Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 octobre 2019 à 20:19:37

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Auteur Sujet: Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?  (Lu 9300 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Re : Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?
« Réponse #75 le: 07 juin 2019 à 00:09:01 »
Par contre, je ne sais pas si la citation de Giraudoux est sortie de son contexte ou non, mais je n'ai pas bien vu son rapport avec le sujet.

Heureux d'avoir sollicité ta curiosité.

Le personnage de Spectre créé par Giraudoux représente l'irrationnel et la fatalité, il est contraire au rationnel ou à la pensée scientifique (le spectre n'étant pas scientifiquement possible en vérité). Il suscite la curiosité d'Isabelle, dans sa volonté de vivre pleinement, elle souhaite connaître le nom de chaque fleur, le nom de chaque chose, mais aussi la vie après la mort, or sa curiosité pour la mort lui fait presque perdre la vie.

Tu peux voir Isabelle comme une antithèse d'Hamlet quelque part (sûrement sais-tu qu'Hamlet reçoit la visite d'un spectre lui aussi), la voix d'Isabelle porte la curiosité pour la vie et pour la mort, Giraudoux a construit ce personnage avec le féminisme qu'on lui connaît.

Je te conseille vraiment de t'intéresser à cette pièce, au vu des questions que tu te poses, je pense que cela pourrait vraiment te plaire (la question de la connaissance, de la science ou de la vérité scientifique est intrinsèque à la pièce, elle est dans la continuité du questionnement sur la culture/la philosophie/la lecture, etc.).

J'espère t'en avoir dit assez pour que tu t'y retrouves (au pire, je peux toujours t'apporter des clarifications si besoin), j'espère au moins t'avoir donné envie de t'intéresser à Giraudoux.

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Re : Re : Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?
« Réponse #76 le: 08 juin 2019 à 12:18:11 »
Par contre, je ne sais pas si la citation de Giraudoux est sortie de son contexte ou non, mais je n'ai pas bien vu son rapport avec le sujet.

Heureux d'avoir sollicité ta curiosité.

Le personnage de Spectre créé par Giraudoux représente l'irrationnel et la fatalité, il est contraire au rationnel ou à la pensée scientifique (le spectre n'étant pas scientifiquement possible en vérité). Il suscite la curiosité d'Isabelle, dans sa volonté de vivre pleinement, elle souhaite connaître le nom de chaque fleur, le nom de chaque chose, mais aussi la vie après la mort, or sa curiosité pour la mort lui fait presque perdre la vie.

Tu peux voir Isabelle comme une antithèse d'Hamlet quelque part (sûrement sais-tu qu'Hamlet reçoit la visite d'un spectre lui aussi), la voix d'Isabelle porte la curiosité pour la vie et pour la mort, Giraudoux a construit ce personnage avec le féminisme qu'on lui connaît.

Je te conseille vraiment de t'intéresser à cette pièce, au vu des questions que tu te poses, je pense que cela pourrait vraiment te plaire (la question de la connaissance, de la science ou de la vérité scientifique est intrinsèque à la pièce, elle est dans la continuité du questionnement sur la culture/la philosophie/la lecture, etc.).

J'espère t'en avoir dit assez pour que tu t'y retrouves (au pire, je peux toujours t'apporter des clarifications si besoin), j'espère au moins t'avoir donné envie de t'intéresser à Giraudoux.

Dès que j'entends parler de Giraudoux, je sors mon revolver !

«Nous sommes pleinement d'accord avec Hitler pour proclamer qu'une politique n'atteint sa forme supérieure que si elle est raciale, car c'était aussi la pensée de Colbert ou de Richelieu.»

A l'opposé d'un Brasillach, qui aura écrit de véritables insanités dans Je suis partout mais qui est un " pur " esprit, doublé d'un immense écrivain, Giraudoux, l'être abject par excellence,  «Je ne suis qu'un oiseau, doublé d'un serpent.» malgré son intelligence supérieure, se complaît élégamment dans la fiente et l'écrivain qu'il est ne peut me faire oublier l'homme sans qualités.

Marcel Dorcel, redresseur de torts...à peu de frais.
« Modifié: 08 juin 2019 à 12:22:57 par Marcel Dorcel »
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Re : Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?
« Réponse #77 le: 08 juin 2019 à 13:35:02 »
Je trouve largement condamnables les propos qu'a tenus Giraudoux, et extrêmement préoccupants, qui plus est.

Je comprends que tu réclames la tête de Giraudoux pour son antisémitisme, ce que je trouve honorable et honnête.

Je te prierai de faire de preuve de tolérance à l'égard de mon admiration pour la très grande simplicité de l’œuvre de Giraudoux, sa sincérité naïve et sa poésie spontanée.

Giraudoux n'était certes pas un grand penseur de ce siècle, encore moins un écrivain exemplaire, mais sa volonté de proposer une certaine élégance personnelle, un regard sur la vie assez irréfléchi mérite plus d'une citation. Comme je disais ci-dessus, Giraudoux raconte l'histoire d'une femme qui s'intéresse plus à la spiritualité qu'à la philosophie, et tout comme Hamlet, elle se laisse séduire par un spectre redoutable.

On est très loin d'une « philosophie raciale », plutôt dans une forme de pensée immature et inconsciente.
« Modifié: 08 juin 2019 à 13:38:41 par Alan Tréard »

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Re : Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?
« Réponse #78 le: 09 juin 2019 à 12:08:03 »
Lors d'un diner avec un ami, je ne sais plus pourquoi je mentionnai Platon, son Banquet et sa République. Très énervé par l'exposé de mon intérêt, d'ailleurs assez récent, pour ce philosophe, cet ami explosa : "Platon ! Il était esclavagiste et anti féministe ! Tu parles d'un philosophe !" Pour défendre ma position et la réputation du vieux grec, j'essayai d'avancer un premier argument selon lequel on ne peut valablement juger les hommes d'autrefois selon les critères d'aujourd'hui. A l'époque, à part les esclaves eux-mêmes (et encore pas tous, loin de là) et quelques femmes, personne ne remettait en cause la condition des esclaves et des femmes. "Argument irrecevable, me dit-il : il y a des constantes dans la morale et ce n'est parce que ça s'est passé il y a plus de deux mille ans que la condition féminine et l'esclavage n'étaient pas scandaleux. Alors Platon, hein, qu'il les garde, ses belles leçons de morale ! "
Bon. Je changeai d'argument : admettons un instant que Platon ait été coupable de n'avoir pas en son temps dénoncé l'esclavage et admettons que, pour cela, il soit méprisable. Doit-on pour cela ignorer son œuvre et même brûler ses livres ?
La réponse fut : oui (je résume, il n'a pas vraiment dit qu'il fallait les brûler).
Le lendemain, cet ami me téléphonait pour me dire qu'il ne fallait que je le juge sur les positions qu'il avait prises la veille, car il fallait les attribuer davantage à la deuxième bouteille de bordeaux que nous avions ouverte qu'à une véritable conviction.

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Re : Est-ce que lire est une nécessité pour écrire ?
« Réponse #79 le: 21 juin 2019 à 14:38:11 »
C'est une question fondamentale, il est essentiel d'avoir un esprit critique à l'égard de ses lectures, tout en ayant la capacité de retenir le meilleur de chaque bouquin.

En ce qui concerne la position de Platon sur l'esclavage, je ne la connais pas exactement et je ne connais pas le degré de fiabilité de ce que t'a dit cet interlocuteur avec toi, mais je dois effectivement remarquer que de s'empêcher d'avoir accès aux immenses savoirs platoniciens (qui étaient déjà d'un grand esprit de liberté à l'époque), c'est prendre le risque de ne pas savoir porter un regard émancipé sur le monde.

Je crois qu'il ne faut pas confondre l'esprit critique à l'égard de certaines opinions (qui sont personnelles et individuelles), et l'idéologie qui irait censurer toute lecture ne correspondant pas à des critères trop sélectifs.

Je considère sincèrement qu'une formation des idées sur un critère de « pureté » de la pensée (qui régulerait la lecture en fonction de la pureté des opinions d'un auteur) serait dangereuse en cela qu'elle interdit au lecteur de s'intéresser à ce qui est différent de lui. Être critique oui, interdire la lecture non...

Il faut lire Platon sans hésitation, du moins pour celles & ceux qui se sensibilisent à la philosophie, peu importe qu'il ait un nez crochu ou que ses opinions politiques ne soient pas à la hauteur de sa pensée philosophique : la philosophie ne peut pas dépendre de l'opinion politique, elle doit pouvoir s'en libérer.

Aujourd'hui la politique a pour tradition de s'emparer des idéaux philosophiques pour les interpréter à sa manière... Bon, ne dépendons pas de ces modes de pensée, je crois vraiment que nous devons préserver la liberté de nous intéresser au passé sans avoir à passer les choix de lecture par un filtre sélectif d'opinions politiques !

Raison pour laquelle je pense qu'il est essentiel de lire, lire et lire, qu'il n'y a de limite à la lecture que quand le fanatisme décide d'interdire de s'informer, de se cultiver ou de se questionner... Le fanatisme a ses limites.

 


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