Dur dur de trouver un titre qui convient, je dois dire que je me suis plantée sur ce coup

mais bon!
La cave sentait le pourri. Ou bien était-ce elle qui sentait le pourri, elle ne saurait le dire. La seule chose qui comptait encore pour elle était sa famille. Elle ferma les yeux et des larmes perlèrent au bout de ces cils. Elle poussa un énorme sanglot qui résonna dans la pièce exigue. Elle en avait assez de cet endroit, assez de ce sol froid et rugueux. L'humidité s'insinuait lentement dans ses vêtements la glaçant à petit feu. Depuis combien de temps était-elle là, enfermée dans l'obscurité sans aucune source de lumière? Depuis combien de temps avait-elle cessé de hurler dans l'espoir que quelqu'un l'entende et vienne à son secours? Très longtemps. Mais seulement personne ne l'avait entendue. A quoi bon continuer de s'époumoner si au final cela ne lui servait à rien. Le désespoir avait pris le pas sur l'instinct de survie. Elle cessa donc de lutter, de chercher à comprendre pourquoi elle et pourquoi maintenant. Qu'en savait-elle, peut-être vivait-elle ses derniers moments sur cette terre! Peut-être était-ce la dernière fois qu'elle respirait cet air, aussi âcre soit-il. Elle essuya encore les larmes qui inondaient ses joues.Le bruit des chaines qui s'ensuivit lui pinça le cœur . Elle avait maintes fois tenter de tirer dessus sans aucun succès. Maintenant la seule chose qu'elle pouvait s'autoriser à faire, c'était s'adosser à cette colonne de marbre autour de laquelle elle était enchainée. La gorge nouée, elle se redressa sur la pierre froide. Le silence qui l'entourait lui mobilisait les sens. L'air semblait pétrifié autour d'elle et cela ne faisait qu'accroitre sa peur.
- Pense à quelque chose Marlyn. N'importe quoi mais pense à quelque chose! s'intima-t-elle
Des images se bousculèrent dans sa tête. Des images d'elle ce matin en allant au supermarché, des images de sa maison, des images de son fils...
- Oui c'est ça! Pense à Mathis, pense très fort à lui!
Les yeux fortement plissés, elle revit d'esprit son petit garçon de huit ans, la frimousse joyeuse, le regard curieux. Celui là même qu'il abhorre en faisant dodeliner sa tête chaque fois qu'il pose une question. Elle revoit encore le sourire satisfait qu'il fait quand il s'amuse à lui jouer des tours. Elle l'entend chanter "Petit papa Noël" comme si il était à ses cotés. La tête posée sur ses genoux, les bras battant l'air.
-Oh mon chéri!
Cette fois elle n'essuya pas les larmes qui coulèrent à flots sur son chemisier. Elle ne le voulait pas, elles étaient pour son fils qu'elle ne reverrait peut-être jamais. Alors qu'elle avait tant espéré le voir grandir près d'elle, lui apprenant tant de choses sur ce monde, vivre ses moments de bonheur et être à ses cotés quand il aurait besoin d'elle. Mais maintenant il était clair que non! Pas après qu'un détraqué à l'allure charmante l'ait entièrement arrachée à ce monde.
Elle entendit un bruit de pas puis le son d'une clé qu'on introduit dans une serrure. La porte grinça quand il l'ouvrit. Elle reconnut tout de suite cette silhouette à la démarche arrogante. Quand il s'approcha plus près d'elle, elle eut un mouvement de recul. La peur remonta à la surface. Elle secoua la tête refusant de se laisser submerger par ce sentiment d'impuissance. Le sentant s'abaisser à sa hauteur, elle ferma les yeux.
- Tu veux manger quelque chose? lui demanda-t-il
Elle garda ses yeux fermés. Bien que ne pouvant le voir, elle savait parfaitement à quoi il ressemblait. Ses traits lui étaient trop familiers pour qu'elle veuille les oublier. Son visage légèrement ovale, ses yeux gris et ses pommettes hautes, ses lèvres charnues aux contours parfaits, ses cheveux noir de jais... Elle avait passé dix années de sa vie avec lui. Mais seulement en ce moment il n'était pas celui qu'elle voulait.
-Il faudrait que tu manges sinon tu ne vas pas tenir,répéta-t-il.
-Laisse-moi m'en aller, le supplia-t-elle.
Elle ne le voulait pas, mais ce fut plus fort qu'elle.
-Tu sais bien que c'est impossible, répondit-il exaspéré.
-J'ai un fils, pense à lui. Pense à ton neveu, David. Il n'a personne d'autre que moi!
-Et moi je n'ai personne d'autre que toi.
Sans plus attendre il approcha son visage vers le sien. Elle le sentit hésiter quelques secondes, ou peut-être s'amusait-il avec elle? Quand enfin elle sentit ses lèvres contre les siennes, elle réprima un geste de dégoût. Elle bougea la tête de gauche à droite mais il la mobilisa fermement de sa main. La pression contre sa bouche se fut encore plus forte qu'elle priait continuellement que tout cela s'arrête. Lorsqu'il la relâcha enfin, elle sanglota un moment, dégoûtée par lui, par ce qu'il venait de faire. Comme si ayant compris les sentiments qu'il lui inspirait, il se leva l'air contrarié et se retourna.
Le claquement de la porte derrière lui mit un frein à ses émotions. La colère qu'il ressentait cessa aussitôt. Il s'arrêta un instant et s'adossa contre un mur. Le goût qu'il sentait encore sur ses lèvres était amer : le goût de ses larmes. Pourquoi pleurait-elle? Ne voyait-elle pas qu'il ne lui voulait que du bien? Il n'oserait jamais lui faire du mal, au grand jamais! Il ne toucherait pas un être aussi parfait à ses yeux. Une beauté comme la sienne n'était pas faite pour être négligée. Non, elle méritait tous les soins nécessaires. Toutes les circonstances devraient être réunies pour qu'elle se sente en paix, chez elle. Mais vu l'état dans lequel elle se trouvait, David se maudit. Qu'aurait-il pu faire d'autre? Elle se serait enfuie au cas contraire. Il se frotta les yeux des mains et laissa échapper un borborygme.
- Et merde! siffla-t-il
Bon sang! Pourquoi ne l'aimait-elle pas comme son frère? Quoi, n'était-il pas aussi impeccable que lui? Pourtant, à leur naissance ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Les photos qu'il avait gardées de cette période croupissaient encore dans un album au fond de son placard. Le même nez, les mêmes yeux de chat sournois, le même sourire de victoire qu'ils manifestaient souvent, la même démarche de félin, la même assurance physique apte à tout entreprendre... Bref la même ressemblance que seuls des frères jumeaux peuvent avoir. Pourtant il était clair que Marlyn ne voyait pas en eux quoi que ce soit d'assimilable, elle avait le pouvoir de les dissocier. Pour elle, ils étaient Darryl et David. Deux personnalités différentes et elle était tombée sous le charme de celle de son frère. Maintenant que ce dernier n'était plus là, il comptait bien reprendre ce qui lui revenait : Marlyn pour commencer et Mathis ensuite. Tous les trois ils formeraient une famille, exactement comme avec Darryl. Ils vivraient heureux, contents d'être ensemble pour la vie. Il l'avait promis à son frère, une partie de lui, alors il tiendrait parole.
- Tu as vu comme il grandit si vite! s'écriait Darryl de l'autre coté de la piscine. Il nage aussi vite que moi à son âge!
- Normal chéri, il a eu un bon professeur, répliquait Marlyn le corps lestement allongé sur une serviette au sol.
Mathis exécutait des brasses parfaites pour un gamin de six ans. Il fit un tour en longueur et plongea au fond de l'eau. Il réapparut le visage dégoulinant aux cotés de son père en s'exclamant:
-Tu m'as vu hein papa?! Tu as vu ce que j'ai fait?
Et Darryl qui le soulevait dans ses bras, le posait sur ses épaules et riait comme un fou:
-Oui Super Mathis! J'ai tout vu.
Marlyn ferma les yeux, bercée par leur bruit attendrissant, recevant de temps en temps quelques gouttes d'eau. Elle ressentit une pression sur le front. Lorsqu'elle ouvrit les yeux ce n'était ni Darryl ni Mathis qu'elle vit. La première chose qu'elle remarqua fut cette désagréable sensation au fond de la gorge.
- Tu t'es évanouie, lui murmura David en tâtonnant son front.
Elle se redressa et prit conscience de l'endroit où elle se trouvait. Une pièce légèrement éclairée meublée dans un style simple. Un canapé était placé près de la fenêtre aux volets fermés, une coiffeuse occupait un bout de la pièce tandis que le lit sur lequel elle était couchée occupait l'autre bout avec une table de chevet. Elle tourna la tête vers celle-ci et remarqua des photos d'elle et de Mathis. La crainte se saisit à nouveau d'elle.
- Tu aurais dû m'écouter et manger quelque chose Lyna!
Elle tiqua. Darryl était le seul à l'appeler ainsi, le seul qui savait prononcer ce diminutif avec un accent bien à lui. Elle fixa David dans le blanc des yeux se demandant comment un être aussi innocent à l'extérieur pouvait agir de la sorte. Comment aurait-elle su que quand il venait la voir ce matin là, ce n'était pas pour une visite de courtoisie mais pour l'assommer et l'emmener loin de chez elle? Un an que Darryl était mort, et six mois que David lui faisait des avances. Au début elle trouvait cela charmant qu'il s'occupe autant d'elle et de Mathis. Jamais elle n'aurait imaginé qu'en fait il voulait faire d'elle sa femme, histoire de « prendre ce que mon frère m'a laissé » comme il le lui avait dit. Jamais elle n'aurait pensé avoir un jour à se méfier de lui. Pourtant elle aurait dû. Mais dans ce cas, qu'aurait-elle pu faire? Porter plainte pour harcèlement? Seulement lui, il ne la harcelait pas. En parler à ses parents? Oui mais il vivaient à des kilomètres de distance. Et puis elle se voyait mal leur annoncer que le jumeau de son défunt époux lui faisait la cour! Sans autre solution que de tout gérer à sa façon, elle en avait juste discuter avec sa sœur, une fois au téléphone.
Une main passée dans ses cheveux la ramena à la réalité. David l'observait d'un air attendri.
- Tu es tellement magnifique!
Elle se somma de ne pas baisser les yeux. «Essaie d'avoir une conversation normale Marlyn, fais-le parler »
- Je ne t'appartiens pas David, déclara-t-elle.
Elle lut un sentiment d'égarement dans ses yeux puis Il recommença à caresser sa tête.
- Si, bien sûr que si.
-Non je ne t'appartiens pas. Mathis a besoin de sa mère. Laisse-moi le revoir.
-Tu le reverra bientôt, ne t'inquiètes pas.
Une boule énorme se forma dans sa gorge, elle sentit les larmes lui piquaient les yeux. «Je t'en supplie, ne pleure pas ».
-Pourquoi ne me laisses-tu pas rentrer chez moi?
-Parce qu'on ne serait plus une famille sinon.
-On est déjà une famille! Mathis est ton neveu, le fils de ton frère! osa-t-elle
- Non. Il est mon fils maintenant.
Sa réponse fut si catégorique que Marlyn trembla intérieurement.
-Darryl m' a fait promettre de veiller sur vous et de m'occuper de vous. Je suis un homme de parole.
- Je suis certaine que tu feras un excellent oncle pour Mathis et que tu seras toujours là pour moi, mais s'il te plait laisse-moi m'en aller.
Il se leva et se dirigea vers la fenêtre, se passa une main sur le front. Il sembla réfléchir avant de se décider à revenir. Quand il parla, son ton était tellement désespéré que n'importe qui l'aurait pris en pitié. N'importe qui mais pas elle.
- Une heure avant sa mort, alors qu'il était encore couvert de sang et que moi je n'avais que quelques égratignures, pendant qu'il agonisait alors que j'aurais dû être à sa place, Darryl m'a fait promettre Lyna! Il m'a pris le bras et l'a serré très fort contre lui en disant : « Ils sont ta famille maintenant, prend soin d'eux ». Ensuite il a perdu connaissance et l'instant d'après il était mort.
Marlyn secoua la tête, elle n'avait aucune envie de revivre ces instants de terreur. Ces moments où elle voyait l'homme de sa vie se tordre de douleur, s'accrocher au seul espoir de sa vie: sa famille. Non elle ne voulait plus penser à cet accident qui avait couté la vie à son mari, cet accident qui aurait dû emporter David au lieu de son tendre aimé. Oui c'était cruel de penser cela mais maintenant elle n'avait plus de place pour les regrets.
- Tu n'as pas besoin de m'enlever pour ça! s'écria-t-elle malgré elle. Je n'ai aucune envie de vivre avec toi, tu n'es pas Darryl!
Il s'enflamma et balaya d'un coup sec la table de chevet. Les cadres des photos qui s'y trouvaient se brisèrent. Le regard qu'il lui lança l'effraya. Elle crut qu'il allait la frapper ou peut-être la tuer. Mais quand ses mains s'abattirent sur elle, au lieu de l'inévitable coup qu'elle s'attendait à recevoir, elle le sentit prendre possession de sa bouche et parcourir son corps de ses mains.Bouleversée, elle resta inerte et ne bougea pas tout de suite. Ce n'est qu'en sentant ses mains glisser sous son chemisier qu'elle fit un mouvement. Ce qui ne fit qu'attiser les émotions de David qui abandonna sa bouche pour se balader sur son cou. Il fit passer sa main en dessous de la ceinture de son pantalon essayant de défaire la bouton pression qui le maintenait fermé. Marlyn gesticula dans tous les sens, hors de question qu'il pose ses sales pattes sur elle! Le chemin que ses lèvres traçaient sur sa gorge la dégoutaient, sa main sur son ventre lui donnait envie de vomir. Elle se débattit sans pour autant qu'il ne s'arrête. Elle enfonça ses ongles dans ses joues, ses bras tout en hurlant de peur et de rage mêlée. Ce n'est que lorsque sa main atteignit sa poitrine qu'elle fit un mouvement de coté, le déséquilibrant assez pour qu'elle se dégage. Mais rapide comme l'éclair il la plaqua sur le lit et s s'allongea au dessus d'elle. Aussitôt, elle sentit sa dernière résistance faiblir. Non, elle ne pouvait pas se laisser faire. Elle devait se battre, pour Mathis, pour Darryl. Profitant de la distance qu'il mit entre eux pour ôter sa ceinture, elle lui assena un coup de genou à l'abdomen. Lorsqu'il se tordit de douleur, elle le poussa de ses deux mains et le fit basculer du lit d'un coup de talon. Le bruit sourd qui s'ensuivit la mit en alerte. Elle se leva et descendit de l'autre coté du lit dans l'espoir de fuir, mais un son l'arrêta net dans sa course. Un gémissement. Pourquoi gémissait-il? Elle hésita avant de s'approcher. Quand elle fit, elle le vit immobile à terre, une tâche de sang noircissant le sol. Elle comprit à la vue des petits cristaux dispersés ce qui s'était passé. Une lame de verre d'un cadre s'était enfoncée dans son crâne. Une main sur sa bouche, elle le scruta, mais son regard s'était déjà perdu, il n'était plus là. Alors elle s'effondra sur le plancher et se mit à pleurer. Elle versa des larmes à n'en plus finir, le corps secoué de sanglots. Elle était en vie.
Deux mois plus tard,-Maman debout! Il neige, c'est noël!
Mathis sautilla sur le lit, toutes dents dehors. Marlyn aurait encore aimé dormir un peu, mais les soubresauts qu'effectuait son lit l'en empêchait. Elle s'extirpa de ses draps le sourire aux lèvres et captura ce chérubin à la tête qui gigote.
-Viens pas ici toi! Tiens c'est vrai qu'il neige,constata-t-elle. On va faire un bonhomme de neige?
-Oui! allez debout! se plaignit le gamin.
- Je suis debout! dit Marlyn en joignant le geste à la parole.
Elle souleva son fils au dessus de sa tête et le reposa aussitôt. Elle avait oublié à quel point il était lourd.
-On peut en faire trois? Un pour toi, un pour papa et un pour moi.
-D'accord chéri. Mais d'abord voyons voir ce qu'il y a sous le sapin pour toi, proposa-t-elle
Le visage de Mathis s'illumina de joie. Il se tourna vers elle, l'air confiant.
-Des cadeaux?
- Oui, rien que pour mon petit ange!
-Chouette!
Et le voilà qui fila au salon sans plus attendre. Marlyn le suivit et s'arrêta au passage sur un portrait accroché au mur. Le Darryl qu'il représentait rayonnait encore plus que d'habitude, elle lui sourit et lui souffla un baiser tendre de la main: « Joyeux noël ».