Le Monde de L'Écriture

24 avril 2019 à 14:24:24

Le Monde de L'Écriture » Sous le soleil des topics » Discussions » Le petit salon » Citations

Auteur Sujet: Citations  (Lu 19316 fois)

Hors ligne Champdefaye

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 639
  • L'éléphant est irréfutable
    • Le Journal des Coutheillas
La Petite Madeleine
« Réponse #180 le: 29 mars 2019 à 08:56:06 »
C’est très curieux la madeleine de Proust : tout le monde en a entendu parler, presque tout le monde a une idée de ce qu’elle représente, mais bien peu de monde a véritablement lu ce passage emblématique de la Recherche du temps perdu.
Vous me direz que c’est pareil pour le reste du roman : monumental chef d’œuvre reconnu dans le monde entier, respecté, vénéré, cité, étudié, analysé, interprété, disséqué... mais aussi chef d’œuvre craint, tenu à distance, entamé, rarement achevé, oublié...
Quand vous leur posez la question, comme pour la plupart des classiques, la plupart des gens ne lisent pas la Recherche, ils la relisent. Ne vous y trompez pas : c’est souvent un mensonge. Au mieux, c’est un projet, une vague intention, pour l’été prochain. Certains, plus honnêtes et plus rares, avouent qu’ils ont tenté le coup, il y a longtemps, mais que vraiment, ces phrases interminables...

Mais revenons à la madeleine. Voici le morceau : mille cinq cents mots à savourer lentement, tout en appréciant la précision de la description et la finesse de l’analyse des sentiments que fait naitre chez le narrateur cette « gorgée mêlées des miettes du gâteau ». Vous avez tout le temps : on n'est qu'en 2019. Et puis, souvenez-vous, vous aussi : vous aviez toujours voulu le lire, cet extrait ! Grâce à moi, vous n’aurez même pas à le chercher.

Extrait
(... Notre passé) est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.
Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ?  Que signifiait-elle ?  Où l’appréhender ?   Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.  Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ?  Pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne puis distinguer la forme, lui demander comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.
Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre important, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes,—et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot—s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.
Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là); et avec la maison, la ville, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.


Marcel Proust - Du côté de chez Swann

« Modifié: 31 mars 2019 à 14:24:05 par Champdefaye »

Hors ligne Amor Fati

  • Plumelette
  • Messages: 19
  • In girum imus nocte et consumimur igni
Re : Citations
« Réponse #181 le: 07 avril 2019 à 14:53:43 »
Tout le monde en a entendu parler... en effet ! merci pour cette lecture !!!


Valéry Larbaud, "L'innommable",

Quand je serai mort, quand je serai de nos chère morts (Au moins, me donnerez-vous votre souvenir, passants
Qui m'avez coudoyé si souvent dans vos rues?)
Restera-t-il dans ces poèmes quelques images
De tant de pays, de tant de regards, et de tous ces visages
Entrevus brusquement dans la foule mouvante?
J'ai marché parmi vous, me garant des voitures
Comme vous, et m'arrêtant comme vous aux devantures.
J'ai fait avec mes yeux des compliments aux
Dames;
J'ai marché, joyeux, vers les plaisirs et vers la gloire,
Croyant dans mon cher cœur que c'était arrivé;
J'ai marché dans le troupeau avec délices,
Car nous sommes du troupeau, moi et mes aspirations.
Et si je suis un peu différent, hélas, de vous tous,
C'est parce que je vois,

Ici, au milieu de vous, comme une apparition divine,
Au-devant de laquelle je m'élance pour en être frôlé,
Honnie, méconnue, exilée,
Dix fois mystérieuse,
La
Beauté
Invisible.
« Écrire, ce n'est pas vivre. C'est peut-être survivre. » Blaise Cendrars

En ligne Alan Tréard

  • Comète Versifiante
  • ***
  • Messages: 4 953
  • C'est osé de penser que je pense.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Citations
« Réponse #182 le: 16 avril 2019 à 01:27:09 »
Je vous propose aujourd'hui un passage très intéressant de la vie de Camille racontée par Plutarque. Camille fut un général romain confronté au pillage de Rome par les Gaulois. Il y a certaines imprécisions au cours du récit, or Plutarque ne manque de nous alerter sur les dangers de la guerre et d'évoquer l'influence des croyances sur la perception des événements, de parler de la volonté de reconstruire une ville en ruine, ce qui mérite une attention particulière.

La force de Plutarque serait plutôt celle de la narration, il a une capacité à diriger l'attention sur des thèmes d'histoire ; la vie de Camille est une lecture que je vous conseille si vous souhaitez vous questionner sur des sujets d'histoire, mais aussi sur la mémoire antique (à prendre avec une certaine distance ou une lecture mesurée, il s'agit aussi de la pensée d'une époque lointaine).

Et voici pour une présentation de ce long passage en citation :


« [30] C'est ainsi que Rome, après avoir été prise d'une manière si surprenante, fut sauvée d'une manière plus surprenante encore. Elle était restée sept mois entiers au pouvoir des Barbares; ils y étaient entrés peu de jours après les ides de juillet, et ils en furent chassés vers les ides de février. XXXIX. Camille rentra triomphant dans Rome; triomphe bien dû à un général qui avait arraché sa patrie des mains des ennemis, et qui ramenait Rome dans Rome même. En effet, les citoyens qui en étaient sortis avec leurs femmes et leurs enfants y rentraient à la suite du triomphateur; et ceux qui, assiégés dans le Capitole, s'étaient vus sur le point de mourir de faim, allaient au-devant d'eux. Ils s'embrassaient les uns les autres; ils versaient des larmes de joie, et osaient à peine croire à un bonheur si inespéré. Les prêtres des dieux et les ministres des temples, portant les choses sacrées qu'ils avaient ou enterrées avant de prendre la fuite, ou emportées avec eux, offraient aux Romains le spectacle le plus touchant, et qu'ils avaient le plus désiré; ils éprouvaient autant de plaisir que si les dieux eux-mêmes fussent rentrés dans Rome pour la seconde fois. Camille, après avoir offert des sacrifices et purifié la ville, avec les cérémonies dont des hommes versés dans la connaissance des rites religieux lui dictaient les formules, rétablit les anciens temples, et en bâtit un nouveau au dieu Aiüs Locutius, au lieu même où Marcus Céditius avait entendu la nuit cette voix divine qui lui annonçait l'arrivée des Barbares.

[31] Ce ne fut pas sans peine et sans fatigue que l'on retrouva les emplacements des anciens temples; il ne fallut pas moins, pour y parvenir, que la constance de Camille et les recherches laborieuses des prêtres. XL. Mais quand il fut question de rebâtir la ville, qui était entièrement détruite, le découragement s'empara de tous les esprits. Comme les citoyens manquaient de toutes les choses nécessaires pour cette entreprise, ils différaient de jour en jour à commencer l'ouvrage. Après tous les maux qu'ils venaient d'éprouver, sans force et sans moyens, ils avaient bien plus besoin de prendre du repos que de se fatiguer et s'épuiser encore par ce nouveau travail. Ils recommencèrent donc à tourner insensiblement leurs pensées vers la ville de Véies, qui subsistait tout entière et était pourvue de tout en abondance; par là ils fournirent à leurs démagogues, accoutumés à les flatter, une nouvelle occasion de les haranguer, et de tenir contre Camille les propos les plus séditieux. C'était, à les entendre, pour son ambition et pour sa gloire personnelle qu'il leur enviait le séjour d'une ville toute prête à les recevoir, et qu'il les forçait d'habiter les ruines, de relever de vastes monceaux de cendres, afin d'être appelé, non seulement le chef et le général des Romains, mais encore le fondateur de Rome, et d'enlever ce titre à Romulus. Le sénat, qui craignait une sédition, dérogeant à l'usage où avaient été jusqu'alors tous les dictateurs de ne pas rester en charge plus de six mois, s'opposa au désir qu'avait Camille de se démettre de la dictature, et ne voulut pas qu'il la quittât avant la fin de l'année. Cependant les sénateurs travaillaient à adoucir et à consoler les citoyens, à les ramener par la persuasion et par les caresses. Ils leur montraient les monuments et les tombeaux de leurs ancêtres ; ils leur rappelaient ces temples et ces lieux saints que Romulus, que Numa, que tous les autres rois avaient consacrés, et dont ils leur avaient transmis le dépôt. Mais, entre les divers objets de leur culte religieux, ils leur représentaient surtout cette tête humaine qu'on avait trouvée encore toute fraîche en creusant les fondements du Capitole, et qui promettait de la part des destins, à la ville qui serait bâtie dans ce lieu-là, d'être un jour la capitale de toute l'Italie. Ils leur parlaient aussi de ce feu sacré qui, après la guerre, avait été rallumé par les vestales, et qu'ils allaient laisser éteindre une seconde fois, s'ils abandonnaient une ville qu'ils auraient la honte ou de voir habitée par un peuple étranger, ou demeurer déserte et servir de pâturage aux troupeaux. Telles étaient les représentations touchantes qu'ils adressaient au peuple en public et en particulier; mais, de leur côté, ils étaient vivement émus par les gémissements de ce peuple, qui déplorait son indigence, qui les conjurait de ne pas exiger que, dans l'état de dénuement et de pauvreté où l'avait réduit le naufrage dont il venait d'échapper, il relevât les ruines d'une ville détruite, tandis qu'il en avait une autre toute prête à habiter.

[32] XLI. Camille fut d'avis d'assembler de nouveau le sénat : il y parla lui-même longtemps pour l'intérêt de la patrie; et tous les sénateurs qui voulurent parler furent aussi écoutés. Enfin, quand il fallut prendre les avis, il commença par Lucius Lucrétius, qui, en qualité de prince du sénat, le donnait toujours le premier, et il dit aux autres d'opiner après lui chacun à son rang. Il se fit un grand silence; et Lucrétius prenait la parole, lorsque le centurion qui relevait la garde du jour, passant par hasard avec sa troupe devant le lieu du conseil, cria d'une voix forte à son premier enseigne de s'arrêter et de planter là son étendard; que c'était la meilleure place qu'ils pussent choisir. Cette parole, si analogue à la circonstance, à la matière qui était en délibération, et à l'incertitude où étaient tous les esprits, n'eut pas été plutôt prononcée, que Lucrétius, après avoir adoré les dieux, dit qu'il conformait son opinion à l'oracle qu'il venait d'entendre. Tous les autres sénateurs suivirent son avis; et aussitôt il se fit dans le peuple un changement si merveilleux, que, s'exhortant et s'animant les uns les autres à commencer l'ouvrage, sans attendre qu'on marquât les divisions des rues, ni qu'on donnât un ordre d'alignements, chacun se mit à bâtir dans l'endroit qu'il trouva le plus tôt prêt, ou qui lui parut le plus agréable. XLII. On y mit tant d'ardeur et de précipitation, qu'il ne fut gardé aucun ordre dans la distribution des rues et l'assiette des édifices. Aussi dit-on que la ville fut reconstruite dans l'espace d'un an, depuis les murailles jusqu'aux dernières maisons des particuliers. Ceux que Camille avait chargés de chercher, au milieu de ce chaos, les emplacements qu'occupaient les lieux sacrés, et d'en déterminer les bornes, après avoir fait le tour du Palatium et être arrivés à la chapelle de Mars, la trouvèrent, comme toutes les autres, brûlée et détruite par les Barbares. En fouillant et nettoyant la place, ils découvrirent, sous un monceau de cendres, le bâton augural de Romulus. Ce bâton est recourbé par un des bouts, et s'appelle « lituus ». Quand les augures se sont assis pour observer le vol des oiseaux, il leur sert à marquer les régions du ciel. Romulus, fort instruit dans la divination, l'employait à cet usage. Lorsque ce prince eut disparu, les prêtres prirent le « lituus », et le gardèrent religieusement, comme une des choses sacrées qu'il n'était pas permis de toucher. L'ayant retrouvé alors sans qu'il eût été endommagé par le feu qui avait consumé tout le reste, ils en eurent une grande joie, et en conçurent d'heureuses espérances : ils le regardèrent comme un signe qui présageait à Rome une durée éternelle. »

Plutarque, Vie des Hommes illustres, traduction Dominique Ricard (1802)

 


SMF 2.0.15 | SMF © 2017, Simple Machines
Paques' Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.047 secondes avec 23 requêtes.