Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

20 février 2020 à 06:10:44

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Auteur Sujet: Aber  (Lu 683 fois)

Hors ligne camdailclot

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Aber
« le: 08 octobre 2009 à 07:01:17 »
Tous les jours ne sont pas roses alors il faut bien s'évader, la plume est un esquif plus facile à armer qu'une nef de bois
sans prétention aucune

Aber

   Depuis mon plus jeune âge lorsque la tristesse me gagne, je me réfugie devant la mer. Je vais me poster au bout de la jetée sur un des gros blocs de granit qui protège son extrémité. Je m'assieds face au chapelet de minuscules îles qui ferment la baie. Certaines ne sont visibles qu'à marée basse. Je ferme les yeux un moment pour mieux percevoir ce qui m'entoure. Le vent omniprésent qui ébouriffe mes cheveux, les odeurs fortes du varech et de la vase, le parfum des embruns et les cris des goélands. Le bruit lancinant du ressac m'apaise rapidement, comme la litanie des comptines que ma nourrisse chantait pour m'endormir lorsque j'étais enfant. Ensuite j'ouvrais les yeux pour chercher une voile, une nef en partance ou simplement en ballade. J'avais besoin de m'évader par procuration, de m'imaginer sur un bateau avec une feuille de route, un cap à suivre et des projets de voyage.
   Lorsque j'étais enfant, à l'âge où l'innocence permet de prendre ses rêves pour la réalité, je suis parti un jour. J'avais rempli mon petit bateau pneumatique en plastique avec des boites de gâteaux secs chapardées dans la cuisine. J'y avais ajouté deux bouteilles remplies d'eau. J'avais mis des vêtements chauds et enfilé mon ciré jaune. J'avais équipé mon esquif d'une voile taillée dans un vieux drap et je l'avait gréée sur un manche à ballet.  Je serrais dans ma main la boussole de mon grand-père et je larguais les amarres un matin de mai. Un marin pêcheur qui rentrait après le ramassage de ses casiers m'a attrapé au moment où mon embarcation franchissait la sortie de l'aber. La marée descendante m'avait happé et m'entraînait vers le large. Mes parents ont eu tellement peur que je n'ai même pas été puni. Ma mère me serrait convulsivement contre elle en sanglotant. Je n'ai jamais recommencé, mais depuis ce jour, partir est devenu une obsession. Les champs, les bocages, les villages étaient devenus les murs et les barreaux d'une prison. Ma liberté je la cherchais au large, au delà des îles. Mes parents ont toujours refusé de me placer dans une école de voile, ma mère était catégorique, personne n'a pu la faire fléchir. J'ai du attendre ma majorité et mon départ du foyer familial pour apprendre à naviguer. Je travaille dur pour économiser l'argent qui me permettra d'acheter le bateau de mes rêves. Et en attendant je lis, je dévore les récits de tous les grands marins,  en particulier Bernard Moitessier. Je ne les envie pas parce que j'ai au fond de moi la certitude que je naviguerai un jour sur leurs traces. C'est ma raison de vivre.
amoureux de littérature et de musique
musicien de jazz, voyageur, aquarelliste
théâtreux par moments
aime la vie
timide et imaginatif
très (trop) sensible

 


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