Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 avril 2019 à 15:15:36

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Romans, nouvelles » [Auteur] Raymond Radiguet

Auteur Sujet: [Auteur] Raymond Radiguet  (Lu 1408 fois)

Hors ligne Meilhac

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[Auteur] Raymond Radiguet
« le: 09 mai 2012 à 01:22:59 »
Radiguet ! Initials R. R. ! (prénom : raymond).

Un gars qui a tout pour plaire à tout le monde. Une langue à la fois très chiadée et très simple. Des histoires toutes simples émaillées de réflexions hyper profondes sur la vie l'amour la mort. Quel dommage, quel dommage, qu'il soit mort (de je ne sais plus trop quelle maladie) à l'âge de vingt ans.

Il a écrit au début du XXe siècle. Il est mort en 1918 mais rien à voir avec la guerre (mourir en 1918 sans que ça ait un lien avec la guerre, vu le nombre de morts dans les tranchées, c'est presque aussi incongru que mourir d'une crise cardiaque chez son cardiologue comme l'a fait Goscinny).

Son ouvrage le plus connu, "Le diable au corps", c'est le mari-la femme-l'amant (avec, en bonus, quelques passages sur le meilleur copain du narrateur). Nickel, hyper bien raconté. A la première personne, dans une petite ville ou un gros village à l'Est de Paris, sur les bords de la Marne. Contexte historique : pendant la Première guerre mondiale. L'amant est lycéen, y a un côté un peu "roman initiatique" de ce fait. Et puis, ça avait fait scandale quand c'était sorti, puisque le cocu est dans les tranchées pendant que sa femme a une histoire d'amour avec un petit jeune.

Son autre ouvrage est un peu moins connu, mais tout aussi bien. C'est la même histoire (le mari-la femme-l'amant - avec, là aussi, en bonus, quelques bons passages sur le meilleur ami du héros) mais à la troisième personne. "Le bal du comte d'Orgel". Et ça ne se passe pas pendant la guerre, plutôt un peu avant je crois. Chez les riches (aristocrates). Les hommes ont des noms de femme (le mari s'appelle Anne, l'amant s'appelle Séryeuse), la femme s'appelle Mahaut. La fin est un tout petit peu abrupte, manque un tout petit peu de souffle peut-être, mais c'est vraiment pour chipoter, et c'est vraiment parce qu'on ne peut pas s'empêcher de se dire que quelques années plus tard ça aurait été encore mieux.

Bon c'est pas tout à fait aussi grandiose que les plus grandioses auteurs francophones, mais enfin c'est pas si loin, et le gars n'avait que vingt ans!
Il a eu le temps, avant de mourir à l'âge de vingt ans, d'écrire des phrases du genre "les plus grands plaisirs sont dans les habitudes", ou "les organes se développent et s'atrophient selon leur usage. A force de se méfier de son coeur, il n'en possédait plus beaucoup".

Il paraît qu'il a fait un peu de poésie (si certain.e.s en ont lu...).

Rubrique people : je me demande si il ne couchait pas avec Cocteau.

Citation de Cocteau d'ailleurs concernant ces deux ouvrages : il disait du diable au corps que c'était le roman des promesses, et du bal que c'était les promesses tenues.

En tout cas ceux et celles d'entre vous qui avez lu et aimé le plus connu (le diable), n'hésitez pas à lire l'autre (le bal) c'est tout pareil, tout aussi chouette, même style etc.

extrait du "diable" :

"Sa chevelure dénouée, elle aimait dormir près du feu. Ou plutôt je croyais qu’elle dormait. Son sommeil lui était prétexte, pour mettre ses bras autour de mon cou, et une fois réveillée, les yeux humides, me dire qu’elle venait d’avoir un rêve triste. Elle ne voulait jamais me le raconter. Je profitais de son faux sommeil pour respirer ses cheveux, son cou, ses joues brûlantes, et en les effleurant à peine pour qu’elle ne se réveillât point ; toutes caresses qui ne sont pas, comme on croit, la menue monnaie de l’amour, mais, au contraire, la plus rare, et auxquelles seule la passion puisse recourir. Moi, je les croyais permises à mon amitié. Pourtant, je commençai à me désespérer sérieusement de ce que seul l’amour nous donnât des droits sur une femme. Je me passerai bien de l’amour, pensai-je, mais jamais de n’avoir aucun droit sur Marthe. Et, pour en avoir, j’étais même décidé à l’amour, tout en croyant le déplorer. Je désirais Marthe et ne le comprenais pas."


extrait du "bal" :

"Toute la soirée Anne d’Orgel fut dans le vague. Mahaut était distraite. Pour être heureuse de ce tête-à-tête, il fallait qu’elle pensât à l’être. Ils se parlèrent peu. Cependant Mme d’Orgel ne s’effraya pas de l’état particulier où elle se trouvait car elle estimait naturel d’être à l’unisson avec Anne. Or la distraction d’Anne venait de ce que seul avec sa femme, il glissait vers la mélancolie. Ce n’était pas la faute de son cœur, mais Anne d’Orgel n’était à l’aise que dans une atmosphère factice, dans des pièces violemment éclairées, pleines de monde.
Paul et François ne se turent pas une minute. Chacun abandonnait une partie de sa personnalité, s’efforçait de ressembler à l’autre. C’était à qui cacherait son cœur. Ils prenaient le masque des personnages des mauvais romans du XVIIIe siècle dont les Liaisons dangereuses sont le chef-d’œuvre. Chacun de ces complices dupait l’autre en se noircissant de crimes qu’il n’avait pas commis."

 ;)
« Modifié: 08 septembre 2015 à 19:42:15 par Zacharielle »

Hors ligne Marygold

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Re : Radiguet
« Réponse #1 le: 09 mai 2012 à 09:48:06 »
Ah bah moi j'ai lu Le bal du comte d'Orgel (grâce à un merveilleux professeur de français de seconde qui avait décidé de nous faire lire autre chose que des classiques rabâchés !), mais pas le Diable au corps. Ceci dit, ça fait bien 4-5 ans que je me dis qu'il faudrait que je le lise !

Je me souviens avoir adoré Le bal, même si je n'en avais pas compris toutes les subtilités à l'époque. Par exemple, j'ai appris, des années plus tard, qu'il y avait plein de références à la Princesse de Clèves (information que je n'ai pas manqué d'utiliser dans l'épreuve de litté de mon dernier concours ^^).
Bref, j'ai toujours été fasciné par Radiguet. Comme tu l'as dit :
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Il a eu le temps, avant de mourir à l'âge de vingt ans, d'écrire des phrases du genre "les plus grands plaisirs sont dans les habitudes", ou "les organes se développent et s'atrophient selon leur usage. A force de se méfier de son coeur, il n'en possédait plus beaucoup".

Au fait, il est mort de fièvre typhoïde le petit...
Oh yeah ! 8)

Hors ligne marie

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Re : Radiguet
« Réponse #2 le: 08 décembre 2012 à 22:37:21 »
Radiguet. J'ai lu le diable au corps et j'ai trouvé ça magnifiquement écris. C'est vrai que l'histoire d'amour du livre n'est plus vraiment d'actualité aujourd'hui mais le coté vieillot lui donne un charme et j'aime bien :)
Voila.
Si tu as le temps: http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7149.0.html :) jette un coup d'oeil!

Hors ligne Eveil

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Re : [Auteur] Raymond Radiguet
« Réponse #3 le: 14 janvier 2019 à 23:52:38 »
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Son ouvrage le plus connu, "Le diable au corps", c'est le mari-la femme-l'amant (avec, en bonus, quelques passages sur le meilleur copain du narrateur). Nickel, hyper bien raconté. A la première personne, dans une petite ville ou un gros village à l'Est de Paris, sur les bords de la Marne. Contexte historique : pendant la Première guerre mondiale. L'amant est lycéen, y a un côté un peu "roman initiatique" de ce fait. Et puis, ça avait fait scandale quand c'était sorti, puisque le cocu est dans les tranchées pendant que sa femme a une histoire d'amour avec un petit jeune.

Je l'ai lu il y a deux ou trois ans, c'est bien écrit, c'est précis, on peut pas lui enlever, mais le perso est plutôt antipathique. J'ai dû me forcer pour finir, le style et l'histoire sont pas transcendants, et je pense que si l'auteur n'avait pas été aussi jeune lors de la publication, l'ouvrage n'aurait pas connu ce succès.
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

 


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