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07 décembre 2019 à 08:33:34

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Auteur Sujet: "Autobiographie imaginaire d'une névrosée. Version légère !  (Lu 3932 fois)

Hors ligne Elhora

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #15 le: 09 décembre 2012 à 18:30:06 »
Une chute encore plus déroutante que ça?  :mrgreen:

Ben dis donc, j'ai vraiment hâte de lire la suite! (si tu le transformes en roman, à mon avis, il faudra étoffer et mettre plus de détails dans les premières parties)

Et c'est quoi qui t'a scotchée en fait?

(et après tu te remets au travail vite fait, j'attends moi!   :cendrillon:)

Lol

 :oxo:
"Nous avons terminé la vaisselle en partageant le silence qui s'était installé entre nous. Parfois, c'est tout ce que l'on peut partager."
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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #16 le: 09 décembre 2012 à 19:26:41 »
Ce qui m'a scotchée c'est que tu as pensé que ce pouvait être Marceline qui raconte, ma première idée !
Tu es aussi "tordue" que moi !  >:D
J'ai un peu d'avance sur le travail ... j'ai 12 pages a4 terminées pour l'instant, alors des extraits j'en ai en réserve  ;D

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #17 le: 11 décembre 2012 à 14:27:27 »
Re-laïus pour ceux qui ont loupés les deux premiers extraits 

AUTOBIOGRAPHIE D’UNE MENTEUSE

Une écrivaine ratée et névrosée décide d'écrire une autobiographie sordide en interpellant des lecteurs imaginaires…
La maxime « l’homme est un loup pour l’homme » de Plaute résonne dans son esprit torturé.
Elle finira pourtant par trouver la paix d’une bien étrange manière.

Extrait n°3


Je ne sais pas quelle maladie provoquait chez elle un tel déchaînement de violence. Elle ne pouvait pas être saine d'esprit ou alors ... Allons vite nous cacher, les gens « normaux » sont si nombreux !
Un autre événement m’a profondément marqué… Marceline avait un rendez-vous en ville, nous avions donc pris la route en milieu d’après-midi. Quand nous sommes arrivés à bon port, ma présence n’étant pas souhaitée auprès de Maman, je restais sagement dans la voiture. Sagement ? Pas tant que cela ! Je commençais vraiment à m’ennuyer quand j’aperçus un paquet de cigarettes et des allumettes. J’eus envie de goûter à cette fumée qui semblait tellement  ravir les adultes. Je mis une cigarette entre mes lèvres, puis j'essayais maladroitement de gratter une allumette pour y mettre le feu. Je recommençai plusieurs fois, comme il ne se passait toujours rien, je jetais à l'arrière de la voiture les preuves de mon délit. Malheureusement pour moi, j'avais réussi ma manipulation et logiquement une étincelle vint mettre le feu aux journaux qui jonchaient le sol. J’ouvrais la portière en hurlant, sans sortir de la voiture, Marceline me l’avait interdit ! Les flammes léchaient mes jambes lorsqu'un employé du garage automobile proche arriva avec un extincteur. Peu de temps après c’était Marceline qui accourait. Chacun menait son enquête pour comprendre comment l’incendie s’était déclaré. Dans mon coin, je faisais l’innocente, l'air surpris. Très vite, la cigarette et l'embrasement des journaux ne firent aucun doute. Par contre, le coupable n'arrivait pas à être identifié. Marceline ne dit rien sur le moment mais, elle avait deviné le scénario qui avait consumé le dos des sièges avant de la 4 l . Nous reprîmes la route à la nuit tombée. En même temps qu’elle conduisait, ma « hyène de nounou » se servait de son poing droit pour m'assénait des coups. Jusque-là, rien de bien nouveau mais, quand elle s’arrêta sur le bord de la route, ce fut l'effroi. Après m'avoir encouragé à descendre, Marceline s'était éloigné. Elle venait de m’abandonner seule sur cette route de campagne dans l’obscurité complète. Je ne bougeais pas, j'étais tétanisée par l'angoisse. Je pleurais doucement pour ne pas alerter les animaux sauvages ou les monstres affamés. Les arbres agitaient leurs longs bras décharnés, derrière moi des bruisements terrifiants faisaient frémir toute ma petite carcasse. Des ombres inconnues se dessinaient çà et là puis soudain, au loin je reconnus la voiture, maman revenait me chercher. Ce fut l'unique fois de ma vie que je fus heureuse de la voir. Aujourd’hui encore, je ne peux pas prendre de routes de campagne la nuit sans être en panique. Avec le temps, même en plein jour, je peux faire une crise d'angoisse lorsque c'est désert. Cela vous paraît ridicule, mais certains traumatismes de l'enfance vous poursuivent à l'âge adulte. Heureusement, je n’ai pas eu d’enfants, je leur aurai transmis mes phobies. Pire, j’aurais peut-être reproduit ce schéma de violence sur eux. C’est un cliché bien sûr, tous les enfants frappés ou abusés ne le font pas subir à leur progéniture. Souvent c’est le contraire qui arrive, ils deviennent beaucoup trop protecteurs, étouffants par excès d’amour.
Certes, avec Marceline je ne risquais pas d’être étouffée, du moins pas de cette façon ! Vous souriez mais ce doit être horrible d’entendre quelqu’un vous dire « je t’aime » sans raison ou qui vous serre dans ses bras quand vous êtes triste. Laissez vivre les malheureux !
Après cette analyse fantasmagorique, revenons un peu à moi !

Vous allez vous moquer mais, j’avais un autre moment privilégié avec Tonton : je l’accompagnais au cimetière sur la tombe de sa mère. Presque tous les dimanches après-midi nous partions tous les deux sans la « venimeuse. » Inutile de vous expliquer notre bonheur à nous éloigner de notre geôlière en jupe. René s’arrêtait au petit bistrot du coin pour prendre un remontant, pendant que je maltraitais le flipper. Ensuite arrivait l’instant magique de nettoyer le caveau. J’imaginais la vieille femme couchée sous la pierre tombale, heureuse comme une grand-mère à qui l’on rend visite. Une fois, J’eus envie de lui faire plaisir, je décidais de lui faire un cadeau. Je parcourais les allées du cimetière et revenais les bras chargés de plaques en marbre, de couronnes en plastique et même d’un pot de chrysanthème frais. Tonton sourit en me voyant ainsi chargée et avec une fausse sévérité me demandait de reposer ces objets chez les propriétaires défunts. Notre petite escapade dominicale était toujours un doux moment de complicité et de tendresse.
Marceline aussi avait des parents, des gens simples de la campagne. Nous allions régulièrement les voir, sans tonton. Je ne vous surprendrai pas en insistant sur le fait que je n’étais pas plus heureuse que cela de partager cet instant avec elle. Sur le buffet, il y avait des photos de Marceline jeune et de Tonton maigre. Il était bel homme à cette époque mais je peux comprendre que vivre avec Maman l’ait rendu boulimique : il compensait !
La nourriture, voilà un sujet sérieux, ne faites pas la moue mes lecteurs chéris je m’explique. Si vous êtes encore là c’est que nous pouvons tout aborder, même le superficiel.
Les repas n’étaient pas pour moi un moment agréable non plus. Le vendredi surtout, Marceline préparait de la brandade de morue. Le simple fait de l’évoquer me donne des nausées. Maman me remplissait une grosse assiette bien fournie, elle savait que je détestais le poisson. Comme à chaque bouchée j’étais au bord du vomissement, elle avait trouvé une parade pour éviter les projections à table : je mangeais debout sur l’évier ! J’étais une enfant bien éduquée, je devais toujours finir mon assiette. Les jours de boudin noir sauté à la poêle ou de foie, le même rituel se mettait en place. De nos jours, les enfants n’aiment pas sans avoir goûté et les parents laissent faire, c’est honteux ! Marceline aurait pu leur donner des leçons d’éducation. Je vous sens outrés, c’est une boutade, un clin d’œil malicieux… Vous me connaissez maintenant !

Concernant ma mère, elle me rendit visite trois fois. J’ai beau chercher dans mes souvenirs, je n’en vois pas d’autres en deux ans et demi de captivité.
La première fois, elle est venue avec des amis me chercher pour aller au restaurant du village. Pendant tout le repas je fus transparente, ma mère faisait de long monologue et s’écoutait parler. Elle expliquait tous les sacrifices qu’elle faisait pour mon bien-être. Eliette, c’était son nom, affirmait avoir acheté une voiture à Marceline. Elle se vantait de donner « un argent fou à la nounou » et en conclusion que mon bonheur n’avait pas de prix.
Vous allez me demander pourquoi je n’ai rien dit, pourquoi je n’ai pas hurlé mon désespoir, tout simplement j’avais peur. Peur que personne ne me croie, que tous me prennent pour une sale menteuse ingrate et finalement me donne en pâture à Marceline.  La suite va mieux vous faire comprendre mon attitude face aux adultes.
« Modifié: 13 décembre 2012 à 09:10:57 par May-lys »

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #18 le: 11 décembre 2012 à 21:31:52 »
Bon...je ne vais faire la forme que du dernier post, je reviendrais sur les deux à la fois après (j'avais pas vu le deuxième).

Citer
Quand nous sommes arrivés à bon port, ma présence n’étant pas souhaitée auprès de Maman, je restais sagement dans la voiture.
Je suis restée, plutôt, vu le début de la phrase.

Citer
J’eus envie de goûter à cette fumée qui semblait tellement les ravir les adultes.
Mouarf, vilaine tentation  ^^

Citer
Je mis une cigarette entre mes lèvres puis, j'essayais maladroitement de gratter une allumette pour y mettre le feu.
La virgule casse ta phrase, je l'aurais mise avant le "puis".

Citer
Malheureusement pour moi, j'avais réussi ma manipulation, logiquement une étincelle vint mettre le feu aux journaux qui jonchaient le sol.
L'emploi du "logiquement" est un peu étrange, placé comme ça. Il faudrait un donc après "vint", ou un et avant le "logiquement". Oui je sais, je suis tatillon.

Citer
Dans mon coin, je faisais l’innocente, l'air surpris.
Elle ne manque pas de culot pour une jeune fille aussi soumise.

Citer
Par contre, le coupable n'arrivait pas à être identifié.
C'est vraiment des huîtres ces gens...

Citer
Nous reprîmes la route à la nuit tombée et en même temps qu’elle conduisait, ma « hyène de nounou » m'assénait des coups de poing .
J'aurais fait un peu plus attendre, que ce soit plus terrible en arrivant. De plus, asséner des coups de poing à quelqu'un en conduisant n'est pas aisé. Enfin, en parlant de point, un espace en trop avant celui-ci.

Citer
Laissez vivre les malheureux !
:D Mon dieu !

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Je parcourais les allées du cimetière et revenais les bras chargés de plaques en marbre, de couronnes en plastique et même d’un pot de chrysanthème frais.
J'imagine tellement bien  la gamine qui "vole" sur les tombes de plein de gens et ramène son butin, toute fière :D

Citer
De nos jours, les enfants n’aiment pas sans avoir goûté et les parents laissent faire, c’est honteux ! Marceline aurait pu leur donner des leçons d’éducation. Je vous sens outrés, c’est une boutade, un clin d’œil malicieux… Vous me connaissez maintenant !
Heureusement d'ailleurs, j'ai eu peur un moment !

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Peur que personne ne me croit, me prenne pour une sale menteuse ingrate et finalement me donne en pâture à Marceline.
...ne me croie, que tous/tout le monde/ils/ce que tu veux/ me prenne(ent, c'est selon)...

J'ai bien aimé le deuxième post, à ceci près qu'il y a trop de violence physique pour que ça marche. Tu nous annonce une violence psychologique, et la gamine doit rester debout. Certes elle a peur du noir et de son cerbère, mais tout de même... La douleur restera la plus forte puisqu'elle tombe. Et puis elle en prend tellement plein la tronche après, bref, pas encore le top. Ceci dit, le coup de la noyade, c'est pas mal. J'ai quand même eu un peu peur que cela ne se transforme en un listing des tortures qui existent... Ce qui serait long et sans grand intérêt (je pourrais cependant aider si tu manques d'idées, j'ai visité un très intéressant et instructif musée de la torture en Italie :mrgreen:).
 
Pour ce troisième post...
C'est pas mal du tout l'idée de l'abandon en plein nature, plus terrifiant que le bord du lit. Mais je pense que tu pourrais passer plus de temps, vu le traumatisme que cela semble être, presque le paroxysme de la torture (mais je n'en suis pas sûr, j'attends de voir ce que tu nous réserves >:D), elle doit en penser des choses ! En plus, le fait qu'elle "aime bien" sa Marceline quand elle revient... J'y crois pas trop. Elle est trop monstrueuse pour que cela aille. La fillette est trop torturée à ce moment là pour éprouver un quelconque réconfort à la voir arriver. Même si c'est pour la sauver. Je suis pas psy, mais bon...
J'aime bien le bon moment avec tonton, ça offre un répit au lecteur qui n'est pas de trop, ça c'est sûr. Au passage, tant que je l'évoque, ton écriture est toujours aussi efficace pour ça, ça marche à merveille, on a pas un instant pour respirer, c'est fluide, évocateur, angoissant... Beau boulot.
Et enfin pour la mère, le passage est court, certes à la mesure du peu de temps que passe cette ******* avec sa fille (oui pour moi la mère, la vraie, est pire que Marceline. Bien pire.), mais vu la détresse que cette pauvre fillette endure et la manière dont elle doit l'enfermer, je pense qu'un introspection plus poussée ne serait pas superflue.
Et enfin (oui, c'est le dernier point. Mais rassure toi, c'est parce que le texte est bon, et que je suis inspiré, que je commente autant, on ne va pas toujours encenser !), la chute... Un peu banale. Jusqu'ici, tu nous fais des chutes sur le pur suspens, continue, ça marche à merveille !

Au plaisir :)
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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #19 le: 11 décembre 2012 à 22:11:24 »
Ah, oui, merci de m'y faire penser ! Fais gaffe de pas tomber dans la torture pure et dure !

Oui, j'y avais pensé, puis oublié, puis retrouvé, puis ré-oublié, et là tu me le rappelle...

J'attends la suite !
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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #20 le: 11 décembre 2012 à 22:16:36 »
Non plus de tortures ... tu me prends pour une menteuse ??  :noange:
C'est déjà assez comme ça je trouve mais les séquelles ça donnent quoi?  >:D

Zut j'ai effacé le post avant ou je te disais merci, j'espère que tu as lu ! :-[
« Modifié: 11 décembre 2012 à 22:19:02 par May-lys »

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #21 le: 11 décembre 2012 à 22:20:32 »
Bah oui, vu que j'y ai répondu, tiens !  :huhu:
Mais du coup, tu me fais faire un double post involontaire ! Méchante !

Bon, stop flood, je me vengerais sur ton prochain post  >:D
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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #22 le: 13 décembre 2012 à 09:24:14 »
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Tu nous annonce une violence psychologique, et la gamine doit rester debout. Certes elle a peur du noir et de son cerbère,mais tout de même... La douleur restera la plus forte puisqu'elle tombe
Euh imagine que tu restes une cinquantaine de nuits debout avec la peur au ventre t'interdisant de t'endormir. Je pense que tu comprendras ce qu' est la" violence psychologique". #:s

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le fait qu'elle "aime bien" sa Marceline quand elle revient... J'y crois pas trop
Parfois la réalité est moins effrayante que l'impalpable   :putainlafaute:

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on a pas un instant pour respirer, c'est fluide, évocateur, angoissant... Beau boulot.
MERCI  :coeur: :-[
 
« Modifié: 13 décembre 2012 à 09:26:11 par May-lys »

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #23 le: 14 janvier 2013 à 08:46:28 »
Bien le bonjour,

Me revoilà après une petite absence studieuse. Je vous livre 2 extraits, lapidez-moi, je travaille d'arrache- pied par la suite pour vous plaire  :mrgreen:

Extrait 1 " la manipulatrice-narcissique"

Concernant ma mère maintenant, une petite description de la « manipulatrice narcissique » s'impose. Sans le savoir, vous avez peut-être croisé dans votre sphère familiale ou professionnelle ce genre de femme. Pour cacher ses extractions, elle doit sans cesse faire tourner sa réserve de proies potentielles. Son instabilité est de notoriété publique ce qui entraine le renouvellement incessant de son entourage. Le bonheur des autres lui paraît insupportable, le succès de ses congénères l'indispose à tel point qu'elle engagera toutes ses forces pour se l'approprier. Ce personnage exprime un besoin irrépressible de plaire, d'être adulé, de perdurer en tant qu'unique objet du désir. Si vous percez à jour son idiosyncrasie, restez sur vous gardes, car vous vous exposez à un danger imminent. Pour finir de brosser le portrait élogieux de ma génitrice, je rajouterai qu'elle possède la fibre maternelle d'une huitre mâle. Elle me rendit trois fois visite tout de même, j'ai beau chercher dans mes souvenirs, je n'en vois pas d'autres en deux ans et demi de captivité.
La première fois, elle est venue avec des amis me récupérer pour aller au restaurant du village. Pendant tout le repas je fus transparente, ma mère déversait de longs monologues pathétiques, écoutait sa propre voix résonner dans la chaleur moite de ce début de printemps. Elle expliquait tous les sacrifices qu'elle consentait pour mon bien-être. Éliette, ma tendre maman, affirmait avoir acheté une voiture à Marceline, elle se vantait de donner « un argent fou à la nounou » et finissait simplement par conclure que mon bonheur n'avait pas de prix.

Extrait 2 "Le moment gastronomique"

Les repas pourraient se dépeindre comme un segment gastronomique aussi pénible que délicat à développer. Ne faites pas la moue, mes lecteurs chéris, nous pouvons aborder même le superficiel dans l'intimité d'un clan. Marceline préparait de la brandade de morue avec frénésie, le simple fait de me remémorer la scène me donne encore des nausées. Maman remplissait une grosse assiette fournie, elle savait que je détestais le poisson. Je peux vous affirmer que chaque lippée du vendredi midi me laissait un goût de vomissure, mon uvule lançait une alerte profondément dégoutée à mon estomac et le refoulement devenait inéluctable. Maman dut imaginer un stratagème afin d'éviter les projections à table, je fus contrainte de manger debout devant l'évier ! J'étais bien éduquée, je finissais toujours la nourriture proposée sous peine de représailles. Les jours de boudin noir sauté à la poêle ou d'escalope de foie, le même rituel se mettait en place. De nos jours, les enfants détestent sans même avoir goûté, les parents permissifs laissent faire, quelle honte ! Marceline aurait pu leur prodiguer des leçons de bonnes manières. Je te sens outré par mes paroles, mais évidemment je m'amuse avec une boutade, un clin d'oeil malicieux ! je ne valide en aucun cas ce comportement abject. Tu me connais un peu à présent !


« Modifié: 25 janvier 2013 à 09:48:38 par May-lys »

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Ma vie est un conte de faits ( VERSION juillet 2013 )
« Réponse #24 le: 15 janvier 2013 à 08:48:58 »
Bonjour, nouvelle version et nouveau titre J'ai rajouté la dérision qui rend le texte plus léger et j'espère drôle aussi parfois.

La page blanche s'offre à moi pour faire de vous un lecteur anonyme, mon confident. Vous douterez parfois de mes écrits, vous vous demanderez si je ne suis pas une affabulatrice en manque de reconnaissance. Vous ressentirez peut-être l’envie de démêler le vrai du faux, de passer maître dans l'art de détecter l'imposture. Vous pouvez pourtant me croire, je vous confesse l'inconcevable inhumanité de la vilenie traversée. Commençons sans attendre.
Je suis née au printemps 1961 dans le petit village de Bruay-en-Artois. L’air se humait avec gourmandise, les effluves végétales des prairies en fleurs virevoltaient et embaumait l‘intérieur des maisons. Ma mère n'avait pas eu le temps de rejoindre la capitale pour me mettre au monde. J'imagine son désespoir loin du gratin parisien dans cette chambre glauque, exiguë et délabrée. Les privilèges dorés disparaissaient devant ce parterre de gens du peuple. Elle ne pouvait pas exhiber son argent ou déployer son charisme, à la soi-disant, Greta Garbo, sans se montrer ridicule. L'accent faubourien de ses interlocuteurs du moment avait dû lui arracher des rictus crispés de dégoût. Comment une femme raffinée, élégante, même précieuse, pouvait-elle accoucher dans un sordide hôpital de campagne ?
— vous là, apportez moi un remontant, un verre de champagne, un Bourbon ou tout autre alcool !
Persiffla-t-elle avec l’arrogance d’une diva de pacotille au rabais.
— vous vous trouvez dans un service maternité, pas dans un palace, madame.
— quel humour ! Cela dit, je l'avais remarqué. Le luxe ici, se réduit à ma seule présence !
Elle esquissa un geste pendulaire de la main avec dédain en guise d’insulte suprême.
— ce dont vous avez besoin en ce moment se résume surtout à des compétences médicales non ?
— certes, j’aspire toutefois à me conduire comme une personne civilisée, élégante et subtile à la différence de vos génisses hurlantes qui vont mettre bas !
Ajouta ma mère, les lèvres pincées et le menton agressif.
— ici, nous manquons cruellement de vétérinaires, nous nous contentons de médecins de campagne…
— je souffre le martyre, vous devez soulager mon affliction !
— même les reines ressentent les contractions. Vous allez sans doute comme elles, pendant les prochaines heures, perdre un peu de votre savoir-vivre et de votre superbe…
— je dois lutter contre ce mal qui attaque ma dignité… Alors, ferme-la sale bonniche et donne-moi un calmant !
— le travail commence et comme je disais les mauvaises manières aussi !
D'après ma mère, la souffrance pendant l’accouchement qui dura seize heures fut insoutenable. Pour elle, égocentrique à outrance, une enfant correspondait à un fardeau, une entrave à ses sorties nocturnes ou à sa recherche d’un mari aisé. Il en découle les raisons principales de mon oubli pendant de longues années chez des nourrices éphémères. Je ne me souviens plus du nombre, tellement elles semblaient inodores, sans saveur et sans chaleur. Par contre, l'une d'entre elles a marqué ma mémoire à jamais. Je vais vous épargner le descriptif morne de mes premières années pour vous raconter le vrai début de ma vie : la naissance de ma personnalité, de mon être profond.
Un soir, ma mère me présenta Marceline sur le pas de porte de notre maison. Tout en m'expliquant qu'elle m'envoyait vivre chez cette inconnue, elle engouffrait avec une frénésie non dissimulée mes affaires dans le coffre de la voiture. Je ne ressentis aucun sentiment particulier à ce moment-là. L'habitude sans doute de n'avoir pas mon avis à donner, j'exécutais les ordres sans jamais la contredire. Marceline apparaissait fluette, petite, assez quelconque. Son nez se révélait long et maigre, ses yeux fuyants, ses pommettes saillantes, mais surtout sa pâleur diaphane surprenait par sa transparence excessive. Des veinules bleutées agrémentaient la surface de sa peau, s'étalaient en méandres indisciplinés jusqu'aux abords de ses oreilles et de son cou.
L'échange se passa très vite, maman dut m'embrasser, mais je ne m'en souviens pas. Ma nouvelle « garde-enfant » et moi prîmes la route pour rejoindre une destination proche sans dire un seul mot. Le silence restait de toute façon, un refuge où je me délectais de pensées positives. J'allais peut-être découvrir une vraie vie de famille avec des enfants qui piqueraient mes jouets, des camarades d'école, de sales gosses qui ne me laisseraient pas copier par dessus leur épaule. Dans ma tête, des images d'existence ordinaire s'animaient joliment. À notre arrivée, debout devant un salon de capilliculture, se tenait un gros monsieur. Il semblait heureux de nous voir, il s’avança et je compris d’instinct que je l'aimerai énormément !
René, le mari de Marceline depuis onze ans, officiait comme coiffeur pour hommes. Sa maison familiale abritait son établissement que nous traversâmes afin d’atteindre la salle à manger. Celle-ci donnait sur une spacieuse cuisine toute blanche égayée au centre d’une table en formica rouge. Ensuite, à ma grande surprise, nous étions contraints de sortir dans une cour dans le but d’accéder à la salle de bain et aux toilettes. Je m’imaginais l'hiver, rigide comme un cadavre avec la ferme intention de me rendre à la douche, à moitié cryogénisée et des stalactites pendues au bout du nez. À l'étage se trouvaient deux chambres lumineuses, chacune agrémentée d'un lit massif surmonté d’un énorme édredon de plumes. Les deux pièces de décoration sobre, dans des nuances d'orangés chauds, baignaient dans la clarté envahissante d’une fin de journée ensoleillée.

Puis je voulu me rendre aux toilettes pour alléger ma vessie. Je fus obligé de sortir, de longer le mur de la cour, de passer devant la salle de bain et enfin de tourner à gauche pour accéder aux latrines. Un vrai parcours du combattant pour simplement uriner. C’est là que je rencontrai Rita…
Une robuste chienne noire avec une barbichette grise, on aurait dit une chèvre… qui aboyait ! Elle vint se blottir dans les bras que j'ouvrais grand pour elle. J'ignorais à cet instant l'Importance que cet animal prendrait dans ma vie. Après avoir échangé des banalités avec mes hôtes, nous allâmes nous coucher. René monta dans une chambre, Marceline et moi dans l'autre en face. Je pensai que le vieux monsieur ventripotent devait ronfler pour qu'ils ne dorment pas ensembles. Je ne me doutais pas que mon avenir s'écrivait pour les deux années et demie à venir, une éternité.
Le lendemain, une étape cruciale m'attendait : l'école. Un petit bâtiment blanchâtre de quatre classes se profilait au fond d'une très grande cour de récréation ornée par de majestueux marronniers en fleurs. Je peux vous dire que j'éprouvais un sentiment d'immense gratitude pour l'architecte !
Malheureusement, Marceline partie, je me retrouvais au milieu de sauvageons qui couraient dans tous les coins ; je me sentis abandonnée. Alors, prostrée, les yeux baissés, j'eus envie de pleurer. Soudain, des voix enfantines se mirent à bourdonner près de mes oreilles. En levant la tête, je vis de petits anges espiègles et curieux improviser une farandole autour de moi. Enfin, je faisais connaissance de trois copines, ma vie sociale s'annonçait sous les meilleurs auspices.
— tu parles français ?
— ben pas toujours très bien, il parait
— la dernière nouvelle venait d’un pays très lointain prés de l’océan… l’Espagne !
— tu es en quelle classe ? Questionnait une autre
Je baissais les yeux, tandis que mes joues rosissaient de confusion
—  je ne sais pas encore…
— tu habites où avec tes parents ?
-— nulle part ! Je vis chez ma nourrice.
— c’est quoi une nourrice ? Fit la gamine interloquée, les yeux tout ronds d'étonnement.
— ben c’est une remplaçante de maman.
— elle est morte la tienne ?
— non, pas encore.
— pourquoi elle ne te garde pas alors ?
— elle me cherche un papa !
— ton père est mort, lui ?
— je ne sais pas je l’ai jamais vu vivant !
La cloche venait de retentir, je me postais devant la classe que la directrice m'avait indiquée et d'un pas décidé, j'entrais. Après ma présentation à tous les élèves, l'institutrice me demanda de lire pour apprécier mon niveau. D'une voix hésitante, j’essayai de décrypter les mots du livre avec tellement de difficulté, qu'elle finit par me dire
— as-tu déjà ouvert un livre ?
— Oui plusieurs fois pour regarder les images !
—Tu ne sais pas lire du tout ?
Ma voix s'éteignait dans un souffle de gêne, en répondant :
— ben si, un peu...
— c'est un atout non négligeable de savoir lire et écrire. Tu sais écrire ?
L'inquisition de l'enseignante commençait par m'agacer, alors je relevais le nez fièrement et avec une pointe d'insolence je rétorquais
— ben si je savais, je ne viendrai pas à l'école pour apprendre !
— tu dois aller au CP, suis-moi ! .
À cet instant, je compris que j'accusais un an de retard dans mes études, l'entrée au cours préparatoire s'effectuait dès l'âge de six ans et j'avais sept ans !
Maman ne m'avait pas vu grandir, elle avait oublié tout simplement de m'inscrire l'année dernière.
Le premier mois dans ma nouvelle famille se déroula plutôt agréablement. Notre relation prenait une forme plus cordiale, plus intime : Marceline se faisait appeler « tatie » et René devenait « Tonton ». D'ailleurs, quel homme délicieux, gentil et attentionné. Le matin quand je partais pour la classe, il me poussait à emprunter le salon de coiffure pour faire tinter la caisse enregistreuse et me donner quelques centimes afin d'acheter des bonbons. En effet, juste en face se trouvait la boulangerie du village : mon fournisseur officiel de friandises !
Rita, mon garde du corps à poil long, m'accompagnait devant la porte du « savoir » : l'école municipale. Je me révélai en élève appliquée, j'appris très rapidement à lire et à compter jusqu'à 100.
Je ne recevais aucune nouvelle de ma vraie famille, mais celle d'ici me convenait pour l'instant. Je ne ressentais pas de manque, grâce à ma mère qui m'avait bien habituée. J'étais forte et m'adaptais vite aux nouvelles situations improvisées. À sept ans, c'est une chance que n'ont pas tous les enfants ! Certains vivent entourés de leurs parents, grands-parents, les plus vernis échangent même de l'affection avec des frères et sœurs. Dans mon esprit de petite fille, il était préférable, pour ne pas sombrer, de m'imaginer privilégiée de vivre ainsi. La suite avec Marceline allait me noyer de doutes, de peurs et remettre en cause toutes mes convictions.
Tout d'abord, Marceline me conseilla de l'appeler « maman ». Je n'y voyais pas d'inconvénients, juste une habitude à prendre. J'avais si peu employé ce mot que l'image associée à celui-ci m'importait peu.
Malheureusement, peu de temps après sa requête, l'appellation
« tatie » était revenue naturellement. Cette étourderie souleva une tempête de reproches et de menaces. Le visage de Marceline, s'assombrit, sa bouche fine et pincée, accentué par de petits yeux froids immobiles lui donnait un air sévère, voir effrayant. D’une voix nasillarde, semblable à celle d’une sorcière, elle m’interrogea
— tu ne veux pas m'appeler maman ?
— oh si tatie, mais j'ai pas encore l’habitude
— je te conseille de rapidement la prendre, c'est la moindre des choses puisque c'est moi qui t'élève. Je pourrais croire que tu ne m'aimes pas, ce que je prendrai pour de l'ingratitude. J'en serai offensée.
— je ne suis pas méchante, je suis juste tête en l'air
— je vais te la remettre sur les épaules moi, la tête !
Cet intermède avait jeté un froid dans nos chaleureuses relations.
Heureusement, Tonton était drôle et taquin, avec ses mains sur son gros ventre, il me faisait penser à « nounours » dans « bonne nuit les petits ». Il s'avançait avec la même démarche à la fois lourde et chaloupée, j'entendais presque en le regardant le « pom pompompom pom pom » du générique. Je compris malheureusement assez vite que je ne pourrais pas compter sur son aide face à « maman ».
Une des périodes les plus sombres de mon existence s'ouvrait. Ma vie future en garderai des séquelles insoupçonnées et indélébiles.

La pièce principale de la maison était la cuisine dans laquelle trônait une télévision pour suivre le journal de l'ORTF. Dans la salle à manger attenante se trouvait un autre poste malgré le fait que nous ne puissions capter qu'une seule chaine existante, cela paraît irréaliste de nos jours de vivre avec si peu de technologie. Je vais vous raconter la première action que je qualifierais de « tactile », de la part de Marceline. Je souhaitais m'installer dans la pièce d'à côté, je demandais tout naturellement à Maman son autorisation.
— tatie, Je peux regarder la télé dans la salle à manger ?
— quoi ? Tu as dit quoi ?
— euh ! Pardon, je voulais dire... s'il te plaît ? »
Je reçus une gifle d'une telle brutalité qu'elle me fît vaciller, mon souffle fut coupé de sorte que je ne pleurai pas tout de suite, puis les sanglots submergèrent ma gorge à m'en étouffer. La stupeur me laissait sans réaction, sans mot, abasourdie par ce déchaînement de violence imprévisible. Ne me demandez pas de vous donner une explication plausible à son attitude, j'en serai bien incapable.
« Tu m'as appelée Tatie et pas maman ! Ta tête est bien revissée sur tes épaules maintenant ? »
J'acquiesçais, la tête baissée, comme un petit chien apeuré et soumis, le pire se profilait pourtant devant moi. Heureusement pour moi, Marceline n’avait pas relevé mon manque de politesse.
Je représentais la proie idéale dont se délecte le plus vil des charognards, insidieusement certains rituels angoissants se mirent en place. La veuve noire tissa sa toile tout autour de moi, je me retrouvai prisonnière. Maman  instaura tout doucement un climat malsain de dépendance, de crainte pour mieux me manipuler. Il lui fut facile de dominer, de maintenir une emprise sans faille sur une gamine déstabilisée. À cette époque-là, il n'existait pas de numéro vert ni de service pour jeunes en danger, chacun élevait sa progéniture comme bon lui semblait. Entre la discipline et la maltraitance, la nuance restait subtile, Marceline savait parfaitement jouer sur la gamme.
Je vais vous conter en détail les jeux de la perfide Marceline.
C'est drôle, je vous imagine comme cette foule qui attend le condamné à mort en place publique. Le pauvre devait espérer que le rémouleur ait bien aiguisé sa lame, pour une coupe franche. En parlant de coupe justement, sur les ordres précis de sa douce épouse, Tonton s'employa à me cisailler les cheveux très courts. Il était coiffeur pour hommes, les Anglaises n'apparaissaient pas comme sa spécialité ! Je ressemblais à un vrai petit garçon modèle sauf, que j'étais une fille !
J'étais devenue l'attraction des voisins, tous voulaient rencontrer la « petiote de la grande ville ». En Mitoyenneté sur notre droite, vivait Joseph, un accordéoniste aveugle. Il fût pressé de me deviner de ses mains moites, en effleurant les contours de mon visage avec gourmandise et application. II trépignait d'impatience de me faire découvrir ses talents de musicien. Son regard semblait éteint, noir, glacé, sans aucunes expressions. Pourtant j’y décelai une infinie gentillesse, une douceur incomparable et une clairvoyance étonnante. Je dois à Joseph mon amour de la musique, ce ressenti incroyable qui parcourt chaque parcelle de mon corps et me fait frissonner d‘extase. Je succombais à un émerveillement total lorsqu’il étranglait le soufflet de l’instrument, en même temps que vagabondaient ses doigts agiles sur les petits ronds de nacre blanche. L‘accordéon, comme par enchantement, laissait s’évaporer une symphonie colorée et odorante de notes de musique. Joseph possédait un autre talent, je le prenais pour un voyant, un extra-lucide puisqu'il devinait ma présence sans jamais se tromper. Il avait l'ouïe d'une chauve-souris, ce qui m'amène à vous faire entrer dans le vif du sujet maintenant, avec mon explication du « supplice de la baignoire ».
Pourquoi n'a-t-il jamais évoqué mes cris ? Pourquoi son incroyable faculté ne m'a t'elle pas sauvé ?
Sa cuisine donnait directement sur notre cour, juste un muret faisait office de frontière. Pourtant, il n'empêcha pas ma charmante nourrice psychopathe de reprendre à son compte une torture bien connue pendant la Seconde Guerre mondiale. Je soulignerai que mon bourreau se documenta avec soin. La salle de bain se révéla vite comme ma salle de Géhenne. J'ai oublié les motifs présents sur la faïence ou la couleur du carrelage, mais je me souviens parfaitement de cette cuve blanche au toucher froid qui m'évoquait un abreuvoir à bestiaux. Elle s'adossait au mur, au fond de cette grande pièce carré, face à la porte d'entrée vitrée mauve. Marceline la remplissait de liquide bouillonnant et tandis que je me déshabillais elle me lançait d'intimidants regards. Sans le vouloir, je lui avais donné une occasion de se distraire à mes dépens en lui avouant ma peur de l'élément humide. Elle élabora avec minutie, méthode et précisions les règles de son divertissement barbare. Le jeu consistait à me maintenir sous l'eau le plus longtemps possible. Le rituel débutait, sous prétexte de me laver les cheveux, Marceline me plongeai le visage sous l’eau et attendait.  Mes poumons arrivaient rapidement à saturation et je suffoquais. Maman me laissait reprendre ma respiration dans des hurlements de terreur puis avec ses deux mains m'enfonçait doucement à nouveau la tête sous l'eau. Elle réitérait l'opération à un rythme soutenu, plus je paniquais, plus elle éprouvait du plaisir. Je me débattais dans le liquide tiède les yeux grands ouverts en pensant qu'elle allait me tuer. Pourquoi l’homme est-il capable de tant de cruauté gratuite ? Les guerres ont drainé leur lot de tortionnaires, ces lâches qui se sentaient tout puissant, cachés derrière un uniforme qui absout de tout. La férocité de quelques uns s’exerçait même en période de paix, j‘en faisais l’amère expérience.  Marceline évoquait avec les voisins, l'hypothèse simpliste de ma peur de l'eau pour donner un sens à mes cris de détresse quotidien. L'Explication semblait crédible et puis ce qui se passe chez les autres, ne nous regarde pas. La lâcheté humaine ne connaît pas de limites, à part celles de préserver sa tranquillité. Je croyais qu'il était naturel pour une bonne maman d'éduquer sa fille à la dure. Personne n'intervenait, la loi autorisait ces choses-là, je devais subir et me monter digne de ma mère de substitution.
Aujourd'hui, je ne possède pas d'amis, pas de famille et mes uniques visites à l'hôpital psychiatrique s'orchestrent autour d'un axe purement médical.


Heureusement, pour en revenir à mon enfance, l'école évoquait la plus belle des récréations à mes yeux. Quand je partais le matin, je ressentais une bouffée de vie, comme un bagnard qui obtient une permission de sortie. Je m’improvisais clown pour faire rire mes amis, entendre cette délicieuse mélodie joyeuse me transportait de bonheur. Sur le chemin du retour, plus de rires, l'angoisse me gagnait, je me sentais oppressée, terrifiée à l'idée de ce qui m'attendait. « Le Cerbère » se tenait toujours sur le pas-de-porte à patienter les bras croisés, l'œil empli de vice et de haine. Je devais emprunter le trajet seule, Marceline voulait m'isoler complètement. D'ailleurs, le lundi après-midi, jour de fermeture du salon, elle m'envoyait rarement à l'école. Mon autre « mère » venait, sois disant me rendre visite, du moins en théorie. Il m'arrivait alors de penser que cette mère biologique était morte pour demeurer aussi silencieuse et absente. Elle vivait pourtant normalement sans se soucier, le moins du monde, de mes conditions de garde. Marceline ne se gênait pas pour me le dire, me faire comprendre que je ne m'échapperai jamais de ses griffes. Tonton, lui, partait se réapprovisionner en shampoings, baumes en tous genres et peignes. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi il devait sans cesse faire des achats. Après tout, la majorité de ses clients étaient vieux et souvent presque chauves. Pour couper 4 cheveux et demi, un ciseau pouvait servir au moins une année entière. En tout cas, son absence laissait le champ libre à Marceline pour assouvir toutes ses déviances les plus abjectes.
Les violences physiques devenaient mon lot quotidien, mais les blessures psychologiques se montraient bien plus dévastatrices. Je me réfugiais dans une grave addiction : Le Nutella. Son manque me poussais, sans permission, à grignoter les tablettes de chocolat cachées dans le petit tiroir du garde-manger, malgré le grand péril encouru.
—  Mais qu'est-il arrivé au chocolat ? Oh non c'est les souris ?
—  C’est sûr ! Tu n'as pas peur des souris, toi maman ?
—  Que si quelle horreur ! Renéééééééééé arrive ! Va acheter de la mort-aux-rats tout de suite. Nous sommes envahis, elles vont tout bouffer et nous avec ! »
L'accusation sans preuve de ces pauvres bêtes m'apportait l'acquittement, au lieu de la sentence de mort pour forfait majeur de haute trahison. De toute façon, il fallait bien un coupable, je préférais que ce soit ces ridicules rongeurs grisâtres. Si j'avais choisi les mites, je ne suis pas sûre que leur culpabilité ait été aussi évidente. Dommage, Marceline n'avait nul besoin de raison pour me punir ou m'apprendre simplement à obéir.


Mes nuits par exemple s'apparentaient à un vrai cauchemar éveillé, pas juste à une pauvre métaphore. Marceline s'allongeait sous l'édredon de plume, tandis que je me positionnais debout au bord du lit, face à elle.
« Tu restes debout et tu ne bouges pas ; si tu me réveilles, tu sais ce qui t'attend ! Je peux allumer à n'importe quel moment, si je te trouve accroupie ou couchée par terre, je te file une trempe ! »
Sur ces paroles rassurantes, elle éteignait en me laissant tremblante dans le noir. Tous les monstres hideux, féroces pouvaient venir me dévorer, je ne devais pas provoquer de bruit. Le plus maléfique, surtout le plus dangereux s'endormait à quelques mètres de moi. Pendant de longues heures, je luttais contre mes frayeurs nocturnes, contre l'envie de sombrer, je devais garder les yeux ouverts à n'importe quel prix. Mais la fatigue finissait par m'envahir, je lâchais prise et m'accroupissais. La peur ne m'abandonnait jamais, par contre mes forces lâchaient. Tout à coup en pleine nuit maman allumait, souriait en admirant le spectacle de la petite fille gisant sur le sol à bout de force. Tel un ressort, elle sautait du lit, m'agrippait à la gorge d'une main, m'envoyait un uppercut de l'autre et me laissait choir. À grands coups de pied elle m'ordonnait de me relever puis frappais encore et encore. Sa furie dissipée, elle se couchait apaisée en me demandant de reprendre mon tour de garde à son chevet. La « bête » finissait par s'endormir profondément, l'épuisement me faisait perdre le contrôle alors je m'assoupissais à mon tour sur le plancher froid. Le matin, mon réveil se déclenchait par un sursaut, je devais me présenter droite devant Maman, mon horloge biologique se réglait au gré de ses humeurs. Pour comprendre cet abandon de soi, cette résignation sans combattre, il est obligatoire d’avoir été confronté à des faits similaires. La personnalité est inhibée, la dépendance devient totale. Un esprit sous contrôle est incapable de raisonner, donc de se défendre. Le bourreau pose les jalons de sa prison en faisant appel à la peur. Cette peur qu’il alimente sans cesse, il procède à un vrai lavage de cerveau. Lui seul à des droits sur toi, personne ne peut te sauver, tu es condamnée à perpétuité.

 
Heureusement je vivais parfois de grands bonheurs, comme celui de dormir près de Tonton. Le vieux monsieur avait 25 ans de plus que Marceline, mais attendait son approbation. J'adorais me glisser dans le lit de René, je savais que c'était le gage d'une bonne nuit de sommeil. Je lui demandais à me gratter le dos ou les pieds, Tonton acceptait toutes mes requêtes, je partageais un vrai moment de quiétude et de tendresse, je crois qu'il me demandait ainsi pardon pour sa lâcheté. Lui et Rita m'amenaient l'affection qui me faisait si cruellement défaut depuis de si longues années.
— Tonton gratte !
—  Pas longtemps, je travaille demain
—  Ben justement ! Tu es comme un magicien, tu dois assouplir tes doigts en leur faisant faire de l’exercice. Gratte !
—  Alors, tu m'entraînes en fin de compte ?
—  Oui c'est ça, je suis ton entraîneuse !
—  Euh ! On dit différemment. Tu es mon instructrice sportive. Une entraîneuse c'est autre chose…
—  Ah c'est quoi une entraîneuse alors ?
Le vieil homme bredouilla quelques onomatopées d’hésitations gênées puis bougonna :
—  Bon allez donne moi ton pied que je gratte ! »
Je ressentais pour tonton un amour immense, profond, sans retenue. Il était mon sauveur pas très courageux, mais il avait le mérite d'être présent à mes côtés.
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« Modifié: 03 août 2013 à 12:23:43 par May-lys »

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #25 le: 16 janvier 2013 à 16:50:43 »
Hello,
Si je peux me permettre quelques remarques sur les premiers paragraphes (je n'ai pas eu le temps de tout lire):

Citer
Voilà enfin la page blanche qui s'offre à moi !
Je préférais la première version, plus légère à mon goût.

Citer
Vous deviendrez ainsi mes confidents, mes proches, mes lecteurs.
Cette accumulation me semble être dans le désordre. Pour moi, "lecteur" est beaucoup plus neutre que "confident", que j'aurais donc mis plutôt à la fin. C'est un problème de gradation comme si tu disais "ma reine, mon amour, ma petite amie".

Citer
Je suis née début mars dans un petit village.
Je ne serais pas contre une datation plus précise. "Début mars", tout seul, me gêne un peu pour parler d'une naissance, comme de dire "je suis né à 14h30 en Italie" pour exagérer un peu.

Citer
cette exigüe chambre délabrée.
On sent que tu as essayé de placer deux adjectifs sans utiliser "et", mais ça donne quelque chose de pas très naturel (et pas très facile à dire à voir haute)

Citer
J'ai rencontré « Folcoche » en pire ! Cette marâtre si bien décrite dans l'ouvrage d'Hervé Bazin « Vipère au poing ».
j'aurais plutôt dit "livre" ou "bouquin", car "ouvrage" fait un peu penser à un bon gros classique intouchable.

Citer
Marceline apparaissait fluette, petite avec des cheveux bruns.
"apparaissait" devrait introduire une description plus subjective. "Cheveux bruns" me paraît trop objectif.

Citer
Après avoir échangé des banalités avec mes hôtes, nous sommes allés nous coucher.
Ah non, tu ne vas pas t'en sortir comme ça!  :D Je voudrais au moins un petit exemple de ces banalités. La fille vient quasiment d'être abandonné par sa mère, elle arrive dans un monde inconnu, on veut connaître chaque seconde de son arrivée !


Citer
René était coiffeur pour hommes et le mari de Marceline depuis onze ans.
Je crois qu'on appelle ça un zeugme, genre "il avait beaucoup d'argent et une grosse faim." J'aurais plutôt mis: "René, le mari de Marceline, était coiffeur pour homme". Quelque chose comme ça.

 
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que je l'aimerai énormément !
aimerais.

*

J'ai trouvé ce début très sympathique, bien construit, et j'essaierai de lire la suite dès que possible.  8)

A bientôt

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #26 le: 16 janvier 2013 à 20:09:11 »
Merci beaucoup, tu m'as offert de ton temps et c'est très agréable. Bien vu sur certains passages !!  :P
En particulier
"René était coiffeur pour hommes et le mari de Marceline depuis onze ans".
et d'autres remarques pertinentes. C'est dingue on trouve toujours à améliorer son texte  :D ce n'est,en fait, jamais fini
« Modifié: 16 janvier 2013 à 20:11:30 par May-lys »

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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #27 le: 22 janvier 2013 à 11:20:30 »
Oh non!! Comme je suis triste que ça finisse comme ça!  :'(
Frustration, frustration!! J'aurais pu lire encore des pages et des pages et des pages...
J'aime l'idée qu'elle soit devenue psychiatre, ça ma plait beaucoup. Mais enfin, je veux la suite, que s'est-il passé après???

Je suis frustrée, frustrée par cette fin trop radicale, d'avoir été plongée dans ce monde palpitant pour en être explusée aussi rapidement!

Bon, je n'en dirais pas plus pour le moment, je digère la snesation qu'on m'abandonne en cours de route  :mrgreen:

J'aime ton texte (mais je te l'avais déjà dit  :P)

Je reviendrais pour plus de détails

 :oxo:
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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #28 le: 23 janvier 2013 à 13:08:13 »
Merci Elhora  :lecon:

Tu es la première a avoir lu mon texte en entier. Pour la fin, je la voulais radicale pour que cela ressemble à une vraie nouvelle. J'aurai plein d'autres choses à écrire mais ce premier jet m'a pris 3 mois d'écriture, de lecture, de correction et de relecture. je suis épuisée et mon mari râle de ne plus me voir ! :o



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Re : Autobiographie d'une menteuse névrosée ( complet )
« Réponse #29 le: 23 janvier 2013 à 13:22:47 »
Lol!!

Alors prends du temps pour ton mari, c'est important  :coeur:

Mais sache que dès que tu te sentiras, moi j'en veux encore  ;D

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