Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 mai 2019 à 23:34:48

Le Monde de L'Écriture » Messages récents

Messages récents

Pages: [1] 2 3 ... 10
1
Poésie / Re : L'Ice-Dream [contenu très explicite]
« Dernier message par Alan Tréard le Aujourd'hui à 23:31:06 »
Je ne sais pas pourquoi Marcel Dorcel n'a pas répondu à ton commentaire, Spontex, j'en suis désolé. J'espère qu'il prendra le temps de te répondre, je ne pourrais pas parler à sa place de son texte.

J'encourage poliment Marcel Dorcel à t'apporter une réponse bienveillante à ton commentaire que tu as pris le temps d'écrire.

Mes salutations respectueuses, Spontex.
2
Boite à idées / Re : Raconte-moi la Terre
« Dernier message par Rémi le Aujourd'hui à 23:29:10 »
 :coeur: :coeur:

Trop chouette !
3
Poésie / Re : L'Ice-Dream [contenu très explicite]
« Dernier message par Spontex31 le Aujourd'hui à 23:04:22 »
Bonjour Alan,

Pour que les choses soient tout à fait claires, les 'compliments' du membre que je suis ne sont pas des compliments et à fortiori, n'ont pas vocation à être gentils. Cette petite flèche, assez méprisante envers nous, introduit implicitement une espèce de hiérarchie où tu aurais un rang supposé supérieur entraînant en même temps, compétence et pertinence supérieures.

Libre à toi de voir les choses de cette façon. Pour ma part, je ne revendique rien de ce genre.  Je n'ai aucune vocation, aucune compétence pour pratiquer une lecture critique et/ou analytique d'un texte. Je l'ai déjà dit ailleurs. Ce serait déplacé et prétentieux.  Mes petits commentaires traduisent juste ce que je ressens au moment de la lecture. Je reste très basique. Je lis, je ressens, je commente éventuellement. Point barre !  Aucun jugement de valeur dans mes propos, aucune appréciation critique. Juste un ressenti instantané sans aucune portée.  Chacun est libre d'écrire sur ce qu'il veut et comme il le veut, et tant pis si les lecteurs n'y comprennent rien. Mon commentaire lui même n'a pas été compris.  Mais quelle importance ?

Sur un autre plan, je ne pense pas qu'il soit vraiment possible de juger la création d'autrui autrement que sous une angle purement académique ou par comparaison à ses références propres. C'est à dire sous l'angle finalement assez convenu de l'ordre en place où celui toujours limité de ses propres connaissances. D'une certaine manière, cela va donc à l'encontre de l'idée même de création.  Non ?  Bien entendu, je force un peu le trait pour le propos, mais ....


A bientôt, ici ou ailleurs ....

4
Textes courts / Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Dernier message par Ben.G le Aujourd'hui à 23:00:12 »
yo

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il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies
un poil lourd ? y'a moyen de trouver une accroche plus simple je pense


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donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali
virgule pour la respiration, après surréaliste, voir en plus après hypnotique

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typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.
pareil, manque de respiration, typographique est vraiment utile ? (on comprend faute), émaillaient aussi même si c'est chouette

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« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.
bon ça c'est juste moi qui aime pas les didascalies dans les textes haha, pour moi quand le texte est assez clair, y'a zéro besoin de préciser, mais c'est rien de fautif et c'est un genre aussi



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le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
tu vois je te parlais de tirets haha, typiquement j'aurais tenté un tirets sur le - et ennuyeuse - pour le mettre en apparté comique et donner du relief dans les phrases un peu longues, mais, lis Les Souterrains de Kerouac (ouioui)


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après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier
hm, je verrai ptet ce "familiarisé' après le reste que tu décris, parce que familiariser indique une habitude et c'est bizarre de le voir direct là (enfin, je sais pas, ça dépend si tu entends familiariser comme hm, prendre ses marques, faire un tour, repérer quoi, mais c'est ptet uste moi qui voit trop d'habitude dans familiariser)

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Écrire. Avec fièvre. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé aux au crâne, chaque après-midi. On apprit vite à le laisser en paix. De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
ah c'est ouf comme d'un coup y'a du rythme, on sort des longues phrases qui ont toutes des débuts et connecteurs logiques, pour dynamiter tout ça, et ça colle avec l'acte d'écrire, bien vu


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difficiles : alors,
t'as un deux points ici, la traduction de ce signe vaut un alors, du coup le alors est redondant (c'est ça qu'est beau et pratique dans les signes de ponctuations, ça permet d'éluder pas mal de connecteurs logiques qui alourdissent parfois le texte, après ça se parcimonise)


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En attendant que l’effet somnifère l’emporte, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.
joli


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Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
je trouve les deux qui pas très bien venus (surplonbant ça passerait ? j'ai l'impression que t'es pas trop participe présent du coup vu que t'es tout au passé)


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La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne.
j'aime bien ! mais tes phrases frisent quand même la limite de la longueur


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avec partout en lui une grande agitation
partout en lui je trouve ça bizarre comme formulation haha, avec une grand agitation juste non ?



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L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
J'aime beaucoup



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Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises.
ses crises ?


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Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager entretenu par les membres du service – il accepta poliment et accomplit sa tâche plongé dans ses pensées.
remarque globale, je pense qu'il faudrait que tu poses plus tes phrases par moment, en fait tu sort des phrases où tout se connectes bien ensemble, du coup dur d'y placer des virgules, mais ça sort un peu trop d'un bloc expositionnel, genre tout est rattaché l'un à l'autre, pourtant il faudrait que cette info sur les membres du service soit un peu décalée, pour laisser repisrer aussi les infos, ça fait beaucoup d'info dans une seule préposition. Et le tiret est cool, tu pourrais même point virguler ici haha (en gros la différence c'est que le tiret tu mets une nuance, le point virgule une rupture mais avec une idée liée, ici t'as carrément une rupture puisque t'as la conclusion de la première phrase, mais avec une réserve de la part du perso)




J'avais oublié qu'il s'appelaot Maxence à ce stade ! Tu l'as dit qu'une fois au début, ptet le rappeler un coup à la place d'un il



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la fin de son transport.
c'est un terme utilisé ? je connaissais pas ^^


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tous côtés avec de brusques mouvements de nuque,
je fais chier encore hein, mais avec de brusques mouvements, je trouve ça très descriptif au final, si tu disais un truc du genre hm, tournant la tête à s'en faire mal à la nuque, ou sur le qui vive, enfin, un truc qui fasse plus ressentir une urgence ou une forme d'inquiétude (qui n'a pas lieu d'être), mais ouaip, faire ressentir le truc dans le mouvement plutôt que juste dire qu'il y a un mouvement
(et le reste de la phrase est exemplaire et super bien géré par exemple, t'auras compris que je tatillonne à donf du coup)



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Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Ca marche super bien.
(je mettrai ptet juste le Et Marie derrière un point, histoire de marquer à fond la rupture) mais ouaip tout ce passage fonctionne à fond parce que y'a et l'intention et le ressenti derrière chaque geste sans pourtant rien dévoiler, juste suggérer par la lenteur ou la rapidité, c'cool


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des médecins ou au contraire
répétition encore



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Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
haha, ok, bien vu !

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d’infortunes
au singulier non ?


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Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière.
c'est marrant cette phrase est ptet aussi longue que d'autres que j'ai relevé, et pourtant je la trouve parfaite comme ça, je sais pas à quoi ça se tient des fois



La fin avec les lucioles est magnifique. C'est parfait comme conclusion.







Yes, bah du coup globalement, j'ai trouvé peut-être le début un peu inégal avec le reste, un peu trop long/exposition avec des phrases trop cadrées, mais c'est sans doute un peu voulu qu'il y ait cet effet pour que ca rompe ensuite une fois qu'il est vraiment là-bas, je me suis laissé vachement plus emporter à partir de la moitié disons
Et sinon, juste mes remarques sur les phrases parfois un peu longues, parfois tu veux trop préciser les choses en donnant toutes les infos ou mots longs, mais je pense que c'est pas toujours nécessaire de donner toutes ces infos, si ça apporte pas tellement au fond (dans le sens, diversité du décor) et que c'est des infos osef, c'est pas forcément la peine d'allonger avec la précision quoi



Voil voilà, avec encore un ptit coup de poncage et retravail sur certains passages, y'a moyen d'avoir un truc vraiment chouette, parce que la veine de la fin, l'expressivité de certaines scènes (avec Marie par exemple) tient vraiment une puissance dans l'expression et l'image
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Textes courts / Re : Quand tu reviendras, maman.
« Dernier message par ElodieH le Aujourd'hui à 22:43:44 »
Bonsoir, merci pour ce commentaire, ça me touche vraiment.

Et mince par contre, j'ai oublié que c'était la fête des mères prochainement en le publiant. Ca rend la chose encore moins gaie j'en suis désolée.

Merci encore pour ta lecture :)
6
Textes courts / In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Dernier message par Aube le Aujourd'hui à 22:15:38 »
Spoiler
[close]


Lorsque Sylvie, l’aide-soignante toute sourire, avait accueilli Maxence à la clinique, il était déjà sous benzodiazépine. Les anxiolytiques avaient levé la plupart de ses inhibitions. Alors qu’elle le guidait à travers le parc de l’établissement, il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies. Tantôt il marchait d’un pas trop lent en observant les étrange ridules que le soleil avaient laissées sur le goudron – donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali – tantôt il se moquait des fautes typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.

Après l’inventaire et le premier entretien, il dormit pendant toute la journée. Cela faillit causer quelques problèmes avec sa mère, visiblement inquiète que l’on abrutisse son fils de psychotropes. Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi. On lui assura qu’à l’exception des cachets que Maxence prenait depuis la période précédant son admission, aucun traitement n’avait encore été mis en place.
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.

Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
En effet, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier, après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière et avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « au cas où », il se mit à écrire. Écrire. Avec fièvre. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé au crâne, chaque après-midi. On apprit vite à le laisser en paix. De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
Le soir, il était parmi le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie – même si cela le condamnait à se coucher plus tôt que les autres. Apparemment, les heures qui suivaient le couchant étaient pour lui les plus difficiles : alors, sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible. Une fois les cachets bleus de cyamémazine avalés, il allait au lit et écoutait de la musique, se roulant en boule lorsque le shrapnel glacial de l’angoisse lui vrillait les tripes. En attendant que l’effet somnifère l’emporte, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.

Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
Chaque nuit, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse qui ouvrait sa porte, tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre, pour s’assurer qu’il était bien dans son lit.

La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne. Ils formèrent une sorte de famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige duquel il fallait se soucier. D’un ordinaire calme et serein, il avait plusieurs fois suscité un étonnement inquiet, chez les infirmiers comme chez les patients, en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation. Il se comportait alors étrangement, répondait avec une agressivité contenue aux questions qu’on lui posait, s’épuisait à enchaîner des pompes en plein milieu du couloir ou se murait encore dans un silence obstiné, assis sur une chaise, tandis qu’il se tordait les mains avec une grande violence.
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62 de la clinique. Les infirmiers n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter ce que le jeune homme traversait. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises. Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager entretenu par les membres du service – il accepta poliment et accomplit sa tâche plongé dans ses pensées. Michel lui avait refilé en douce un paquet de tabac et des feuilles de cigarette à profusion – Maxence avait souri et les avait presque toutes jetées. Les crises prenaient de l’ampleur et, finalement, Marie l’accueillit à l’infirmerie pour l’aider à attendre la fin de son transport. Alors qu’il regardait de tous côtés avec de brusques mouvements de nuque, sur le qui-vive tandis que rien, pourtant, ne troublait le silence du couloir, elle lui parla d’une voix douce en lorgnant sur son dossier :

« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Le dossier indiquait en effet que Maxence était en relation avec sa compagne actuelle depuis six ans. Il était aussi inscrit que son état suicidaire avait été déclenché par une rupture amoureuse datant de trois semaines. Marie s’en voulut d’avoir cédé à sa curiosité.

Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent. Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie.

« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réalisées sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
Il avait hoché la tête, mais une fulgurance lucide avait traversé ses yeux clairs. Avec une certaine tranquillité, si l’on prenait en compte le caractère dégénératif, chronique et cauchemardesque du trouble qu’on venait de lui « confirmer », il rétorqua :

« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »

La réponse lui tira un sourire plus franc, quoi que mangé de barbe :

« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins… Pour moi ce sont les prémices de symptômes délirants qui sont amoindris par les médicaments. »

Maxence fit mine de comprendre. Afficha une acceptation contrite. Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparue de sa figure.
Il salua poliment sa psychiatre tout en réprimant un rire féroce.

Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
***
Maxence aimait profondément ses compagnons d’infortunes. Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer. Les plus intimes d’entre-eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient. Il souriait alors et, inhabituellement gêné, se faisait évasif… aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait. Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire. Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements provoqués par les traitements, que l’on n'aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants ! Oui, en cela, Maxence était une sorte de fanal pour eux tous. Un fanal qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait. Tout en lui le disait : il était là où il voulait être et il s’en irait quand il aurait repris des forces.

La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.

Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.

Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse. Sûr que des mots à écrire, il en avait.
7
Textes courts / Re : Au-delà des Alpes
« Dernier message par Alan Tréard le Aujourd'hui à 21:41:40 »
Bonjour derrierelemiroir,

Je suis charmé par cette séduction que tu glisses dans les mots, elle a un quelque chose de sincère et de l'espoir enthousiaste (je ne sais pas l'exprimer dans des mots suffisamment explicites mais tu me donnes envie d'aimer la vie).

Je crois que, des différents sujets d'étude que révèle le texte, c'est celui de l'amitié que j'aurais aimé voir le mieux exposé ici. Ce que j'aime dans ton regard sur l'amitié entre trois femmes, c'est l'attachement sincère, la volonté d'être à la hauteur et de donner le meilleur de toi-même : c'est tout ce que j'aurais aimé trouver mieux développé dans ces mots.

Je me doute que, venant de moi, cette impression de lecture pourrait ressembler à du désintérêt, pourtant non ! C'est plutôt que je ne sais pas toujours comment m'adresser à mes propres amis, alors qu'avec toi j'ose me confier et parler de ce que j'ai de plus intime sur le cœur, et qu'aujourd'hui j'aimerais m'inspirer de ton regard sur l'amitié pour transformer moi-même mon regard sur les autres. Je crois que c'est ça, aussi, la littérature : s'inspirer les uns les autres.

Avec l'espoir que mes mots t'inspirent les plus belles créations.
8
Boite à idées / Re : Raconte-moi la Terre
« Dernier message par Ben.G le Aujourd'hui à 21:25:31 »
Haaaan  :coeur: :coeur: (ce mur en plus, un des mammouths originels  :coeur: )
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Textes courts / Re : Quand tu reviendras, maman.
« Dernier message par Nathalie Marie le Aujourd'hui à 21:23:07 »
Ton texte m'a agrippée dès le début et ne m'a pas lâchée jusqu'au point final.
Une larme a aussi brillé dans mes yeux, à l'avant dernier paragraphe, tant l'émotion est puissante.
Sans doute autant de souffrance à l'approche de la fête des mères me semble insupportable...
Merci d'avoir partagé cette histoire ElodieH
10
Actualités du forum / Re : Salut, et encore merci pour le poisson
« Dernier message par Ben.G le Aujourd'hui à 21:15:48 »
Et aujourd'hui, c'est Likon21 qui quitte le forum, bonne route !
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