Bonjour à vous,
Voici un défi plutôt riche en contraintes ; j'ai dû me contenter de dix
r et me passer de virgule. Il commence mal, finit bien ( si si ), contient un personnage toujours joyeux, et a été écrit avec
cette musique en boucle, ce qui m'a valu quelques difficultés

C'est une expérience très sympa, sur quoi je remercie chaleureusement Kailiana.
Un dernier mot ? En toute franchise, j'ai envie de lancer un petit " Han, c'est trop dur ! O_o Surtout les
r"
L'Ondin badin
« Ahah ! Ah ah ah ! »
J'attendais cette fameuse nouvelle qu'ils me devaient depuis quelques temps déjà ; c'est ce matin même que la décision me tombait dessus.
« La bonne blague ! Vous me dépossédez de mes jambes ?
- Il le faut – me fût-il objecté non sans malaise.
- Manifestement vous êtes mutins. Et comment est-ce que je fais ?! Depuis des minutes que je veux changer de zone ! »
C'était avec une joie non feinte que je m'égosillais. Mon index plaignant les visait – l'insistance essentielle à tout aveu. J'étais plié. Ils plaisantaient immanquablement.
Toutefois... le temps passant... j'achevai de me lasser. On m'avait tout de même ôté mes deux gambettes ; je ne pouvais plus faire quoi que ce soit. Ma gaieté allait décidément mieux aux chants qu'à mes cauteleux semblables. Ceux-ci ne m'écoutaient pas.
Je chantais justement un peu en patientant.
Ainsi ils m'isolaient dans la zone Minute ? Qu'il en soit ainsi. Notons au passage que je n'y pouvais que dalle. J'attendis davantage.
Je soupçonnai tout à coup que quelque chose clochait – l'absence de mes jambes mise de côté. Dans quel but le moine désigné au cantique de ce matin me lançait-il ces coups d'œil agacés ? Ma position – en plein milieu de la nef – était-elle en cause ?
Cependant je ne me déplaçais pas. C'était seulement une question de capacité finalement. Je n'étais pas coupable de cette décision qui n'était pas mienne.
Je guettais quelques instants un signe explicite qui ne vint pas. M'accoudant nonchalamment à la hanche d'un moine occupé à ses vocalises – lequel ne me vit même pas ! - le bel ondin que je suis se plongea dans des méditations métaphysiques d'une complexité excessive.
Il n'y eut finalement plus un son dans la colossale église. J'étais allongé au sol. Passait à côté de moi l'abbé. Il tenait sa houppelande à la main et sifflotait une mélodie épaisse et lente ; je tendis la main tout en poussant une plainte simulée.
« Qu'y-a-t-il mon bon ami ? »
Mais quel malice décapante ! Tant mieux. J'étais en liesse. Il en était ainsi à chaque fois que quelque ennui me tombait dessus.
« J'aide ; cela est de ma tâche – continua-t-il. Donc ?
- J'ai besoin d'ailes. La zone Seconde m'attend... »
Et voilà que je lui expliquais tout. Il était absent quand le comité des moines m'avait annoncé la violente nouvelle. Il m'écouta jusqu'au bout ; il esquissa même quelques mines significatives.
A vous qui me lisez : à ce point je vous dois un minimum d'explications. Tout commença il y a de cela cinq lunes – dans le temps de deux passages du soleil du soleil à son zénith. Les moines édifièrent une titanesque cloison qui divisait le pays en deux plus une zones – ce en usant à l'excès de mes capacités magiques. Dès que ce fut fait chaque habitant posséda une centaine d'unités de temps. Cependant l'effet qu'elles avaient changeait nettement en fonction du lieu. Nous nous situions dans la zone Minute. Mais moi j'avais envie que mon existence s'achève au plus vite. En moins de dix minutes. Et au bas mot.
Le louable abbé m'achemina jusqu'à l'enceinte. Ils avaient voulu me dissimuler dans ce coin isolé en m'ôtant mes guibolles ? Eh bien c'était loupé. Ah ah.
Je contins mon souffle devant cet édifice tout de bois blanc. La zone Seconde n'attendait plus que moi ! Jamais je ne me demandai les motifs des agissements de l'abbé – cela ne comptait pas.
« Bien. Maintenant. Envoie-moi au-delà de ce machin de bois. Que j'atteigne la zone Seconde.
- Maintiens-bien tes jambes – ajouta-t-il avec bon goût.
- Ahum. »
Ce que je me sentais bête en cet instant !...
Mes pensées m'occupaient tant que j'avais omis un détail capital. Les yeux de ce fichu moine au quantique du début de matinée étaient continuellement fixés sur moi. Ni la distance – ni le simple fait qu'il se fasse un thé à deux lieues de moi – ne semblaient des obstacles. Il se situait en-dessous de l'abbé dans l'échelle de puissance et d'influence mais tout de même ; nul ne l'empêchait de nous dénoncer tous deux à un nouveau doyen. On en manquait pas.
Ainsi donc je fus éjecté tout en sachant que ma fuite était constatée dans le même temps. Je touchai le sol et sa multitude de plantes touffues dans lesquelles je m'enfonçais.
C'est ici que je m'éteins.
Dans quelques secondes tout sera achevé.
Ce que ces gens si malins avaient tenté d'éviter ! Et ils ont échoué ! Je m'esclaffe à foison. Avec mon absence – laquelle me colle déjà à la peau – je vais mettre un point final à cette fantaisiste scission du monde en zones.
La joie à chaque seconde plus puissante m'envahit. J'absous ce monde de ses décisions énigmatiques. Sans elles le fouillis que j'affectionne tant et la félicité qui va avec.
Fin.