser la situation et l’était de santé d’Erin Solstice et, si possible, se retirer avec elle. Si cela n’était pas le cas, son rôle était d’être témoin de son destin et de celui des forces occupant l’auberge.

Pour une raison inconnue, Erin Solstice était plus importe qu’analyser la menace pour Klbkch. Il rejeta immédiatement cette pensée et questionna son jugement. Sa survie était plus importe que celle d’un simple humain.

Mais. Elle pouvait être à l’intérieur, blessée ou mourante aux mains des Gobelins. Klbkch savait qu’ils avaient tendance à violer et agresser les femelles de n’importe quelles espèces humanoïdes.
Ses instincts lui disaient d’attendre. Klbkch les ignora. Son esprit lui disait d’agir, il chargea à travers la porte, se préparant au pire.

La salle commune de l’auberge était un chaos de chaises et de tables brisées. Klbkch analysa la pièce. Vide. La porte menant à la cuisine était enfoncée. Il chargea en direction de la cuisine et s’arrêta.

Deux silhouettes reposaient sur le sol. L’une était un Gobelin, mais pas n’importe quel Gobelin ; un Chef. Une véritable menace. La seconde était une fille humaine. Les deux ne bougeaient pas.

Klbkch évalua la situation. Le Chef Gobelin était dangereux, il pouvait être tué si nécessaire mais… Il était déjà mort. Mort. Une menace capable de tuer, à elle seule,  une équipe d’aventuriers de bas-niveau avait été tué par… Une fille ?

Comment ? Mais cela n’avait pas d’importance. Il regarde Erin Solstice.

La jeune femme reposait contre un comptoir. Elle tenait un bandage contre son estomac, ses mains étaient noires et recouvertes de cloques. Des larmes avaient peint des lignes claires à travers la saleté de son visage. Du sang rouge, presque noir après avoir séché, se trouvait autour du bandage sur son estomac.

Sa respiration était faible.

Pour la première fois de sa courte vie, Klbkch des Antiniums Libres n’avait pas la moindre idée de ce qu’il fallait dire.

« Ha. Mademoiselle Solstice ? »

***

La douleur l’avait quitté après quelques temps. Erin flottait, seule, dans une sombre et chaleureuse mer. Elle était en train de s’endormir. Ou peut-être qu’elle était déjà en train de dormir et que tout cela n’était qu’un rêve.

Erin coula lentement dans cette mer noire alors que la lumière du jour disparaissait petit à petit. C’était un sentiment merveilleux alors qu’elle abandonna ses fardeaux et ferma les yeux. Dormir. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas bien dormi.

Mais il y avait quelque chose qui la dérangeait. Quelque chose faisait… Un bruit ? Oui, un bruit. Erin pressa ses paupières, mais maintenant elle était secouée. Elle ne voulait pas se réveiller, mais peut-être que si elle le faisait, elle allait pouvoir se rendormir juste après. Alors elle écouta.

« Mademoiselle Solstice ? Mademoiselle Solstice, vous devez boire. »

Elle était en train de se réveiller, et son réveil apporta la douleur. Erin gémit, ou du moins, essaya de gémir. Sa gorge était terrible sèche. Elle souffrait. Elle souffrait tellement qu’elle ne pouvait pas supporter la douleur, elle ne savait pas quoi faire. Elle voulait retourner dormir, mais la voix était insistante.

« Buvez. »

Quelque chose était à ses lèvres. Erin sentit le liquide froid et lécha instinctivement.

Aussitôt, quelque chose de fantastique commença à se produire. Alors que sa langue goûta quelque chose d’amer et qu’elle eut un haut-le-cœur, la douleur disparue. Durant un instant.

Puis le sentiment de bien-être s’en alla. Désespérément, Erin ouvrit la bouche et goûta la dégoûtante, splendide boisson une nouvelle fois. L’agonie de ses mains disparues, et la terrible douleur brûlante de son estomac s’arrêta.

Erin ouvrit les yeux et se redressa. Son corps retrouva de l’énergie alors que les ténèbres de la mort s’éloignèrent. Elle regarda au-dessus d’elle et vit l’insectoïde géant regarder vers elle.

« Guh. »

Erin s’étouffa sur la dernière gorgée de la potion de soin. Klbkch la tenait de manière ferme alors qu’elle lutta contre la toux et avala.

« Mademoiselle Solstice. Est-ce que vous allez bien ? »

« Je… Je suis en vie. »

Erin bégaya. Elle regarda Klbkch, il était en train de tenir une bouteille de potion vide dans sa main, il l’avait sauvé. Ramener à la vie. Elle voulait le remercier. Elle n’avait pas les mots, mais elle voulait le remercier de l’avoir sauvé. Elle ouvrit la bouche et vit le corps gisant au sol.

Le Chef Gobelin. Ses yeux tombèrent sur son visage ruiné, sur son corps immobile. Erin s’arrêta, et ignora Klbkch qui venait de répéter sa question. Erin regarda le cadavre pendant un certain temps, jusqu’à ce que Klbkch le traine hors de la cuisine. Quand il retourna et qu’elle regarda son visage, elle avait totalement oublié ce qu’elle voulait dire.

***

« Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas, Mademoiselle Solstice ? »

Ce fut la première chose que Klbkch lui demanda après s’être assuré qu’elle allait bien.

Erin s’appuyait contre une étagère de la cuisine, son t-shirt relevé alors qu’elle inspectait son estomac. Il était complément soigné, même si le bandage était toujours présent. Elle aurait dû se sentir malaisé en se dévêtant devant Klbkch, mais elle ne l’était pas. C’était probablement parce qu’il était un insecte.
Elle releva la tête, surprise. Klbkch la regardait, elle ne savait pas quoi dire, contrairement à lui.

« Je ne veux pas dire que vous n’êtes pas de ce pays ou de ce continent. Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas ? »

Klbkch s’agenouilla à ses côtés, ses longues jambes faisaient que c’était plus facile pour lui que de s’asseoir.

« Non, je ne suis pas d’ici. »

« C’est bien ce que je pensais. »

Erin sourit sans joie.

« C’était si évident ? »

« Disons plutôt que cela est devenu évident. C’était une déduction improbable, mais c’était la seule que j’ai trouvée. »

Erin hésita, avant de hocher la tête. Klbkch hocha la tête à son tour, pour donner son accord.

« Comment est-ce que tu as deviné ? »

« Beaucoup d’indices m’ont mené à cette conclusion. Ta curiosité à propos des niveaux et des classes, ton arrivée mystérieuse et ce ‘Michigan’ qui n’existe pas dans les livres. Mais plus important encore fut ce dernier instant. Aucun Humain ne pleurerait pour un Gobelin. »

Erin essaya son visage, les larmes avaient séché depuis bien longtemps mais…

« Vraiment ? Personne ? Qu’en est-il des Drakéides ? »

« Aucun Humain. Aucun Drakéide, Homme-Bêtes, Gnoll ou créature de Liscor prendrait la peine de pleurer pour un Gobelin. »

« Qu’en est-il de ton peuple ? »

Klbkch ne cligna pas des yeux, il ne pouvait pas le faire, mais il fit un mouvement compulsif.

« Les Antiniums ? Nous ne pleurons pas. »

« Oh. Je vois. »

Erin sentit les mains de Klbkch bouger vers son estomac, il était en train de retirer le pansement.

« Aie. Est-ce que c’était… »

« Ne t’inquiètes pas. La potion de soin à marcher. Le pansement est juste collé à ta peau. »

« Oh… Aie ! C’est bon à savoir. »

« Tu seras affaiblie durant quelques jours, cependant, tu seras entièrement remise de ta blessure. »

Erin poussa un cri de surprise alors qu’un peu de peau s’en alla avec le pansement.

« Tant mieux. Merci. Donc. Qu’est-ce que qui se passe maintenant ? Est-ce que tu… Qu’est-ce que tu as fait du corps ? »

« Je l’ai enterré dehors. Loin de l’auberge pour éviter une réanimation. Ne t’inquiète pas. »

« … Merci. Hum. Merci. »

Klbkch hocha la tête. Rapidement et avec dextérité, il plia le pansement sale et l’ajouta au feu qu’il avait allumé. Ce dernier brûla et sentait terriblement mauvais, mais ce n’était qu’une odeur putride de brûler parmi tant d’autre.

L’homme-fourmi s’en alla vérifier la petite casserole qu’il avait mise sur le feu. Elle était remplie d’eau bouillante, pas d’huile. Après une minute il trempa un autre morceau de vêtement dans la casserole et l’amena à Erin. Elle l’accepta sans un mot et l’utilisa comme éponge pour nettoyer la terre, le sang, et les autres tâches recouvrant sa peau.

« J’ai fait l’observation que tu n’étais pas de ce monde, Mademoiselle Solstice. »

« Ouais. J’ai changé de sujet. Les Humains font ça quand ils ne veulent pas parler de quelque chose. »

Elle frotta violemment son estomac, le torchon était plutôt chaud, mais la chaleur était bienvenue. Elle se sentait froide. Klbkch baissa la tête en la regardant.

« Mes excuses. Je ne devrai pas poser de telles questions en cet instant. Tu es toujours en état de choc.»

Erin releva la tête.

« Je ne suis pas en état de choc. »

« Tu es en train de souffrir à cause de cette rencontre. Ton état mental est déséquilibré. »

« Je ne suis pas en état de choc. Vraiment. Je suis juste… Fatiguée. »

« Comme tu le dis. »

Klbkch baissa la tête une nouvelle fois.

« Je vais bien, vraiment. J’ai juste… Je viens d’un autre endroit. D’un autre monde. Ce lieu est différent. J’ai juste… Je n’ai juste pas envie d’en parler maintenant. Ça a été une mauvaise journée. »

« Bien sûr, pardonne mon impolitesse. Mais si je peux, j’aimerai te suggérer une marche à suivre. »

« Hum. D’accord ? »

« Je me suis débarrassé du corps du Chef Gobelin. Cependant, de nombreux Gobelins sont toujours cachés dans les environs. Si tu te sens en sécurité ici je me débarrasserait du plus grand nombre possible. Si cela n’est pas le cas, je t’escorterai jusqu’à la ville avant de revenir avec des renforts pour…»

« Non. »

Erin coupa la parole de Klbkch. Elle pouvait sentir la surprise de l’homme-fourmi.

« Non ? Si tu te sens incapable de voyager je peux… »

« Non. Interdiction de tuer des Gobelins. »

Il s’arrêta. Elle pouvait sentir qu’il l’observait même si ses yeux à multiples facettes n’avaient pas de pupilles.

« Puis-je demander pourquoi ? »

« Ce mal. »

« Beaucoup diraient le contraire, Mademoiselle Solstice. Les Gobelins sont considérés comme des monstres et des bandits dans le but de déterminer leurs crimes selon les lois Liscoriennes. Ils sont des tueurs qui s’attaquent aux faibles. »

Erin hocha la tête.

« Ce sont de petits monstres vicieux maléfiques. Ils me mangeraient probablement s’ils en avaient l’occasion. »

« Sans aucun doute. »

« Et ce sont des meurtriers. »

« Cela est la vérité. Plus d’un quart des morts de voyageurs sur les routes autour de Liscor sont dût à une attaque de Gobelins. Ils sont des meurtriers. »

« Ouais. »

Erin marmonna. Elle regarda ses mains, propres et intactes.

« Ils sont des meurtriers. Tout comme moi. Ne les tues pas. »

Un silence suivi cette dernière remarque. Erin regarda ses mains. Finalement, la voix saccadée de Klbkch résonna près de son oreille.

« Je ne comprends pas ton raisonnement, mais je vais écouter ta requête. Cependant, sache que  je me défendrai en faisant usage de la force létale si je suis attaqué. »

« Ça me va. »

Klbkch resta silencieux. Erin regarda l’endroit où le corps s’était trouvé. Elle avait l’impression que sa tête tournait. À un certain moment, elle avait l’impression qu’elle aurait dû s’effondrer sur Klbkch et commencer à pleurer. Ou est-ce que c’était trop stéréotypé ? Était-ce une réaction normale ? Mais à la place elle avait l’impression de se sentir un peu… Vide.

« Une dernière chose. »

« Est-ce qu’il y a quelque chose que tu souhaites me demander, Mademoiselle Erin ? »

Erin hocha vaguement la tête avant de pointer vers son torse. Qui était toujours nu. Oups. Elle tira son t-shirt vers le bas, heureusement qu’elle portait toujours son soutien-gorge.

« Après avoir tué le Gobelin… J’ai gagné une nouvelle compétence. Deux, en fait. [Combat de Taverne] et [Lancer Infaillible]. »

« Ce sont des dignes compétences. Inhabituelles pour la classe d’[Aubergiste], mais pas inconnues. »

« Vraiment ? Pourquoi je les ai eues ? Et pourquoi les compétences ne sont pas… Déterminées ? »

« Un autre signe que tu ne proviens pas de ce monde, Mademoiselle Solstice. »

Erin le regarda en fronçant les sourcils, Klbkch fit un mouvement de la main.

« Je ne voulais pas t’offenser. C’est simplement parce que tous les êtres savent comment les classes et les compétences marchent. »

« Très bien, dans ce cas explique-les-moi. »

Klbkch resta silencieux pendant quelques secondes.

« Pour faire simple, les classes sont des chemins communs que l’un emprunte au cours de sa vie. L’un peut choisir de devenir un [Boucher], ou peut-être un [Musicien]. Ce n’est qu’une question de remplir les exigences. Bien souvent, ces conditions sont connues, mais il y a des exceptions. Quelqu’un ne peut pas simplement prendre la classe de type [Régent], par exemple. »

« Je vois, tu dois y naître. »

« C’est en effet l’un des moyens d’apprendre une classe de ce genre. Mais dans tous les cas, les classes améliorent les capacités d’une personne avec chaque niveau gagné, et cette amélioration de capacité peut s’accompagner d’une compétence. Mais il n’y a pas un set prédéterminé de compétence pour une classe. »

« Vraiment ? »

« En effet. Par exemple, deux individus peuvent prendre la classe de [Soldat], mais peuvent apprendre des compétences différentes au même niveau. C’est une question de besoin et de penchant qui permet à quelqu’un d’apprendre une compétence. Par exemple, même si Relc est un guerrier avec plus de niveau que moi, il est en dessous de moi dans la classe de [Garde] et donc ne possède pas la compétence de [Détection De Culpabilité]. »

« D’accord. »

Klbkch regarda Erin, elle haussa les épaules.

« As-tu compris ? »

« Pas vraiment. Un peu, je suppose ? Mais pourquoi est-ce qu’il y a des niveaux en fait ? »

« C’est la voie du monde. Toutes les races pensantes ont reçues la capacité de gagner des niveaux et de prendre des classes. »

« Pourquoi ? »

Erin soupira et frappa doucement son visage.

« Ou plutôt, par qui. Qui l’a fait ? Et pourquoi ? »

« Personne ne le sait. Mais nos plus vieux textes nous disent cette vérité. »

Klbkch récita avec sa voix sans inflexion.

« Tous ceux qui Pensent… Ressentent. C’est par ces Sensations que nous Agissons. C’est dans l’Acte que nous gagnons des Niveaux. Tous ceux qui Pensent ont une Classe. Et c’est dans cette Classe que nous trouvons notre destinée. »

Erin ria, avant de réaliser qu’il était sérieux.

« Est-ce que quelqu’un vous a enseigné ça ? »

Klbkch hocha gravement la tête.

« Cela fait partie des leçons que tous les enfants apprennent. La formulation exacte provient d’un livre : Le Livre des Niveaux, qui a été écrit il y a presque milles ans. »

« Mais pourquoi les choses marchent comme ça ? »

Erin était de plus en plus frustré. De plus, le ton calme et sérieux de Klbkch ne faisait rien pour aider.

« C’est simplement comme ça que nous vivons nos vies. C’est une vérité universelle à travers le monde. Ton monde n’est-il pas semblable ? »

Erin le regarda en fronçant les sourcils.

« Non, non il ne l’est pas. Nous n’avons pas de niveau, et nous n’apprenons pas des compétences comme dans les jeux-vidéos. Nous n’avons pas de classes sauf pour celle qu’on a à l’école, et nous n’avons pas besoin de niveaux pour apprendre quelque chose. »

« L’apprentissage est bien plus qu’une histoire de niveaux. Les classes et le gain de niveau sont simplement les bases de nos vies pour que nous puissions grandir plus vite dans ce que nous faisons. C’est la réalité. »

« C’est stupide. »

Il la regarda, surpris.

« Je te demande pardon ? »

« Ton gain de niveau est stupide. Tes compétences sont stupides. Je déteste les classes de ton monde, je déteste ta ville et je te déteste. »

Elle cria les derniers mots vers Klbkch avant de mettre son visage entre ses mains. Après quelques temps, elle le sentit poser une main réconfortante sur son épaule. Elle était froide, et faite d’un exosquelette lisse, mais réconfortant quand même.

 « … Je ne voulais pas dire ça. »

« Je n’ai pas été offensé, Mademoiselle Solstice. Je sais que tu as traversé un événement traumatique. La faute m’appartient dans le fait que je n’ai pas été assez ouvert à ta détresse. J’aurai dû fournir plus de confort et de camaraderie. Cependant, mon partenaire Relc est plus efficace que moi à ce sujet. »

« Tu t’en sors plutôt bien. »

Erin marmonna cette phrase à travers ses larmes. Elle avait commencé à pleurer. Ce n’était pas des pleurs bruyants ou moches, mais ses yeux étaient subitement remplis de larmes.

« Je passe juste une mauvaise… Je veux dire, ça fait… Je déteste ce monde. Mais je ne pense pas la dernière partie, tu es quelqu’un de bien. Tous les autres peuvent aller en enfer. »

« Je vois. Tiens, accepte ceci, s’il te plait. »

Klbkch tendit un autre morceau de tissu à Erin. Elle se moucha et renifla bruyamment.

« J’aimerais être seule maintenant. »

Klbkch hésita.

« Je resterai ici avec ta permission. Cela serait imprudent de… »

Elle lui coupa la parole.

« Ça va aller. »

« Respectueusement, je dois exprimer mon désaccord. Même si le Chef Gobelin est mort, sa tribu peut chercher à se venger. »

« Ils ne le feront pas. »

« Puis-je demander comment tu peux le savoir ? »

« Je le sais. S’il te plait. J’aimerais vraiment être seule. »

Une nouvelle fois, il hésita. Finalement, Klbkch se releva et marcha jusqu’à la porte de la cuisine avant de se retourner.

« Puis-je poser une dernière question, Mademoiselle Solstice ?  Qu’est-ce qui a poussé le Chef Gobelin à vous attaquer ? Il est rare de voir un chef de tribu prendre des mesures agressives sans être provoqué. »

Erin ferma les yeux. Elle était tellement fatiguée, et les événements de… De ce matin ? Cela semblait être si loin.

« Relc. Il a tué trois Gobelins et les a décapités. »

Klbkch s’arrêta. Du coin de l’œil, Erin le vit fermer l’une de ses quatre mains, puis il s’inclina profondément.

« Permet-moi de te présenter nos excuses mutuelles. Les mots ne peuvent pas exprimer ma honte. »

Elle hocha rapidement la tête.

« Y’a pas de mal. »

Une fois son mensonge terminé, elle attendit que Klbkch s’en aille. Quand il resta dans la cuisine après quelques minutes, elle le regarda droit dans ses yeux.

« Je vais aller me coucher. »

Il hocha la tête.

« Bien. Prends soin de toi, Mademoiselle Erin. »

Il ne ferma pas la porte derrière lui, car la porte était brisée. Mais il la posa contre le trou et installa deux chaises pour la maintenant en place avant de disparaître dans la prairie, devenant rapidement une silhouette dans le ciel orangé.

Erin posa sa tête contre le mur. Ses yeux étaient en train de brûler et son corps semblait lent et confus après la potion de soin. Au moins, il était parti. Ce n’est pas qu’elle n’aimait pas sa compagnie, en fait, elle voulait le serrer dans ses bras ou se faire serrer par ses bras. Mais maintenant elle voulait dormir.
Elle voulait oublier.

Mais elle ne pouvait pas dormir.

Elle voulait tellement trouver le sommeil, son esprit était en train de la supplier de fermer les yeux. Mais quand elle le faisait, elle voyait des choses, donc elle les garda ouverts.

Elle pouvait sentir l’huile bouillante et la chair brûlée, même si Klbkch avait ouvert une fenêtre pour laisser la brise du soir souffler à travers la cuisine. Mais elle sentait toujours la mort, elle pouvait le voir dans les yeux du Chef Gobelin. Il était en train de la regarder…

Thump.

Erin frappa sa tête contre le mur derrière elle. Cela faisait mal. Elle recommença.

Thump. Thump

L’image des yeux morts du Gobelin disparu de son esprit pendant une seconde. Mais dès l’instant où elle pensait à ce qui s’était passé, ils étaient de retour, regardant directement dans son âme.

Thump.

Erin cogna sa tête une nouvelle fois. La douleur fit disparaître son champ de vision pendant un cours instant, et sa tête commença à tourner. Mais si elle devait choisir entre ça et les yeux du…

Thump. Thump Thump.

Elle voulait dormir, mais elle ne le pouvait pas, et la nuit était proche. Apportant avec elle des incertitudes, des peurs, mais pire que tout, des choses auxquels elle ne pouvait pas échapper.
Des souvenirs.

Thump.

***

Klbkch marcha à travers les portes ouest de Liscor et salua le Drakéide à son poste d’un mouvement de la tête. Sa réponse fit un froncement de sourcil, mais il ne fit pas de commentaire. La politesse était importante, entretenir des relations solides et un sentiment d’amabilité envers les Antiniums dans la ville était important.

Ce qui était aussi important était de rendre une prime. Klbkch portait un large sac fait à partir de ce qui était resté du sac d’Erin et son contenu alourdissait son côté gauche de manière non négligeable. Mais le sac était nécessaire, et de plus, cela évitait que l’odeur et la vue ne dérange les autres citoyens qu’il croisait.

Oui, la prime. Il allait la remplir cette nuit, mais avant il avait une mission plus importante à finir.
Klbkch marcha à travers les rues jusqu’au moment où il atteignit un bar qu’il savait fréquenter par de nombreux clients Drakéide. Le bar était un établissement bruyant, tapageur, et remplie de corps reptilien, mais ils firent de la place pour lui. Non pas par respect, car il n’était pas en service, mais parce qu’il ne désirait pas toucher son corps.

L’Antinium solidaire marcha à travers la foule de Drakéide jusqu’au moment où il entendit son nom être appelé bruyamment accompagné du smash causé par une chope violemment pausé sur le bar en sa direction.

« Oi, Klb ! Tu vas pas croire ce que ce stupide Humain à fait cette fois. »

Klbkch approcha Relc en traversa le bar. Le Drakéide se décala pour lui laisser un siège et se retourna, chancelant. Il était entouré d’un troupeau de Drakéide ou, s’il utilisant le terme approprié, une communauté de Drakéide. Certains étaient mâles, la majorité était des femelles. Ou peut-être pas. Il était parfois difficile à Klbkch de définir le sexe d’un individu. 

« C’est une bonne chose que tu sois là. Laisse-moi te dire, cette fille, Erin ? C’est l’Humaine la plus stupide que j’ai vu de ma vie. Tu sais ce qu’elle a fait ce matin ? »

Relc se lança dans son histoire, et en voyant la tête que les autres faisaient, ce n’était pas la première fois qu’il racontait son récit. Klbkch ignora Relc et ignora le siège dans lequel le Drakéide tentait de l’asseoir.

Il plaça deux de ses mains sur les épaules de Relc pour le stabiliser. Une posture correcte était essentielle. Puis, il frappa Relc aussi fort que possible avec ses deux autres mains.

Le Drakéide vit les coups de poing venir, mais il était trop saoul pour bien les esquiver et les mains de Klbkch le retenaient. Il s’écroula violemment au sol alors que les deux poings s’écrasèrent contre sa mâchoire et son estomac en même temps.

Pendant un instant, seul un silence stupéfait se fit entendre. Puis Klbkch entendit un puissant sifflement qui se transforma en un hurlement strident de rage.

Relc bondit sur ses pieds avec un hurlement et rencontra le pied de Klbkch lors de sa remontée. Le coup le toucha dans la mâchoire une nouvelle fois et le sonna durant quelques secondes. Klbkch hocha la tête, une bonne posture était nécessaire pour un bon coup.

Relc était aux pieds de Klbkch, il se releva, reçu deux nouveaux coups poings, et décida de rester au sol. Klbkch hocha la tête une nouvelle fois et s’éloigna de son partenaire.

L’atmosphère dans la pièce était devenue hostile. Klbkch regarda autour de lui mais décida de ne pas dégainer ses dagues. Les autres Drakéides tremblant de rage et leurs poings étaient serrés, mais son expérience lui disait qu’ils n’allaient pas attaquer sans nouvelle provocation.

Klbkch estima que l’image publique envers les Antiniums dans la ville venait de se dégrader de quelques degrés suite à ses actions, qu’importent ses raisons. L’antipathie dans la Garde de la ville serait aussi substantielle, du moins sur le court terme.

Cela était coûteux, mais Klbkch trouvait que c’était adéquat. Il hocha la tête en direction des observateurs du bar silencieux.

« Passez une bonne nuit. Veuillez accepter mes excuses pour le dérangement. Je vais me retirer. »

Klbkch se retourna et marcha hors du bar. Il entendit le brouhaha recommencer dès l’instant ou passa la porte tout en entendant la voix indignée et distinctive de Relc. Oh oui, il y aura des conséquences demain.

Pour une certaine raison, cela ne dérangeait pas Klbkch. A la place, il se demanda à quoi les humains ressemblaient. Est-ce qu’ils étaient comme les Drakéides ? Cette question le dérangeait.

Mais la nuit s’avançait et il avait une prime à rendre. Les bons papiers devaient être remplis de manière adéquate, avec un témoignage en guise de confirmation. Les choses devaient être bien faites, ou cela ne valait pas la peine de le faire.

Klbkch marcha dans la nuit. Il y avait une prime à rendre et des recherches sur les humains à faire. Mais plus important, les Autres devaient connaitre une humaine nommée Erin Solstice. Elle était importante. Après tout, elle était unique.

***

Le cadavre avait disparu, mais Erin pouvait toujours voir son visage. Elle pouvait encore sentir l’odeur de la chair brûlée, ressentir les brûlures sur ses mains. Elle pouvait toujours l’entendre respirer.

Elle ne s’endormit pas, et alors que la nuit se changea en jour, elle continua à regarder le sombre plafond.

Écoutant la respiration.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #21 le: 18 décembre 2019 à 12:59:44 »
1.18

Erin s’assit dans une chaise et regarda à l’extérieur. C’était une belle journée, une brise tiède passa à travers la fenêtre, réchauffant tout ce qu’elle touchait.

A l’exception d’elle-même. Elle se sentait froide. Vide et froide.

Des ombres passèrent devant elle, elles avaient des noms. Klbklc, Relc, et même Pisces. Mais ils n’étaient pas importants. Les morts étaient bien plus terribles.

Erin tenait une tête de Gobelin entre ses mains. Elle regardait dans ses yeux blancs et sentait ses mains brûler. Elle s’assit à côté d’un Gobelin mourant et écouta sa respiration.

Le soleil était éblouissant. Au bout d’un certain temps, la nuit se changea en jour, mais Erin avait toujours l’impression qu’il faisait nuit. Dans l’auberge, les ombres étaient longues et continuaient de la plonger dans la pénombre. C’était adéquat.

Le monde semblait vide, tout était en train de se réverbérer et de se flouer autour d’elle. Elle ne faisait rien en particulier, elle était simplement… Existante. Existante, sans être adéquate.

Le petit fantôme d’une petite auberge dans un petit monde. Voilà comment elle se sentait.

C’était froid.

Erin leva la tête, Relc était dans l’auberge. Est-ce que c’était la première fois qu’elle le voyait aujourd’hui ? Probablement. Il était en train de hurler à propos de Gobelins en s’excusant. Klbkch était aussi présent. Silencieux. Sa carapace marron le camouflait parmi les chaises. Peut-être qu’il s’était caché dans l’auberge depuis le début de cette journée. Erin ne pouvait pas s’en rappeler.

« … Tuer tous ses petits salauds ! »

Relc était en train de crier. Il attrapa sa lance. La main d’Erin bougea.

« Whoa ! »

La tête de Relc recula subitement alors que le couteau de cuisine frôla son visage. La lame s’enfonça dans le mur et se coinça dans le bois.

Klbkch et Recl regardèrent Erin. Elle regarda sa main en silence. Oh. D’accord. Une compétence. [Lancer Infaillible]. Est-ce qu’elle en avait parlé à Klbkch hier ? Où est-ce qu’elle voulait lui en parler prochainement ?

Elle regarda Relc.

« Laisse-les tranquille. »

Puis Erin recommença à regarder ses mains. Après un certain temps, Relc s’en alla, suivi de Klbkch, ou peut-être qu’Erin avait arrêté de les voir.

« Cet endroit est mon auberge. C’est moi qui fais les règles. Et si tu n’aimes pas mes règles, va-t’en. »

Est-ce qu’elle avait dit cela à Relc, ou à une auberge vide ? Peut-être qu’elle l’avait crié. Erin ne pouvait pas s’en rappeler. Le temps n’était pas la même chose désormais. Elle continua de regarder ses mains et avait l’impression qu’elles étaient en feu. Elle vit le Gobelin mort gisant sur le sol, hurlant en silence.

C’était la seule chose qu’elle voyait.

Pisces arriva plus tard. Il entra dans l’auberge avec des étincelles partant du bout de ses doigts. Il était comme Relc, mais il était attentionné. Il voulait aussi tuer des Gobelins, ou les effrayer. Les maudire avec un sort. Cela n’avait pas d’importance.

Erin le regarda jusqu’à ce qu’il hésite. Elle lui donna l’une des saucisses séchées avant de lui dire que s’il tuait un des Gobelins elle allait le tuer.

Il prit la saucisse avant de pâlir en attendant ce qu’elle venait de dire. Puis il s’en alla.

Erin resta assis dans l’auberge et sentit les murs l’écraser. Elle ne pouvait pas respirer à l’intérieur, elle devait sortir.

 Le soleil était trop resplendissant et la lumière était trop agressive. Erin retourna à l’intérieur avant de sentir les ténèbres ramper le long de son dos. Les ombres étaient en train de se mouvoir. Le vent semblait porter des murmures.

Elle pouvait entendre une respiration. C’était la sienne.

Il faisait noir, le soleil avait disparu. C’était le pire des moments. Erin pouvait voir des cadavres dans les ombres, couchés sous les tables, avec leur têtes visibles dans la lumière lunaire passant à travers les fenêtres.

Erin ferma ses yeux, mais ils la suivirent dans sa tête. Elle creusa à travers son esprit et les souvenirs refirent surface. Ils lui brisèrent le cœur. Morceau par morceau. Jusqu’à l’arrivé du matin.

***

Klbkch arriva le lendemain. Relc était absent. Il s’assit avec elle et lui posa d’autres questions. Allait-elle bien ? Voulait-elle quelque chose ? Avait-elle faim ?

Erin lui répondu jusqu’à ce cela soit trop fatiguant. Puis elle resta assit et attendit qu’il s’en aille. Éventuellement, c’est ce qu’il fit.

Les ombres se retraitèrent devant la lumière du soleil, Erin resta assis dans sa chaise en se balançant de temps en temps. Elle se releva quand elle entendit un Thump.

Quelqu’un était à la porte. Erin l’ouvrit.

Un rocher géant se tenait devant son auberge. Une longue pince s’approcha d’elle. Le crabe-rocher cliqueta et tentait de l’attraper au niveau de la taille.

Erin ouvrit sa bouche et hurla. Le crabe-rocher tenta d’attraper sa tête avec une de ses pinces. Elle frappa la pince avec une chaise et continua de hurler. Le crabe-rocher recula sa pince et se retraita. Elle continua de hurler dessus. Elle hurla et hurla et hurla jusqu’à ce que sa respiration soit coupée. Puis elle continua de hurler.

Le crabe se retraita en agonisant, essayant de protéger ses orifices lui servant d’oreille avec ses pinces. Il marcha en crabe le plus rapidement possible. à des kilomètres d’ici, les oiseaux ptérodactyles s’envolèrent en paniquant.

Erin hurla et hurla jusqu’à ce que sa voix soit éteinte, elle essuya les larmes de son visage avant de rentrer de nouveau dans l’auberge et de dormir dans une chaise.

***

En se relevant, Erin se rendit compte qu’elle était affamée. Elle tenta d’ignorer la sensation pour rester assis là où elle se trouvait. Mais la douleur commença à mordre ses entrailles. Elle continua de l’ignorer.

La douleur s’en alla, avant de revenir quelques heures plus tard, la déchirant de part en part. Erin se demanda quand est-ce qu’elle avait mangé pour la dernière fois. Peut-être deux jours ?

Son estomac gargouilla et supplia. Erin sentit la douleur causée par la faim ronger son esprit. Eventuellement, cette dernière devint trop pressante pour l’ignorer. Alors Erin décida de manger.

Cuisiner demandait trop de travail, et manger de la viande était impossible. Erin se leva.

L’effort causé après s’être levé lui fit tourner la tête. Erin tituba avant de s’écrouler sur une chaise. Elle resta allongée sur la table en regardant le sol. Après une dizaine de minute elle se força à se relever et marcha jusqu’à la porte.

Le soleil était resplendissant. Erin couvrit ses yeux ? Il était midi, ou demain. C’était probablement la raison pour laquelle elle avait faim.

Elle commença à marcher, c’était difficile. Ses jambes ne voulaient pas la soutenir. Par deux fois, elle trébucha et tomba, avant de se relever et de continuer sa marche. Marcher était difficile, mais ce n’était pas plus difficile que certaines choses.

***


Le verger était au même endroit que la dernière fois. Les arbres, étrangement droits, portaient toujours les fruits bleus. Erin donna un coup de pied à l’un des arbres et attrapa le fruit alors que ce dernier tomba vers son visage.

Erin se posa sur le sol et regarda le fruit bleu durant un certain temps. Les arbres la protégeaient du soleil et le vent faisait voler ses cheveux dans son visage. Finalement, Erin croqua le fruit.

Il était sucré et délicieux. Le jus était rafraîchissant. Pour Erin, ce dernier avait un gout de cendre et de poussière. Mécaniquement, elle termina le fruit avant d’en manger cinq autres. Puis elle vomit.

Une fois que son estomac se calma, Erin mangea un nouveau fruit, retrouvant un semblant de gout. Une fois le fruit terminé, elle regarda les restes du fruit et le noyau taché reposant dans ses mains.

Elle ouvrit le noyau et observa la pulpe qu’il contenait. Du poison. Probablement un moyen extrêmement douloureux de mourir. L’odeur était déjà terrible, le gout serait probablement pire.

Mourir empoisonné était une terrible manière de mourir. Presque aussi terrible qu’avoir son visage fondu.

Thump. Thump.

Erin frappa sa tête contre l’arbre. Ce dernier était robuste, c’était ce qu’il fallait. Des fruits bleus tombèrent autour d’elle.

Thump. Thump. Thump.

Elle s’arrêta lorsqu’elle vit les Gobelins. Quatre d’entre eux se tenaient à l’orée du verger. Ils prirent la fuite dès l’instant où elle posa ses yeux sur eux.

L’un des Gobelins avait fait tomber quelque chose dans sa panique. Erin s’y rendit et ramassa un petit panier fait de brindilles. Il n’était pas très bien fait.

Elle se retourna et regarda le verger et les fruits que les arbres portaient. Bien sûr. Ils avaient probablement faim eut aussi. Elle ne pouvait pas les voir manger des crabe-rochers, et les oiseaux-dinosaures les mangeraient probablement s’il essayait de voler leurs œufs. À part un voyageur de temps en temps, qu’est-ce que les Gobelins pouvaient manger ?

Erin quitta le verger, marchant lentement jusqu’à l’auberge, sentant son corps s’effondrer sur lui-même. Elle avait besoin de manger plus. Mais c’était trop de travail.

Elle pouvait les sentir la suivre, mais ils fuyaient dès qu’elle se retournait. Cependant, ils étaient lents et elle pouvait les entrapercevoir. Des vêtements miteux, des corps famélique. Ils ressemblaient à des enfants affamés, à des réfugiés échappant à une guerre. Mais pas à des monstres. À l’exception de leurs yeux rouges et de leurs dents pointues.

Cela donna une idée à Erin, elle regarda ses mains durant un long moment avant d’accélérer. Soudainement, elle avait commencé à marcher plus vite. Une fois dans l’auberge, elle chercha le sac et trouva que Klbkch avait rangé tous les ingrédients sur le comptoir. Démarrer un feu fit difficile, mais une fois commencé s’arrêter allait être encore plus difficile.

Erin sentit l’odeur de la fumée et de la cuisson. Mais ce n’était que du bois, et la fumée n’était pas envahissante. Elle n’entendait que sa respiration, et son estomac gargouillant.

***


Le soir tomba sur les plaines, sur l’auberge solitaire se tenant sur une petite colline, et sur les quatre Gobelins rampants dans les hautes-herbes. Ils regardaient l’auberge. Ils regardaient la fumée s’échappait de la cheminée. Ils regardaient, et entendaient leur estomac gargouiller.

Ils avaient tous des armes, mais elles n’étaient pas de bonne qualité. Des dagues rouillées, des gourdins rudement fait. Mais ils étaient dangereux.

Malgré cela, ils craignaient l’auberge. Ils craignaient celle qui vivait à l’intérieur. Une escroc, une trompeuse, une meurtrière. Elle avait l’air faible, mais elle était la mort.

Ils le savaient. Cependant, ils sentaient quelque chose de merveilleux venir depuis l’auberge. De la nourriture. Et ils avaient tellement faim.

Les fenêtres de l’auberge étaient fermées, mais ils pouvaient sentir quelque chose cuire à l’intérieur. Quelque chose qui ne sentait pas comme de la viande pourrie ou l’odeur à  l’intérieur des fruits morts bleus. Cela ne sentait même pas comme les créatures rochers mortes qu’ils trouvaient de temps en temps, ça sentait… Bon.

Ils étaient en train de saliver. Mais ils craignaient l’auberge, et ils devaient manger ce soir ou mourir de faim. Ils se relevèrent avec réticence. Ils avaient espéré que la femelle humaine aurait laissé tomber de la nourriture ou serait morte. Mais comme ni l’un ni l’autre n’était arrivé, ils devaient trouver de la nourriture.

Cependant, ils continuaient d’hésiter. Ils restèrent proches de la porte et souhaitèrent avoir le nombre de leurs côtés ou la force de voler de la nourriture. Mais le monstre à l’intérieur était la mort. Elle avait tué le plus Puissant, et elle ne pouvait pas être combattu, c’était la mort.

Mais, ils avaient faim.

Combien de temps restèrent-ils à l’extérieur de l’auberge, salivant ? Trop longtemps. La porte s’ouvrit avec fracas.

Les Gobelins poussèrent des cris de peur et s’apprêtèrent à courir. Mais la Trompeuse ne les pourchassa pas. Elle continua de se tenir dans l’encadrement de la porte, les mains sur ses hanches, un sourcil levé.

« Alors ? Vous pouvez entrer. »

La Trompeuse se retourna et marcha à l’intérieur. Les Gobelins échangèrent un regard et observèrent la porte ouverte. Une délicieuse odeur s’en échappait. Ils hésitèrent, mais l’odeur était délicieuse.

Tellement, tellement délicieuse.

***


Erin se retourna alors que le premier Gobelin rentra lentement dans l’auberge. Il se figea, mais elle pointa une table du doigt.

« Ici. Asseyez-vous. »

Il hésita, avant de se diriger jusqu’à la chaise.

Le Gobelin se percha maladroitement sur la chaise qui n’était pas à sa taille alors qu’Erin plaça une assiette sur la table. Il faisait un mouvement de recul au moindre de ses mouvements, et quand elle sortit les fourchettes, il manqua de détaler. Mais il resta assis et la regarda alors qu’elle amena une casserole dans la salle. 

Le métal était brûlant. Mais Erin utilisa son t-shirt pour protéger ses mains et porter la casserole jusqu’à la table. Elle prit une pince et commença à servir les pâtes avec des oignons et des saucisses dans chaque assiette.

Le Gobelin continua de saliver. Il regarda les pâtes dorées puis Erin avec des yeux ébahis et suppliant. Il avança ses doigts sales vers les pâtes avant d’hésiter avant de regarder Erin.

Elle le regarda en retour. Ses yeux allèrent jusqu’aux doigts du Gobelin qui s’approchaient lentement de l’assiette.

« Cours et je te frappe avec une chaise. Assis-toi. Mange. »

Le Gobelin recula immédiatement ses doigts. Il regarda les pâtes, puis Erin. Elle se demandait pourquoi il ne mangeait pas. Oh. Bien sûr.

« Le premier repas est offert par la maison. »

Le Gobelin regarda le plafond. Erin soupira, mais ses lèvres eurent un léger mouvement vers le haut.

« Ça veut dire que c’est gratuit. »

Une nouvelle fois, le Gobelin la regarda avec ses yeux ébahis.

« Mange. »

Sa main se dirigea vers les pâtes.

« Pas comme ça. »

Le Gobelin recula sa main et manqua de tomber de sa chaise. Erin soupira une nouvelle fois. Cette fois, un sourire se dessina sur le coin de ses lèvres.

« Mange avec une fourchette. Tu vois ça ? Fourchette. »

Elle pointa vers la fourchette. Le Gobelin la regarda. Lentement, il s’en empara avant de piquer une nouille beurrée avant de la porter à sa bouche. Elle resta pendue au-dessus de sa bouche remplie de dents jaunes alors qu’il la regarda. Demandant sa permission.

Erin hocha la tête, la nouille tomba. Le Gobelin avala, avant de devenir raide. Très, très raide.

Puis il sourit. C’était un terrible sourire, plein de dents tordues et d’hésitation, mais c’était un sourire.

Erin sourit en retour. Elle ria, pour la première fois depuis une éternité. Ce fut un rire qui venait du bas de ses pieds avant de passer à travers son cœur. Il explosa hors de sa poitrine. C’était un bon rire, et le monde faisait sens à nouveau.

Le Gobelin regarda l’humaine riante. Il posa sa fourchette avant de détaler à travers la porte. Cela ne fit qu’accentuer son rire.

***

Erin posa la dernière assiette et regarda le dernier Gobelin gémir alors qu’il était affalé sur la table. Quatre Gobelins. Six assiettes. Elle était surprise de voir qu’ils arrivaient à tant manger.

Ils étaient de petites créatures. Cependant, ils mangeaient comme des loups affamés, car c’était exactement ce qu’ils étaient. Du moins, ils étaient affamés.

Mais maintenant ils étaient effondrés dans une paresse d’après repas, ou à la frontière entre la douleur et l’oubli causé par leurs estomacs comblés. Mais ils se redressèrent alors qu’elle s’approcha et la regardèrent.

Erin sortit une chaise avant de s’asseoir. Les Gobelins reculèrent, mais cette fois ils ne prirent pas la fuite en hurlant. Ils la regardèrent. Elle les regarda en retour.

***


Après un long moment, la nuit tomba. L’un des Gobelins regarda la porte et ils se relevèrent en même temps. Erin ne fit pas de mouvement pour les arrêter.

Maladroitement, ils se rendirent jusqu’à la porte, ne la quittant pas du regard. Puis l’un d’entre eux s’arrêta et fit un mouvement aux autres. Ils se rassemblèrent, lui tournant le dos. Erin vit une quelque chose briller dans leurs paumes. Les cheveux se dressèrent sur sa nuque, mais elle resta assise.

L’un des Gobelins était de retour, il tenait quelque chose dans ses mains et lui tendit.

Erin regarda ses mains pour voir trop petites pièces sales en argent. Elle cligna des yeux. Une première fois, puis une seconde fois, avant de lâcher la chaise et de se relever.

Le Gobelin eut un mouvement de recul, mais Erin bougea très lentement. Elle toucha les mains du Gobelins, elles étaient rugueuses, sales, et chaudes. Elle les ferma sur les pièces.

« Le premier repas est gratuit. »

Le Gobelin l’observa. Elle l’observa en retour. Il se retourna et prit la fuite. Mais il s’arrêta à la porte et dit quelque chose qui semblait être un ’sqwsmsch’. Puis il disparut.

Erin se rassit et regarda la porte. Elle cligna des yeux plusieurs fois avant de sourire. Elle regarda l’intérieur de l’auberge avant d’essuyer ses yeux. Puis, elle tira une chaise et posa ses bras sur la table pour former un oreiller.

Elle s’endormit à l’instant ou sa tête toucha la table.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #22 le: 21 décembre 2019 à 13:26:31 »
1.19

Erin se réveilla lentement et à la vue d’un sac d’argent sur sa table. Pendant un court instant, elle eut l’impression que l’un des Gobelins le lui avait laissé.
   
Ce n’était pas un des Gobelins. En fait, le mystérieux sac de pièce d’argent était offert par Klbkch. Erin regarda avec curiosité la note qu’il avait écrite et plissa les yeux pour comprendre les mots.


Pour la destruction d’un Chef Gobelin dans la proximité de Liscor, vous êtes présentement récompensée de 40 (quarante) pièce d’argents ou équivalent.

Signé et témoigné par Klbkch des Antiniums.


-Klbkch des Antiniums.

Post Script : Pardonne mon écriture passable, mais je ne parle pas couramment le script utilisé par la majorité des Humains de ce continent.



Erin cligna des yeux en regardant le sac, avant de l’ouvrir et de cligner des yeux une nouvelle fois à la vue des pièces argentées et brillantes. Elle continua de regarder les rayons de soleils faire briller les pièces pendant un certain temps, avant de fermer le sac.

Elle regarda de nouveau la table, avait-elle aussi rêvé de cette rencontre ? Mais non, elle pouvait voir l’endroit ou un Gobelin avait renversé du jus de fruit bleu quand elle lui avait souri. Une grosse mouche luisante plainait au-dessus de la table.

Erin soupira, avant de sourire. Soudainement, elle savait ce qu’elle devait faire.

Premièrement, elle écrasa la mouche acide et couru dans la pièce jusqu’à ce qu’elle lave l’acide. Puis, elle mangea son petit-déjeuner, qui était constitué de pâtes froides avec des saucisses et de l’oignon. C’était délicieux. Puis elle se dirigea vers la ville.
   
Erin réalisa quelque chose en marchant vers la ville. Elle allait devoir retourner au marché, le marché ou elle avait perdu tout son argent. Ses pas ralentirent, avant d’accélérer de nouveau. Soudainement, Erin avait deux choses à faire aujourd’hui et elle avait hâte de faire les deux.

***

Toutes les têtes se tournèrent alors que la femelle humaine entra au marché pour la seconde fois, et ce n’était pas à cause de l’odeur.

Erin marcha directement jusqu’à l’étal ou elle avait été arnaquée. Elle regarda le Drakéide et plissa les yeux.

« Attends une seconde. Est-ce qu’on se connait ? »

La Drakéide secoua sa tête.

« Est-ce que tu veux un collier, Humaine ? »

Erin regarda les pendentifs et autres joyaux présenté.

« Plus tard, peut-être. Là je veux parler au Drakéide qui m’a arnaqué il y a quelques jours de cela. Tu sais ; celui qui à prit tout mon argent. Celui qui est moche. »

Les autres clients et vendeurs qui écoutaient rirent bruyamment. La femelle Drakéide mit une main devant sa bouche pour cacher son sourire, elle pointa du doigt et Erin se tourna vers le Drakéide mécontent qui se trouvait quatre étals plus loin.

« Toi. »

Erin marcha vers le Drakéide, il la toisa, mais cette fois Erin ne baissa pas les yeux. Il bougea son regard au-dessus de sa tête pour lui faire comprendre qu’il ne voulait pas la voir. Elle racla sa gorge pour attirer son attention. Quand il continua de l’ignorer elle donna un coup de pied dans le bas de son étal.

Le Drakéide baissa les yeux et s’adressa brusquement à elle.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Erin lui fit un sourire courtois et sans sincérité.

« C’est très simple, j’aimerai parler affaire, abruti. »

Le Drakéide siffla sous de sa respiration. Il secoua sa tête vers elle et pointa sa queue dans sa direction.

« Mon échappe t’es fermé, Humain. Je refuse de vendre à ceux qui n’ont pas une once de respect pour les autres. »

« Du respect ? J’ai du respect à revendre, mais pas pour toi. »

Plusieurs des autres commerçants rirent en l’attendant. Erin remarqua que son altercation avec le Drakéide commençait à attirer une foule, puis elle remarqua qu’elle s’en fichait.

Le regard du commerçant Drakéide s’alourdit.

« Tu es en train de déranger mes affaires. Va-t’en, avant que j’appelle la Garde. »

Il lui tourna le dos mais Erin frappa sur son comptoir.

« Mes affaires avec toi ne sont pas terminées. Je veux récupérer mon argent. Tu m’as arnaqué. »

Le Drakéide la regarda par-dessus son épaule.

« Alors ? Je t’ai offert mes articles et tu as payé le prix. C’est une règle de base de l’achat et de la vente. Je n’ai rien fait de mal. »

La foule s’agita. Il y eut un murmure d’approbation du côté des commerçants, et un grondement mécontent de la part des clients. Erin se pencha sur le comptoir.

« Vraiment ? Qu’est-ce qui se passe si je ne suis pas contente de ce que tu m’as vendu ? Je pense que pour trois pièces d’or tu aurais dut me vendre assez d’oignons pour remplir le rez-de-chaussée de mon auberge. Donc qu’est-ce qui m’empêche de te rendre la marchandise et de me faire rembourser ? »

Le Drakéide sourit d’un air méprisant.

« Est-ce que tu me prends pour quelqu’un qui vient de sortir de l’œuf, ou un imbécile d’Humain lent d’esprit ? Je ne vais pas accepter de la nourriture qui a déjà plusieurs jours ! De plus, cet établissement ne rembourse pas. »

« Vraiment ? Où est-ce que c’est marqué ? »

« Ici. »

Le Drakéide pointa un panneau du doigt. Erin le regarda en plissant les yeux et en ignorant les rires alentour, avant de sourire.

« Oh, d’accord. C’est vraiment marqué ça, n’est-ce pas ? Dommage que je ne sache pas lire. Mais je me souviens que tu avais listé tes prix, pas vrai ? »

Elle regarda les différents bouts de papier épinglé à l’étal en bois. Le commerçant Drakéide bondit, mais Erin était plus rapide. Elle arracha l’une des étiquettes et le secoua devant son visage.

« Bien. Pourquoi ne pas appeler la Garde après tout. C’est très bien de vendre et d’acheter, mais qu’en est-il de respecter tes propres prix ? »

Le commerçant Drakéide siffla une nouvelle fois, lentement et longuement. Ses yeux faisaient des allez-retours entre l’étiquette et son visage. Il n’était pas en train de transpirer, mais Erin était pratiquement certaine que c’était parce que les lézards ne pouvaient pas transpirer.

« Même… Même si tu as ce bout de papier, qu’est-ce que cela change ? Je réalise de nombreuse vente dans une journée. Et toi… Je n’ai aucun souvenir de ce que je t’ai vendu, je n’arrive même pas à me souvenir de ce que j’ai vendu à mon dernier client. »

« Un sac de farine, une pot d’huile, un petit sac de sel, de sucre et de levure, ainsi que quatre saucisses et deux oignons. »

Erin lista ses achats sans hésitation, avant de s’arrêter pendant un instant.

« Et un sac merdique. »

Le Drakéide la regarda, bouche bée. Elle lui fit un sourire niais.

« J’ai une bonne mémoire. Une très bonne mémoire, en fait. »

Il n’avait pas grand-chose à dire à ce sujet. Mais l’expression sur le visage du commerçant indiquait clairement qu’il ne s’apprêtait pas à sortir les pièces d’or. Elle s’appuya sur le comptoir et le regarda. Elle aurait aimé ne pas être si proche de son visage, son haleine sentait la viande pourrie.
« Je veux récupérer mon argent. Je te donnerai quelques pièces d’argent pour ce que j’ai payé, mais je ne vais pas partir d’ici sans mon argent. Maintenant, nous pouvons faire ça de manière difficile et appeler des gens pour régler cette affaire, et tu perds ton commerce pour la journée, ou tu me rends mon argent et je vais… Hey, est-ce que c’est un échiquier ? »
   
Erin pointa du doigt l’un des articles présenté sur l’étal. Tout le monde se tourna et le regarda.

« Mais oui, s’en est un ! C’est comme… Je veux dire, les pièces sont différentes, mais c’est un jeu d’échec ! »

Le Drakéide grogna et poussa la main d’Erin.

« Éloigne tes sales pattes ! Cet article est précieux ! »

Erin le regarda sans broncher.

« C’est un échiquier. A moins qu’il soit fait d’or, ce qu’il n’est pas, il est fait en pierre… Donc il doit être aussi couteux que la nourriture que tu m’as vendue. Donc je suppose que tu le vends pour trois pièces d’or, pas vrai ? »

Un nouveau rire s’échappa de la foule qui avait continué de s’agglutiner pour observer l’altercation entre Erin et le commerçant. De son côté, le Drakéide attrapa l’échiquier et les pièces avant de les cacher sous son comptoir. Puis, il s’arrêta et se retourna pour la regarder avec une étincelle dans son regard.

« Es-tu un joueur d’échec, Humain ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas régler notre différent avec une partie ? »

Erin leva un sourcil dubitatif.

« Tu veux dire, nous jouons une partie pour mon argent ? Pourquoi est-ce que je ferai ça ? »

Le Drakéide croisa ses bras de manière innocente. Erin remarqua que sa queue était en train de remuer, mais elle fit semblant de ne pas le voir.

« Humain, toi et moi avons une dispute. Je refuse de payer pour des articles vendus, et tu refuses de partir. Je ne ferai pas de bénéfices tant que tu bloques mon étal, donc j’offre ce pari en bonne foi. Gagne contre le joueur de mon choix et je te rendrai ton argent, même si cela me coûte de la marchandise que j’ai obtenue honnêtement. Perd, et tu acceptes devant témoin de ne plus me déranger. Cela est ma meilleure offre. »

Erin plissa ses yeux en le regardant. Elle y pensa durant un moment, avant de hocher la tête. Ses lèvres se relevèrent pendant un bref instant, mais elle parvint à cacher son sourire.

« D’accord. Jouons. »

Le commerçant lui sourit en la prenant de haut. Son sourire était plein de dent.

« Donne-moi dix minutes pour trouver mon joueur. Puis je t’apprendrai pourquoi il ne faut pas parier avec quelqu’un qui t’es supérieur. »

Erin sourit en retour.

« Va te faire foutre. »

***

Vingt minutes plus tard, Erin s’assit à une table au milieu de la rue et joua avec un pion. Elle regarda son adversaire, un autre Drakéide, mais celui-ci avait des écailles bleues ciel. Il était plus maigre que le commerçant, mais il était tout de même plus grand qu’elle. Il termina d’installer les pièces de son côté et lui sourit depuis l’autre bout de la table.

« J’ai rarement la chance de jouer une partie dans cette ville. Puis-je savoir qui est mon adversaire ? »

« Bien sûr. Mon nom est Erin. Erin Solstice. »
   
Il hocha la tête.

« Je suis Olesm. Je crois que vous avez fait la connaissance de mon oncle. C’est lui qui m’a demandé de jouer cette partie. »

Erin fit un sourire amical, et sincère, à son adversaire avant de regarder par-dessus son épaule.

« C’est ton oncle ? Et bien, vous ne vous ressemblez pas. »

Le Drakéide planant au-dessus de l’épaule de son neveu siffla dans sa direction. Olesm leva ce qui aurait dû être un sourcil si les Drakéides avaient des poils.

« Je comprends que cette partie est un pari. J’aimerai vous sollicite à ne pas parier contre moi. Je suis un bon joueur. »

Le commerçant intervint aussitôt.

« Nous avons déjà agréé les termes du pari. L’Humain ne peut pas faire demi-tour. »

Olesm regarda son oncle avec irritation, mais Erin secoua sa tête.

« Je ne vais pas retirer ma parole. Jouons. De plus, je ne voudrais pas décevoir la foule. »

Elle fit un signe en direction des gens qui les observaient. Ils étaient définitivement des gens, mais Erin n’était pas certaine de savoir comment réellement les appeler. Drakéides, Gnolls, et même un représentant de l’espèce de Klbkch, un Antinium, étaient rassemblés en cercle pour regarder le jeu. Certains d’entre eux semblaient être en train de parier, et même si Erin n’arrivait pas à comprendre ce qu’ils disaient, ils n’avaient pas l’air d’être en train de parier sur elle.

Olesm soupira, mais ne fit pas d’autre objection. Il regarda vers l’échiquier et s’assura que ses pièces étaient bien alignées sur leurs cases. Erin s’aperçut qu’il était méticuleux et attentionné, ce qu’il faisait qu’il était unique parmi les Drakéides qu’elle avait rencontré.
   
« Je suis surpris que vous connaissez ce jeu. Après tout, ce jeu a été inventé l’année dernière. »

« Sans blague. »

Erin était occupée à examiner l’échiquier. Elle tapota l’une des pièces du doigt.

« Je ne suis pas certaine si les règles sont les mêmes dans ce cas. Cette pièce par exemple. Il est possible d’échanger la place du roi et d’un pion, n’est-ce pas ? »

Le Drakéide cligna des yeux.

« En effet. Je suis surpris que vous connaissiez ce mouvement. »

« Oh, j’ai vu quelque joueur l’utilisé. Les cavaliers bougent de cette manière, pas vrai ? »

« C’est correct. »

« Et les pions peuvent bouger de deux cases lors de leurs premiers mouvements, c’est ça ? »

« Il semblerait que vous connaissez ce jeu. Bien, bien. Cela pourrait s’avérer être un bon challenge après tout. »

Erin sourit affablement au Drakéide.

« Je ne suis pas une experte. Mais il y a des enjeux sur cette partie donc je vais faire de mon mieux. Les blancs commencent. »

« Tout à fait. »

Le commerçant fit un sourire narquois alors que les observateurs s’avancèrent légèrement alors qu’Olesm poussa un pion en avant. Erin lui sourit.

« Peu de joueurs commencent en bougeant un pion sur le côté. La plupart préfèrent commencer par une pièce du centre. »

Elle poussa rapidement un pion en avant, Olesm haussa les épaules en contemplant son prochain mouvement.

« J’ai trouvé que cette stratégie marche dans certaines de mes parties. Il est fascinant de jouer à un nouveau jeu de stratégie, et je m’efforce à tester de nouvelles théories sur l’échiquier. »

Le commerçant continua de tourner anxieusement autour des épaules d’Oslem.

« Tant que tu gagnes. Tu dois absolument gagner. »

Olesm plissa les yeux mais ne les retira pas de l’échiquier. Éventuellement, il poussa un pion pour contrer le pion d’Erin.

« Avez-vous joué de nombreuses parties ? »

Erin poussa un  pion sans hésitation. Olesm cligna des yeux et la foule murmura.

« Quelques-unes. Mais peut-être que vous devriez réfléchir plus longtemps vos coups ? »

Elle balaya son inquiétude d’un mouvement de la main.

« Ça va aller, ça va aller. Je m’amuse. C’est juste que je pense rapidement à mon prochain coup, c’est tout. »

Olesm fronça les sourcils en sa direction.

« Vous devriez y penser plus sérieusement. J’ai joué plus d’une centaine de parties, et j’en ai remporté plus de deux tiers. Si vous êtes vraiment en train de parier quelque chose d’important, cela serait dommage de perdre cette partie si facilement. »

Erin lui fit un sourire.

« Une centaine ? Wow. Mais comme je l’ai dit, ça va aller. Moi aussi j’aime jouer à échec, et j’ai joué une… Petite poignée de partie. Je ne m’inquiète pas. »

« Et pourquoi ça ? »

Le sourire d’Erin s’accentua.

« Parce que je vais gagner. »

***

La partie avait commencé depuis une vingtaine de minutes lorsque Relc arriva à la place du marché. Quelques clients étaient en train de faire leurs achats, mais la majorité était en train de regarder la partie. Un Gnoll plus malin que les autres était en train de vendre de la nourriture à ceux qui regardaient la partie, et les autres commerçants ne semblaient pas déranger par le fait que leurs commerces s’arrêtent le temps de la partie.

Relc n’était pas là pour regarder la partie. Il força le passage à travers la foule et attrapa Erin. La foule protesta bruyamment, tout comme Erin.

« Hey, qu’est-ce que tu fais ? »

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Relc haussa le ton, il pointa l’échiquier avec énervement et ignora Olesm qui prenait son temps pour préparer son prochain coup.

Erin haussa les épaules.

« Ça ? Je suis en train de récupérer mon argent, et lâche le t-shirt, il est neuf. »

Elle essaya de défaire les griffes de Relc de son t-shirt, et il la lâcha, avant de l’emmener plus loin de la partie. Il se pencha vers elle et lui siffla dessus.

« Arrêtes de jouer, la partie n’est pas juste. »

« Quoi ? »

Erin regarda l’échiquier avant de revenir à Relc.

« Tu ne peux pas tricher dans une partie d’échec, une partie est forcément juste. »

« Non, non c’est pas ça. »

Relc haussa sa voix et pointa le commerçant du doigt.

« Hey, toi ! Oui, toi. Je te connais. Arrête la partie. Elle n’est pas juste, le pari est faussé. »

La foule grogna de mécontentement en entendant les mots de Relc. Le commerçant Drakéide présenta ses griffes de manière innocente.

« La partie est juste. Elle m’a laissé choisir mon joueur et nous nous sommes mis d’accord sur les enjeux. Il y a de nombreux témoins. Stopper la partie serait injuste, Garde. »

Relc regarda le commerçant Drakéide d’un air hautain. Depuis son siège Erin nota que la queue du commerçant était légèrement en train de remuer, et si elle parvenait à correctement lire son visage elle pouvait voir qu’il semblait joyeux.

« Je déteste être d’accord avec cet abruti, mais il a raison, Relc. J’ai accepté les enjeux et je veux jouer. Je vais regagner mon argent et faire une partie d’échec au passage. »

« Est-ce que tu es folle ? Tu vas perdre cette partie. »

Relc siffla sur Erin, et elle cligna des yeux.

« Vraiment ? Et pourquoi ça ? »

Relc grogna avant de pointer le Drakéide assis en face d’Erin du pouce, ce dernier était en train d’observer l’échiquier en fronçant les sourcils.

« Ce type contre lequel tu joues ? C’est un [Tacticien]. Celui avec le plus haut niveau de la ville ! »

Erin cligna des yeux une nouvelle fois.

« Et alors ? Est-ce que ça veut dire qu’il est bon pour jouer aux échecs ? »

« Ça veut dire qu’il est très bon ! »

« Tout comme moi. Ce qui fait que la partie n’est pas injuste, pas vrai ? »

« Non ! »

Relc semblait être prêt à arracher les épines de sa tête.

« Tous les [Tacticiens] savent quand quelqu’un leurs tends un piège ! C’est une compétence de leur classe ! Comment ça se fait que tu ne saches pas ça ? Si tu joues contre l’un d’entre eux dans une partie tu es pratiquement assuré de perdre ! En plus cet idiot adore jouer à ce jeu stupide ! »

Olesm releva la tête et regarda Relc en même temps qu’Erin.

« Ce n’est pas un jeu stupide, et qu’est-ce que ça fait s’il aime jouer ? Moi aussi j’aime jouer à ce jeu, et comme je l’ai dit, je suis une bonne joueuse. »

« Tu ne peux pas gagner.

« Je peux. »

« Tu ne peux pas. »

« Oh, bonjour Klbkch. »

Erin arrêta de regarder Relc et salua l’homme fourmi qui venait d’arriver derrière Relc d’un mouvement de la main. Klbkch hocha poliment la tête.

« Mademoiselle Solstice.  Je te prie d’excuser l’interruption de mon compagnon. Nous sommes en service et il est indécent de déranger un membre du public sans raison. Mais Relc insista pour que nous parlions avec toi quand nous avons appris l’existence du pari. »

« Vraiment ? Tu as entendu parler du pari ? »

Klbkch hocha la tête.

« En effet. Il a fait le tour de la ville. »

« Ouaip, tout le monde est en train de parler à propos de l’humaine stupide qui est assez bête pour jouer une partie d’échec contre cet idiot. »

Relc pointa Olesm du doigt, l’autre Drakéide continua de regarder l’échiquier, mais Erin pouvait voir qu’il était en train de grincer des dents dans son siège.

Klbkch hocha la tête.

« Je comprends que ce pari a été réalisé dans le but de regagner ton argent perdu. Cependant, je crains que je dois émettre le même avertissement que Relc. Tes chances de gagner une partie contre Olesm sont très faibles. »

« Olesm. Ah oui, c’est comme ça qu’il s’appelle. »

Erin couvrit son sourire alors que l’œil d’Olesm tiqua. Elle se tourna vers Klbkch et Relc.

« Ecoutez, je suis heureuse que vous vous inquiétez pour moi. Mais je gère, tout va bien. Vous allez voir. »

Les deux gardes l’observèrent, non convaincu. Relc se tourna vers Klbkch et murmura quelque chose. Malheureusement, sa voix était toujours portante et Erin, ainsi que tous ceux qui se trouvaient autour, pouvait l’entendre sans avoir besoin de tendre l’oreille.
   
« Je pense pas qu’elle comprend. Les Humains sont un peu lents. Explique-lui la partie sur la classe de [Tacticien]. »

« Je crois que tu lui as donné les informations adéquates. Si elle ne t’écoute pas, elle ne m’écoutera pas. »

« Exactement. Arrêtes de me traiter d’idiote ou je vais te frapper. »

Erin regarda Relc qui regarda ses pieds. Elle regarda Klbkch qui leva ses quatre mains avant de baisser la tête et de regarder Relc de nouveau.

« Laissez-moi jouer. Vous deux pouvez regarder, mais je vais jouer et gagner. »

« Mais… »

Erin leva un doigt.

« Non. Va-t’en et laisse-moi jouer. »   

Relc ouvrit sa bouche, la ferma, et siffla longuement et bruyamment. Il jeta ses mains en l’air et retourna dans la foule avec le pas lourd.

« Les Humains ! »

Erin s’installa de nouveau dans son siège et sourit à Olesm.

« Désolé pour ça. »

Olesm regarda par-dessus l’épaule d’Erin et renifla en direction de Relc et Klbkch.

« Il n’y a pas de mal. Mais si nous sommes libres de nouvelles interruptions, c’est votre tour. »

« En effet. »

Erin regarda l’échiquier avec intention, avant de glisser une nouvelle pièce en avant.

« Oi, Klbkch. Qu’est-ce qu’elle fait ? C’est un bon coup ça ? Ça ressemble à un mauvais coup. »

« Je suis incertain à ce stade de la partie. Laisse-moi quelques instants pour étudier l’échiquier avant que je te donne mon opinion, et baisse le ton, s’il te plait. »

Erin lutta pour ne pas sourire alors que l’œil d’Olesm fit un mouvement nerveux. Elle commença à étudier l’échiquier en attendant son prochain coup.

Les échecs. Les pièces étaient différentes, et elle était en train de jouer au milieu d’une rue dans une ville pleine de lézards qui pouvaient marcher et de fourmi qui pouvaient parler. Mais c’était toujours des échecs.

C’était fantastique de pouvoir rejouer.

***

Olesm fronça les sourcils en jouant avec l’un des fous qu’Erin avait coincé avec l’un de ses cavaliers. Il bougea le fou en diagonale vers un côté, avant de froncer les sourcils de nouveau. Il le bougea vers un autre côté et son expression s’assombrit une nouvelle fois. Il leva la tête et regarda Erin.

Elle lui rendit son regard de manière innocente.

Il bougea sa pièce en avant et en arrière autour d’un pion qu’elle avait utilisé pour attaquer sa reine, et se décida à prendre un pion avec sa pièce. Son visage ne changea pas, mais il semblait heureux de son coup.

Erin bougea aussitôt une de ses pièces. Son cavalier, un Drakéide avec un bouclier rond dans une main et un cimeterre dans l’autre, prit l’un de ses pions.

« Échec. »

Un murmure traversa l’audience agglutinée autour des deux joueurs, à l’exception de Relc qui était en train de s’acheter quelque chose à manger à l’un des étals. Olesm s’enfonça dans sa chaise et donna un regard admirateur à Erin.

« Bien joué, je n’avais pas anticipé cela. »

« C’était un coup de chance. Enfin, pas vraiment, mais c’est un joli coup, pas vrai ? »

« En effet. »

Olesm bougea son roi sur le côté.

« À toi de jouer. »
   
Erin pointa l’échiquier du doigt.

« Oh, c’est aussi échec. Désolé. »

Erin tapa sa reine du doigt. Le joueur Drakéide fit une grimace avant de bouger son roi de l’autre côté.

« C’est aussi échec, tu vois cette tour ? »

Olesm s’arrêta et regarda l’échiquier. La foule murmura un peu plus bruyamment et Relc était de retour pour regarder la partie.

Après une minute, Olesm fit un mouvement qui n’était pas en échec et la partie continua. Mais il commençait à prendre de plus en plus de temps entre chaque coup et l’air renfrogné  qu’il portait depuis plus de cinq minutes ne s’en alla pas.

Pendant ce temps, son oncle le commerçant continua de regarder l’échiquier en étant de plus en plus angoissé. Il regarda Erin qui sourit sereinement en retour. Dès qu’Olesm bougeait une pièce, elle lui répondait dans l’instant en bougeant une de ses pièces pour prendre une de ses pièces ou menacer son roi. Éventuellement, elle arrêta de regarder l’échiquier et regarda le commerçant avec un sourire sur son visage alors qu’Olesm cherchant une réponse de manière paniquée.

« Échec. »

« Échec. »

« Ooh, pas d’échec pour ce tour. Mais fait attention à ta tour, c’est elle ou ta reine. »

« Échec. »

« Échec. Et aussi échec si tu fais ça, et ça… »

« Échec. »
 
« Échec. »

« Échec. »




Note du traducteur: Je prends une pause pour les fêtes de fin d'année, on se retrouve a début du mois de janvier!

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #23 le: 15 janvier 2020 à 23:56:19 »
1.20

« Échec et mat. »

Enfin, Erin glissa sa tour pour clore la partie. Olesm regarda l’échiquier avant de faire tomber sur roi d’une griffe tremblante.

Erin craqua ses doigts en souriant. Cette partie n’était pas sa meilleure partie, mais elle avait préféré le style à l’efficacité. Son adversaire n’avait que son roi, encerclé par une petite armée de ses pièces. Elle sourit en regardant Olesm de plus en plus pale. Son audience était bouche bée, leurs yeux passant d’elle à l’échiquier.

« C’était une bonne partie. Il faut remettre ça une autre fois, d’accord ? »

Elle tendit son bras et tapota Olesm sur son épaule, le Drakéide semblait être légèrement en état de choc et ne lui répondit pas. Erin haussa les épaules et se releva.

Klbkch et Relc traversèrent la foule jusqu’à elle, Relc était bouche bée et regardait l’échiquier de manière confuse.

« Tu as gagné. Mais comment tu… Mais il…  Tu as gagné ! »

« Félicitations pour cette victoire, Mademoiselle Solstice. »

« Tout le plaisir est pour moi, Klbkch. »

Erin sourit en direction de Klbkch, l’homme fourmi hocha la tête en retour.

« Puis-je demander comment tu es parvenu à un résultat aussi impressionnant ? Je ne pensais pas qu’il était possible, ou prudent, de parier contre Olesm à un jeu d’échec jusqu’à aujourd’hui. »

Erin haussa les épaules. Il n’y avait pas de mal à lui dire la vérité. De plus, le marchand et son neveu étaient tous les deux en train de regarder l’échiquier avec incompréhension.
« Tu m’as dit que ça faisait un an qu’il joue aux échecs? »

Klbkch hocha la tête.

« Et il est un [Tacticien] de niveau 22. Il n’y a pas de tacticiens avec un niveau supérieur même dans l’enceinte de l’armée Liscorienne.»

« C’est bien pour lui. Mais je suis une joueuse d’échec depuis douze ans. J’ai commencé un peu tard, mais j’avais pour habitude de jouer au moins trois parties avant de me coucher, et je faisais ça tous les jours. Il a peut-être une jolie compétence, mais un débutant reste un débutant. »

Cette fois ce fut au tour de Klbkch de se retourner pour regarder Relc. Erin leur fit un nouveau sourire avant de tapoter le marchand sur l’épaule.

« Je veux que tu me rembourses. L’intégralité de la somme, merci. Tant que tu y es je vais aussi acheter l’échiquier et les pièces. »

Le Drakéide ouvrit la bouche, puis ses couleurs commencèrent à revenir dans ses écailles et il recula.

« Je… Cette partie était… »

Erin l’interrompit sans hésitation.

« Si tu t’apprêtes à dire que j’ai triché, ce n’est pas la peine. Si tu veux une revanche, je peux parfaitement refaire une partie si c’est quitte ou double. Sinon, ce n’est même pas la peine d’essayer. Je veux que tu me rembourses. »

Le Drakéide pâlit de nouveau devant le sourire d’Erin, sa queue était en train de s’agiter.

« Mon esprit est… Quelque peu troublé. J’ai peur de ne pas me rappeler de la somme que tu as dépensé. Au moins que tu puisses me le dire ? »

Erin lui fit un sourire de vainqueur.

« Je n’en ai pas la moindre idée, mais je suis certaine que Klbkch et Relc peuvent nous aider à trouver le bon montant. »

De manière surprenante, le marchand perdit encore plus de couleurs alors que Klbkch hocha la tête de manière sérieuse avant de s’incliner dans sa direction.

« En tant que Garde Senior, c’est notre plaisir de pouvoir vous aider à évaluer les revenus financiers de votre étals, ainsi que tous les impôts impayés qui pourraient exister. Pour l’instant nous allons devoir fermer votre boutique pendant que nous commençons une fouille approfondie de vos biens et de votre inventaire. »

Relc sourit de malicieusement.

« Parfait. Commençons par tout renverser jusqu’à trouver un reçu. »

Le commerçant Drakéide fit un son aigu et étranglé en essayant de bloquer Relc, mais l’autre Drakéide était déjà en train de joyeusement retourner son magasin. Erin cacha son sourire.

Olesm marcha jusqu’à elle, sa queue traînant au sol.

« Je dois te féliciter, Mademoiselle Solstice. Tu m’as donné une bonne leçon, je te prie d’accepter mes plus plates excuses pour avoir douté de tes capacités. »

Erin devint légèrement gêné, elle détestait ce qui allait suivre.

« Oh non, tu es un bon joueur. Je n’aurai pas dû jouer à ce niveau contre un débu… Contre un autre joueur. »

« C’est fort aimable de ta part, mais je sais reconnaître quand je ne fais pas le poids. Je me pose une question… Est-ce que, par chance, es-tu une [Tacticienne] ? »

« Moi ? Non, non je ne le suis pas. Désolé ? »

Les épaules d’Olesm s’abaissèrent un peu plus bas, et Erin pouvait pratiquement voir son estime de lui baisser. Elle tenta de lui remonter le moral.

« Il faut pas t’en vouloir. Je ne suis pas une joueuse professionnelle, mais j’ai gagné un ou deux tournois d’échecs à l’époque où je jouais. J’ai même joué contre un Grand Maître. L’une des rares femmes à avoir ce titre et qui était vraiment cool. Mais j’étais tellement nerveuse que j’ai complètement oublié de roque et j’ai perdu ma tour… »

Erin s’arrêta avant de racler sa gorge, rougissant légèrement. C’était un mauvais souvenir, mais au moins Olesm ne ressemblait plus à un chiot-lézard battu. À la place, ce dernier la regardait avec intérêt.

« Est-ce que Grand Maître est une classe ? Est-ce qu’il est possible… Est-ce que je pourrai gagner cette classe ? »

Une sonnette d’alarme se déclencha dans l’esprit d’Erin, elle tenta de réfléchir vite à une solution, sans grand succès.

« Hum. Peut-être ? C’est plus un titre de là ou je viens qu’autre chose. De plus, les Grands Maîtres ne jouent qu’aux échecs. Je ne suis pas certaine que cela soit une classe. »

Olesm hocha la tête, et Erin savait qu’il était en train de prendre des notes dans sa tête.

« C’est peut-être une classe qui est atteignable à un au niveau de la branche des [Stratège]. Si j’ai cette opportunité, je prendrai cette classe sans aucune hésitation. »

« Tu peux faire ça ? »

Les mots s’échappèrent de la bouche d’Erin et Olesm hocha de nouveau la tête.

« Bien sûr. Je ne suis qu’un humble [Tacticien], la première étape dans la branche des stratèges. Mais si je gagne des niveaux et apprends de nouvelles compétences je peux être qualifié pour obtenir une classe de [Stratège]. Après cela, je vais peut-être pouvoir devenir un [Grand Maître]… ? Mes écailles tremblent rien qu’en imaginant une telle classe. »

Olesm regarda en l’air de manière rêveuse, Erin se décala légèrement de lui.

« Bien, bon courage avec ça. »

Elle voulait revenir à son argent, que le marchand Drakéide était presque en train d’implorer Relc de prendre alors que ce dernier s’amusait à saccager le magasin. Mais Olesm ne comptait pas lâcher l’affaire et maintenant Klbkch était aussi sur ses talons.

« Mademoiselle Solstice. Je crois que cela t’appartient. »

Il lui offrit trois pièces d’or, ainsi que quelques pièces de bronze et d’argent. Erin s’en apparat avec gratitude.

« Merci, Klbkch. »

« Je suis simplement en train de faire mon devoir en tant que membre de la Garde. Puis-je encore te féliciter pour ta victoire ? J’aimerai grandement jouer une partie contre toi lorsque je ne  serais plus en service.»

Olesm hocha la tête avec ferveur. Erin sourit en se demandant s’ils allaient la suivre jusqu’à l’auberge.

« Une autre partie ? Bien sûr, bien sûr. Après que j’ai terminé mes courses… Un autre jour, peut-être ? »

Klbkch hocha la tête alors qu’Olesm était visiblement déçu. Erin se sentait mal pour lui, mais elle connaissait son type. Le type de joueur qui allait  demander de jouer une autre partie jour et nuit à moins qu’elle ne s’y oppose.

« Vous savez quoi ? Nous jouerons quelques parties la prochaine fois. Pas que des échecs… Si vous en avez, j’adorerai tester d’autres jeux de stratégies. »

Le visage d’Olesm s’illumina de nouveau.

« Est-ce que tu aimes ce genre de jeu, Mademoiselle Erin ? Je suis certain que tu es une excellente joueuse avec n’importe quel type de jeu.»

Erin sourit avant de secouer sa main avec dépréciation. Elle nota que Klbkch était en train de regarder Olesm en silence, mais l’attention de l’homme-fourmi se tourna de nouveau vers elle.

« Oh, j’aime toutes sortes de jeux de stratégies. Je traîne toujours sur Youtube pour… Hum, ce que je voulais dire est que j’avais l’habitude de regarder et de jouer des tonnes de parties d’échecs, mais pas que des échecs. J’ai aussi appris à jouer au shogi, au go, et même quelques jeux de cartes. Mais je n’avais pas de quoi parier donc ça n’a pas duré. »

Erin haussa les épaules et Klbkch la regarda sans émotion.

« Excuse-moi, mais je ne suis pas familier avec ces jeux. Est-ce que le ‘shogi’ est un autre jeu de stratégie, comme les échecs ? »

« Non, non. Le shogi est un jeu provenant du Japon et, hum… Le Japon est… Hum… »

Erin s’arrêta. Klbkch et Olesm la regardèrent attentivement. Elle pouvait presque voir les yeux du Drakéide s’allumer d’intérêt.

Erin se rendit compte qu’essayer d’expliquer un jeu provenant d’un pays et d’un monde dont personne n’avait entendu parler, et qui se basait sur un langage et une culture qui n’existait pas était probablement une mauvaise idée. Mais ils la regardaient tous les deux.

« Hum. Laissez tombé ? »

***


Liscor avait plusieurs marchés qui étaient ouverts à n’importe quelle heure du jour. C’était aussi une ville avec beaucoup de rues, donc il y avait plus d’une rue du Marché, mais seulement une humaine marchant dans cette rue et observant les différents magasins et étals.

Les pieds d’Erin la faisait souffrir, et elle se sentait ridicule. Après tout elle avait joué aux échecs, assise, durant presque une heure. Mais d’un autre côté, elle avait aussi dût se tenir debout et inventer des mensonges créatifs durant une heure avant que Klbkch et Olesm décident de la laisser tranquille.

« Au moins ils sont partis maintenant. »

Erin fit tinter l’argent dans la bourse accrochée à sa ceinture. Klbkch l’avait aidée à acheter une bourse pour tenir tout l’argent qu’elle possédait. Cette dernière était merveilleusement lourde et faisait un adorable chink, chink alors qu’elle marchait, mais elle était désormais inquiète que quelqu’un tente de lui la voler.

C’est pourquoi elle devait rapidement tout dépenser. Erin hésita, avant de marcher quelques magasins plus du Drakéide qui hurlait sur Relc pour son magasin détruit en le maudissant lui et les humains en général. Elle s’approcha d’un autre étal, recouvert de produits qui avaient l’air délicieux, comme elle l’avait pensé la dernière fois.

Cette fois, par contre, la commerçante Gnoll derrière le comptoir ne l’accueillit pas. À la place, elle la regarda s’approcha et renifla bruyamment.

Erin grimaça intérieurement, mais elle le méritait. Elle s’approcha du grand Gnoll et lui fit signe.

« Salut. »

Le Gnoll la toisa. Elle, si c’était bien une ‘elle’, ne souriait pas.

« Humain. Qu’est-ce que tu veux ? Est-ce que tu es encore là pour regarder ma marchandise de haut ? »

« Quoi ? Non, non. En fait, je suis ici pour, hum, m’excuser. »

Erin tenta de deviner la réaction de la commerçante Gnoll. Il était difficile de lire son visage, tout comme Relc ou Klbkch, le visage d’un Gnoll ne semblait pas afficher les mêmes expressions qu’un humain. Mais Erin ne détecta pas le même niveau d’hostilité sur son visage.

« Oh ? Qu’est-ce que tu as à dire ? »

« Hum, désolé ? »

Le Gnoll leva un sourcil et ses oreilles partirent en arrière. Voilà une réaction presque humaine qu’elle pouvait identifier, donc elle continua rapidement.

« C’est juste que je passais une mauvaise journée et que j’ai rencontré cette autre Gnoll qui ne m’appréciait pas du tout. Donc heu, j’avais un peu peur que tu me grogne dessus à ton tour. Mais je suis vraiment désolé pour ça. Je ne devrai pas juger par, heu, l’espèce. »

Le Gnoll la regarda. Erin ne pouvait toujours pas lire son visage, mais… Est-ce que les Gnolls n’étaient pas un peu comme des hyènes ? Ils leurs ressemblaient, en tout cas, et puis les hyènes étaient des chats… Ou peut-être des chiens ? Dans tous les cas, Erin regarda les oreilles du Gnoll.

Elles étaient en train de trembler, et une fois qu’Erin s’en aperçut elle vit les lèvres du Gnoll trembler de la plus petite des fractions. Erin lui fit un sourire hésitant et, à sa grande surprise, le Gnoll lui rendit son sourire, avant de rire.

« C’est la première fois que j’entends un Humain s’excuser. C’est une belle journée, n’est-ce pas ? Il est honorable de faire amende. Je te pardonne, et je pardonne aussi l’odeur dont tu empestes. »

Erin fronça les sourcils, est-ce que c’était bien ou pas bien ?

« Désolé, je ne voulais que tu sois de nouveau en colère. Mais… Est-ce que je sens mauvais à ce point ? Je viens de prendre un bain. »

La commerçante rit de nouveau. Elle, et Erin était désormais certaine que c’était une elle, donna une tape amicale sur l’épaule d’Erin, qui manqua de s’effondrer.

« Je ne me moque pas de tout, Humain. Mais je ris car j’oublie que les autres n’ont pas notre nez. Pardonne-moi, s’il te plait. »

Erin frotta subrepticement son épaule.

« Tu es totalement pardonnée. Mais alors, je sens vraiment mauvais ? »

La commerçante Gnoll hocha la tête, devenant sérieuse.

« Tu sens la cendre calcinée et la saleté. Non ; il n’y a pas que cette terrible odeur. Même des ordures brûlées sentent meilleures. Je ne sais pas ce que c’était, mais je peux toujours le sentir sur toi. »

« Vraiment ? »

Erin renifla son bras de manière expérimentale, mais elle avait toujours la même odeur que d’habitude. En fait, elle sentait même mieux, car elle avait de nouveaux vêtements.

La Gnoll plissa son nez.

« Oh oui. Mais ce n’est pas si terrible maintenant, l’odeur de l’huile et du sang le recouvre. »

Erin se figea, la Gnoll laissa échapper un rire à son expression.

« Tu crois que je n’arrive pas à le sentir sur toi ? Toutes les créatures avec la moitié d’un nez sur elles peuvent sentir que tu t’es battu, et que tu as gagné. Premier sang. Tu n’as plus une odeur de peur désormais. »

« Il n’y a pas de quoi être fier. »

Erin répondit avec automatisme, son estomac s’enfonça jusqu’à ses jambes, mais la commerçante ne semblait pas s’en apercevoir.

« Tu n’es pas fier de ta première victoire ? Tu as fait couler ton premier sang et tuer ta première proie. N’est-ce pas une bonne chose ? »

« Non. »

Erin interrompit la commerçante sans émotions.

« Ce n’est pas quelque chose dont il faut être fier. Pas du tout. »

La Gnoll la regarda de haut en bas, Erin rencontra son regard. Finalement, le Gnoll haussa les épaules.

« Hrm. Si tu insistes. Les Humains sont d’étranges créatures. »

Cette dernière remarque la piqua, et Erin serra les dents.

« Pourquoi est-ce que tout le monde dit ça ? Je suis humain, et alors ? »

La Gnoll lui fit un sourire remplie de dent.

« Parce que tu es Humain. Peu d’entre nous ont déjà vus un des tiens ici, et moins encore on eut l’occasion de leur parler. »

Erin lui fit un sourire aigri.

« Très bien, tu es le premier Gnoll à qui je parle. Du moins, le premier qui n’est pas en colère contre moi. »

La Gnoll rit et donna une nouvelle tape sur l’épaule d’Erin.

« Hah ! Tu es un Humain avec du cran ! Je t’aime bien. Je vais donc me présenter, je suis Krshia, commerçante et vendeuse de biens. Et tu es l’Humaine qui a tué le Chef Gobelin ! Quel est ton nom, courageuse petite ? »

« Je suis Erin, Erin Solstice. »

Erin présenta sa main mais se retrouva attraper et serrer par la commerçante Gnoll. Elle avait l’impression de se faire étreindre par quelqu’un qui avait la force d’un ours, en plus de vraiment ressembler à un ours. Elle était si forte qu’Erin pouvait sentir l’oxygène rapidement quitter son corps.

La Gnoll venait probablement d’entendre son gémissement ou avait dû sentir qu’elle était en train de mourir car elle relâcha la pression. Elle renifla Erin,  et ne plissa que légèrement son nez. Erin, quant à elle, sentait des épices, de la sueur, une forte odeur canine, et l’odeur qui apparaissait après ne pas s’être lavé durant deux ou trois jours. Puis, elle était de nouveau sur le sol et elle cligna des yeux en direction de la Gnoll.

« Voilà. Nous nous sommes rencontrés, et nous sommes désormais amies. Rentre dans mon magasin, Erin Solstice, et dit moi ce que tu veux. »

Erin cligna des yeux, avant d’entrer dans l’étal et regarder autour d’elle.

« Woah. D’accord. Y’a beaucoup de choses, mais c’est bien, car j’ai besoin de beaucoup de choses. De la nourriture, des vêtements, du, hum, savon. Du dentifrice… Est-ce que… ?

« Assez, assez ! »

Krshia coupa Erin.

« Je ne suis pas une créature-insecte avec une mémoire parfaite. Nous allons chercher ce que tu veux avant de le noter, cela prendra du temps, mais nous allons trouver ce qu’il te faut. »

Erin hocha la tête. Krshia montra de nouveau ses dents, mais Erin était pratiquement certaine qu’elle était en train de sourire.

« Je te donnerai un prix juste. Pas trop juste, car tu as beaucoup d’argent. Mais je ne te chargerai pas plus que n’importe quel autre client. Et je ferai en sorte que tes biens soient livrés plutôt que de te faire payer pour un sac. »

Erin cligna des yeux.

« Livrer ? Tu fais des livraisons ? »

Krshia rit de nouveau.

« Bien sûr. Tu pensais que tout le monde portaient les sacs de farine comme tu l’as fait ? Cela est trop difficile. Non ; cet imbécile de Lism, lui qui perd son poil, à volontairement omit le fait que c’était possible et t’a donné un sac. »

Erin jeta un regard vers Lism, il était toujours en train de crier sur son magasin et sur son neveu. Il semblait qu’Olesm était en train de recréer leurs parties sur un autre échiquier. Erin avait déjà acheté celui sur lequel elle avait gagnée.

« Je me sens mal pour ça, en vrai. »

« Mal ? »

Krshia regarda Erin avec surprise avant de rire à nouveau.

« Les Humains sont étranges. Il ne te rendrait pas la pareille s’il était à ta place, sans aucune hésitation. »

Erin haussa les épaules.

« Quand même, ce n’était pas très sympa. Et la loi devrait être la même pour tout le monde. »

De nouveau, Krshia regarda Erin, qui se sentit légèrement inconfortable.

«Bien, c’est ce qu’on m’a toujours appris. »

La Gnoll secoua sa tête.

« Les Humains. Si un est plus fort, il est plus fort que les autres, n’est-ce pas ? Il n’y a pas justice dans la chasse. Et le partage de la proie vient après que le chef de la meute s’en nourrit, n’est-ce pas ? Tu as des amis, et plus de courage que cet imbécile de Lism. Vous ne serez jamais égaux, non. »

« Je suppose que tu as raison. Mais je me sens quand même mal. »

Erin changea de sujet.

« Donc, ces livraisons… Comment marchent-elles ? »

Krshia sourit, elle pointa un petit bol en bois remplie de triangle en bois vivement colorés. Erin les regarda et vit que chacun d’entre eux avaient un complexe design de rouge et d’or qui formait un symbole autour des bords.

« Ce sont des Sceaux de Messagers. Pour les Coureurs. Quand je t’en donne un, je garderai son jumeau, tu vois ? Puis quand un Coureur livrera tes biens tu lui donneras le Sceau que tu auras, et je saurai que mes biens ont été livrés. C’est simple. »

Erin s’empara de l’un des triangles de bois.

« Donc c’est comme un service postal ? »

« Un quoi ? »

« Hum, un service de livraison. »

« C’est ce que je viens de dire, Erin Solstice. »

Erin sentit le rouge lui monter aux joues alors que Krshia lui fit un sourire remplit de dents avant de rire.

« D’accord, désolé. Je n’avais pas entendu parler des Coureurs auparavant. Qu’est-ce qu’ils font d’autre, à part des livraisons ? »

Krshia lui lança un regard, elle semblait chercher si elle se moquait d’elle ou pas.

« Les Coureurs courent. Il existe des gens rapides, qui parcourent de longues distances pour gagner de l’argent. Parfois ils livrent des lettres, parfois des objets de valeurs. Des biens, des objets magiques, des messages qui ne doivent être lut que par une personne. Même si ce genre de requêtes est plus coûteux. Seuls les meilleurs livrent ce genre de choses. La plupart délivrent de la marchandise à bas prix. Je peux en appeler un et livrer la totalité de tes achats pour un bon prix. »

Cela semblait parfait, mais Erin était légèrement septique.

« C’est quoi un bon prix ? »

« C’est l’auberge abandonnée se trouvant à quelques kilomètres à l’Est, n’est-ce pas ? »

Erin hocha la tête, Krshia gratta son menton.

« Quatre pièces d’argent. Ce n’est pas un bas prix. Si ton auberge se trouvait en ville le prix serait probablement une pièce d’argent, voir quelques pièces de bronze. Mais c’est loin, n’est-ce pas ? La marchandise est lourde et il y a des monstres qui rodent, donc le prix augmente. Tu as de la chance que les Gobelins sont éparpillés et que les Rocheux Cachés ne voyagent pas en cette saison. »

Erin y réfléchit. Cela semblait être un bon plan, un très bon plan. Bien mieux que tout porter toute seule.

« C’est parfait. »

Krshia sourit de nouveau, et cette fois Erin lui rendit son sourire de toutes ses dents.

« Je savais que je t’appréciais pour une raison. Dit moi ce que tu veux et ne perdons pas de temps, d’accord ? »

« Ça me va. »

***


Plus tard dans la soirée, Erin s’assit dans son auberge en tenant sa bourse. Elle était bien plus légère maintenant, mais elle se sentait bien mieux à son sujet. En fait, elle se sentait bien mieux à propos de sa vie.

Elle avait des vêtements propres, et elle ne sentait plus le… Elle ne sentait plus. A la place sa peau avait baigné dans l’agréable odeur de menthe du savon qu’elle avait utilisé, et elle n’avait pas eu à éviter les poissons dans la rivière lors de son bain car elle était allée dans les bains communs de la ville.

La journée avait été occupée par de nombreuses choses, et certaines d’entre elles n’étaient pas si terribles. Après avoir acheté ses courses avec Krshia et même négocier une petite ristourne, la Gnoll lui avait montré le chemin des bains communs et comment bien se laver. Puis Erin était retourné à son auberge, s’était servi un plat de pâtes et était en train d’apprécier sa digestion dans une chaise de son auberge.

Erin était en train de jouer avec l’une des pièces d’échec sur la table. Elle avait porté l’échiquier ainsi que quelques objets d’importance, comme le savon, jusqu’à son auberge. Elle ne voulait pas le laisser partir. C’était incroyable, vraiment incroyable. Des échecs ? Dans un monde comme celui-ci ? En fait, cela faisait sens mais Erin était quand même impressionné. Elle continuait de toucher les pièces pour être certaine qu’elles étaient réelles.

Mais elle devait se concentrer. Erin tira son esprit pour le remettre sur les rails. Krshia lui avait dit que le Coureur allait délivrer ses achats demain. En attendant, elle pouvait toujours nettoyer l’auberge. Ou peut-être jouer une partie contre elle-même. C’était amusant de faire ça. C’était simplement…

Erin regarda l’échiquier avant de se murmurer à elle-même.

« Cavalier en D4. Pion en E3. »

Soudainement sa bonne humeur disparue. Erin se sentait glacée. Soudainement la nourriture au fond de son estomac n’était plus confortable mais était devenu un poids lourd et pesant. Ses mains tremblèrent alors qu’elle posa les pièces sur la table. Tout allait mieux, vraiment, cependant…

… SI elle fermait les yeux Erin pouvait toujours voir un Gobelin gisant sur le sol à ses côtés. Si elle ouvrait ses mains elle pouvait toujours sentir le poids mort entre ses paumes.

Erin bougea un pion et s’empara du cavalier. Elle regarda les pièces sur l’échiquier.

« Après tout dans ce monde, c’est tuer ou être tué. »

Elle posa sa tête entre ses mains et frotta ses yeux. Oui. C’était ce qu’elle avait appris. Et elle détestait ça. Tout le bon qu’elle avait fait semblait venir du mal qu’elle avait causé.

Le mal. Le mort. Un jeu d’échec sur une montagne de cadavre. Erin regarda l’échiquier.

Elle était douée pour jouer aux échecs. Elle aimait les échecs. Elle avait grandi en jouer aux échecs et à d’autre jeux de ce genre, malgré le fait que les filles n’étaient pas nombreuses dans les tournois d’échecs. Les échecs avaient été amusant pour elle, jusqu’à ce qu’elle grandit et qu’elle se rende compte qu’elle ne deviendra jamais un Grand Maître. Elle était douée, mais pas excellente. Mais les échecs étaient quand même un de ses passe-temps. Les échecs étaient amusants. Tout se jouait sur le fait qu’il fallait être plus malin que l’adversaire, qu’il fallait utiliser des stratégies…

Ce n’était pas comme tuer quelqu’un.

Erin regarda ses mains, elles étaient en train de trembler. Elle pouvait les sentir brûler. Ce n’était qu’un jeu, n’est-ce pas ? Un jeu avec des niveaux et des classes. Un jeu comme les échecs.

« Ce n’est qu’un jeu. Juste un jeu ? »

Erin regarda l’échiquier. Des pièces. Si elle y pensait de cette manière, et bien la mort semblait être moins importante. Elle avait fait la bonne chose. Elle s’était défendue et avait tué le monstre.

Tuer le monstre.

Elle baissa les yeux et vit trois Gobelins morts. Ils étaient si petits, comme des enfants. Et ils avaient une famille. Des amis. Ceux qui les aimaient.

Le Gobelin loqueteux. Ceux qui se cachaient en dehors de son auberge, maigres et effrayés. Ils étaient aussi des ennemis, si elle jouait ce jeu comme des échecs. La bonne chose à faire était de les chasser et de les tuer. C’était comme ça que les jeux marchaient.

C’était comme ça qu’il fallait jouer aux échecs.

Erin se releva. Elle se rappela la main du Gobelin dans la sienne, la sensation de sa peau. Elle se rappela de son sourire. Elle se rappela des rires.

Et puis elle comprit. Erin glissa sa main en dessous de l’échiquier et le fit voler de la table. Les pièces, blanches et noires, volèrent à travers la salle et se dispersèrent au sol.

Erin se releva.

« Je me souviens pourquoi j’ai arrêté les échecs. Il n’y a qu’un vainqueur et qu’un perdant. Le meilleur jeu pour tous est celui qui se termine en une égalité. »

Elle marcha jusqu’à la porte et l’ouvrit brutalement. Puis elle s’arrêta et fit demi-tour. Elle fit un doigt d’honneur à l’échiquier avant de l’envoyer valser une seconde fois.

« Je vais faire mes propres règles. Et si quelqu’un ne les aiment pas il peut aller pourrir en enfer. »

La porte claqua de nouveau alors qu’Erin sortit. Quelques minutes plus tard elle courut dans l’auberge avant de remettre toutes les pièces à leurs places.

« C’est toujours un bon jeu, hein. Ne le prend pas personnellement. Laisse-moi juste attraper un petit casse-croûte pour la route, et j’ai besoin de savon. Il faut être propre après tout. Ou est-ce que j’ai mis le savon ? Savon, savon, savon… Je devrai vraiment m’organiser plus que ça. Peut-être demain. »

Puis elle disparut, courant vers la ville. Il lui restait encore beaucoup de lumière du jour, et elle avait une dernière chose à faire. La chose la plus importante de toute.

***


Le soleil se coucha sur la prairie. Les ombres s’étendirent et tombèrent sur les vieux bâtiments, cachant des fissures et effaçant l’ancienneté des structures sous un brouillard crépusculaire. Le soleil se couchait, bien au-delà du monde, dans un ciel deux fois plus grand.

Après un certain temps une jeune femme marcha de nouveau jusqu’à l’auberge. Elle portait un seau, un pinceau, ainsi qu’une pièce de bois, quelques clous et un marteau. Tout cela était assez lourd et elle murmurait des insultes en traînant son fardeau.

Finalement, elle parvint à atteindre l’auberge et déposa ses nombreux fardeaux sur le sol avant de lever la tête.

Au-dessus de l’auberge un panneau effacé semblait portait des traces de lettres, mais la jeune femme ne pouvait pas lire la langue. De plus, elle se fichait de ce qui était écrit ici. Elle n’avait d’yeux que pour un seul signe. L’auberge avait perdu son nom, il lui en fallait un nouveau.

La jeune femme s’empare du seau et du pinceau, avant de regarder le panneau et le sol. Ce dernier se trouve au-dessus de l’auberge, bien au-delà de sa portée.

La jeune femme regarda le ciel et poussa un juron. Puis, elle retourna jusqu’à la ville avant de revenir avec une grande échelle, essoufflée et se murmurant à elle-même.

Il faut un certain temps  à  la jeune femme pour qu’elle se rende compte qu’elle a besoin d’ancré l’échelle si elle ne voulait pas immédiatement tomber. Elle se relève et cette fois se rend sur le toit de l’auberge. Une fois qu’elle s’est assurés que l’échelle est bien calée, elle redescend lentement et remonte avec le seau. 

Elle trempe le pinceau dans le seau et commence à pendre sur le grand panneau se trouvant au-dessus de l’auberge. La peinture noire brille au soleil et la jeune femme sourit, satisfaite, et pousse la chansonnette. Elle commence à recouvrir le panneau de peinture.

Il lui faut du temps, et plusieurs couches de peintures. Du noir pour les lettres, du blanc pour effacer ses erreurs. Un outil pour gratter la peinture là ou cette dernière était  trop épaisse. Un marteau pour frapper des choses et éviter de devenir trop frustrée.

Mais finalement, le panneau est terminé. La jeune femme laisse échapper un soupir de soulagement et ramasse la pièce de bois qu’elle a acheté. Elle prend le pinceau et écrit rapidement dessus. Puis elle plante l’écriteau dans le sol avec le marteau avant de retourner dans l’auberge, laissant les outils sur le sol. Elle irait les chercher demain.

Le panneau est fait, et la peinture sèche dans la lumière couchante. L’écriture est fraîche et claire, attirant l’œil des voyageurs passant dans le coin. Mais il n’y a pas de voyageurs, et en effet, personne ne viendra cette nuit.

Cela n’a pas d’importance. Le panneau est le plus important. Le nom et le message sont importants. Ils ont été écrits, et maintenant ils doivent rester. Comme la jeune femme.

Donc elle s’endort alors que le soleil disparaît et que les derniers rayons rencontrent le panneau au-dessus de l’auberge. Les lettres brillent dans le crépuscule.

L’Auberge Vagabonde.

À côté de l’auberge, un grand signe est planté dans le sol. Avec un simple message :


« Interdiction de tuer des Gobelin. »


C’est ainsi que commence l’histoire de l’Auberge Vagabonde.
« Modifié: 22 avril 2020 à 14:35:31 par Maroti »

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #24 le: 18 janvier 2020 à 22:36:41 »
Interlude 1.00 R
Traduit par EllieVia


Le vent souffle dans mes cheveux. C’est un sentiment merveilleux. Les gens sous-estiment souvent à quel point une bonne brise peut changer ta journée.
 
Et aujourd’hui, alors que le ciel et bleu et clair sans un nuage, qui ne voudrait pas être dehors ? L’air est frais, et la brise est mieux que la climatisation.
 
C’est un jour rêvé pour courir. J’ai couru lors de mauvaises journées où la chaleur peut assommer un cheval, et j’ai couru à travers des orages, des typhons et même des crottes de chiens. Deux fois. Et bien que je puisse serrer les dents et continuer à courir quand le monde est contre moi, je vis pour les jours où il me soutient.
 
Le vent me rafraîchit et m’emplit d’énergie. Je sprinte à travers l’herbe qui m’arrive aux genoux, et je souris. Avec cette température, je ne transpirerai pas autant qu’avant. Ce qui signifie que je ne surchaufferai pas et que je peux courir plus vite. C’est ce genre de petit détail qui fait la différence entre une bonne course et une excellente course.
 
Un caillou apparaît dans l’herbe et je saute par-dessus juste à temps. Prudence. À la vitesse à laquelle je cours, je peux facilement me casser un pied si je trébuche dessus. J’ai fendu mes ongles d’orteils plus d’une fois en cognant des cailloux à vive allure. Pas cool.
 
Continuer de courir. Non, efface ça. Courir plus vite. Le vent souffle sur mon visage et je souris de nouveau. Ce sont les petites choses qui rendent la vie belle. Comme le vent.
 
Le vent rafraîchit. Il donne quelque chose contre lequel courir, il fait se sentir vivant. Il aide également à esquiver les flèches quand les gens te tirent dessus.
 
Une flèche fend l’air et je change légèrement ma trajectoire. Elle fouette l’air devant mon bras gauche. Trop près.
 
J’ajuste mon itinéraire et accumule de la vitesse. Je suis presque hors de portée des Gobelins qui me pourchassent. Quelques secondes de plus et je les aurai semés.
 
Les Gobelins. Ce sont de terrifiants petits monstres avec des yeux rouges et des dents pointues. Ils ressemblent plus à des démons, en fait. Mais ils sont bien assez réels, et ils aiment manger les humains. S’ils peuvent les attraper, du moins.
 
L’un d’entre eux jaillit de l’herbe alors que je cours vers la ville à l’horizon. Il est plus gros que d’habitude, et il porte une cotte de maille rouillée et une épée courte.
 
Il fouette l’air dans ma direction et je bondis. Droit au-dessus de la lame. Le Gobelin reste bouche-bée lorsque j’atterris et se précipite en courant derrière moi.
 
Mes jambes sont floues. Le Gobelin les vise avec son épée mais je suis déjà hors de portée. Il court aussi vite qu’il le peut, mais je file tellement vite qu’on dirait qu’il reste immobile.
 
“Bien essayé.”
 
Je marmonne dans un souffle en continuant à courir. Je n’ai pas le temps ni l’oxygène de dire cela à voix haute, évidemment. De plus, je suis nulle en répartie. Ou… en insultes. Dans tous les cas.
 
Le Gobelin s’arrête après quelques mètres et crie quelque chose dans mon dos d’une voix stridente. Je l’ignore et continue à courir. Au bout d’un moment, j’entends le cri de guerre strident des Gobelins et ils abandonnent la poursuite.
 
Au bout de quelques miles, ou pour rester plus internationale, quelques kilomètres, je m’arrête. Je scanne rapidement la zone autour de moi. Des herbes plus basses dominent dans cette pente douce. On dirait que j’ai semé la tribu de Gobelins.
 
Je respire plusieurs fois profondément et essuie mon front. Pas énormément de sueur. Bien. Je m’inquiéterais si je me fatiguais aussi vite.
 
Ainsi se déroule ma matinée. Je mentirais si je disais qu’elle est ordinaire pour une fille née dans la meilleure ville du monde*, mais je peux m’habituer à n’importe quoi.
 
* New York, de toute évidence.
 
Il est temps de retourner à ma course. Au bout de quelques secondes je commence à marcher, puis j’accélère. Mais le temps, c’est de l’argent et je reviens rapidement à ma vitesse d’origine. Pas un sprint ; je dois conserver autant d’énergie que possible en cas d’urgence, comme une attaque de Gobelins, des Loups Garous, des bandits, des zombies, des squelettes, des Crelers*, et plein d’autres créatures répugnantes vivant dans les plaines**.
 
*Je n’ai jamais vu ces monstres en particulier. Je ne suis même pas sûre que ce soit leur vrai nom - les locaux les appellent simplement des “Rampants des tunnels”. Apparemment, ce n’est pas le genre de trucs qu’on veut croiser.
 
** Si j’en parle comme d’un endroit horrible, c’est seulement parce que je suis consciente des dangers possibles. La plupart du temps, il n’y a pas vraiment tant de monstres que ça dans le coin. C’est juste que l’on ne sait jamais quand l’un d’entre eux va faire son apparition.
 
Bref, je continue de courir. Je profite du vent dans mes cheveux pendant un petit moment avant d’enfin atteindre la ville en question.
 
De hauts murs gris, et des lanciers et archers dans des tours en train de surveiller les monstres. Il s’agit de Cerum, ou un truc comme ça. C’est une ville, appartenant à la Confédération Alliée des Plaines Septentrionales, donc une cité-État*. Et ma destination actuelle.
 
*C’est plus qu’une simple ville. Elle n’est pas si grande, mais toutes les cités ont leurs propres règles. Certaines sont dirigées par un conseil, d’autres ont élu des dirigeants comme on le fait chez nous, et certaines ont toujours des Lords et Ladies, bien qu’apparemment seules une poignée d’entre elles ont gardé ce système. L’idée, c’est qu’elles s’allient toutes en cas de menace, mais gardent leurs objectifs et leurs querelles individuelles. Comme les bons vieux Etats-Unis.
 
Je m’approche des portes ouvertes de la villes. Un garde est en service afin de pouvoir claquer la porte au nez d’un visiteur dangereux ou très moche, mais il ne tressaille même pas à mon approche.
 
“Bien le bonjour.”
 
Me salue-t-il. Enfin, je pense que c’est un salut. Je lui fais un petit signe de la main.
 
“Des Gobelins. À quelques kilomètres de la cité.”
 
Il acquiesce et dit quelque chose que je ne saisis pas. “Dommage qu’ils se soient sauvés” ou un truc du genre. J’acquiesce comme si je l’avais bien entendu et je cours dans la cité, l’herbe faisant place aux durs pavés sous mes pieds. Agaçants et moins pratique d’y courir dessus ; je vais devoir ralentir.
 
D’une course rapide je ralentis à un petit trot, mais pas le genre que l’on voit à la télé. Je déteste l’espèce de jogging rebondissant que les acteurs prétendent faire, et qui passe complètement à côté de ce qu’est la course. Le trot, comme le sprint ou la marche ou n’importe quoi d’autre doit être fluide et concis. On ne perd pas d’énergie à avoir l’air d’être perché sur un bâton sauteur.
 
Voyons voir. Les piétons sont déjà sortis et à leurs affaires malgré que l’aube soit à peine levée. Bien. J’aurais détesté devoir attendre. Je navigue à travers les rues, me guidant à l’aide des panneaux accrochés au-dessus des rues.
 
C’est génial que tout le monde dans le coin parle et écrive en anglais. Cela aurait été incroyablement agaçant* s’ils avaient parlé ou écrit dans une autre langue ? Mais par un quelconque coup du sort, la langue dominante de ce monde est l’anglais. Bien sûr, il existe d’autres langues mais apparemment la plupart des espèces connaissent l’anglais.
 
*et réaliste.
 
Mais bref. Alors que je ralentis pour laisser passer une carriole je réfléchis à ce que m’a dit le garde. Était-ce un avertissement ? Disait-il que c’était dommage que je me sois enfuie sans les combattre ? Ça va me travailler sur la course du retour. Pourquoi les gens ne comprennent-ils pas que ce n’est pas une bonne idée de dire des choses à quelqu’un en train de courir ? On les entend à peine même sans iPod en train de nous cracher de la musique* dans les oreilles. De plus, je ne suis généralement pas une oreille attentive.
 
*De la pop. Et du rock. Et de la techno, mais ça, ça passe ou ça casse. Globalement, si je peux courir dessus, je le fais. J’ai un petit faible pour la musique country, mais c’est difficile de garder une bonne vitesse quand j’entends roucouler un harmonica. La country, c’est pour pleurer ou être nostalgique. Ou du moins, c’est le seul type que je télécharge.
 
Je finis par atteindre ma destination. Par là, j’entends que j’atteins une haute façade de marbre et lève les yeux à la porte de bois peint la plus luxueuse que j’aie jamais vue. Rencontre entre le logement urbain et les riches.
 
Je prends quelques inspirations profondes. C’est le moment que je déteste le plus. Mais impossible d’y échapper, donc je m’arme de courage. Puis hésite. Je reprends une grande inspiration, me dit que je risque l’hyperventilation, et frappe à la porte.
 
Je déteste vraiment ce moment-là.
 

 
Celum, un peu après l’aurore
 
Dès l’instant où Lady Magnolia, membre des nobles de la ville, ouvrit la porte, elle pressa ses mains sur son cœur.
 
“Diantre ! Tu es déjà là avec la livraison ?”
 
La fille - la jeune femme qui s’imaginait encore de temps en temps être une fille en un peu plus vieille - acquiesça en silence. Magnolia n’avait pas besoin de plus d’encouragement.
 
“Je ne t’attendais pas si tôt ? Mais où sont mes manières ? Magnolia Reinhart, pour te servir. Tu es la Coursière que j’attendais, c’est ça ?”
 
“Mmh. Votre sceau ?”
 
Acquiesça la jeune femme. Lady Magnolia hésita, puis toucha ses sourcils du bout des doigts.
 
“Oh. Bien sûr. Cela fait tellement longtemps que je n’ai… j’avais complètement oublié. Je t’en prie, entre pendant que je vais le chercher.”
 
La jeune femme hésita et jeta un œil au manoir immaculé derrière Magnolia. La lady remarqua son hésitation et baissa les yeux. Ses yeux s’écarquillèrent légèrement, mais s’empressa de poursuivre.
 
“Oh, ne t’inquiète pas pour ça. J’ai assez de serviteurs capables de s’occuper d’une petite tache. Je t’en prie, entre, entre !”
 
La jeune femme hésita puis entra avec réticence dans la maison. Elle leva les yeux, regarda autour d’elle puis baissa les yeux sur le sol de marbre qu’elle était actuellement en train de salir, et sur les tapis luxueux, les tapisseries au mur, et souhaita sans ambiguïté être ailleurs. Mais Magnolia était en train de farfouiller dans un petit pot posé près du mur.
 
“Mais où ais-je mis ce sceau ? Normalement je laisserai faire l’intendante - Ressa, mais je savais que c’était mon colis. Hum… hummmm… là !”
 
Sa main sortit un jeton argent et saphir du récipient. Le magnifique sceau était d’un argent brillant d’un côté, et l’autre côté était d’un bleu céruléen semi translucide
 
Elle présenta le jeton à la jeune femme qui le récupéra avec un soin extrême. Magnolia attendit patiemment alors que la jeune femme rangeait soigneusement le jeton dans une bourse à sa ceinture et ouvrait son sac.
 
C’était un sac à dos, mais pas de ceux qui trouveraient grâce aux yeux d’aucun magasin du monde dont la jeune femme était originaire. Au lieu de Velcro, de coutures industrielles et de compartiments individuels et superflus, ce sac était en cuir cousu avec du tissu et était esthétiquement aussi beau qu’un insecte noir en train de ramper sur le dos. Mais il pouvait être attaché solidement avec des cordes et ouvert sans avoir à le poser.
 
Précautionneusement, la messagère - car c’en était une - en ôta un objet lourdement empaqueté. Elle le lui tendit.
 
“Voilà.”
 
Lady Magnolia arracha pratiquement le colis des mains de la jeune femme et ouvrit sans ménagement les épaisses couches de laine et les ficelles qui protégeaient l’objet. La jeune femme cligna des yeux devant les déchets jonchant le sol puis leva les yeux sur le colis qu’elle avait amené ici au prix de beaucoup d’efforts.
 
Une bouteille émaillée de cristal rouge accrocha la lumière entre les mains de Magnolia et illumina pratiquement le foyer.
 
“Magnifique, n’est-ce pas ?”
 
Magnolia fit tournoyer le liquide bleu à l’intérieur de la bouteille et sourit avec douceur. Elle se retourna vers la jeune femme et inclina légèrement la tête.
 
“Je ne peux pas vous remercier assez d’avoir apporté cette bouteille à temps pour le brunch. J’ai invité plusieurs amis et je leur avais promis que nous partagerions un verre de ce breuvage exquis ensemble. Il est vraiment cher, mais tellement délicieux ! Il est distillé à partir d’un fruit très toxique - je crois qu’ils appellent ça l’Amentus. Tellement difficile d’y mettre la main dessus, mais j’avais promis ! Et crois-le ou non, j’ai bu le dernier verre hier. J’ai donc mis la requête et te voilà !”
 
Elle sourit d’un air radieux à la jeune femme. La jeune femme ne répondit pas. Son œil gauche fut agité d’un tic.
 
“Je te prie d’informer la Guilde que je suis ravie de son efficacité.”
 
Hochement de tête. La jeune femme piétina sur place et jeta un œil à la porte.
 
“Vous avez une autre requête ?”
 
C’était la réponse traditionnelle et Magnolia hésita.
 
“Eh bien, je suppose… mais non, je ne crois pas que j’ai besoin de… eh bien, là tout de suite, non, mais ce serait dommage de… non. J’imagine que non.”
 
La jeune femme acquiesça et commença à se glisser vers la porte. Magnolia était en train de faire tinter une cloche d’argent et une flopée de femmes en tablier et de vieux gentlemans se mirent à descendre les marches en direction de leur maîtresse, mais dès qu’elle remarqua que la jeune femme était en train de partir, elle l’appela.
 
“Ne veux-tu pas rester prendre un verre ? Je n’aimerais pas te laisser partir sans une petite récompense.”
 
“... Désolée. J’ai d’autres livraisons à faire.”
 
Magnolia eut un air abattu, mais elle se reprit aussitôt.
 
“En ce cas, prends au moins ce cadeau pour ta peine. Non, non ! J’insiste.”
 
Elle pressa une pièce dans la paume de la jeune femme. La jeune femme tenta de la lui rendre, mais Magnolia ne voulut rien entendre et elle abandonna.
 
“Au revoir.”
 

 
La jeune femme sortit du manoir que Magnolia prenait pour une maison et marcha dans la rue. Son pas se mua en un trot dès qu’elle eut assez d’espace, et elle sortit des beaux quartiers pour entrer dans les quartiers plus populaires. Là, elle frappa à deux autres portes et, avec bien moins de conversation et beaucoup plus d’efficacité, tendit une lettre et un sac et reçut deux sceaux rouges en échange.
 
Une fois ses livraisons terminées, la jeune femme prit soin de placer les deux jetons dans la même bourse que celle où elle avait mis le jeton saphir et argent. Elle s’assura que la bourse était bien fermée. Il était d’une importance cruciale qu’elle ne perde aucun des jetons, ou plutôt des sceaux comme on les appelait ici.
 
Des Sceaux de Messager. Une preuve que la livraison avait bien atteint son destinataire. Sans l’un des morceaux de pierre de couleur vive, une livraison était suspecte. Le messager devait déposer ces sceaux pour recevoir sa récompense, ce qui les rendait précieux.
 
Jusqu'à un certain point.
 
Parmi les classes de patrons les plus riches, les Sceaux de Messager étaient un signe de statut et de pouvoir. Les marchands et les banquiers utilisaient des gemmes mineures plutôt que de la pierre commune, et l’élite de la société avaient même leur forme de Sceau personnelle pour preuve d’une livraison au-delà de tout soupçon.
 
Toutefois, quiconque n’avait pas ce genre de moyens devait utiliser les simples pierres taillées fournies par leur ville à un prix fixé. Elles étaient peu coûteuses, mais pouvaient également être utilisées pour valider de fausses livraisons.
 
Les cas de messagers prenant les marchandises et échangeant de faux Sceaux contre la récompense étaient récurrents. C’est pourquoi la confiance était tout aussi importante en ce qui concernait les messagers. Leur réputation d’honnêteté était un élément clef pour recevoir des contrats individuels, autant sinon plus que leur capacité à livrer des colis rapidement.
 
La jeune femme se dirigea vers les portes de la ville. Elle était fatiguée. Pas physiquement, mais épuisée par l’effort d’interaction sociale. Mais ses foulées s’allongèrent alors qu’elle sortait de la ville et bientôt elle courait sur une route largement fréquentée qui la ramènerait à sa ville. Elle voulait faire d’autres livraisons aujourd’hui, et elle devait donc être rentrée avant la foule du midi si elle voulait en avoir une vraiment avantageuse.
 
Elle était une messagère. Ou Coursière, comme on les appelait. D’autres noms existaient : Voyageurs, Scelleurs - dérivé des Sceaux qu’ils utilisaient -, Porteurs, et d’autres noms impolis que les passant qu’elle croisait utilisaient.
 
Elle préférait se voir comme une Coursière. Cela voulait littéralement dire “coureuse” et elle en était une, car courir était ce qu’elle aimait le plus. Elle pouvait simplement prendre les livraisons et les laisser, à moins que ce ne soit la mauvaise adresse. Ou que le destinataire ne soit mort. Ce qui était déjà arrivé deux fois.
 
Tout ça pour dire qu’elle courait, et qu’il y avait une brise sur son visage. À un tel moment, elle pouvait ignorer le fait qu’elle était dans un autre monde, ou qu’elle n’avait aucun moyen de rentrer, ou même que les Gobelins la prenaient de nouveau en chasse. Elle courait, et elle était libre.
 
Elle était également pieds nus.
 
Son nom est Ryoka Griffin, un nom qu’elle déteste. Elle aime courir, et ne pas parler aux gens. Ses hobbies sont entre autres ne pas mentionner son nom, courir, chasser, et boire du café. En ce moment, c’est surtout…
 
Courir.
« Modifié: 05 mai 2020 à 11:14:16 par Maroti »

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #25 le: 22 janvier 2020 à 15:21:11 »
Interlude -- 1.01 R
Traduit par EllieVia

Toutes les têtes de la Guilde des Coursiers se tournèrent lorsque la porte s’ouvrit. C’était une réponse conditionnée ; ceux qui couraient étaient soit prompts à remarquer les choses, soit morts.
 
Ryoka s’approcha d’un comptoir d’un côté de la salle, ignorant les regards qui l’évaluaient. Elle attendit que la réceptionniste lève la tête.
 
“Bonjour, Ryoka.”
 
La réceptionniste la gratifia d’un sourire amical. Ryoka hocha la tête. Elle ne sourit pas.
 
“Tu es venue récupérer tes récompenses ?”
 
Ryoka hocha de nouveau la tête.
 
“Trois sceaux.”
 
“Très bien. Je vais signer.”
 
La réceptionniste attendit patiemment que Ryoka écrive son nom et fasse une liste des sceaux qu’elle avait ramenés. Elle devait écrire la composition de chaque sceau. Deux seaux de bois de chêne rouge, et le sceau de saphir et d’argent précieux.
 
“Oh, c’est le sceau de Magnolia ? Tu as eu de la chance de mettre la main sur cette livraison.”
 
“Yup.”
 
Ryoka termina d’écrire et fit glisser le morceau de papier et la plume vers la réceptionniste. Le sourire de cette dernière vacilla, mais elle ajouta sa signature au registre.
 
“La plupart des coursiers se battent pour le droit de lui livrer quelque chose. Elle donne de l’argent en plus pour la rapidité, et elle est évidemment connue pour donner de généreux pourboires.”
 
La réceptionniste attendit une réponse. Elle obtint un hochement de tête silencieux.
 
“Merci.”
 
Ryoka tourna les talons. Elle s’approcha d’un grand tableau d’affichage couvert de morceaux de papier.
 
À l’instar de la Guilde des Aventuriers, la Guilde des Coursiers était basée sur un système de premier arrivé, premier servi en ce qui concernait les demandes de livraisons. C’était ce tableau qu’étudiait Ryoka avec intensité, en ignorant les yeux en train de creuser un trou à l’arrière de son crâne. Elle avait l’habitude.
 
Ce dont elle n’avait pas l’habitude, en revanche, c’était d'entendre une voix forte et pleine d’entrain percer le silence.
 
“Hey, Ryoka !”
 
La jeune femme se tendit. Sa tête se tourna vers la porte, mais il était trop tard.  Une autre fille avançait droit sur elle. Elle était plus petite que Ryoka, mais plus large. Pas à cause du gras ; disons plutôt qu’elle avait l’air solide sans arborer les muscles apparents d’un homme.
 
Garia Strongheart claqua Ryoka sur l’épaule. L’œil gauche de la plus grande des filles s’agita d’un tic, mais Garia ne le remarqua pas.
 
“Tu viens de finir tes livraisons à Celum ? C’était rapide ! J’ai l’habitude de manger un bout aux marchés. Ils font un beignet à la cannelle merveilleux le matin, mais j’imagine que tu as déjà mangé, pas vrai ?”
 
La grande fille baissa les yeux sur Garia et la gratifia d’une fraction de hochement de tête.
 
“Mhm.”
 
“Et tu as couru pieds nus ? Je croyais que les autres me faisaient une farce lorsqu’ils m’ont dit que tu courais partout sans chaussures.”
 
Ryoka émit un soupir inaudible.
 
“Je cours de partout sans chaussures.”
 
“Pourquoi ? Tu n’as pas de quoi t’en acheter ?”
 
Garia éclata de rire. Pas Ryoka.
 
“Je suis simplement plus lente avec des chaussures, c’est tout.”
 
“Oh, c’est un truc de classe ? Logique. Mais est-ce que la classe de [Coursier va-nu-pieds] est meilleure que celle de [Messager] ?”
 
Ryoka haussa les épaules. Sous le tableau d’affichage, il y avait une table remplie de colis à livrer. Elle en choisit un et le soupesa. Trop lourd. Elle le reposa et en essaya un autre. Assez léger pour courir avec.
 
Son silence ininterrompu et son désintérêt évident pour la conversation ne dérangeait pas Garia, du moins à ce qu’elle voyait. L’amicale jeune fille continua d’alpaguer Ryoka, lui demandant comment avait été la route, si elle avait rencontré des menaces, et ainsi de suite. Elle obtenait des réponses monosyllabiques quand elle avait de la chance.
 
Ryoka étudia les requêtes. La plupart étaient des requêtes de livraison générale. Malheureusement, elles étaient toutes tellement espacées qu’il serait difficile d’en faire plus de quelques-unes sans devoir courir deux fois plus loin.
 
Un morceau de papier à moitié couvert derrière deux autres requêtes attira son attention. Ryoka l’attrapa et l’examina. Puis elle le montra à Garia.
 
“Quelle est la récompense pour celle-là ?”
 
Garia regarda le morceau de papier et secoua la tête.
 
“Oh, ça ? C’est une requête à l’ancienne. On en voit passer de temps en temps. Quelqu’un encore un message pour dire qu’il ou elle veut une livraison en promettant une récompense. Mais on n’a aucune idée de combien ils sont prêts à payer et à qui ils veulent livrer le colis. Et encore, celle-ci est confirmée.”
 
“Confirmée ?”
 
“Ça veut dire qu’on peut au moins prouver que ce ne sont pas des bandits. De qui est-elle ? Oh. Ne prends pas cette requête.”
 
“Pourquoi pas ?”
 
“C’est pour les Grandes Passes. L’endroit est très dangereux. Il y eu plus de morts de coursiers là-bas que… enfin bref, c’est risqué. Il y a des tonnes de monstres qui vivent dans la zone.”
 
“Hmmm.”
 
L'expression de Ryoka ne changea pas alors qu’elle examinait la requête. Puis elle regarda ailleurs. Garia décrocha une autre requête et la montra à Ryoka.
 
“Que dirais-tu qu’on fasse ensemble cette livraison de minerai à Perlingor ? Le trajet serait long, mais ils offrent une pièce d’or si le colis arrive aujourd’hui ! Et les routes sont très sûres. T’en dis quoi ?”
 
L’autre fille étudia l’annonce et jeta un œil aux colis. Ils étaient remplis à craquer et étaient aussi lourds qu’ils en avaient l’air.
 
“Non merci.”
 
“Encore ?”
 
Garia avait l’air déçue. Ryoka haussa les épaules, mal à l’aise.
 
“Je ne cours pas très bien en groupe.”
 
“Bon, si tu es sûre. Mais il faudra qu’on coure ensemble un de ces jours. Et si on faisait la course de la Route de la Sterne dans quelques jours pour délivrer les épices à Celers et Remendia ?”
 
Là encore, l’expression de Ryoka ne changea pas, mais elle leva les yeux au plafond en réfléchissant à la proposition de Garia.
 
“D’accord.”
 
Garia lui adressa un sourire radieux et lui mit une claque dans le dos. Là encore, l’œil de l’autre fille tressauta.
 
“Génial ! Je te dirai quand elle arrivera.”
 
“Parfait.”
 
Ryoka sélectionna un morceau de papier alors que Garia se détournait. Mais la porte s’ouvrit de nouveau et elle entendit Garia héler quelqu’un.
 
“Fals !”
 
D’autres Coursiers entrèrent dans la guilde. Leur arrivée fut célébrée avec beaucoup plus d’enthousiasme et d’énergie que celle de Ryoka. Quelques autres coursiers s’approchèrent alors que les trois personnes qui venaient d’entrer se dirigeaient vers la réceptionniste pour lui donner des sceaux d’argent.
 
Garia rejoignit le groupe qui s’amassait autour des coursiers et sourit au plus grand. C’était un coursier blond à la peau mate avec de longues jambes et une tenue rouge de bien meilleure qualité que les vêtements des coursiers qui l’entouraient. Il portait également deux dagues à sa ceinture.
 
“Fals, comment vas-tu ?”
 
Fals sourit à Garia et échangea quelques claques sur les épaules. Il montra les deux autres coursiers qui l’accompagnaient, un jeune homme et une femme.
 
“Nous venons juste de terminer une course pour un groupe d’aventuriers vers les vieilles ruines. On leur a apporté un tas de potions et d’équipement. Ils nous ont donné un bon pourboire, donc on va aller fêter ça.”
 
Garia soupira, envieuse.
 
“Et tu n’as pas une égratignure.”
 
“Nous ne sommes pas assez stupides pour nous approcher des monstres.”
 
Fals éclata de rire et les autres coursiers le joignirent.
 
“Alors, que fais-tu ici ? Tu vas prendre une autre requête ?”
 
Il secoua la tête.
 
“Nah. Je suis trop fatigué pour ça. Non, je voulais juste avoir un mot avec notre nouvelle coursière que voilà.”
 
Il s’approcha de Ryoka. Les autres coursiers qui s’étaient agrégés autour de lui se dispersèrent, ce qui ne laissa plus que ses deux amis et Garia.
 
“Ryoka, comment vas-tu ?”
 
La deuxième fille venait de finir de choisir deux requêtes. Elle leva les yeux du sac à dos où elle était en train de stocker les colis.
 
“Bien.”
 
Fals attendit, mais c’était tout. Garia se dandina, mal à l’aise, et les deux autres coursiers fusillèrent Ryoka du regard. Elle leur rendit leur regard d’un air égal. Toutefois, Fals continua comme s’il n’y avait pas eu de pause.
 
“Bien, bien. Je me demandais si tu avais besoin de conseils, comme du es toute nouvelle. D’habitude, la plupart des coursiers commencent par être des Coursiers des Rues.”
 
Ryoka haussa les épaules. Là encore, Fals rompit le silence avant qu’il ne devienne trop lourd.
 
“Eh bien, j’ai remarqué que tu avais pris la requête de Magnolia ce matin. C’est une bonne course, pas vrai ?”
 
“Il y avait quelques Gobelins sur la route.”
 
“Certes, certes.”
 
Fals se gratta la tête et piétina, mal à l’aise. Ryoka termina de fermer son sac et le hissa sur ses épaules. Elle le regarda, dans l’expectative.
 
“Comment dire, c’est une bonne livraison. Elle est bien payée, sûre - enfin, majoritairement sûre - et les coursiers aiment bien Magnolia. Elle donne de bons pourboires et partage ses livraisons.”
 
Garia sourit.
 
“Une fois, elle m’a donné quelques friandises qu’elle avait importées d’outre-mer. C’étaient des morceaux de fruits gelés sucrés. Le goût était incroyable.”
 
“Exactement. Tout le monde l’aime bien. On sait qu’elle voulait que quelqu’un livre cette boisson bleue qu’elle aime tant. Elle t’en a offert un peu ?”
 
Ryoka secoua la tête en signe de dénégation.
 
“Je n’étais pas intéressée.”
 
Ce coup-ci, elle se fit résolument fusiller du regard par tous les coursiers à portée de voix. Fals se trémoussa de nouveau.
 
“Oui, bon, ce serait mieux que tu laisses un autre coursier prendre la requête la prochaine fois. Non pas que tu n’aies pas le droit de la faire - c’est juste qu’on aime bien partager la requête. Laisse une chance aux autres de se la couler douce, d’accord ?”
 
Il lui adressa un sourire qu’elle ne lui rendit pas. Garia jeta un regard nerveux à Ryoka. Ryoka dévisagea Fals d’un regard sans expression, puis acquiesça.
 
“Compris.”
 
Les deux autres amis de Fals s’agitèrent. Ils regardaient Ryoka avec beaucoup plus d’hostilité que Fals ou Garia. Pour sa part, Fals acquiesça et gratifia Ryoka d’un autre sourire amical.
 
“C’était juste pour que tu sois au courant. Bonne chance pour ta course !”
 
Fals s’éloigna avec les deux autres coursiers. Ryoka les regarda s’éloigner. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais Garia la vit lever sa main pour se triturer une oreille.
 
Elle n’avait pas l’air normale. D’ordinaire, les longs cheveux de Ryoka couvraient ses oreilles, mais Garia pouvait voir à présent que son oreille gauche avait été déchirée par le passé. La moitié inférieure de son lobe manquait, et le reste avait guéri en un cicatrice dentelée autour du trou arrondi.
 
Ryoka remarqua le regard de Garia sur son oreille. Elle laissa tomber sa main et se détourna.
 
“Salut.”
 

 
Comme s’appelait la réceptionniste, déjà ? Ça me trotte dans la tête. Je crois que ça commençait par un ‘S’. Ou alors un ‘Y’ ? Non. Je suis sûre que c’était un ‘S’.
 
Dans tous les cas, au moins je me suis débarrassée de cette corvée. Et je peux enfin m’éloigner de la ville et des gens désagréables*.
 
Je me sens bien mieux en courant vers portes de la ville. Courir m’apaise. Et j’ai bien besoin de me calmer après avoir dû subir autant d’idiots**.
 
* Tout le monde
 
** Presque tout le monde.
 
Okay, okay, on se calme. J’ajuste mes foulées en sprintant hors des portes de la ville. Les gens me dévisagent. Non pas que ça n’ait trop d’importance, mais je ne veux pas gaspiller mon énergie à courir trop vite tout de suite.
 
Destination : Remendia. C’est à environ cinquante kilomètres, ce qui en fait l’une des villes les plus lointaines pour les courses. J’y serai dans quelques heures puis je me dirigeai vers sa voisine, Ocre. Ou qu’importe son nom. Mais je passerai la nuit à Remendia étant donné que la ville est plus grande et possède de meilleures auberges.
 
Il y a une Guilde de Coursiers à Remendia. Il y en a une dans presque toutes les grandes villes, donc je peux toujours trouver de nouvelles requêtes où que j’aille. C’est pratique, et ça signifie que je n’ai pas à revenir ici et à me taper les coursiers désagréables du coin.
 
Là encore, ils font également des livraisons de ville à ville, donc j’ai tendance à leur tomber dessus à un moment où à un autre. C’est chiant.
 
Enfin, Garia n’est pas chiante. Elle est juste trop amicale. Mais elle est la meilleure d’entre eux. Le reste des Coursiers des cités peuvent aller se faire foutre. Surtout Fals.
 
Les Coursiers de cité. De ce que j’ai compris sur ces Coursiers, ce sont des sortes de facteurs. Ou factrices. Qu’importe. Mais on les divise globalement en trois catégories. Les Coursiers de rue, les Coursiers des cités et les Courriers.
 
Les coursiers des rues couvrent des cités individuelles et ne s’éloignent guère d’elles. Ils prennent les boulots les plus simples et les plus sûrs, et sont les moins bien payés. Ils n’ont pas l’air d’être à un rang très élevé dans la hiérarchie de la Guilde des Coursiers. Ce sont les plus jeunes, ou les plus vieux, et c’est à peu près tout ce que j’en sais.
 
Je suppose que je tombe dans la catégorie des Coursiers des cités. Ils - nous courons de ville en ville et faisons des livraisons majoritairement dans une région donnée. Un Coursier des cités peut courir pendant quelques jours s’il doit faire une livraison très longues, mais il ne s’éloignera pas de son “territoire”*. Ils prennent des boulots plus dangereux, mais là encore, ce ne sont pas des aventuriers donc un Coursier se contente dans la plupart des cas de s’enfuir en cas de danger et essaie de faire des livraisons le plus rapidement possible.
 
*Territoire. On est quoi, des chiens ? Mais apparemment, c’est le cas, quand on voit tous les petits groupes et les querelles intestines auxquels les coursiers se livrent. Chaque Guilde des Coursiers n’est qu’un gros tas de politique et d’amitiés entremêlées.
 
Puis viennent les Courriers. Je n’en ai jamais rencontré personnellement, mais j’ai entendu dire qu’ils sont l’équivalent des longs courriers. Ils peuvent aller d’un bout du continent à l’autre, ou même traverser les mers si leur livraison le demande. Ils sont rapides, efficaces et il faut apparemment des sommes d’argent faramineuses pour les engager. Mais ils sont supposés être vraiment bons dans leur travail.
 
De ce que m’a dit Garia, chacun d’entre eux est au moins de niveau 30, et ils ont tous des niveaux dans d’autres classes donc il est difficile de les prendre en embuscade. Et c’est…
 
Je regarde les alentours en courant. Je descends l’une des routes principales, mais elle est vide pour le moment. Mais je sors tout de même de la route pour courir dans l’herbe. Ce n’est pas comme si j’allais aller plus lentement dans la plaine. J’attends d’être assez loin de la route avant de crier.
 
“C’est tellement stupide !”
 
Bon, ce n’est pas tellement un cri. C’est difficile de courir en criant, et ça me fait bizarre de me parler à moi-même. Qui fait ça ? Dans tous les cas, je ne m’en suis toujours pas remise.
 
Des niveaux. C’est l’un des trucs le plus bizarre dans ce monde, et ce monde recèle des trésors de bizarrerie. ON dirait un jeu, mais ce n’en est pas un. Au moins, il n’y a pas de seigneur démoniaque du mal ou une fin du monde imminente, et je ne suis pas l'héroïne invoquée d’une autre planète pour défendre cet endroit contre le mal.
 
Je suis une fille d’Ohio. Je suis une étudiante de première année à la fac, et je cours pieds nus. Je me suis retrouvée ici alors que j’étais en train de courir, et j’ai atterri dans cet asile de fous munie de mon iPhone, de mon portefeuille et de ma montre. Je ne suis pas une héroïne.
 
Mais cet endroit est exactement comme un jeu vidéo. Ou, dans tous les cas, comme dans un livre d’heroic fantasy. Un peu dans le genre du Seigneur des Anneaux de Tolkien, sauf que les cités que j’ai visitées n’ont pas d’Elfes ou de Nains. Pour tout dire, il n’y a pas beaucoup d’humains avec une peau plus foncée qu’un léger hâle. Je pratiquement une alien avec mes traits Asiatiques.
 
Bon, revenons à la route. Ce n’est pas bon de s’en éloigner, j’imagine. Mais je déteste devoir esquiver les wagons et entendre chaque idiot que je croise me crier un truc à propos de mes pieds nus. Mais c’est mieux que les Gobelins, j’imagine.
 
À peine.
 
Bref, je pensais à quoi déjà ? Ah oui. Ce monde est stupide. Vraiment stupide, et le pire est qu’il ressemble beaucoup à celui que j’ai quitté.
 
Fals. Il sous-entendait que… non, il me disait de ne plus prendre les bonnes requêtes. Et à en juger par la foule là-bas, ils pensent tous la même chose.
 
La politique. Personne ne prend les bonnes livraisons où on va te pourrir la vie, hein ? Et ce Fals est leur… quoi ? Il est populaire, en tout cas.
 
Je serre les dents. Je ne l’aime pas. Il me donne sans cesse des conseils, la plupart du temps sur les choses que je devrais faire ou non. Et comme il est un Coursier vétéran, il a l’air de passer en priorité sur les livraisons et tout le reste. Je déteste tomber sur lui dans les guildes.
 
Déjà. Cela ne fait qu’une semaine et demie*, mais je me suis déjà habituée à ce monde, au moins un peu. On peut vraiment se faire à tout. Mais je n’ai jamais aimé l’échelle sociale, et on dirait que la moitié du boulot de Coursière tourne autour de ça.
 
*Que ça ? J’ai l’impression d’être là… depuis beaucoup plus longtemps.
 
Je déteste Fals. Je tombe trop souvent sur lui. Et maintenant, il va falloir que je coure avec Garia, en traînant un sac à dos gigantesque sur cinquante kilomètres pour un salaire de misère. Pourquoi j’ai accepté de courir avec elle ?
 
Parce que c’était trop dur de dire non.
 
Merde. Merde pour moi, merde pour elle, et Fals peut aller… il n’y a pas assez de merde dans le coin pour lui. Je déteste tout ça.
 
Donc je coure. Continue à courir. J’augmente mes foulées et mes pensées s’écoulent hors de ma tête. C’est mieux.
 
Les choses vont et viennent, mais au moins je peux courir. Ironiquement, dans ce monde je peux courir encore plus parce que c’est maintenant mon boulot. C’est la seule bonne chose au milieu de ce pétrin. La seule bonne chose.
 
Bon, ça et un autre détail. Je souris en m’en rappelant, et le conducteur du wagon me jette un drôle de regard alors que je coure à côté de lui.
 
Ce monde a un tas de Coursiers. Et ils sont cools. Vraiment. Ils courent loin, et ceux comme Garia sont solides et assez costauds pour courir avec des énormes sacs sur leur dos pendant assez longtemps. Mais vous savez quoi ? C’est peut-être leur régime alimentaire. Ou peut-être qu’ils ne savent rien au sujet d’une bonne hydratation, ou d’une bonne posture de course, ou…
 
L’idée, c’est qu’ils sont cools. Mais ils n’arrivent pas à la cheville d’une fille qui a gagné une bourse en athlétisme.
 
Je m’élance, et les kilomètres défilent derrière moi comme de la pluie. Je ne suis pas une coursière sociale, ou même appréciée. Du tout. Mais je suis à peu près sûre d’être l’une des plus rapides.
 

 
C’est une longue course. Mais je m’en tire bien et je pénètre dans Remendia juste au moment où le soleil commence à peindre le ciel de couleurs orangées. Deux livraisons. Une ici, et l’autre dans cette autre cité. Ocres ? Qu’importe.
 
Je m’en charge, puis retourne mes sceaux à la Guilde des Coursiers locale. Je garde mon visage impassible, rend les sceaux, et repars.
 
Ceci fait, je trouve une auberge. Hm. La première propose des chambres en pension complète pour trois pièces d’argent. C’est cher, mais j’ai gagné plus de trente pièces d’argent aujourd’hui. Je vais me faire plaisir.
 
Si tu es motivée et que tu ne meurs pas sous la dent d’un Gobelin caché dans l’herbe, être Coursière peut vraiment rapporter de l’argent. C’est vrai, une bonne part de mes gains vient de la requête de Magnolia, mais je gagne tout de même plus que la plupart des gens. Ou du moins j’imagine.
 
Le travailleur moyen se fait entre trois et quatre pièces d’argent* par jour. Mais c’est une misère par rapport à ce que peuvent rapporter des marchands ou des commerçants. Même en retirant leurs dépenses journalières, ils gagnent probablement plus de vingt pièces d’argents par jour. Et ça, c’est de la petite monnaie par rapport à ce que peuvent se faire les aventuriers.
 
* La monnaie change d’une ville ou d’une région à l’autre. Ici, la monnaie est appelée Thestal, mais ça veut juste dire qu’ils ont un poids et un pourcentage d’argent ou d’or précis par pièce. Ceux qui doivent gérer beaucoup d’argent vérifient le type de monnaie, mais c’est tout le temps globalement des pièces d’argent, d’or ou de cuivre.
 
Les célèbres aventuriers. Des héros. Des gens qui peuvent trancher, couper en dés et faire exploser des choses. Je pense à eux en me prélassant dans l’une des maisons de bains publiques. C’est très agréable, mais qu’est-ce que je me dis… Ah, oui.
 
Les aventuriers.  Ils ne ressemblent pas exactement aux personnages hauts en couleurs équipés d’armures de folie et d’épées gigantesques que l’on voit dans les jeux vidéo. La plupart ressemblent à des soldats médiévaux. Ou du moins, c’est le cas le cas de ceux de bas niveau. Là encore, Garia me dit que ceux de haut niveau sont vraiment impressionnant, mais je n’en ai pas encore rencontré.
 
Et pourquoi est-ce que je pense aux aventuriers ? Et où est la serviette ? Et pourquoi est-ce que ce type d’entretien des bains me regarde d’un œil noir ?
 
Ah, oui. À cause de mes pieds. Hey, ils sont sales mais probablement moins que d’autres zones corporelles dégoûtantes d’autres gens. Laisser un pourboire ? J’imagine.
 
Bref, où en étais-je. Les aventuriers ? Ouais, ce sont des genre de… d’artistes affamés ? La chasse aux monstres ne leur rapporte pas beaucoup, mais ceux qui survivent à leurs descentes dans des donjons ou de vieilles ruines peuvent gagner des quantités inimaginables de richesses en un instant. J’imagine que c’est attrayant pour les gens qui pensent survivre. Moi ça ira, merci. J’ai vu ce que les Gobelins peuvent faire aux gens, et ce sont les monstres les plus faibles de la région.
 
Quoi qu’il en soit, si les aventuriers représentent le haut du panier en termes de gains, je dirais que les Coursiers tombent dans la catégorie moyenne. Le boulot est dangereux, mais nettement moins que combattre des monstres.
 
Pourquoi je ne m’en fous pas, déjà ? Ah, oui. L’argent. J’en ai assez.
 
Retour sur l’auberge. Je suis fatiguée, mais mon esprit continue de carburer. Depuis combien d’heures, déjà ? Je suis toujours énervée à cause de ces idiots à la Guilde des Coursiers. Et de Garia. Je suis plus agacée qu’en colère contre elle mais...
 
Elle regardait mon oreille. Ce qui est normal. Est-ce que les blessures aux oreilles sont banales dans le coin ? Le motif de la blessure est caractéristique. C’est peut-être la raison pour laquelle elle est curieuse. Ça et le fait que je coure pieds nus. Ce n’est pas commun, même dans les mondes fantastiques, J’imagine.
 
Retour sur l’auberge. Il est temps de manger. JE vais manger, et réfléchir. Quel repas ? Du poulet. Je pourrais prendre du poulet et de la purée. C’est délicieux, surtout que je suis affamée. Mais concentre-toi. Est-ce que ce type est en train de mater mes seins. Oui. Je te hais, random inconnu.
 
Ignore-le. Mange ton poulet. Le gravy va sur la purée. Réfléchis.
 
Refaisons la liste de tout ça. Les priorités d’abord. Pour commencer, et le plus important ? De l’argent pour vivre. En ce moment, je gagne assez pour me payer une chambre d’auberge et des repas réguliers, mais il faut continuer d’économiser.
 
Ensuite, j’ai besoin de plus d’informations. Il n’y a pas de bibliothèque dans le coin, ou du moins elles ne sont pas ouvertes au public. J’ai besoin de cartes, mais également d’un livre sur les villes de la région. L’histoire, la culture… j’ai besoin d’un autochtone. Je ne peux pas trop leur en demander, sinon ils risquent de devenir soupçonneux. Mets cette préoccupation en veilleuse.
 
Quoi d’autre ? Hum. L’équipement. Le boulot que j’ai est à peu près le seul que je puisse faire. Y a-t-il d’autres alternatives ? Je pourrais devenir scribe…. Si j’avais une jolie écriture. Mais savoir écrire autre chose que mon nom est plutôt commode. Dommage que ce ne me soit pas très utile.
 
Concentre-toi. L’équipement. Il y a des objets magiques en vente sur les marchés. Pas beaucoup - et ils sont chers. Mais il existe plusieurs sortes d’objets enchantés pour les Coursiers. J’en veux un. Mais j’essaie toujours de gagner assez d’argent pour acheter une bonne potion de soin en cas d’urgence. Cela doit rester ma principale priorité.
 
J’ai terminé mon repas ? Est-ce que je laisse l’assiette ici ou… ? Hm. Voyons voir. On dirait qu’ils laissent leurs assiettes. Et l’aubergiste met le tout sur mon ardoise… ? Yup. Je paierai demain.
 
De retour dans ma chambre à l’étage, loin des regards indiscrets et des gens qui veulent s’asseoir boire un verre avec moi. Je ne suis pas contre le fait de boire* mais je n’ai vraiment pas besoin de m’occuper d’hommes esseulés en ce moment.
 
* Enfin, si c’est de l’alcool, si.
 
Mon lit est plutôt bien ce coup-ci. Décidément, on obtient vraiment ce pour quoi on paie. J’imagine que je dépenserai dorénavant au moins deux pièces d’argent pour l’auberge. C’est cher, mais c’est toujours mieux qu’un mauvais lit.
 
Hm. Dernières vérifications avant d’aller me coucher. Fals ? Je le déteste. Il faut que je coure avec Garia un de ces jours. Histoire d’en être débarrassée. Je dois dépenser de l’argent pour… une potion de soin. Puis pour de l’équipement. Voilà.
 
Je sais ce que je dois faire demain. Je commencerai par aller à la Guilde des Coursiers et récupérer de bonnes requêtes avec de grosses récompenses. Économise, achète cette potion de soin. Mais quelque chose me turlupine alors que je suis allongée dans mon lit, une plume me piquant l’arrière de la tête.
 
Voilà le problème. Et c’en est un gros. Je n’ai aucune idée de quoi faire après. Pas “après” comme dans “demain”, mais “après” comme dans quels devraient être mes plans pour le futur. Je peux gagner assez d’argent pour vivre, mais quel est mon objectif final ? Vivre et mourir ici ? Ou retourner chez moi ? Et comment vais-je pouvoir faire ça, morbleu* ?
 
*Et d’où vient ce mot, d’abord ? Non. Concentre-toi. Concentre-toi.
 
Quand je cours, je peux m’empêcher de réfléchir à tous ces doutes qui me taraudent. Mais quand je m’arrête et que je m’apprête à dormir, je la sens ramper hors des tréfonds de mon esprit.
 
L’incertitude. Je ne sais toujours pas pourquoi je suis là, quelle magie ou quel destin m’a amenée ici, ou même que faire ensuite. Je gagne de l’argent et je le garde, mais je ne sais pas quoi en faire. Je cours et je cours, et un jour je tomberai sur un truc dangereux. Ce monde est plein de monstres, et je ne sais pas quoi faire.
 
Il n’empêche que je ne peux pas m’en inquiéter maintenant. Je dois dormir. Si je suis fatiguée demain ou que je ne me réveille pas à temps, je vais rater les bonnes livraisons.
 
Je ferme mes yeux. Il est temps de dormir. Mon esprit tourne à toute vitesse, mais mon corps, au moins, est fatigué. Je m’assoupis dans mon matelas. Il n’est pas tellement différent de celui que j’ai à la maison, pour être honnête. Peut-être un peu plus bosselé et globalement moins confortable, mais ça ira. Et je suis tellement fatiguée.
 
Merde. J’ai oublié. Avant de s’endormir. Concentre-toi. Bloque les messages…
 
Classe de la [Coursière va-nu-pieds] obt…
 
Compétence [Coursière va-nu-pieds] obt…
 
[Compétence : …]
 
[Comp…]



Je déteste avoir à faire ça tous les soirs.

« Modifié: 29 mars 2020 à 19:09:04 par Maroti »

Hors ligne Maroti

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  • Traducteur de The Wanderin Inn par Piratebea
Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #26 le: 25 janvier 2020 à 15:39:41 »
1.21

L’auberge. Un endroit pour les aventuriers en quête d’aventure, pour boire, pour se reposer, et même, de temps en temps, une maladroite histoire d’amour. Ou juste du désir. N’importe quelle taverne digne de ce nom avait au moins une silhouette mystérieuse prête à livrer des messages cryptiques prédisant la fin du monde. Tous les vrais bars pouvaient se vanter d’avoir une atmosphère saturée de potentielle violence faisant vibrer l’air.

Les auberges attiraient de la foule. Donc, un aubergiste se devait d’être constamment occupé. C’était un métier compliqué qui demandait souvent d’avoir plus d’une serveuse ou barman à son service.

Erin Solstice était assise dans son auberge et attendait que la foule déboule à travers ses portes. Cela allait arriver à n’importe quel moment. Ils allaient être tellement nombreux qu’elle allait devoir les repousser à coup d’huile bouillante et de couteau de cuisine. Dans pas longtemps. Ils étaient probablement en train d’attendre la tomber  de la nuit.

***


Deux nuits plus tard Erin devait admettre qu’être une aubergiste était plus difficile que prévu. Et pourtant elle s’était attendue à quelque chose de difficile.

« À quoi ça sert d’avoir une auberge sans client ? »

Erin soupira avant de s’asseoir dans l’une de ses chaises. Elle regarda le parquet étincelant et la robuste porte en bois en se demandant si cela valait le coup de les nettoyer une nouvelle fois. Mais non, elle avait déjà dépoussiérée et fait briller toutes les surfaces disponibles, et elle avait suffisamment de nourriture dans la cuisine pour nourrir une petite armée. Ce qu’elle n’avait pas été de l’argent ou des gens qui voulaient dépenser de l’argent.

« Deux jours. »

Erin mit sa tête entre ses mains, morose. Cela faisait deux jours qu’elle avait peint le panneau et donner un nom à l’auberge. Deux jours, et ses seuls clients avaient été les trois cauchemars qui hantaient ses journées.

Relc, Klbkch et Pisces. Ils étaient tous de terribles clients. Ils étaient tous des types sympas… Enfin, sauf Pisces qui était embêtant quelque soit la situation, mais en tant que clients ils avaient de terribles défauts. Même Klbkch.

Surtout Klbkch.

Ce n’est pas qu’ils étaient embêtants mais… Non, ils étaient embêtants. Erin serra les dents en souhaitant que les Gobelins s’arrêtent à son auberge pour changer sa routine. Au moins eux étaient propres, silencieux, et terminaient leurs assiettes.

Enfin, Relc terminait toujours son assiette. Comme les deux autres, mais dans le cas de Relc il avait tendance à étendre le contenu de son assiette sur la table et le sol. Est-ce que c’était vraiment si difficile d’utiliser des couverts ?

Et celui qui savait utiliser des couverts ne payait jamais. Jamais. Erin avait l’impression de gérer une soupe caritative dès que Pisces venait manger.

Quant à Klbkch ce… Ce…

« Fichu serpent-fourmi menteur et mangeur de pâte ! Idiot ! »

Erin frappa la table. Elle était vraiment en colère contre lui. Comment pouvait-il trahir ses attentes de cette façon ?

Elle aurait été contente de le nourrir de pâte jusqu’au bout de la nuit. Contente, jusqu’au moment où Pisces et Relc lui dirent que les Antiniums ne supportaient pas très bien le pain et les pâtes. Ils étaient tous naturellement intolérant au gluten. Manger des pâtes était aussi amusant pour Klbkch que se piquer la langue avec un couteau. S’il avait une langue.

Les pâtes n’étaient techniquement pas du poison pour lui, mais elles le rendaient léthargique et compliquaient méchamment sa digestion. Dans tous les cas, il avait clairement acheté et mangé des pâtes pour la soutenir.

L’audace. Le culot de cet insecte. Les fourmis étaient des insectes, pas vrai ?

Quand elle avait découvert l’allergie aux pâtes de Klbkch, elle s’était méchamment disputée avec lui. Ou plutôt, elle s’était énervée et il s’était excusé encore et encore. Depuis cette dispute Erin l’avait laissé acheter du jus de fruit bleu ou des fruits bleus, mais plus de pâte. Le problème était qu’en faisant ça elle avait perdu l’une de ses principales sources de revenus, vu que Relc passait de temps en temps et que Pisces venait trop souvent.

« Encore une nuit sans clients. »

Erin soupira et regarda son auberge. Elle nettoya un verre avec automatisme avec un morceau de tissu. Non pas parce que le verre était sale, mais parce qu’elle sentait que c’était une chose qu’un aubergiste devait faire. Et elle s’ennuyait.

« Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour un client. »

Deux tables plus loin, Pisces leva son nez de son bol de soupe à l’oignon et à la saucisse.

« Je suis juste là, tu sais. »

Erin le regarda.

« Je veux dire un client sympa et qui paye »

Il renifla et termina le fond de son bol. L’un des aspects positifs du mage, si on pouvait vraiment l’appeler ainsi, était qu’il mangeait comme un carcajou affamé.

« Je crois qu’il existe une charmante tradition connue sous le nom ‘d’ardoise’. Sois sans crainte, je t’assure que je payerai ce que je te dois en temps voulu, Maîtresse. Même si je dois admettre qu’une légère augmentation du nombre de tes plats te ferait le plus grand bien. Des pâtes et de la soupe sont très adéquats, mais j’espère que tu sais qu’il existe d’autres plats en ce bas monde n’est-ce pas ? »

Erin serra les dents avant de pointer la porte du doigt.

« Dehors. »

Pisces se leva avec un ego froissé et secoua sa robe sale. Il offrit une courbette à Erin qui était sardonique sans vraiment être assez offensant pour la mettre en rogne.

« Ta soupe est plus qu’adéquate. Cependant, je te conseille d’ajouter plus d’assaisonnement pour relever le gout fade. »

Erin ouvrit la bouche, mais il était déjà en train de sortir. Elle le regarda fermer la porte et s’arrêter avant de la claquer. Cette fois Erin cogna violemment son poing contre la table.

Après avoir fermé et verrouillé la nouvelle porte que Klbkch l’avait aidé à installer, Erin goûta la soupe froide et fit la grimace. Elle se rendit jusqu’au placard à la recherche d’un sac de sel.

Cuisiner était plus compliqué que prévu. Et malheureusement, même si Erin pouvait réaliser plusieurs plats grâce à sa compétence, cela n’avait pas vraiment d’importance si personne d’autre que Pisces allait les manger. Aujourd’hui elle avait essayé de faire de la soupe, et il lui restait encore la moitié d’une casserole qui l’attendait dans la cuisine. Elle allait devoir attendre que Relc passe demain pour complètement la terminer.

Erin soupira avant de s’asseoir à une table, c’était sa table préférée, la seconde en partant du bar. C’était là qu’elle dormait. C’était vrai qu’elle aurait pu utiliser le sol ou faire quelque chose à propos du second étage, mais elle n’avait pas assez d’argent pour s’acheter des matelas ou des oreillers. Donc pour l’instant, elle dormait, et sa vie n’était pas si terrible. Elle avait survécu aux Gobelins et était véritablement en train de gérer son propre commerce. Elle voulait simplement que…

Elle voulait simplement que les choses commencent à s’arranger pour elle.

***

Le lendemain suivant Erin se réveilla fatiguée. Extrêmement fatiguée. Et c’était étrange car elle avait passé une bonne nuit, enfin, elle pensait qu’elle avait passé une bonne nuit.

Alors qu’Erin se releva elle se sentit soudainement inconfortable. Elle baissa les yeux pour regarder ses vêtements. Elle portait un mélange de t-shirt et de pantalon qu’elle avait commandé sur-mesure à l’un des Gnoll que Krshia lui avait présenté.

La plupart des Drakéides portaient des toges et des robes ressemblant à ce qu’avait porté les grecques, leurs vêtements étaient longs et donnaient une grande liberté de mouvement. Certains d’entre eux portaient des paréos, mais elle certaine que seul les femelles en portaient.

D’un autre côté, les Gnolls s’habillaient de manière minimaliste, généralement juste assez pour couvrir leurs parties intimes, qui n’étaient même pas visible pour commencer. Et même si Erin n’était pas dérangé par ce look, elle n’était pas vraiment partante pour porter un pagne et quelque chose pour cacher sa poitrine en public, d’où son besoin de passer une commande sur mesure.

Le tissu était plus rugueux et solide qu’Erin le voulait, mais ce n’était pas trop inconfortable. Elle avait déjà dormit sans problèmes en les portant l’autre jour. Alors pourquoi c’était soudainement inconfortable contre son… Plus bas…?

Erin baissa les yeux et commença à prier. Elle ferma les yeux. Est-ce qu’elle devait aller aux toilettes ? Non. Nan. Pas du tout. Alors pourquoi est-ce qu’elle sentait quelque chose couler…

« Oh. Mon. Dieu. C’est n’est pas possible ! »

L’humidité de son entrejambe continua de s’éteindre sur son pantalon alors qu’Erin baissa les yeux. Elle commença à jurer alors qu’elle se leva et courut pour aller se changer. Cela ne pouvait pas arriver. Et pourtant. Comment avait-elle put oublier ?

Ses règles. Elle avait ses foutus règles.

Erin se rendit jusqu’au sac qu’elle utilisait pour soigneusement ranger ses courses et commença à fouiller à l’intérieur en jetant le contenu du sac par-dessus son épaule. Des serviettes. Elle devait avoir des serviettes quelque part.

Là. Erin s’en empara ainsi qu’un pantalon propre. Elle retourna dans la salle commune avant d’hésiter. Hors de question de se changer ici, elle alla à l’étage.

Alors qu’Erin changea son pantalon et se nettoya, elle se demanda quel cruel coup du sort l’avait magiquement transporté dans un monde magique… Tout en continuant de lui donner le miracle de la vie tous les mois.

« Je n’ai jamais entendu parler d’un personnage de jeu vidéo avoir ce problème ! Comment veux-tu que Lara Croft escalade une montagne avec une couche géante dans son pantalon ? J’aimerai bien voir Leia affronte des stormtroopers lors de son cycle ! »

Erin se précipita au rez-de-chaussée et jeta la serviette ensanglantée et le pantalon au sol. Puis elle prit une autre serviette et se rendit dans la cuisine pour la couper en deux, avant de mettre l’un des morceaux dans son pantalon.

« Rugueux. »

Les serviettes n’étaient pas faites pour être utilisé de la manière dont elle les utilisait. Erin frissonna. C’était un cauchemar. Elle devait trouver un moyen de se soulager. Et part ça elle voulait dire des tampons.

Ce qu’elle réalisa ensuite lui glaça le sang, car Erin était pratiquement certaine que les tampons n’avaient jamais existé au Moyen-Age. Mais… Ils avaient des serviettes hygiéniques, pas vrai ? Les femmes existaient au Moyen-Age, même si elles étaient oppressées. Et Liscor n’était si primitif. Donc ils avaient des serviettes hygiéniques. Ils devaient en avoir.

« S’il te plait Dieu, si tu es là. Ou le Buddha. Je peux prier n’importe qui. Mais par pitié ne me fait pas porter une couche. »

Elle ne savait même pas s’ils avaient des couches. Elle n’avait pas vu beaucoup de bébés Drakéides en marchant en ville, et ils s’éloignaient de l’humaine qui faisait peur.

Erin se dirigea vers la porte avant d’hésiter. Elle avait l’impression de porter une couche qui la démangeait, mais elle ne pouvait rien y faire. Elle mit la main à sa poche avant de marcher jusqu’au pantalon qu’elle avait laissé tomber et d’en sortir un maigre portefeuille. Il ne lui restait pas beaucoup d’argent, mais c’était probablement assez.

Son pantalon ensanglanté et la serviette était un autre problème. Erin les regarda avant de les passer en dessous d’une table. Puis, elle ouvrit la porte et la claqua derrière elle. Elle était déjà de mauvaise humeur quand elle quitta son auberge.

Après les quarante minutes nécessaires pour atteindre Liscor en se dépêchant. L’humeur d’Erin était passé de mauvaise à terrible. La serviette dans son pantalon la dérangeait. Et ses règles étaient lourdes. Elle voulait tuer tout ce qui bougeait, et c’était avant qu’elle ne trébuche sur un caillou.

***

Erin marcha à travers les portes ouest de Liscor. Dans les faits, elle traversa les portes au quart de tour. En vérité, elle chargea à travers elles avec la furie d’une armée.

Le Drakéide en poste, le même Drakéide jaune qu’elle avait croisé plusieurs fois, ouvrit sa bouche pour faire un commentaire. Erin lui gronda dessus en montrant les dents tout en le dépassant, et il décida de se taire.

***

Un autre obstacle se dressa sur sa route alors qu’elle puisse atteindre la rue du marché. Olesm apparut de nulle part, tenant une boite dans ses mains écailleuses.

« Bonne journée, mademoiselle Solstice. Quelle étrange coïncidence qu’on se croise de cette manière. »

Erin serra les dents. Son abdomen était en train de cramper, et celle-ci était méchante.

« Pas maintenant, Olesm. »

Il baissa la tête, tout en tenant son rythme.

« Je comprends que c’est peut-être un mauvais moment, mais je me demandais si tu étais disponible plus tard pour une par… »

Erin détourna le regard et le doubla. Olesm ravala ses mots et elle le laissa derrière elle en continuant de traverser la rue. Quelques Gnolls grognèrent alors qu’elle passa à côté d’eux, et cette fois elle grogna en retour.

***

« Des serviettes hygiéniques. »

Krshia leva les yeux de la pile de pièce de cuivre et d’argent.

« Oui, Erin Solstice ? »

Erin prit une grande respiration. Elle ne pouvait pas s’énerver. Pas maintenant, alors qu’elle était si proche du but.

« Des serviettes hygiéniques. Je veux acheter des serviettes hygiéniques. Et des tampons, si cette ville en a. »

La marchande Gnoll était assise, mais sa tête était presque aussi haute que celle d’Erin. Elle cligna des yeux en sa direction.

« De quoi est-ce que tu parles ? Est-ce que ce sont des bandages ? »

Le sang d’Erin se glaça. Elle sentit la terre à ses pieds s’ouvrir pour l’avaler, et un chœur de mains de damnés s’élever pour l’emporter en enfer.

« Par pitié dit-moi que c’est une blague. »

Un peu de poil s’envola alors que Krshia secoua la tête.

« Mes excuses. C’est la saison où nous perdons nos poils. Pourquoi est-ce que tu as l’air si concernée, Erin Solstice ? »

Erin se pencha et murmura bruyamment à Krshia.

« Je saigne. J’ai besoin de serviettes, de serviettes hygiéniques, maintenant. »

« Tu saignes ? Où ? »

Peut-être que la Gnoll était véritablement en train de la faire marcher, ou peut-être qu’elle n’avait pas le même sens pudique qu’Erin. Dans tous les cas, Erin se pencha et murmura en direction de l’oreille de Krshia.

La Gnoll haussa les épaules.

« Est-ce que cela est vraiment dérangeant ? »

Erin la regarda bouchée bée. Krshia gratta son pelage à l’arrière de sa nuque tout en donnant l’air de ne pas être concerné.

« Ce n’est que du liquide, n’est-ce pas ? Et tous ceux qui te sentiront le sauront. Pourquoi gâcher du bon tissu ? »

Erin la regarda et Krshia arrêta de se gratter.

« Quoi ? »

« Est-ce que tu te moques de moi ? Car si c’est le cas, je ne suis pas d’humeur. »

« Je ne me moquerai pas d’une jeune femme telle que toi qui arrive en sentant le sang et la sueur. »

Krshia semblait être légèrement offusqué. Erin frotta ses yeux et croisa ses jambes.

« Désolé. C’est juste que… Tu peux le sentir. Sérieusement ? Non, ne me dit pas. Je n’ai vraiment pas envie de savoir. Est-ce que les Gnolls ont aussi leurs règles ? »

Le Gnoll en question pencha sa tête sur le côté et la regarda de manière confuse.

«  Nos règles ? »

« Le cycle menstruel. Tu sais, cette période du mois où tu donnes du sang. Quand tu as tes ragnagnas. La semaine du requin. La vague cramoisie. L’ouverture de la Mer Rouge ! »

Krshia cligna des yeux. Erin sentit sa voix s’emporter.

« Tu sais ! Chevaucher le poney en coton ! Le truc que les femmes ont ! Les chutes de l’enfer ! La baptême du sang ! L’excuse pour ne pas aller en classe de natation ! La preuve que tu es une femme ! La période du mois durant laquelle du sang sort de ton... »

***


Erin était accroupi sur le sol, la tête enfouie dans ses bras. Les autres clients la regardaient. Les autres marchands la regardaient. La moitié d’entre eux avait l’air compatissant. L’autre semblait dégoûté. Les enfants étaient partagés entre être impressionnés et horrifiés.

Une lourde patte velue tapota gentiment Erin sur l’épaule.

« Les Humains ont des corps étranges, n’est-ce pas ? »

« …Oui. »

Elle n’avait pas voulu crier.

« Je ne voulais pas crier. »

« Ce n’est rien. »

Krshia fit un mouvement dédaigneux avec ses doigts.

« Crier est bon pour la santé. Presque aussi bon qu’hurler, mais nous n’avons pas le droit de le faire à moins que cela soit la pleine lune. Mais je suis désolé. Les Gnolls n’ont pas de règles, et nous ne perdons pas de sang tous les mois. »

« Donc vous n’avez rien de la sorte ? »

La Gnoll fit une pause en tapotant ses lèvres avec un doigt avant de hocher la tête.

« Le sang. C’est pour se reproduire, n’est-ce pas ? Nous avons quelque chose de similaire durant lequel tous ceux qui sont toujours capables d’avoir des enfants vont en chaleur. Cela s’appelle œstrus, mais ça n’arrive qu’une ou deux fois l’année. C’est la période pendant laquelle nous nous reproduisons. »

Erin leva la tête pour la regarder.

« Est-ce que c’est douloureux ? »

Krshia se gratta une oreille avant de secouer la tête, envoyant plus de poils voler autour d’elle.

« C’est agréable. Certains attendent cette période avec impatience. C’est le temps de se reproduire et d’avoir des enfants, et donc nous sommes heureux quand cela nous arrive. »

Erin pointa Krshia d’un doigt tremblant.

« Je suis tellement en train de te détester, je ne peux même pas te l’expliquer. »

La Gnoll sourit, mais c’était sans malice.

« Je suis désolé pour cette difficile situation qu’est la tienne. Mais je n’ai pas de vêtement doux. Mais j’ai ceci, ce sont des vêtements en laine, le tissage n’est pas le plus adroit, mais c’est solide. Est-ce que cela te convient ? »

Erin regarda la laine rugueuse qui lui était présenté et frissonna.

« Est-ce que tu as la moindre idée de…Non. Par pitié, par pitié dit moi qu’il y a quelqu’un qui vend ce dont j’ai besoin dans cette ville. »

Une nouvelle fois, Krshia se gratta la tête, et Erin se demanda si elle avait des puces.

« Hum. Non. »

« Non ? »

« Nous Gnolls n’avons pas besoin de serviettes, les Drakéides et les Antiniums n’en n’ont pas besoin. Les Humains sont rares par ici, donc je ne pense pas que les serviettes hygiéniques que tu cherches existent dans un des magasins de cette ville. »

Le visage d’Erin devint soudainement pale, elle regarda la marchande avec la bouche entre-ouverte, qui lui lança un regard concerné en voyant son expression.

« Est-ce vraiment si terrible ? »

« Je… Je vais mourir. »

« Pas à cause de si peu de sang, je pense. Mais je viens d’avoir une idée. »

Erin s’accrocha au rayon d’espoir sans hésitation.

« Oui ? Dit-moi. Quelle est cette idée ? »

« La Guilde des Aventuriers. Ils ont des bandages. Beaucoup de bandages. Si tu ne peux pas arrêter le sang de couler, peut-être qu’ils seront apte à t’aider. Et les bandages sont doux, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui ils le sont. »

Erin était de nouveau sur pied en un instant. Elle commença à partir en canard, avant de s’arrêter.

« Merci. Je, heu, je dois y’aller. À la revoyure. »

Perplexe, la Gnoll regarda Erin marcha maladroitement hors de son champ de vision. Elle jeta un coup d’œil à la femme Drakéide qui était devant son étal, avant de montrer ses dents en souriant.

« Les Humains, eh ? »

***

Le frais comptoir en bois de la réception de la Guilde des Aventuriers était agréable pour la tête d’Erin. Elle reposa sa tête ici en souhaitant qu’elle n’avait pas à gérer le reste du monde.

« Donc tu as vraiment du sang qui coule de là ? Et ça arrive tous les mois ? »

« Oui. »

« C’est trop bizarre. »

Erin grogna. Elle leva les yeux vers Selys, l’amicale réceptionniste. Elle était vraiment reconnaissante du fait que la femelle Drakéide était en train de travailler, mais elle ne pouvait vraiment, vraiment pas gérer son innocente curiosité.

« Je sais. Tout le monde me le répète. Mais par pitié, est-ce que tu as des bandages ? Fin et doux s’il te plait ? »

Selys hocha la tête avant d’ouvrir un tiroir. Elle en sortit un rouleau de tissu fin et blanc avant de le tendre à Erin.

« Nous en avons plein, en cas d’urgence. De combien en as-tu besoin ? »

« Beaucoup. »

Le ton d’Erin était morose alors qu’elle sortit son maigre porte monnaie. Elle essaya de calculer combien de rouleau de bandages elle allait avoir besoin, et comment elle allait les tourner en une serviette hygiénique. Elle avait besoin d’acheter de la nourriture… Mais c’était plus important.

« J’ai besoin d’assez de bandages pour toute une semaine, je crois. Et j’ai besoin d’utiliser les bandages pour faire une serviette. Tu sais, un truc pour recouvrir la zone. Et parfois je change de serviettes toutes les heures, donc… »

Les Drakéides n’avaient pas de sourcils, donc Selys ne pouvait pas les hausser. Mais ses yeux s’écarquillèrent légèrement et sa longue sortit hors de sa bouche durant un court instant avant de disparaître, comme celle d’un serpent.

« C’est coûteux. Désolé Erin, mais je ne pense pas que tu as assez pour tout ça. Les bandages ne sont pas chers, mais tu vas en avoir besoin de beaucoup. »

« Ne m’en parle pas. Lors des pires jours j’utilisais une tonne de serviettes toujours les jours avant de passer aux tampons. Et laisse-moi te dire, ce fut un changement aussi psychologique que corporel. »

Selys la regarda sans un mot. Erin agita sa main. Elle n’allait pas donner un coup de pied dans cette fourmilière.

« Bien, de retour à tes serviettes… Pourquoi ne pas en faire un que tu peux utiliser plus d’une fois ? »

Erin releva la tête pour regarder Selys.

« Quoi ? »

« Ça a du sens, non ? Si tu vas salir tes serviettes, pourquoi ne pas les laver plutôt que de les jeter ? »

Son cerveau s’arrêta alors qu’Erin ouvrit la bouche pour répondre. Elle essaya de penser à une explication logique, mais sans succès.

« Hum. Uh, c’est… C’est une très bonne idée en fait. J’en entendus dire qu’il faisait quelque chose du genre dans les pays en développement mais… D’accord. D’accord. C’est sale mais d’accord. Comment est-ce que je vais faire pour qu’on m’en fasse ? »

Selys sourit à Erin, il y avait bien trop de dents pointues dans ce sourire, mais Erin commençait à être habitué.

« J’ai déjà recousu plus d’un aventurier par le passé, je peux te faire quelques une de ces serviettes assez rapidement si tu le veux. J’ai une compétence de [Couture Rapide] donc je ne vais pas en avoir pour plus de quelques minutes. »

Erin se pencha par-dessus le comptoir et attrapa la main griffue de Selys. La réceptionniste cligna des yeux, surprise.

« Oh, merci, merci, merci. »

« Il n’y a pas de quoi. Vraiment. Je vais commencer, à quoi ça ressemble ? »

« Hum. Quelque chose comme ça. »

Erin montra décrit la forme à Selys alors que la Drakéide fit un hmm compréhensif avant de commencer à coudre plusieurs couches de bandages entre eux. Elles venaient juste de terminer le design de base et Erin venait d’ouvrir son porte-monnaie quand elle entendit un grognement familier derrière elle.

Selys avala bruyamment sa salive, mais Erin fronça les sourcils. Elle se retourna et leva la tête pour voir le visage d’un Gnoll irrité.

« Humain. Tu continus de puer. »

« Je ne te parle pas. Dégage. »

Il cligna des yeux, mais Erin était déjà en train de se retourner vers Selys. Elle sentit une main calleuse la tourner et manqua de faire tomber son argent. Elle plissa les yeux vers le Gnoll.

« Tu empestes le sang. Je t’ai déjà prévenu… Quitte ces lieux. »

Erin sentit ses dents grincer alors qu’elle serra sa mâchoire en regardant le Gnoll. Il était grand et effrayant, mais elle était pratiquement certaine qu’il n’avait pas le droit de la frapper. Et même si elle avait le droit, elle était de mauvaise humeur. Sans être sollicité, le fait qu’elle ne savait toujours pas ce que [Combat de Taverne] faisait lui vint à l’esprit.

« Est-ce que j’ai l’air d’être d’humeur à me faire malmené ? »

Le mâle Gnoll lui grogna dessus. Erin le regarda sans cligner des yeux. Elle était vraiment en train d’avoir de terribles crampes en bas, et la sensation d’écoulement n’aidait pas.

Leur affrontement visuel continua pendant une solide minute. Il était bien plus grand qu’elle, faisait les habituels mouvements intimidants que tous les mâles faisaient. Elle était trop en colère et endolorie pour en avoir quelque chose à faire.

Après une autre minute, les oreilles du Gnoll s’abaissèrent pendant une seconde. Il se retourna avant de partir. Erin lui fit un doigt d’honneur d’une main avant de se retourner vers Selys.

« Désolé. Où est-ce qu’on en était ? »

La femelle Drakéide était en train de regarder Erin bouche bée. Erin la regarda avant de sourire.

« Intimide-moi une fois, honte sur toi. Intimide-moi deux fois… Et je deviens méchante, et violente. »
« Je peux voir ça. Mais j’aurai dû le savoir. Terbore peut te grogner dessus, mais tout le monde en entendu parler du fait que tu as tué un Chef Gobelin toute seule. Sacrée histoire. »

Le sourire d’Erin s’amoindrit pendant une fraction de seconde.

« Oh. Quelqu’un t’en a parlé ? »

« Oh oui. »

Selys hocha la tête alors qu’elle commença à coudre les bandages ensemble avec une aiguille et du fil. Les doigts tenant la longue aiguille passaient d’un bout à l’autre du tissu à une vitesse hypnotique.

« Klbkch a dû nous apporter la tête du Chef Gobelin. Nous avons tous entendu que c’est toi qui l’a tué. C’est incroyable, et au passage… Klb nous as dit que tu n’as même pas un niveau dans une classe de combat. Comment as-tu fait ? »

« Hum. Je lui ai brûlé le visage. »

« Oh, tu es une [Mage] alors ? J’en ai  vu un qui était Humain en ville l’autre jour, mais apparemment c’est un fauteur de troubles et un voleur. »

« Non, non. Je ne suis pas une mage. J’ai juste… Utilisé une astuce. Et j’ai failli mourir. Je suis certaine que Klbkch n’a pas mentionné ce fait. »

« Il a dit que tu avais été blessée. Est-ce que c’était grave ? »

« Très grave. Il m’a donné une potion de soin. Sans ça je serais morte. »

Les mains de Selys s’arrêtèrent de coudre alors qu’elle regarda Erin.

« Il t’a donné une potion de soin ? Mais elles sont coûteuses. Tu devais vraiment être dans un sale état pour que Klbkch te donne sa potion. »

Erin fit une moue nerveuse.

« Est-ce qu’elles… Sont vraiment coûteuses ? Les potions, je veux dire. »

« Très coûteuses. »

Selys hocha la tête avant de dire le prix à Erin. Cette fois ce fut à son tour de la regarder bouche bée.

« En fait, c’est important que les membres de la Garde en aient toujours avec eux si jamais quelqu’un est blessé. Ils sont uniquement sensés les utiliser en cas d’urgence. Et les potions que les Gardes Seniors portent sont encore plus fortes. Elles peuvent soigner la majorité des blessures en un instant. À moins de perdre un bras, tu seras sur pied en quelques secondes. »

« Oui, elles sont très efficaces. »

Erin toucha son estomac du doigt de manière pensive avant de soupirer. Une nouvelle chose à ajouter sur la dette qu’elle devait à Klbkch.

« Je suis juste heureuse que seul le Chef Gobelin m’a attaqué. Si le reste des Gobelins l’avaient suivi, je serais morte. »

« Oh, si cela avait été une Troupe de Raid Gobelin nous aurions envoyé l’intégralité de la Garde pour s’en occuper. Je ne comprends pas pourquoi un Chef en avait après toi. Ça n’a pas de sens. »

Erin cligna des yeux.

« Cette quoi ce truc de Gobelin ? »

« Une Troupe de Raid Gobelin, tu en as jamais entendu parler ? »

« Uh. Non… Non. C’est la première fois. Il n’y a pas beaucoup de Gobelins de là où je viens. »

Selys soupira jalousement en terminant la première serviette et de la faire glisser vers Erin. L’autre fille testa le tissu et laissa échapper un joyeux sourire.

« Tu as de la chance. Les Gobelins sont de vrais problèmes dans le coin. Je veux dire, d’accord, un Gobelin solitaire n’est pas si dangereux que ça. Ils ne sont meurtriers qu’en groupe. C’est pour ça que nous envoyons les Gardes Seniors et postons des primes sur leur tête, c’est pour réduire leur nombre. »

« Donc vous tuez des Gobelins tout le temps ? Qu’est-ce que vous faites des Chefs ? Vous envoyez des aventuriers après eux ? »

Erin ne savait pas trop comment se sentir à ce sujet. Pas très bien. Mais sa sympathie n’était que pour les petits Gobelins, pas les grands, qui étaient vicieux et sadiques.

« Les Chefs ? Non, non. Ils sont bien trop dangereux pour qu’on envoi la majorité des aventuriers  à leurs trousses. »

Selys frissonna.

« Pourquoi pas ? »

« Ce n’est pas qu’ils sont plus fort que la Garde. Relc, Klbkch, et même certains de la Garde normale sont probablement de meilleurs combattants que les Chefs. C’est juste qu’ils sont… Robustes. Et forts. Et ils peuvent faire appel à leurs tribus. En fait, le groupe d’aventuriers moyens se feraient exterminer contre eux. »

« Donc vous n’envoyez pas d’aventuriers contre les raids, c’est ça ? »

« Dieux non. Si nous avons vent que l’une d’entre elle approche, nous formons un groupe de chasse et nous essayons de nous en débarrasser le plus vite possible. Un raid peut rayer un village de la carte en une heure si nous n’arrivons pas à temps. »

« C’est moche. »

« En effet. Voilà une autre serviette. »

« Merci. Désolé mais je ne peux pas te payer plus… C’est juste que mon boulot d’aubergiste ne me rapporte pas grand-chose en ce moment. »

Selys agita son aiguille en direction d’Erin.

« Pas besoin de t’excuser. Je suis heureuse de pouvoir t’aider. Mais j’ai peur que j’aurai pût te prévenir que devenir aubergiste dans cette vieille auberge n’était pas une bonne idée. »

« Pourquoi Pas ? »

« Quel est ton niveau ? Dix ? Vingt ? »

« Neuf. »

« Tu vois, ce n’est pas si bien que ça. Si tu étais en ville je t’aurai de te faire former par un autre aubergiste jusqu’au Niveau 15, au moins. Cela t’aurait peut-être prit un an ou deux, mais tu aurais gagné quelques bonnes compétences pour faire tourner ton auberge. Et je n’aurai pas choisi une auberge aussi éloigné de la ville pour commencer. »

« Ouais. Personne ne vient. Est-ce que c’est parce que je suis un humain ? Ou parce que c’est trop loin ? »

Une autre serviette terminée, Selys s’empara d’un rouleau de bandages et en coupa un peu plus pour la dernière serviette. Elle cousu avec le tout avec un tissu plus solide et raide, avant de coudre le bandage, plus doux, par-dessus.

« Les deux, je pense. C’est dangereux d’aller si loin… Enfin, pas si dangereux mais cela refroidit les gens. Le fait que tu sois Humain n’est pas si terrible mais… »

« Mais… ? »

« En fait, j’ai entendu Relc en parler dans un bar. Il dit que tu fais des pâtes. Est-ce… Est-ce que c’est tout ce que tu proposes ? »

« Hum. Ouais. Je peux faire d’autre chose. J’ai [Cuisine De Base] mais… Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Selys était en train de secouer sa tête en continuant de coudre. Erin était envieuse de sa vitesse, et de ses mains écaillées. Dès que la Drakéide manquait le tissu ou se planter l’aiguille dans la main, l’aiguille ne rencontrait que de solides écailles plutôt que la chair tendre et vulnérable.

« Je ne veux pas être impoli, Erin, mais ce n’est pas très impressionnant. Tous les cuisiniers et les chefs ont [Cuisine De Base] en tant que compétence. Certains d’entre eux ont même [Cuisine Avancée].

« Oh. Et hum, je suppose que les pâtes ne sont pas si intéressantes que ça. »

« Tu pourrais faire d’autres choses, mais il y beaucoup de bonnes auberges en ville. Et nous recevons tout le temps des recettes humaines venant des cités Humaines du nord. Même si tu vends une nouvelle recette, quelqu’un l’aura déjà dupliqué le lendemain. »

Le visage d’Erin s’assombrit. Selys ne semblait pas être heureuse, mais elle continua.

« Dans tous les cas, personne ne fera le trajet si tu ne vends que des pâtes. Je suis désolé. »

Erin soupira alors que sa tête retomba sur le comptoir. Cela expliquait son manque de clientèle. Ses réguliers n’avaient surement pas de problème pour manger la même chose, mais cela allait déranger tout le monde. Elle supposa qu’elle devait être reconnaissante pour ses réguliers, en y repensant.

Relc mangerait probablement tout ce qu’il allait pouvoir avaler. Pisces mangerait tout ce qu’il pourrait voler, et Klbkch mangerait tout ce qu’elle lui présenterait. Les Gobelins étaient probablement plus difficiles que sa clientèle.

Selys fit glissa la dernière serviette à Erin. La jeune femme l’accepta gracieusement et les toucha délicatement. Elles étaient épaisses, mais elles n’allaient probablement pas être si inconfortable à porter. Plus important, elles étaient solides et elle était certaine qu’elle allait les laver pour les réutiliser.

« Tu n’as pas la moindre idée à quel point c’est important pour moi. Merci. »

La Drakéide sourit, et Erin lui rendit son sourire.

« Il n’y a pas de quoi. Et bon courage pour ton auberge. Je suis désolé que j’ai dû te le dire comme ça mais… »

« Non, tu as raison.  Je vais… Y penser. Mais pour l’instant… »

Erin s’éloigna du comptoir.

« Heu, où sont les toilettes ? »


***


La nouvelle serviette qu’Erin était en train de porter de dérangeait pas comme l’ancienne serviette. Ce qui était une excellente bonne nouvelle, parce que sa peau était encore sensible. Son retour de l’auberge fut plus compliqué que prévu, mais au moins elle avait évité une catastrophe.

« Juste à temps pour une nouvelle catastrophe. »

Erin grommela pour elle-même alors qu’elle tenta les précieuses serviettes dans sa poche. Elle devait penser à son business. Le problème était qu’elle n’avait jamais géré de business auparavant, elle n’avait même pas eut un petit boulot à part aider dans une bibliothèque ou dans un tournoi d’échec. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle devait faire.

« Je penserai à ça demain. »

Erin continua de se plaindre en ouvrant la porte. Il était midi, mais elle était épuisée. Elle détestait avoir ses règles. Pourquoi est-ce qu’elles n’avaient pas disparue quand elle était arrivée dans ce monde ? Ou peut-être qu’il y avait une compétence pour s’en débarrasser. [Pas De Crampes] ou [Flot Fluide] ou quelque chose du…

Erin s’arrêta en ouvrant la porte de son auberge. Cette dernière était vide, mais quelque chose était en train de bouger sous la table. Quelque chose qui luisait…

Dans sa course précipitée pour partir, Erin avait jeté la serviette et le pantalon dans un tas. Et l’une des fenêtres avait dû être ouverte, car cela avait attiré des invités.

Un essaim de mouches acides, vertes et brillantes, rampait sur ses vêtements sales. Ils frottaient leurs corps partout sur le vêtement, sur le pied de table, sur le sol…

Des morceaux du bois étaient en train de fumer et de briller à cause du fluide toxique des mouches acides. Erin pouvait apercevoir des trous dans le plancher. Elle regarda avec horreur les points verts qui s’agitaient sur ses vêtements.

« Vous vous foutez de moi.

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #27 le: 29 janvier 2020 à 16:07:11 »
1.22

Une masse grouillante et brillante d’insectes verts et noirs recouvraient le pied de table et les morceaux de vêtements ensanglantés. Erin regarda les innombrables insectes qui avaient envahi sont auberge et se demanda si crier attirerait leur attention. Probablement.

Ils étaient d’énormes insectes noirs ressemblant vaguement à des lucioles, sauf qu’ils étaient trois fois plus gros que des lucioles, et n’avaient pas de joli petit derrière lumineux, mais un orbe bulbeux et brillant qui explosait lorsqu’elles étaient dérangées.

Et ils étaient dans l’auberge d’Erin.

« Oh non. Non. C’est pas vrai. »

Lentement,  elle marcha en longeant le mur. Les mouches acides ne lui prêtèrent pas attention. Erin alla jusqu’à la cuisine, déposa ses serviettes dans un coin propre, et attrapa un seau avant de longer le mur de nouveau et de sortir de la pièce, courant vers le ruisseau.

***

Dix minutes plus tard, Erin ouvrit la porte de l’auberge et se baissa lorsqu’une mouche vola près de son visage. L’insecte s’éloigna en retournant au tas de vêtements ensanglanté. Erin plissa les yeux et grimaça.

Les mouches avaient probablement dévoré, ou du moins fait fondre, une majeure partie des vêtements. Et elles devaient être repues ou endormies, car la majorité d’entre elles étaient assises sur le pantalon, sans faire le moindre mouvement.

« Parfait. »

Erin s’approcha lentement, faisant des pauses de quelques secondes pour s’assurer qu’elle ne dérangeait pas les insectes. Le seau était lourd entre ses mains, mais elle était proche. Elle avait juste besoin d’être à portée.

Une fois certaine qu’elle était assez proche, Erin prit une grande inspiration et vida le contenu du seau sur les mouches. Ces dernières furent emportées par l’eau et luttèrent inutilement sur leurs dos, leurs ailes trop lourdes pour s’envoler.

Erin se dépêcha. En un instant elle était dans la cuisine et s’empara d’une grande jarre en verre qu’elle avait utilisé pour stocker de la nourriture périssable. Elle sortit les oignons et s’empara d’une spatule avec un long manche.

Les mouches étaient en train de lutter pour se relever lorsqu’Erin retourna dans la pièce. Elle s’accroupie et commença à les pousser dans la jarre, l’un après l’autre. Certaines mouches explosèrent lorsque la spatule en bois les toucha, mais Erin trouva rapidement le moyen d’éviter ce problème. Il suffisait de les pousser par la tête et d’éviter leurs abdomens verts et luisants.

En un rien de temps elle avait rassemblée toutes les mouches dans la jarre. Une fois cela fait, elle se laissa tomber dans une chaise en se demandant si elle était maudite.

« Donc. Apparemment les mouches acides aiment le sang. D’accord. Est-ce que ça veut dire que je dois m’inquiéter du fait qu’elles peuvent se poser sur moi quand je dors ? »

Elle baissa les yeux vers la jarre de mouche. La plupart d’entre elles étaient en train de voler à l’intérieur de cette dernière, d’autre étaient accrochées au verre, éventant leurs ailes de manière innocente.

Erin souleva la jarre avec précaution et observa les mouches avec admiration et horreur.

« Quatre pattes. Je savais que c’était pas mon imagination. »

Ce qui faisait, techniquement parlant, que ces mouches n’étaient pas des mouches, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Elles ressemblaient à des mouches, bougeaient comme des mouches, et à part pour les explosions d’acides, étaient aussi inoffensives que des mouches.

« Et maintenant j’ai une jarre pleine de ces petites créatures. Qu’est-ce que j’en fais ? »

Erin regarda la jarre. Les laisser partir était probablement stupide. Principalement parce qu’elles aimaient le sang, et qu’elle avait ses règles. Ergot, elles allaient probablement se poser sur elle et lui fondre le visage. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ?

« …Hum. »

Erin hésita, avant de secouer la jarre de manière expérimentale. Aussitôt, la moitié des mouches explosèrent. Le liquide vert et luisant coula jusqu’au fond de la jarre de verre alors que les cadavres des mouches flottèrent à la surface.

Après avoir vérifié que le haut de la jarre était bien sécurisée, Erin secoua cette dernière un bon coup. Cette fois le reste des mouches explosèrent et elle se retrouva avec une jarre d’acide vert et des cadavres de mouches flottant à surface.

« Je devrais me sentir mal pour avoir fait ça. Je devrais vraiment me sentir mal. »

Mais elle ne se sentait pas mal. Et alors qu’Erin observa les mouches mortes flottant dans l’acide, elle eut une idée. Elle déposa délicatement la jarre de verre dans un coin de la pièce où elle était certaine de ne pas la renverser par accident, et vida une nouvelle jarre dans la cuisine.

« Une jarre pour les insectes, une autre pour l’acide. Parfait. »

Erin s’empara de la jarre avant d’hésiter.

« L’acide. Est-ce que ça fait fondre le verre ? »

Elle pensait que l’acide en était capable. Du moins, les extra-terrestres dans les films pouvaient faire fondre le verre. Mais c’était dans un film. Enfin, d’un autre côté, elle était dans un monde de fantasy.

« D’accord. Mais en classe de chimie on utilisait du verre. »

Mais de nouveau, c’était un autre monde. Erin souleva délicatement la bouteille de verre avant d’en regarder les bords. Apparemment l’acide ne faisait pas fondre le verre. Elle déposa la jarre dans le coin le plus éloigné de la cuisine, juste au cas où.

« Voilà, une bonne chose de faite. Je fais quoi maintenant ? »

Il lui fallut deux secondes avant de réaliser ce qu’elle avait oublié. Erin se tapa le front.

« C’est l’heure de faire le ménage. »

Elle se releva, fatigué, avant de se rendre de nouveau dans la salle commune. Elle baissa les yeux vers l’endroit où les mouches acides s’étaient agglutinées et jura.

***

Tirer une table hors de l’auberge n’était pas facile, mais le fait que le bois se brisa en chemin voulait dire qu’elle pouvait la sortir pièce par pièce. L’acide avait dévoré le bas de la table et avait troué le plancher. Ce qui voulait dire qu’Erin était aussi confrontée à la charmante réalisation qu’elle allait devoir réparer le sol après en avoir fini avec la table.

Bon, Klbkch l’avait aidé à réparer le plancher après l’attaque du Chef Gobelin, et la compétence [Artisanat De Base] avait fait le reste. Cela lui prit une heure, mais une fois les réparations terminées la seule preuve qu’il y avait eu des mouches à cet endroit était un plancher d’une couleur légèrement différente et son mal de dos.

« Je déteste les insectes. Sauf pour Klbkch. En fait, non, je le déteste aussi. Au moins les insectes ne me mentent pas. »

Erin s’effondra de nouveau dans une chaise et regarda le plafond. Aujourd’hui n’était pas une bonne journée. En fait, aujourd’hui était probablement dans son classement des dix pires jours de sa vie. Malheureusement, cela voulait dire qu’aujourd’hui était une bonne journée comparée à celle qu’elle avait eu depuis son arrivée ici.

« Qui aurait cru que je serais reconnaissante d’être recouverte de sciure et de sueur plutôt que de sang? »

Elle ria, toussa lorsque de la sciure rentra dans ses poumons, et se releva.

« C’est l’heure du bain. »

***

L’une des choses les plus glorieuses à laquelle Erin avait été introduite à Liscor était les bains publics. Ils n’étaient pas gratuits, bien sûr, et elle avait dû payer cinq pièces de cuivre pour rentrer, mais ils étaient chauds, luxurieux et valaient le coût. En y repensant, elle avait eu de la chance de payer le même prix qu’un Drakéide, les Gnolls et les autres Homme-Bêtes devaient payer le double à cause de leurs fourrures.

Oui, les bains fumants étaient un délice digne des accommodations du monde moderne. Il suffisait à Erin de se plonger dans l’eau parfumée pour oublier la douleur du monde réel.

C’est pourquoi se baigner dans l’eau glaciale du ruisseau était deux fois plus difficile maintenant. Erin plongea son pied dans l’eau, jappa, et décida de plonger avant de perdre son courage.

***

Le seul bon point avec le fait de se baigner seul au milieu de nulle part était qu’il était possible de se baigner nu, de jurer et hurler autant que possible. Après qu’Erin supporta le choc causé par son plongeon, elle se nettoya le plus rapidement possible en se recouvrant du savon qu’elle avait acheté à Krshia, et hurla en voyant le poisson dans l’eau.

Ce dernier traversa l’eau comme une torpille. Erin jaillit hors de l’eau comme un missile. Le poisson la suivi, mais était incapable de trouver comment courir sur la terre ferme. Erin paniqua en hurlant, frappa le poisson avec le seau jusqu’à ce que dernier arrête de bouger, et prit la fuite en courant. Elle revint un peu plus tard, car elle venait juste d’avoir une brillante idée.

***

Erin marcha à travers la prairie, une jarre en verre sous un bras ainsi qu’un seau et un couteau dans chaque main. Elle tenait le couteau de manière à ce que la lame soit pointée vers le bas. Elle ne savait pas si cette règle ne s’appliquait qu’aux ciseaux au pas, mais elle se disait que ça ne faisait pas de mal de prendre les mêmes précautions avec un couteau.

La journée continuait. En fait, elle avait l’impression que des jours entiers étaient passés en un clin d’œil. En vérité, c’était toujours la même journée. Le soleil commençait à descendre dans le ciel, donc au moins, cela voulait dire que la journée était à moitié terminée.

À cette distance, elle pouvait voir un point lumineux venant du poisson mort. Erin ralentit et déposa son fardeau avant de se couvrir les yeux pour les protéger sur soleil. Il semblerait que ses cibles l’attendaient déjà.

« Hum. »

Erin plissa les yeux. Toutes les mouches étaient déjà en train de se reposer sur le poisson. Ou dans le poisson. Parfait.

Lentement, très lentement, elle s’approcha du poisson avec le seau en main. Elle regarda les mouches acides et vit qu’elle se frottait contre le poisson. L’acide de leurs derrières dévorait le poisson, et elles mangeaient ce que l’acide avait dissout.

« Oh waouh. C’est répugnant. »

Le poisson plat était désormais plus coulant que plat. Erin se demanda si elle devait se sentir dégoûtée, mais elle était principalement intriguée et révulsée. Elle secoua sa tête et se concentra de nouveau sur sa mission avant que les mouches ne décident qu’elles voulaient un dessert avec leurs dîners.

Furtivement, Erin remplit le seau avec l’eau de la rivière. Puis elle s’approcha du poisson et jeta l’eau sur les mouches et la carcasse.

De nouveau, les mouches acides se retrouvèrent à vrombir inutilement sur leurs dos. Erin s’empressa de faire demi-tour et de s’emparer de la jarre en verre.

« Prends ça ! Et ça ! »

Erin commença à aplatir les mouches avec la jarre en verre. Elles explosèrent en une douche d’acide et en un rien de temps elle les avait toutes tuées. Une fois cela fait, Erin regarda le poisson mort.

Il avait majoritairement fondu à cause de l’acide. Erin le poqua avec son couteau et eut un haut le cœur. Mais elle en avait besoin alors elle se prépara et essaya de couper le poisson en deux.

Le couteau s’enfonça dans la chair comme dans du beurre. Le poisson était plus de liquide que solide, et peu importe combien de fois Erin essayait, elle n’arrivait pas à le séparer. La chair liquide se reformait dès qu’elle coupait le poisson.

Dégoûté de plus d’une manière, Erin recouvrit son visage d’une main.

« Bien sûr que ça allait arriver. »

Elle avait besoin d’une cuillère, et non pas d’un couteau. Mais vu qu’elle n’en avait pas, elle utilisa le couteau pour ramasser la chair liquide. Elle regarda ce qu’il y avait sur son couteau et sentit son estomac protesté. Elle eut un terrible haut le cœur alors qu’une odeur de poisson pourrissant assaillit ses narines.

« Je peux le faire. Pense à l’argent. Pense à la nourriture. Pense à l’auberge. Ne pense pas au poisson. »

Elle prit plusieurs profondes inspirations en détournant le regard. Une fois qu’elle était pratiquement certaine qu’elle n’allait pas vomir, elle se concentra de nouveau sur le poisson.

« D’accord, [Artisanat De Base], activation ! »

Premièrement, Erin prit un peu de poisson-liquide et le versa au fond de sa jarre en verre. Puis, elle retira le dessus en verre de la jarre avant de le poser sur le dessus de manière à ce que les mouches puissent rentrer mais aient des difficultés pour ressortir. Puis elle s’en alla.

« Piège à mouche acide, terminé ! »

Erin regarda la jarre en verre avant de gentiment se gifler. Puis, elle installa trois nouvelles jarre de la même manière.

« On va voir si vous aimez ça, bande d’imbéciles. »

***

« Tu as un talent pour trouver les choses les plus dangereuses, n’est-ce pas ? »

Pisces frissonna en regardant le piège à mouche acide. Il s’en éloigna légèrement et frotta nerveusement ses bras. Erin lui fit un sourire.

« Elles sont dégoûtantes, pas vrai ? Mais regarde, la jarre est déjà à moitié pleine et ça ne fait même pas deux heures. »

« Comme c’est fascinant. »

Il fit un autre pas en arrière. Erin lui jeta un regard, mais elle ne pouvait pas le juger trop sévèrement. Ils étaient tous les dix à une bonne dizaine de mètres des jarres de verre.

Pisces se lécha les lèvres en regardant les jarres, la manière dont les innombrables formes brillantes bougeaient et se cognaient contre le verre était hypnotique.

« J’imagine… J’imagine que si les récipients se brisaient, l’essaim pourrait nous submerger et faire fondre notre chair en quelques instants. »

« Quelle charmante image. »

« Oui. Oui, j’imagine que c’est le genre d’image qui va hanter mes cauchemars cette nuit. »

« Elles ne peuvent pas s’échapper des jarres, elles ne sont pas si intelligentes. Elles remuent, mais le couvercle les empêche de sortir. Je faisais la même chose avec des mouches à fruit chez moi. »

« J’applaudis ton ingénuité. Mais puis-je savoir pourquoi tu as décidé de capturer un essaim d’insecte mortel qui se nourrisse de cadavre ? »

« Eh bien, ce sont des insectes. Je paris que Klbkch adorerai les manger. »

Pisces la regarda avec des yeux de poisson mort avant de secouer la tête.

« Tu peux essayer de la cuisiner à tes risques et périls. Puis-je te suggérer de retirer l’acide avant de les servir à tes clients ? »

Erin jeta un regard noir à Pisces. Elle ne savait pas pourquoi elle avait invité le mage à voir ses pièges. Probablement pour frimer, et il était le seul qui allait venir pour le dîner de ce soir.

« De toute façon je ne sais même pas comment elles peuvent survivre, vu qu’elle explose au moindre contacte. Je veux dire, comment font-elles pour vivre assez longtemps et se reproduire ? »

« Car elles ont peu de prédateurs assez fous pour tenter de les manger. Ceci, et le fait que leur nombre est presque sans limite. »

« Ah. »

Pisces agita sa main en direction des jarres.

« Dans tous les cas, ce ne sont que les mâles de l’espèce. Les femelles sont bien plus larges. En fait, le seul but des mâles est de rassembler le plus de nourriture possible. Il va dissoudre et absorber le plus de nutriment possible dans son abdomen avant de retourner vers une femelle en espérant gagner sa faveur. C’est ce qu’ils font tous. »

« Oh, un peu comme les abeilles et les fourmis font avec leurs reines, n’est-ce pas ? »

Erin jeta un coup d’œil à Pisces et vit qu’il était en train de la regarder, bouche bée.

« Quoi ? »

Il secoua la tête.

« J’ignorais que tu étais familière avec la biologie des insectes, c’est tout. »

« Oh, je connais plein de trucs bizarres sur les animaux. Quand j’étais petite je regardais Discovery Chann… Je veux dire, je lisais beaucoup de livres. »

« Tu peux lire ? »

Pisces lui jeta un regard qui était presque respectueux, et Erin lui fit un autre regard noir.

« Bien sûr que je peux lire. Je peux aussi jouer aux échecs, et je lis de la poésie de temps en temps. »

« Tu peux jouer aux échecs ? »

Erin lui lança un nouveau regard, mais il semblait réellement curieux.

« Oh oui. Je joue aux échecs. Un petit peu. On peut dire que c’est un de mes hobbies. »

« Vraiment ? Par coïncidence, j’étais considéré comme l’un des meilleurs joueurs des cités du nord. Serais-tu intéressé par une partie ? Accompagné d’un petit pari ou deux, peut-être ? »

Pisces lui fit un sourire innocent, Erin leva les yeux au ciel.

***

Une heure plus tard, Pisces regarda les pièces d’échecs devant lui avec une concentration désespérée. Il bougea son roi à gauche, puis à droite. Il se décala pour regarder l’échiquier sous un autre angle.

« Peut-être que si je… »

« Nan. Et même si tu essayes te prendre le pion, c’est toujours échec et mat. »

Erin ne daigna pas lever les yeux de son repas. Elle avait fait des œufs brouillés accompagnés d’une saucisse. Ce n’était pas le plus extravagant des repas, mais ça avait du goût, c’était copieux, et mieux que devoir regarder Pisces.

« Je n’arrive pas à comprendre. J’étais… Je suis l’un des meilleurs joueurs du continent ! J’ai dominé des [Tacticiens] et d’autres mages du même niveau. Comment as-tu fait pour me battre ? »

Elle haussa les épaules.

« Les amateurs sont toujours des amateurs. Au passage, je vais mettre l’argent que tu as parié sur ton ardoise. »

« Ah. Je vois. J’ai clairement fait une erreur de calcul. Est-ce qu’il serait possible que tu réduises ma dette si je… »

« Non. Tu as parié et j’ai gagné. Pas la peine d’argumenter. Maintenant mange tes œufs. »

Erin entendit un reniflement bruyant, mais après quelques instants elle entendit le clink du métal contre la poterie.

« Je dois admettre, ce plat à bien plus de goût que la malheureuse soupe servit hier. »

Elle leva les yeux. Pisces baissa rapidement les siens vers son assiette.

Après l’avoir fusillé du regard pendant quelques instants, Erin posa une question qui lui trottait dans la tête depuis un bon moment.

« Au fait, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? »

Pisces releva la tête et avala ses œufs brouillés.

« J’étudie les royaumes mystiques par-delà le plan physique. Ceci dans le but de déverrouiller les secrets de l’éther et commander des forces surnaturelles qui… »

« Tu étudies. »

« Pour faire court. »

Pisces haussa les épaules et retourna à la dégustation de son petit-déjeuner.

« Tu as vraiment besoin d’étudier tant que ça ? Je veux dire, tu ne connais pas déjà des sorts ? »

Il soupira.

« Malgré tout mon talent magique, je n’ai que quelques sorts dépassant le troisième tiers dans tous mes domaines, et je suis relégué à des sorts de premier et second tiers dans les domaines hors de ma spécialisation. »

« Oh. Heu. La magie a des tiers ? »

Pisces leva les yeux au ciel.

« En effet. Sept, ou huit pour être exact. Il y a une spéculation supposant l’existence d’un neuvième tiers de magie, mais il n’existe pas de mages ayant lancé ou découvert une telle magie. Dans tous les cas, pour lancer un tel sort les mages tels que moi requirent de la concentration, du temps, et des efforts pour démêler le fonctionnement de chaque nouvelle incantation. »

Une nouvelle fois, Erin dût s’arrêter pour comprendre ce que Pisces était en train de dire.

« D’accord. Donc tu étudies pour lancer de meilleurs sorts. Et je suppose que cela te fait aussi monter de niveau ? »

« Assurément. C’est épuisant, surtout en prenant compte le fait que je dois aussi prendre en compte les besoins comme le logement ou la sustentation tout en me concentrant sur mes études. »

Erin soutint sa tête avec son coude.

« Tellement épuisant, tu en aurais presque envie de trouver du travail, pas vrai ? »

Pisces la regarda de manière maussade.

« Jusqu’à récemment, j’avais un business secondaire assez rentable qui consistait en la libération des vivres inutiles des locaux en échange de divertissements. Mais désormais je m’abstiens de telles activités pour rester dans tes bonnes grâces. »

« Ouais, et parce que Relc t’a menacé de te poignarder si tu continuais. Tu sais, ce n’est pas vraiment une bonne carrière. »

Il renifla bruyamment.

« J’ai également eu comme occupation bien plus lucrative de libérer des articles inutiles à ceux qui n’étaient pas en mesure de les utiliser, mais apparemment cela est aussi considéré comme une grave violation du respect de la vie privée. »

« Tu as volé des morts ? »

« Je les ai enterrés de nouveau par la suite. »

Erin ouvrit sa bouche, leva un doigt, jeta ses mains en l’air et laissa tomber. Elle regarda Pisces alors que le mage termina rapidement son assiette.

« Pourquoi tu ne fais pas quelque chose d’utile à la place ? »

« Et qu’est-ce que ce que je pourrai faire de si utile ? »

« Je ne sais pas. Qu’est-ce que les mages font pour vivre ? Exploser des trucs avec des boules de feu ? Donner des conseils de vieux sages ? Vendre leurs barbes ? J’ai trouvé quelques runes magiques dans la cuisine. Elles ont gardées la nourriture fraîche pendant… Je ne sais pas, des années. »

« Ah. Un sort de [Préservation] sans aucun doute. Oui, c’est certainement un service que des mages doués dans l’art des runes peuvent fournir aux plébéiens. »

« …Et ? Est-ce que tu peux le faire ? »

« J’en suis incapable. »

« Flûte. »

« Je suis désolé de trahir tes hautes attentes, mais j’ai peur que même un mage de mon calibre ne peut pas étudier toutes les écoles de magie supérieure. »

Erin regarda Pisces. Le mage était en train de racler son assiette avec sa fourchette et son couteau. Elle avait la distincte impression qu’il l’aurait léché si elle n’avait pas été là.

« Je n’ai jamais rien attendu de ta part. Je pense juste que c’est dommage, c’est tout. Tu connais la magie et tu ne fais rien avec. »

Pisces déposa sa fourchette.

« Certains disent que la magie est sa propre récompense. Je suis quelqu’un qui pense de la même manière. »

« Je suppose. »

Erin soupira, elle avait l’impression de parler à un mur. Un mur très agaçant et avec une mauvaise hygiène.

« Tu sais, si tu aidais les gens et que tu étais un peu plus sympa, je pense que ça serait plaisant de passer du temps avec toi. Pourquoi est-ce que tu es si grossier envers tout le monde. »

Erin n’avait pas voulu le blesser, mais il était clair que cela avait touché Pisces là où il était vulnérable. Il se redressa, les yeux vifs.

« Jusqu’à aujourd’hui je n’ai jamais trouvé de personne méritant mon aide. Pourquoi est-ce que je devrais aider ceux qui me jugent avec ignorance et peur ? »

Erin cligna des yeux, le visage du jeune mage était pale et indigné, mais un peu de couleur se trouvait encore dans ses joues. Elle voulut lui poser une autre question, mais il n’était pas d’humeur à converser.

À la place, Erin haussa les épaules et se leva.

« Parce que tu vaux mieux qu’eux. »

Elle ramassa leurs assiettes et laissa le mage assis à la table. Lorsqu’elle sortit de la cuisine, ce dernier était parti.

***

Le jour suivant Erin se leva et alla vérifier ses pièges à mouches. Ils étaient terriblement efficaces.

Les quatre jarres étaient remplies avec des formes grouillantes. Erin jeta un coup d’œil aux jarres, eut haut le cœur, et dut s’asseoir pour ne pas vomir.

« Bon sang. Oh, bon sang. C’est la chose la plus répugnante que j’ai jamais vue. »

C’était aussi, en y repensant, la chose la plus terrifiante qu’elle n’avait jamais vu. Erin se demanda ce qui se passerait si elle faisait tomber le couvercle d’une des jarres, avant de se souvenir du commentaire de Pisces à propos du fait que sa chair pouvait fondre et de frissonner.

Précautionneusement, Erin s’approcha des jarres en se répétant qu’il était très important de ne pas trébucher.

Son pied se cogna contre une touffe d’herbe. Erin fit de grands gestes avec ses bras avant de retrouver son équilibre, bien trop proche d’une des jarres.

« C’est pas bien. C’est pas bien. »

Erin referma le couvercle de chaque jarre avant que son cœur n’arrête de battre. Maintenant les mouches acides ne pouvaient pas sortir.

« C’est bien mieux. »

Erin souleva l’une des jarres et sentit quelques mouches exploser à l’intérieur.

« Oof. C’est lourd »

Elle ajusta son fardeau et les mouches firent de même. Ils avaient beau être petits, les insectes pesaient une tonne.

« C’est surement tout l’acide qu’ils ont dans le derrière. Je vois. Ça va me prendre un moment. »

Erin fit un pas, puis un autre. Elle ajusta une nouvelle fois sa prise sur la jarre de verre pour ne pas la faire tomber. Elle allait devoir faire attention aux trous, mais elle était confiante en sa posture. Elle fit un autre pas et trébucha contre un autre piège à mouche.

Le sol se rapprocha pour rencontrer le visage d’Erin. Elle réalisa qu’elle tenait encore la jarre au dernier moment et la jeta loin d’elle avant de s’écraser au sol et d’avoir le souffle couper. À part ça, elle allait bien.

Puis elle entendit la jarre en verre se briser en touchant le sol, elle roula sur ses pieds et se releva.

De larges morceaux de verre étaient éparpillés dans l’herbe. Un jus épais et vert-gris coula sur le sol, produisant des nuages de vapeur et sifflant en rencontrant le sol. Pendant un moment, rien ne bougea parmi les débris. Puis, un terrifiant bourdonnement produit par un essaim de formes noires s’envola.

Erin sentit son cœur s’arrêter. Elle regarda le nuage de mouches qui s’éleva en tournoyant. Elles volèrent de manière erratique, cherchant ce qui les avaient dérangé. Erin se recula lentement, priant pour qu’elles l’ignorent. Pendant un instant elle eut l’impression qu’elles allaient s’envoler, mais l’essaim changea brusquement de direction. Le nuage de mouches chargea et encercla Erin en un instant.

Son cœur s’arrêta. Il n’était plus en train de battre dans sa poitrine. Erin regarda autour d’elle de manière désespérée, mais tout ce qu’elle pouvait voir était le nuage de mouche bourdonnant, bourdonnant. Elles noircissaient le ciel, le sol, tout ce qu’elle voyait.

« Je… »

Elles se ruèrent sur elle. Erin hurla et recouvrit ses yeux et sa bouche.

Coup de vent !

Erin entendit la voix, puis une bourrasque enragée souffla autour d’elle. Elle recula alors que le vent souffla, mais l’effet sur les mouches fut encore plus sévère. Elles furent repoussées dans un courant d’air qui les emporta et les rassembla en un seul endroit. Elles bourdonnèrent agressivement, désorientées et confuses.

Tout comme Erin. Elle regarda autour d’elle et vit un jeune homme familier portant une tenue grise et sale. Il était en train de pointer un doigt en sa direction.

« Baisse-toi, Erin ! »

Erin se jeta lourdement au sol. Elle leva les yeux et vit Pisces lever une main. Du givre pale se forma autour de ses doigts et un courant d’air à moitié visible souffla au niveau de son bras. Il pointa l’essaim de mouches acides désorientées du doigt.

« [Vent Gelé].

Une douce brise passa par-dessus la tête d’Erin. Puis, l’air craquela et ses cheveux se gelèrent subitement. Erin pouvait voir les infimes traces d’air tournoyant soufflant par-dessus sa tête. Il commença à neiger là où le vent passa et elle sentit un froid glacial l’entourer.

L’essaim de mouches acides vola dans la brise glaciale et tomba du ciel. Erin cria et courut alors que des insectes gelés et éclatant au contact du sol tombèrent autour d’elle.

Elle se jeta dans la rivière, et en ressortit aussitôt au cas où un poisson plat tenterait de la mordre. Une fois qu’elle termina de retirer l’eau de ses yeux, l’essaim brillant avait disparu, et tout ce qu’il en restait était un cercle de terre fumante et d’herbe gelée.

Une fois qu’Erin termina de trembler tellement fort qu’elle en était incapable de bouger, elle se releva. Elle était toujours en train de trembler de manière incontrôlable.

« C’était la chose la plus incroyable que j’ai jamais vu. Merci, merci, merci, merci. »

Elle bondit sur Pisces. Elle n’était pas certaine si elle devait jeter ses bras à son cou ou commencer à pleurer. Elle décida de le serrer brièvement dans ses bras, avant de redoubler son emprise et de l’étreindre suffisamment fort pour lui couper le souffle. Pisces ne semblait pas y prêter attention.

Pisces respirait difficilement. Il regarda le bout de terre fumant comme s’il était hypnotisé. Erin pouvait voir le blanc de ses yeux alors qu’ils se tournèrent vers elle.

« C’est… C’est un sort de débutant. Qui ne peut pas être utilisé en combat et dédaigné par mes instructeurs. Cependant, c’était l’outil le plus adapté dans cette situation. Toute magie vaut le coup d’être utilisé, après tout. »

« Absolument. »

Erin hocha la tête. Pisces hocha la tête. Ses yeux retournèrent vers le cercle de terre fondue.

« Tu m’as sauvé la vie. C’était incroyable. Ton sort était incroyable. »

Il secoua la tête et agita une main dans sa direction.

« Je suis… Je suis un mage de l’Académie de Wistram. En tant que spécialiste de la branche magique des Elémentaliste de Vent, ce genre d’exploit sont second… Secondai…. »

Pisces se pencha et vomit sur l’herbe. Il toussa, et vomit de nouveau. Erin lui tapota le dos et attendit qu’il s’arrête.

Après un certain temps, Pisces essuya sa bouche avec un coin de sa robe. Son visage était toujours pâle, mais il allait un peu mieux.

« Tu as été chanceuse que je sois là. Très chanceuse. »

Erin hocha la tête.

« Je l’étais. Je l’étais vraiment. »

Pisces hocha la tête en réponse. Erin avait l’impression qu’ils étaient des figurines à têtes branlantes, mais ils ne pouvaient rien faire d’autre. Il pointa du doigt les trois autres jarres contenant toujours des mouches acides.

« Si tu souhaites vraiment utiliser des pièges de la sorte, puis te suggérer que tu les ancres dans le ruisseau ? »

Erin le regarda sans comprendre.

« Le ruisseau ? Pourquoi ? »

« Plusieurs raisons. »

Pisces comptait sur ses doigts tremblants.

« Premièrement, la flottabilité naturelle de l’eau empêcherait les jarres de se briser si elles tombent, ou au moins réduire le danger des mouches acides. Deuxièmement, les effets du vent et des autres formes de vie seraient mitigés. Et troisièmement, je n’aurai pas le risque de trébucher sur un tel piège. »

« D’accord. Je peux faire ça. »

Elle n’en était pas vraiment sûre, mais les tremblements dans son corps avaient pratiquement disparu. Erin attrapa un caillou, noua de longs brins d’herbe autour, avant d’ancrer la jarre avec le caillou. Elle déposa le caillou au fond du ruisseau et regarda la jarre flotter de haut en bas dans l’eau.

« Hm. J’ai besoin de quelque chose de lourd pour être certaine qu’elle reste droite. Je suppose que quelques jarres peuvent se retourner… Mais ça va marcher. C’est mieux que de les laisser au sol. Milles fois mieux. »

Pisces hocha de nouveau la tête.

« Bien. »

« C’est une bonne chose que tu sois venus avec moi. »

Les deux hochèrent de nouveau la tête. Pisces ouvrit la bouche et grimaça. Il alla jusqu’au ruisseau et rinça sa bouche en tremblant avant de relever la tête vers elle.

« Puis-je te demander… Quel est ton plan, Erin ? »

Elle le regarda, puis regarda les jarres en verre pleines de mouches acides.

« Je vais ramener les jarres jusqu’à l’auberge. Tu vas m’accompagner au cas où j’en fais tomber une. Et ensuite… »

« Et ensuite ? »

« Je vais te donner à manger jusqu’à ce que tu exploses comme l’une de ces mouches. »

Pisces baissa les yeux vers les jarres de verres, avant de frissonner de nouveau.

« Une adéquate description. »

***


La jarre de mouches acide était un mélange d’acide et de mort. Les corps des centaines… De milliers de petits insectes flottaient dans une mer de jus vert et luisant. Il coula contre les parois de la jarre, un testament obscène d’une mort insectoïde.  

« Attends, je crois qu’il en reste un. »

Erin secoua la jarre et la dernière des mouches acides rebondit contre une paroi avant d’éclater mollement à l’intérieur.

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? »

Elle leva les yeux vers Pisces. Le mage était assis sur une table à l’autre bout de la pièce, détournant volontairement les yeux de la jarre.

« Je vais séparer les mouches et l’acide. Je ne sais pas ce que je vais faire avec l’acide par contre. »

« Si tu t’en débarrasses, fait le avec la plus grande des précautions s’il te plait. Même si l’acide de ses mouches ne peut dissoudre le métal ou beaucoup de matériaux conventionnels, il est extrêmement efficace contre les matériaux organiques. »

Erin hocha la tête. Elle déposa la jarre dans un coin avec précaution et se releva.

« D’accord. Hum. Tu veux un autre bout de pain ? Ou un peu plus de jus ? »

La vue du pain frais et du verre de jus fit que le visage du mage prit une inconfortable teinte verte. Il tapota son estomac comblé et eut un haut le cœur. Il recouvrit sa bouche d’une main, mais Erin était pratiquement certaine qu’il avait failli vomir.

« Peut-être pas. »

« Tu as été très généreuse. »

Pisces se releva et serra son estomac. Il tituba, et ses yeux se dirigèrent vers le sol. »

« Très généreuse. Mais il se fait tard, et je pense qu’il est temps pour moi de partir. »

« Tu es sûr ? Je peux te préparer un sac de nourriture pour la route. »

Son teint vert s’accentua et il agita rapidement une main pour la dissuader.

« Tu es très attentionnée, mais non. Non. Je vais m’en aller. Merci de ton hospitalité. »

« De rien. Laisse-moi t’ouvrir la porte… Voilà. Attention sur la sortie. »

Elle regarda Pisces partir et se retourna pour regarder l’endroit où il s’était assis. La place était recouverte de miettes et d’assiettes vides. Elle débâtit sur le fait de tout nettoyer, avant de secouer la tête.

Délicatement, Erin traversa l’auberge. Elle marcha jusqu’aux trois jarres remplies d’acide et de mouches et vérifia pour la énième fois que leurs couvercles étaient bien fermés, et qu’il n’y avait pas de mouches bougeant à l’intérieur.

Parmi les nombreuses choses qu’Erin avait acheté à Krshia, l’une d’entre elle était un tableau noir et de la craie. Elle l’avait utilisé pour tenir compte des choses dont elle avait besoin, mais Erin essuya le tableau et utilisa sa plus belle écriture. Puis elle installa le tableau noir sur le comptoir du bar.

Menu

Pâtes avec saucisse et oignons – 3 pièces de cuivre par assiette.

Jus bleu – 2 pièces de cuivre par verre.

Mouche acide – 1 pièces de cuivre par assiette.


Elle laissa tomber la craie sur le comptoir et jeta un regard vers les jarres de mouches mortes. Erin frissonna. Elle frotta ses bras et se posa dans une chaise. Trop proche. Bien trop proche.

Elle s’endormit en quelques instants. Avant de se réveiller en hurlant et de se rendormir. Elle allait être hantée par un bruit d’ailes bourdonnantes pendant le reste de la semaine. Mais pour le moment, les yeux d’Erin étaient fermés.


[Aubergiste Niveau 10 !]

[Compétence : Brasseuse d’Alcool obtenue !]

[Compétence : Instinct De Survie obtenue !]

« … Je me demande si je peux faire des cookies aux mouches ? »

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #28 le: 01 février 2020 à 16:55:38 »
« Du bicarbonate de soude. »

Krshia secoua la tête.

« Je ne sais pas ce que c’est. Je possède bien des choses qui peuvent être soudés, mais aucune d’entre elle est du ‘bicarbonate’. »

Erin soupira. Elle sentait qu’elle ne devait pas si surprise que ça, mais elle détestait se faire surprendre.

« De la levure alors ? Tout le monde a de la levure ! »

De nouveau, Krshia secoua la tête.

« Qu’est-ce que levure est censé faire, Erin Solstice ? »

« Des cookies. »

« Et qu’est-ce que sont ces ‘cookies’ ? »

Erin regarda Krshia bouche bée avant de gesticuler ses mains.

« Des cookies. Tu sais ? Petit, rond et marron ? »

« Est-ce que tu parles de ce que les vaches laissent derrière-elle, Erin Solstice ? »

«Non ! »

Erin tira furieusement sur ses cheveux, avant d’immédiatement les relâcher. Ses cheveux n’étaient plus aussi hygiéniques et propre qu’avant.

« Comment est-ce que… Ce monde n’a pas de cookies ?Comment c’est possible ? Comment !? »

Erin arrêta de s’énerver et frappa son poing dans le creux de sa paume.

« … Et qu’en est-il des glaces ? »

« Qu’est-ce qu’une… »

***

« Stupide monde qui n’a même pas de glace. Stupides Gnolls qui font semblant d’être sympa en me prenant pour une folle. Comment quelqu’un peut vivre sans glace et cookies ? »

Erin grommela pour elle-même en faisant la route retour vers son auberge. Elle donna un coup de pied dans une des hautes touffes d’herbe tout en souhaitant qu’elle avait une tondeuse de la taille des gratte-ciel. Peut-être que ses jambes ne la démangeraient pas autant si elle…

Clickclickclickclickclickclickclickclickclickclickclick…

Un son familier se fit entendre à travers la plaine et le sang d’Erin se glaça. Elle s’arrêta, écouta, et le vit.

Un gigantesque rocher gris semblait léviter au-dessus de la plaine. Mais ce n’était qu’une illusion, il suffisait de regarder d’un peu plus prêt pour voir les nombreuses jambes cliquetant sous le rocher. Mais Erin n’avait aucune intention de regarder de plus près, car elle connaissait ce bruit et savait ce qui vivait sous ce rocher.

C’était un Crabe-Rocher. Erin se figea avant de se retourner pour fuir, mais il ne se dirigeait pas vers elle.

À la place, le rocher géant était en train de cavaler dans la plaine. Ses nombreuses jambes retournaient la terre derrière son passage, mais il n’était pas en train de pourchasser quelque chose. Est-ce qu’il était en train de fuir quelque chose ? Qu’est-ce qu’il pouvait fuir ?

Erin trouva sa réponse quand un groupe de bien plus petites silhouettes apparurent depuis le haut d’une colline, pourchassant le Crabe-Rocher. Des Gobelins. Erin commença à sourire en les voyant, mais son sourire disparu alors que plus en plus de Gobelins apparurent. Au début, ils n’étaient que cinq. Puis dix. Puis vingt … Quarante

Yiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyiyi…

Les Gobelins étaient en train de crier leurs cris de guerre en pourchassant le Crabe-Rocher. Le crabe semblait les avoir sentis et accéléra de nouveau, mais il était toujours trop lent. Au début, Erin regarda la scène avec stupéfaction, le premier Gobelin bondit et arriva à s’accrocher à la carapace du Crabe-Rocher.

Aussitôt, ce dernier se retourna et éjecta le Gobelin. Une gigantesque pince apparue d’en dessous de la carapace rocheuse du crabe et se referma en direction du Gobelin. Erin couvrit sa bouche alors que le Gobelin hurla en tenant le moignon qu’avait été son bras.

Mais même alors que le Crabe-Rocher fonça sur le Gobelin blessé, d’autres Gobelins bondirent vers lui. Il tournoya, tentant de les faire descendre, et même s’il parvint à faire tomber plusieurs Gobelins, la plupart parvinrent à éviter ses pinces et chargèrent le Crabe-Rocher en hurlant sauvagement.

Les Gobelins submergèrent le Crabe-Rocher. Erin regarda, bouche bée, alors que le crustacé terrestre géant attaqua et fit claquer ses pinces. Trois Gobelins reculèrent, saignant et sévèrement blessé. Il manquait une main à l’un d’entre eux mais les autres…

Ils submergèrent la carapace rocheuse, la frappant avec des massues. Ils esquivèrent en baissant sous la carapace, mordant, poignardant, arrachant.

Erin ne pouvait plus voir ce qu’il se passait alors que plus en plus de Gobelins rampèrent en dessous de la carapace du Crabe-Rocher, mais elle vit qu’il eut un spasme. Il cliqueta rapidement à cause de la douleur et attaqua les Gobelins, mais ils étaient trop proches pour que ses pinces puissent les attraper.

Un liquide bleu coula depuis le dessous de la carapace. Le gigantesque Crabe-Rocher s’effondra et des Gobelins recouverts d’entrailles, de bouts de carapace, et de jus gluant et bleu émergèrent d’en dessous la carapace.

Erin recula lentement, son cœur faisait un million de battements à la seconde. Elle imagina ce qui allait arriver si l’un des Gobelins la remarquerait. Ils allaient la pourchasser et la rattraper en un instant.

Mais ils étaient concentrés sur leurs proies. Les Gobelins étaient en train de réduire le Crabe-Rocher en charpie, avalant goulûment ses entrailles. Erin eut la nausée, mais son estomac était déjà serré à cause de la peur.

Finalement, elle pensa s'être suffisamment éloignée, et se retourna pour fuir.

***

La plupart des Gobelins ne virent pas l’humaine en fuite. Ils étaient trop occupés à craquer la solide carapace du Crabe-Rocher et de s’emparer de la chair gluante. Ils festoyaient.

Mais quelques Gobelins remarquèrent l’humaine. L’un d’entre eux, portant des vêtements loqueteux, arrêta de mordre son morceau de chair amère et regarda la jeune femme partir. Il serra quelque chose dans sa poche. Bientôt. Très bientôt.

La bourse usée cliqueta alors que le Gobelin la secoua. Il… Non, elle regarda autour d’elle, mais les autres Gobelins étaient trop occupés à se gaver pour remarquer le petit bruit. La femelle Gobelin cacha la bourse parmi ses loques.

Bientôt.


***

Quand Relc et Klbkch essayèrent d’ouvrir la porte de l’Auberge Vagabonde, ils trouvèrent que cette dernière était verrouillée. Ce n’est qu’après que Relc toqua deux fois que la porte s’entrouvrit. Quand Erin les laissa rentrer, elle verrouilla la porte dès qu’ils étaient à l’intérieur.

Relc leva un sourcil inexistant avant de pointer sa queue vers Erin

« Qu’est-ce qui t’arrive ? »

« Salutation Mademoiselle Solstice. Est-ce que quelque chose ne va pas ? »

Erin regarda les fenêtres avec suspicion, mais commença à se sentir mieux avec Relc et Klbkch dans l’auberge.

« Des Gobelins. »

« Des Gobelins ? »

Relc rit alors que Klbkch et lui s’assirent à l’une des tables.

« Quoi, est-ce qu’ils étaient encore en train de te lancer des pierres ? Si tu veux je pourrai… Hum, les effrayer. Mais des Gobelins ? Sérieusement ? Tu as tué leur Chef, qu’est-ce qui pourrait t’inquiéter ? »

« Et si je te parle d’un groupe de Gobelins qui peut tuer un crabe-rocher en une poignée de secondes ? »

Erin perdit son sang-froid alors que Relc rit de nouveau.

« C’était la chose la plus terrifiante que j’ai jamais vue. Une sorte de raid l’a submergé et… »

« Un raid ? »

Relc se redressa sur sa chaise et attrapa sa lance.

« Où ça, et combien ? Vite Klbkch. Nous pouvons nous les… »

Il bondit sur ses pieds et Erin agita les mains pour l’en dissuader.

« Non, non ! Ils étaient bien trop nombreux. En plus, je ne veux pas que tu les tues ! Cela serait… »

Relc interrompit Erin alors que Klbkch regarda en silence. Les mains de l’Antinium étaient sur le manche de ses armes.

« Ecoutes, s’il y a un raid Gobelin dehors, on doit s’en occuper. Je peux ignorer quelques Gobelins, mais plusieurs centaines d’entre eux qui rodent dans les parages ? C’est une véritable menace. »

Il alla vers la porte, mais Erin le ramena à l’intérieur. Du moins, elle essaya de le ramener vers l’intérieur. Ses pieds glissèrent sur le sol et il ne semblait même pas se rendre compte qu’elle tentait de l’arrêter.

« Et combien de Gobelins étaient présents dans le groupe que tu as observé, Mademoiselle Solstice ? »

« Et bien… »

Elle s’arrêta pour y réfléchir.

« Pas plus de quarante, je pense. »

Relc cligna des yeux et s’arrêta avant d’arracher la porte de ses gonds. Il regarda Klbkch, avant de tourner son regard vers Erin. Lentement, il se dirigea vers sa chaise avant de se rasseoir, puis il commença à rire.

Erin regarde Relc bouche bée alors que ce dernier continua de ricaner, avant de passer de nouveau à de grands éclats de rire. Il couvrit son visage avec une main griffue et frappa du poing sur la table avec son autre main.

« Qu’est-ce qu’il y a de si marrant ? »

« Un raid Gobelin qu’elle dit ! Hah ! »

« Je crains qu’il y ait un léger malentendu, Mademoiselle Solstice. »

« Oh, vraiment ? »

« Ouais ! »

Relc parvint finalement à reprendre contrôle de son fou rire quand Klbkch écrasa l’un de ses pieds. Il essuya les larmes de ses yeux avant de sourire à Erin.

« C’est juste la tribu locale. Quarante Gobelins ? Franchement. Je pourrais m’occuper de la moitié d’entre eux sans perdre mon souffle. Entre moi et Klbkch, on pourrait tous les tuer en… »

Il s’arrêta et racla sa gorge.

« Mais on va pas le faire. »

Klbkch hocha la tête.

« Malgré leur capacité, une tribu Gobelin n’est dangereuse que pour des individus isolés, Mademoiselle Solstice. D’un autre côté, un petit raid Gobelin est habituellement constitué d’au moins trois cents Gobelins. On sait que des groupes plus importants comptent plus d’un millier d’individus. »

« Ce n’est pas un raid, c’est une armée. »

« Pas si tu es un Gobelin. »

L’expression de Relc se fit plus sérieuse alors qu’il se laissa descendre sur sa chaise.

« Ouais, c’est comme Klbkch vient de le dire, une tribu Gobelin n’est pas dangereuse. Peut-être qu’elle l’est pour toi… Mais tu as tué leur Chef, donc je doute qu’ils seront assez courageux pour attaquer cet endroit. En plus, si tu verrouillés la porte et les fenêtres ils vont avoir des difficultés pour rentrer. Mais quand les Gobelins commencent à apparaitre en grand nombre ? C’est là que ça devient moche. »

Elle entendit le signal silencieux qu’il lui fit et s’en empara.

« Méchant à quel point ? »

Klbkch se pencha sur la table.

« Extrêmement dangereux. Même si les Gobelins sont considérés comme une menace mineure par la plupart des endroits habités, quand ils apparaissent en grand nombre ils sont capables de raser des villages, des villes, et même des nations par le passé. »

« Tu te moques de moi. »

« C’est la vérité, Mademoiselle Solstice. »

Relc hocha la tête.

« J’ai entendu les histoires des Croisades Gobelins, et j’ai été témoin d’une d’entre elles. La dernière fois que cela arriva, plusieurs armées de Gobelins saccagèrent le nord avant de naviguer jusqu’au continent des Humains, Terandria. Il y avait au moins des centaines de milliers de Gobelins dans chaque armée, et leur roi avait un million de Gobelin à ses côtés quand nous l’avons vaincu dans les Champs Sanglants. »

Erin avait l’impression qu’elle avait besoin d’un cours d’histoire, ou d’une carte.

« Les Champs Sanglants ? C’est quoi ? »

« C’était un champ de bataille. Enfin, c’est toujours un champ de bataille. Beaucoup d’armée continue de se battre là-bas, et tellement de sang a coulé que l’endroit a complètement changé. Ce lieu est recouvert d’Herbe Sanglante. Un truc terrible qui boit du sang et mange les gens s’ils ne font pas attention. Je me suis battu deux fois là-bas. »

« Oh. »

Erin avait l’impression qu’elle devait dire autre chose, mais l’expression de Relc était anormalement sérieuse. Elle chercha pour quelque chose qu’elle pouvait ajouter.

« Alors… La tribu Gobelin n’est pas dangereuse ? »

« Pas pour moi ou Klbkch. Ne va pas à leur rencontre et tout devrait bien se passer. Dans tous les cas, la majorité des gens peuvent s’échapper en courant assez vite à moins qu’ils soient piégés. »

Relc fit un mouvement dédaigneux de sa queue.

« Mais ils ont tué un Crabe Rocher ! »

« Ouais, c’est quoi ? »

« Tu sais, le truc géant qui se cache sous un rocher ? Et puis ça fait clickclickclickclick… »

« Oh, ça. C’est comme ça que les Humains les appellent ? Pour nous ce sont des Trompeurs en Pierre Creuse. C’est quoi un crabe ? »

« Une créature marine, je pense. Le nom est adéquat. »

« Peu importe, ils ne sont pas si solides. »

Erin cligna des yeux en direction de Relc.

« Vraiment ? »

Il agita sa main de manière dédaigneuse.

« Oh, on a beaucoup de monstres vivants dans le coin. Bien plus dangereux que ça. Ils sont simplement ailleurs ou en train de dormir en cette période de l’année. »

« Ou enterrés sous terre. »

« Ouais, ou ça. »

Erin n’était pas rassuré du tout.

« Je n’ai pas vu d’autres monstres, à part les oiseaux-dinosaure. »

Klbkch hocha la tête.

« C’est approprié pour la saison. En cette période de l’année, les Plaines Inondées n’ont que peu de créatures à l’exception des Gobelins. À l’exception des troupeaux qui vont pâturés, la majorité des animaux… »

« Des troupeaux ? Vous avez des troupeaux ? »

Klbkch hocha de nouveau la tête.

« Ils sont généralement confinés dans les villages au nord de Liscor. La ville contient de nombreux cochons, moutons, chevaux… »

Relc hocha la tête et lécha ses lèvres.

« Délicieux. Ils sont bons si tu les manges à moitié cru. En parlant de ça, tu as de quoi manger ? »

« Oh, c’est vrai. Pardon. »

Erin se leva et commença à mettre la table de manière mécanique.

« Le dîner serait prêt dans quelques minutes, le temps que je réchauffe le tout sur la braise. Dites, il y a quoi comme créatures que je n’ai pas encore rencontrées ? »

Relc se gratta la tête.

« Quoi d’autre ? Hum. Qu’en est-il des araignées géantes ? Elles sont probablement en train de se cacher dans leurs tunnels à cette période de l’année, mais elles sont toujours là. »

Klbkch tressaillit alors que Relc mentionna les araignées. Erin tressaillit à son tour, et elle eut la chair de poule en les imaginant. Relc sourit aux deux d’entre eux avant de secouer sa tête.

« Faut pas s’inquiéter. Ce n’est pas encore la bonne saison pour eux. Il y aura bien plus d’animaux sauvages dans un mois environ. Là, c’est la période la plus calme de l’année en fait. Une fois qu’il commence à pleuvoir tu vas voir pleins de créatures bizarres, et quand la pluie s’arrête c’est la période où tous les animaux s’arrêtent pour brouter. C’est en hiver que ça devient vraiment dangereux. Il y a ces trucs appelés Esprits d’Hiver qui sont une galère pour nos queues… »

« Fantastique. Je suis certaine que tout le monde visite le coin pour voir les monstres qui veulent leur manger le visage. »

C’était peut-être le fait que les Drakéide étaient hermétiques au sarcasme, ou que c’était simplement le fait que Relc n’y était pas réceptif, mais ce dernier hocha joyeusement la tête en léchant ses lèvres.

« Il y avait une époque où nous avions beaucoup de voyageurs qui descendaient vers le sud. Mais tout s’est arrêté quand ce foutu Nécromancien est apparu. »

« Nécromancien ? Tu veux dire Pisces ? »

« Ce faiblard de mage ? Non. Je parle du mauvais Nécromancien qui a failli détruire la ville il y a dix ans. Est-ce la bouffe est prête ? »

« Pas encore. C’est pourquoi vous aimez par les morts-vivants ? »

Klbkch secoua sa tête alors que Relc regarda en direction de la cuisine d’où s’échappait une bonne odeur de cuisson.

« Je crois que le Nécromancien n’a nullement fait pencher la balance en leur faveur, mais les morts-vivants ont toujours été considéré comme une menace, Mademoiselle Solstice. On dit que les trois choses les plus dangereuses en Liscor sont la pluie, les morts-vivants, et la guerre. »

« Je peux voir pour la guerre, mais pourquoi la pluie et les morts-vivants ? »

« Bah. Ce sont les vraies menaces. La guerre ? Nous n’avons pas peur de la guerre »

« C’est la vérité. La plupart des résidents de Liscor ne craignent pas la guerre. Personnellement, je trouve que c’est très imprudent considérant la nature volatile des conflits entre les différentes nations de ce continent ! »

« Hah ! Même si toutes les villes du nord et du sud brûlent, Liscor ne tombera jamais ! »

Relc frappa du poing sur la table avant de regarder Erin avec des yeux de chien battu.

« Est-ce que je peux au moins avoir quelque chose à boire ? Un verre de jus bleu ? »

« Oh, bien sûr. Une petite seconde. »

Erin se dépêcha de retourner dans la cuisine avant d’attraper des verres et le pichet de fruit bleu fraichement pressé. Avant de revenir pour trouver Klbkch et Relc en pleine argumentation.

« … la certitude des Drakéides dans l’impénétrabilité de Liscor n’est pas imprudente. Mon peuple a, par plusieurs fois, apporté le besoin d’augmenter la vigilance à votre corps gouvernant mais… »

« C’est quoi le problème avec la Garde, hein ? Tu en fais partie. Tu sais que nous pouvons nous occuper de n’importe quels monstres qui nous dérangent. Et si une armée vient frapper à nos portes, qu’est-ce que ça peut nous faire ? Il n’y  a que deux moyens de rentrer dans la vallée. Au nord et au sud. Les montagnes sont pratiquement infranchissables, et les Champs Sanglants gardent la frontière sud. Même si une armée arrive par là, les Plaines Inondées empêchent toute chance de siège. Qu’est-ce que tu as contre ça ? »

« Le nord est relativement non protégé. Si les cités-états Humaines se rallient… »

« Les cités humaines ? »

Erin se pencha sur la table et manqua de renverser le jus bleu sur Relc. Elle regarda ses deux clients.

« Il y a des humains dans le coin ? Ou ça ? »

« Au nord, voyons. »

Relc leva un sourcil alors qu’Erin lutta pour ne pas l’étrangler. Klbkch lança un regard en coin à Erin avant de retourner à sa boisson.

« Et ? Hum, qu’est-ce que les cités humaines font ? »

« Qui sait ? Ce sont des Humains. Nous avons une relation correcte avec eux. Ils ne viennent pas marcher sur nos queues et nous ne les mangeons pas. »

Erin soupira. Klbkch donna un coup de pied à Relc d’en dessous la table et le Drakéide regarda Erin, avant d’écarquiller les yeux.

« Oh. Hum, heu, comme je le disais à Klbkch, Liscor ne tombera jamais ! Même si une armée nous attaquerait par le nord, nous pouvons juste rappeler notre armée. A moins de pouvoir briser les murs en une semaine ou moins, notre armée arriverait et les écraserais. Tu vois ? »

« Est-ce que votre armée est si efficace que ça ? »

Relc hocha fièrement la tête alors que Klbkch exprima son agrément.

« L’armée Liscorienne est célèbre. Tu n’étais pas au courant ? Nous nous battons pour les autres pays et ils nous payent pour réduire leurs ennemis en charpie. Notre force est constituée, à tout moment, de deux mille Drakéides et quelques centaines de Gnolls. Je sais que ça semble être une petite armée, mais ils sont au Niveau 16 en moyenne. Pas mal, hein ? »

Elle n’était pas certaine de ce qu’elle devait ressentir. Leurs niveaux semblaient plutôt bas. »

« Hum. C’est pas mal ? »

« Pas mal ? C’est super ! Le niveau moyen d’un soldat dans une armée est le Niveau 8. Huit. Tu vois ? »

Elle le voyait. Et quand Relc le disait de cette manière c’était impressionnant.

« Donc, heu, l’armée Liscorienne est deux fois plus forte que les autres armées ? »

Klbkch secoua la tête.

« Ceci n’est pas entièrement correct. Les niveaux ne peuvent pas remplacer les tactiques ou la supériorité numérique, voir l’équipement. Cependant, c’est un facteur non négligeable lorsqu’il s’agit de grandes forces. Cela permet à l’armée Liscorienne de se battre en tant que mercenaire sans engagements prolongés. »

« Exactement. Chaque armée affrontant la nôtre sait que si les choses se corsent, ils vont saigner chaque soldat qu’ils feront tomber. C’est pour ça qu’on gagne tant d’argent en combattant à  l’étranger. »

« Alors est-ce qu’ils sont là ? Je veux dire, dans la ville ? »

« Nan. Ils sont pratiquement toujours en campagne quelque part. L’armée Liscorienne n’arrête pas de se battre. Je crois qu’ils sont à l’est, en train de se battre près d’une des Villes Emmurées. »

Cela avait du sens pour Erin, même si elle avait des problèmes pour trouver des comparaisons adéquates dans son monde d’origine. C’était aussi parce qu’elle détestait les cours d’histoire. Mais elle se souvenait que les Mongols avaient fait quelque chose de similaire. Ou est-ce que c’était les Turques ? Les Suisses ? Maintenant elle ne savait plus.

Mais Erin avait une question. Elle leva un sourcil en direction de Relc.

« Donc votre armée s’en va pour combattre et gagner de l’argent ? C’est pas dangereux si quelqu’un attaque la ville ? »

« C’est exactement mon point. Si une étrangère à notre ville se rend compte si facilement de ce point faible, pourquoi la populace est si réticente à des suggestions pour améliorer nos défenses ? »

Relc secoua sa tête en regardant Erin et Klbkch de manière colérique.

« Comme je l’ai dit, Liscor a de bonnes défenses naturelles. De plus, quelle armée qui est saine d’esprit voudrait attaquer une Colonie ? »

Erin sentit que son plat était chaud et prêt à être servit, mais le dernier mot l’intrigua. Elle attendit, posant ses mains sur la table.

« Une quoi ? C’est quoi une Colonie ? »

Relc fit un mouvement de la main en direction de Klbkch.

« Cette ville, Liscor. C’est là où habitent quelques Antiniums… Pas ceux qui sont violents, ceux qui sont pacifiques. Mais ils vivent là, donc ça en fait une Colonie. L’une des six… Non, cinq dans le monde. »

Erin se tourna pour regarder Klbkch, qui hocha la tête pour confirmer.

« Nous avons un contrat avec les gens de Liscor. En échange de notre présence, nous fournissons des biens et des services à la ville. C’est un arrangement mutuellement bénéfique. »

« Ouais, c’était bizarre d’avoir des Antiniums dans le coin, mais c’était une bonne idée. »

Relc haussa les épaules.

« Dans tous les cas, le point est que les Fourmis vont défendre la ville si nous nous faisons attaquer et nous aident pour les constructions et d’autres boulots. Ils envoient quelques uns d’entre eux pour travailler avec nous comme Klbkch ici présent. Et en retour nous les laissons rester. »

« Cela me semble pas très juste ? Qu’est-ce que les Antiniums gagent dans cette histoire ? »

« Personne ne les tues, et crois-moi, y’a beaucoup de personnes qui les haïssent toujours. Même ceux qui sont pacifiques, il n’y a pas beaucoup de pays qui veulent une Colonie proche d’eux. »

Erin regarda Klbkch, il ne semblait pas incliner à être en désaccord, mais elle l’était.

« Ils ont l’air plutôt sympa pour moi. Même si Klbkch est le seul que j’ai rencontré. Mais il ne cause pas de problème, ou insulte les Humains, ou fait quelque chose terrible. À l’inverse de quelques Drakéides que je pourrais nommer. »

« Merci, Mademoiselle Solstice. »

Klbkch baissa la tête alors que Relc le fusilla du regard. Sa queue s’agita et il grogna.

« Oh, les Fourmis sont sympathiques. Ils sont silencieuses, ne boivent pas, et sont aussi intéressantes que du bois… Jusqu’à ce que l’un d’entre elles deviennent fou. »

Klbkch hocha la tête.

« Lan souche de la folie n’a pas été éliminée de ma génération. Mais nous avons réduit la cadence moyenne de folie de 14% par an, mais nous devons rester vigilants. »

« Quoi ? Quatorze…Quoi ? Est-ce que tu peux m’expliquer ? »

Klbkch hocha la tête avant d’ouvrir ses mandibules, mais l’estomac de Relc gargouilla bruyamment. Il tapota Erin dans les côtes et la fit sursauter, gagnant un nouveau pied écrasé de la part de Klbkch, mais il ne semblait pas lui prêter attention. Il commença à se plaindre à Erin.

« Vous deux pouvez parler à propos des Fourmis folles plus tard. Mais maintenant… Manger ? »

Erin hésita, avant de faiblir devant les yeux désespérés de Relc.

« Bon, d’accord »

Elle alla dans la cuisine et traîna une casserole de soupe, un panier de pain chaud légèrement trop sec après être resté près des braises durant tout ce temps, et ses habituelles pâtes avec des saucisses et oignons. Relc commença à saliver dès l’instant où il vit la nourriture.

« Désolé d’avoir pris si longtemps. Je voulais vous parler des Gobelins donc j’ai oublié de le réchauffer. »

« Y’a pas de problèmes. Met ça sur la table et tout est pardonné. Et au fait, nous avons aussi des nouvelles ! »

Relc frotta ses griffes ensemble avec anticipation alors qu’Erin sortit les assiettes et les bols.

« Ooh, c’est de la soupe ? Et du pain ? Et des pâtes ! C’est beaucoup de nourriture ! »

« Ouais, en fait, j’étais en train de célébrer un peu plus tôt. J’ai un peu trop cuisiné par accident. »

« Chélébrer ? Qu’esche qu’tu étais en train de chélébrer ? »

Il était difficile de comprendre le Drakéide quand ce dernier était déjà en train de parler avec la bouche pleine. Erin détourna poliment le regard avant de répondre.

« Oh, tu sais, ne pas mourir. »

« Ché  bien ! Faut Chélébrer ! »

Relc fit descendre sa bouchée de pain et de fromage avec un verre de fruit bleu. Erin avait désormais d’autres liquides en vente, comme du jus de pomme et du lait frais, mais le Drakéide avait développé un appétit pour la boisson sucrée.

« J’aimerais aussi avoir un bol de soupe, si cela ne te dérange pas, Mademoiselle Solstice. »

Erin jeta un regard à Klbkch avant de se souvenir de ce qu’il avait fait. Ses sourcils se froncèrent.

« Attends une petite minute. Est-ce que la soupe est une des choses que les Antiniums ne peuvent pas manger ? »

Klbkch baissa la tête.

« Je t’assure que la soupe est parfaitement comestible pour mon espèce. »

Erin jeta un regard à Relc qui hocha rapidement la tête en continuant d’avaler des pâtes. Elle mit les mains sur ses hanches.

« D’accord, mais je suis toujours en colère pour les pâtes. Donc dis-moi… Et j’espère que tu me diras la vérité ou je jure que je serais réellement en colère cette fois. Dis-moi, est-ce que les Antiniums mangent des insectes, des vers, ou des trucs de genre ? »

Klbkch releva les yeux vers Erin avant d’hésiter.

« Je n’oserai offenser ta sensibilité avec une description de ce que je mange, Mademoiselle Sol… »

« Tu peux offenser ma sensibilité, je t’en prie. »

Une nouvelle fois, il hésita.

« Mon espèce est parfaitement capable de digérer la plupart des plats préparés par les humanoïdes. Cependant, il est vrai que, si proposé, nous mangerons des créatures que les Humains et les Drakéides jugent non comestible. Nous ne le faisons pas en public pour éviter de… »

« D’accord, pas de problème ! Attends trente secondes ! »

Erin retourna dans la cuisine et commença à frapper des casseroles et des assiettes ensemble. Relc et Klbkch échangèrent un regard confus jusqu’à ce qu’elle revienne dans la salle en portant un bol de choses noires qu’elle tenait le plus loin possible.

« Ché quoi ? »

Avec précaution, Erin déposa le bol de mouches acides sur la table. Relc se pencha avec curiosité, mais Klbkch se pencha vers ce dernier comme s’il était hypnotisé.

« Ce sont… Enfin, ce sont les insectes volants et acides que j’ai trouvés. Je n’étais pas certaines si tu en voulais, Klbkch, mais j’ai pensé que ça valait peut-être le coup et… »

Klbkch s’empara d’une cuillère et commença à enfourner les insectes noirs dans sa ‘bouche’. Erin s’arrêta de parler. Et détourner le regard. Elle avait beau apprécié Klbkch, les craquements qu’il faisait et la vision de lui mangeant les mouches était une épreuve pour son estomac.

« Cha l’air beau. »

Relc avala sa bouchée et tendit une main vers le bol. Sans perdre un instant, Klbkch la repoussa d’un mouvement de sa main. Relc et Erin le regardèrent, surpris.

« Hum, est-ce que je peux aussi avoir un bol, Erin ? »

« Tu en veux ? Oh, heu, est-ce que les lézards… »

Relc jeta un regard à Erin et elle corrigea rapidement ses mots.

« …Drakéides aiment les insectes ? »

« Pas autant que ce gars, mais ça ne me dérange pas d’essayer. »

Respectueusement, Erin apporta un autre bol à Relc. Ce dernier goûta les insectes et en mâcha quelques-uns de manière expérimentale.

« Ooh, ça croque sous la dent ! Je ne savais que ces trucs étaient comestibles. Comment tu as fait pour te débarrasser de l’acide ? »

« C’est une longue histoire. Une qui implique du sang et… En fait, j’aimerais plutôt entendre tes nouvelles. Qu’est-ce qui se passe ? »

Relc la regarda sans comprendre, avant de claquer des doigts. Erin était surprise du fait qu’il pouvait le faire avec ses mains écailleuses.

« Ouais, d’accord. C’est une terrible nouvelle ! Tu sais quoi ? Un idiot a trouvé quelques ruines au sud-est de la ville, et c’est apparemment une sorte d’ancien donjon ! Maintenant tous les aventuriers à des kilomètres à la ronde vont venir l’explorer ! »

Erin fronça les sourcils.

« C’est une mauvaise chose ? je pensais que trouver de vieilles ruines et les explorer était ce que les aventuriers faisaient. C’est ce qui arrive dans les jeux que je... heu… C’est ce que les aventuriers font, pas vrai ? Et Liscor a bien une Guilde des Aventuriers? »

« Ouais, mais il n’y a pas tellement de membres. Il n’y a pas beaucoup d’idiots dans notre ville qui ont décidé de devenir des aventuriers car il n’y a pas tant à faire dans le coin. Si tu veux te battre tu rejoins la Garde ou l’armée. C’est les Humain qui sont les stupides… Heu… hum… »

Erin prétendit de ne pas l’avoir entendu.

« Tu n’aimes pas les aventuriers, c’est ça ? Pourquoi ? Est-ce qu’ils ne tuent pas des monstres ? »

« Ouais, et ils nous causent des problèmes. Ils se battent quand ils sont saouls, ils fuient les plus gros monstres, et ils sont malpolis avec les gardes. »

Relc fit violemment descendre son verre sur la table.

« Les aventuriers. Je le déteste. »

Klbkch hocha la tête avant de laisser tomber sa cuillère dans son bol. La cuillère tinta alors qu’Erin cligna des yeux et baissa les yeux vers le bol. Ce dernier n’était pas un petit bol, en fait, il était deux fois plus gros qu’un bol de soupe, et Klbkch le tendit vers elle.

« Une autre ration, s’il te plait, Mademoiselle Solstice. Il est vrai que ce genre de site va améliorer le commerce de la ville, mais les nombreux effets négatifs accompagnant les aventuriers ne peuvent pas être ignorés. »

Erin attrapa le bol et se dirigea vers la cuisine. Elle remplit de nouveau le bol avec la jarre de mouches acides et renversa quelques-unes au passage. Après un moment d’hésitation Erin les ramassa et les jeta dans le bol de Klbkch. Cela n’allait probablement pas le déranger.

« D’accord, c’est une grande nouvelle. Mais pourquoi est-ce qu’ils viendraient tous ici ? Est-ce que les ruines sont vraiment si incroyables ? »

Relc avait poussé son bol de mouche pour reprendre des pâtes et de la soupe. Erin vit Klbkch se servir dans le bol alors qu’elle glissa son bol de nouveau remplit à ras-bord de mouche acide.

« C’est le truc. Personne ne sait ce qu’il y a dans ses ruines. Elles sont peut-être vides, mais il peut y’avoir des tonnes d’artefacts magiques et de trésors. C’est un grand donjon, apparemment. La plupart des ruines, et bien, ont déjà été exploré ou sont trop dangereuses pour continuer l’exploration. Un nouveau donjon comme celui-là va faire venir des centaines d’idiots à Liscor, et devine qui va devoir les surveiller pour s’assurer qu’ils ne causent pas de problèmes ? »

« Vous ? »

« Exactement ! J’en perds mes écailles, et on est déjà assez occupé comme ça. Généralement c’est l’époque où on recrute de nouvelles recrues, donc nous sommes en sous-effectif et en train de faire des heures supplémentaires. »

« C’est une situation difficile. »

Klbkch n’arrêta pas de manger en parlant, ce qui ajouta une sorte de craquement à ses mots, qui étaient déjà naturellement cliquetant.

« Naturellement, l’afflux d’aventuriers apportent de nouveaux problèmes. Cependant, ils vont aussi apporter du commerce dont nous manquons et beaucoup de marchands cherchant à faire affaire. Ainsi, même si les gardes tel que Relc et moi se trouvent dans une situation difficile, la ville est bien plus positive à propos de cette trouvaille. Aussi, puis-je te déranger pour un autre bol ? »

Erin cligna des yeux vers le bol vide.

« Je viens de le remplir. Tu aimes vraiment ses mouches, pas vrai ? »

Klbkch hocha la tête.

« C’est… Surprenant. Je ne savais pas que les mouches acides de cette région avaient tellement… de goût. Jusqu’à maintenant je n’avais jamais essayé d’en consumer. »

« Ouais, je ne t’ai jamais vu manger comme ça, Klb ! Tu es en train de manger comme un cochon ! Ou un Gnoll ! »

Relc rit alors que Klbkch se retourna avec la bouche pleine. Lui et Erin se protégèrent avec leurs mains pour éviter de recevoir des morceaux.

« Bien, si tu les aimes tellement elles vont rester sur le menu ! »

Erin sourit joyeusement.

« Je n’avais pas idée à quel point elles allaient être populaire. Cela valait presque le cout de tout ce que j’ai dû faire pour les avoir. Presque. »

« Etait-ce difficile ? »

« Très. Mais bon, si je suis la seule capable d’attraper ces insectes, ça veut dire que je peux aussi attraper quelques clients ! Klbkch, ça te dérangerait de faire passer le mot à quelques-uns de tes amis à propos de mon auberge ? J’adorerai avoir plus de client. »

L’hésitation de Klbkch était facile à voir.

« Tu me demandes d’inviter d’autres membres de mon espèce, Erin Solstice ? »

Elle haussa les épaules.

« Ouais. Pourquoi pas ? Si tu aimes tant les mouches, je suis certaine que tes amis les aimeront aussi. En plus j’ai une bonne méthode pour les capturer… Faut juste faire attention à  les faire exploser avant de porter les jarres. »

Une nouvelle fois, Klbkch hésita.

« Je ne suis pas certain que cela soit… Prudent. »

« Pourquoi pas ? »

Relc était silencieux alors qu’il avala sa dernière portion de pâte, mais il était en train de regarder Klbkch avec attention du coin des yeux.

« Mes confrères… Ouvriers n’ont pas l’habitude que j’ai pour interagir avec les autres espèces. Cela serait imprudent de te déranger avec leur présence. »

« Hey, s’ils sont comme toi il n’y a pas de problème. Et s’ils ne veulent pas me parler, je peux juste leur servir plus de mouches. »

Klbkch semblait inconfortable.

« Je ne veux pas te déranger d’une quelconque manière. »

« Mais n’est-ce pas le travail d’une aubergiste ? En plus, je m’occupe de Pisces. Allez. Invite quelqu’un de tes amis et je vous servirai des mouches acides jusqu’à ce que l’un de vous explose. »

« Ouais, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? »

Relc hocha la tête. Il avala ses pâtes et tapota joyeusement Relc dans le dos. Erin et Klbkch le regardèrent. Volontairement, Erin commença à toucher la table de bois.

« Est-ce que quelqu’un a entendu parler de la Loi de Murphy ? »

« C’est quoi ? »
« Modifié: 22 avril 2020 à 14:39:11 par Maroti »

Hors ligne Maroti

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Re : The Wandering Inn de Piratebea (Anglais => Français)
« Réponse #29 le: 05 février 2020 à 19:31:32 »
Interlude - Roi
Traduit par EllieVia

Un garçon et une fille étaient debout dans la salle du trône, et parlaient. Quand l’un se taisait, l’autre prenait la relève. Ils étaient jumeaux, et étaient suffisamment semblables pour que l’autre puisse reprendre exactement là où le premier s’était arrêté.

         Occasionnellement, on leur posait une question et l’un balbutiait jusqu’à ce que l’autre trouve une réponse. Aucune de leurs réponses n’était fausse, mais certaines soulevaient de nouvelles questions. Au bout d’un moment toutefois, les questions cessèrent. Les jumeaux se turent, et regardèrent d’un air inquiet la silhouette avachie sur le fauteuil devant eux.

    “Hm. Hmm. Fascinant. Et c’est tout ce qu’il y a à savoir sur votre monde ?”

    Au premier regard, on aurait pu croire que l’interlocuteur des jumeaux était un vieil aristocrate quelconque. Bien que les vêtements de l’homme soient finement tissés et couverts de motifs brodés d’or, n’importe quel noble aurait pu se payer ce raffinement. De plus, les habits de cet homme étaient usés et portaient les traces infimes d'anciennes taches ; un signe certain que bien que ses atours soient bien entretenus, ses serviteurs ne possédaient pas l’argent nécessaire pour remplacer sa garde-robe.

    Et bien que l’homme soit âgé, il n’était pas assez vieux pour que cela puisse être un trait particulièrement remarquable non plus. Il était simplement plus vieux que les jumeaux, un homme dans la quarantaine, avec de fines mèches de gris qui commençaient à envahir sa crinière de cheveux roux et or. On pouvait également noter que sa plastique remarquable et son corps musclé étaient inhabituels, mais là encore, beaucoup de guerriers de son âge restaient aussi athlétiques que lui.

    Toutefois, quelques détails singuliers rendaient cet homme unique. Le premier était l’endroit où il était assis.

    Il siégeait dans une salle du trône, devant le garçon et la fille qui restaient debout devant lui. Le gigantesque plafond caverneux faisait paraître la salle encore plus grande, et cette dernière était conçue pour accueillir des milliers de personnes. Mais pour le moment, la salle du trône était vide, et le temps et la rouille avaient craquelé le sol de marbre. Seules quelques-unes des nombreuses fenêtres étaient ouvertes, de manière à ce que la salle du trône ne soit éclairée que par de fins rais de lumière dispersés à travers la pièce.

    L’homme est assis ici, et le gigantesque trône doré attire l’œil de quiconque entre dans la pièce. Mais l’homme n’est pas assis sur le trône. Il est assis sur un fauteuil plus petit posé face au trône.
    Il est assis comme un homme qui attend quelque chose. Et bien que sa posture soit alanguie, détendue, une étincelle brille dans les profondeurs de ses yeux d’émeraude.

    Le deuxième aspect inhabituel chez cet homme était que sous ses vêtements dorés se trouvait une cotte de mailles. Les chaînons métalliques accrochaient les rares rayons de lumière quand il bougeait sur son siège, mais l’homme ne semblait pas sentir le poids de la lourde armure. Lorsqu’il bougeait, c’était avec vivacité et précision, comme s’il ne remarquait même pas le poids qui alourdissait son corps.

    La dernière chose particulièrement notable au sujet de cet homme est qu’il était roi.

    “Magnifique. Vraiment, magnifique.”

    Le roi se leva de son fauteuil d’un mouvement brusque, faisant basculer ce dernier en arrière.  Les jumeaux tressaillirent, mais le roi ne fit pas un geste dans leur direction. Il marcha résolument à travers la gigantesque salle du trône, ses grandes foulées un brouillard de mouvement dans le vide silencieux.

    “Un monde différent de celui-ci, rempli de miracles tels que je n’en ai jamais rêvé ? Inconcevable. Et pourtant… vous dites la vérité.”

    Le roi se tourna vivement en direction des jumeaux et ils sursautèrent de concert.

    “Vous dites la vérité. Je le sais. Ce n’est pas une Compétence qui me le souffle, mais tout simplement le fait que cela est trop incroyable pour être autre chose que la vérité. Je pourrais croire à un monde gouverné par la magie, mais un monde gouverné par… des machines ? Un endroit où la magie est un mythe, où la technologie est tellement avancée que les hommes volent pour aller travailler ou simplement pour le plaisir ? Ce ne peut être un conte de fées.”

    Il passa devant eux une nouvelle fois, se dirigeant cette fois-ci en direction du trône. Le roi posa un pied sur le dais puis secoua la tête. Il n’était pas encore temps. Une fois de plus, il parcourut la salle.

    “Et quand vous avez menti - quand vous avez osé dissimuler la vérité - ce n’était que pour tenter de me leurrer sur la puissance véritable de vos armées ! Sur le pouvoir absolu d’une seule des armes de votre monde qui pourrait brûler une armure comme du papier et pulvériser murs les plus hauts… voilà la puissance de ce monde qui, comme vous le prétendez, existe au-delà de celui-ci ! Un monde où je ne serais rien d’autre qu’une bête primitive venue d’un autre temps.”

    Il écarta les bras en s’arrêtant net devant le garçon et la fille. Ils levèrent craintivement les yeux sur lui. Non pas qu’il eût été violent, mais parce qu’il était un roi à craindre ou à révérer… ou les deux.

    “Donc. Que dois-je faire de deux étrangers venus d’un autre monde ? Que ferait un homme ordinaire ? Il vous tuerait peut-être.”

    Ils frémirent à ces mots. La fille se plaça devant le garçon d’un air protecteur. Les lèvres du roi tressaillirent.

    “N’aie crainte, jeune femme. Je ne suis pas un homme ordinaire, guidé par ses défauts. Je suis un roi, et mes défauts sont les forces d’un homme moindre. Non ; je crois qu’il me faut vous garder en sécurité. Vous possédez encore des connaissances, j’en suis sûr, et vous pourriez bien être la clef pour trouver d’autres qui, comme vous, se seraient égarés.”

    Les deux jumeaux levèrent anxieusement les yeux sur le roi. Ils réfléchirent, puis la fille posa une question. Le roi acquiesça en se caressant la barbe.

    “Il est possible que vous soyez tous deux les premiers à être arrivés. Mais les probabilités pour que d’autres que vous soient arrivés sur cette planète en même temps que vous sont plus grandes. Il est possible qu’un portail soit ouvert, et que les armées de cette autre planète en surgissent déjà pour soumettre les nations tels une Grande Faucheuse.”

    L’idée d’une telle dévastation fit sourire le roi.

    “C’est merveilleux.”

    Les jumeaux échangèrent un regard nerveux mais le roi se contenta de rire. Il ouvrit les bras en grand devant leurs yeux.

    “Vous ne comprenez pas. Comment le pourriez-vous ? Mais pensez pendant un instant, comme un roi le ferait. Pensez comme moi. Venez.”

    D’un mot, le roi fit bouger les pieds récalcitrants des jumeaux. Il marcha à grands pas vers un mur de la pièce et ouvrit en grand les deux battants d’une porte. La lumière rouge d’un soleil couchant brièvement aveugla les deux jeunes gens, mais le Roi s’avança sur le balcon.

    “Là.”

    Il indiqua la cité en ruines sous son balcon.

    “Voici mon empire. Autrefois, chaque rue était pleine à craquer de gens de toutes les nations. Chaque échoppe proposait des marchandises achetées à d'innombrables milliers de lieues d’ici, et des messagers se hâtaient à chaque coins de mon royaume qui ne cessait de s’étendre. De jour comme de nuit, mes armées avançaient, et le monde tremblait au son du tintement des épées et des hommes qui scandaient mon nom.”

    Les jumeaux regardèrent la ville, mais furent incapables d’imaginer la vision que le roi leur décrivait. Ils ne voyaient que des briques effritées, et des gens misérables vagabondant sans but. Les gouttières étaient remplies de lie, et le peu de nourriture sur les étalages était soit pourrie, soit en train de pourrir. Le roi baissa les yeux sur sa cité et secoua la tête.

    “Autrefois. Mais j’ai abandonné mes rêves de conquête et laissé la nation que j’avais bâtie s’effondrer autour de moi. Et pourquoi ? Parce que ma vision était trop étriquée, et mon objectif bien trop atteignable. J’avais balayé un continent, renversé d'innombrables royaumes, et pourtant… ce n’était qu’un édifice bâti dans l’instant, une création dérisoire née d’opportunité et de chance. Vaine.”

    Les jumeaux contemplèrent la cité mourante en contrebas. Ils frissonnèrent en voyant les visages dénutris des gens qui l’habitaient. Le roi baissa les yeux sur eux.

    “Vous avez pitié d’eux ?”

    Ils acquiescèrent.

    “C’est très bien. Ils méritent un meilleur dirigeant que moi. Dans mon regret et ma misère complaisante, je les ai laissés tomber. Mais le feu de mon âme était éteint depuis longtemps. Jusqu’à aujourd’hui.”

    Il s’engouffra de nouveau dans la salle du trône. Les jumeaux coururent derrière lui, entraînés dans son sillage comme les poissons par la marée. Le roi gravit deux à deux les marches du dais, se retourna et baissa les yeux sur les jumeaux. Il paraissait plus grand, tout à coup, et c’était déjà là un homme dont la seule présence physique avait valeur de commande.

    “Autrefois, mon nom résonnait à travers le monde ! Mes hauts faits étaient contés avec effroi et admiration ! Et pourtant vous êtes venus ici - ici, au cœur de mon royaume en déclin, pour me dire qu’un monde plus grand que tout ce dont j’aurais pu rêver existe ?”

    Sa voix tonna à travers la salle du trône. Les jumeaux s’agrippèrent l’un à l’autre, en proie à une peur mortelle. Le roi pointa un doigt sur eux.

“Et entendre dire que l’oeuvre de toute ma vie - toutes les gloires que les empires osent revendiquer, fiers de leur histoire - entendre dire que ceci n’est rien comparé aux merveilles de votre monde. N’est-ce pas intolérable ? Et pourtant, malgré toute la force de mes armées, nous ne pouvons nous comparer à une simple… bombe. Et mes mages ont beau pouvoir travailler pendant un millier d’années, même eux n’ont pas levé les yeux sur les lunes jumelles dans le ciel et osé aller y poser le pied. Marcher sur les Lunes !”

    Il leva les bras et rugit de rire. L’écho du tonnerre de sa voix se répercuta dans la salle caverneuse.
    “Quelle farce ! Quel défi que celui que m’offrent aujourd’hui les cieux !”

    Le garçon et la fille s’enlacèrent. Ils avaient vu beaucoup de choses dans leur vie, du moins par rapport aux citoyens de ce monde. Ils avaient vu des hommes et des femmes voler, avaient vu leur monde comme une sphère bleue et verte, ils avaient vu des armées charger sur des écrans de télévision et des hommes marcher sur la lune. Mais tout cela n’était que poussière face à la réalité de la présence d’un roi. Son rire les assaillait comme une force physique jusqu’à ce qu’il s’arrête.

    D’un coup, le roi s’assit sur son trône. En un instant, sa joie avait disparu, et quelque chose d’autre avait pris la place de la folle énergie qui l’avait empli. À présent, il semblait recouvrir entièrement son trône, et lorsqu’il se releva, il n’était plus le même homme.

    Il était Roi.

    “Venez, alors. Allons réveiller cette nation dormante et apporter de nouveau le trépas et la gloire dans ce monde creux !”

    Il descendit du dais et traversa à grands pas la salle du trône en direction de la porte à double battants. Les jumeaux le suivirent, effrayés à l’idée de se retrouver seuls.

    “Orthenon !”

    Mugit le roi. Il s’arrêta au niveau du plus petit fauteuil et y posa un pied.

    “Orthenon ! Mon Intendant Royal ! Viens à moi !”
 
Pendant un instant, tout ne fut que silence. Puis les doubles portes s’ouvrirent, et un homme pénétra dans la pièce. C’était un homme grand et décharné qui marcha sur le sol de marbre avec une grâce surnaturelle.

    Les jumeaux le regardèrent avec intérêt. Pendant un bref instant, en entrant, l’homme dénommé Orthenon avait jeté un regard plein d’espoir en direction du trône. Mais lorsqu’il avait vu son roi debout à côté du fauteuil, sa tête s’était légèrement courbée. Il approcha de son roi et lui fit une légère révérence.

    “Vous m’avez convoqué, seigneur ?”

    Le Roi acquiesça. Des braises couvaient encore en lui, et le feu grandissait, mais son intendant royal ne le voyait pas. Pas encore.

“Dis-moi, Orthenon. Quel est la situation de mon royaume ?”

    L’homme eut une expression amère. Il répondit sans croiser le regard du roi.

“Comme je vous l’ai déjà dit encore et encore, sire, nous dépérissons. La nation s’effrite. Nos ennemis prennent nos terres, vos vassaux s’agenouillent devant des puissances étrangères, et nous ne pouvons pas nourrir ne serait-ce que nos jeunes.”

    Le Roi acquiesça. Ses yeux paraissaient flamboyer dans la semi-obscurité. Si Orthenon levait la tête… mais il ne le fit pas. L’intendant royal continua de parler, la passion enflammant sa voix alors qu’il faisait la liste des frustrations accumulées pendant des années.

    “L’Empereur des Sables mène ses armées à travers le désert au moment même où je vous parle ! Les armées des autres nations se délitent devant ses forces alors qu’il brûle et pille chaque village sur son chemin. À l’Est, les Minos s’agitent et les tambours de guerre résonnent au large de leurs côtes. Des rumeurs de guerre viennent des continents du nord, et notre peuple meurt de faim dans la rue ! Je vous ai déjà dit cela mille fois, seigneur ! Si vous ne reprenez pas le trône, pourquoi me le demander ?”

    “Parce que je suis ton Roi.”

    Orthenon leva les yeux. Le Roi s’avança et plaça une main sur son épaule. Et le feu s’embrasa d’un homme à l’autre.

    “Réjouis-toi, mon intendant royal. Je suis de retour. Je reprends enfin ma place sur le trône.”

    Pendant un instant, l’homme décharné resta bouche-bée. Puis ses yeux s’emplirent de larmes. Il serra entre ses mains celle de son Roi et les deux s’enlacèrent pendant un moment.

    “J’avais espéré… nous avons attendu tellement longtemps, seigneur…”

    “Je sais.”

    Le Roi tapota gentiment Orthenon pendant que l’homme cherchait ses mots. Mais en quelques secondes, il reprit le contrôle de ses émotions et s’inclina très bas, une jambe tendue en avant, l’autre repliée en arrière. Une main sur la poitrine et l’autre tendue à l’extérieur. C’était révérence différente de celle, plus raide, qu’il avait faite un peu plus tôt.

    Le Roi acquiesça, approbateur. Il leva son pied du fauteuil et le ramassa d’une main.

    “Plus jamais. Tu as ma parole.”

    D’un mouvement brusque, le Roi jeta le fauteuil. Il vola dans les airs à travers la pièce et se fracassa contre le mur à quinze mètres de là. Les jumeaux restèrent bouches-bées devant la pluie d’esquilles de bois. Le Roi hocha la tête et se tourna de nouveau vers son intendant.

    “Reprenons. Fais ton rapport, Orthenon. Donne-moi encore une fois les nouvelles de mon royaume.”

    Orthenon écarta les mains devant son roi. Son conflit intérieur se reflétait sur son visage alors qu’il parlait. Le poids de la famine et la douleur des années l’alourdissaient, et pourtant un feu brillait dans ses yeux. Il ne ressemblait plus à l’homme qu’il était quelques instants plus tôt - un homme brisé, exténué.

    “Quel rapport puis-je faire sur le chaos, sire ? Je pourrais vous faire la liste d’un millier de problèmes urgents et il en resterait encore un millier. Le royaume vacille. Notre salle du trésor est vide, notre peuple meurt de faim, nos cultures et nos animaux sont morts et nos armoiries sont pleines de rouille et de pourriture. Chaque soldat valeureux à part une poignée de loyaux ont fui pour des terres plus vertes, et nous vacillons au bord du précipice.”

    “Merveilleux.”

    Orthenon dévisagea son roi. Les jumeaux dévisagèrent aussi le Roi. Ils le regardèrent comme s’il était devenu fou. Mais cela aussi faisait partie de la condition de Roi, et il était habitué à leur incompréhension.

    “Nous n’étions jamais tombés aussi bas. Mon royaume et moi-même sommes enfouis au fond d’un puits profond. C’est merveilleux. Cela devrait rendre les jours, semaines et années à venir encore plus glorieuses.”

    Les jumeaux ne comprenaient pas. Mais les braises s’embrasèrent, et les yeux d’Orthenon se mirent à briller. Le Roi regarda en direction du balcon.

    “Qu’en est-il de ceux qui me sont loyaux ? Qu'en est-il de mes vassaux, ceux que j’ai choisi pour régner en mon absence ? M’ont-ils abandonné, eux aussi ?”

    “Pas abandonné, mon roi. Mais ils ont été forcés de s’incliner ou d’être détruits par d’autres nations. En ce moment même, des armées étrangères contrôlent tes terres et imposent leurs lois sur ton peuple.”

    Le Roi acquiesça. Il se dirigea vers son trône, et le feu en lui brûlait haut, à présent. Lorsqu’il passa à côté d’eux, les jumeaux se mirent à trembler de manière incontrôlable. Que se passait-il ? Le vieil homme qu’ils avaient rencontré était parti, remplacé par une créature féroce qui menaçait de brûler tout le château. Le Roi était bien plus grand que son enveloppe mortelle. Même ses habits semblaient briller plus qu’à leur arrivée.

    “Envoie une missive à mes vassaux. Dis-leur qu’ils ont trois - non, deux jours pour se débarrasser des chiens pouilleux qui voudraient réduire leur fierté en poussière. Ils me rejoindront ici avec autant de guerriers et de jeunes talentueux qu’ils pourront rassembler.”

    Orthenon hésita.

    “Je ne suis pas certain qu’ils croiront que c’est vous, sire. Et cela fait tellement longtemps… certains pourraient vous tourner le dos.”

    Le Roi resta debout à côté de son trône. Il pointa un doigt sur Orthenon.

    “Alors dis-leur ceci : je les attends. Et je hisserai mes bannières et préparerai en personne les places à ma table. Jusqu’à ce qu’ils soient rassemblés ici, je ne me reposerai pas sur ce trône. Mais que le royaume le sache, et que le monde l’entende ! Je suis de retour !”

    Orthenon posa un poing tremblant sur sa poitrine. Ses yeux étaient brouillés de larmes, mais il ne détourna pas une seconde le regard de son roi.

    “Va !”

    Cette fois, la voix du Roi fut un rugissement. Il rugit encore, et elle se transforma en tonnerre. Il résonna à travers la salle du trône, franchit les doubles portes, et se réverbéra à travers toute la ville. Les jumeaux crurent sentir le sol trembler.

    “Que cette nation se réveille de sa décade de sommeil ! Que chaque main saisisse une épée et une hache ! Levez-vous, tous ceux qui se souviennent encore de mon nom ! Entendez-moi et obéissez ! Levez-vous !”

    Les derniers mots firent trembler l’air. Les jumeaux bondirent en avant puis s’arrêtèrent. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, seulement qu’il fallait qu’ils bougent. La voix du Roi se saisissait de quelque chose en eux et allumait des étincelles dans leurs âmes mêmes.

    Orthenon se précipita hors de la pièce. Les jumeaux l’entendirent hurler d’un air sauvage, puis ce fut comme si un feu de forêt alimenté par la folie embrasait le château. Un autre homme rejoignit son cri - non pas un cri de panique ou de rage, mais de joie. Il fut rapidement rejoint par d’autres voix, des hommes et des femmes qui hurlaient, et par le martèlement des pas.

    L’agitation monta dans le château et s’étendit à la ville. La bouche ouverte, les jumeaux regardèrent un homme courir dans la rue, hurlant comme en proie à la folie. Les gens qu’il croisait sur son passage levèrent les yeux, et ce fut comme s’il leur transmettait la même passion sauvage. Certains tombèrent à genoux, d’autres pleurèrent ou hurlèrent, et d’autres se mirent à courir à travers la ville, ou hors de la cité en direction d’autres villages.

    Pas une seule personne ayant entendu les cris ne fut épargnée. Le feu gronda, et se propagea à chaque âme du royaume. Un rugissement sourd s’éleva de la ville et de tous les recoins du château. C’était assourdissant, sauvage, des réjouissances mêlées de soulagement, de tristesse et d’espoir.
    C’était le son d’une cité qui revenait à la vie.

    Le Roi sortit sur son balcon, le peuple hurla et le son s’amplifia dès qu’ils aperçurent son visage. Il leva une main, le vacarme faillit assourdir les jumeaux.

    Il se tourna vers eux. La lumière s’éteignait, et le soleil était presque couché. Mais le Roi brillait, et cela aurait pu être un jeu de lumière ou leur imagination, mais les jumeaux auraient juré que la lumière formait un halo autour de sa tête. Ou bien… non, pas un halo.

    Une couronne.

    Le Roi pointa un doigt sur les jumeaux.

    “J’ai fort à faire. Mais vous deux. Vous allez m’accompagner. Vous serez mes assistants personnels. Mes gardes du corps ? Oui, mes gardes du corps. Je vais vous entrainer convenablement pour ce rôle dans les jours à venir.”

    Les jumeaux furent bouche-bée. Ils commencèrent à protester, mais le Roi éclata de rire. Il écouta le garçon parler, puis la fille, et secoua la tête.

    “Hah ! Peu importe vos souhaits. Vos vies m’appartiennent.”

    Là encore, ils protestèrent, mais leurs mots se perdirent en regardant le Roi. Il baissa les yeux sur eux, nimbé d’un halo de soleil mourant et éclairé par un feu intérieur.

    “Ces choses dont vous parlez. Liberté… ? Justice ? Pah. Elles ne vous appartiennent pas de droit. Si vous voulez les réclamer vous-mêmes, levez les armes contre moi. Car c’est moi qui les détiens.”

    Il indiqua d’un geste la cité qui revenait à la vie.

    “Sachez ceci : où que mon pas me mène, et aussi loin que j’irai, je clame ce monde et le vôtre comme les miens. Tant que vous êtes à ma portée, je régnerai sur vous. Car je suis le Roi.”

    Il leva une main et sa voix devint le tonnerre. Elle résonna à travers la cité, et à travers une nation.

    “Que le monde se dresse contre moi. Que les peuples de chaque race marchent sur mon peuple ; que la terre elle-même s’ouvre et que les gouffres de l’enfer crachent. Peu me chaut. Je suis le Roi, et tous ceux qui me suivront sont mon peuple. Nul ne m’arrêtera. Ce monde est mien !”

    Le Roi ouvrit les bras en grand et éclata de rire. Le feu embrasa la ville et galopa à travers la campagne, se propageant de personne à personne, apportant avec lui un unique message. Il résonna dans chaque colline, dans chaque rue, dans chaque cœur. Il le cria au ciel du haut de son château en ruines, et la nouvelle se propagea aux quatre coins du monde.

    “Flos, le Roi de la Destruction, est de retour !”

« Modifié: 05 mai 2020 à 12:18:35 par Maroti »

 


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