Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

10 décembre 2019 à 15:15:20

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Auteur Sujet: Torture d'amour.  (Lu 759 fois)

jonas

  • Invité
Torture d'amour.
« le: 08 avril 2008 à 18:41:55 »
[HS] Ci-dessous le début d'un roman, style liaison dangereuse en... beaucoup plus noire, que j'ai commencé à écrire voilà quelques mois. ça fait juste le 4ème roman que je commence... Mais c'est tout moi. Un premier jet fini d'un roman, j'en attaque un autre, et puis je reprend le premier jet, pour le recommencer, bref, incipit inutile, je voudrais surtout que vous m'analysiez le personnage, histoire que je vois si j'arrive bien à retranscrire ce que je souhaite retranscrire. merci d'avance à ceux qui voudront bien m'aider =) [HS]


  Bonjour cher Cupidon déchu,

 Je ne sais même pas de quand date notre dernière rencontre. Probablement trois mois. Je ne sais même pas quand est-ce que nous avons parlé l’un avec l’autre. Si je me souviens bien, c’était au tout début septembre, quelques temps avant la rentrée universitaire. Toi en Allemand et italien, moi en Lettres modernes. Depuis je n’ai plus eu de nouvelles, et je n’en ai pas donné non plus. Est-ce un tort que tu as eu et que j’ai perpétué ? Je ne crois pas. Le temps passe un peu et notre relation n’en a jamais été que renforcée. Mais laisse moi te parler de ce qui m’est arrivé ces derniers mois.
        Le changement avec les anciennes années de lycée a été manifeste, et l’esprit de corps d’une classe n’existe plus ici. Je doute que ce soit différent pour toi, ce qui est à double tranchant. D’un côté, le jeu n’en est que plus plaisant, de l’autre, je me demande s’il n’a pas perdu un peu de sa saveur. Néanmoins il y a beaucoup de groupes et leur cohésion est renforcée. C’est un défi intéressant.
   L’ennui est que la classe est fortement hétérogène ; je ne sais pas si c’est ainsi pour toi aussi, mais ici, je côtoie des personnes comme Alexandre et Laurent. Je sais, tu ne peux pas comprendre, mais rien que d’écrire ça, j’en ai les larmes aux yeux tellement je ris.
     Alexandre aura 20ans le 10 décembre. Il est un peu plus grand que toi, les cheveux bruns mi-longs, le teint mat, et le visage assez carré. Ses sourcils broussailleux mettent en relief ses yeux d’un vert émeraude comme je n’en ai jamais vu auparavant. Plutôt musclé, bien fait sous tous les angles, il a été l’une des premières personnes que j’ai remarqué quand je suis entré dans ma salle. Négligemment installé sur trois chaises, sans compter son sac sur la table, il s’était adossé avec grâce, les mains tel un crucifié, dans une position qui m’a semblé à la fois d’une sensualité folle et d’un attrait certain. Étant arrivé à côté de lui, je le regardais un instant, et posait la question que tu connais tant pour l’avoir gravée dans ta mémoire « Bel emballage, mais le cadeau nécessite-t-il donc tant d’être joliment décoré ? ». Il avait déjà tourné son regard vers moi, et ses yeux émeraude se fichèrent dans les miens. Il eut un sourire et me demanda « Je ne sais s’il en a besoin. Je sais que j’aime bien être ainsi. Et puis, venant de ta part, je me demande si ça n’est pas un compliment plus qu’autre chose. » Sur ce, son regard descendit de mes yeux sur mes lèvres, coula sur mon cou et s’attacha à suivre lentement l’échancrure de ma robe. C’était la robe blanche et rouge que je portais la dernière fois que nous nous sommes vus, pour te donner une idée. Ses yeux semblaient apprécier le spectacle. Je lui demandais de m’asseoir à côté de lui et passait la première heure à l’écouter et parler avec lui. Plus que de la beauté, il a un charisme des plus puissants, et je crois même que tu tenterais de me le voler si je te le présentais. Amateur de Cendrars, il m’a fait une éloge de la musique en poésie, affirmant avec un sourire des plus enjôleurs – combien de filles a-t-il bien pu faire succomber, ce serait intéressant à savoir – que dire un poème était une bêtise sans nom. Il fallait le chanter, ou au moins, garder à l’esprit lorsqu’on le susurre à quelqu’un, une mélodie qu’on laissera transparaître. Là-dessus, il entonna lentement le début d’un poème de « feuille de route », que je te retranscris ici :


Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises


C’était proprement splendide que de l’écouter. Sa voix se mêle à sa musique, et l’on se sent proprement transporté dans un autre monde. Moi qui connais bien peu Cendrars, j’avoue avoir été touché par ce poème. Je me laissais aller à lui chantonner « l’horloge » selon la musique de Mylène Farmer, et tu imagines bien qu’il fut enthousiaste. J’étais étonné. Figure toi qu’il ne connaît pas mylène farmer. Ce fut probablement le moment le plus intéressant de la discussion. Il tentait, de manière fine et délicate, de changer de sujet, parlant tour à tour de Brel, de Brassens, de Ferré, de la poésie et de l’art poétique, et chaque fois, j’essayais de raccrocher cela à une chanson de mylène Farmer allant même jusqu’à en inventer de manière à le forcer à s’aventurer sur ce terrain. Il semblait enthousiaste et cherchait absolument à en savoir plus. Il me posa diverses questions, et je l’appâtais lentement de manière à ce qu’il s’y intéresse de plus en plus. Une fois la journée terminée, nous sommes sortis de l’université ensemble, discutant l’un de l’autre et de la classe. Il me fit penser à Eric, de l’année dernière, et tu imagines à quel point cela m’intéressait et m’intéresse encore. Orgueilleux, pseudo manipulateur, profondément persuadé de sa supériorité. Et comme Eric, passionné et charismatique. Plus charismatique qu’Eric, même avant que nous l’ayons connu. Un défi en quelque sorte. Nous étions devant la faculté et discutâmes quelques minutes à l’arrêt de bus jusqu’à ce qu’il me demande lequel j’attendais. Avec un sourire, je lui expliquais que j’avais une chambre en ville à cinq minutes d’ici. Il semblait profondément intéressé, mais je ne lui proposais pas de venir chez moi, tout en lui lançant un regard  assez explicite. Il m’expliqua qu’il habitait à quelques minutes d’ici, mais de l’autre côté, presque à l’opposé et je lui fis la bise, passant négligemment ma main sur sa nuque, puis la retirant. Je tournais le dos et lui adressait un signe de main avant de partir sans me retourner. Au carrefour, j'eus enfin le moyen de le voir, car il y avait un miroir qui me permettait sans me retourner, de voir sa silhouette qui partait effectivement dans l’autre sens, se retournant par moment, guettant mon regard. Je restais obstinément muette, tant de corps que de voix.
  Le lendemain, j’arrivais assez en avance de manière à être sur que ce soit lui qui soit obligé de se mettre à côté de moi pour le cours de Littérature comparé, qui portait sur 1984 et « nous autres ». Je lui racontais que le second avait inspiré le premier et nous dérivâmes sur les bons et les mauvais aspects de la société.

       L’après-midi, ce fut la rencontre avec Laurent. Rencontre n’est peut-être pas la bonne chose. Alors qu’Alexandre s’était éclipsé un instant, il passa à côté de moi et me demanda l’heure. J’avais l’impression d’être en face de ces personnes qui pensent que dire à une fille « hé mademoiselle t’es charmante ça te dit de venir chez moi ? » est le comble de la galanterie. Je lui donnais rapidement et repartais dans mes rêveries. Manifestement, il avait l’intention d’insister. Du reste, il n’était pas moche. Pas charmant pour un sou, mais le simple fait que je sois certaine que ça ne le dérangerait pas de coucher avec moi pour que je puisse humilier quelqu’un suffit à ce que je sache, que, comme pour Christophe l’année dernière, il peut toujours courir. Remarque, si ça se passe comme avec Christophe, je ne suis pas contre. Les amuses gueules sont toujours intéressant avant de passer au plat de résistance. C’est à ce moment-là qu’Alexandre revint et se plaçant délibérément à côté de moi, de manière à ce que nous nous touchions, il m’offrit un verre. En le prenant je m’écartais légèrement de lui, espérant titiller encore un peu plus sa curiosité, sans que Laurent puisse imaginer avoir la moindre chance. Alexandre eut l’idée de parler poésie et chantonna un poème qu’il appréciait tout particulièrement

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

      Laurent eut l’intelligence de dire qu’il n’aimait pas cette chanson car tout ce qui datait du 19 et du 20ème lui semblait profondément insipide. Alexandre le regarda de haut en bas, et je réprimais un fou rire de manière ostensible. « Ce poème date du XIème siècle, et franchement, si tu n’es pas capable de reconnaître la beauté des écrits de Baudelaire, Hugo ou Allan Poe, je préfère effectivement que tu continues de lire les splendeurs latine. A moins que ce soit trop moderne et que ton art se limite aux peintures rupestres. »
      Je crois que je me suis rarement autant amusé. L’un et l’autre se défièrent du regard. Laurent le regarda de haut en bas et, dédaigneux, lui parla. Mot simple, impact fort. « Désolé, j’ai pas la chance d’être bourge moi. Je connais pas tout. C’est beau d’écraser les autres avec sa culture, hein ? L’orgasme personnel »
« Premièrement, lui répliqua-t-il, un orgasme est souvent personnel, on ne l’échange que rarement. Deuxièmement, désolé mais t’écraser ne demande pas de la culture, tout au plus du bon sens. Et troisièmement, je crois que tu devrais aller admirer ce tag là-bas qui dit « fuck le capitalisme ». Je suis sur que tu y trouveras quelque chose de profond et d’artistique. »
     Sur ce, je m’écartais d’eux un instant, rapidement rejoint par Alexandre. Laurent s’écarta.

        A part ça, la proportion d’abrutis dans ma classe est assez hilarante, mais je crois avoir aussi remarqué quelques perles. Je t’en dirais plus quand nous nous reverrons, mais je crois qu’une fille, qui, d’après ce qu’on m’a dit, se nomme Amandine, est aussi intelligente que belle. Naïve, je ne sais pas. Mais ça ne saurait gâter quoique ce soit. Quant aux cours, ils sont d’une inutilité navrante, et je m'ennuies tout autant qu’au lycée, hormis dans le cours de littérature poétique du 20ème. Le professeur est aussi charmant que cultivé, et c’est un vrai bonheur quand on voit certains de ses confrères qui ont du mal à articuler deux mots correctement, et même à se créer une pensée autre que celle véhiculé par france2 – n’oublions surtout pas que pour eux, france2 caylebien et TF1 cayleumâle, comme si le premier n’était pas simplement le second en édulcoré –.

    Que dire d’autre ? Cela fait maintenant deux mois qu’alexandre et moi ne nous quittons plus beaucoup, jouant sans cesse l’un avec l’autre. Je ne serais pas étonné qu’il attende le premier pas de ma part, ce qui est, comme tu le sais, hors de question, à moins que je fasse tous les suivants afin de prendre ce que je souhaite. Mais ça n’est pas encore possible. Je le vois bien dans ses yeux. Ce jeu est des plus excitants. Je te raconterais encore d’autres choses lorsque je te verrais, et te signale au passage que je serais à 14h00, après-demain, dans notre café habituel pour te voir et raconter le reste. J’aimerais par ailleurs connaître les nouvelles têtes et les nouvelles formes de ta classe, afin que l’on en discute l’un avec l’autre. Au fait, connaîtrais-tu une dénommée Nadège ?

Je t’embrasse tendrement,

Ton Aphrodite damnée




PS: je viens de me rendre compte que je me suis trompé de section, honte sur moi jusqu'à la douzième génération – bien fait pour eux  >:D – peut-on déplacer en section "textes" ^^
« Modifié: 08 avril 2008 à 21:23:22 par Loredan »

 


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