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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La mangaka française

Auteur Sujet: La mangaka française  (Lu 2263 fois)

Hors ligne Lordius

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La mangaka française
« le: 27 Avril 2012 à 11:43:54 »
Je l’ai tué parce qu’il me battait. En attendant mon jugement, j’ai été écrouée dans une prison pour femmes. Les autres détenues étaient dures. Le temps était lent. Alors je me suis mise à dessiner pour m’évader. J’étais prof de dessin. Il y avait plein de mangas à la bibliothèque de la prison. C’est comme ça que j’ai démarré.

Dessiner des mangas que personne ne lit, à quoi bon ? C’est pourquoi j’ai passé mes créations à mes codétenues. Leur enthousiasme m’encouragea. Elles devinrent plus douces. Mes histoires s’inspiraient des grands classiques japonais : de l’action violente stylisée saupoudrée d’humour, de beaucoup d’humour car j’avais besoin de rire et de faire rire. Les personnages devaient se montrer attachants, les péripéties haletantes, et surtout les bonnes idées recyclées sans cesse et sans vergogne. C’était la recette prouvée de mes maîtres japonais. J’ajoutai ma touche personnelle : un peu de romantisme dans ce monde manga de brutes.

J’ai eu le temps de m’entraîner, de peaufiner mon art : trois ans de préventive avant le jugement. J’ai envoyé mes planches à des éditeurs. Glénat, le plus prestigieux éditeur de mangas en langue française, m’a acceptée juste quand je passais aux assises. En France, la justice est lente. Heureusement pour moi, elle est clémente envers les femmes, peut-être parce que les juges sont souvent des femmes. Je fus acquittée. Glénat me publia. Le succès fut immense. On saluait en moi la Toriyama française, la nouvelle Takahashi.

De toute part, on me pressait de poursuivre mon œuvre. Hélas, il y avait trop de distractions en liberté. Je n’arrivais pas à me concentrer. Je décidai de retourner en prison. Je cherchai un amant à tuer. Sans succès. Je défrayai la chronique de mes frasques, comme tant de stars perturbées. Mais on refusa de m’enfermer. Alors je m’enfermais chez moi. L’inspiration revint à ce prix.

Je ne peux plus sortir maintenant. C’est la rançon de la créativité. Les blouses blanches ont diagnostiqué un cas sévère d’agoraphobie. Ces pauvres psys sont jaloux de ma gloire. Ils ne comprennent pas le fardeau du génie artistique.

Le salon dans lequel je dessine mes mangas est devenu trop vaste. Il fait fuir mon inspiration. C’est décidé : demain je m’installe dans la salle de bain.

Hors ligne Piga

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Re : La mangaka française
« Réponse #1 le: 27 Avril 2012 à 15:47:12 »
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Le temps était lent
pourquoi pas, mais...

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J’étais prof de dessin. Il y avait plein de mangas à la bibliothèque de la prison. C’est comme ça que j’ai démarré.
En tant que prof de dessin, elle ne connaissait pas les mangas?

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les bonnes idées recyclées sans cesse et sans vergogne.
Lesquelles, par exemple?

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En France, la justice est lente.
Comme le temps?

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Heureusement pour moi, elle est clémente envers les femmes, peut-être parce que les juges sont souvent des femmes. Je fus acquittée.
Je pense que si la narratrice a été acquittée c'est surtout parce que son homme la battait...

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Sans succès.
Pas de pot!

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C’est la rançon de la créativité.

Pas de la créativité, mais de sa créativité

Citer
Ces pauvres psys sont jaloux de ma gloire. Ils ne comprennent pas le fardeau du génie artistique.
Que les psys soient jaloux, je veux bien...quoique, mais pour ce qui est du fardeau du génie, cela me paraît lourd! Là encore il s'agit d'un sentiment personnel et non général.

Sur le fond, ton texte est court. Tu passe trop rapidement de la prison à la salle de bain. Le passage sur "je veux devenir un assassin pour être enfermé de nouveau" ne me paraît pas crédible. Mais l'idée générale est bonne.

En tout cas, il ne s'agit que de mon avis, et mon génie est si petit qu'il est facile à porter... (humour)



"Le rire a été donné aux hommes par Dieu pour les consoler d'être intelligents."

Hors ligne Lordius

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Re : La mangaka française
« Réponse #2 le: 27 Avril 2012 à 16:04:28 »
Merci de ton analyse.

C'est un texte court exprès. C'est pour mon blog. Les visiteurs zappent si c'est trop long. Il ne faut pas dépasser 500 mots.

Bien sûr, les psys ne sont pas jaloux. C'est ce qu'elle croit de même qu'elle nie en partie sa maladie comme pas mal de détraqués.

Hors ligne TaGaDa

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Re : La mangaka française
« Réponse #3 le: 27 Avril 2012 à 19:11:14 »
Bonjour,

Je trouve que tu devrais donner un peu plus de descriptions au début. J'ai beaucoup aimé à partir du moment où elle sort de prison. Là c'est top, le rythme est bon et on ne s'attend pas à ce qui suit.

Un bon petit texte !
TaGaDa des Bois

Hors ligne Äthan

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Re : La mangaka française
« Réponse #4 le: 28 Avril 2012 à 10:44:11 »
Salut,

C’est pourquoi j’ai passé mes créations à mes codétenues. Leur enthousiasme m’encouragea. Elles devinrent plus douces.
J'ai vraiment tiqué sur cette phrase ... "elles sont devenues plus douces" serait beaucoup mieux, sinon tu changes de temps, tu prends le passé simple et ça fait pas très beau.

Globalement j'ai bien aimé l'aspect froid, détaché, un peu précis et presque mathématique du texte. L'esprit de la narratrice me fait penser à une salle carrée toute blanche et aseptisée comme un laboratoire et c'est assez dérangeant. Mais comme les autres, je trouve que c'est trop court (mais apparemment c'est voulu) . Seulement on passe trop vite d'une chose à une autre, en fait le basculement vers la folie meurtrière et l'agoraphobie extrême ne se sent pas. On n'a pas le temps de construire le changement nous-mêmes, de l'anticiper ou de l'imaginer avant qu'il ne se produise effectivement. C'est dommage parce que cet aspect là serait le plus flippant de tous.

Oh, et puis la fin, elle est bien. Voir la femme glisser du salon à la salle de bains laisse penser que sa folie n'en finit pas d'évoluer. Ca fait peur  :D
"shaming men [...] not by laughing at but by lashing them"
J.Swift

Hors ligne Milora

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Re : La mangaka française
« Réponse #5 le: 28 Avril 2012 à 10:58:10 »
Ça se lit facilement, c'est fluide. Par contre, je rejoins Piga : l'idée est bonne, mais, chez moi du moins, l'enchaînement final est évoqué de façon trop rapide pour que la fin ait eu un impact sur moi. Sans beaucoup rallonger, mais en revoyant un peu la chute de façon, je sais pas, à ce qu'on rentre plus dans le délire de la fille, ou alors à ce qu'on le voie de façon encore plus distante et ironique, ça fonctionnerait mieux, je trouve.
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Tomoyo

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Re : La mangaka française
« Réponse #6 le: 28 Avril 2012 à 14:14:28 »
Saaalut,

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Je l’ai tué parce qu’il me battait. En attendant mon jugement, j’ai été écrouée dans une prison pour femmes. Les autres détenues étaient dures. Le temps était lent. Alors je me suis mise à dessiner pour m’évader. J’étais prof de dessin. Il y avait plein de mangas à la bibliothèque de la prison. C’est comme ça que j’ai démarré.
Wou 1er paragraphe rapide, ça dépote. Un peu trop haché pour moi mais ça donne un style ::)

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C’était la recette prouvée de mes maîtres japonais. J’ajoutai ma touche personnelle : un peu de romantisme dans ce monde manga de brutes.
éprouvée non?
sinon c'est pas tellement une touche personnelle, il y a énormément de romantisme dans les mangas hein ;)

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Glénat, le plus prestigieux éditeur
mmmm peut être le plus "gros" éditeur, mais pas forcément le plus prestigieux, chacun son avis tu me diras.

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Hélas, il y avait trop de distractions en liberté. Je n’arrivais pas à me concentrer. Je décidai de retourner en prison. Je cherchai un amant à tuer
j'adore, la grosse psychopathe :D

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Les blouses blanches ont diagnostiqué un cas sévère d’agoraphobie
je m'y connais pas assez en médecine psycho mais je pense qu'il doit exister autre chose que l'agoraphobie pour elle. Elle n'a pas peur des gens ou de la foule, elle aime juste l'enfermement, c'est pas pareil.

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Le salon dans lequel je dessine mes mangas est devenu trop vaste. Il fait fuir mon inspiration. C’est décidé : demain je m’installe dans la salle de bain.
la semaine prochaine, les toilettes  :huhu:

Alors c'est très étrange comme texte. Entre le drôle et de drame. entre la scénette et la lettre d'adieu.
ça se lit très vite et facilement par contre, la rançon des textes très courts dans lesquels tu énonces plein de choses : pas d'attachement au personnage.
Je suis quand même étonnée qu'elle ne se soit pas trouvée un amant à liquider  ::)

Sinon je rejoins tout ce qu'a dit Piga.

Ah et puis en effet, la narratrice a une façon de raconter très concise et mathématique comme l'a dit Athan, du coup ça colle pas vraiment avec le fait qu'elle écrive de grandes histoires d'aventure et d'amour. Elle manque de sensibilité donc c'est bizarre qu'elle soit capable d'en mettre dans ses histoires. Mais c'est peut être possible, je sais pas, l'humain peut être paradoxal  :huhu:

Merci pour ton texte :D

Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Luka

  • Invité
Re : La mangaka française
« Réponse #7 le: 28 Avril 2012 à 23:35:23 »
Etant fan de manga,le titre m'a beaucoup attirée.
Je trouve ton texte assez poétique,et avec une touche de drame que tu cache avec  un peu d'humour.

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Heureusement pour moi, elle est clémente envers les femmes, peut-être parce que les juges sont souvent des femmes.
Personnellement,je ne pense pas que c'est parce que beaucoup de juges sont des femmes qu'elle fut acquittée,je pense surtout parce que son mari l'a battait.

Sinon,ton texte dans l'ensemble est bien écrit  :)

Hors ligne Lordius

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Re : La mangaka française
« Réponse #8 le: 30 Avril 2012 à 17:33:39 »
Merci à toutes et tous de vos remarques.

Il s'agit bien d'agoraphobie, je me suis inspiré du cas du romancier Manchette qui ne pouvait quasiment plus sortir de chez lui à la fin de sa vie.

J'ai corrigé la forme suite à vos suggestions.

J'ai essayé de jouer sur la répétition de 'lent' qui m'a été astucieusement signalée.
Le passé composé, éprouvée plutôt que prouvée, ma créativité plutôt que la créativité et quelques autres bricoles.

Sur le fond, j'ai essayé de prendre en compte la majorité des avis sur la fin trop brutale. J'ai donc ajouté quelques transitions, dans l'avant-avant dernier paragraphes.

Voilà la v2 :

Je l’ai tué parce qu’il me battait. En attendant mon jugement, j’ai été écrouée dans une prison pour femmes. Les autres détenues étaient dures. Le temps était lent. Alors je me suis mise à dessiner pour m’évader. J’étais prof de dessin. Il y avait plein de mangas à la bibliothèque de la prison. C’est comme ça que j’ai démarré.

Dessiner des mangas que personne ne lit, à quoi bon ? C’est pourquoi j’ai passé mes créations à mes codétenues. Leur enthousiasme m’encouragea. Elles sont devenues plus douces. Mes histoires s’inspiraient des grands classiques japonais : de l’action violente stylisée saupoudrée d’humour, de beaucoup d’humour car j’avais besoin de rire et de faire rire. Les personnages devaient se montrer attachants, les péripéties haletantes, et surtout les bonnes idées recyclées sans cesse et sans vergogne. C’était la recette éprouvée de mes maîtres japonais. J’ajoutai ma touche personnelle : un peu de romantisme dans ce monde manga de brutes.

J’ai eu le temps de m’entraîner, de peaufiner mon art : trois ans de préventive avant le jugement. J’ai envoyé mes planches à des éditeurs. Glénat, le plus prestigieux éditeur de mangas en langue française, m’a acceptée juste quand je passais aux assises. La justice est lente comme le temps en détention. Heureusement pour moi, elle est clémente envers les femmes, peut-être parce que les juges sont souvent des femmes. Je fus acquittée. Glénat me publia. Le succès fut immense. On saluait en moi la Toriyama française, la nouvelle Takahashi.

De toute part, on me pressait de poursuivre mon œuvre. Hélas, il y avait trop de distractions en liberté. Je n’arrivais pas à me concentrer. Page blanche. Ma vie sans création devint insipide. Je me mis à penser à la prison avec nostalgie. Je décidai d’y retourner. Je défrayai la chronique de mes frasques, comme tant de stars perturbées. Mais on refusa de m’enfermer. En désespoir de cause, je cherchai même un amant à tuer. Sans succès. Alors je me suis enfermée chez moi. L’inspiration revint à ce prix.

Je ne peux plus sortir maintenant. C’est la rançon de ma créativité. Les blouses blanches ont diagnostiqué un cas sévère d’agoraphobie. Ces pauvres psys sont jaloux de ma gloire. Ils ne comprennent pas le fardeau de mon génie artistique.

Le salon dans lequel je dessine mes mangas est devenu trop vaste. Il fait fuir mon inspiration. C’est décidé : demain je m’installe dans la salle de bain.

 


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