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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.

Auteur Sujet: Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.  (Lu 5229 fois)

Hors ligne trompette sournoise

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Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« le: 25 Mars 2009 à 19:13:32 »
« Oser la chute vers l’avant. Espérer qu’un appui providentiel relayera ce nouvel élan vers un autre pas, puis un nouveau. Avant même que l’on puisse s’en rendre compte, c’est une marche, une danse, une course, peut-être même une vraie trajectoire et, si l’on a beaucoup de chance, un moyen d’arriver à destination. Mais finalement, la destination importe peu. La véritable beauté se trouve dans le mouvement.
Oser la chute vers l’avant.
S’abandonner au destin
…(effrayant premier pas, absurde peur de l’inconnu, immonde confort, illusoire confort statique qui nous plante là, derrière la ligne rouge, les semelles engluées sur une terre même pas conquise, héritée, loin des cœurs qui battent, ailleurs)…
Oser la chute vers l’avant, se lever, tout droit, abandonner tout espoir de retour, se mettre sur un pied et, le cœur délicieusement soulevé, enfin, basculer. »

La silhouette d’un homme courbé sur un morceau de papier se dessine au dessus de la falaise. Ses doigts engourdis autour d’un stylo mâchonné rédigent quelques lignes, au milieu de la brume. Debout, sur une jambe, l’homme se concentre. Le vent froisse le papier, la bruine efface quelques lettres, au hasard. Les mouettes battent des ailes autour de lui, mais n’avancent pas. Ses lèvres bougent : « enfin, basculer ».

« Oser la chute, vers l’avant, créer l’inertie, s’envoler. »

L’homme soudain vacille, fait des moulinets avec ses bras. Une pierre se dérobe sous lui et dégringole une centaine de mètres plus bas. Ses mains cherchent le sol, lâchent le morceau de papier qui, d’une bourrasque, est porté au dessus du vide, virevolte, puis descend lentement vers la mer. L’homme, accroupi, les doigts serrés autour d’une touffe d’herbe humide, regarde ses mots lui échapper.
Un enfant se tient à présent derrière lui.
-   Je m’appelle Tim Bair. Je pousse les gens, avoue le gamin.
L’homme se redresse, essuie ses mains contre son jean, fronce les sourcils, tente un sourire, se crispe, utilise finalement sa main droite pour se gratter la nuque, et dit :
-   C’est assez vilain.
L’enfant joue avec la fermeture éclair de son anorak.
-   Ceux qui veulent tomber, je les aide, il répond.
L’homme se retourne et regarde dans le vide. Son ventre se rebelle. Il imagine sa carcasse sanguinolente dispersée sur des rochers pointus. Son attention revient sur son inquiétant interlocuteur mineur. Il s’agit d’un individu d’une dizaine d’année au visage triste. Personne d’autre en vue, la nuit tombe.
-   Qu’est-ce que tu fais là au juste ? Où ils sont tes parents ? Comment t’es venu ? T’es pas un peu malade ?
La fermeture éclair de son anorak fait « zip », « zip ». L’enfant semble vouloir produire un rythme. Il se concentre. Puis finit par répondre, ennuyé :
-   Tu voulais pas vraiment tomber, pas vrai ? Comment tu fais pour tenir aussi longtemps sur une jambe ? Et c’est quoi que t’étais en train d’écrire ? Une lettre d’adieux ? Je parie que c’était une lettre d’adieux… Mais tu bluffais. Ceux qui veulent vraiment tomber, je leur donne juste une pichenette et ils disparaissent.
 

Effectivement, l’homme avait senti quelque chose le toucher dans le bas du dos avant de prendre peur et de se raccrocher désespérément à la terre ferme. S’il voulait vraiment se foutre en l’air, l’homme n’en savait trop rien. Pas vraiment. Juste sentir le goût que ça pouvait avoir, probablement. N’empêche, il avait bien failli y passer à cause de ce môme.
-   Tu réponds souvent aux questions par d’autres questions, petit ? Où sont tes parents, nom de Dieu ?
-   Je m’appelle Tim Bair, je pousse les gens. Je leur donne un coup de main. C’est mon boulot. Mes parents sont sûrement devant la télévision. Mon père raterait le journal télévisé pour rien au monde parce qu’il fait parti du syndicat de sa boite. Il est tourneur-fraiseur. Il faut qu’il se tienne au courant des mesures du gouvernement, au cas où il devrait organiser une grève. Ma mère, c’est les désastres naturels qu’elle adore. Les cyclones, ce genre de truc. Elle dit tout le temps que c’est dégueulasse que les cyclones qui font des centaines de morts portent toujours des noms de femmes. C’est du sexisme catastrophique selon elle.
Quand il entend ça, l’homme se demande s’il n’aurait pas mieux fait de se balancer en bas de lui-même plutôt que d’entendre Tim Bair lui raconter les détails de sa vie familiale. Surtout que le gamin n’arrête pas de triturer sa fermeture éclair en même temps qu’il déraille complètement à propos des cyclones et du syndicat.
-   Arrête-ça, ok ?
-   Quoi ?
-   Arrête de jouer avec ton anorak, ça me rend dingue.
-   Oh. Pardon. C’est parce que je suis stressé. C’est assez stressant, tu vois, pousser les gens. Filer un coup de main. Le problème c’est que même les plus motivés, la plupart du temps, il sont là, au bord du vide, et il osent pas. Pas moyen de se décider. « Y’a que le premier pas qui coûte ». C’est ce qu’on dit. C’est comme dans les bals quand les garçons se balancent sur leurs chaises, en attendant de trouver le courage de se lever et d’aller inviter une fille à danser. Moi, tout ce que je fais, je les aide à se décider.
Zip, Zip…Zip, Zip….Zip, Zip, Zip
- Tu sais ce que c’est de venir ici, juste au bord de la falaise, la nuit, passer des heures dans le froid, chialer même, y’en a qui chialent, pour finalement rebrousser chemin et rentrer chez soi ? Par manque de courage ? C’est pire que de tomber, crois-moi. Après, ils rentrent chez eux et c’est comme quand la dernière chanson du bal se termine et qu’il faut de lever de sa chaise, laisser les gens passer le balais, ranger les tables, et les filles, elles sont toutes parties avec d’autre types. Moi, tout ce que je fais, je les pousse un peu avant que la musique s’arrête, tu comprends ?
L’enfant se tait un instant. Enlève ses doigts de la fermeture éclair.
-   Désolé. Je le fais sans faire attention. C’est le stress.
-   Bon, ok, admettons…Tu les pousses… Alors, bon…
L’homme sort une cigarette de sa veste et la place entre ses lèvres. Ses mains continuent à fouiller ses poches, frénétiquement.
-   Du feu ? demande Tim en tendant un briquet.
-   Ouais, merci. Tu…
L’homme hésite un instant, puis demande :
-   T’en veux une ?
-   Non c’est gentil. J’ai arrêté.
-   Bon ok alors… Dis-moi…
Le gamin reprend son briquet et ouvre grand les yeux face à l’homme qui tire nerveusement sur sa cigarette.
-   Dis-moi combien t’en as… poussé jusqu’ici, hein ? Trois, quatre ? Une dizaine ? Combien t’en as aidé ?
Tim se laisse tomber accroupi, soudain très las. Comme si un poids énorme venait de s’abattre sur ses jeunes épaules. Comme si tous ceux qui s’étaient jetés un jour de la falaise venaient de lui tomber sur le dos. Il compte sur ses doigts. Une main. Puis deux. Quand il n’a plus assez de doigts, l’enfant dit :
-   Beaucoup.
L’homme a un mouvement vers l’enfant. On dirait qu’il va le prendre dans ses bras. Finalement, il s’assoit à côté de lui. Tim ramasse des petits cailloux et les jette en contrebas. A la manière dont il incline la tête, oreille tendue vers le vide, on voit bien qu’il essaie d’entendre quand les pierres viennent heurter les rochers, ou tomber dans l’eau. Lorsqu’il s’aperçoit que l’homme l’observe, il dit :
-   Il me faudrait de plus grosses pierres, comme ça on entendrait quand elles arrivent en bas. Comment on peut vraiment savoir qu’elles arrivent en bas si on peut pas les entendre ? On peut pas, à mon avis. Qu’est-ce qu’il y avait écrit sur ton papier ?
L’homme tire une dernière fois sur sa cigarette et, d’un mouvement sec de l’index, envoie son mégot rejoindre les petits cailloux jetés par l’enfant.
-   « Oser la chute vers l’avant, se lever, tout droit, abandonner tout espoir de retour, se mettre sur un pied et, le cœur délicieusement soulevé, enfin, basculer », entre-autres…
-   Pourquoi les gens viennent toujours basculer ici ? demande Tim, en mimant le geste de l’homme, une cigarette imaginaire au bout des doigts.
-   Peut-être qu’ils ont trop envie de savoir si les pierres arrivent vraiment en bas. Un peu comme toi. Peut-être qu’ils espèrent réellement pouvoir voler. Peut-être qu’ils ont trop regardé de journaux télévisés. J’en sais rien…
-   Pourquoi, toi, t’es venu basculer ici ce soir ?
Zip, Zip….Zip, Zip….Zip, Zip, Zip…
-   Peut-être que je voulais rencontrer Tim Bair, celui qui pousse les gens. Peut-être que j’avais besoin d’un coup de main pour me décider.
-   Mais tu n’es pas tombé…
-   Tu ne m’as pas poussé assez fort.
-   J’en ai vu disparaître pour moins que ça.
-   Alors, sans doute que je voulais me mettre à l’épreuve.
-   C’est chouette d’écrire sur une jambe, comme tu fais. T’écris toujours comme ça ? Même chez toi ?
-   Non.
-   …
-   Ca m’a pris comme ça.

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #1 le: 25 Mars 2009 à 19:26:13 »
Citer
d’un individu d’une dizaine d’année

années

Citer
il fait parti du syndicat de sa boite
partie et boîte

ça change vachement de ce que tu fais d'habitude, dis-moi !

Alors deux points : j'ai été tout de suite accrochée, c'est bien mené, intrigant, bref, j'aurais dit que j'aimais beaucoup si... j'avais compris la fin. C'est une fin ? C'est fini ? J'ai dû rater quelque chose  :(
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Menthe

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #2 le: 27 Mars 2009 à 20:10:42 »
Deuxième nouvelle que je lis de ta part et ça y est, c'est signé : j'adore.
La fluidité avec laquelle les idées s'agencent, les relations qui se tissent entre les personnages, l'insolite des situations, l'originalité sans l'être tout à fait, c'est-à-dire dans la limite de la correctitude mais pas tout à fait.
bref, c'est vraiment un grand plaisir de lire ces petits textes. Pas très longs, juste comme il faut. Des petits bouts de plaisir à lire
Miam

Merci encore !
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #3 le: 28 Mars 2009 à 11:17:47 »
Je dirai comme Milora: ça change de ce que tu fais d'habitude! Mais j'aime aussi, c'est très beau, encore avec ce style si fluide, si naturel...
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
- Dumbledore -
*
Books ! Best weapons in the world.
- Doctor Who -

Hors ligne trompette sournoise

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #4 le: 21 Avril 2009 à 13:05:16 »
Un texte un peu retravaillé, et une suite.



« Oser la chute vers l’avant. Espérer qu’un appui providentiel relayera cet élan vers un autre pas, puis un nouveau. Avant même que l’on puisse s’en rendre compte, c’est une marche, une danse, une course, peut-être même une vraie trajectoire et, si l’on a beaucoup de chance, un moyen d’arriver à destination. Mais finalement, la destination importe peu. La véritable beauté se trouve dans le mouvement.
Oser la chute vers l’avant.
S’abandonner au destin
…(effrayant premier pas, absurde peur de l’inconnu, immonde confort, illusoire confort statique qui nous plante là, derrière la ligne rouge, les semelles engluées sur une terre même pas conquise, héritée, loin des cœurs qui battent, ailleurs)…
Oser la chute vers l’avant, se lever, tout droit, abandonner tout espoir de retour, se mettre sur un pied et, le cœur délicieusement soulevé, enfin, basculer. »

La silhouette d’un homme courbé sur un morceau de papier se dessine au dessus de la falaise. Ses doigts engourdis autour d’un stylo mâchonné rédigent quelques lignes, au milieu de la brume. Debout, sur une jambe, l’homme se concentre. Le vent froisse le papier, la bruine efface quelques lettres, au hasard. Les mouettes battent des ailes autour de lui, mais n’avancent pas. Ses lèvres bougent : « enfin, basculer ».

« Oser la chute, vers l’avant, créer l’inertie, s’envoler. »

L’homme soudain vacille, fait des moulinets avec ses bras. Une pierre se dérobe sous lui et dégringole une centaine de mètres plus bas. Ses mains cherchent le sol, lâchent le morceau de papier qui, d’une bourrasque, est porté au dessus du vide, virevolte, puis descend lentement vers la mer. L’homme, accroupi, les doigts serrés autour d’une touffe d’herbe humide, regarde ses mots lui échapper.
Un enfant se tient à présent derrière lui.

- Je m’appelle Tim Bair. Je pousse les gens, avoue le gamin.

L’homme se redresse, essuie ses mains contre son jean, fronce les sourcils, tente un sourire, se crispe, utilise finalement sa main droite pour se gratter la nuque, et dit :

- C’est assez vilain.

L’enfant joue avec la fermeture éclair de son anorak.

- Ceux qui veulent tomber, je les aide, il répond.

L’homme se retourne et regarde dans le vide. Son ventre se rebelle. Il imagine sa carcasse sanguinolente dispersée sur des rochers pointus. Son attention revient sur son inquiétant interlocuteur. Il s’agit d’un individu d’une dizaine d’année au visage triste, portant un lourd cartable. Personne d’autre en vue, la nuit tombe.







- Qu’est-ce que tu fais là au juste ? Où ils sont tes parents ? Comment t’es venu ? T’es pas un peu malade ?

La fermeture éclair de son anorak fait « zip », « zip ». L’enfant semble vouloir produire un rythme. Il se concentre. Puis finit par répondre, ennuyé :

- Tu voulais pas vraiment tomber, pas vrai ? Comment tu fais pour tenir aussi longtemps sur une jambe ? Et c’est quoi que t’étais en train d’écrire ? Une lettre d’adieux ? Je parie que c’était une lettre d’adieux… Mais tu bluffais. Ceux qui veulent vraiment tomber, je leur donne juste une pichenette et ils disparaissent.

Effectivement, l’homme avait senti quelque chose le toucher dans le bas du dos avant de prendre peur et de se raccrocher désespérément à la terre ferme. S’il voulait vraiment se foutre en l’air, l’homme n’en savait trop rien. Pas vraiment. Juste sentir le goût que ça pouvait avoir, probablement. N’empêche, il avait bien failli y passer à cause de ce môme.

- Ca t’arrive de répondre aux questions, petit ? Où sont tes parents, nom de Dieu ?
- Je m’appelle Tim Bair, je pousse les gens. Je leur donne un coup de main. C’est mon boulot. Mes parents sont sûrement devant la télévision. Mon père raterait le journal télévisé pour rien au monde parce qu’il fait parti du syndicat de sa boite. Il est tourneur-fraiseur. Il faut qu’il se tienne au courant des mesures du gouvernement, au cas où il devrait organiser une grève. Ma mère, c’est les désastres naturels qu’elle adore. Les cyclones, ce genre de truc. Elle dit tout le temps que c’est dégueulasse que les cyclones qui font des centaines de morts portent toujours des noms de femmes. C’est du sexisme catastrophique selon elle.

Quand il entend ça, l’homme se demande s’il n’aurait pas mieux fait de se balancer en bas de lui-même plutôt que d’entendre Tim Bair lui raconter les détails de sa vie familiale. Surtout que le gamin n’arrête pas de triturer sa fermeture éclair en même temps qu’il déraille complètement à propos des cyclones et du syndicat.

- Arrête-ça, ok ?
- Quoi ?
- Arrête de jouer avec ton anorak, ça me rend dingue.
- Oh. Pardon. C’est parce que je suis stressé. C’est assez stressant, tu vois, pousser les gens. Filer un coup de main. Le problème c’est que même les plus motivés, la plupart du temps, il sont là, au bord du vide, et il osent pas. Pas moyen de se décider. « Y’a que le premier pas qui coûte ». C’est ce qu’on dit. C’est comme dans les bals quand les garçons se balancent sur leurs chaises, en attendant de trouver le courage de se lever et d’aller inviter une fille à danser. Moi, tout ce que je fais, je les aide à se décider.

Zip, Zip…Zip, Zip….Zip, Zip, Zip








- Tu sais ce que c’est de venir ici, juste au bord de la falaise, la nuit, passer des heures dans le froid, chialer même, y’en a qui chialent, pour finalement rebrousser chemin et rentrer chez soi ? Par manque de courage ? C’est pire que de tomber, crois-moi. Après, ils rentrent chez eux et c’est comme quand la dernière chanson du bal se termine et qu’il faut de lever de sa chaise, laisser les gens passer le balais, ranger les tables, et les filles, elles sont toutes parties avec d’autre types. Moi, tout ce que je fais, je les pousse un peu avant que la musique s’arrête, tu comprends ?

L’enfant se tait un instant. Enlève ses doigts de la fermeture éclair.

- Désolé. Je le fais sans faire attention. C’est le stress.
- Bon, ok, admettons…Tu les pousses… Alors, bon…

L’homme sort une cigarette de sa veste et la place entre ses lèvres. Ses mains continuent à fouiller ses poches, frénétiquement.

- Du feu ? demande Tim en tendant un briquet.
- Ouais, merci. Tu…

L’homme hésite un instant, puis demande :

- T’en veux une ?
- Non c’est gentil. J’ai arrêté.
- Bon ok alors… Dis-moi…

Le gamin reprend son briquet et ouvre grand les yeux face à l’homme qui tire nerveusement sur sa cigarette.

- Dis-moi combien t’en as… poussé jusqu’ici, hein ? Trois, quatre ? Une dizaine ? Combien t’en as aidé ?

Tim se laisse tomber accroupi, soudain très las. Comme si un poids énorme venait de s’abattre sur ses jeunes épaules. Comme si tous ceux qui s’étaient jetés un jour de la falaise venaient de lui tomber sur le dos. Il compte sur ses doigts. Une main. Puis deux. Quand il n’a plus assez de doigts, l’enfant dit :

- Beaucoup.

L’homme a un mouvement vers l’enfant. On dirait qu’il va le prendre dans ses bras. Finalement, il s’assoit à côté de lui. Tim ramasse des petits cailloux et les jette en contrebas. A la manière dont il incline la tête, oreille tendue vers le vide, on voit bien qu’il essaie d’entendre quand les pierres viennent heurter les rochers, ou tomber dans l’eau. Lorsqu’il s’aperçoit que l’homme l’observe, il dit :

- Il me faudrait de plus grosses pierres, comme ça on entendrait quand elles arrivent en bas. Comment on peut vraiment savoir qu’elles arrivent en bas si on peut pas les entendre ? On peut pas, à mon avis. Qu’est-ce qu’il y avait écrit sur ton papier ?


L’homme tire une dernière fois sur sa cigarette et, d’un mouvement sec de l’index, envoie son mégot rejoindre les petits cailloux jetés par l’enfant.

- « Oser la chute vers l’avant, se lever, tout droit, abandonner tout espoir de retour, se mettre sur un pied et, le cœur délicieusement soulevé, enfin, basculer », entre-autres…
- Pourquoi les gens viennent toujours basculer ici ? demande Tim, en mimant le geste de l’homme, une cigarette imaginaire au bout des doigts.
- Peut-être qu’ils ont trop envie de savoir si les pierres arrivent vraiment en bas. Un peu comme toi. Peut-être qu’ils espèrent réellement pouvoir voler. Peut-être qu’ils ont trop regardé de journaux télévisés. J’en sais rien…
- Pourquoi, toi, t’es venu basculer ici ce soir ?

Zip, Zip….Zip, Zip….Zip, Zip, Zip…

- Peu importe, Tim. Où est-ce que tu vis ? J’vois aucune maison par ici.

Tim regarde autour de lui, comme s’il venait de découvrir le paysage. Il plisse les yeux. Il met son index dans sa bouche et commence à mordiller celui-ci. L’homme remarque que les ongles du gosse sont copieusement rongés.

- Il fait vraiment noir maintenant, observe-t-il. Ce que j’aimerais, c’est un bon dessin-animé et des crêpes. Hein ? Qu’est-ce que tu dis de ça ? Bip-Bip, le coyote et une montagne de crêpes ! Je déteste Bip-Bip. Moi, je suis à fond avec le coyote. Tu sais ce qu’il y a à l’entrée du paradis ?

L’homme, toujours sans réponse, se sent soudain envahi par une grande lassitude. Ses bras tombent le long de son corps, il tourne la tête vers l’enfant et le regarde droit dans les yeux, en fronçant les sourcils.

- Qu’est-ce qu’il y a à l’entrée du paradis ? demande-t-il avec l’air du type qui vient de perdre au ping-pong pour la troisième fois d’affilé.

Tim est ravi. Il l’aurait dit de toute façon mais se réjouit de voir que son interlocuteur se met enfin à poser des questions censées. Il s’approche de l’homme et lui dit, sur le ton de la confidence :

- Il y a Monsieur très sévère qui t’accueille avec la main sur un levier. S’il descend le levier, tu brules en enfer. S’il le lève, tu t’envoles au paradis. Et il pose une seule question. La question est : qui préférez-vous, Bip-Bip ou le Coyote ? C’est un Monsieur très sérieux. Il ne plaisante pas. Et si tu veux un conseil, tu ferais mieux de lui donner la réponse qu’il attend sinon c’est des fourches dans le cul et une éternité de cuisson dans de grandes marmites rouillées. Moi, je suis à fond avec le Coyote. J’irai droit au paradis. Une fois, je me suis endormi devant la télé. C’est un truc qui m’arrive tout le temps. C’était il y a très longtemps, je devais avoir quelque chose comme six ans. Je m’endors sans faire gaffe devant les dessins-animés et voilà que le Coyote se met à gagner du terrain sur cette stupide autruche. Je crois que c’est une autruche. Bref, il est sur des patins à roulettes et il a cette énorme fusée qui le propulse à toute berzingue et il est à deux doigts d’attraper cette saleté de piaf. Evidemment, tout le monde s’attend à ce qu’un rocher lui tombe dessus, ou qu’il se prenne le décor en pleine poire, ou qu’un train surgisse de nulle-part et l’écrabouille. Mais non.
Le Coyote attrape Bip-Bip par le cou, l’attache à un arbre, le déplume avec un chalumeau et allume un feu. Ensuite, il jette Bip-Bip dans les flammes et se met à rigoler comme un dingue, des grosses veines dans les yeux. Ouah, je me souviens surtout de ce passage. La dernière image qu’on voit, c’est le Coyote en train de mordre dans une cuisse croustillante. Tu vois bien qu’il savoure sa victoire et qu’il repense à toutes les gamelles pas possibles qu’il s’est payées pour déguster un morceau de viande un peu coriace. L’autruche c’est coriace. Et voilà. Je crois que c’est le plus beau rêve de ma vie. Même si c’est vrai que j’en ai oublié beaucoup, comme tout le monde. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était un vrai épisode alors je demandais à mes copains « Hé, vous avez vu celui où Bip-Bip se fait bouffer ? » mais y’en avait aucun pour…
- TIM ! BORDEL ! Où est-ce que tu habites ? Merde.

Zip, Zip….Zip, Zip….Zip, Zip, Zip…

- Enfin, Tim… Il fait noir, il fait froid, y’a pas âme qui vive à dix bornes de nous, je suis encore en haut de cette foutue falaise, tu racontes n’importe quoi, je sais pas ce que je vais faire de toi et arrête avec cette fermeture éclair ou c’est toi que je balance dans le vide, comme ça je serai pas venu pour rien.

Zi…

- Pardon. Je le ferai plus.
- Bien. Et maintenant, je te ramène chez toi. J’ai une voiture, un peu plus haut sur le parking. Tu viens avec moi et tu me montres le chemin. C’est d’accord ?
- Ok.
- Alors en route.
- …mauvaise troupe, tente le gamin.
- Tu l’as dit ! fait l’homme en se levant.

Il sourie et sort une nouvelle cigarette de sa veste. Tim lui tend son briquet.

- C’est là que j’habite.

Sur le briquet, il y a l’adresse d’un hôtel.

- Parfait. On y va, alors.
- Tu peux le garder, dit l’enfant. J’ai vraiment arrêté de fumer. Ca a été dur mais avec la volonté on peut vraiment…
- Attends un peu. T’habites dans un hôtel ?
- Je suis anti-patch, anti-cachets aussi mais si t’as envie de t’en sortir, tu vois c’est…
- Tim ! T’habites à l’hôtel avec un père soudeur syndicaliste ?
- Tourneur-fraiseur. Mais j’ai menti.
- Parfait. Tu m’en as raconté d’autres des salades dans le genre ?

Le gosse fait un geste pour attraper la tirette de son blouson mais se ravise.

- Quelques-unes, avoue-t-il en se bouffant les doigts.
- Par exemple ?
- Tu me croiras pas.
- Essaie quand même.
- Il est possible que tu sois vraiment tombé de la falaise.
- …
- Par exemple.

L’homme profite de ce moment de battement pour allumer sa cigarette. Il hausse les épaules et tire une longue bouffée. Il a la désagréable impression que son tabac est parfumé aux fruits des bois. Pas désagréable, étrange. La fumée qu’il exhale prend une teinte rougeâtre. Il saisit son paquet et l’observe un moment. Imprimés en gros caractères, il lit les mots : « FUMER EST SANS CONSEQUENCES ». Il se frotte les yeux et retourne le paquet. Au dos, il est écrit : « LE TABAC, FAUT PAS CROIRE TOUT CE QU’ON EN DIT ». A part ça, tout est normal. Un paquet standard avec un chameau imprimé dessus.

- Je ne rate jamais mon coup, ajoute Tim.
- Putain de bordel de merde, commente l’homme.

Le vent est tombé. Il s’est cassé la gueule en même temps que le soleil. Ils ont dégringolé ensemble dans l’océan. Les mouettes battent des ailes et avancent.
Tim part devant, en direction du parking. Il saute de rochers en rochers et lorsqu’il n’y en a plus, il marche sur la pointe des pieds afin d’éviter de disparaître dans les sables mouvants. De temps à autres, il ramasse un morceau de bois et le balance droit devant lui, comme un promeneur distrait qui serait sorti sans son chien. L’homme avance mains dans les poches. Il se retourne une fois ou deux, fait quelques pas en marche arrière, regarde s’éloigner le précipice. Puis il sent une main minuscule se glisser dans la sienne.

Zip, Zip….Zip, Zip….Zip, Zip, Zip…

Ils avancent un moment comme ça et on ne sait pas trop qui conduit l’autre.
Quand ils atteignent le parking, l’homme sort de sa torpeur et sourit :

- Tim, on est pas encore partis.

*******

Un parking au bord de la falaise, une voiture, une seule, de la bruine se changeant en pluie, un enfant s’abritant sous un arbre et un homme, courbé, fouillant dans les flaques à la recherche des clefs qu’il avait balancées par-dessus son épaule après s’être garé, sûr de sa décision.
Du temps qui s’écoule.

L’homme passe au crible la moitié du parking, se traite de con, grelotte dans ses vêtements trempés, abandonne, lève les yeux vers Tim ; le gamin se tient sous un grand parapluie, perché sur une jambe, vacillant, avec un petit livre entre les mains et une lampe frontale vissée sur le crane.

- Jamais je retrouverai ces foutues clefs, dit-il en se faisant une place à côté du môme.

Il s’assoit et enlève ses chaussures. Il aimerait bien savoir quel genre de lecture peut captiver un enfant-pousseur mais il ne demande pas. Un môme qui ne répond déjà pas aux questions quand il vous regarde bien en face, faut pas penser qu’il va s’exécuter alors que son esprit bat la campagne entre les lignes serrées d’un livre de poche.

L’homme se penche donc sur l’épaule de Tim et tente d’en savoir un peu plus sur les références littéraires de son jeune et nouvel ami. Tim ne moufte pas. Une ride précoce se creuse entre ses yeux. C’est un dictionnaire. Le bouquin, pas la ride. Modèle réduit. Le genre de truc à vous rendre aveugle. Couverture rouge. Etat d’usure très avancé. Le gamin doit être complètement paumé là-dedans vu qu’il tourne les pages toutes les deux secondes. Peut-être qu’il a oublié son alphabet. Peut-être qu’il est un peu demeuré. Régulièrement, il perd l’équilibre et manque de s’étaler, lui et ses définitions.

- T’as beau jouer les flamands roses, tu me feras pas croire que le dico c’est passionnant. Dis, tu me le prêteras à l’occasion ? Je me souviens plus la fin.
- Ah ah ah. Très drôle. Ce n’est pas un dictionnaire.
- Sûr que c’en est pas un. C’est une borne kilométrique. Je confonds à chaque fois.

Voilà la remarque d’un homme aux chaussettes trempées. Il étend celles-ci à une branche.

- Si c’est pas un foutu dico, poursuit-il, est-ce que tu serais assez sympa pour me dire de quoi il s’agit ? Je me doute que tu vas sans doute me servir une réponse du genre « J’entends pas les cailloux tomber » ou « Les bornes kilométriques seraient plus jolies peintes en vert » mais…
- C’est un livre d’histoires.
- Oh…
- Là-dedans, il y a tous les mots qui existent. Ils sont tous là. J’ouvre une page au hasard et je les entends qui crient « Moi, moi ! Choisis-moi ! ». Il y en a toujours un qui hurle plus fort que les autres alors je l’attrape et c’est par lui que commence mon histoire. Si tous les mots sont là, il y a aussi toutes les histoires du monde. C’est mathématique.

Tim referme un instant le dictionnaire et le met sous le nez de son interlocuteur dégoulinant.

- C’est minuscule et toutes les histoires du monde sont enfermées dedans. Si tu joues trop à ce jeu, tu deviens fou. Moi, je me limite. Je me raconte des histoires de lettres. Par exemple… Donnes moi une lettre, n’importe laquelle…

L’homme regarde tomber la pluie à travers la fumée ocre de sa cigarette. Sa voiture est là, ses clefs ne sont pas-très-loin-mais-où, ses chaussettes sont pendues à une branche, il est assis sur ses chaussures, il ne sait pas s’il est tombé de la falaise ou non, il discute avec un enfant taré qui lit des histoires dans un dictionnaire lorsque sa profession de pousseur-de-suicidaires lui en laisse le loisir. Choisir une lettre plutôt qu’une autre, dans ces conditions, cela demande beaucoup d’abnégation.

- « C », dit l’homme.

Tim ouvre son petit livre rouge à la lettre convenue, ferme les yeux, précipite son index rongé au hasard sur une page.

- « C » comme… Caméléon, annonce Tim.
- Youpi.
- Et maintenant, voilà ton histoire :

Un caméléon remarquablement calme et un calmar aux tentacules calleuses appellent une call-girl suit a une envie subite de câlin.

A mesure qu’il tricote son récit, Tim tourne frénétiquement les pages de son dictionnaire. Il s’interrompt entre chaque phrase, juste un instant. Le temps de marier absurdement les mots qui hurlent le plus fort.

« La cambrure d’une call-girl, c’est comme un calumet qu’on fume chichement dans une confortable caverne » dit le caméléon.
« Certainement » réponds le calmar, conciliant.
Cinq minutes plus tard, la call-girl débarque. Zéro cellulite. Cédant certainement à toutes les convoitises. Le charme se calque alors sur la chambre capitonnée.
« Chek-list ? » interroge le calmar.
« Capotes, chatouilleur, clown en cire, crucifix, curare, couette chauffante, cyber-clavecin et une clepsydre conceptuelle » énumère le caméléon tandis qu’il sort des choses de son cabas.
« Coquins » chuchote la call-girl.
« Cochonne ! » répondent en chœur les clients en confiance.
Ils se conditionnent et culbutent la call-girl comme on cherche une confiserie sur un chemin de confettis.
Elle crie. Ils couinent. Et tous chutent.
Puis, un condor congolais croasse au fin fond du contient et leur confisque le sommeil.
La call-girl cahote jusqu’à la sortie et dit :
« Ciao mes cocos ! »

- Impressionnant, dit l’homme. J’aurais jamais cru qu’on puisse raconter autant de bêtises rien qu’avec la lettre « C ». Une histoire pas tellement de ton âge en plus…
- Choisis une autre lettre !
- Non. Non merci, là, vraiment…

Un peu déçu, Tim ferme son parapluie, qu’il range dans son cartable avec le « livre d’histoires » et la lampe frontale.

- Il ne pleut presque plus, observe-t-il. En plus, je crois que personne d’autre ne viendra se jeter de la falaise aujourd’hui. Mauvaise soirée. Je dis pas ça pour toi. Tu viens ? On peut être à l’hôtel dans une heure, si on marche vite.
- Tim, est-ce que je suis mort ?
- Est-ce que tu te sens mort ?
- J’en sais rien. Comment on est censé se sentir ?
- J’en sais rien.
- Moi, je me dis, quand on meurt il y a plus rien. C’est tout noir et puis c’est la fin quoi… Certainement pas Bip-Bip, le Coyote, un caméléon, un calmar, des clopes estampillées « sans conséquences » et un gamin qui n’en sait rien. Après la mort, c’est rideau et on pourrit lentement ! Point final.
- Quand on vit aussi, on pourrit lentement.

L’homme se relève en appuyant ses mains sur le haut de ses cuisses. Il se cambre, baille et tend la main vers l’enfant.

- Tim, t’es vraiment un boute-en-train. Tu sais, ça ? Allez, en route.
- Mauvaise troupe !
- Allons-voir où tu crèches…

******

Une route qui serpente le long de la falaise, un enfant avec les bras écartés marchant sur une ligne blanche, feignant de perdre l’équilibre à intervalles réguliers, se rattrapant, passant une main sur son front, recommençant à mettre un pied devant l’autre, en faisant bien gaffe, il doit y avoir 6000 mètres de précipice de chaque côté…
Une route qui n’en finit pas, le long de cette saloperie de falaise, un homme pieds nus sur l’asphalte, avec une démarche d’ivrogne, automate un peu triste partageant le bitume avec un équilibriste mineur.
La lune, le bruit de leurs pas, celui des vagues au loin et un air de blues, parfaitement, un air de blues échappé d’une guitare désaccordée. Là-bas. On dirait que ça vient du carrefour qui se dessine à l’horizon.
Tim part en courant, oubliant soudain sa ligne blanche et tout péril de chute mortelle. Il détale et son gros cartable ricoche sur son dos. Gamin galopant sur une route déserte, sous la lune, laissant derrière lui un homme trainant des pieds.
La musique se précise.
Une silhouette apparaît : un type assis sur une valise déglinguée, au bord de la chaussée, avec une guitare trouée sur les genoux. Un vieux noir qui attend dans la nuit.
Tim a vite fait de le rejoindre et se poste devant lui, le souffle court, fasciné par cet ancêtre qui remue la tête et frappe le sol de ses gros souliers sans lacets. Fasciné par ces doigts noueux qui se crispent sur le manche de cette guitare, comme s’ils voulaient l’étrangler. Fasciné par les paroles plaintives murmurées par ce vieillard sur quelques accords mineur. Fasciné par ce visage parcouru de rides, qui s’anime au fil de la chanson, comme pour souligner la gravité de la chose.

Cryin', ain't goin' down this big road by myself
Now don't you hear me talkin', pretty mama?
Lord, ain't goin' down this big road by myself
If I don't carry you, gon' carry somebody else

Tim s’assoit en tailleur face au bluesman et, sans s’en apercevoir, se met lui aussi à opiner du chef. Vu de loin, on dirait deux bavards qui seraient d’accord sur tout.

- On dirait deux autistes abandonnés au bord du chemin, préfère commenter l’homme au pas trainant alors qu’il arrive à leur hauteur, ses chaussures à la main.

Le bluesman semble sortir un peu de sa torpeur. Sans jamais quitter Tim des yeux ni s’arrêter de jouer une seule seconde, il a ce grand sourire et dit :

- Bonjour petit
- Salut, fait Tim.
- Qu’est-ce que vous fabriquez ici ? demande l’homme.
- Qu’est-ce que je fous là, mon gars ? Je joue de ma guitare au cas où t’aurais pas remarqué.


Le bluesman fait un clin d’œil à Tim. Le môme se marre doucement.

- A côte d’un champ de maïs, au milieu de nulle part, en pleine nuit ? Vous devez être un sacré timide, commente l’homme
- C’est très joli comme musique, juge Tim.
- C’est du blues mon garçon. Un bon vieux Delta Blues que m’a appris mon papa ; qui le tenait de son vieux ; qui l’avait appris d’un type qui s’appelait Tommy Johnson ; qui le devait au Diable en personne. Ce morceau, Tommy l’a composé ici-même, là où les routes forment une croix.

Le bluesman joue sans y prêter attention. Cela ne lui demande pas plus d’effort que de mâchonner un chewing-gum en attendant le bus. Ses godasses battent toujours la mesure. Tim ne va pas tarder à se décrocher la tête s’il continue à la secouer comme ça.

- Tommy Johnson est venu ici, il y a presque cent ans. C’était juste un gamin paumé à un carrefour. Il s’est assis avec sa guitare, la nuit tombait et il jouait un mauvais blues, le cul par terre. Pendant deux bonnes heures il a fait ça.

Le Bluesman enchaine sur un court solo qu’il accompagne de grimaces absurdes et de spasmes vigoureux au niveau des épaules. On a l’impression que s’il était possible de coincer ce vieux dans un étau, il ne serait plus capable de sortir la moindre note.

- A minuit, un type se pointe, du genre costaud. Un géant à ce qu’on dit. Un mec avec la peau plus noire que n’importe quel nègre et des mains immenses. Il regarde jouer Tommy Johnson pendant un petit moment et ça lui casse les oreilles. Alors il lui dit « Toi, tu es venu pour vendre ton âme… Avec un jeu comme le tien, t’iras pas beaucoup plus loin que ce putain de carrefour. Fais voir ta guitare, fais voir une seconde et tu pourras jouer n’importe quoi, toutes les femmes voudront coucher avec toi et tu seras le meilleur, je te le garantis. Juste ton âme en échange. C’est pas cher payé, ton âme. J’suis sûr que tu savais même pas que t’en avais une, avant ce soir. Donnes-moi ton âme et toutes les femelles seront subjuguées littéralement, je te le jure, les gens viendront t’écouter de partout, fais voir cette guitare maintenant… ». Tommy Johnson était juste un gamin. C’est vrai qu’il s’en foutait complètement de son âme. J’veux dire… Il était encore puceau. Il s’en foutait complètement alors il tend sa guitare au géant et l’immense noir lui accorde sa gratte en deux secondes. Mi, la, ré, sol, si, mi. Deux secondes. Et puis c’est tout. Ensuite il lui rend son instrument et il dit : « Voilà. Maintenant, t’es dans une vraie merde, petit. Tu vas salement en baver, crois moi, mais en échange de ton âme, cette guitare, tu en feras ce que tu voudras mon ami. Aussi vrai que je suis le Diable. »
Z’auriez pas une cigarette, M’sieur ?

Le bluesman se retourne pour la première fois vers l’homme.

- Z’auriez pas une clope, M’sieur ? Même une petite ?


L’homme lui tend son paquet mais comme l’autre ne semble pas décidé à lâcher sa gratte, il faut lui coller la cigarette dans le bec, comme a un bébé. Un qui fumerait, quoi. Il faut lui allumer aussi. Tim se porte volontaire pour lui ôter de la bouche de temps en temps, et faire tomber la cendre. L’histoire du bluesman continue ainsi :

- Tommy Johnson est passé du statut de joueur minable itinérant à celui de référence incontestable du blues, fondateur du Delta Blues et fornicateur invétéré. Entre temps, il se battait, buvait comme un trou, devait de l’argent à la ville entière et se foutait en rogne chaque fois qu’il passait devant une église. La fin, j’préfère même pas vous la raconter en détails, je veux pas vous pourrir la soirée mais bon, ce qui est sûr, c’est que Tommy a canné juste après un concert, en 1956. Y’en a qui disent crise cardiaque. Moi je dis : mon cul. La vérité, c’est que le Diable a cassé son jouet. Dans les coulisses ce soir là, on a retrouvé le corps mais jamais la guitare.

Le bluesman entame un passage particulièrement sombre. Il frappe sur la caisse et se met à hurler des insanités à la lune, qui encaisse sans broncher. Il tape des pieds comme un dingue et soulève quelques nuages de poussière. Puis il retombe sur le riff original inventé par Tommy Johnson, il y a cent ans de ça, là où les routes forment une croix. Il crache son mégot à une distance d’environ cinq mètres, ce qui laisse Tim très admiratif.

- C’est une histoire triste, commente le gamin. Je crois que Tommy aurait mieux fait d’apprendre tout seul.
- Tu peux pas apprendre ce que Tommy faisait avec sa guitare après que le Diable ait foutu son nez dedans. Ceux qui l’ont entendu jouer cette musique, je crois qu’ils pouvaient plus jamais être heureux, après. C’était un truc à faire chialer le dernier des enculeurs de poules. Excuse-moi petit. C’était beau et ça foutait les jetons. Quand t’avais entendu ça, t’en avais plus rien à cirer de lever tes fesses pour aller au boulot. Tu t’en foutais si ta femme allait coucher avec ton meilleur pote ou si elle cramait ton steak. Tout ce que tu voulais, c’était boire et fumer des cigarettes. Merci pour la clope l’ami, au passage… C’est quoi ton nom ?
- Paul Katz, répond l’homme.
- C’est pas génial, commente Tim.
- Comment ça ? Tu connais même pas son nom ? demande le vieux.
- C’est l’homme-qui-se-tient-sur-une-jambe-au-bord-de-la-falaise, son nom, décrète le gamin.
- Pas très commode en cas d’urgence… Moi, c’est Charley Winston. Et toi, petit ?
- Je m’appelle Tim Bair, je pousse les gens.
- Curieux blaze. Tous les deux… Je suis Charley Winston les mecs. Souvenez-vous de moi, ok ? Z’auriez pas l’heure M’sieur Katz, maintenant qu’on est potes et tout ?

L’homme regarde sa montre mais les aiguilles veulent rien savoir. Elles s’agitent dans tous les sens. Désespéré, il fait une moue désolée et se fend d’un pronostic :

- Il doit être quelque chose comme 23h30… Difficile à dire.
- Bah, laisse tomber. Je crois qu’Il viendra pas ce soir non-plu. Je vais rester là encore un peu et puis je reprendrai la route.


Tim se lève et fait mine de partir. L’homme qui s’appelle Paul Katz lui embraye le pas, n’ayant rien de mieux à faire.

- Salut les mecs. Et rappelez-vous de Tommy Johnson, ok ? Et ne m’oubliez-pas non-plus…
- Salut.
- Au revoir.

Quelques pas plus loin, Tim se retourne.

- Hey, Charley ! Qui tu préfères, Bip-Bip ou le Coyote ?
- Petit, j’ai jamais pu blairer cet emplumé de roadrunner.
- Tu veux dire l’autruche ?
- C’est un foutu roadrunner. Geo-coccyx, son petit nom. Grande taille, crête foncée, bec fort, grande queue, pattes longues et, surtout, con comme la lune. Tu peux pas te tromper. Jamais pu blairer ce maudit animal…
- Vous irez droit au paradis, M’sieur.
- Dieux m’en préserve, petit. Autant me faire bouffer les couilles par un caïman à lunettes.
- Au revoir, Charley Winston.
- Salut mon gars…

Une route, un gamin qui tient un homme par la main, Zip, Zip….Zip, Zip….Zip, Zip, Zip…, une odeur de chien mouillé et un air de guitare qui s’éloigne.

Cryin', ain't goin' down this big road by myself
Now don't you hear me talkin', pretty mama?
Lord, ain't goin' down this big road by myself
If I don't carry you, gon' carry somebody else

- Il en savait des trucs sur les animaux et la musique, pas vrai ? fait Tim en secouant la grande paluche molle qui se laisse conduire sans résistance.

L’homme plonge ses yeux dans ceux de son guide. Il y a pas mal de blues dans ce regard. Des hectares et des hectares de champs de coton.

- Tim, quand est-ce qu’on arrive ?

Hors ligne Marygold

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #5 le: 21 Avril 2009 à 16:59:33 »
J'avais pas lu la première version, mais la deuxième... Waaah ! :)
J'adore, vraiment. Le gamin (j'adore son nom) est vraiment hypnotisant, et puis il a des réflexions géniales.
Je ne sais pas quoi dire de plus, je pourrais détailler ce que j'ai aimé et tout mais c'est pas super intéressant et ça serait trop long. De toute façon, j'ai tout aimé, du zip zip à l'air de Charley Winston. En passant par le titre, évidemment, mais là je me demande encore si tu l'as choisi par hasard (en rapport avec le texte, bien sûr) ou s'il a vraiment un sens.

J'imagine qu'il y a une suite et/ou fin, non ?
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Jezy

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #6 le: 22 Avril 2009 à 10:59:00 »
Alors ici je prend le risque de le dire, mais tant pis :
A chaque
Citer
Oser la chute vers l’avant.
je lis "Oser la chute EN avant".
Ca me semble plus logique comme tournure...
Qu'est-ce que t'en pense ?*


Sinon et à part à ça... qu'est-ce que c'est bien écrit !
Surtout les changements de styles intempestif, que j'ai bien du mal a décrire d'ailleurs, mais qui font toute la force de ce texte. Et puis tous les petits détails signifiant, qui mettent le rythme, qui ancrent l'histoire, comme les zip zip, le "non j'ai arrété", la marche sur le bitume/ au dessus du précipice, la recherche des clés... On sent les personnages à travers les mots du narrateur.
En fait, si je devais comparer avec un auteur que je connais, je dirais Stephen King. Mais pas au niveau du thème (que j'ai déjà accordé à Marygold), plus au niveau du style d'écriture.
C'est quelque chose ! Le genre que j'aimerai bien savoir faire. Mais bon c'est pas grave, tant que des gens comme toi savent encore maitriser ce style, tout va bien ^^

Quand au contexte de l'histoire, c'est bien intriguant. J'avoue avoir bien plus préféré la première partie que la seconde, mais dans la continuité, ca se tient. Le pousseur de gens, il me faisait froid dans le dos, mais finalement ça va, on va pas dire qu'on s'attache mais la curiosité entretient. Le katz, lui, c'est pas pareil. Il a pas trop une tête de suicidaire, même s'il a balancé ses clés de bagnole. Mais après tout, c'est à lui qu'on s'identifie, donc c'est surement pour ça aussi qu'il me semble plus normal qu'il ne devrait l'être.

Mon passage préféré, c'est avec le dictionnaire ^^ quelle belle idée tout de même !

Tu compte écrire une suite encore ?  :)
« Modifié: 22 Avril 2009 à 11:02:10 par Jezy »
« Vous êtes mon café émotionnel ! » Meeting 2016

« Les câlins, c'est le bien, il faut en faire sans modération » - Ernya

Hors ligne trompette sournoise

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #7 le: 05 Mai 2009 à 13:50:48 »
Hey ! Merci d'être passés et d'avoir réussi à venir à bout de cette longue lecture.

J'aimerais qu'il y ait une suite mais je sens que je suis déjà en train de m'embourber alors je ne vous promets rien.
Toujours cette sale manie de jamais réussir à boucler quoi que ce soit.

Merci encore

Hors ligne Scorpnix

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #8 le: 29 Juillet 2009 à 14:25:16 »
Rahlala. Deuxième texte que je lis de toi, après Sa Majesté Fulgurante, et je pense que je suis officiellement fan de ce que tu fais :P
C'est complètement différent, le style est beaucoup plus... plus grave, plus sombre, plus profond peut-être.
Je suis d'accord avec tout ce qu'on dit les autres, les petits détails qui font tout, les changements dans la narration, les personnages trop spé mais trop intéressants...

T'as un putain de talent, et comme dit Jezy, j'aimerais bien savoir faire un truc pareil.

Tu donnes des émotions dingues, tu nous entraines immédiatement dans ton histoire, dans les délires des personnages... On délire avec eux, on s'évade, et ça c'est super bon :D

Bravo et merci de nous donner ce genre de plaisir ;)

J'espère vraiment que tu feras une suite ... ;)

Hors ligne Séléna!

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #9 le: 29 Juillet 2009 à 19:00:27 »
Wah.
-Certes, mais encore ?
 -Ben... wah !
Bref ! Je me sors du texte, et je commente de manière un peu plus construite ^^
Bon, comme tu l'auras compris, j'ai adoré. Je suis juste un peu frustrée sur la fin, mais ce genre de fin frustrante est magique aussi, parce que je reste dans l'histoire, dans le monde créé, et que j'aime ça. Et puis plus long, je ne sais pas, est-ce qu'on ne va pas se lasser ? Peut-être pas, parce que ton écriture emporte vraiment.
J'aime beaucoup la "naïveté" du texte. Je veux dire par là toutes ces phrases qu'on dirait sorties de la bouche d'un gamin, qui donnent une ambiance un peu de conte, pour moi ( le "C'est assez vilain", et aussi la phrase  "Ceux qui veulent tomber, je les aide, il répond. ", à cause de l'inversion de "répond-il", et d'autres, mais ça serait long)

Le passage avec le bluesman, ça me fait penser à l'extrait de "En attendant Godot" que j'ai lu... C'est volontaire ?

Et petit détail: quand tu dis "après que le Diable ait foutu son nez dedans", normalement, c'est "après que le Diable a foutu", ou "avait foutu". Mais comme c'est du discours direct, l'usage courant est peut-être plus logique, même s'il n'est pas correct.
Ich weiss nicht, was soll es bedeuten...

Hors ligne Fubuki

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #10 le: 29 Juillet 2009 à 21:15:08 »
Hey complètement de Sa Majesté Fulgurante ce texte =)

Et j'dois dire que j'ai beaucoup moins accroché, faut dire aussi que l'histoire est un peu flou ... voire bancal =/ l'homme est en haut de la falaise, a-t-il vraiment voulu tomber, pas vraiment ? Qu'est-ce que l'enfant fait ici ? Il refuse de répondre certes mais quelques élèments de réponse n'aurait pas été de refus, là on a un peu l'impression que c'est l'auteur même qui ignore d'où vient l'enfant ...

Bref je ne me suis pas retrouvé  :huhu:  mais l'écriture reste plaisante à lire mais çà c'est pas étonnant venant de la Trompette hein !  :D

Concernant le nom de l'enfant j'ai une question : Tim Bair, çà fait références au "Timber" des bûcherons canadiens quand un arbre était sur le point de tomber ? En tous cas, la références m'a bien fait marrer ! xD

Et pour la légende du guitariste au carrefour j'avais lu la même dans un Stephen King =) mais il s'agissait de Robert Johnson,  grand bluesman de son époque =) même cité par Martin Luther King dans un de ces discours qui est mort empoisonné en 1938  :)

J4avais relevé un autre point aussi mais arf j'ai oublié de le noter donc du coup j'sais plus U_U




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Hors ligne Scorpnix

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Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #11 le: 29 Juillet 2009 à 21:45:53 »
Et j'dois dire que j'ai beaucoup moins accroché, faut dire aussi que l'histoire est un peu flou ... voire bancal =/ l'homme est en haut de la falaise, a-t-il vraiment voulu tomber, pas vraiment ? Qu'est-ce que l'enfant fait ici ? Il refuse de répondre certes mais quelques élèments de réponse n'aurait pas été de refus, là on a un peu l'impression que c'est l'auteur même qui ignore d'où vient l'enfant ...

J'ai envie de dire... et alors ? :D Une histoire doit-elle être nette et précise, avec un début, une fin, et des explications avant la fin ? La magie de ce texte c'est qu'il est très flou, justement ! Les personnages, leur histoire, d'où ils viennent, pourquoi ils sont là... On n'en sait rien ! Mais le fait est qu'ils sont là, et que c'est cette rencontre qui est décrite. Ce qu'il y a derrière, c'est à nous de l'imaginer. L'auteur a peut-être sa petite idée, mais ptete qu'il a pas envie de la partager, c'est tout...

D'ailleurs en lisant le texte j'avais toujours une impression de brume, d'humidité, de brouillard... mais je ne me souviens pas avoir lu une description ou même l'allusion à la brume quelque part... du coup ce paysage serait-il né de l'ambiance même du texte ? Si c'est le cas, chapeau encore une fois  ^^

Bref j'arrête là. :-¬?

Milka

  • Invité
Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #12 le: 29 Juillet 2009 à 22:13:47 »
Lu la deuxième version.

Vachement bien maitrisé ton histoire. Très bien écrit et de l'humour pile là où il le faut. Les dialogues sont bon et Tim blair me plait bien, il me fait penser à un mélange entre le petit prince et le petit Nicolas. Puis sinon, sur le contenu, j'ai préféré la première partie qui m'a semblé plus originale. Une suite est prévu ?

Hors ligne Fubuki

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  • Locked out of Hell
Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #13 le: 29 Juillet 2009 à 22:14:10 »
Citation de: Scorp'
J'ai envie de dire... et alors ?  :D Une histoire doit-elle être nette et précise, avec un début, une fin, et des explications avant la fin ? La magie de ce texte c'est qu'il est très flou, justement ! Les personnages, leur histoire, d'où ils viennent, pourquoi ils sont là... On n'en sait rien ! Mais le fait est qu'ils sont là, et que c'est cette rencontre qui est décrite. Ce qu'il y a derrière, c'est à nous de l'imaginer. L'auteur a peut-être sa petite idée, mais ptete qu'il a pas envie de la partager, c'est tout...

J'ai envie de dire ... et alors ?  :D  Ce que tu dis est fondé, mais il s'agissait là de mon avis personnel, de ma vision subjective du texte ...  ^^

Fire your Dragon up !

france

  • Invité
Re : Les mouettes battent des ailes, mais n'avancent pas.
« Réponse #14 le: 30 Juillet 2009 à 11:01:59 »
Effectivement c'est intrigant, j'ai eu envie de lire à la première  ligne mais peut- être pas au titre (en fait j'avais voulu lire un autre texte et j'ai mal cliqué).

Je trouve qu'une grosse suite serait la bienvenue. Qu'est- ce qui a conduit ce faux suicidaire ici? Et que va- t- il faire? L'idée de suicide peut- elle quitter totalement cet individu? Quelle va être sa vie (donner un aperçu) s'il "n'a pas le courage" de passer à l'acte?

Qui est réellement cet enfant? Un vivant? Un mort? Un ange? S'il est vivant, quelle histoire peut se nouer entre ces deux personnages? Comment gère- t-il sa culpabilité? Ca m'inspire d'autres idées mais ce texte est le tiens.

Je trouve ce gamin un peu en avance sur son âge dans son vocabulaire et surtout dans sa syntaxe (tu as dit une dizaine d'années? précise- ou pas d'ailleurs, ça ajoute au mystère): ne peux- tu employer un peu de syntaxe relâchée quand il s'exprime?


AH OK IL Y A UNE SUITE... Pardon.

Cette histoire de vendre son âme pour savoir jouer de la guitare de manière envoûtante me rappelle l'intrigue de Reservation Blues de Sherman Alexie.

Ca me laisse perplexe; j'aime mieux les histoires plus concrètes, moins spirituelles. Non que ça ne soit pas intéressant mais c'est rare que ça m'apporte vraiment quelque chose. C'est mon avis.
D'où te vient cette histoire de Bip Bip et le Coyotte? Fantaisie du diable depuis leur création au 20ème siècle pour choisir les âmes?
 Comment tu interprètes que ceux qui préfèrent Bip Bip vont en enfer? Ce sont les éternels gagnants sur terre qui sont punis après? Les perdants gagnent le paradis? Mais d'une certaine manière Bip Bip est  une proie permanente qui pourrait se faire prendre...  Enfin c'est vrai qu'elle gagne grâce à ses capacités: vitesse, malice (si, il y a des épisodes où on voit qu'il est malin). Tu n'évoques aucune morale ds ce tri... Par contre le bluesman parle de vendre son âme en échange de la réussite... Ce sont deux versions différentes du tri des âmes...

Tim est- il le diable? ds ce cas pourquoi a-t-il donné à Paul la réponse qu'il faut fournir pour aller au paradis? Lui a- t-il laissé le choix et pourquoi? Les hésitants ont- ils droit à une seconde chance?

En somme, le blues est le symbole du mal, c'est ça? Les gens qui tombent sous son charme comme le dit le guitariste se foutent d'être cocus et de tout? C pas faux...

Pas mal de questions de fond (dsl pour la forme mais c pas ce qui m'a frappée) mais évidemment pourquoi rendre le texte bcp plus explicite, il est assez magique... Envoûtant. Mais ce côté sombre ne m'apporte rien, j'aime les textes qui m'apportent quelque chose, une meilleure compréhension du monde, des autres... Qui me permet d'accéder à plus d'harmonie... C'est mon point de vue.

Voilà pas de cadeaux mais ce n'est pas intentionnel et de toutes façons ce n'est que mon point de vue; quand je soumettrai des textes j'attends aussi des critiques, c'est intéressant (même si les miennes ne sont pas forcément très abouties mais je n'ai pas fait lettres modernes mais langues...)
 
« Modifié: 30 Juillet 2009 à 13:43:21 par france »

 


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