Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Citations  (Lu 45608 fois)

En ligne Champdefaye

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Re : Citations
« Réponse #195 le: 23 juillet 2019 à 15:30:00 »
 Voici les premières lignes de la préface de Bret Easton Ellis pour son dernier livre, "WHITE". J'aurais pu les écrire.

Quelque part au cours de ces dernières années — et je ne peux pas définir quand exactement — une irritation vague, mais presque insurmontable, irrationnelle, a commencé à me démanger, peut-être une douzaine de fois par jour. Cette irritation concernait des choses apparemment mineures, vraiment, bien en dehors de mon domaine de référence, au point que j'étais surpris par le fait d'avoir à respirer à fond pour anéantir cette frustration et ce dégout entièrement provoqués par la stupidité des gens : adultes, connaissances et inconnus sur les réseaux sociaux qui toujours présentaient leurs opinions et leur jugements inconsidérés, leurs préoccupations insensées, avec la certitude inébranlable d'avoir raison. Une attitude toxique semblait émaner de chaque post ou commentaire, ou tweet, qu'elle ait été réellement présente ou pas. (...)

WHITE- Bret Easton Ellis – 2019 – Robert Laffont – 290 pages – 21,50€


Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Re : Citations
« Réponse #196 le: 24 juillet 2019 à 14:41:04 »
Voici les premières lignes de la préface de Bret Easton Ellis pour son dernier livre, "WHITE". J'aurais pu les écrire.

Quelque part au cours de ces dernières années — et je ne peux pas définir quand exactement — une irritation vague, mais presque insurmontable, irrationnelle, a commencé à me démanger, peut-être une douzaine de fois par jour. Cette irritation concernait des choses apparemment mineures, vraiment, bien en dehors de mon domaine de référence, au point que j'étais surpris par le fait d'avoir à respirer à fond pour anéantir cette frustration et ce dégout entièrement provoqués par la stupidité des gens : adultes, connaissances et inconnus sur les réseaux sociaux qui toujours présentaient leurs opinions et leur jugements inconsidérés, leurs préoccupations insensées, avec la certitude inébranlable d'avoir raison. Une attitude toxique semblait émaner de chaque post ou commentaire, ou tweet, qu'elle ait été réellement présente ou pas. (...)

WHITE- Bret Easton Ellis – 2019 – Robert Laffont – 290 pages – 21,50€


C'est étrange mais je ne l'ai jamais lu. Plus encore, étrange le fait d'avoir lu bon nombre d'auteurs y faisant référence ( à Ellis), le considérant comme essentiel. Je m'en suis tenu à Hubert Selby Junior jusqu'à présent.
Merci Champdefaye de ton conseil éclairé.
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Re : Citations
« Réponse #197 le: 09 août 2019 à 20:15:58 »
Je ne suis pas absolument certain de vouloir vraiment conseiller la lecture de White, suite de chroniques de Bret Easton Ellis sur l'air du temps. Si quelques analyses de l'impact effrayant des réseaux sociaux sur les individus en particulier et sur la société en général sont acérées et intéressantes, l'air du temps dont il parle est le plus souvent celui d'une société si éloignée spacialement et temporellement de celle dans laquelle je vis que j'ai l'impression de lire des chroniques martiennes sans intérêt, pas comme celles de Bradbury.
Par contre, j'ai lu il y a quelques mois "Moins que zéro", premier roman de BEE. Au cours de ma lecture, après l'avoir détesté pendant la première moitié ou même plus, je pense avoir fini par le comprendre et l'apprécier comme une oeuvre aussi originale qu'a été à une autre époque l'Attrape Coeurs. J'en ferai une critique prochainement.

Hors ligne Versus1

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Re : Citations
« Réponse #198 le: 19 août 2019 à 22:57:04 »
« Quarante après la mort de François (d’Assise), Jacques de Voragine, dominicain, futur archevêque de Gènes, écrit La Légende dorée – recueil de vies de saints. C’est un livre qui ne ressemble à rien, sinon à un dessin d’enfant. L’enfant qui dessine va droit à l’essentiel. Si la vie est empêchée, on ne met pas de porte à la maison. Si la vie est chantante, on multiplie les fenêtres, les fleurs et les soleils. Il en va de même des miniatures du Moyen Âge où la robe de la châtelaine est plus grande que son château, où l’œil d’un cheval rivalise avec l’ovale d’une lune. Ce n’est pas qu’il y ait une petite enfance de l’art, une misère infantile de la main. C’est que l’on suit une autre perspective que celle, indifférente, géomètre, de la raison. On suit la perspective du cœur qui dessine ce qui n’est pas, pour mieux voir ce qui est. »

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Re : Citations
« Réponse #199 le: 20 août 2019 à 21:37:21 »
Cela fait écho en moi à ce passage de Baudelaire :

« Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers : Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir. » Curiosités esthétiques
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

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Re : Citations
« Réponse #200 le: 20 août 2019 à 21:41:48 »
Pour ma part ma citation préféré si s'en ai une,  :-¬?

Quand on veut, on peut...  :P

J'ai vu que sur internet c'était de Napoléon Bonaparte mais je n'en suis pas sur.



Quand on veut, on peut ;)

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Re : Re : Citations
« Réponse #201 le: 20 août 2019 à 22:27:13 »
« Quarante après la mort de François (d’Assise), Jacques de Voragine, dominicain, futur archevêque de Gènes, écrit La Légende dorée – recueil de vies de saints. C’est un livre qui ne ressemble à rien, sinon à un dessin d’enfant. L’enfant qui dessine va droit à l’essentiel. Si la vie est empêchée, on ne met pas de porte à la maison. Si la vie est chantante, on multiplie les fenêtres, les fleurs et les soleils. Il en va de même des miniatures du Moyen Âge où la robe de la châtelaine est plus grande que son château, où l’œil d’un cheval rivalise avec l’ovale d’une lune. Ce n’est pas qu’il y ait une petite enfance de l’art, une misère infantile de la main. C’est que l’on suit une autre perspective que celle, indifférente, géomètre, de la raison. On suit la perspective du cœur qui dessine ce qui n’est pas, pour mieux voir ce qui est. »

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Oh je ne connaissais pas. J'aime beaucoup la chute de ce paragraphe. Je m'attendais à quelque chose de plus... hum... masturbation intellectuelle que celle-ci, et cela me plait. :D

Ma préférée:
"Le plus grand plaisir qu’il soit après l’amour, c’est d’en parler."
Louise Labé. Je la trouve incroyablement vraie. Que ça soit en tant qu'autrice amatrice ou que personne, être amoureux donne envie d'en parler, de crier sur tous les toits notre sentiment.

Une qui m'a beaucoup touchée en tant que lectrice et autrice:
"Je veux que l'amant, frappé du même trait que moi, reconnaisse, en me lisant, le feu qui le dévore, et qu'après un long étonnement il s'écrie : "Comment ce poète a-t-il connu le secret de mes amours ?"
Ovide (bon, j'avoue, je me souvenais d'une traduction un peu différente... xD)

Je ne pensais pas que les deux seules citations que j'aime et que je retienne de mes études soient sur l'amour. Je suis plus fleur bleue que je ne le pensais xD

En ligne Champdefaye

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Re : Citations
« Réponse #202 le: 21 août 2019 à 20:41:45 »
L'amour a ceci de commun avec le crime : après, que faire du corps ?

Auteur inconnu

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Citations
« Réponse #203 le: 12 septembre 2019 à 13:54:59 »
Je souhaitais me renseigner rigoureusement sur la complexité des anciennes langues pour la comparer avec la langue française (afin de me faire une idée de la vérité plutôt que de sombrer dans de terribles préjugés...).

Et j'ai trouvé ce chapitre vraiment frappant : la langue grecque était d'une extrême complexité dans l'Antiquité, c'est tout bonnement édifiant !!

Chapitre issu de La Poétique d'Aristote.



Citer
CHAPITRE XXII: De l’emploi de la glose, de la métaphore de l’ornement, etc.

I. La qualité principale de l'élocution, c'est d'être claire sans être plate.

II. L'élocution la plus claire est celle qui consiste en termes propres, mais qui est terre à terre. La poésie de Cléophon et de Sthénélus en est un exemple.

III. Elle est élevée et s'écarte du style vulgaire lorsqu'elle fait usage de termes étrangers ; or j'appelle "termes  étrangers"  la  glose,  la  métaphore,  l'allongement  et  tout  ce  qui  est  à  côté  du  terme propre.

IV. Maintenant,  si  l'on  employait  de  telles  expressions  indistinctement,  il  y  aurait  énigme  ou barbarisme; énigme, si elles étaient empruntées à des métaphores, barbarisme, si elles l'étaient à des gloses.

V. En effet, une forme de l'énigme, c'est de relier entre elles des choses qui ne peuvent l'être pour énoncer des faits qui existent ; or il n'est pas possible de faire cela par l'alliance des noms, mais il est  permis  de  le  faire  par  métaphore.  Exemple:  « J'ai  vu  un  homme  qui,  au  moyen  du  feu, avait  appliqué  l'airain  sur  la  peau  d'un  autre  homme ; » et  autres  expressions  analogues.  Des gloses peut résulter un barbarisme. Il faut donc les employer dans certaines conditions spéciales.


VI. En effet, la glose, la métaphore, l'ornement et les autres formes précitées ôteront au style la vulgarité et la bassesse ; le terme propre lui donnera de la clarté.

VII. Une  chose  qui  contribuera  grandement  à  la  clarté  et  à  l'élévation  du  style,  ce  sont  les  allongements,  les  apocopes  (coupures)  et  les  altérations  (des  noms);  car  (un  mot),  présenté  comme forme insolite, perdra de sa vulgarité en devenant autre que le terme propre, tandis que 1a clarté d'un terme aura pour cause sa participation à la propriété d'expression.


 VIII. Aussi  c'est  faire  un  reproche  mal  fondé  que  de  critiquer  un  tel  mode  de  langage  et  de  tourner  en  ridicule  le  poète  qui  l'emploie ;  comme  Euclide  l'Ancien  qui  prétendait  qu'il  était  facile  de  faire  de  la  poésie,  du  moment  que  l'on  accordait  aux  poètes  la  faculté  d'allonger  (les  noms) autant qu'ils le veulent et qui les raillait en citant ce vers: Je vis Épicharès marcher sur Marathon... et cet autre: Lui qui n'aurait pas aimé son ellébore... (128).

IX. Il serait ridicule d'employer ce procédé d'une façon quelconque, et la mesure doit être gardée dans  toutes  les  parties; en  effet,  se  servir  des  métaphores,  des  gloses  et  des  autres  formes  sans  observer la convenance, ou s'appliquer à faire rire, ce serait aboutir au même résultat.

X. Pour voir jusqu'à quel point la convenance est observée, il faut considérer la question dans les vers en faisant entrer les noms dans un mètre. Pour la glose, pour la métaphore et pour les autres formes, en y substituant le terme propre, on pourrait reconnaître que nous disons la vérité. Ainsi Euripide  et  Eschyle  mettant  le  même  vers  ïambique,  l'un,  en  changeant  un  seul  nom  et  faisant  une  glose  à  la  place  du  terme  propre  employé  habituellement,  donne  à  ses  vers  une  belle  apparence, tandis que l'autre est tout simple ; car Eschyle, dans son Philoctète, voulant dire : L'ulcère  qui  mange  (¡syÛei)  les  chairs  de  mon  pied,  au  verbe  (¡syÛei)  a  substitué  le  mot  yoin#tai (se repaît). Et encore :
Mais maintenant lui qui est exigu, et sans valeur aucune et sans vigueur, il m'a...

Si l'on voulait substituer les termes propres, on dirait:
Mais maintenant lui qui est petit, débile et laid, il m'a....
ou (au lieu de):
Après avoir déposé à terre un misérable siège,  et une modeste table,
Après avoir déposé à terre un mauvais siège  et une petite table;

 ou cette expression:
 Le rivage mugit,
 au lieu de celle-ci:
Le rivage crie .

XI. Ariphrade, en outre, raillait les auteurs tragiques de ce qu'ils emploient telles façons de parler que personne ne ferait entrer dans la conversation, comme par exemple, dvm‹tvn #po, et non pas Žpò dvm‹tvn (134) ou les formes s¡yen (135), ¤gÆ d¢ nin (136) ƒAxill¡vw p¡ri et non pas perÜ ƒAxill¡vw (137),  ou  d'autres  formes  analogues.  Comme  elles  ne  rentrent  pas  dans  les  termes  propres, elles ôtent au style sa vulgarité, et c'est ce que cet Ariphrade ne voyait pas.

XII. Il  n'est  certes  pas  indifférent  de  faire  un  emploi  convenable  de  chacune  des  formes  précitées,  noms  doubles  et  noms  étrangers  ou  gloses:  mais  le  plus  important,  c'est  d'avoir  un  langage métaphorique; car c'est le seul mérite qu'on ne puisse emprunter à un autre et qui dénote un  esprit  naturellement  bien  doué;  vu  que,  bien  placer  une  métaphore,  c'est  avoir  égard  aux  rapports de ressemblance.

XIII. Parmi  les  noms,  ceux  qui  sont  doubles  conviennent  surtout  aux  dithyrambes,  les  mots  étrangers à la poésie héroïque et les métaphores aux ïambes (138). Dans la poésie héroïque, tous les moyens expliqués plus haut sont applicables. Dans les ïambes, comme on y cherche surtout à imiter  le  langage  ordinaire,  les  noms  les  plus  convenables  sont  ceux  dont  on  fait  usage  dans  le  discours parlé, c'est-à-dire le terme propre, la métaphore et l'ornement.

Poétique, Aristote.       Traduction de Jules  Barthélemy-Saint-Hilaire

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Re : Citations
« Réponse #204 le: 16 octobre 2019 à 15:30:26 »
Dans cet extrait de ses Chroniques de La Montagne, Alexandre Vialatte parle de Georges Simenon tout en citant Dubuffet, Verlaine, Chardonne et La Bruyère. L'idée générale est qu'en écriture, le style doit être absent ou invisible. Le conseil qui résume tout vient de La Bruyère qui recommandait ceci : "Pour dire : il pleut, dites donc : il pleut". Et maintenant, prions en coeur pour qu'il soit entendu.

" (...) Il en va de lui (Simenon) comme, en peinture, de Dubuffet, qui dit : "Il faut peindre comme tout le monde", et qui répond, quand on lui objecte qu'il peint justement comme personne ne le fait : "C'est parce que je suis le seul à peindre comme tout le monde." Simenon est le seul à écrire comme tout le monde. Mais, avec sa phrase de tout le monde, il se bâtit un monde à lui, qui ne ressemble à celui de personne. C'est le propre du grand artiste.
(…)
Quant à sa phrase, si elle est neutre, elle n'est pas plate. Elle se méfie simplement de l'éloquence, du pittoresque personnel. "Prend l'éloquence et tord lui son cou", disait Verlaine. "Pas de pittoresque", dit Chardonne. Et Stendhal prenait son modèle dans la froideur du Code civil, qui n'a jamais visé à la littérature. "Pour dire : il pleut, dites donc : il pleut", dit La Bruyère, Simenon se méfie tellement de tout ce qui peut orner, ajouter, ou diéser, qu'il ne veut même pas se relire, de peur de déformer le premier jet, l'intuition ;  au point de laisser subsister les fautes, même dans les choses rééditées. En revanche, il ne tombe jamais dans le lieu commun. Il ne note que du vrai, de l'utile, du nécessaire. En somme, il suit la règle d'or de l'écrivain qui veut faire vrai tout en restant intéressant."

Entre Aristote (voir le post précédent) et La Bruyère, il va falloir faire un choix. Le mien est fait.
« Modifié: 20 octobre 2019 à 08:52:01 par Champdefaye »

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Re : Citations
« Réponse #205 le: 29 octobre 2019 à 17:37:09 »
Les livres ne se font pas comme les enfants, mais comme les pyramides, avec un dessein prémédité, et en apportant des grands blocs l’un par-dessus l’autre, à force de reins, de temps et de sueur, et ça ne sert à rien ! Et ça reste dans le désert ! Mais en le dominant prodigieusement. Les chacals pissent en bas et les bourgeois montent dessus, (…)

Gustave Flaubert

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Re : Citations
« Réponse #206 le: 27 novembre 2019 à 11:41:20 »
Une des nombreuses confessions de Rousseau qui explique combien il ne pourrait correspondre à une norme lucrative, et combien cela fait partie de sa façon d'être d'écrire au fil de sa pensée. Il a fait le choix de copier des partitions musicales à une époque où l'imprimante à la maison n'existait pas, plutôt que d'écrire des livres grand public.


« J’aurais  pu  me  jeter  tout  à  fait  du  côté  le  plus  lucratif,  et,  au  lieu d’asservir ma plume à la copie, la dévouer entière à des écrits qui, du vol que j’avais pris et que je me sentais en état de soutenir, pouvaient   me   faire   vivre   dans   l’abondance   et   même   dans   l’opulence,  pour  peu  que  j’eusse  voulu  joindre  des  manœuvres  d’auteur   au   soin   de   publier   de   bons   livres.   Mais   je   sentais   qu’écrire  pour  avoir  du  pain  eût  bientôt  étouffé  mon  génie  et  tué  mon  talent,  qui  était  moins  dans  ma  plume  que  dans  mon  cœur,  et né uniquement d’une façon de penser élevée et fière, qui seule pouvait le nourrir. Rien de vigoureux, rien de grand ne peut partir d’une  plume  toute  vénale.  La  nécessité,  l’avidité  peut-être  m’eût  fait faire plus vite que bien. Si le besoin du succès ne m’eût pas plongé  dans  les  cabales  il  m’eût  fait  chercher  à  dire  moins  des  choses utiles et vraies que des choses qui plussent à la multitude, et d’un auteur distingué que je pouvais être, je n’aurais été qu’un barbouilleur  de  papier.  Non,  non  :  j’ai  toujours  senti  que  l’état  d’auteur  n’était,  ne  pouvait  être  illustre  et  respectable  qu’autant qu’il  n’était  pas  un  métier.  Il  est  trop  difficile  de  penser  noblement quand on ne pense que pour vivre. Pour pouvoir, pour oser dire de grandes vérités, il ne faut pas dépendre de son succès. Je jetais mes livres dans le public avec la certitude d’avoir parlé pour le  bien  commun,  sans  aucun  souci  du  reste.  Si  l’ouvrage  était  rebuté, tant pis pour ceux qui n’en voulaient pas profiter : pour moi, je n’avais pas besoin de leur approbation pour vivre. Mon métier pouvait  me  nourrir,  si  mes  livres  ne  se  vendaient  pas  ;  et  voilà  précisément ce qui les faisait vendre. »

Les Confessions, Rousseau – livre IX.


Et pourtant... Rousseau est l'un des principaux initiateurs d'un genre aujourd'hui extrêmement codifié qui est celui de l'autobiographie. Comme quoi les inventeurs d'hier font parfois les grands principes d'aujourd'hui... ^^

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Re : Citations
« Réponse #207 le: 30 novembre 2019 à 08:29:47 »

"Il y a Khady,
une femme dont les écrits
et les images qu’elle tourne
ne parviennent pas à sauver du tourment.
Elle qui aimerait tant parvenir à nommer
ce mal qui tournoie dans son esprit.

Il y a tous les autres, des fous croit-on,
chez qui le vertige côtoie si fortement la lucidité
qu’on se demande quel lien obscur relie ces deux états.

Il y a cet hôpital. Thiaroye,
en lisière de Dakar.
Un lieu où la psychiatrie en Afrique s’est écartée
du chemin tracé par la colonisation.

Et il y a la folie qui nous parle,
qu’on écoute attentivement,
qui nous bouleverse, non par compassion
mais parce qu’elle emporte toutes nos certitudes.
Monologues ultimes des âmes blessées
qui ne s’embarrassent d’aucun calcul
et qui s’adressent aux confins de nous-mêmes,
là où le déséquilibre intérieur n’est pas un risque
mais une vérité sourde, enfouie.
Prête à surgir."

Jean-Pierre Krief
(à propos de : Ce qu'il reste de la folie, Joris Lachaise, 2015)

« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

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Re : Re : Citations
« Réponse #208 le: 30 novembre 2019 à 10:03:10 »

"Il y a Khady,
une femme dont les écrits
et les images qu’elle tourne
ne parviennent pas à sauver du tourment.
Elle qui aimerait tant parvenir à nommer
ce mal qui tournoie dans son esprit.

Il y a tous les autres, des fous croit-on,
chez qui le vertige côtoie si fortement la lucidité
qu’on se demande quel lien obscur relie ces deux états.

Il y a cet hôpital. Thiaroye,
en lisière de Dakar.
Un lieu où la psychiatrie en Afrique s’est écartée
du chemin tracé par la colonisation.

Et il y a la folie qui nous parle,
qu’on écoute attentivement,
qui nous bouleverse, non par compassion
mais parce qu’elle emporte toutes nos certitudes.
Monologues ultimes des âmes blessées
qui ne s’embarrassent d’aucun calcul
et qui s’adressent aux confins de nous-mêmes,
là où le déséquilibre intérieur n’est pas un risque
mais une vérité sourde, enfouie.
Prête à surgir."

Jean-Pierre Krief
(à propos de : Ce qu'il reste de la folie, Joris Lachaise, 2015)



" Dimanche.
Je marche seul, mon pas est livide, ma respiration approximative.
Les fous sont là-bas, ils sont cloîtrés derrière la muraille.
Au loin, j'entends des cris sourds. Ce grondement me transperce..."


Le fil est si ténu entre folie et désespoir que parfois il me semble ne faire qu'un ou du moins que ces deux termes sont à ce point indissociables, si proches l'un de l'autre. Comment comprendre la folie si l'on n'ose aborder la souffrance ?

« Je ne sais ce qui me possède et me pousse à dire à voix haute, ni pour la pitié, ni pour l'aide, ni comme on avouerait ses fautes, ce qui m'habite et qui m'obsède. »
(Aragon)


L'univers carcéral à l'intérieur de nous-mêmes est la pire des prisons.

 


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Re : Citations
« Réponse #209 le: 08 décembre 2019 à 21:57:46 »
“La beauté sauvera le monde.”
Fiodor Dostoïevski

Plus précisément extrait de L'idiot:
"Est-il vrai, prince, que vous ayez dit une fois que la « beauté » sauverait le monde ? Messieurs, s'écria-t-il en prenant toute la société à témoin, le prince prétend que la beauté sauvera le monde! Et moi, je soutiens que , s'il a des idées si folâtres, c'est qu'il est amoureux. Messieurs, le prince est amoureux ; tantôt, dès qu'il est entré, j'en ai été convaincu. Ne rougissez pas, prince! vous me feriez pitié. Quelle beauté sauvera le monde ?"
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