Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 mars 2019 à 06:45:30

Le Monde de L'Écriture » Messages récents

Messages récents

Pages: [1] 2 3 ... 10
1
Textes courts / Re : A plat
« Dernier message par andre48 le Aujourd'hui à 02:57:35 »
Merci @ B.Didault, Max74, Lavekrep codaraque, Claudius pour vos commentaires.
J’avais quelques phrases écrites il y a deux ans et allez savoir pourquoi l’air du temps m’a poussé à en faire un petit texte.
À force d’entendre les médias parler d’écologie et de réchauffement, la solution a dû germer dans mon esprit : moins nombreux ou bien plus légers.
Bien sûr personne ne songe à tuer son prochain, mais l’aplatir ou s’aplatir reste envisageable.
Mon prénom est bien André, et 48, si je m’en souviens… ce doit être… correspondre à l’année d’une naissance…
2
Poésie / Re : Tu danses dans la fumée bleue
« Dernier message par B.Didault le Aujourd'hui à 00:38:11 »
Merci Angie (Bien que j'apprécie ton pseudo, je trouve qu'Angie va mieux avec tes textes... "Plus près des étoiles")

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j'espère que tu me permets de t'appeler ainsi
...ça tombe bien, c'est mon vrai prénom.

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J'espère t'avoir aidé.
En fait j'ai copié ton commentaire, je le considère comme un cours que je vais relire.

Comme tu as pu (peut-être) le lire sur ma page personnelle, je n'approche l'écriture que depuis quelques années.
Je n'ai pas mentionné d'auteurs de chansons, mes préférences vont vers les narrations (Brel, Brassens, Joan Baez, Suzanne Vega entre autres), mais également les textes que l'on ressent plus qu'on ne les entend (je sais ce n'est pas facile, il faut tout de même les entendre un peu).

Je n'ai aucun talent en la matière, mais ce n'est pas ce qui m'empêche d'essayer. Le parfait homonyme dont je parle dans ma présentation est parolier de chanteurs et chanteuses connus, mais  l’homonymie s'arrête au nom, pas au talent. Lorsque je l'ai contacté il y a quelques années, il m'a dit être en plus Prof de Math : Cocktail impressionnant.

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L'important c'est qu'il y ait une harmonie à l'intérieur des strophes.
Comme tu le laisse entendre, et ton texte le prouve, les émotions de l'inspiration attire la rime comme la lumière les papillons.

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(il peut même y avoir des pré-refrains)
Qu'appelles-tu des pré-refrains ?
As-tu posté un exemple ?

Merci encore pour ton exemple et ton aide encourageante.
3
(c'est pas ridicule d'avoir des états d'âmes. Du tout)
bah oui c'est bien normal ! avec le temps et l’énergie qu'on y passe, pis y a des petites part de nous dans nos textes...

en tout cas il t'invite à tenter sur un autre style, ça reste une invitation c'est pour ça que je disais que c'était cool comme échange quand même :)

et si lui ça correspond pas à sa ligne, ça ne veut pas dire que tu n'as pas tes chances auprès d'autres éditeurs !

 :calin: :calin: :calin: :calin:
4
Je me retrouve complètement dans les mots d'Erwan, je me dis que l'on trouve une multitude de fonctions dans la littérature, celle-ci recèle de nouvelles découvertes et on sait en faire toujours de nouvelles choses.

Pour ce qui est de la fonction pour l'auteur lui-même, ce qui est peut-être le plus courant à mon avis, car la majorité des textes écrits ne rencontrent que peu le public, dans mon cas c'est le plaisir d'écrire, je pense, la stimulation intellectuelle, le jeu esthétique, le jeu avec les mots, le simple fait de raconter une belle histoire. Mais je pense qu'il pourrait y avoir mille autres motivations, comme la guérison, le militantisme et tout ce que l'humain peut porter... C'est comme la plupart des arts, d'ailleurs, en peinture c'est pareil, les motivations sont aussi variées que les gens qui les portent.

Ou cinquante raisons de lire un bon bouquin ! ^^

Moi, aimer lire : c'est aussi le « plaisir [de lire], je pense, la stimulation intellectuelle, le jeu esthétique, le jeu avec les mots, le simple fait de [découvrir] une belle histoire. »

D'ailleurs, je cherche encore toutes les utilités de l'écriture pour les utiliser dans mes écrits. En fait, à chaque fois que je trouve une nouvelle « fonction », ben j'écris un petit poème ou un truc comme ça pour m'y essayer, et si ça marche, ben je le mets dans un projet un peu plus conséquent comme dans mes contes féeriques. Mais parfois ça marche pas trop, c'est moi qui n'y arrive pas ou ça correspond pas à mes capacités. Dommage... ::)

Si j'essayais de résumer aujourd'hui ce que je trouve dans un bouquin, ce serait : soit des savoirs qui élèvent ma pensée vers des vertus ou des valeurs de connaissance ; soit des goûts qui sont proches des miens, rire, aventure, beauté, famille ; soit un thème d'actualité politique ou économique ou spirituelle ou quelque chose de notre époque qui fait écho à mon quotidien.
5
Textes courts / Re : Oeuvre
« Dernier message par Rémi le Hier à 22:57:14 »
Salut Koondéra ;)

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de bons grès
de bon gré
(et ça me semble pas compatible avec une lecture par politesse : de bon gré, c'est un choix libre)

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le jour du tamis des souvenirs, des cailloux de petits poussins.
j'aime bien le tamis des souvenirs, par contre je capte pas la fin de la phrase

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là où j’aurai voulu être encore,
j'aurais

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voilà déjà que ma sueur sèche.
j'aime bien cette image

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Réussie, l’œuvre quand elle existe me rejette
peut-elle ne pas exister si elle est réussie ? (je vois pas bien ce que tu veux dire)

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faire part de naissance
faire-part

Alors, forcément, Koondéra qui parle d'immortalité, ça fait penser à L'immortalité de Kundera ^^ (l'un de mes romans préférés)

Je pense que le texte gagnerait à se vouloir plus "léger", aussi bien au niveau du sens (un peu plus d'ironie, de regard amusé sur l'affaire...) qu'au niveau de la forme, parfois tu compliques un peu trop sans véritable raison. Bien sûr, c'est mon avis.
Citer
Parmi tous les bouts de papier fins et griffonnés, certains me survivront par mes enfants le jour du tamis des souvenirs,
ça par exemple, ça me semble bien équilibré, ça fonctionne pour moi

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Mais parfois, par une goutte ici, un rebond là-bas, grattement de plume sur regard écarquillé, faire part de naissance d’un souvenir incarné, celle-ci dira un peu de moi.
là, je trouve que tu en fais trop : utilisation de "rebond" qui est un terme un peu flou pour une oeuvre picturale (à mon avis), suppression des articles avant grattement et regard, image du "faire-part de naissance d'un souvenir incarné" ; utilisation, à la fin de la phrase, de "celle-ci" qui renvoie à l'oeuvre qui est dans la phrase-paragraphe d'avant ; personnalisation de l'oeuvre qui "dira"...
Ça fait trop de complexité ensemble à mon avis. Si tu ne gardais que l'idée du faire-part, ça aurait plus d'éclat.

Voilà pour mon avis, à prendre pour ce qu'il vaut hein !

A+
Rémi
6
(c'est pas ridicule d'avoir des états d'âmes. Du tout)

(et oui ça peut sembler un peu rude pour la sensibilité des bébés manuscrit, mais des fois on veut commencer à lire un truc et on se rend compte qu'on n'est pas dans l'ambiance pour le lire... mais du coup quand c'est toi qui l'a écrit forcément ca fait douter...)
7
Textes courts / Re : Nettoyage intrusif
« Dernier message par Léilwën le Hier à 22:44:36 »
Hoy !

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( pour ma part )
=> pas d'espaces après les ouvertures et avant les fermetures de parenthèses (comme pour les guillemets)
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( pour un rythme base 48, hier pour un base 24 )
=> même remarque et je n'ai pas compris :-[
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En voyant une sac débordant
=> un sac
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( et de caleçons collants oui... ça va hein )
=> même remarque espaces/parenthèses ; huuuum, c'est gouleyant :mrgreen:
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je décharge le sac carrefour
=> Carrefour (nom de marque = majuscule)
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et me demande quel commité surpayé avait bien pu en arriver à çà
=> :D ; "comité" ; pour la concordance des temps "a bien pu etc" ; "à ça" (à ma connaissance, la seule occurrence de "çà" est dans l'expression "çà et là")
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Désespéré de répondre logiquement à cet audacieuse publicité
=> je ne comprends pas la logique :-[
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je surcharge la machine de tissus rugueux que mes biceps seuls parviennent à contraindre dans le tambour
=> :D
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Ayant une confiance totale dans la qualité
=> "en la qualité" (la structure c'est "avoir confiance en qch/qn")
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je vide 5 bouteilles de lessive dans ce que ma connaissance profonde de la tâche estime être le tiroir à liquide
=> ça n'a pas débordé ? :mrgreen:
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Pris d'un joie
=> "Pris de joie"
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dissémine ça et là
=> "çà et là" (:mrgreen:)
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j'aurais de l'eau a faire
=> à (on ne peut pas dire "j'aurais de l'eau avait faire", du coup ce n'est pas le verbe avoir, mais la préposition)
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"holly shit!
=>"Holly shit!
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friend's appartement
=> appartment
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after tis conversation
=> this
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Fier de ma réalisation de cette situation
=> c'est dit de manière un peu lourdingue je trouve...  si tu veux rester dans le comique, je propose un truc du genre "galvanisé par ma maîtrise de la situation"
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faisant fi de la possible odeur de propre ternie pas l'enfermement
=> :D et "par l'enfermement"
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Les fenêtre s'enchaîne, le dialogue est passionnant!
=> "Les fenêtres s'enchaînent" ; manque un espace avant "!" (comme avant tous les signes doubles ( : ; ! ?))
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du racisme aux trouble mentaux
=> troubles
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( sans pourtant remarquer le lien pourtant flagrant... )
=> pas d'espace aux ouvertures et fermetures de parenthèses et répétition dommage (je trouve)
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naviguant de débat sans désaccords mais agrémenté d'une absence d'avancée réelle, d'un impact ne serait-ce que sur nos vies.
=> je suis moins fan de cette part... elle me semble un peu "forcée" ; débats ; agrémentés
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Je ferai remarquer ici l'action de redressage de dossier effectuée à 3 reprises lors de ce chat
=> l'action de redressage[...] effectuée", c'est un peu lourd comme formulation ; je propose un truc du genre : "Je ferai remarquer ici le redressage de dossiers effectué à 3 reprises lors de ce chat"
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Chacun d'entre vous saisons d'instinct la valeur de ce mouvement
=> j'ai rien compris :-[ (saison = saisit ? :\?)
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( douloureux )
=> espaces/parenthèses :mrgreen:
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( cf. règles chez tous les ados connectés )
=> idem
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( je ne traduirai ici que les majuscules Jesus enc***ur de maman de cake au caca )
=> idem et :D et "waaaaah la traduction supra-littérale :D"
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Je décide de réfléchir calmement décision.
=> il manque des mots, non ? :\? (au moins "à une" ?)
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( et "propres" )
=> espaces/parenthèses :mrgreen: et :viviane:
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( 0ui, j'aime les maths, pas les gens )
=> idem (pour les 2 réactions :mrgreen)
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pour obtenir le taux saleté/sociabilité
=> techniquement, on ne parle pas de "taux", mais de "rapport" (oui, je pinaille ;D)
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Le pourcentage ainsi obtenue
=> pas de "e" ("pourcentage" est masculin)
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constatation valant mille formules:
=> manque un espace avant ":"
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dix minutes de recherches ont maintenues mes dix doigts repliés...
=> à mettre à la suite des ":" et pas à la ligne ; maintenu (pas d'accord avec l'auxiliaire "avoir" (sauf si le COD est placé devant))
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la machine à me faire lever
=> :D
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je rumine!
=> manque un espace avant "!"
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teintée de déception!
=> idem
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Je ne visualise que trop bien cette odeur
=> visualise ou imagine ? :\? (on ne peut pas visualiser une odeur...)
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"Je te maudis sur 5 générations moi du passé! Tu fais tout le temps ce genre de coup! Déjà à l'école ce gros con! Il laissait mes devoirs vidés de toutes les réponses que je pensais trouver! Et tout ces matins où ce lâche m'a laissé tomber dans le lit!
=> espaces avant tous les "!"
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encéphalorectite
=> :viviane::viviane::viviane:
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et ce mal de crane
=> crâne
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partant! Et ce putain de réveille qu'il a pas été foutu de désactiver!
=> espaces avant tous les "!" et "réveil" (c'est le mot, pas le verbe)
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inge propre! Que moi j'avais dû toucher sale sois dit en passant! A PEUT PRES à 18h! Ou au moins avant 5h du matin quoi! Il avait le temps!
=> espaces avant tous les "!" et "A PEU PRES"
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Enfin arriver à la porte
=> "arrivé" (participe passé à valeur d'adjectif)
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je contiens ma rage et arrête de hurler puisque je quitte la rue pour rentrer dans un logement qui n'est pas le mien.
=> :D
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avec un délicatesse
=> une
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"Ça doit te faire du bien sortir un peu le temps que j'ouvre et je ferme." Lui dis-je doucement.
=> ""Ça doit te faire du bien de sortir un peu le temps que j'ouvre et que je ferme." lui dis-je doucement." (pas de majuscule à l'incise)
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"Quel bonheur ces cylindre européens! C'est facile à forcer mais qu'est-ce que c'est bon!"
=> espaces avant les "!" et manque un point au bout
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d'être rentré sans éveillé
=> éveiller
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"Deuxième serrure! Tiens?"
=> espaces avant "!" et "?"
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"Ahahah! Pas besoin de clef en fait!"
=> espaces avant les "!"
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Écoutant mes parole
=> paroles
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et entre sans sortir
=> désolée, mais ça me faisait rire :mrgreen:
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du bruit.!.!. Mon corps se serre et mon cœur accélère!
=> espaces avant les "!"
Citer
lumières éteintes et oreilles dressées
=> :viviane:
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Quelqu'un?
=> espace avant "?"
Citer
On essaierai de laver
=> essaierait (c'est le conditionnel)
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au préalable demandé?
=> espace avant "?"
Citer
avec se vêtement moitié propres moitié crasse!
=> "avec ses vêtements moitié propres moitié crasses espace!"
Citer
J'ouvre l'ultime pote
=> porte ? :\?
 
Citer
2... MINUTES!
=> espace avant "!"
Citer
O joie, O lessive couleur, O doux départ différé
=> "Ô"
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différé !
=> aaaah, ben tu vois quand tu veux ! :mrgreen:
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manies!
=> espace :mrgreen:
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Que ce moi du passé connaît bien même mauvaises manies!
=> c'est normal la répétition ? :\?
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mes fringues n'ont pas blanchit !
=> blanchi
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Elles sont enfin lavée n'aurons pour un jour plus cette odeur de... patchouli...
=> "Elles sont enfin lavées et n'auront pour un jour plus cette odeur de... patchouli..."
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oui c'est que je voulais dire! ...patchouli...
=> "Oui c'est que je voulais dire (espace)!(pas d'espace)...(espace)patchouli...
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( sauf le barillet contacteur, mais je pense que tout le monde s'en doutait, c'était un cylindre batteuse de boîte aux lettres mais je voulais pas trop que ça fasse cheap )
=> espaces/parenthèses :mrgreen:

Je me suis bien marrée :mrgreen: ça sent le texte presque alcoolisé, c'était drôlisant à souhaits :D
8
Textes courts / La grande bouche de feu
« Dernier message par Rémi le Hier à 22:39:47 »
Suite au dernier défi Tic-Tac, j'ai revu ce texte, tenté de lui apporter la forme d'une nouvelle plus construite. Vos retours, conseils, suggestions sur la forme et le fond sont bienvenus :)




La grande bouche de feu


La fumée escalade le ciel, s’englue dans la brume. Les trainées verdâtres se déchirent en saignées anthracite. Comme autant de blessures profondes, elles ondulent en filant à l’horizon. Les câbles électriques plongent vers l’est, les poteaux rouges et blancs se découpent sur le ciel violacé, les lumières clignotantes couronnent les pylônes jumelés.

Sur le bord de la route qui mène à la centrale, Bobby marche les mains dans les poches. Sa voiture l’a lâché la semaine dernière, Dieu sait quand il pourra la faire réparer. Non. En fait, non, Dieu n’en sait rien, ou il s’en fout. Ou les deux. De toute façon, plus personne ne conduit de véhicule. C’est un privilège qu’on lui a laissé : il vit à l’écart de la ville, il vit à l’écart de ses semblables, il est le gardien des robots de son secteur. Là-bas, en ville, les gardiens des robots cohabitent avec les humains libérés. Bobby est l’un des derniers travailleurs.

Bobby traine sa carcasse vers l’usine, parce qu’il le faut bien, parce que les machines ne font pas encore tout toutes seules. C’est qu’on aime à croire, dans les cercles de penseurs : malgré les intelligences artificielles, la présence de l’Homme reste nécessaire. Un frisson. L’air est humide. La frange plaquée sur le front, Bobby peste contre le vent. Pas qu’il soit fort, ou qu’il soit froid. Non, simplement, il souffle vers lui. Les couleurs dégoûtantes de la fumée forment une trace de limace au-dessus de sa tête. Une bave poudreuse qui s’étire, s’enroule sur elle-même et déploie une odeur nauséabonde. Âcre et corrosive.

Bobby cache son nez dans le creux de son coude. Encore quelques centaines de mètres et il sera dans l’usine. L’odeur y est bien moins forte, grâce aux filtres et surtout grâce au flux d’air ascendant qui englobe toute la centrale. Ou alors est-ce simplement l’habitude. Un fois qu’on a pénétré l’enceinte, qu’on a revêtu l’uniforme et que l’on surveille les installations. Peut-être bien que c’est ça, l’habitude : elle vous prend par la main, vous rassure, vous endort, vous anesthésie. La bonne vieille habitude. Le corps fonctionne en robot, au milieu des machines, de ses frères robots.

Le voilà au milieu des installations. Une multitude de tapis qui trimbalent des tonnes de déchets à la seconde. Les camions guidés par satellite convergent de partout pour alimenter le monstre. Déchargement automatique, répartition sur les tapis, contrôle des masses et des densités, scan des objets et reconnaissance optique. Tout fonctionne sans intervention humaine. Tout pourrait fonctionner infiniment sans qu’un gars ne doive être là à surveiller. Puisque toute cette intelligence informatique est programmée pour les situations prévues et a appris à réinventer son paramétrage pour gérer la nouveauté, les accidents, les aléas.

Bobby surveille tout ça de loin, sur la petite plateforme surélevée au milieu de l’usine. Tout autour, des tapis, des caméras, des bras mécaniques. Le niveau sonore, dément, serait insupportable sans les bouchons auditifs sur-mesure. Les machines s’en foutent des décibels. Heureusement, Bobby est bien protégé. Trop seul, mais bien protégé. Une bulle de polycarbonate entoure sa plateforme. Lorsque des projections viennent se coller dessus, un robot nettoyeur apparaît sans tarder. Il fait son office en quelques secondes et Bobby peut reprendre efficacement son activité inutile. Les robots ne se trompent plus jamais. Les matières non combustibles sont écartées. Les matières réutilisables, recyclables, compostables, fermentables, dangereuses… toutes, elles sont écartées du flux qui mène vers la grande bouche de feu.

C’est comme ça que Bobby appelle le four. La grande bouche de feu. Ça n’a aucun sens, de donner un nom organique à ce qui ne l’est pas, mais Bobby a besoin de compagnie. Un tiers de sa vie s’écoule en ce lieu. Cela fait des mois qu’il n’a pas échangé une parole. Bien sûr, il parle tout seul. Oui, il se raconte des histoires, s’invente des interactions, récite les poèmes qu’il se fabrique jour après jour. Il ne se passe jamais rien ici. L’usine recycle, produit de l’énergie, alimente d’autres installations en matières premières et en électricité ; à leur tour, elles produisent de façon autonome des objets, des robots, de la nourriture pour les humains.

La vie de Bobby dégouline de monotonie. Un océan d’ennui. Jusqu’à hier. Hier, il a cru apercevoir un corps, enseveli dans les déchets qui filaient vers la grande bouche. Les yeux écarquillés, il a senti ses pulsations grimper, le sang battre dans ses veines. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas eu à intervenir dans le processus, qu’il a trop tardé avant de réagir. Avant d’ordonner à un robot de faire une tâche qu’il aurait décidé, lui. La masse en forme de corps a basculé dans la grande bouche et Bobby a constaté avec soulagement son erreur. Trois morceaux distincts se sont séparés en tombant dans le gouffre de feu. Aucun membre, tronc ou tête. Juste un amas qui ressemblait à un corps et n’en était pas un.

Aujourd’hui, Bobby traîne sa migraine et sa fatigue dans sa bulle de plastique. Sa dernière nuit s’est étirée, emplie de cauchemars aux couleurs de pourriture, aux odeurs douceâtres de décomposition. Kaléidoscope spiralé de scènes d’horreur. Dix fois, il s’est réveillé dans ses draps poisseux, haletant, se frappant le crâne pour chasser l’angoisse et l’odeur de chairs brûlées.

Ce matin, il surveille anxieusement les matières qui défilent sous ses yeux. Et à nouveau, il a un doute. Sur un des tapis sud-est, il distingue des couleurs de vêtement. Un jean, une marinière. La main de Bobby hésite, tremble, se dirige sur le boîtier de communication, presse un bouton. Un signal lumineux clignote. Bobby articule : « Sud-Est ». Trop tard. Le corps bascule et disparaît dans la grande bouche de feu. Bobby croit apercevoir une tête qui porte de longs cheveux, des bras qui se plient lors de la chute. Il sursaute et pousse un cri. Pour la première fois depuis des semaines, il se sent pleinement réveillé au travail. Des picotements parcourent la surface de sa peau.

Les yeux écarquillés, Bobby scrute maintenant tous les tapis. Une femme gît dans la boue sur un tapis Nord-Ouest. Bobby en est sûr. Il se précipite sur le boîtier, presse le bouton et crie « Nord-Ouest ! » mais tous les tapis continuent d’avancer. La grande bouche avale sa proie. Un homme maintenant, Bobby hurle dans le micro, les tapis Sud-Est foncent vers l’orifice du four, ils ne réagissent pas à ses injonctions. Pas plus que les robots de tri. L’homme est dévoré par les flammes.

Et puis, une autre femme, nue. Bobby s’agite dans sa bulle de plastique, appuie sur les boutons, pousse des cris de sauvage. Le robot nettoyeur passe nonchalamment devant lui. Bobby frappe la paroi d’acrylique. Les tapis continuent de nourrir la grande bouche. À quelques mètres de lui passe une série de cadavres. Aucun doute. Mais quoi que Bobby fasse, aucun tapis ne s’arrête, aucun robot n’intervient, aucune machine ne l’écoute. Est-ce une erreur ? Est-ce volontaire ? Sans interruption, il tente de donner des ordres, rien n’y fait. Il hurle et gesticule en pressant les boutons de commande.

Lorsqu’il voit une série de jeunes enfants emmenés vers la bouche de feu, Bobby sort de sa bulle et se précipite dans les escaliers. Il fonce vers la centrale électrique et le générateur.

La turbine tourne à une vitesse folle. Le stator, rougi par le flux, crache ses milliards de milliards d’électrons dans les câbles électriques géants. Bobby s’approche du pupitre de commande. En quelques secondes, il programme la déconnection des circuits de refroidissement du stator. Il utilise son code personnel pour valider ses ordres, celui que les ordinateurs ne peuvent contourner.

Compte à rebours lancé sur cinq minutes. Sans perdre une seconde, Bobby sprinte vers la sortie. Les camions, inhabituellement nombreux, forment de longues files aux entrées de l’usine. Bobby franchit les portes des installations et ne cesse de courir. Derrière lui, la fumée plus dense que jamais grimpe vers le ciel, les machines tremblent et gémissent. Il est presque à un kilomètre des installations lorsque le circuit de refroidissement se débranche dans la turbine. L’échauffement généré instantanément fait fondre le stator. Les tonnes d’acier liquide transpercent le plancher de la salle des machines, jusqu’aux réservoirs de biogaz. La première explosion soulève la salle des machines qui déchire le plafond, la seconde pulvérise l’intégralité des installations.

Le corps de Bobby est projeté au sol.

Bien plus tard, lorsqu’il se relève, il neige de la cendre. Tout est flou, tout est sourd. Loin au-dessus du nuage de particules calcinées, il entend quelques drones qui collectent des informations, traitent des signaux. Sans doute comprendront-ils rapidement.

Bobby titube, silhouette mal découpée dans l’air épais. Les feuilles des arbres ont été soufflées, les branches arrachées, les écorces écorchées.

En surface, Bobby est lacéré. Au fond de lui, il a déjà disparu. Quelque part, une grande bouche de feu l’attend.
9
il est intéressé par ce que tu fais, déjà, ça c'est certain (il aurait pas pris autant de temps sinon). Là il avait pas envie de lire du aussi contemporain, bon, ok, peut-être que c'est une passade et qu'il va kiffer finalement
Bah sur le moment je voyais plutôt les choses comme tu les vois (ce qui était peut-être un réflexe d'autodéfense d'urgence hihi), mais maintenant je me dis juste qu'il a souhaité ne pas être trop rude, me faire passer le message avec douceur dans la mesure où mon manuscrit n'était pas le plus lambda des manuscrits (parce que recommandé par de bons amis à lui - comme à moi).
Mais euh c'est pas grave enfin c'est un truc qui comptait pour moi en fait, soumettre ce manuscrit et puis le soumettre à lui ; alors ça me bouscule un peu qu'il l'ait dégagé après une page (c'est quand même l'info au coeur de tout le pataquès) mais c'est bien qu'il me l'ait dit sans détour, ça me rend davantage service en vrai. :-X (j'aurais dû poster dans l'autre fil en fait, je suis vraiment débile)
Enfin n'y pensons plus, je trouve déjà mes posts suffisamment puants de ces états d'âme ridicules
10
C'est pas particulièrement pessimiste non plus comme discussion : il est intéressé par ce que tu fais, déjà, ça c'est certain (il aurait pas pris autant de temps sinon). Là il avait pas envie de lire du aussi contemporain, bon, ok, peut-être que c'est une passade et qu'il va kiffer finalement, peut-être qu'il va quand même aimer le style même si c'est pas CE roman qu'il voudra publier mais qu'il s'intéressera à ce que tu fais toujours (peut-être que oui, il t'as passé ce livre en pensant que "c'est ce genre de truc que j'ai envie de publier au niveau du ton", et qu'un autre roman pourrait lui chausser au pied...), bref, rien n'est forcément perdu (même pour ce manuscrit là)
(pour le synopsis, il abuse u_u )
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