Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Drapeau Noir

Auteur Sujet: Drapeau Noir  (Lu 1920 fois)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Drapeau Noir
« le: 01 Février 2016 à 09:21:17 »
Syrie, Irak !
Le feu, les flammes ! L'absurde !
Quatre drapeaux !
Quatre façons d'être broyé par la guerre, lorsqu'on a tout juste vingt ans.
Quatre styles distincts pour dire la déraison et le dédain qui plane toujours sur les vieilles rengaines oubliées.
Suivront encore "Etoile rouge sur fond jaune", le drapeau des YPG et des combattantes peshmergas Kurdes.
Et "Rouge, blanc et noir avec deux étoiles vertes", le drapeau des défenseurs de la Syrie en ruines.



Le Drapeau Noir



   
   C'est une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte, éventrée de toutes parts.
   Féroce, le soleil ronge les décombres encore fumants éparpillés de son enceinte.
   Là, entre trois palmiers disloqués, une moto grise se consume au flanc d'un brasero noirci.
   Non loin, un chien squelettique, lape la plaie de son moignon rougi.
   Entre les pierres d'un muret miraculé, sur l'horizon qui tremble, un nuage noir et lourd dans l'azur du matin s'évapore. Presque charnellement.
   Mais ici, au seuil de la porte béante, quelqu'un frissonne, respire encore.
   Chiffon d'homme. Il a le dos qui ploie sous le corps d'un combattant démembré.
   Sous sa barbe de panoplie, son turban, sa veste trouée, il dut être splendide.
   Un grain de beauté illumine toujours sa joue de plâtre.
   Dix-huit ans, peut-être. Guère plus.
   Le coin de sa bouche mousse légèrement contre la terre. Un œil est mi-clos. L'autre, crevé.
   Pour l'heure, il croit qu'il est endormi dans les bras de Ibn Rabiaa, la chaste de passion.
   Ses rêves sont encore pleins d'écumes de défaillance.
   Il n'entend pas les mouches vertes bruisser autour de lui.

   Perché au sommet de la stalactite du portail, un oiseau bleu nous dit d’entrer.
   Nous sommes peu nombreux. Et lévitons en tendresse, dans une valse pieuse.
   Mais c'est alors dans nos regards rompus, une hébétude. La brume froide d'une torpeur. L'écueil d'un mirage. Et dans nos veines, et dans nos gorges, un grand silence de poussière.
   Durant un long moment, nous préférons fermer les yeux.
Car devant nous c'est un désastre. Des hommes on essayé de tuer la Vie !
   Venant nous dessiller, des arpèges, semblant poussés par le vent chaud du sud, se mettent à murmurer.
   Sous un auvent de palmes, trois musiciens costumés de noir viennent prendre place sur les vestiges d'une estrade.
   Et commencent à jouer l’air enchanté de la rentrée des classes.
   L'un caresse l’oud sensuellement. Un autre souffle dans le nay. Le troisième laisse courir ses doigts allègres sur les bords de la darbouka.
    Bientôt, la gaie mélopée s’élève à travers le toit crevé de l'école, comme un serpent d'or vers la nue.
   Tandis qu'au chant de Sayyab, le ventre nu, une danseuse apparaît qui se délivre du hennissement des « Bracelets de Ibnat Al Jalabi ».
   Au rebord des fenêtres effondrées, une main bienveillante a déposé les dattes, les cornes de gazelle, les baclawas aux amandes et les petits gâteaux en losange au miel d’Arabie.
   A pas prudents, des grappes de femmes, d'hommes et d'enfants pénètrent dans le lieu.   
Les cartables sont aussitôt jetés dans un coin.
   Et aux sons de cris enjoués et de youyous tendres, les enfants se pourchassent, passant et repassant devant l'inerte corps de Yacine Zayani, que le puissant vent noir a fait tomber ici.
   Ces clameurs d'insouciance le sortent du songe. Son indemne paupière s'écarquille soudain. Il comprend qu'il respire faiblement. Que la Vie dit encore un peu oui à sa vie.
   Il comprend qu'aujourd’hui, cela semble être la fête dans l’écrin du savoir.
   Qu'aujourd'hui, les portes sont grandes ouvertes.
   Ce n’est plus le cachot d’antan. L'oubliette où son crâne était labouré par la honte plusieurs fois par heure. Ces sables mouvants où il s'enlisait comme un cancrelat, venant perdre ses regards sur les rayures obscènes de son pupitre. Loin sont ces jours où il se maudissait. Loin, ces zéros de triomphe qu'il riait dans la classe, puis s'en allait pleurer sans bruit dans son lit, tel un fruit sec blotti entre ses frères.

   Se mouvant comme de fières gélatines au milieu des gravats, il les découvre enfin. Ils sont presque tous là, endimanchés de la tête aux pieds : ses maîtres, ses parents, frères et sœurs, ses camarades d'hier.
   Madame Pedro, son professeur de français qui laissait flotter son parfum d'Andalouse entre les pupitres, a mis sa robe en vichy rose, celle si jolie, si aguichante qui dévoilait un peu trop ses genoux. Elle sirote un thé brûlant à la menthe et lui sourit de loin, vaguement langoureuse.
   Yacine se souvient alors qu'il lui avait rendu sa copie avilie de deux perforations, parce qu'il ne comprenait pas ce que signifiait les deux trous rouges au côté droit dans « Le dormeur du Val ».
   Fendant quelques gandouras avec sa canne, Monsieur Monfleur, son professeur d'histoire et de géographie, semble être devenu un vieillard de plus de cent ans. Mais ses prunelles ont perdu toute sévérité, tout mépris.
   Il remarque Yacine. Cahote vers lui. Courbe l'échine et lui dit : « Je me souviens de toi ! Tu es Yacine. Yacine Zayani, n'est-ce pas ? ».
   Et Yacine lui répond oui en clignant faiblement son œil intact.
   « Pardonne-moi, petit, je n'ai jamais eu le regard assez pur pour voir ces choses-là. La délicatesse des âmes ! On ne nous apprend pas à deviner les coeurs à l'Education Nationale ! On nous apprend à faire de vous des livres muets. Pas des hommes ».
   Là-haut, funambules de gouttière, guetteurs encagoulés, se tiennent ses amis de jadis qui paradaient dans la cité. Le « rageux » semble être devenu bien sage. La main en visière, il scrute le vaste champignon qui se dissoud dans l'éther, là-bas à l'horizon. « BlackCynic » ne rappe plus. Ses traits sont devenus graves. L'or a déserté ses doigts, ses poignets, son cou, ses dents. En langage des signes de gang, il annonce à Yacine que Booba a été retrouvé mort à Miami, dans d’étranges circonstances, étouffé par les pages souillées d’un hadîth.
   C'est alors que Yacine porte son regard respectueux vers elle. Mais sa mère ne le voit pas. C'est alors qu'il porte son regard suppliant vers lui. Mais son père complètement l'ignore.
   Alors pour qui est cette fête étrange ? Pour personne ? Pour rien ?
   Tout cela ne serait-il qu'un rêve cruel ?
   Les houris aux yeux de jade qui n’ont pas été salies par les hommes ni par les djinns, Yacine Zayani n’y a jamais vraiment cru. Il a appris l'Islam en un mois à peine à l'arrière d'une épicerie, en arrivant à la frontière Syrienne. Il voulait simplement aider ses frères d'inforture. Porter secours. Mettre fin à l'oppression. Servir. Et racheter un peu aussi sa vie de cancre.
   Les rebelles syriens l'ont accueilli à bras ouverts. Puis ce furent les bras affectueux de la brigade salafiste Ahrar Al-Cham, les Hommes libres du Levant. Puis les bras djihadistes de Jabhat Al-Nosra. Et enfin ceux de l’État islamique en Irak et au Levant. Les premiers frères criblés, éventrés. Les premières têtes arrachées avec lesquelles on joue au football, comme dans une cour de récréation.
   Mais qu'importait à Yacine les vierges affables reçues en offrande au Paradis. Lui, c’est ici-bas, qu’il aurait voulu que l’amour le serre dans ses bras, même une unique fois.
   Yacine Zayani est parti de Sarcelles le 27 juillet 2014, à cinq heures du matin, avec  Mohamed, son frère ainé. Il n'ont embrassé personne. N'ont laissé aucun mot. N'ont pas regardé derrière eux.
   
   C'est une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte.
   Mais à présent, c'est la mi-nuit.
   Au ciel, aucune étoile, aucun nuage, aucun croissant de lune. Même les ténèbres semblent avoir fui depuis longtemps les faubourgs mornes et glacés de Ramadi.
   Allah est grand ! Mais Yacine pleure. Sa dernière larme.
   Une brise soudaine fait soulever les choses. Un morceau de drapeau noir s'envole et vient draper ses yeux.
   Ce drapeau est supposé similaire à la bannière que brandissait naguère le prophète Muhammad lors de ses conquêtes. Mais celle-ci détonne un peu. La calligraphie basique qui le couronne « Il n'y a de dieu que Dieu » percute comme un « Just do it » de Nike. Ce drapeau est frappé en son centre d'une sorte de cercle ovoïde barré de trois inscriptions : « Allah », Dieu, « Rasoûl », prophète, et « Muhammad ».
   C'est un logo sobre et efficace qui évoquerait presque la pomme croquée d'Apple.
   
   Alors, l’oiseau bleu vient siffloter sur le visage fripé de Yacine : « Tu peux entrer maintenant ! ».
   Et nous allons vers lui, recueillir dans le creux de nos mains son âme d'enfant.
   En laissant ses restes d'homme pourrir entre les chiens.



The Star-Spangled Banner



- Allez debout, fils de pute de Walt Woodiwiss, le soleil se lève pour te voir crever ! – se regarde dans la glace, s’arrache trois poils de nez d’un coup sec et admire sa dentition parfaite l'US Marine Jimmy Palahniuk, né d’un père inconnu et d’une mère inconnue, dans un vague bled de l’Oregon, il y a tout juste vingt-cinq ans.
- C'que j’ai encore sommeil, putain ! bâille d'une voix pimpsouée l'US Marine Walt Woodiwiss, né il y a tout juste vingt-deux ans, né le cinquième d’une fratrie de sept miséreux marmots noirs du Bronx, presque tous morts à l'heure qu'il est, soit le nez dans le crack, soit dans les montagnes afghanes ou encore ici dans le bourbier Irakien.
- Pioncer ça entraîne à mourir. C'est pour ça qu'ils nous caltent à l'aube. Ou peut-être bien que le général se venge de son vil passé de merdeux trouffion, philosophe, nerfs d'acier, cœur de pierre, en brossant ses étincelles quenottes l'US Marine Jimmy Palahniuk.
   - N'empêche, j'filerais bien un mois d'ma solde contre douze heures de roupille intégrale, rabat son bras sur ses yeux globuleux l'US Marine Walt Woodiwiss.
- Rêve de zombie ! Quel débile foutu gradé acceptera pareille offre ? Tous au garde-à-vous, chiens rampants devant le galon supérieur, devant l’ordre supérieur, crache son jus de dentifrice sur la terre sablonneuse l'US Marine Jimmy Palahniuk, qui possède déjà un beau palmarès de bourrin à son actif avec treize Talibans terrassés et trois civils patchounes arrosés au M16 lors d'une regrettable méprise, absoute par sa hiérarchie.
   - En fait, y a des fois où j'l'ai plus tant qu'ça l'envie d'crever.
- Ah oui, et pour quelle bonne putain de raison valable ? fourre dans son bec une clope et cherche son briquet dans tous les recoins de la tente, avec son regard bleu de plus en plus fou, l'US Marine Jimmy Palahniuk.
   - Ca m'arrive de méditer, figure-toi ! se redresse sur un coude, soulève son boxer et remet sa queue en place l'US Marine Walt Woodiwiss.
   - Méditer ça entraîne à mourir ! T'aurais pas vu mon putain de briquet ?
   - Non !
   - Et il en sort quoi quand tu gamberges ?
   - Il en sort qu'ici c'est l'enfer et qu'là-bas ma vie était pas si pourrie qu'ça, lève enfin son cul, renifle ses aisselles, enfile son pantalon de treillis, sa veste de treillis beige coyote, l'US Marine Walt Woodiwiss. Flemme de m'laver l'cul, c'matin !
   - Ta vie ? T'as des ambitions, toi, Walt Woodiwiss, laisse-moi rire ? trouve enfin son briquet qui était coincé dans la caisse aux grenades, allume enfin sa tige l'US Marine Jimmy Palahniuk. 
   - Une femme et des mômes, ça entretient l'espoir, tu crois pas ?
- T'as des envies de te reproduire, toi, Walt Woodiwiss ? Tu es sérieux ?
- Pourquoi pas ?
- Tu sais même pas nickeler correctement ton putain de M16. Comment tu vas apprendre à tes gosses à devenir de respectables cloportes, de bons dociles esclaves ? s'empare d'une haltère et exécute son programme matinal de flexions biceps l'US Marine Jimmy Palahniuk.
- Crois pas ça, j'ai de la jugeote, mec. Survivre à une boucherie, ça forge une conscience. J'pourrais toujours leur apprendre à rester en vie les deux pieds embourbés dans la merde, s'empare d'un spray désodorisant et asperge le fond de ses rangers l'US Marine Walt Woodiwiss.
- C'est vrai que pour un primate, tu m'épates un peu, Walt Woodiwiss, admire  son tatouage sur son avant-bras l'US Marine Jimmy Palahniuk, qui représente un cow-boy aux yeux injectés de sang sur plusieurs as, qui représente l'image de la mort, et qui signifie exactement ce qu'on pense : « Ce type a déjà tué quelqu'un ».
- Ah oui, et pourquoi ça ?
   - Hormis le fait que tu es capable de rester superbement à couvert durant des plombes et qu'on peut pas dire que tu exploses le budget de la défense en munitions, j'avais parié cent frais dollars craquants sur ta tête avec Puggi, Puggi, tu sais, la main arrachée  : pas plus de deux mois au front que je te donnais avant l'abeille fatale.
- Heureux de t'avoir fait perdre, enfoiré !
- D'un autre côté tout est juste en ce bas-monde, Puggi pourra mettre cent dollars de plus dans sa prothèse made in China. Je suis pas adepte des compliments, tu me connais, mais tu as beau être ce que tu es, tu vaux ce que tu vaux, Walt Woodiwiss. Respect !
- Moi aussi j'te respecte, mec, même si t'es qu'un sale enfoiré de raciste prétentiard.
- Peut-être bien que c'est ensemble qu'on va se marier, mec. On se respecte tellement.
- Mais... tu te poses jamais la question, toi ? Qu'est-ce que j'fous là ? Qu'est-ce qui m'a pris ?
- Non jamais.
- Mais comment tu fais ?
- C'est tout simple, je refuse catégoriquement que mon cerveau me fasse des infidélités avec ma conscience. Un jour un vieil indien éméché m'a empoigné le bras dans la rue et il m'a dit comme ça à brûle-pourpoint :  « Si tu regardes trop haut, c'est les nuages. Si tu regardes trop bas ce sont les feuilles mortes. La vraie vie doit se regarder droit dans les yeux, à hauteur d'homme. Tout le reste n'est que fumée !».
-T'as eu bien d'la chance d'le croiser c'vieil indien.
- Il est toujours là dans mes veines, qu'est-ce que tu crois. J'en ai même fait mon père !
- Et sinon, entre nous, qu'est-ce que tu penses de Wright ?
- La tarlouze de déserteur qui a fui au Canada... Je préfère pas faire de commentaires, mec.
- Il a créé un blog, m'a dit Shumway, où il raconte : « Ma plus grande fierté dans la guerre, c'est d'avoir déserté ! ».
- Allez, ferme un peu ta gueule, Walt Woodiwiss. Tu veux les connaître les pures motivations patriotiques de chacun, tu veux savoir de quoi est vraiment constitué le sublime Corps des Marines : 30% de clochards intellos qui quémandent leur ticket pour l'université, 40% de métèques foireux qui rêvent d'obtenir une couverture de santé et 30 % de cafards comme nous, stupides bons à rien, qui sommes embarqués sur la pente savonneuse du mal. De cafards, nous voilà devenus psychopathes estampillés, décomplexés, au service de la liberté étasunienne. Nous voilà devenus chair à canon, ok, mais chair à canon nourrie, blanchie, parfumée, pour une prime de recrutement de 20.000 frais dollars craquants en poche. D'inutiles à tous, nous voilà devenus utiles à tous. Comment tu oses cracher sur cette putain d'chance que Dieu t'as envoyée, mec ? 
- Mais dans la vie, on a le droit de changer, non. Qui a le droit de nous empêcher de changer ?
- Passer de fier étron à chiasse pitoyable, j'appelle pas ça changer, moi. J'appelle ça, faire dans son froc.
- J'ai pas peur pour moi, mec, j'ai peur pour ma mère. Il ne reste plus que deux Woodiwiss dans la famille. Et mon plus jeune frèrot rapplique ici le mois prochain.
- Dieu a pointé son doigt sur les Woodiwiss et a dit : ces négros seront des héros, ils sacrifieront leur vie de cloporte pour sauver la multitude et leurs traits seront auréolés de gloire jusqu'à la fin des temps, tandis que Stalone sera une éternelle baudruche à Hollywood, et portera au visage les stigmates dégradants de la chirurgie esthétique.
- C'est qui Stalone ? - rit de bon cœur l'US Marine Walt Woodiwiss.
- Adrian, j'ai gagné ! - mime et se moque en tordant sa bouche l'US Marine Jimmy Palhaniuk.
- Adrian, tu trouves pas que la victoire Rambo ? - renchérit l'US Marine Walt Woodiwiss.
   - Ecoute, un jour dans ma cambrousse, à la tombée de la nuit, un vétéran du Vietnam a allumé deux grands flambeaux en lisière d'un champ de colza. Il a planté sa croix qu'il avait apporté sur son dos. Puis il s’est crucifié pour annoncer la fin du monde. Un culot monstre le mec, mais sincère pas qu’à moitié. Il a retiré sa jambe de bois et avec son chien pouilleux il a escaladé l’échelle. Tu entends ça, pas en plastique, pas en titane, en simple bois sa guibolle. Et puis, il s'est enfoncé un gros clou dans une pogne avec une masse et puis soudain il a compris qu’il avait fait le cinoque et une énorme connerie. Une hallucination du diable, le mec. Comment il allait faire maintenant pour se planter le deuxième clou dans l’autre pogne ?
- Ben oui, comment ?
- Je te pose pas la question, Walt Woodiwiis, c'est pas l'heure des devinettes. C'est lui qui a cravaché pour se la poser cette putain de question.
- Et alors ?
- Et alors, qu'est-ce que tu crois. Il a commencé à hurler sa rage et son dégoût comme un loup piégé. Les cops ont rappliqué. Ils lui ont gentiment décloué la pogne, ils ont rasé sa barbe infecte de faux prophète et ils l’ont foutu direct à l’asile... Tu veux pas connaître la chute ?
- Ca changera quoi à ma vie ?
- Rien, mais je vais te la dire quand même. Le lendemain une foule s'est rassemblée à la porte de l'asile, composée des plus beaux ploucs culs-bénis de ma cambrousse. Et tu sais quoi, ils l’ont sorti de force le nouveau Messie unijambiste parce qu’ils y ont cru à son histoire, ils ont cru que c’était réellement un saint, le mec.
- Mais pourquoi tu me racontes ça au lever du soleil ? T'as conscience que t'es loin d'être normal, quand tu t'y mets, mec !
- Pourquoi, je te dis ça ? Mais parce que c'est comme ça qu'on va finir, Walt Woodiwiss, regretté, chialé et canonisé parce qu'on était des trous du cul de bons joueurs à Call of Duty.
- Mais dis-moi, hormis le fait que tu détestes les négros, pourquoi tu m'appelles toujours fils de pute de Walt Woodiwiis.
- Tu crois pas qu'il faut être un sacré fils de pute pour aller buter, aussi enfoiré soit-il, un type qu'on connait pas derrière sa dune ?
- Mais je fais comme toi, mec, je défends ma patrie en danger.
- Quelle patrie, mec ? Instagram ? FaceBook ? YouPorn ?
   - Un jour je pourrai le prendre très mal et t'envoyer une petite rafale dans ton sale crâne raciste, ni vu ni connu, lors d'un assaut bordélique.
- T'as tout à fait le droit de faire ça, Walt Woodiwiss, à la guerre tout est permis. Moi-même, si l'occasion se présente, je te le ferais savoir.
- Oui, comme ça, on est prévenu tous les deux !
- Bon, prêt pour la prière, fils de pute de négro de Walt Woodiwiss ? s'empare de son M16 l'US Marine Jimmy Palahniuk.
- Prêt pour la prière, plus gros enfoiré de Blanche-Neige que la terre a jamais porté. Commence ! s'empare également de son M16 et vient faire face à Jimmy Palahniuk l'US Marine Walt Woodiwiss.
- Voici mon M16. Il y en a bien d'autres comme lui, mais celui-ci c'est le mien. Mon M16 est mon meilleur ami. Il est ma vie. Je dois en être le maître comme je le suis de ma propre vie. A toi !
- Mon M16, sans moi, ne sert à rien. Et sans lui, moi non plus je ne sers à rien. Je dois tirer droit, plus droit que l'ennemi qui cherche à me tuer. Il faut que je le tue avant que lui ne me tue. Et c'est ce que je ferai. A toi !
   - Mon M16 et moi-même nous savons que ce qui compte dans cette guerre, ce ne sont pas les coups que nous tirons, ni le bruit de nos rafales ni la fumée que nous dégageons. Nous savons que ce qui compte ce sont les coups au but… Lui et moi on fera mouche… A toi !
   - Mon M16 est humain, tout comme moi, puisqu'il est ma vie même. C'est pour ça que je veux apprendre à le connaître comme un frère. Je connaîtrai ses faiblesses, sa puissance, ses pièces, ses accessoires, son système de visée et son canon. Je le garderai toujours propre et prêt à servir comme moi-même je suis propre et prêt à servir. Nous ne ferons plus qu'un. OUI, C'EST COMME ÇA QU'ON FERA… A toi !
- Non, ensemble !
   - Devant Dieu, nous affirmons ce serment. Notre M16 et nous-mêmes sommes là pour défendre notre pays. Nous sommes maîtres de l'ennemi. NOUS SOMMES LES GARANTS DE NOTRE EXISTENCE. Ainsi soit-il jusqu'à ce que l'Amérique remporte la victoire, et qu'il n'y ait plus d'ennemis, mais seulement la paix sur terre !
   - N’oublie pas, Jimmy Palhaniuk, si jamais je n’atteins pas le crépuscule, si mon ventre est criblé, si ma tête est criblée, tu m’arraches mes deux dents en or et tu les portes à ma mère.
- Je le jure sur la Sainte Bible, et je ferai même mieux que ça, Walt Woodiwiss, je les porterai autour de mon cou comme une relique sacrée.
- Dieu bénisse cette aube nouvelle !
   - Dieu bénisse cette aube nouvelle et l'Amérique ! Amen !
   - Amen !
« Modifié: 19 Octobre 2023 à 10:48:02 par kokox »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Drapeau Noir
« Réponse #1 le: 02 Février 2016 à 16:54:23 »
Salut kokox,

Puissant comme texte !
A tel point que je me suis laissé submerger, je dois l'admettre. Mais il n'empêche que c'était très instructif comme lecture. En fait pour ce texte, je me place en élève qui apprend, et je vais te relire encore quelques fois avant de donner un réel avis ; là j'en suis incapable.

En tout cas, très belle écriture :) Très beau contraste entre les deux parties (la narration américaine est vraiment énorme !).

A bientôt donc, et merci pour la lecture :)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Drapeau Noir
« Réponse #2 le: 02 Février 2016 à 20:51:26 »
Extasy, bonjour,

Merci bien pour ta lecture et ton touchant commentaire !

Comme nombreux sur la planète, je tente de comprendre l'indicible folie de cette nouvelle descente aux enfers au Pays du Levant. Pour ne pas devenir fou, je mets alors des mots dessus et cela m'apaise un peu. Parfois. Pas si souvent.
Tout a été écrit, et superbement écrit et décrié, et même hurlé, sur les abominations de la guerre, par des gens qui ont vu l'horreur en face et en sont revenus. Encore faut-il avoir accès à ces textes. Là se trouve toujours l'écueil.
Je me souviens, par exemple, que j'ai eu la chance de lire Céline assez jeune, juste avant de passer mes foutus "trois jours". Et que j'ai failli presque crevé (absorption de médocs) pour être exempté du service militaire, parce que les paroles du Maître de Meudon m'avait retourné les tripes au plus profond.
Je refuse la guerre et tout ce qu'il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne me résigne pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.".
Bref, cette transmission m'aura ouvert grand les yeux et peut-être évité de me dégoupiller une grenade en pleine poire lors des manoeuvres (ces accidents stupides arrivaient très souvent alors).
Avec "Drapeau Noir", je ne cherche absolument pas à justifier ou à excuser la barbarie ambiante. Mais il faut bien admettre que la plupart de ces jeunes décérébrés n'ont pas inventé la machine à redresser les bananes. Quelque chose a coincé au niveau de leur éducation. La street n'est pas et ne sera jamais l'école de l'existence. Elle ne peut remplir à elle seule le rôle de père, de mentor, de guide.
Alors oui, je pense sincèrement que la lecture d'un simple livre peut sauver une vie !

Bien à toi !
« Modifié: 02 Février 2016 à 21:04:55 par kokox »

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 754
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Drapeau Noir
« Réponse #3 le: 03 Février 2016 à 12:01:12 »
Bonjour Kokox, c'est un beau défi d'avoir écrit sur un tel sujet d'actualité, un sujet difficile à aborder.

Surtout, tu t'essaies aux problèmes complexes, la forme du dialogue que tu as employée en deuxième partie prend tout son sens, la forme est ici mise à l'épreuve !

Effectivement, il y a aussi dans cette guerre une sorte de "guerre de culture" avec ceux d'un côté qui ont commencé la révolution par amour de la démocratie, et qui parfois se sont perdus en route... et ceux de l'autre qui voulaient garder le pouvoir entre les mains, quoi qu'il en coûte.

Que viennent faire les américains là-dedans !? Et pourtant, c'est bien ce qu'il s'est passé à l'origine, et puis maintenant encore, avec un contexte légèrement différent : sujet complexe comme tout !!

Mais cette histoire d'islam, avant on n'en parlait pas, maintenant on en parle tout le temps, comme si ça avait un quelconque rapport avec la guerre. Du coup, le sujet est devenu complètement flou. C'est la raison pour laquelle je pense que tu aurais pu un peu prolonger la discussion sur le choc des cultures, c'est aussi ce qui nous force à réfléchir.

Sinon, j'ai trouvé la réflexion plutôt enrichissante.

Voilà, texte difficile à écrire, donc, défi réussi.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Drapeau Noir
« Réponse #4 le: 03 Février 2016 à 22:58:08 »
Merci bien Alan Tréard pour ta lecture et ton aimable commentaire.

Ces textes seront peut-être appelés à être un tant soit peu évolutifs dans la durée.
J'attends de clore de les deux derniers pour les équilibrer, le plus harmonieusement possible.
Et prolongerai sans doute en manière de conclusion cette "discussion sur le choc des cultures".

Bien à toi !

Hors ligne Mister Pim

  • Calligraphe
  • Messages: 139
Re : Drapeau Noir
« Réponse #5 le: 15 Avril 2016 à 15:59:10 »
Voici le Drapeau Noir en question.
Bonne lecture !
 ::)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Drapeau Noir
« Réponse #6 le: 15 Avril 2016 à 20:31:03 »
Cher Pim Pam Poum,
Je viens de piger que tu avais commenté ce texte sur ton propre topic intitulé "Zoonose".
J'en profite donc pour convaincre les futurs lecteurs de ce "Drapeau noir" d'aller lire urgemment "Zoonose" afin de profiter pleinement du commentaire de Pim quant au "Drapeau Noir". Je tiens cependant à préciser qu'il n'y a eu aucune collusion entre Pim et moi, dont le but très pathétique aurait été de nous faire une réclame respective et clandestine l'un envers l'autre !  :) :) :)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Drapeau Noir
« Réponse #7 le: 15 Avril 2016 à 20:41:08 »
Thank you well for your reading and pleasant comment, dear Elmorabethi !

 


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