La douleur, récente et toute dernière amie, sait m'arracher à la fascination acharnée du quotidien, à cette course à l'utile à partir de laquelle la plus stupide des connaissances a pu voir le jour, et dont les chants vantent un plaisir conscient et maîtrisé.
Pourtant, sa gratuité a l'indécente attraction de l'impudeur, comme une fracture des sens, l'éclair qui chasse l'obscurité d'une lutte entre un corps désormais obsolète et un esprit dont la performance semble omnipotente.
Et si je pouvais ressentir la douleur avant même que mon esprit ne s'en mêle, avant même que la partialité n'advienne – à ce moment précis, éternel, où sa lucidité nous ôte au temps – en aurais-je au moins les souvenirs ?
Impulsive, maniaque, ma chair poursuit cette vérité éphémère, lucide. Comme si son murmure était un cri muet, recouvert de milles pensées futiles ; comme si chaque violence lui rappelait son destin fatal, la fragilité et la rage de son incarnation.
Chaque fois qu'une goutte de sang s'étale à mes pieds, j'ai la vague réminiscence d'une réalité entraînante, belle à en crever, la danse macabre d'une vie qui joue avec sa disparation, qui rit de sa finitude insupportable, et qui pleure sourire aux lèvres car un jour, immanquablement, la douleur apportera son ultime réponse avant de nous faire taire.
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PS : Je sais bien qu'un aphorisme ne présente pas de paragraphes comme ça généralement (du moins pour ce qu'en je sais), je me suis taté mais je trouve ça plus pratique à la lecture. Mauvais choix ?