Le Monde de L'Écriture

19 mai 2012 à 19:21:22
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » La Marmite » Blind Text 8: L'Empire du MdE

Auteur Sujet: Blind Text 8: L'Empire du MdE  (Lu 654 fois)

Hors ligne Loïc

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Blind Text 8: L'Empire du MdE
« le: 19 septembre 2011 à 20:31:34 »
Non ce n'est pas une référence à l'Epée de Vérité

Bien'vnue Moussaillons et autres loups d'mer pour ce Blind Text!

V'là les marins d'eau douce qui ont osé bouger leurs fesses sur c'rafiot:

Rain
Nasnas
Krap'
Zacharielle
Zephyr
Ambriel
Spes
Et moi-même!

C'qui nous fait 8 marins, pour un total de 14 textes, j'vais les am'ner sur l'pont et qu'ça saute!


1)   Reine des Ombres
2)   Art Abstrait
3)   Alexandre
4)   Apaisement
5)   La Veille
6)   Maria
7)   Damnation des Dieux
8)   Petit Roi
9)   Félinement votre
10)   Vestiges
11)   Les oignons
12)   Vers l’infini
13)   La Dame Blanche
14)   Interlude vivant

La moitié d'ent'nous ont écrit plus d'un texte. Comment ça, t'sais pas c'qui faut faire toi? L'but c'est d'accorder chaqu'text à son auteur. Normalment, pas plus de deux chacun, mais vous v'rez bien vite qu'ya des marins d'eau douce qui respectent pas les règles!
Alors postez à la suite, faites vos propositions pour pas passer sur la planche!

Bon courage bande de moules à gauffre!
« Modifié: 20 septembre 2011 à 10:56:19 par Loïc »
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #1 le: 19 septembre 2011 à 20:34:19 »
- V'là toi, c'quoi ton nom, bouge-toi d'te présenter!
- La Reine des Ombres au rapport Cap'tain!
- Une femme sur ce navire! Jamais accepté ça scrogneugneu!




1) La reine des ombres

Le soleil s’écrasait comme une larme sur l’horizon montagneux, et la nuit s’installait sur le monde. Dans une grande plaine, un nouvel astre commençait à resplendir d’une lueur artificielle, éphémère comme les ténèbres du soir. Dans les grandes rues, les vieux lampadaires éclairaient presque mélancoliquement les derniers passants qui se pressaient avant de se claquemurer dans leurs antiques maisons. Les petites flammes lançaient sur les murs de briques et sur les pensées errantes des éclats plus sordides que rassurants. Dans les parcs, des ombres grandissaient sous les arbres et derrières les bosquets, fantômes des journées ensoleillés. C’était l’heure où les chats rodaient sur les toits, leurs yeux pétillants de milles éclairs sous le clair de lune ; l’heure où se cachait dans les ruelles sans les lumières, les hommes et les femmes qui faisaient de la nuit et de leurs charmes le commerce le plus honteux. C’était l’heure où elle sortait de sa tanière et déambulait dans les rues.
Sans atour, sans soin et sans voix, elle ne recherchait rien ni personne en ce monde nocturne, obscur et dangereux. Elle marchait d’un pas lent, chacune de ses foulées se perdant dans le silencieux tintamarre des heures du soir.  Son regard, en souffrance, posé sur les pavés irréguliers, n’avait pas cette flamme que l’on aperçoit dans les yeux des gens ; plus fuyante que triste, personne ne comprenait ce qui l’animait. Il n’y avait pas de but à ses promenades solitaires, elle n’en avait surement pas besoin. Il n’y avait jamais eu sur son visage aucun signe d’inquiétude, ni même de tristesse ou de joie. On ne savait depuis combien de temps elle habitait dans la ville, ni même qu’elle âge avait-elle, où se trouvait sa famille, que faisait-elle de ses journées, qui était-elle tout simplement. D’après les rumeurs qui parcouraient la foule nocturne, elle serait une sorcière des temps anciens, une infâme créature qui ensorcellerait tous ceux qui oserait la regarder dans les yeux. Certains même pensaient qu’elle était une envoyée du Malin, venue pour rependre le chaos, le sang et la mort. Mais jusqu’à présent, elle n’était qu’une ombre parmi les ombres, un visage qu’assombrissait par des secrets qu’elle cachait à l’intérieur un sourire malicieux en filigrane. Et le monde de la nuit n’était que celui des rumeurs que tout le monde colporte.
L’autre monde, celui que régissaient le soleil resplendissant et le bleu azur, ne pouvait ignorer celle que l’on surnommait « la reine des ombres ». Et bien qu’aucun être vivant dans le monde diurne ne l’ai vu, elle en était d’autant plus présente dans l’esprit de ces gens. Pour certains, maîtresse de tous les lieux peu fréquentables, pour d’autres, espionne au milles visages, et pour une infime majorité, être né d’une larme de lune, errant pour toujours sur la terre. Mais aucun ne pouvait apporter la vérité, ni le peuple du jour ni celui de la nuit. Elle restait un mystère, une étrangeté, une figure effrayante à force d’être secrète. Personne n’avait essayé de la suivre dans ses pérégrination, personne n’avait essayé de rentrer chez elle, personne ne voulait lui parler. Elle s’était comme entouré d’une muraille infranchissable, d’une bulle armée contre toutes les rencontres, une zone de ténèbres dont personne ne pouvait revenir, pas même elle. Elle était perdue pour toujours.

Il n’y a eu qu’un jour, un seul unique jour où son armure de souffrance s’était ouverte juste assez pour happer quelqu’un. C’était durant une de ses escapades. Rien, pour le peuple de la nuit, ne semblait différent : son visage toujours aussi impassible, ses pas calés sur un rythme éternel, son manque de sentiment. Mais de temps en temps, quelques personnes l’avoueront, il y avait sur son visage comme un fantôme de préoccupation, une vague subtile de souffrance. Et c’est au coin d’une rue qu’elle tomba sur Pravant, au sens propre et figuré du terme. Jamais auparavant cela n’était arrivé, et Pravant ne la reconnut pas tout de suite. Elle ressemblait, allongée comme elle l’était sur le sol, à n’importe quelle femme du royaume nocturne. C’est quand il la releva qu’il comprit, et fuit son regard le plus rapidement qu’il le put. Mais il était déjà trop tard. Elle l’avait regardé, elle continuait à le fixer. Et d’une voix neutre, sans ton, mais incroyablement mélodieuse, elle le remercia. Lui ne voulait pas ouvrir la bouche de peur que la foudre s’abatte sur lui pour avoir osé bousculer cette femme. Alors il bredouilla quelques mots que même lui ne comprit pas. Et elle rit. Comme personne ne l’avait encore entendu. Un rire sonore comme des clochettes, harmonieux, joyeux, solaire.  Pravant ne sut pas de quelle manière il devait réagir. Mais il lui semblait que cette femme n’était pas cette affreuse rumeur qu’il avait entendu un peu partout. Elle était une âme esseulée que le monde avait écartée trop rapidement. Il ne savait rien d’elle, mais sentait qu’elle ne pouvait pas faire de mal à quiconque.
Un cercle s’était formé autour d’eux, et tout le monde appréhendait la réaction de la femme. Mais son rire avait semé le trouble dans l’assistance : dans ce monde aux lueurs macabres venait de resplendir un soleil pur et lumineux, joyeux, empli d’espérance. Même les plus sceptiques, les plus peureux, les plus craintif ont crus un instant en la bonté du monde. Pravant osa regarder le visage la femme et fut presque heureux de voir un sourire, léger, étrange, mais un sourire quand même. Sur ces traits, il y avait un apaisement qu’il n’avait jamais vu sur aucun visage de la nuit, un rayonnement solaire. Ses cheveux noirs  étaient disposés sans ordres, et ses vêtements sombres n’avaient aucun attrait particulier. Mais pour le jeune homme, elle était plus une créature du jour qui se serait perdu dans la nuit. Après c’être longuement regardé, elle prit la parole.
-   Vous êtes une personne étrange, vous savez. Vous êtes drôle à votre manière.
-   Je n’en sais rien, répondit Pravant, étranglé par la bizarrerie de la situation. Vous êtes également une personne étrange.
-   Ah bon ? Pourriez-vous m’en dire plus ?
Et Pravant ne su quoi répondre. Le monde de la nuit était plein de personne dont la conduite, les manières, les paroles, la vie même semblait sans accord aucun. Si elle était aussi crains, c’était en grande partie à cause de son aura mystérieuse qu’elle apportait sur ses pas. Et elle venait de se briser en mille morceaux. Elle ressemblait à présent à une simple femme, portant avec elle ses problèmes et ses victoires. Et il n’avait rien à lui dire. Alors son rire solaire éclata à nouveau dans l’air frais nocturne. Pravant ne put empêcher un léger sourire.
-   Il y a beaucoup de rumeur sur vous. On raconte bien des choses.
-   Oui, je suis au courant. Mais ça ne me dérange pas. Je n’ai que faire des ragots de votre monde.
Pravant ne savait vraiment pas comment interpréter cette étrange parole qu’elle avait presque chuchotée dans son oreille.  Ils restèrent un moment sans parler, elle qui le regardait avec un petit sourire, lui hésitant entre crainte et décontraction. Elle semblait trop humaine pour être le monstre que les gens imaginaient. Mais malgré son sourire, malgré son rire, malgré sa voix et son physique, quelque chose lui échappait. Elle ne disait pas tout, il voulait savoir. Alors, quand elle lui demanda s’il accepterait de l’accompagner jusqu’à chez elle, il répondit à l’affirmative, espérant lui arracher quelques explications. Mais ce ne fut pas le cas. Le chemin se fit en silence. Pravant ne voyait presque plus le monde autour d’eux, et n’espérait qu’une chose : qu’elle parle, et qu’elle s’explique. Elle avait retrouvé le mutisme avec lequel la plupart des gens l’avaient vu. Mais son regard exprimait une joie infinie, et de temps en temps, il se tournait vers le visage de l’homme, et un léger sourire illuminait ses traits avec la splendeur de la lune.
Ils arrivèrent devant la demeure de la femme. Il ne voulait pas la quitter, il voulait savoir. Et elle, personne n’en savait rien.
-   Si vous le voulez, vous pouvez rentrer. A moins que quelqu’un vous attende ? Parce ce que sinon…
Sa voix s’éteignit dans un murmure plein de tristesse.
-   Personne ne m’attend plus depuis longtemps. La nuit, c’est un monde qui ne se partage pas.
-   Vous savez, la solitude est un don pour qui sait l’utiliser. L’ombre est bien peu de chose.
Encore une fois, il savait qu’elle taisait quelque chose au fond d’elle. Et cela ne faisait qu’exciter sa curiosité. Il regarda encore une fois son visage. Et toujours la même sensation. Une simple femme. Rien qu’un être mortel qui cherche. Pravant commença à pousser la porte. Elle saisit sa main vivement, dans une étreinte douce et délicate, mais qui semblait désespérée.
-   Il faudra assumer les conséquences. Et il n’y a pas de retour sur la route que vous vous apprêtez à prendre. Je ne suis pas de celle que l’on rencontre et que l’ont oublie. Personne, jamais.
-   Je me fout du chemin. Il faut savoir prendre des risques.
Elle lâcha sa main, et il ouvrit la porte en grand. Dehors, la nuit avait filé aussi vite que l’eau qui coule. Le ciel commençait déjà à s’éclaircir sur l’horizon, le monde de la nuit au fur et à mesure des minutes qui passaient disparaissait, devenait invisible dans la ville. Pravant rentra, elle le suivit. Il ne voyait rien à l’intérieur. Pas une seule fenêtre, pas une seule bougie, rien qui ne puisse laisser apercevoir quoi que ce soit. Il ne la voyait plus, et rien ne laissait devinait qu’il était dans une maison. Il lui semblait qu’il pouvait marcher dans l’ombre durant des heures, des journées même. Puis il y eu une étincelle, une petit lueur qui tourna autour de lui et s’éteignit. Une autre arriva, et c’est alors une nuée de lumière qui vint l’assaillir. Pravant ne bougeait pas. Il ne pouvait plus. Autour de lui, l’univers de noirceur devint petit à petit d’un éclat resplendissant, d’une lumière aussi vive que celle du soleil. Puis il remarqua juste en face de lui, comme de légères ombres jaunes, comme les plis légers d’un vêtement. Il y eu un mouvement, et face à lui, il retrouva la femme. Ce n’était cependant pas tout à fait elle. Elle était habillée d’une grande robe blanche au drapé digne d’une statue. Son visage éclatait d’une aura de pureté. Mais au fond de lui, il savait. Il avait toujours su. Il s’approcha d’elle. Elle lui tendit une main plus blanche que la neige avec un sourire rayonnant. Il la prit et serra celle qui serait pour toujours sa compagne.
Plus personne ne revit Pravant. C’était comme s’il était mort ce soir là. Le jour qui suivit, ainsi que tous les suivants, le soleil éclatait d’une brillance nouvelle. Et durant La nuit suivante, ainsi que toutes les suivantes, la femme reprit son habitude, sa promenade solitaire. Mais son visage était plus serin et souriant. Qui sait si un jour, quelqu’un aura l’honneur de croiser son chemin.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #2 le: 19 septembre 2011 à 20:36:45 »
- T'mas l'air bizarre toi, t'es qui?
- Art Abstrait
- Art quoi? avance un peu avant qu'j'tenvoie sur la planche!



 2) Art abstrait

Je bricole un Blind text
Et planche sur le sujet.
Scie sauteuse, la main leste,
Ma découpe est ratée.

Le verbe haut, oui je peste !
Car le temps m’est compté.
La ponceuse, le beau geste,
Je m’accorde au sujet.

En complément d’objet
Direct sur ma planche,
Un marteau, clous rouillés,
Je retrousse les manches.

Mon œuvre est  terminée,
Point final d’une idée.
Sais-tu lire l’Art abstrait ? 
Le faussaire a signé !
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #3 le: 19 septembre 2011 à 20:39:50 »
- SUIVANT! BOUGE-TOI L'TROISEME!
- Morbleu, calme-toi Cap'tain
- Ferme-là où j'te donne aux crocos


3) Alexandre


Alexandre n’écoutait visiblement pas le cours. Certes, il ne dormait pas avachi sur sa table comme un certain nombre de ses camarades, ne discutait pas avec son voisin – qui avait su l’en dissuader dès le début de l’année et dont toute l’attention était centrée sur la professeure en train de parler – et ne dérangeait donc Mlle. Kern. S’il ne se focalisait pas sur le discours de la vieille et si sa main restait suspendue au-dessus d’une feuille blanche à carreaux depuis le début de l’heure, c’est que son regard était attiré dans une autre partie de la classe par l’une de ses camarades, cheveux bruns coiffés en chignon, lunettes sur le nez et yeux baissés sur un cahier où sa main gauche tenant un stylo noir à la plume argentée semblait voler. De temps en temps, elle relevait la tête pour recopier un bout de tableau vert blanchi par la craie, avant de bien vite revenir au papier qu’elle noircissait à toute vitesse à l’encre bleue. Rien d’autre dans la salle ne sembler l’intéresser que le cours qu’elle suivait avec la plus grande attention, insensible aux doux  regards fascinés qu’Alexandre posait sur elle. Même sa voisine, sa meilleure amie, n’obtenait d’elle une parole que très difficilement, et avec beaucoup d’assistance. L’adolescente discrète semblait avoir oublié qu’elle n’était pas seule dans la classe. Le seul moment où elle reprenait peut être consciences de ses camarades qui l’entouraient était quand elle levait les yeux de son cahier ou se détournait du tableau pour ramener dans sa coiffure une mèche qui se rebellait contre la tyrannie d’une pince noire et lui tombait devant les yeux. Alexandre voyait à cette occasion une expression agacée passer sur le visage de cette fille qu’il admirait alors qu’elle remettait l’impertinente à sa place, un peu comme Mlle. Kern pouvait le faire pour un élève insolent. Quant à établir une comparaison entre les deux femmes, il ne fallait pas compter sur Alexandre pour le faire. D’ailleurs, les cheveux de la demoiselle étaient beaucoup plus dociles que les jeunes gens qui peuplaient le classe, et également beaucoup plus intéressants.

Cette rêverie contemplative aurait pu durer encore longtemps si elle n’avait pas été interrompue par le son clair de la cloche qui annonçait la fin des cours, la fin de la journée, et surtout la fin de la semaine. Mlle. Kern tenta tant bien que mal de finir sa phrase, et enfin les trente-cinq élèves purent sortir. Moins pressé que la grande majorité de ses camarades, Alexandre mis plus de temps à ranger ses affaires. Il avait une bonne raison : il comptait entreprendre quelque chose avec la fille qu’il estimait aimer depuis le début de l’année, et la demoiselle concernée restait toujours quelques minutes après la fin des cours pour discuter avec les professeurs et poser quelques questions, ce dont certains ne manquaient jamais de se moquer.

Quand enfin elle mit son sac sur l’épaule et sortit, Alexandre rangea rapidement sa trousse encore posée sur son bureau et la suivit. Il ne voulait pas l’’aborder tant qu’ils étaient encore dans les bâtiments, et préférait donc attendre qu’ils soient dans la rue. Le jeune homme restait derrière sa camarade qui ne semblait pas avoir remarqué que cette fois-ci elle n’avait pas été la seule à rester dans la classe la sonnerie. Perdue dans son monde, la jeune femme avait du mal à voir ce qu’il se passait autours d’elle. Pourtant, Alexandre était loin d’être discret. Il n’essayait même pas, d’ailleurs : le sol du lycée faisait un vacarme des bruits de pas, y compris des plus légers. Mais il faut également préciser qu’une paire d’écouteurs déjà enfoncée dans ses oreilles ajoutait la musique aux sons produits par sa propre marche vers la sortie. Vers la liberté, auraient pu dire certains. Comme si cela ne suffisait pas, et parce qu’elle ne prêtait généralement pas la plus grande attention aux autres, elle ne ressentait même pas le petit picotement à la nuque que donne l’impression d’être observé. Finalement, ils arrivèrent à la grille encore ouverte du lycée devant laquelle stationnaient encore un nombre conséquent d’élèves. L’espace était embrumé par la chaleur du mois de mai, ou par la fumée des cigarettes, ou peut être encore par les deux à la fois. Alexandre accéléra le pas : ce n’était pas le moment de la perdre dans la foule. Alors qu’elle passait dans l’intervalle entre la grille et le mur, le jeune homme la rattrapa et posa la main sur son épaule. Elle se retourna et enleva ses écouteurs, un air interrogatif sur le visage.

«  Hé ! Salut Nina…dis, ça te dirait pas d’aller boire un café, ou autre chose…

La demoiselle sembla hésiter. Elle regarda sa montre, puis finit par répondre avec un léger sourire à son camarade déjà rouge de timidité.

-   Oui, pourquoi pas ? Tu comptais aller où ? »

Evidemment content et soulagé, Alexandre, qui commençait à avoir chaud, à moins que ce ne fût l’effet de l’excitation, n’eût pas longtemps à réfléchir : tout était déjà prêt dans sa tête et la première partie de son plan venait de réussir. Il indiqua à sa camarade le nomdu bar et ils se mirent en route. Aucun des deux ne prit tout de suite la parole, même si Alexandre n’en manquait pas d’envie. Le jeune homme avait peur de paraître bête auprès de Nina, qui était pour ainsi dire l’intello de la classe. Cette crainte ajoutée à sa timidité naturelle l’empêchait de parler,  et donc d’ouvrir cette phase de discussion indispensable pour mieux connaître l’adolescente qui marchait à ses côtés. Il ne voulait pas parler d’école, même s’il sentait bien que cela serait inévitable. Avec ses copains, c’était un sujet tabou ; mais Nina n’était pas comme eux et c’était une autre sorte de lien que recherchait Alexandre. Il ne savait cependant pas vraiment comment procéder pour établir ce lien particulier. Ce n’était bien entendu pas la première fois qu’il était attiré par une fille, mais là il sentait que c’était différent. Plus intense, plus vrai peut être. Le lycéen n’était pas sûr de vraiment comprendre quelle était cette différence que pourtant il savait réelle. Que faire ? se demandait Lénine en son temps. Ce jour-là, Alexandre se posait la même question et il n’avait toujours pas ouvert la bouche alors qu’ils s’approchaient peu à peu du café, sur la terrasse duquel ils pouvaient voir en compagnie des habitués quelques autres jeunes de leur lycée, le plus souvent une cigarette à la main.

Ils s’installèrent à l’une des tables et un serveur ne tarda pas à s’approcher pour leur demander ce qu’ils voulaient. Alexandre hésita : ce n’était pas franchement l’heure idéale pour un café. En même temps, il ne voulait pas mal passer auprès de Nina en prenant une bière alors qu’il ne savait pas quelles étaient ses habitudes, ni ce qu’elle aimait. Il demanda donc un Coca. Sa camarade fit de même. C’était la première fois qu’ils parlaient depuis qu’ils avaient quitté le lycée. Cela permit au jeune homme d’enchaîner et de ne pas laisser au silence le temps de revenir s’installer entre eux.

« C’est bien qu’il fasse de nouveau beau, commença-t-il avec un sourire quelque peu forcé, n’ayant pu trouver plus original que la météo ; c’est plus motivant que la pluie. Le ciel gris, le froid…tout ça ça m’donne pas mal le cafard. »

Nina ne répondit pas tout de suite et se contenta de hocher la tête en signe d’assentiment. Puis, enfin, la conversation finit par vraiment démarrer, et l’aiguille de la pendule accrochée au fond du bar entreprit une longue course affolée, jusqu’à ce que, non loin du lieu où se trouvaient encore les deux adolescents, les cloches de l’église Sainte Thérèse sonnent les sept heures. Soudain affolée, Nina se leva d’un bond.

«  Mince, je vais être en retard ! »

Alexandre n’eut pas le temps de lui demander de quoi elle parlait : tout juste après qu’il l’avait empêchée de sortir son porte-monnaie, la demoiselle s’était éclipsée avec un « salut, merci et bon week end ! ». Un peu étonné, mais sans plus se formaliser, le jeune homme finit son verre, alla payer et rentra chez lui, content d’avoir enfin pu passer une heure avec Nina, même si elle n’avait pas eu l’air de se rendre compte de l’intérêt que son camarade portait sur elle.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #4 le: 19 septembre 2011 à 20:41:58 »
- Encore un mec bizarre, y a qu'ça sur c'raffiot!
- Je suis là pour vous apaiser...
- Une bouteille de rhum, v'là c'dont j'ai b'soin, và m'la chercher matlot!



4) Apaisement

Dans un bruissement mélodieux
Le flux se confond au reflux
Dans la danse fragile
Qui se joue dans ce lac.

Intérieur et calme,
Il n’attend rien du monde
Qui s’agite vivement :
Le repos est la vie.

Sans spectateur et sans ombre,
L’eau s’écoule en tourbillons
Au cœur du paradis
Perdu dans le mien.


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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #5 le: 19 septembre 2011 à 20:44:36 »
- T'srais pas c'lui d'la vigie toi?
- A vos ordres captain
- V'là un texte qui sait obéir! En profite pas trop quand même.


5) La veille

La grosse lampe torche pesait son poids au bout du bras de Caulmann. Ce n’était que le début de la nuit et pourtant, ses muscles étaient déjà fatigués. Il prendrait l’habitude, se consola-t-il en changeant de main pour la troisième fois depuis son départ. Le mouvement fit danser des ombres contre les wagons silencieux. Il raffermit le poing pour stabiliser l’éclairage, le tangage incessant lui donnait la nausée. Ressaisi-toi. Fut une époque, pas si lointaine d’ailleurs, où la nuit ne l’effrayait pas, du moins, pas trop. Mais aujourd’hui, c’était différent. Plongé tout entier dans le noir, seul et pour plusieurs heures encore, il n’était plus très assuré. Pour contrer son malaise, il se remémora les conseils que les vétérans avaient donné avant de partir. 1. Être toujours joignable. 2. Faire attention aux chats sauvages. 3. Surveiller le compteur de watts. Ah, oui, aussi : parfois, le faisceau faiblit sans prévenir ; dans ce cas, il faut taper la carcasse de la torche jusqu’à ce que la lumière revienne. C’était tout le matériel qu’ils avaient, il faudrait attendre un accident et on rachèterait peut-être une batterie plus fiable. Au fait, tu peux commencer en suivant par là. Caulmann avait donc suivi par là en ayant la sensation de se jeter dans un piège grossier. Juste une impression, se répétait-il sans parvenir à se convaincre vraiment.
Arrivé au repère piéton numéro cinq, il s’arrêta de nouveau et déplia le plan de mission. Il se sentait un peu perdu, peinait à reconnaître le terrain. Tandis qu’il consultait le peu d’indications écrites, le papier commença à se moucheter d’encre diluée. Bien sûr, pour sa première nuit de travail, il fallait aussi qu’il plût. La capuche fut rabattue et la pluie s’intensifia. Il avait tout de même eu le temps de déterminer son itinéraire. Sans broncher, car il n’était pas de nature à se plaindre, Caulmann se remit en route.
La première locomotive auprès de laquelle il s’arrêta était encore chaude de sa dernière desserte. Une fois délesté de sa lampe torche (à terre, bien immobile), Caulmann posa la main contre le ventre de métal tout ruisselant de pluie. Il ferma les yeux pour mieux écouter le cœur de la machine. Une CC 40100 à coup sûr. Elle était bien dans la liste. Sans tarder, il se lança dans la première histoire qu’il connaissait. C’était un marin qui rentrait chez lui après des années de guerre et des années de voyage. Il avait vécu des aventures à n’en plus finir (et que de larmes, que de tragédies), et quand il arrivait, ce n’était pas encore terminé car il devait encore affronter les prétendants qui tournaient comme des mouches auprès de son épouse présumée veuve. Caulmann racontait tout cela avec tellement de passion et de détails qu’il ne se rendit pas compte que la machine s’était déjà endormie et que la pluie ne fondait plus sur eux deux que par gouttes éparses. Quand il eut fini, il prit d’abord le temps d’écouter le sifflement apaisé s’échapper de la carlingue. Écouter dormir un train, ce n’est pas donné à tout le monde, il pouvait bien en profiter un peu. Il admit malgré lui qu’il était un peu fier. La 40100 rêvait peut-être de rouler là où aucun train n’avait encore jamais roulé, sous un ciel qui n’était pas quadrillé de caténaires, sur une route qui n’était pas droite. Caulmann secoua la tête. Qui était-il pour imaginer le sommeil d’une motrice ? Il valait mieux se remettre au travail. Le veilleur consulta sa montre, ce qu’il vit lui serra le ventre. Il y avait bien trop de minutes après l’heure qu’il était censé être. S’il la jouait fine, il pouvait encore rattraper son retard. Sans perdre une seconde supplémentaire, il se leva.
Caulmann se dirigeait, marchant-courant, vers la locomotive suivante quand un chat, surgi de nulle part, détala juste devant lui. Sa brusque apparition brisa le rythme qu’il s’était imposé jusqu’ici. Les chats sauvages lui fichaient la chair de poule. Il observa le matou gris  s’enfoncer dans la nuit, paralysé. Sans pouvoir résister à son imagination, il entendait ses yeux sournois braqués sur lui, ses moustaches murmurer des malédictions. Il se força cependant à reprendre sa marche. Je ne suis pas épié, je ne suis pas épié. Caulmann en voulait toujours à ce chat quand il arriva enfin au niveau d’une BB 7200 (il la reconnut grâce à son maquillage orange) qui attendait avec impatience sa livraison de sommeil. La locomotive se laissa vite bercer par le ton monocorde de Caulemann. Quoi qu’il racontât, cela semblait suffisant pour endormir.
Les unes après les autres, les locomotives entrèrent en veille.
Le matin pointa enfin, transformant le paysage avec le tranchant de sa lumière blanche. Terrassé par la fatigue, assoiffé, affamé, les vêtements raidis d’avoir séché sur lui, Caulmann ouvrit avec soulagement la porte du local de service. Une femme y était assise, une tasse à la main. Elle était absorbée par les informations diffusées sur la télé que quelqu’un avait installée dans un coin du mur. Le claquement de la porte qui se referme la tira de sa rêverie. Elle leva les yeux vers Caulmann et pensa Alors, c’est lui. Elle ajouta de la détermination à son regard pour se donner du courage. Il n’avait pas l’air offensif mais qui sait quelle pouvait être sa réaction si elle se trompait ?
- Asseyez-vous, je vous sers un café.
Caulmann accueillit la proposition avec reconnaissance et s’installa sur une chaise en plastique, de l’autre côté de la table. Le discours continu de la chaîne d’informations le berçait si bien qu’il s’en fallut de peu pour qu’il se laissât gagner par le sommeil. Cependant, l’odeur du café tout juste passé, promesse de chaleur confortable, le suspendit encore un peu en éveil. Ayant recouvré un peu de ses forces comme de curiosité, il demanda à sa collègue ce qu’elle faisait comme travail, ici. Il y eu une infime seconde d’hésitation. Elle pensa C’est le moment et ouvrit la bouche pour répondre. Alors, une fréquence de 440Hz s’épanouit dans le local. Elle dura quarante secondes. Quand Caulmann, au bout du temps prévu, ferma les paupières et lâcha le maintien de la tête, la femme laissa le silence retomber au milieu des informations du jour. Elle pensa J’ai réussi. Puis, elle ajouta tout haut, comme pour se réconforter :
- Je m’occupe du service du jour.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #6 le: 19 septembre 2011 à 20:49:46 »
- Encore une donzelle? Qui l'a amené ici tonnerre de Brest!
- Ca, c'est à vous de le trouver.
- Tu rigoleras moins sur la planche, suppôt de Satan


6) Maria

Il faisait un temps magnifique depuis quelques jours, et Maria riait, riait à en perdre haleine. Elle s’émerveillait comme une enfant devant la moindre fleur, le moindre bourgeon. La chaleur du soleil sur sa peau lui procurait un tel plaisir, un tel réconfort qu’elle se baladait nue toute la journée, se souciant comme d’une guigne des cris des passants.
   Des policiers avaient bien tenté de l’arrêter pour exhibition sur la voie publique, mais elle s’était contenté de leur rire au nez, de ce rire si cristallin, si communicatif, et de s’enfuir en courant. Les policiers avaient secoué la tête en souriant, puis étaient partis.
   Maria avait de jolis yeux, l’un vert pomme et l’autre verre bouteille, une bouche toute cerise et framboise, un nez charmant et un corps fluet, discret. J’aimais bien la regarder passer, avec sa démarche fluide et son regard rêveur. On aurait cru qu’elle allait s’envoler. Quand il y avait du vent, ses cheveux flottaient derrière elle, sans attache, et s’emmêlaient joyeusement. Elle ne semblait se soucier de rien.
   On ne fait pourtant pas disparaître tous les dangers en éclatant simplement de rire. Elle aurait dû s'en douter. Elle ne s'est pas envolée, finalement.
   Son joli corps s'étale et se répand stupidement sur la chaussée. Le conducteur est en larmes. Je hausse les épaules et reprends ma route.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #7 le: 19 septembre 2011 à 20:52:20 »
- T'srais pas un cul-béni, toi?
- Tout le contraire, capitaine, je suis la Damnation des Dieux
- J'préfère ça




7) Damnation des Dieux

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Créateur de la mer, de la terre et du ciel
Dieu le père éternel, reçois là mes paroles.

 Dieu puissant, né de rien fait de tout,
J’ai besoin une fois seulement de ta voix,
De ta foi dans l’endroit où je vis en souffrance.

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Je ne sais si tu vis, bienheureux solitaire,
Simplement si tu es quelque part dans le monde.

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Règnes-tu dans l’azur grisonnant, transparent ?
Que fais-tu de nos âmes déchues pour toujours ?

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Cherches-tu en ce lieu un espoir, un salut,
Un plaisir partagé entre peine et sadisme ?

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Y a-t-il quelque part cet espoir, ce salut,
La réponse à nos lois, à nos peurs infinies ?

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Répond donc à mes chants, ma prière et mes psaumes
Dans la langue inconnue de moi seul, pauvre humain.

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Comprends-tu la douleur que nous fait le silence
Et la haine qu’elle donne en le cœur de certains ?

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Tu détruits par toi seul l’ouvrage qui est tien,
Tu largues ta grand’ voile et t’enfuis loin de nous.

Dieu puissant, né de rien fait de tout,
Á jamais nous pleurons et sans toi, notre guide,
S’égarer deviendra notre vie, notre but.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #8 le: 19 septembre 2011 à 20:55:00 »
- Qu'es'tu fous là, marin d'eau douce?
- Moi? Mais je suis roi!
- Bien p'tit, pour un roi, tu m'ferais pas marcher?



8 ) Le petit roi


 La pelle se plante dans la terre. Pousser, soulever, jeter. Planter, pousser, soulever, jeter. Encore et encore.

   La fosse est de plus en plus large, de plus en plus profonde. Ses frères, sa sœur, ses parents creusent, épaule contre épaule, avec elle. Ils lui jettent des regards en coin. Elle est la plus petite, ils pensent qu’elle sera la première à s’effondrer. Mais non, elle se passe la main sur les yeux, soupire et reprend le travail.

   Le petit roi aux boucles blondes et sa petite reine chauve les observent, du haut de leurs trônes de pierre et d’os. De grandes fleurs pourpres poussent sur le trône du petit roi. Leurs tiges et leurs feuilles sont blanches comme sa peau.

   Une plante noire aux centaines de fleurs bleues pousse sur celui de la petite reine au crâne nu. Les minuscules fleurs recouvrent presque entièrement son corps, laissant seulement à découvert le bas de ses jambes, son cou et sa tête. Ses yeux restent froids malgré son sourire. Elle ressemble à une statue.

   Le petit roi, lui, n’est pas immobile. Il bouge, se penche et secoue la tête. Parfois, il ouvre la bouche pour dire quelque chose mais se ravise. Tout est silencieux, terriblement silencieux.

   La petite fille creuse encore et encore. Elle ne voit plus ses frères, sa sœur, ses parents. Elle ne les sent plus, ne les entend plus. Il n'y a que sa pelle, sa pelle de bois et la terre si dure, pleine de cailloux. Parfois il lui semble que la terre est rouge, rouge du sang des sujets du petit roi. Le petit roi au royaume perdu. Tous ensevelis, vivants, par sa folie et son amour pour la petite reine. Personne ne sait s'ils sont morts, mais la petite reine n'a pas retrouvé la parole. De temps en temps, le petit roi lui jette un coup d’œil, semble avoir un élan vers elle puis change d'avis et secoue la tête.

   Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'il n'y a aucune issue possible. Les mouvements du petit roi se font de plus en plus rares, de plus en plus lents, de plus en plus... mécaniques. Enfin, il finit par s'immobiliser, au bout de longs jours. Comme si elle n'attendait que ça, sa plante commence gentiment à le recouvrir.

   Cependant la petite fille, ses frères, sa sœur et ses parents continuent toujours de creuser, comme si leur vie en dépendait. Puis un jour, les mouvements de sa mère se mettent eux aussi à devenir plus lents, plus rares, plus mécaniques. Elle aussi finit par se stopper définitivement. Aucune plante ne vient la recouvrir. C'est ensuite le tour du jeune frère, de la sœur, du père puis du frère le plus âgé.

   Un morceau d'éternité plus tard, il ne reste que la petite fille. Cette dernière semble à peine avoir conscience qu'elle est la dernière à se mouvoir. Pourtant, elle passe une énième fois la main sur les yeux, soupire et regarde autour d'elle. Elle se trouve plus bas que les autres, dans son propre trou au centre. Cela fait comme un escalier en spirale à l'endroit où chaque membre de sa famille s'est arrêté. Alors, sans trop savoir pourquoi, elle sort du trou. Clignant des yeux à la lumière, la petite fille regarde autour d'elle une nouvelle fois. Les deux trônes, et autour... pas grand chose, à vrai dire. Des cailloux, surtout. Oui, des cailloux, de la terre et de la poussière. Un arbuste de temps en temps.

   La petite fille se demande bien ce qu'elle fait là, pourquoi elle creuse et pourquoi elle est venue. Qui est le petit roi ? Quelles sont ces statues, dans le trou ? Tout s'efface comme un rêve, avant qu'elle ait le temps de s'accrocher aux souvenirs. Il faut qu'elle fasse quelque chose, elle a une mission. Mais laquelle ? Plus rien n'a de sens.

   Alors la petite fille s'assoit sur le sol, devant le trône du petit roi, ferme les yeux et s'éteint.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #9 le: 19 septembre 2011 à 20:57:43 »
- On s'dépêche marins d'eau douce, j'pas qu'vous r'garder passer moi!
- J'arrive, lentement, doucement..
- Bouge-toi un peu, bougre d'imbécile!




9) Félinement vôtre,


   Le matou, un chartreux aux yeux vairons, tache blanche en étoile sur le front, se vautra tout près du feu. Aussitôt s'éleva une légère odeur de roussi. Un chat plus jeune, M. Minou, s'assit dans son ombre à l'abri de la forte chaleur. Ce dernier appartenait à la race des siamois, et nul autre félin dans tout le comté n'aurait pu prétendre à plus d'élégance ni de grâce.
   Cette nuit, une lune en forme de canine découpait nettement les silhouettes, lesquelles dégageaient une aura carmin, presque sanguine.
   Minou entreprit de se lécher les coussinets avec soin. Lorsque ce fut fait, il s'attaqua aux inter-coussinets. Pendant ce temps, la queue du gros matou – Sullivan – ne cessait de fouetter le sol, et ce de plus en plus vite.
   Minou plaqua ses oreilles en arrière, pour s'affranchir un instant des bruits de la nuit – et les cigales s'en donnaient à coeur-joie – puis il se décida à se rapprocher du feu. Certaines moustaches de Sullivan s'enfonçaient dans la fourrure de sa patte.
   Sullivan, qui observait le siamois du coin de l'oeil, se gratta la gorge, toussa et cracha, avant de prendre la parole.
Tu sens le mulot froid, Minou, siffla-t-il entre ses canines.
   Son accroche manquait de piquant mais, que voulez-vous, il fallait bien se lancer.
Diantre ! miaula l'autre sans cesser de lustrer son doux pelage. Nous ne sommes assignés à la surveillance ce comté que depuis deux jours, et voilà que déjà vous me faites des avances.
   Sullivan éclata d'un rire gras. Félinement, il s'étira, découvrant les griffes de ses quatre pattes, ainsi que deux rangées de crocs acérés. En connaisseur, Minou se passa la langue sur les babines. Il avait au moins l'assurance d'être tranquille : avec un compagnon tel que ce matou, pas besoin de se faire du mauvais sang. Le Gros Roux, le renard à carnages, n'aurait qu'à bien se tenir.
J'ai connu une persanne dans le temps, reprit Sullivan, une petite boule toute de nerfs et de muscles, qui a essayé de me tenir à distance avec de belles paroles.
   Au rythme des miaulements, des flammèches s'envolaient dans la nuit au-dessus du feu crépitant.
Et ? demanda Minou.
Et elle a lamentablement échoué en succombant à mon charme au matin du troisième jour.
   Les yeux bleus du siamois étincelèrent d'un éclat métallique. Le chartreux continua :
Que ferais-tu, Minou, si le Gros Roux sautait devant nous – ou pire, derrière – avant de fondre sur toi ?
   Le feulement du minet était chargé de malice :
Je suppose que celui qui sauterait le plus, ce serait toi, et non pas sur moi, mais sur l'occasion. Dans tes rêves les plus doux, tu dépècerais le Roux comme tu en as fait de ses rejetons, il y a trois mois déjà, et je te tomberais dans les pattes, tout ému d'avoir été sauvé.
   Sullivan ne répondit pas.

   A l'aube, les deux chats dormaient d'un sommeil de marbre, chacun roulé en boule de part et d'autre d'un tas de cendre qui rougeoyait plaintivement d'avoir été abandonné ainsi à son triste sort.
   Dans le dos de Sullivan, une ombre quadrupède s'approchait. Hypnos ou quelque autre dieu ne permit pas que le matou fut saigné dans son sommeil : l'ombre n'eut pas le temps d'effleurer les poils bleus que, déjà, le chartreux enserrait le poignet de l'intrus dans sa gueule. Deux paires d'yeux qui se faisaient face brillaient dans la nuit comme autant de gemmes.
Par le canin Diable, Rog ! gronda Sullivan. Depuis quand t'amuses-tu à faire frémir les coeurs endormis ? Un peu plus, et j'en tombais les moustaches.
   L'intrus un grand échalas aux flancs creux, couvert d'une pelisse noire rase et pelée, ne releva pas. Sullivan lui faisait pourtant un beau compliment : rares étaient ceux qui parvenaient à le surprendre.
T'as plus le temps de te limer les griffes, Sulli, grinça Rog. Le Roux se traîne à l'orée est, du côté du ruisseau aux nénuphars. Allez, on s'arrache.
Je te rappelle qu'on n'est pas deux, mais trois.
Tu penses au chaton qui est en train de se baver sur l'épaule, là ? Allez, embarque-le, ce minet.
D'un bond ample, Sullivan franchit les vestiges du feu, et les lucioles grillées pour s'y être frottées. Le gros chartreux était trop content de saisir son siamois de coéquipier par la peau du cou. Relevant la tête avec force, il le souleva tout entier. Minou tout ensuqué entrouvrit les yeux et esquissa des gestes désordonnés, les griffes à demi sorties. Cerise sur le gâteau, il poussa un faible miaulement. Au son de deux éclats de rire, il se réveilla tout à fait et réalisa qu'il n'était pas, chaton, dans la gueule de sa mère, mais dans celle de Sullivan qui le transportait bel et bien comme un bébé. Le siamois vira à l'écarlate sous sa fourrure beige.
Sullivan ! Lâche-moi tout de suite, où je t'égorge ! piailla-t-il.
On y est, de toute façon.
Alors, petit, on se réveille ? demanda Rog.
   Le sérieux de son ton piqua Minou au vif, Minou qui, tout en se redressant sur ses pattes, s'appliqua à ne pas le montrer. Il jaugea le nouveau venu d'un regard acéré.
Là ! siffla soudain Rog.
   Une longue forme sombre, pinceau de poils clairs en bout de queue, sortait d'un taillis en contrebas. Dans sa gueule, un... un truc indéterminé, verbalisa Sullivan. Les trois chats avaient le vent pour eux. Et pour mission d'éliminer le Grand Roux. Enfin, ça, c'était la fin ultime. Quatre duo de sentinelles surveillaient le comté, plus Rog, et il allait sans dire que faire appel à eux ne serait pas un luxe, maintenant qu'on repérait enfin la cible. Il s'agissait donc de laisser un chat sur place et de repartir chercher du monde.
   Le chartreux, concentré, avait l'air tourmenté de celui qui brasse de vieux souvenirs. Puis, il se secoua, soulevant un nuage de poussière. Il ouvrait la bouche quand Rog le devança :
On y va.
Tu délires.
   Très porté sur la discussion, Rog ne répondit rien. Il s'enfonça dans un fourré d'aubépine. Sullivan, qui ne pouvait pas le laisser tomber, le suivit à contre-coeur.
   Rog et Sullivan se comprenaient à demi-mot : en un instant, ces imprudents avaient échafaudé un plan. Le chartreux se hissa lourdement à un tronc, tandis que Sullivan se coulait dans l'ombre d'un frêne en direction duquel le Grand Roux progressait.
   Le pouls du gros matou accéléra. Le souvenir de ses chatons disparus, ses chatons chéris, arrachés au nid, le frappait de plein fouet. Puis celui des représailles qu'il avait menées, le carnage dans le terrier du Roux. Sullivan, quoique couvert du sang des sangs des renardeaux, avait laissé son odeur partout. La rumeur disait que, ce mois-là, le Grand Roux fou de rage avait écumé le comté, et même franchi les frontières, ruisseaux et fossés.
   Le chartreux, quant à lui, traînait ses pattes poussiéreuses dans les venelles de Palsemble la Belle, le chef-lieu du comté. Peu après, il s'engageait chez les sentinelles.
   Alors qu'il allait se glisser sous le haut frêne, le Roux hésita. Sur quoi, il fit volte-face pour fuir. Sullivan aurait juré voir sa pelisse se gonfler. Puis, tout accéléra. Rog se jeta devant lui avec un miaulement furieux, lui glissa entre les pattes et fila à toute allure. Le Grand Roux se lança aussitôt à sa poursuite. Sullivan sauta de sa branche avant qu'il ne soit trop tard. Ses griffes tendues rencontrèrent l'arrière-train du Roux pour s'y planter férocement. Mais le chartreux savait qu'il avait loupé son coup. Il ne toucherait aucun point vital.
   Un sursaut du Roux manqua le décrocher. Le renard ouvrit la gueule en grand, lâchant un tout petit corps qui alla rouler dans les feuilles mortes. Sur quoi, le Roux esquissa un vif mouvement vers le matou agrippé.
   Dans les yeux de Sullivan se miroita un éclat de lune. Le chartreux, pattes prisonnières, feula avec l'énergie du désespoir.
   Il hoqueta de surprise lorsqu'une boule en furie se jeta sur la gorge du Roux. Lequel glapit, tressaillit, s'immobilisa, et tomba raide dans un jet de sang, la jugulaire sectionnée.
Rog ? demanda Sullivan.
   La boule de poils se déplia, découvrant dans la nuit des membres graciles et déliés, une silhouette volontaire et un petit museau de siamois. Tout le regard de Minou semblait dire : "Ah, tu vois ! Je n'ai pas intégré les sentinelles pour mes belles prunelles ovales ou la douceur de mon poil !"
   Sullivan, aussitôt remis, fit le dos rond et agita le bout de sa queue bleue sous le nez du siamois.
Tu me fais des avances ?
   Un raclement de gorge salua cette question. Minou et Sullivan tournèrent la tête d'un seul ensemble vers le corps sans vie du Grand Roux. Assis dessus, Rog poursuivit :
Ce n'est pas que j'aie quelque chose contre les chandelles, mes tourtereaux, mais on a un autre petit souci à régler...
Entre ses pattes se tenait un chaton bien vivant, le petit corps qu'avait lâché le Roux avant d'attaquer. C'était un petit chartreux rondelet aux yeux vairons, qui possédait, au milieu du front, une jolie marque blanche...
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #10 le: 19 septembre 2011 à 21:00:16 »
- Amène toi l'dix et fil'moi l'ruhm en passant
- A vos ordres, vieux capitaine
- Grmfl




10) Les vestiges de la grandeur du passé

Je marchais. Sten se tenait à mes côtés, la langue pendante. Ses yeux étaient injectés de sang, comme d’habitude. Il était aveugle - et sourd - depuis près de trois ans. Mais cela n’avait plus aucune importance. En fait, depuis la Catastrophe, plus grand-chose n’avait vraiment d’intérêt. A part le fait de rester en vie et de ne pas se livrer aux bassesses de ce nouveau monde. Nous nous arrêtâmes dans les décombres du vieux temple. Je tendis un biscuit à mon chien et il l’engloutit avec l’ardeur d’un jeune chiot.

Deux jours. C’est le temps qu’il nous restait avant de crever de faim, si je ne trouvais rien de comestible. Les dernières réserves de la ville avaient été pillées par les rares survivants et bestioles des environs. Je préférais rester dans les ruines : on ne savait jamais sur quoi on pouvait tomber en dehors. Je fouillai mon sac et en sortis une couverture trouée. Un coup d’œil vers le ciel m’indiqua que la nuit allait être fraiche. Comme toujours, une masse de nuages cachaient le firmament étoilé. Des cris lugubres me réveillaient de temps en temps mais pour une fois depuis longtemps, j’ai réussi à avoir une nuit presque complète. J’ai dormi quatre heures avant de me lever, transi de froid. Il faisait toujours aussi noir. Je poussai Sten du pied. Le cabot se mit debout avec peine et comme tous les matins, il vomit de la bile et du sang. Mon vieux compagnon n’en avait plus pour longtemps. Et au train où allaient les choses, je devrais m’en débarrasser moi-même. Il avait la peau sur les os mais je pourrais toujours récupérer de quoi faire deux repas… Enfin, au moins un.

La ville était superbe autrefois. Comme le reste du pays. Les édifices rivalisaient de beauté, les gens étaient heureux et prospéraient à vue d’œil. Même si les pays voisins n’étaient pas en reste, tout ceci attisait les convoitises et la jalousie. La guerre ne tarda pas à éclater. Son cortège de morts et de destructions transforma ce bijou pur en une fiente puante. Les plus sensés s’enfuirent vers le Sud. Il parait que cette région avait été épargnée. Mais il parait aussi qu’il y vit des mutants tellement étranges et dangereux que même les Fossoyeurs d’ici passent pour des créatures inoffensives. Et pourtant, j’ai failli laisser un bras contre une de ces saletés.

On n’avait à peine parcouru une demi lieue qu’il s’est mis à pleuvoir. Des larmes de sang tombaient du ciel. Je ne sais pas vraiment à quoi était dû ce phénomène mais il se disait que c’était le sang des victimes, qu’il rappelait aux survivants que leur séjour sur cette terre était éphémère et allait prendre fin bientôt. Conneries ! Depuis la Catastrophe, même le climat était pourri. Souvenir de la guerre. Moi je dis que c’est leurs armes et leurs machins qui a provoqué tout ça. Mais j’y voyais au moins un avantage : quand il pleuvait, je ne me rendais plus compte que mon vieux Sten dépérissait. Son sang était noyé à celui du ciel.

Durant un court instant, je vis une chose qui traversait la route. Ce n’était jamais bon signe. Mes genoux et mes dents claquaient et je n’aurais pu dire sur le moment si le froid y était pour quelque chose. Je tâtonnai ma ceinture et je m’armai de mon poignard. On ne sait jamais. Je ne sais pas exactement ce qui m’y poussa - la curiosité ou la bêtise ? - mais je m’approchai doucement. Devant moi se dressaient deux colonnes, seuls vestiges encore intacts de la grandeur du passé de la cité. Le reste du bâtiment était en ruines. Néanmoins, j’y reconnus l’hôtel de ville. Anciennement majestueux, il était aujourd’hui le témoin le plus fidèle de l’absurdité des hommes.

Ma créature était penchée sur une chose inerte. Il s’agissait d’un cadavre, comme on en trouvait beaucoup en ville. Ils ne m’intéressaient pas. Du moins, tant que je trouvais des vivres. Je n’étais pas encore nécrophage. Celui que je poursuivais était en train de le dévorer. Je glissai sur des cailloux. Il se retourna et me dévisagea. Il était petit, avait une gueule déformée et du sang coulait de sa mâchoire. Mais ce qui me glaça le sang à ce moment-là, ce n’était pas son corps difforme ni son visage hideux. Non, ce qui allait m’empêcher de dormir les trois prochains jours, c’était son regard ; sauvage et animalier mais en même temps incroyablement humain et rempli de haine. Je n’avais jamais vu de mutant d’aussi prêt. Et, comme si j’étais le responsable de tous ses malheurs, il se jeta sur moi, ses griffes tendues vers ma gorge. Je ne réagis pas. Je ne m’attendais pas à une attaque aussi vive de sa part. Heureusement pour moi, sa mutation avait commencée quelques semaines auparavant. Et ses griffes naissantes se contentèrent d’entailler ma peau. Je me dégageai d’un coup de genou et le poignardai à plusieurs reprises. En plein cœur. Je me demandai s’il en avait encore un quand je le vis détaler comme si je lui avais juste donné une mauvaise gifle. Enfin, je n’étais pas prêt de le revoir. Par contre, Sten n’avait pas supporté le combat. Même s’il n’y avait pas pris part, il était affalé, haletant. La surprise avait fatigué son vieux cœur malade. Je vidai ma dernière gourde sur sa gueule mais les trois quarts du précieux liquide se répandirent sur le sol.

Le soir, je fis un feu, en priant pour qu’aucun mutant ni bandit ne vienne nous causer des problèmes. De toute façon, je ne fermai pas l’œil de la nuit. Le matin suivant, la pluie s’est arrêtée de tomber, alors que mon compagnon poussa son dernier soupir. Je posai la main sur son torse. Il ne respirait plus. Je le contemplai quelques minutes. Je n’avais plus rien à manger. Mais le peu d’humanité qui restait en moi m’interdit faire ce à quoi je pensais. A la place, et tiraillé par la faim, je creusai un trou et y déposai mon chien. Je remis la terre en place et partis.

Les jours passèrent, plus gris et plus ternes les uns que les autres. Je découvris un coin encore vierge. Là, j’y trouvai de quoi me nourrir. Mais mes incessants allers et retours ne passaient pas inaperçus. Un jour, deux Fossoyeurs - des grandes bêtes qui ressemblent de près à des gorilles - m’en chassèrent. Je ne sais pas si c’est lié à ça ou non mais depuis lors, ma peau n’arrête pas de gratter.

Je suis allé me recueillir sur la tombe de Sten le matin suivant. L’émotion était trop forte. Je me suis évanoui après avoir vomi. Je n’y retournerai plus. Adieu, mon fidèle compagnon… Je ne savais pas ce qu’il m’arrivait. J’ai eu du mal à retourner à mon campement. Je ne pouvais plus marcher dix mètres sans m’essouffler. En plus, on m’avait volé mes affaires. Je n’avais pas le choix : je devais partir. C’est ce que je fis le lendemain. Mes cheveux tombaient et mon appétit m’avait quitté. Je me rendais bien compte que je changeais. Une guerre se déroulait à l’intérieur de mon corps. Qui de l’humain ou du mutant allait triompher ? Toutes ces années j’avais subsisté et combattu pour ne pas devenir ce en quoi je me transformais. Une infâme loque humaine tout juste bonne à croupir dans ses excréments et à dévorer ses propres compatriotes. Bien sûr, aucun remède ne pouvait inverser le processus de mutation. J’étais face à un dilemme : soit laisser faire les choses et me raccrocher à une miette de vie, si pitoyable soit-elle. Soit… Hé bien, j’avais toujours mon arme à portée de main… Un coup rapide et précis et tout cela était terminé. Les tracas, envolés. Enfin le repos.

Mais mon instinct de survie a parlé à ma place. Je fus pris d’un spasme violent, mon poignard tomba de ma main et sa lame se brisa sur une pierre. Je me levai avec peine, fis quelques pas et bus à une mare non loin. Je n’éprouvais plus le besoin de me servir d’une gourde. L’appétit me revenait doucement. Mais c’était surtout le sang qui m’attirait. Mes pensées étaient confuses et plus simples. Je ne faisais plus aucun effort pour me tenir sur mes jambes. Mes bras me servaient désormais également à me mouvoir. Je m’arrêtai et reniflai. Je me tenais au-dessus d’un cadavre. L’odeur du sang était trop forte et je ne pus m’empêcher de mordre. J’avalai un bout de chair, immédiatement suivi par un second, puis encore un autre. Je me rappelai un fugace instant où j’avais enterré mon chien. Je me souviens de m’y être dirigé.

Et puis, ce fut le vide.
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« Réponse #11 le: 19 septembre 2011 à 21:02:13 »
- Pourquoi qu'vous pleurez Captain?
- A cause de l'autre bougre qui s'amène!
- Ce n'est pas ma faute, vous voyez, si les oignons font pleurer





11) Les oignons


   « Le chewing-gum, » m'avait dit ma grande sœur. « C'est le chewing-gum le plus important. »
   J'étais jeune, alors, pas plus de dix ans, et nous vivions seuls dans un petit appartement. Mes parents, c'était elle, ma grande blonde et gentille sœur, et ses gueulantes du dimanche, et ses sourires quand  elle se calmait – et son chewing-gum.
   Elle était perpétuellement en train de mâchouiller quelque chose – quand ce n'était pas un bonbon, c'était le bout de son crayon ou une brindille cueillie sur le bord de la route. On bougeait beaucoup, elle et moi, on déménageait tout le temps sans que je sache trop pourquoi. Jusqu'à ce petit appartement un peu miteux, mais qui avait fini tant bien que mal par devenir notre chez nous. Ma sœur était fatiguée des routes, je crois, c'est pour ça qu'on s'est posés.
   C'est à ce moment-là qu'elle s'est mise à cuisiner – elle avait plus de temps, maintenant qu'on ne bougeait plus. Elle ne faisait rien de bien compliqué, mais c'étaient les meilleurs plats que j'avais jamais mangés. Meilleurs en tout cas que les conserves toutes prêtes qu'elle faisait réchauffer avant.
   J'aimais bien la regarder faire. Je me cachais derrière la porte de la cuisine et je l'observais, fasciné, en train de faire cuire la viande ou de peler des oignons. C'était les oignons, le plus captivant. Chewing-gum dans la bouche et couteau en main, elle en attrapait un du bout des doigts, jonglait avec un instant, faisait mine de le lâcher, le rattrapait de justesse avant de le poser sur la table. Je la soupçonne d'avoir toujours su que je l'épiais, et d'avoir cherché à m'impressionner. Elle avançait son couteau, ensuite, et presque tendrement, commençait à le peler. A l'écorcher. Je ne lui ai jamais vu de larmes, mais moi, les yeux me piquaient tant que je pleurais comme une fille. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais si triste, alors j'ai dû chercher une réponse tout seul. Je m'en suis imaginé tout un tas, avant de trouver la bonne : les oignons étaient des cocons servant d'abri à des créatures plus vieilles et infiniment plus sages que nous – à l'approche de leur mort, elles chantaient leur propre mélodie, inaudible, mais d'une voix si belle et si triste que chacun le ressentait tout au fond de son cœur. Et ma sœur, ma grande et gentille sœur, leur servait de bourreau.
   Je lui en voulais terriblement de détruire ces êtres qui nous dépassaient. Encore et encore elle les exécutait, décimant leur peuple un peu plus à chaque jour qui passait, tant et si bien que j'ai fini par en faire un affreux cauchemar. Une géante m'y tenait lieu de sœur et se plaisait à arracher de terre des champs entiers d'oignons avant de les passer, avec un rire cruel, au fil de sa lame. Si les hurlements qu'ils poussaient m'ont tourmenté ensuite toute la matinée, ils n'étaient rien comparés au rire de la géante qui, sans cesser de mâcher son chewing-gum, s'est tournée vers moi en s'écriant : « T'es le dernier debout, à présent ! Mais t'inquiète pas, je saurai te peler sans trop t'abîmer ! » Et son couteau de s'abaisser avec lenteur. Je me suis alors aperçu que j'avais moi-même pris racine, et que je n'avais aucun moyen de m'enfuir...
   Je me suis brusquement retrouvé assis dans mon lit, tout entortillé dans ma couette. Je me suis dégagé en tremblant, et il m'a fallu jusqu'au lever du soleil pour me calmer, me persuader que rien n'était vrai. J'ai quand même évité ma sœur ce jour-là. Je ne l'ai pas non plus regardée faire la cuisine.
   J'en ai profité, par contre, pour réfléchir au meilleur moyen de sauver ses victimes, et la solution m'est apparue tout de suite. Il suffisait d'attendre la nuit. Je pourrais alors me rendre dans la cuisine, faucher le filet dans laquelle ils étaient retenus prisonniers et les ramener dans ma chambre. Je les cacherais sous mon lit, peut-être, ou dans ma boîte à secrets, je ne savais pas encore, mais je trouverais bien quelque chose. Tout enjoué à cette idée, je me suis intitulé Chevalier des Oignons et j'ai passé le reste de la journée à jouer au héros secourant sa princesse.
   La nuit venue, j'ai attendu que minuit soit passé en lisant mon vieux livre de contes, puis je me suis faufilé sans bruit hors de ma chambre. J'ai fait bien attention à avancer sur la pointe des pieds en passant devant la porte de ma sœur – elle dormait dans le salon –, et puis j'ai tourné au bout du couloir pour entrer dans la cuisine. Et je me suis figé. Si le couloir baignait dans la lumière diffuse de la pleine lune grâce à ses deux fenêtres, ce n'était pas le cas de la cuisine. Je n'y voyais rien de rien, pas même ma main devant mes yeux, mais je ne pouvais pas allumer la lumière, de peur de réveiller ma sœur. Je ne pouvais pas non plus retourner dans ma chambre chercher ma lampe de poche, ç'aurait été tourner le dos aux monstres qui, je le savais, peuplaient la maison la nuit venue. Il fallait bien que je leur montre que je n'avais pas peur. J'étais un chevalier, désormais.
   Sans bruit, je me suis donc mis en quête du filet, tâtonnant de-ci de-là pour ne rien heurter par mégarde. Je me suis bientôt retrouvé devant l'évier – je le savais au plic-ploc tout proche du robinet – sous lequel, je le savais, se blottissaient les pauvres créatures que j'étais venu sauver.
   La porte du placard a grincé, quand je l'ai ouverte, mais pas très fort. J'ai attendu quelques instants, le cœur battant la chamade, mais aucun bruit de pas n'est venu briser le silence. Alors j'ai pris la grande poche avec douceur et je me suis prudemment relevé. C'est que c'est fragile, un cocon. Je suis resté un moment debout, à les regarder – j'y voyais un peu mieux, maintenant. Ils me rappelaient un peu le petit chat que j'avais une fois ramassé sur le bord de la route. Seul au monde et sans défense, il avait de grands yeux tristes. Mais j'avais à peine fait mine de l'emmener avec nous que ma sœur, déjà, brindille au bec, me disait de le laisser tranquille. Que dirait-elle, à présent, si mes oignons sortaient enfin de leurs cocons ? Elle ne pourrait pas les chasser, ça non, parce qu'ils chanteraient à nouveau, les chants seraient beaux et joyeux et entraînants et elle danserait avec moi. Elle arrêterait de pleurer et d'appeler Papa ou Maman quand elle croit que je dors.
   De petites pattes qui couraient le long de ma jambe m'ont brusquement tiré de ma rêverie. Les monstres ! je me suis dit. Je les avais oubliés ! Mais non. Ce n'était qu'une bestiole qui s'est aussitôt renvolée. Le mal n'en était pas moins fait : en sursautant, j'avais trébuché contre le pied de la table qui avait elle-même renversé un tabouret, mettant fin à tous mes espoirs de sauvetage discret. La lumière s'est allumée dans le couloir, le craquement léger du parquet s'est fait entendre, puis c'est la loupiote de la cuisine qui s'est réveillée, et ma sœur est entrée, les yeux rougis. En me voyant par terre, elle s'est précipitée sur moi, et moi, je me suis recroquevillé sur mes petits oignons pour bien les protéger de la méchante géante au rire cruel.
   Pourtant, quand j'ai relevé la tête, je n'ai vu de géante nulle part. Juste un visage inquiet et deux yeux un peu humides qui me regardaient sans comprendre.
   « Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as mal quelques part ? »
   J'aurais dû être en colère. L'accuser d'avoir assassiné des milliers d'oignons, de laisser des mouches dans la cuisine, d'avoir menacé de me peler dans mon rêve et de tous les maux du monde. Il paraît que c'est comme ça que fonctionnent les garçons. Mais c'était ma grande sœur, et malgré tout ce que je m'étais dit pour me rassurer, j'avais peur du noir, des bestioles et des mauvais rêves. Alors, le filet toujours serré dans mes bras, je me suis réfugié dans les siens, et je lui ai tout raconté.
   « Je pèle pas les petits garçons, elle a dit avec un gentil quand j'ai eu fini. Et encore moins mon petit frère. Je les mange avec la peau. »
   Mais je voyais bien qu'elle disait ça pour rire, alors j'ai rigolé avec elle. Et puis quand on s'est calmés, elle a repris :
   « C'est vrai, les oignons nous ont rien demandé. Mais ils sont pas plus innocents que nous, tu sais ? Eux aussi, pour manger, ils doivent éplucher tout plein de bestioles. Des fourmis, des fleurs, peut-être d'autres oignons, si ça se trouve. Et tout ça a sa propre chanson, les oignons chantent plus fort, c'est tout. Tout ce que tu peux faire pour eux, c'est les regarder droit dans les yeux – enfin, dans les pelures – quand tu abaisses le couteau, comme ça, ils savent pourquoi ils doivent mourir, et ils comprennent. Ils sont pas idiots, les oignons, ils savent bien que les enfants ont besoin de manger, et que si c'est pas eux qui y passent, ce sera peut-être un petit lapin. »
   Elle m'a bercé un moment, tout doucement et sans rien dire.
   On a plus mangé d'oignons pendant quelques jours. On les a sorti de leur filet, et on les a posé au soleil, en espérant que ça les ferait éclore. J'en ai mis un sur mon bureau, aussi, et je passais mes soirées à le regarder. Je voulais voir le premier à quoi ils ressemblaient sans leurs pelures.
   C'est arrivé une nuit où j'ai veillé tard. J'avais les yeux qui piquaient. Je les reposais depuis quelques minutes quand j'ai entendu le même genre de cric-crac que quand un poussin casse la coquille de son œuf. Je les ai aussitôt rouverts, soulevant les paupières avec difficultés, pour ne pas en perdre une miette.
    C'était un peu bizarre. Malgré le bruit, l'oignon ne se cassait pas du tout. Il s'ouvrait, plutôt, un peu comme une fleur. Les pelures se déployaient couches après couches comme autant de pétales, et ça a duré, duré encore et encore, parce que des couches, il y en avait des tas. Et puis finalement, la dernière s'est ouverte, et je me suis retrouvé nez à nez avec une petite fée. Enfin, elle ressemblait à une fée : elle avait une robe vert, des longs cheveux tous blancs et des ailes transparentes dans le dos. Mais elle n'avait pas de visage et sa peau avait la couleur du lait. Pire : elle a continué à se fissurer, comme l'oignon avant elle, et alors j'ai compris. Elle était elle même faite en pelure.
   Elle a levé la tête vers mois, soudain, comme si elle pouvait me voir, et comme si elle avait une bouche, elle s'est mise à parler d'une voix très triste.
   « Je ne pourrai jamais chanter... »
   Sa peau s'est fissurée, encore et encore, et moi je ne pouvais pas l'aider de peur de la réduire en miette. Et puis, bientôt il n'y a plus rien eu qu'un peu de poussière qui s'envola vers la fenêtre ouverte.
   Je me suis levé avec l'aube – je me souvenais d'avoir pleuré, mais pas de m'être endormi. Je suis allé réveiller ma sœur qui dormait encore, je lui ai raconté ce qui s'était passé en retenant cette fois mes larmes, tant bien que mal. Puis je lui ai dit que j'aimerais apprendre à les peler pour les aider – et puis, j'avais un peu honte de l'avouer, mais ça me manquait un peu d'en manger.
   « En plus, j'ai ajouté, ça doit les rendre encore plus tristes de voir les gens pleurer. Ils doivent penser qu'on les aime pas, qu'on les mange parce qu'on nous y oblige. Moi j'aime bien les oignons. Je veux pas pleurer. »
   Elle a souri comme une maman, un sourire chaud et fier, et puis elle m'a emmené dans la cuisine.
   « Le chewing-gum. C'est le chewing-gum le plus important. Il t'aidera à pas avoir les yeux qui piquent. Au début ce sera pénible à faire, un peu long, mais avec la pratique, tu iras plus vite et ils ne sentiront rien, tu verras. »
   Elle m'a donné un chewing-gum, j'ai pris le couteau, et j'ai pelé. Elle avait les mains sur les miennes pour me guider, mais même comme ça, je n'allais pas très vite. Je tremblais un peu au début, mais finalement, ce n'était pas si difficile. Je ne sais pas s'ils ont chanté, par contre – j'étais trop concentré pour les écouter. Sans doute que oui.
   Moi, en tout cas, je n'ai pas pleuré une seule fois.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #12 le: 19 septembre 2011 à 21:06:38 »
- Qu'on s'dépêche, mon r'pas m'attend!
- Vous savez, au Paradis, vous aurez tout l'infini pour manger
- J'ten ficherais du Paradis et d'ton infini




12) Vers l'infini


Tout commença lors d’une belle nuit d’été. La chaleur n’était pas excessive, de sorte que les habitants de la ville de D… dormaient sur leurs deux oreilles. La lune brillait dans le ciel et veillait sur les villageois. La forêt était calme, le vent ne venant pas troubler la quiétude du lieu. Le temps semblait s’être arrêté. Rien n’aurait du se passer cette nuit là.

Les gardes du château n’étaient pas les seuls à fuir le sommeil. Perdue dans son grand lit, les yeux grands ouverts, la jeune princesse Adeline regardait le plafond de sa chambre. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Tout en elle se mélangeait et l’adolescente n’arrivait pas à trouver la paix. Tant de questions, et si peu de réponses.

Que pouvait-elle faire ? Que devait-elle faire ? Ecouter son père où écouter son cœur ? Obéir à celui qui avait fait d’elle ce qu’elle était, ou fuir ce qui lui semblait être sa destinée ? Elle avait pourtant tout pour elle : de taille moyenne, la jeune femme était fine et ses cheveux châtains encadraient un visage décrit par beaucoup comme le plus beau du pays. Si sa beauté suffisait pour que les fils de paysans se retournent sur son passage, ce n’était pas tout : travailleuse, Adeline forçait l’admiration de ses précepteurs, de l’historien au maître d’armes.

Mais tout cela avait un prix : il y avait quelques jours, le fils d’un Comte bien en vue du Roi avait demandé sa main. Il n’avait fallu qu’une heure de négociations entre les deux pères pour que l’affaire soit entendue et le mariage arrangé, pour le plus grand malheur d’Adeline. Certes, le Comte n’était pas désagréable à regarder, mais sa suffisance et son arrogance agaçaient l’adolescente.

Adeline cligna des yeux et deux perles salées tombèrent de ses cils noirs, lui brouillant ainsi la vue. Il lui fallait prendre une décision cette nuit, elle le savait, mais tous les choix lui paraissaient mauvais. Rester et accepter son destin semblait être la meilleure, ou plutôt la moins pire des solutions : elle vivrait ainsi dans la richesse, et si chaque nuit elle devrait se soumettre aux envies de son époux, ce serait un moindre mal.

La princesse fronça les sourcils dans les ténèbres de sa chambre. A quoi pensait-elle ? N’avait-elle pas laissé assez longtemps les autres décider pour elle ? A bien y réfléchir, elle avait besoin de changement. Elle voulait découvrir les forêts du Royaume, et même celles des autres pays ! La jeune femme doutait que ces moments lui soient donnés si elle épousait le Comte.

Toujours indécise, l’adolescente se leva. Peut être l’air frais l’aiderait-il à faire un choix. Doucement, elle ouvrit la porte de sa chambre et sortit. Ses pieds nus sur la pierre froide ne faisaient aucun bruit et seul le bruissement de sa robe blanche venait troubler le silence. De temps à autre, elle croisait une garde qui la saluait avec respect, sans s’étonner de la sortie nocturne de la princesse.

Une fois dehors, Adeline fit quelques pas, puis inspira un grand coup. L’air froid pénétra dans les poumons de la jeune femme qui se surprit à sourire. Elle regarda le ciel parsemé d’étoiles. Que c’était beau. C’est à ce moment que son choix fut fait : elle partirait. Mais il fallait se dépêcher : la date fatidique approchait et les premiers invités seraient bientôt là, il serait alors impossible de quitter le château.

Partir maintenant alors ? La jeune femme était un peu effrayée, mais c’était là sa seule solution. Comment ? Les portes de la forteresse étaient fermées pour la nuit…il fallait soudoyer les gardes ! Un curieux sourire sur les lèvres, Adeline remonta dans sa chambre. Elle en redescendit quelques minutes plus tard, le corps enveloppé dans un manteau noir, la tête dissimulée par un capuchon. Elle tenait à la main une bourse bien remplie, mais qui ne tarderait pas à s’alléger.

La princesse fit un détour par la salle d’armes où elle récupéra un arc, des flèches et une épée, puis elle se dirigea vers l’écurie afin de prendre sa jument, Analis. Elle réapparut sur le dos de l’animal, prête au départ. La jeune femme hésita encore un instant. Etait-ce vraiment le bon choix ? De toute façon, il était trop tard pour reculer.

Quand elle arriva au poste de garde, deux soldats s’avancèrent. La princesse leur tandis à chacun une petite bourse et ils consentirent à ouvrir les portes. Adeline fit faire quelques pas à sa jument, puis se retourna pour contempler une dernière fois le château de son père. Enfin, elle talonna Analis et disparut dans la nuit.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #13 le: 19 septembre 2011 à 21:08:02 »
- ENCORE! MAIS AVEC TANT D'DONZELLES ON Y ARRIVERA JAMAIS!
- ....




13) La dame blanche

… Qui aura lieu ce soir, le vingt mars. Et voilà, il est trois heures trente du matin et vous écoutez Radio Machin, la radio qu’elle est trop bien. Et maintenant, en exclu, juste pour vous, le nouveau tube de Lorie. Youpiiii !
D’un geste précis des doigts, la radio s’éteignit. En une fraction de seconde, la voix suave du présentateur disparut, au profit du frottement monotone des roues et de la pluie éclatant sur le pare-brise. Marc était seul. Il venait de quitter la maison de ses amis. La soirée avait été bonne. Les seuls bémols, c’étaient cette longue route qui n’en finissait pas et ce mal de tête qui lui donnaient envie de rentrer chez lui le plus vite possible. Et la perspective de conduire en pleine nuit ne le réjouissait pas. Il s’alluma une cigarette et tout en fredonnant, il maintenait le volant de sa seule main libre. L’air frais l’aidait à ne pas s’endormir et malgré cela, il crut pourtant rêver pendant quelques secondes. Mais non, il y avait bel et bien une auto-stoppeuse qui lui faisait signe de s’arrêter. Ce qu’il fit.
Arrivé à sa hauteur, il distingua ses traits : belle, la trentaine environ, vêtue de blanc des pieds à la tête.
Parfait, se dit Marc. De quoi finir la soirée en beauté.
- Je vous dépose quelque part ? demanda-t-il en arborant son plus beau sourire.
- Je vais chez ma mère, pas loin d’ici, répondit la femme, sans conviction.
Elle posa son regard sur l’automobiliste mais elle avait l’air de regarder à travers, comme s’il n’était pas là. Son air triste contrastait avec ses habits. Elle s’installa sans attendre de confirmation. Marc jeta sa cigarette et appuya sur l’accélérateur. Après quelques secondes, il lança un coup d’œil à son étrange passagère. Elle ne disait rien et se contentait de fixer la route.
- Hem… Donc, vous allez chez votre mère ? fit-il.
- …
- Bah, de toute façon, c’est sur ma route, je suppose.
- …
- Je m’appelle Marc. Et vous ?
- …
- Vous n’êtes pas très loquace, hein ? Remarquez, avec ce temps de chien, ça ne m’étonne pas. D’ailleurs, c’est marrant, même pas cinq minutes avant de vous voir, il faisait beau.
- Attention… Bientôt.
- Ha, ben enfin. Je commençais à m’emmerder, moi. Donc, vous faites quoi dans la vie, sinon ?
- …
- Super… C’est une caméra cachée ou quoi ? Je vous préviens, je tomberai pas dans votre jeu.
- Le carrefour, non !
La femme s’agita quelques instants puis ses yeux s’agrandirent.
- Vous n’êtes pas bien ? Ouais, non, en fait je vois ce qu’il y a. Quelqu’un a balancé un truc pas cool dans votre verre et vous êtes stone. Le vieux truc…
Il se mit à rire et constata que la jeune femme tremblait de plus en plus.
- Attention. Le carrefour !
- Ha oui, tiens. On est déjà là. Attention au carrefour, vous dites ? Pourquoi ? Un poulet va traverser la route, fit-il en riant. Mais pourquoi le poulet traverserait-il la route, hein ?
- Attention. Danger !
- Meuh non, y a pas un chat à cette heure-ci. Et voulez-vous bien arrêter d’arracher mon fauteuil s’il vous plait ? Je vais mettre la radio, ça va vous calmer.
- Morte… Ici. Attention, le carrefour ! hurla-t-elle.
- Oui, oui, c’est bien. Votre mère va vous massacrer si elle vous voit dans cet état. Vous êtes sûre de ne pas vouloir m’accompagner ?
- JE SUIS UNE DAME BLANCHE, IMBECILE !
- Une dame blanche ? Maintenant ? Si vous voulez mais je vous préviens, le chocolat chaud, ce n’est pas ma tasse de thé.
Il ne put s’empêcher de s’esclaffer et la femme lui décocha un regard intrigué, un très léger sourire sur les lèvres.
- Quoi ? Bon, elle habite où votre mère ?
- Je… Ce n’est pas possible.
- Quoi ?
- Nous avons passé le carrefour. Et je suis toujours là.
- Oui, et moi aussi. C’est dingue, hein ?
- Mais je devrais disparaître. Et hanter une autre voiture. Et vous, vous seriez épouvanté, occupé à téléphoner à la police et tout ça. Que s’est-il passé ?
- Pour être franc, je pensais à de l’ecstasy au début, mais là je ne sais pas. A votre place, je changerais d’amis.
- Arrêtez avec ça. Je suis morte, je vous dis. Je n’ai plus d’ami. Arrêtez-vous.
- Ici ? Au milieu de nulle part ? Vous allez pas mieux disparaître si on s’arrête, hein.
- Mais… Je dois partir. Je dois prévenir les autres conducteurs.
- Ouais, c’est ça, je commence à comprendre, fit Marc en s’arrêtant. Ok, vous êtes une dame blanche, vous prévenez les gens qu’un danger les guette et tout ça. Mais moi j’y vois autre chose. En fait, vous jouez de vos charmes avec votre robe trop courte, vous vous faites conduire où bon vous semble par des pauvres types et d’un coup vous vous tirez sans même dire « Au revoir » ni « Merci ». Profiteuse, sortez de ma voiture !
- Mais je suis là pour vous éviter des accidents. C’est le rôle des dames blanches !
- Ouais, et moi je suis une crème brûlée. Barrez-vous !
La jeune femme s’exécuta et aussitôt Marc redémarra. A peine eut-il avalé quelques mètres qu’un camion le frôla. Il eut tout juste le temps de se déporter sur la droite et il finit sa course à quelques centimètres d’un arbre. Il fit rapidement marche arrière et il s’arrêta à la hauteur de l’auto-stoppeuse.
- Heu, dites, finalement… Si ça ne vous dérange pas, il y aurait moyen que vous m’accompagniez jusque chez moi ?
Pour toute réponse, la jeune femme se volatilisa dans un nuage de poussière en ricanant.
Marc se réveilla avec une douleur au crane. Sa voiture était embourbée dans un champ, non loin de la maison de ses amis. Alors qu’il se posait des questions sur cette étrange soirée, il aperçut une lueur blanche dans le ciel. Il sourit béatement, convaincu d’avoir assisté à une expérience extraordinaire, et il fit des grands gestes envers ce halo.
Et il ne remarqua même pas les nombreux passants qui se moquaient de lui, tandis qu’il saluait le soleil de la main.
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Re : Blind Text 8: L'Empire du MdE
« Réponse #14 le: 19 septembre 2011 à 21:09:40 »
- V'là l'dernier, dépêche-toi moussaillon
- Je suis l'interlude
- T'aurais pas pu t'montrer plus tôt?




14) Interlude vivant

Un monde au lent mouvement qui se déroulait devant les lueurs des étoiles. Il y avait, dans l’espace, des planètes, des soleils, des comètes, des météorites. Parfois faits de glace, parfois de terre, de gaz même, brûlant continuellement ou s’éteignant dans le vide cosmique. C’est un monde qui n’avait d’autre but que d’être là, présent, d’être beau. Mais à quoi bon la beauté quand rien ne peut l’admirer ? Ils ne savaient pas, ils n’y pensaient pas. Ils ne pensaient pas. Leur vie n’en était pas une. Chacun de ces corps célestes poursuivait la même route, et même sans cette étincelle qui leur donnerait la vie, ils communiquaient, échangeaient et s’influençaient les uns sur les autres. Mais il existait, quelque part dans l’infini, un fragment d’un autre monde, d’une autre facette de l’univers, le souvenir de la pire erreur de la création. Mais après la catastrophe, après « l’Apocalypse », cette planète avait péri, et le monde avait pu retrouver sa paix.
Dans les rumeurs silencieuses du firmament, cette carcasse, cette épave avait été le laboratoire de la vie, qui a été appelé un jour Terre. Elle n’avait rien de particulier, grande comme trois pommes, entourée de semblables, sans vie, sans âme, sans rien qui ne puisse en faire quelque chose de remarquable. Pendant longtemps, elle tourna, et tourna encore, sans se douter que murissait sur sa peau le germe d’un mal dont elle ne survivrait pas. Et, sans prévenir, la vie s’immisça. Elle se développa et la rongea de l’extérieur, dans ses lacs et ses mers, poussant de plus en plus profondément au sein de celle qui avait malencontreusement portée la vie. Personne dans l’univers ne savait ce qu’était cette sensation de porter un être vivant en soi. Elle était la première mère de l’univers, et elle devait être la seule. Bien que ce mal la plonge dans une profonde souffrance, en aucun point morale et physique, elle ne pouvait s’empêchait de protéger la vie, de la nourrir et de la faire grandir. Seule face au reste de l’univers, elle se faisait un devoir de porter le fruit de sa création. Les autres corps de l’espace continuaient leur continuelle ronde, sans se soucier du sort de leur congénère.
Mais comme tout enfant, la vie prit un jour son envol, et peu à peu, se détacha de sa génitrice. Et créa du même coup la mort. Tout ce qui existait devait mourir, et la malheureuse pleurait ses enfants les uns après les autres, sachant pertinemment qu’elle ne connaitrait jamais ce malheur, car pour mourir, il faut déjà vivre. Elle est devenue la première et la seule orpheline de l’univers. Car nulle part ailleurs dans l’univers silencieux, la vie n’avait trouvé sa place. Les astres et les lunes disparaissaient bien sûr, mais ne mourraient pas. Ils n’étaient que poussières d’étoiles, roches, gaz, feu, glace. Ils ne savaient pas ce qu’était la douleur, et ne se posaient aucune question. Ils ne vivaient pas dans la peur car rien ne pouvait les ébranler dans leur vide. Ils ne vivaient pas, tout simplement, se contentaient d’être présent. Mais la Terre, sans pour autant vivre, souffrait de la souffrance dont elle était l’origine. Et elle était seule. Elle n’avait pour seul auditoire que les petites choses qui parcouraient son enveloppe, trop malingre pour comprendre qu’un autre monde s’ouvrait autour d’eux.
La vie continuait son chemin, s’éloignant de plus en plus de celle qui l’avait fait naître. Puis, alors que la Terre pensait qu’elle ne pourrait jamais retrouver ses enfants, ces derniers se tournèrent vers elle. Elle crut qu’ils avaient enfin compris, et qu’ils lui prêteraient un peu de l’étincelle qui les animait. Mais ils l’écorchèrent et la creusèrent de toute part. Elle devint la première esclave la première martyre de l’univers. Les êtres qui fourmillaient et la battaient ne se rendaient pas compte du mal qu’ils causaient. Ils ne cherchaient que leur profit et la survie de leur petite existence. Ils se servaient de ce qu’ils pensaient être entièrement à leur service, et qui n’avait pour seul but que de leur procurer nourriture, bois, matériaux, pillant les richesses que la planète contenait. Et plus ils creusaient, plus leurs outils faisaient mal. Après les petits bâtons desséchés, il y eu la pierre, et même les os, ensuite les métaux qui prirent au fur et à mesure des formes diverses, des pointes aiguisées, des piques meurtrières, faisant couler un sang de pétrole sur le monde. Bien souvent, les êtres de vie se donnaient eux-mêmes la mort, pour des raisons qui échappaient entièrement à tout le reste de l’univers paisible et silencieux.
Cependant, la haine était comme un poison, se diluait dans l’air et se propageait dans chaque chose qui entrait à son contact. Chaque être vivant ne souhaitait que la mort de tout le reste. La terre elle-même sentit dans les profondeurs de sa chair de roche, pour la première fois de son existence, un frémissement meurtrier. Elle ne désirait que se débarrasser du mal qu’elle avait porté en son sein, élevé, qu’elle avait vu mourir et qu’elle aurait pleuré si elle l’avait pu. Elle brûlait de l’intérieur d’un feu qui n’avait rien à voir avec les autres planètes : elle brûlait de vengeance, d’un désir ardent de tout détruire. Á aucun moment, les êtres vivant ne s’étaient doutés du malheur qui bouillonnait sous leurs pieds. Et quand bien même ils auraient essayés, ils n’auraient pu éteindre la flamme qui léchait dangereusement la vie. Puis la Terre explosa. On ne saurait dire quand puisque dans le monde des astres, il n’y a ni passé ni futur. Elle fut le premier et le dernier corps céleste à avoir pris une décision, à avoir vécu par procuration, à avoir affronté la mort. Le spectacle était fini. A présent, dans ce maintenant éternel, l’immobilité était revenue, et le silence avait repris sa place au cœur de l’univers.
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