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21 février 2020 à 08:20:07

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Auteur Sujet: AD ASTRA (James Gray)  (Lu 800 fois)

Hors ligne Champdefaye

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AD ASTRA (James Gray)
« le: 20 septembre 2019 à 07:02:05 »
Critique aisée n°172

AD ASTRA
Désastreux
James Gray - 2019
Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Donald Sutherland



Pour commencer, comme d’habitude, un peu de small talk avant d’entrer dans le vif du sujet : tous les articles, tous les critiques, tous les amis et moi qui vous parleront de ce film vous diront avec componction que son titre vient de l’expression latine « Ad astra per aspera » qui signifie : « Vers les étoiles à travers les difficultés ». Ils pourront vous donner aussi une autre traduction, plus littérale : « Vers les étoiles par des chemins ardus ». On s’en fout, c’est pareil. Vous serez surement intéressé à savoir que c’est la devise du grand-duché de Meckembourg-Schwerin et de la marque de vêtements Quatre Cent Quinze. Personnellement, je préfère celle de Buzz l’Éclair : « Vers l’infini et au delà ! » Pour le film de James Gray qui vous emmène sur la Lune, puis sur Mars puis je ne sais où (Saturne ou Neptune, je ne sais plus mais de toute façon on s'en fout) et retour sur Terre, j'aurais plutôt choisi "Ad astra cum maestitia", c’est-à-dire "Vers les étoiles avec ennui". Heureusement, le retour est rapide.

Ceci dit, je ne sais pas pourquoi je m’entête à me précipiter pour voir, dès le jour de leur sortie, des films du genre d’Ad Astra ? Est-ce que j’espère vraiment retrouver quelque chose comme Planète interdite, ou Alien, ou Rencontres du troisième type, ou Avatar, ou Abyss, ou… Les récents films du genre que j'ai pu voir auraient pourtant dû me faire comprendre qu'aujourd’hui, la S.F., c'est souvent spectaculaire et stupide (Gravity) ou pontifiant et ennuyeux (Interstellar). Eh bien, Ad astra, c'est à peine spectaculaire, pas trop stupide, un poil pontifiant et ennuyeux à l'extrême.

Par le truchement d'un voyage dans l'espace, un homme part à la recherche de son père perdu, je ne vous dirai pas pourquoi, d'une part parce que je n'ai pas vraiment compris et d'autre part parce qu'on s'en fout aussi.

Vous avez remarqué ? Ça fait maintenant trois fois que j'utilise l'expression "on s'en fout", tout d'abord à propos de la traduction de la locution latine, puis de la destination finale du héros et enfin de la raison du fils pour rechercher son père. Vous me connaissez, ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas un hasard, parce que dans ce film, on se fout de tout.

On se fout des problèmes filiaux du héros, Brad Pitt, parfaitement plat, sans odeur ni saveur, continuellement bougon.
On se fout des péripéties qui autrefois ont amené son père, ermite barbu impénétrable, à sacrifier sa mission parce qu'on ne nous les montre pas.
On se fout des raisons qui l'ont poussé à disparaitre pendant seize ans ou (attention spoiler) à se suicider parce que, finalement, ça reste très vague. Serait-ce une vague mégalomanie ou un vague instinct scientifique ? On s'en fout.
On se fout des personnages secondaires : ils passent et disparaissent de l'écran ou meurent sans que jamais on s'y attache ni qu'on sache vraiment ce qu'ils venaient faire dans cette galère.
On se fout totalement de l'happy ending où l'épouse revient retrouver son héros, parce qu'on se foutait de la raison qui l'avait poussée à partir.

De tout, je vous dis ! On se fout de tout.

Vous lirez certainement ici et là que les images sont belles. Mais qui aujourd'hui pourrait rater des images de l'espace (sauf peut-être le Sénat avec son exposition sur les grilles du Luxembourg) ?

Vous lirez aussi que les scènes spectaculaires s'enchainent les unes aux autres. C'est tout d'abord totalement faux. De très longues scènes, en clair-obscur au sens propre comme au sens figuré, viennent vous exposer les états d'âme, d'ailleurs fort peu nombreux , du fils dans sa quête (il fallait bien que je le case, ce mot : la quête, du père en l'occurrence).

Pourtant, la scène d'ouverture est effectivement réussie et assez originale par son décor vertigineux. Une scène de poursuite de véhicules lunaires, qui se voulait sans doute l'un des clous du spectacle, vous laisse totalement indifférent — en fait, on s'en fout — tant elle est calquée sur n'importe quelle scène extraite de Mad Max ou d'un film sur la guerre d'Irak et tant elle arrive comme un cheveu sur la soupe, sans explication ni lien avec l'action, et tant elle est évacuée rapidement, sans impact sur le héros ni conséquence sur l'action. Une autre scène cependant constitue une vraie surprise, celle de l'exploration par le héros d'un vaisseau à la dérive. Je vous laisserai au moins cette surprise, en remarquant cependant que, comme la poursuite citée plus haut, cette scène n'a aucun rapport avec l'action du film.

Voilà tout ce que j'avais à vous dire sur Ad astra. Mais vous pouvez ne pas en tenir compte et aller le voir quand même. Personnellement, je m'en fous.

P.S. : La prochaine fois, je vous parlerai du dernier Woody Allen. Ça, vous pouvez aller le voir. Vous devez, même. Vous aurez toujours le temps de lire ma critique après.
« Modifié: 20 septembre 2019 à 11:16:07 par Champdefaye »

Hors ligne Milora

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Re : AD ASTRA (James Gray)
« Réponse #1 le: 21 septembre 2019 à 11:47:36 »
Ah, MERCI, Champdefaye ! Je suis sidérée par les bonnes critiques de ce film dans la presse. J'ai été le voir jeudi un peu par accident, je m'attendais au pire à un truc intello-lent-incompréhensible comme 2001 l'Odyssée de l'espace (j'aime pas ce film) et au mieux à un truc sur le modèle de Contact, Premier contact ou Interstellar.

Mais en fait, même pas. Ce film est, à mes yeux, catastrophique de A à Z.
- Le scénario ne tient pas débout d'un point de vue narratif,
- les incohérences grandes comme des immeubles se succèdent (à commencer par l'enjeu même du scénario : retrouver une mission portée disparue 16 ans auparavant. Et quand ils la retrouvent, on nous dit qu'elle était... exactement là où elle était censée être. Mais attendez mais... hein ?),
- les réactions des personnages sont aberrantes (cette scène dans la fusée au départ de Mars, mais sérieusement... sérieusement !),
- et puis surtout, surtout, AUCUNE des péripéties du film n'a la moindre incidence sur l'histoire, tout n'est que digression totalement inutile (et sans intérêt en elles-mêmes, mais ça c'est question de goût de suppose).
- Et puis la résolution... pitié ! Ok pour les bons sentiments et les leçons de vies plan-plan (ça va avec ce style de films) mais là... J'ai la flemme de mettre un spoiler pour développer mais la fin est quand même pire qu'une moralité de téléfilm romantique autrichien du dimanche après-midi, d'autant que je trouve scandaleux que le problème psychologique grave du héros (il est incapable de ressentir des émotions au point de devoir les singer quand il est au contact des gens) soit "résolu" par... une prise de conscience qu'en fait, c'est important de prêter attention aux autres ?

Et puis bon, c'est de la SF, je ne suis vraiment pas à cheval sur la cohérence scientifique de la science-fiction (fan de Stargate et tout) et je ne suis pas une scientifique, mais là il y a de telles énormités, dans un cadre qui tente de se présenter comme réaliste, que quand même... (car oui, vous apprendrez qu'on peut sortir dans l'espace en se protégeant du vide avec du scotch, par exemple).

Et puis :
Spoiler
[close]

Sans compter la voix-off qui te dit tout ce que tu dois penser (au cas où tu n'aurais pas compris en regardant les images, hein) y compris la moralité du film (au cas où les gros sabots de l'histoire n'auraient pas été assez gros).

Heureusement, comme tu dis, les images sont belles (et la scène d'intro donne l'impression d'être à la Géode).

Je crois que ce film va être un des rares que je vais adorer détester. Y a rien à sauver dedans.
Ah, si : le jeu de l'acteur principal, qui est - heureusement - juste et nuancé. Mais alors rien dans le reste - scénario, les personnages secondaires, les CLICHES, la subtilité, la vraisemblance scientifique de base - nada.

Mais le pire c'est que je suis bon public pour la SF et j'aurais pu pardonner tout ça si le film ne s'était pas pris monstrueusement au sérieux. Là, ça donne juste l'impression d'une série B  à gros budget qui s'est prise pour un chef d'oeuvre.
« Modifié: 21 septembre 2019 à 11:55:06 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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