1er commandement : devenir la gale de l'humanité.
Puisqu'il fallait un début, je trouvais cela judicieux de commencer par le début de ma fin.
– Vous avez la gale monsieur
Pour moi, le mot «gale» renvoie à deux choses.
1) Un tas d'ordure.
2) Un clochard dans un tas d'ordure.
Ouais. Un vieillard puant à la peau tannée, avec un morceau de salade pourri coincé entre une dent supérieure et une incisive centrale. M'voyez l'image quoi.
Donc, tout commença là. Quand la jolie dermatologue quarantenaire m'annonce que je suis un tas d'ordure doublé d'un clochard dans un tas d'ordure. Pendant deux minutes au moins j'observe mon reflet de branleur dans le verre impeccable de ses lunettes Thierry Mugler. Je me souviens avoir pensé que c'était une MILF «Mother I'd Like to Fuck» de première catégorie. Conformiste, maligne, mûre mais entretenue. Un combo intéressant en somme. Elle me regarde longuement avant de lâcher un :
– Ce n'est pas honteux vous savez...
Ce que je traduis alors comme :
– Vous êtes juste un gros dégueulasse...
Ladite dermatologue me toise derrière sa monture pseudo-fantaisiste et je sais qu'elle attend quelque chose de moi. Une réaction. Plutôt que de m'attarder sur le fait que je suis un pestiféré, je cherche quelque chose à répondre. Une réponse pertinente, pas désespérée mais soucieuse. Une réponse qu'aurait eu un homme digne de cette femme.
Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c'est qu'il me manquait les quarante euros pour payer ma consultation. Mais, entre nous, je dois préciser qu'avant même de savoir que je n'avais pas d'argent, j'avais déjà aucune envie de payer cette consultation.
On aime bien payer les informations qui nous font du bien. Mais auriez-vous envie de payer pour qu'on vous dise que vous êtes un pauvre type galeux ?
Moi, non.
Bref.
Étant donné que je ne dis rien, elle arrête de me fixer et se tourne vers son écran d'ordinateur ultra-plat Maccintosh. Cette femme aime les marques manifestement mais très franchement je ne vois aucun intérêt d'avoir un Maccintosh pour faire du traitement de texte.
Peut-être que ma dermatologue a des lubies en dehors de son cabinet. Je l'imaginais déjà dans la forêt en plein automne pour immortaliser les camaïeux orangés avec le dernier appareil en vogue sensibilité puissance dix mille, prix exponentiel, bien évidemment.
Ouais. Ces jolies photographies clichées mais pas trop qu'elle retoucherait sur son ordinateur super-puissant durant ses heures perdues pendant lesquelles son mari se masturberait tranquillement.
N'importe quoi.
Elle me parle d'une ordonnance, enchaîne le nom de plusieurs médicaments et m'imprime un papier avant de me le tendre. Je le prends sans le regarder. Elle termine par :
– C'est quarante-cinq euros.
Ce que je traduis comme :
– Maintenant dégagez.
Je suis un peu sensible. C'est vrai.
J'ouvre donc mon porte-feuille super sûr de moi avant de me souvenir que j'ai dépensé mon liquide dans un menu best of. Ma carte bancaire quant à elle se trouve sur la table de mon salon qui fait aussi office d'entrée, de chambre, de salle à manger et de cuisine. En gros je vis dans un 9mètre carré.
Mais ça, c'était avant.
Ni d'une ni de deux je me lève d'un coup avant de me retourner et de me diriger vers la porte. J’entends ma dermatologue qui me répète en vain la somme à payer. Mais c'est trop tard. Je pars en courant sans vraiment comprendre ma propre réaction.
Y'a pas grand chose à dire. Je ne suis pas fier de moi pourtant je ne peux pas regretter mon acte. Avec quarante-cinq euros, je pouvais payer mon forfait mobile.