Le Monde de L'Écriture

05 Septembre 2010 à 02:43:59
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Auteur Fil de discussion: Neil Gaiman 11/08  (Lu 201 fois)
Salamandre
Simon le Demon
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Simon le démon


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« le: 04 Novembre 2009 à 19:26:13 »

Ce que dit Neil Gaiman aux écrivains, par contre c'est en anglais.

By now you're probably ready to give up. You're past that first fine furious rapture when every character and idea is new and entertaining. You're not yet at the momentous downhill slide to the end, when words and images tumble out of your head sometimes faster than you can get them down on paper. You're in the middle, a little past the half-way point. The glamour has faded, the magic has gone, your back hurts from all the typing, your family, friends and random email acquaintances have gone from being encouraging or at least accepting to now complaining that they never see you any more---and that even when they do you're preoccupied and no fun. You don't know why you started your novel, you no longer remember why you imagined that anyone would want to read it, and you're pretty sure that even if you finish it it won't have been worth the time or energy and every time you stop long enough to compare it to the thing that you had in your head when you began---a glittering, brilliant, wonderful novel, in which every word spits fire and burns, a book as good or better than the best book you ever read---it falls so painfully short that you're pretty sure that it would be a mercy simply to delete the whole thing.

Welcome to the club.

That's how novels get written.

You write. That's the hard bit that nobody sees. You write on the good days and you write on the lousy days. Like a shark, you have to keep moving forward or you die. Writing may or may not be your salvation; it might or might not be your destiny. But that does not matter. What matters right now are the words, one after another. Find the next word. Write it down. Repeat. Repeat. Repeat.

A dry-stone wall is a lovely thing when you see it bordering a field in the middle of nowhere but becomes more impressive when you realise that it was built without mortar, that the builder needed to choose each interlocking stone and fit it in. Writing is like building a wall. It's a continual search for the word that will fit in the text, in your mind, on the page. Plot and character and metaphor and style, all these become secondary to the words. The wall-builder erects her wall one rock at a time until she reaches the far end of the field. If she doesn't build it it won't be there. So she looks down at her pile of rocks, picks the one that looks like it will best suit her purpose, and puts it in.

The search for the word gets no easier but nobody else is going to write your novel for you.

The last novel I wrote (it was ANANSI BOYS, in case you were wondering) when I got three-quarters of the way through I called my agent. I told her how stupid I felt writing something no-one would ever want to read, how thin the characters were, how pointless the plot. I strongly suggested that I was ready to abandon this book and write something else instead, or perhaps I could abandon the book and take up a new life as a landscape gardener, bank-robber, short-order cook or marine biologist. And instead of sympathising or agreeing with me, or blasting me forward with a wave of enthusiasm---or even arguing with me---she simply said, suspiciously cheerfully, "Oh, you're at that part of the book, are you?"

I was shocked. "You mean I've done this before?"

"You don't remember?"

"Not really."

"Oh yes," she said. "You do this every time you write a novel. But so do all my other clients."

I didn't even get to feel unique in my despair.

So I put down the phone and drove down to the coffee house in which I was writing the book, filled my pen and carried on writing.

One word after another.

That's the only way that novels get written and, short of elves coming in the night and turning your jumbled notes into Chapter Nine, it's the only way to do it.

So keep on keeping on. Write another word and then another.

Pretty soon you'll be on the downward slide, and it's not impossible that soon you'll be at the end. Good luck...

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Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister au monde.
Kei
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« Répondre #1 le: 15 Mars 2010 à 19:15:00 »

Je me suis permise de faire une rapide traduction. La ponctuation et la longueur des phrases est par moment assez bizarre, mais je crois bien que Mr Gaiman s'est laissé aller sur ce texte... ça sort du coeur quoi! Ah, et je me lance dans une phase de remplissage de cette section. Ne faites pas attention à moi.




          A présent vous êtes sans doute prêt à déposer les armes. Vous avez dépassé le ce premier grand moment d’extase intense où chaque personnage et chaque idée sont neufs et divertissants. Vous n’en êtes pas encore à la cruciale pente inclinée de la fin, durant laquelle les mots et les images émergent de votre tête plus vite que vous ne pouvez les coucher sur le papier. Vous en êtes au milieu, à peu près à mi-chemin. Le charme s’est effacé, la magie a disparu, à force d’écrire votre dos vous fait souffrir, votre famille, vos amis et connaissances éloignées avec qui vous communiquez uniquement par mail ont dépassé le stade des encouragements ou en tout cas de l’acceptation pour maintenant se plaindre de ne plus vous voir – et que même lorsque c’est le cas, vous êtes préoccupé et de mauvaise compagnie. Vous ne savez pas pourquoi vous avez commencé ce roman, vous ne vous souvenez plus pourquoi vous avez imaginez que n’importe qui souhaiterait le lire, et vous êtes à peu près certain que même si vous l’achevez, cela n’en vaudra pas le temps ou l’énergie que vous y avez consacré, et chaque fois que vous vous arrêtez assez longuement pour le comparer avec la chose que vous aviez en tête lorsque vous l’avez entamé – un roman éblouissant, brillant, merveilleux, dans lequel chaque mot fait mouche,  un livre aussi bon ou meilleur que le meilleur livre que vous ayez jamais lu – vous êtes tellement déçu que vous êtes presque certain que supprimer le projet en son entier serait simplement faire preuve de merci.

          Bienvenue au club.
          C’est ainsi que s’écrivent les romans.

          Vous écrivez. C’est le morceau dur que personne ne voit. Vous avez de bons jours et vous avez de mauvais jours d’écriture. Tel un requin, vous devez continuer à aller de l’avant ou mourir. Ecrire peut ou non être votre salut ; cela pourrait ou non être votre destin. Mais cela n’a aucune importance. Ce qui compte en ce moment sont les mots, l’un après l’autre. Trouvez le prochain mot. Ecrivez le. Recommencez. Recommencez. Recommencez.
          Un mur en pierres sèche est une chose charmante lorsque vous le voyez border un champ au milieu de nulle part mais devient bien plus impressionnant lorsque vous réalisez qu’il a été construit sans mortier, que le constructeur a eu besoin de choisir chaque pierre se chevauchant et de l’intégrer. Ecrire c’est comme construire un mur. C’est une recherche continuelle pour le mot qui s’intègrera au texte, à votre esprit, sur la page. L’intrigue et les personnages et les métaphores et le style, tout cela devient secondaire devant les mots. Le constructeur de mur érige son œuvre une pierre après l’autre jusqu’à ce qu’il atteigne le bout du champ. S’il ne le construit pas il n’existera pas. Alors il regarde sa pile de pierres, choisit celui qui semble le mieux convenir, et le place dans l’édifice.
          La recherche des mots ne devient pas plus facile mais personne d’autre ne va écrire votre roman à votre place.

          Pour ce qui est du dernier roman que j’ai écris (ANANSI BOYS, au cas où vous vous le demanderiez) lorsque je suis arrivé aux trois-quarts du chemin j’ai appelé mon agent. Je lui ai combien je me sentais stupide d’écrire quelque chose que personne ne voudrait jamais lire, à quel point les personnages étaient sans consistance, l’intrigue sans intérêt. J’ai fortement suggéré que j’étais prêt à abandonner ce livre et à écrire quelque chose de différent à la place, ou peut-être d’abandonner le livre et de commencer une nouvelle vie en tant que jardinier paysagiste, casseur de banque, cuisinier de secours ou biologiste marin. Et au lieu de se montrer compatissante ou de m’approuver, ou de me pousser en avant avec une déferlante d’enthousiasme – ou même de me contredire -  elle a simplement dit, sur un temps suspicieusement joyeux, « Oh, tu en es à cette partie là du livre, n’est-ce pas ? »
J’ai été choqué. « Tu veux dire que j’ai déjà fait ça auparavant ? »
« Tu ne t’en souviens pas? »
« Pas vraiment. »
« Eh oui » a-t-elle dit. « Tu fais ça à chaque fois que tu écris un roman. Et de même font tous mes autres clients. »

          Je ne pus même pas avoir le sentiment d’être unique dans mon désespoir.
          Alors j’ai reposé mon téléphone et ai pris la voiture jusqu’au café où j’écrivais le livre, ai rempli mon stylo plume et me suis remis à écrire.
          Un mot après l’autre.
           C’est le seul moyen par lequel s’écrivent les romans et, à moins que des petits lutins viennent la nuit pour transformer vos notes désordonnées en Chapitre Neuf, c’est la seule voie à suivre.
           Alors persévérez à persévérer. Ecrivez un mot après l’autre.
           Bientôt vous serez sur la pente inclinée, et il n’est pas impossible que bientôt vous en soyez à la fin. Bonne chance…
Journalisée

"Je parcours les berges du temps. En te regardant, je vois tout ce que le Porteur de Lumière a préparé pour toi...
Mais le temps est une dance de nombreux pas et faux pas."

"Au moins sont-ils consistants dans leur obscurité..."

Traitor's Moon
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