Le Monde de L'Écriture

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » La Marmite » Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde

Auteur Sujet: Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde  (Lu 2175 fois)

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Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« le: 26 avril 2011 à 17:22:18 »
Plop à tous !


"7 (sept) est l'entier naturel suivant 6 et précédant 8."

Merci Wikipédia  :huhu:


Bref, voici donc la septième édition du fabuleux Blind Test qui vous mènera je l'espère jusqu'au septième ci... art ! Hé oui, ce soir on aura l'honneur d'opter pour le thème du cinéma (ce qui me laisse donc un large choix de trucs et machins pour les présentations des textes  :mrgreen: ) ! Qu'on se le dise. Afin d'égayer tout cela, dix-huit magnifiques textes ont été écrit par en tout... 14 auteurs. Mais attention, car si certains ont été écrit honnêtement par un auteur solitaire, d'autres sont le fruit d'une collaboration machiavélique entre deux (ou plus) écrivains qui le sont sûrement tout autant. Et certains fourbes ont bien sûr usé leur plume afin de grossir leur nombre de textes. D'autres n'ont rien écrit en solo. Dès lors, un auteur a écrit beaucoup de textes (mais un seul en solo) - je ne peux en dire plus sous peine de trop dévoiler, un autre a créé 3 textes solos, un autre en a deux en solo à son actif.  Deux auteurs ont écrit un texte seul et un autre en coopération. Quelqu'un a participé à trois collaborations sans rien écrire d'autre tandis que trois auteurs ont seulement participé à deux collaborations. Treize textes solos ont vu le jour à l'occasion de ce BT. Trois collaborations à quatre mains ont été écrites ainsi que deux textes à dix mains se promènent bras dessus, bras dessous (je sais, c'est difficile à imaginer). Bref ;


Résumé


Les 14 auteurs

Ambrena
Ambriel
Ernya
Jezy
Kailiana
Kathya
Krapoutchniek
Leia
Loredan
Milora
Nasnas
Rain
Zacharielle
Zephyr

Les 13 textes solo

5 textes écrits par cinq auteurs différents qui n'ont rien écrit d'autre
3 textes écrits par un même auteur qui n'a rien écrit d'autre
2 textes écrits par un même auteur qui n'a rien écrit d'autre
2 textes écrits par deux auteurs différents qui ont aussi écrit chacun un autre texte en collaboration
1 texte écrit par un auteur qui a aussi participé à beaucoup de collaborations

Les 5 collaborations

3 textes à 4 mains
2 textes à 10 mains
4 auteurs qui n'ont pas écrit de textes en solo
Un(e) fourbe qui a beaucoup collaboré


Et voilà de quoi vous triturer les méninges. Cherchez, devinez et devenez le maillon fort  :mrgreen:


Les textes :

Solos :

1) Beasties
2) (Pas de titre)
3) L'agent
4) Les voix dorées
5) Tout ce temps passé
6) Les ballons roses
7) Zacharia
8 ) Le petit conte des lanternes
9) Perfide coco
10) Jardin d'ailleurs
11) Un avenir radieux
12) Le trouvère
13) Hérédité mortelle

Collaborations

1) Maudit goudron
2) Basile
3) Distractions
4) Fable pascale
5) La voix du sommeil



PS : Petit rappel des règles de ce BT

PPS : L'ordre des textes a été tiré au sort grâce à un script  :D



Edit : Pour le comptage des points, je compte un point par texte solo ou coop écrit par celui qui donne des réponses  :huhu:
« Modifié: 29 avril 2011 à 20:08:59 par Krapoutchniek »
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #1 le: 26 avril 2011 à 17:36:53 »
Textes solos



- And the fiiiiirst oooone iiiiiiis... Hello. How are you ?
- Mmmh, fine.
- Really ? I'm not sure. Who are you ?
- Beasties. Dark and doomed beasties.
- Ho, I like Nazguls too !




1) Beasties


Ah know. Noe one thinks that ah can tell stories proper’ly. Thei all say that ah am a gypsy kid, a wicked witch. Wicked, ah am. How no ? But ah don’t lurk in the dark as thei had told ye. That’s wrong. Ah’m a good girl, for sure.

Big black mouths snaring outwith, deep holes wild open, thei stay here. Staring at ye, chasing at ye. An’ ye know, thys is nott a dream. Ah swear it.

Noe one‘s going to come an’ tell ye that yuir journey is over, that ye can rest. Thys will never end. Never. Just the same nightmare every night, all the day long. Beasties searching ye.

It’s hopeless. Noe one could ever think of such a thing. But this is how the world uses to be. Nott a very funny business indeed, if you want my thought. But well, ye see, I’ve managed to tell ye, to warn ye.

The day has come, my dear. Ah know that Death is hot on my track. It – she, for she’s a girl, a lovely girl who smiles and smirks and laugh – she searches me, lurking in the dark.  

Beasties, wild beasties, coming after me.

It’s your shot noo. Och aye the noo. Kill them noo.

Just remember. Wild black mouths, big deep holes. Ghost or appearances, ah don’t know. Just kill them noo.
« Modifié: 26 avril 2011 à 18:07:09 par Krapoutchniek »
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #2 le: 26 avril 2011 à 17:50:40 »
- Ho, qui vois-je arriver là ?
- Je ne sais pas.
- C'est le titre ça ?
- Non, je n'en ai pas.
- Ha ? Un texte issu de deux mondes, sûrement.
- Quoi ?
- Non, rien.




2) (Pas de titre)

Loin dans le nord, dans un petit village, vivait un marchand. C’était un homme sec et cassant comme une vieille branche, avare en amour. Les villageois disaient même qu’il n’avait jamais touché sa femme de peur qu’elle ne mette au monde d’autres bouches à nourrir.

Un jour de fin d’automne, cet homme partit vendre ses étoffes à l’étranger, laissant sa femme seule pour s’occuper de la maisonnée. L’hiver était froid et les sous s’effeuillaient comme les arbres. Cloîtrée chez elle, la marchande tenta d’économiser et la soupe et sa solitude. C’était une bien belle femme, les cheveux lui descendaient jusqu’aux hanches. Bien des hommes auraient été heureux d’être son mari, le palefrenier le premier. Cela faisait longtemps qu’il attendait que la couche soit vide. Avec le froid, la gêne, le manque de chaleur humaine, il pensait que la pauvre femme ne résisterait que deux semaines. Elle tint bon.

Mais un jour, en manque de bûches et d’air, elle osa sortir de chez elle pour aller ramasser quelques fagots. Il neigeait, le ciel était perlé de points blancs. Elle avait toujours aimé la neige. C’est alors qu’une idée étrange, qui semblait venir de loin, la saisit tout à coup. Elle ouvrit la bouche et avala un flocon. Il était étonnement sucré.

Quelques semaines plus tard, le ventre de la marchande s’arrondit. Et lorsque son mari rentra, personne ne voulut croire en un Saint Flocon. La malheureuse supplia, argua la faiblesse de son état, mais le marchand fut intransigeant. Il flanqua à la porte celle que tout le village, le palefrenier le premier, appelait putain. Elle partit donc et traîna son gros ventre de portes closes en portes closes. Elle atterrit finalement dans un autre village, qui était plus peuplé et plus conciliant que le sien. L’épicier du village accepta ses services et lui donna un logis au nom de la charité chrétienne. Quelques mois plus tard, elle accoucha d’une petite fille et lui donna le nom de Snöflinga.

La petite fille grandit bien à l’abri dans la masure. Elle ne sortait que rarement et jamais bien loin parce qu’elle était de constitution fragile. Sa peau, blanche comme la neige, ne supportait pas les grosses chaleurs, elle s’étiolait. La mère, qui savait combien sa fille s’ennuyait toute seule, se désespérait de ne pouvoir lui trouver un compagnon de jeux.

Mais un jour, un garçon d’une douzaine d’années se présenta au village. On pouvait voir la fatigue et la faim dans ses yeux. Ce fut le curé du village qui s’occupa de lui les premiers jours. Sa mine et sa gentillesse plurent à la marchande. Elle lui proposa de l’adopter. Le garçon accepta dès qu’il sut qu’elle avait une petite fille malade.

Les deux enfants se plurent très vite. Comme le temps était hivernal, ils pouvaient aller jouer dehors sans risques pour Snöflinga. Le garçon veillait à ce que sa nouvelle sœur ait toujours le sourire. Les larmes peuvent tuer, parfois. Il avait beaucoup d’idées pour la faire rire, et ensemble, ils jouaient de nombreux tours aux autres villageois. Mais comme ce n’étaient que de pauvres enfants, on ne les grondait pas.

Un matin, Snöflinga voulut faire un cadeau à son nouveau frère. Elle savait qu’il aimait les bonnes grosses miches de pain toutes chaudes. Alors un matin, elle partit seule chez le boulanger. L’odeur était alléchante, la petite fille s’approcha un peu trop près du fournil. A peine eut-elle effleuré la croûte de la miche, qu’elle se sentit glisser peu à peu dans le sol, comme si ses pieds, ses jambes, son corps et le sol ne faisaient plus qu’un. L’odeur était si agréable… Lorsque le boulanger la découvrit, elle n’était plus qu’un corps tout flasque auprès d’une miche de pain. Il rapporta, consterné, le cadavre à la mère. Inconsolable, celle-ci reprit sa route, tirant sa fille sur un charriot. Le garçon suivait le cortège funèbre, il n’avait pas dit un seul mot ni versé une seule larme. Ils l’enterrèrent dans les régions du nord, là où il ne fait jamais chaud. Ils restèrent dans les environs, ne sachant où aller, ni comment combler leur peine. La mère ne survécut que quelques semaines à sa fille, elle mourut lors d’une grande chute de neige. Telle semble être l’histoire de Snöflinga, la fille flocon de neige.

Certains murmurent toutefois, et j’ai bien envie de les croire, que Snöflinga n’est pas réellement morte et qu’elle est sortie de la glace peu de temps après son enterrement. On dit même qu’on peut apercevoir sa silhouette blanche jouer avec un petit garçon quand les sapins floconnent.
« Modifié: 26 avril 2011 à 18:07:16 par Krapoutchniek »
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #3 le: 26 avril 2011 à 18:12:55 »
- Et voici notre troisième candidat. L'agent 212, je crois ?
- Non, 12.
- Ha oui, L'agent quoi.
- Nous sommes partout.
- Ha bon ? En attendant, vous êtes ici.





3) L'agent

«  Myriam Deith ? »

La rencontre avec l'agent 12 laissait des séquelles, et les yeux perdus de Myriam Deith parlaient pour elle. Son regard papillonnait, virevoltait d'un angle à l'autre, s'attachait à des détails inexistants dans cette pièce aux murs capitonnés, et me transperçait parfois par inadvertance, comme si elle avait été résolument incapable de me voir.

J'attendis, mais rien ne vint. Ses doigts effleuraient la table comme la neige épouse le sol, dans une tendresse affectée. Si elle avait eu un clavier, aurais-je pu déchiffrer le message indolent qu'elle répétait sans cesse, ou n'était-ce qu'un embrouillamini de combinaisons ineptes ? Je n'avais jamais cru au hasard. Je patientai encore quelques minutes, mais rien ne semblait indiquer que cette valse hypnotique pût s'achever un jour. Une voix interrompit mes réflexions, me ramenant sur le chemin de la raison.

« Laisse tomber, ça fait jamais que trois jours. »

Je hochai machinalement la tête aux paroles de Jack. S'il était sot de répondre par un geste à un message vocal reçu par oreillette, je ne m'en privai pas : c'eut été le comble que Myriam Deith me prit pour fou. J'abandonnai alors la partie sans un mot d'adieu, laissant la pauvre fille à sa table dégarnie sur laquelle elle tapotait comme si sa vie en dépendait. J'eus pour elle un dernier regard, et celui-là, j'aurais juré qu'elle me l'avait rendu.

Ma vision se brouilla, mon esprit s'allégea d'une tension que je ne remarquai qu'alors qu'elle s'effaçait, tel un bruit de fond tenace. J'avais l'âme aux prémices d'un rêve placide, le courage de tout faire et la volonté de ne rien entreprendre. Il me fallait partir mais un doute me saisit, et sans que je pus saisir la raison de mon hésitation, je m'entendis demander :

« Vous sentez vous... changée d'une quelconque manière ? »

Elle s'était arrêtée, index résolument pointé sur la table, plaquant l'accord final d'une mélodie muette.

« Oui, je crois. »

Il y avait dans sa voix une assurance troublante. Bravo, elle venait de tomber dans le piège le plus  grossier qui soit, une sotte private joke du service, qui consistait à s'enquérir de l'état des victimes. Le principe relevait du bon sens : à quoi bon passer par toute une batterie de tests complexes et onéreux si l'on avait pu identifier facilement les individus transformés ? Ceux qui s'en sortaient indemnes se voyaient réincarcérer avec une réduction de peine. Ceux qui se trouvaient, modifiés, eux, ne revoyaient jamais la lumière du soleil.

Adieu, Myriam Deith.
La porte renforcée se referma derrière moi, suivi par le cliquetis rassurant d'un verrou.

Ainsi que le protocole l'exigeait, et même si son sort était scellé, je retournai voir Myriam de loin en loin. La première fois, je la trouvai semblablement installée, à meurtrir de douceur la table lasse et je n'en tirai rien de plus.

A la seconde de mes visites, elle était prostrée dans un coin de la pièce. Ses lèvres s'agitaient, ses yeux se perdaient dans la contemplation de quelques inscriptions invisibles connues d'elle seule. Mu par un instinct tout aussi inexplicable, je vins m'adosser contre le mur à ses côtés, mais j'eus beau suivre son regard, je ne trouvai rien de plus que la morne grisaille d'un matelas sans âge sur lequel rien ni personne n'avait jamais déchaîné sa folie.

« Qu'y a-t-il ? »

Bien qu'il n'y eut jamais de véritable consensus, mes professeurs m'avaient toujours recommandé de privilégier l'économie à la clarté. Les êtres modifiés ne répondaient que rarement aux sollicitations complexes.

« J'ai aimé ce qu'il y avait de nuit dans ces fragments de poussière. Sur les murs d'oubli j'ai retracé les routes qui mènent aux origines. J'ai retrouvé ce que j'étais, pour m'en priver, il n'aurait point fallu m'enfermer avec moi-même. »

Elle m'adressa un sourire d'absolue connivence.

« L'autre jour, qu'avez-vous vu ? »

Car c'était bien cela qui m'intéressait, l'aboutissement de mes recherches, mais je n'obtins aucune réponse. Je renonçai.

J'aurais plus de chance la fois suivante, songeais-je, lorsqu'Alexei Kiliun me rattrapa dans les couloirs. J'avais toujours détesté ce type. Imbu de la noblesse de sa tâche, il semblait intimement convaincu qu'assurer la sécurité du complexe lui donnait tous les droits.

« Damlith. »
Je soupirai intérieurement. Il fallait toujours qu'il m'appelât par mon nom.
« La situation est grave, nous avons des raisons de penser qu'un des agents s'est échappé. »

J'eus un moment d'arrêt, me demandant où il voulait en venir, sinon à me demander d'accomplir son boulot à sa place ?
« Damlith, je ne voudrais... Vous n'avez rien remarqué d'inhabituel ?
- Non. » lâchai-je.

Il y avait dans son regard sombre une crainte inhabituelle qui m'irritait au-delà de ce que je pouvais raisonnablement afficher.
« Vraiment ? Vous ne connaissez pas Myriam Deith. Comment pouvez-vous être certain qu'elle ne soit pas elle-même, un agent ? »

Je hochai les épaules. Je le savais, c'était tout. Il dut s'apercevoir que j'étais d'humeur aussi enthousiaste que loquace car il jugea préférable de me laisser tranquille. J'eus maintes fois l'occasion de le maudire par la suite : il avait semé le doute dans mon esprit. Je dormis mal cette nuit-là.

Je retournai voir Myriam avec l'esprit orageux des tempêtes à venir.

« Nous nous ressemblons, vous et moi. »

Elle m'avait accueilli par ces mots sans même me regarder tandis qu'effaré, je dévisageais ses joues creuses et sa silhouette efflanquée. Elle semblait à demi-assoupie et ne m'accorda pas davantage d'attention. J'ignorai sa remarque.

« Myriam êtes-vous l'agent 12 ? »
Silence.

« Myriam, l'êtes-vous ?
- Je ne sais plus. J'avais des certitudes, elles se sont envolées. »

Cela paraissait la peiner. Je m'efforçai d'ignorer l'écho que ces mots trouvaient en moi. Lorsque je ressortis, j'eus la mauvaise surprise de constater qu'Alexei m'attendait.

« Damlith, suivez-moi. »

Il y avait dans son intonation une menace qui ne m'inspirait guère, mais j'étais tellement habitué à le haïr que je ne m'en méfiai pas. L'on me jeta sans ménagement dans une cellule que j'identifiai, non sans ironie, analogue à celle de Myriam. Il me fallut chercher la chaise à tâtons pour m'y avachir, de guerre lasse.

Je m'étais toujours demandé ce à quoi Myriam et les autres sujets que j'avais étudié pouvaient passer leur temps. L'ennui m'effrayait plus que l'isolement. J'avais pris l'habitude de travailler en solitaire, de rendre mes rapports à mes supérieurs tous les mois. Je m'enfonçai dans un rêve sans sommeil où les hypothèses s'emmêlaient détestablement.

« Vous sentez-vous changé d'une quelconque manière ?
- Va te faire foutre, Jack. » maugréai-je, en émergeant difficilement.

Il eut un sourire, fugace mais sincère. Le silence s'installa. Je le rompis rapidement, il me vrillait les tympans.

« Tu peux rien pour moi. S'ils ont décidé que j'étais nuisible... »
J'eus un geste d'impuissance.
« Je sais.
- Qu'est-ce que tu veux ? Tout ce qui est à moi est à toi. »

A sa mine peu fraîche, j'en déduisis que je lui mâchais le travail autant que je le poussais dans les orties.

« Si tu rencontrais l'agent...
- Je tiens à ce qu'il me reste de cervelle, j'ai encore toute ma tête.
- C'est ce que tu crois. Si tu ren...
- Et je saurais comment, si c'est Myriam ou pas, hein ? »

Je détestai l'idée de me passer les nerfs sur un bon collègue, mais vu la situation, je m'arrogeai le droit d'être irritable.

« Tu le saurais pas. Mais nous si. Si l'agent est resté à sa place, tu reviendras changé, inéluctablement. »
J'acquiesçai sans l'interrompre. On épargnait généralement à toutes les « victimes » des agents une seconde confrontation et on s'assurait qu'ils n'avaient jamais eu de contact avec des êtres simplement transformés. Rien n'avait jamais démontré que ceux-ci laissaient tout à fait indemne. Avec tous ceux que j'avais rencontré dans ma vie, je n'avais que peu d'espoir d'en réchapper, à moins d'avoir toujours possédé une résistance particulière à leur influence. C'était sur cela que pariait Alexei lorsqu'il m'accusait d'avoir rencontré l'agent en la prétendue Myriam Deith.

« S'il y a eu un quelconque « échange », tu t'en serais plutôt bien sorti, assez pour te remettre d'une rencontre avec « juste » Myriam. On saurait à quoi s'en tenir... J'avais pas qu'une vie, moi, j'avais une famille... »

J'aurais aimé qu'il soit qu'un putain d'égoïste, un vrai de vrai, une honnête crapule. Mais Jack m'avait déjà tiré de quelques embrouilles, et si ça suffisait pas à m'en faire un ami, c'était assez pour que je sache que lui ne mentait pas. Moi j'étais qu'un vaurien dans l'âme, je voulais bien qu'on soit deux à souffrir dans la solitude morbide d'une cage d'un gris uniforme, même si on se parlait plus jamais.

J'acceptai. Quitte à mourir entre quatre murs, j'avais besoin de réponses. Je sus qu'au dehors, j'avais acquis l'aura des martyrs.

Je n'eus que peu à attendre, je n'étais sûrement pas le seul à vouloir tirer cette affaire au clair. La porte du sas gémit, protestant contre le manque d'entretien évident dont elle faisait l'objet. J'avais eu droit à une lampe, bien que je n'eus que peu à découvrir, les murs matelassés gris m'étaient désormais douloureusement familiers.
 
Une jeune fille m'attendait, accroupie, les bras sur les genoux, la joue collée sur sa main gauche.
« Je suis Myriam Deith. »

Il me fallut plusieurs secondes pour intégrer l'ampleur de cette révélation dans toute sa contradiction. Elle eut un rire bref et se redressa, révélant une silhouette frêle et osseuse.

« Non, n'ayez crainte, Alexei n'aurait jamais une telle idée. Il faudrait la lui souffler pour qu'il y pense. »

Cette vérité-ci balaya sans effort la première, s'imposant dans ce qu'elle avait d'incontestable et d'incongru. Je dévisageai la gosse au teint livide et aux cheveux épars. Ma lampe faiblissante peinait à illuminer ses traits encore juvéniles et ornait ses yeux fuyants d'un éclat brillant.

Quand tout cela sera fini je ne serai plus moi-même ?

Les mots résonnaient dans mon esprit sans que j'ai besoin de les prononcer.

« Je vous laisse le choix, ils me méprisent autant qu'ils vous méprisent.
- Comment pouvez-vous parler de choix ?
- Ce sont eux qui vous ont emprisonné, pas moi. Hors de ces murs je serais libre. »

Et moi donc ! Si j'avais pu encore partir je ne m'en serais pas privé. Je me détournai, et ce faisant, éclairai le mur côté porte que j'avais négligé, révélant de sombres inscriptions d'un rouge passé.

« Ne partez pas. Bientôt vous ne serez plus vous même. Venir était une nécessité qu'il ne vous faudra pas reproduire au hasard. »

Je ne trouvai rien à répondre, tétanisé par la fresque murale, horrifié par les coulures rouges craquelés qui s'achevaient au sol en une ligne uniforme.

« Je vous en supplie, prenez ma place, murmura l'enfant.
- Je ne peux pas, je ne comprends rien à tout cela. »
Je balayais d'un geste vague les écœurantes arabesques de sang.

« Vous avez appris à oublier, appris à vous cacher. Si je ne craignais de faire de même, je vous maudirais. »

Ma logique se mourrait. Les mots me coûtaient autant qu'ils me fuyaient.
« Ils vous arrêteront.
- Non, pas cette fois.
- Vous auriez pu prendre sa place.
- Je voudrais votre approbation. Myriam n'est pas l'une des nôtres. »

Ses yeux me suppliaient.

« Comme si j'avais le choix ! »
Je hurlai, et ma colère se dissipa du même coup que ce qui m'entourait.

J'étais encore là. J'allai partir. Myriam Deith me regardait, j'en avait la certitude à présent.
Mes yeux se détachèrent des siens. Il y avait un message dans les gestes confus de la prisonnière, un message qu'il me semblait avoir compris. La gorge nouée, je demandai :
« Vous sentez vous... changée d'un quelconque manière ? »

Et plus tard, je savais qu'Alexei Kiliun découvrirait sur son bureau un petit papier plié qui dirait « Prenez garde, Myriam Deith est l'agent 12. »
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #4 le: 26 avril 2011 à 18:27:15 »
- Le pauvre...
- Qui ?
- Ha ! Comment m'avez-vous entendu ?
- Sais pas, une sorte de sixième sens peut-être ?
- Bien. Et vous êtes ?
- Les voix dorées.




4) Les voix dorées

Il y avait marqué « M. Sanchez - Comptable » sur le panneau. Je m'en souviens bien, parce qu'il était doré, lui aussi.

J'accompagnais Maman, ce jour-là – Sophie (la gentille Sophie, c'est ma nounou, on s'amuse bien ensemble) avait pas pu se déplacer alors elle m'avait pris la main, sans rien dire, elle m'avait traîné avec elle. Moi, j'aurais préféré rester tout seul à la maison. Je suis assez grand, maintenant. J'ai sept ans. Enfin, presque.

Y'a pas grand chose, chez Monsieur Sanchez, enfin, dans la salle d'attente, pour s'amuser – quelques cubes, mais c'est pour les petits. J'ai pas trouvé de crayons pour dessiner. Alors j'ai fini par faire comme Maman, j'ai pris un de ces magazines qui traînent sur la petite table, et j'ai regardé les images (les mots sont écrits trop petits, et puis j'ai déjà essayé une fois, je préfère encore les livres qu'on nous fait lire à l'école).

Monsieur Sanchez a mis longtemps à arriver. Il m'a jeter un drôle de regard, puis il s'est mis à discuter avec Maman. Autrefois, c'était Papa qui s'en occupait, mais Papa est parti avec la boulangère, a dit Maman, et il faut arrêter de parler de lui. Moi je l'aime bien, la boulangère de Papa. Elle est toujours gentille avec moi. Elle fait du bon pain.

J'écoutais pas ce qu'ils racontaient mais apparemment, ils se sont mis d'accord pour m'abandonner dans l'endroit le plus ennuyeux du monde. Maman m'a dit qu'ils seraient pas long, et puis ils se sont enfermés dans le bureau de Monsieur Sanchez. Pas long, pas long... J'ai pas de montre, mais j'ai compté dans ma tête. Enfin, jusqu'à trois cents. Après, j'en ai eu marre et j'ai décidé d'explorer un peu.

La plupart des portes étaient fermées, mais j'en ai quand même trouvé une d'ouverte. Il faisait sombre de l'autre côté, mais j'aime bien quand il fait sombre, je peux inventer des histoires, c'est plus facile pour faire comme si ça se passait vraiment. J'y voyais quand même un peu, en tout cas, je distinguais quelque chose juste devant moi, au milieu de la pièce. Je me suis aperçu que ça pleurait, sans doute une fille. A l'école, les filles pleurent souvent, surtout quand je leur raconte des histoires.

Je me suis approché – si j'ai bien appris un truc dans les histoires, celles des autres, les contes qu'on nous raconte toujours, ceux qui sont vrais, c'est que le garçon protège la fille et qu'en échange, il a droit à un bisou et ils vivent tous les deux heureux, ou quelque chose comme ça. Et c'est là que je l'ai entendue parler. Elle pleurait pas vraiment, en fait. Elle parlait, tout bas. Quelque chose comme : « Laissez-moi tranquille ! Allez-vous en ! ». A la réflexion, elle pleurait quand même. Je lui ai demandé ce qui allait pas, histoire qu'elle voit qu'elle pouvait compter sur moi, et elle m'a répondu : « Tu les entends pas ? Elles me rendent folles ! ».

Et là, je les ai entendues.

Et puis, je me suis aperçu qu'il faisait vraiment tout noir, maintenant.
Et surtout, y'avait les mots, écrits sur le mur. Je les voyais bien, parce qu'ils étaient dorés, et que certains brillaient, ceux que les voix disaient.

Y'avait plein de voix, autour de nous. Certaines criaient. « Sauve-nous », disait l'une. « Va-t-en », hurlait l'autre. Mais le pire, c'est quand je me suis aperçu qu'il y en avait d'autres, en dessous. Elles chuchotaient vraiment pas fort, et je comprenais pas ce qu'elles racontaient. Mais c'était quelque chose de terrible, ça me donnait des frissons. J'avais envie de partir en courant, aussi, mais je voyais même plus la sortie. J'avais peur.

Puis je me suis cogné contre quelque chose. J'en suis pas fier, mais je crois que j'ai crié, avant de me rendre compte que c'était la fille. J'avais plus envie de partir soudain. Je dirais bien que j'avais envie de la rassurer, que je l'ai protégé contre tous les monstres du noir, et tout ça, mais en fait, c'était plutôt l'inverse, je me sentais moins seul.

Les voix – celles qui chuchotaient – elles faisaient « chuuuut » maintenant, comme pour nous consoler. Je crois que j'ai dit pareil à la fille, en tout cas, je lui ai fait un câlin, comme fait Sophie quand je me fais mal.

« Chut... »

Elle s'est calmée un peu, elle pleurait moins fort, et elle a arrêté de parler. Son corps était tout chaud c'était agréable, je me sentais presque en sécurité.

A un moment, quelque chose a changé, j'ai mis un moment à m'en apercevoir. C'était les voix qui hurlaient. Elles avaient disparues, et les « chut » aussi. A la place, y'avait cet espèce de grondement, terrible, ils me faisaient trembler de l'intérieur, mais la fille elle pleurait de moins en moins. Je me suis dit, au moins, elle, elle va mieux, faut pas que je me dégonfle devant une fille.

Mais les voix faisaient « grrrr ».

Et là, la fille a dit « Je suis sûre que c'est toi. »

Elle me lâchait plus, elle me serrait fort contre elle, elle me plantait ses ongles dans le dos, alors j'ai commencé à me débattre, mais elle avait plus de force que moi. Cette fois, y'avait vraiment plus de lumière du tout, même les mots avaient disparus, mais les voix étaient toujours là. Elles s'étaient remises à parler plus vite, plus fort, plus nombreuses. Mais la fille criait encore plus fort. « Ta faute ! Ta faute ! C'est toi ! Tais-toi ! ». Et elle me griffait toujours, le dos, les bras, la joue.


Tout c'est arrêté. Comme ça. D'un coup. Moi, j'avais les yeux fermés, alors j'ai pas vu tout de suite que la lumière s'était rallumée. Mais quand je les ai ouverts, j'ai vu Maman. Elle parlait avec un air gêné. Elle s'excusait tout plein auprès de son comptable. Lui, il avait les mains sur ses épaules, et il me regardait avec un air sévère. Un peu comme le gros Bob regarde les mouches avant de leur arracher les ailes. Je l'aimais pas vraiment.

La fille n'était plus là. Les mots non plus. Mais j'avais toujours mal au dos, et aux bras, et à la joue.

J'avais envie de pleurer, aussi, et j'ai failli me jeter dans les bras de Maman, mais elle a commencé à me gronder. Elle a même pas remarqué les griffures. Je voulais Sophie, moi, Sophie et ses longs câlins tout chauds qui réparent. Puis Maman s'est retournée vers le comptable, elle m'a plus regardé.

J'ai pleuré.
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #5 le: 26 avril 2011 à 18:35:42 »
- Hé béh, y en a qui sont drôlement atteints...
- Qui ?
- Ca va pas recommencer ? Vous êtes qui ?
- Tout ce temps passé
- D'accord. Et vous aussi...
- Vous entendez des voix.
- Haaaa !




5) Tout ce temps passé

La cour avec l’arbre dans le coin. Cet arbre, on jouait souvent dessus, parce qu’il avait deux branches basses sur lesquelles on pouvait se jucher. Je me souviens qu’un copain avait essayé de monter plus haut et s’était cassé la figure devant toute l’école. Il s’en était tiré avec quelques égratignures mais la maîtresse l’avait grondé puis soigné. Elle était chouette, la maîtresse. Elle était gentille et elle savait tout. Elle ne nous traitait pas comme des idiots, comme la plupart des adultes. Elle, elle savait qu’on avait aussi un esprit, des sentiments, qu’on pouvait réfléchir. Certains réfléchissaient même un peu trop, comme Yrn. Yrn, tout le monde le trouvait bizarre. Il avait de jolis cheveux blonds, bouclés et longs, un joli visage tout fin et de grands yeux. On le prenait pour une fille, au début, à l’école. Il ne parlait presque jamais, tellement jamais que j’avais longtemps cru qu’il était muet ou quelque chose du genre. La première fois que j’ai entendu sa voix, il était venu exprès me parler. C’était dans la cours, pendant la récréation. Je m’étais assis dans l’arbre, à ma place favorite, et je regardais les autres jouer. Moi non plus je n’étais pas très bavard, je crois. Yrn avait quitté le coin de la cour où il se mettait d’habitude et avait grimpé dans l’arbre en souplesse, pour venir se jucher à côté de moi. Il avait tourné la tête vers moi, repoussé ses cheveux en arrière dans un geste qui lui semblait familier et avait planté ses yeux dans les miens. C’est juste à ce moment là que j’avais remarqué qu’ils n’étaient pas de la même couleur. Un vert et un bleu.
« Je m’appelle Yrn, et toi ? »
J’avais tout de suite senti que c’était le genre de voix qui ne s’oubliait pas. Il me semblait qu’il parlait bas et pourtant, malgré les rires et les cris au dessous de nous, je l’entendais distinctement.
« Ogan. T’as quel âge ? »
Il était resté interdit un moment devant la traditionnelle question.
« Neuf ans. Et toi ?
–Pareil. Enfin presque, c’est vendredi. Pas celui-là, celui d’après.
–D’accord. Tu fais quoi dans l’arbre ?
–Je regarde les autres. C’est marrant.
–C’est tout ?
–Je réfléchis, je regarde le ciel… Je lis, des fois.
–Tu sais lire ?
–Ben oui, pourquoi, pas toi ?
–J’ai du mal, parce que je vois pas bien les lettres. Elles sont floues et se mélangent. Des fois elles sont à un endroit, et puis elles changent de place ou s’emmêlent.
–Ca doit être bizarre. C’est à cause de tes yeux ?
–Evidemment que c’est à cause de mes yeux. Mais pas parce qu’ils sont pas de la même couleur. Tu l’as remarqué, je l’ai vu. Toi aussi tu trouves ça horrible ?
–Non, moi j’aime bien. Je trouve que ça fait joli. Mais ça fait bizarre… un peu comme si tu étais deux personnes à la fois.
–Ah bon ? Je me dis ça, des fois, aussi. Une voix toute douce me parle, souvent. Elle me récite des poèmes, ou elle me dit qu’elle m’aime beaucoup. Des fois elle pleure, et elle dit des choses dans une langue que je ne connais pas. Je voudrais la consoler, quand elle est comme ça, mais on dirait qu’elle ne m’écoute pas.
–Peut-être qu’elle ne t’entend pas.
–Peut-être, oui. Tu n’as pas de voix, toi ?
–Non. J’aimerais bien en avoir une, ça a l’air chouette. Elle te parle, là ?
–Non, elle dort. Elle était fatiguée depuis quelques jours, elle n’arrêtait pas de pleurer. Je suis content qu’elle se soit endormie. Ca me rend triste quand elle pleure. »
Je me souviens n’avoir pas réfléchi à ce qui pouvait être étrange dans cette histoire de voix. J’étais simplement curieux de savoir ce que ça faisait.
Après cette discussion, je n’avais rien changé à mes habitudes. Je m’asseyais sur ma branche et Yrn venait m’y rejoindre ou ne venait pas. Ca m’était égal. Ou non, ça ne m’était pas égal, en fait. J’étais content qu’il vienne parce qu’il était joli et bizarre et calme, mais j’aimais bien être seul aussi, et puis des fois il me mettait un peu mal à l’aise. Parfois il se posait à côté de moi et on restait sans rien dire jusqu’à la sonnerie. S’il se mettait à parler, alors on parlait. Je ne venais jamais le rejoindre dans son coin de cour. J’avais l’impression que c’était un peu son territoire, et qu’il mordrait ceux qui s’approchaient. D’ailleurs, personne n’allait plus à cet endroit depuis qu’il était arrivé. Il y avait pourtant un de ces trous dont on se servait pour jouer aux billes.
En classe, je voyais Yrn de dos parce qu’il était tout devant et moi au milieu. J’ai remarqué que la maîtresse était encore plus gentille avec lui qu’avec nous. Elle lui souriait, lui demandait si il suivait bien. Il hochait toujours la tête, doucement. Il faisait comme si je n’existait pas et ne se retournait jamais pour me jeter un coup d’œil. Par fierté, j’ai fait de même et feint de l’ignorer royalement. Enfin presque. Comme il ne me voyait pas, je pouvais bien le regarder, ça ne changeait rien. Quand il faisait beau, on aurait dit qu’il avait des bouts de soleil dans les cheveux.
Un jour, je lui ai proposé de venir jouer chez moi un mercredi. Il m’a jeté un regard indéchiffrable, a réfléchi un moment puis a simplement dit :
« Non. »
Je n’ai pas insisté.
Un matin, quelques semaines avant les vacances d’été, il est arrivé complètement déboussolé à l’école. Il m’a pris par les épaules et m’a secoué :
« Elle ne veut plus me parler ! Og, elle m’a dit qu’elle partait, qu’elle ne voulait plus rester dans ma tête ! Je ne l’entends plus, je l’appelle mais elle ne dit rien, et moi je veux pas qu’elle parte sinon qu’est ce que je vais faire, Og ? Qu’est ce que je vais faire ? »
La réponse m’est venue tout naturellement :
« Tu en as parlé à la maîtresse ? »
La maîtresse ne connaissait pas la voix de Yrn. Elle a pâli, s’est mordu la lèvre et a demandé gentiment à Yrn si il connaissait le numéro de téléphone de ses parents. Comme il s’en rappelait, elle a pris le téléphone et est partie dans une pièce à côté. On n’a pas été écouter à la porte. Yrn paraissait toujours aussi perdu. Il respirait bizarrement plus vite. Je suis resté un moment planté devant lui sans savoir quoi faire. Il a tourné la tête et m’a regardé. Ses yeux étaient brillants de larmes. Alors, sur une impulsion, je l’ai pris dans mes bras et j’ai serré très fort. Bizarrement il s’est laissé faire. Il a posé la tête sur mon épaule et on est restés comme ça sans bouger ni parler jusqu’à ce que la maîtresse revienne.
« Yrn ? Ta maman va venir te chercher tout de suite pour t’emmener chez le médecin.
–Le médecin ? Pourquoi le médecin ? Je ne veux pas aller voir le médecin ! Il ne m’aidera pas à retrouver ma voix ! »
J’ai tourné la tête et croisé le regard de la maîtresse. Elle avait un petit air mouillé. Alors j’ai compris ce qui sautait aux yeux. J’ai serré Yrn encore plus fort et me suis mordu l’intérieur des joues.
La maîtresse est repartie en classe en m’adressant un regard éloquent. J’ai fait asseoir Yrn à mes côtés en attendant que sa mère arrive. Je lui jetais sans cesse des regards en coin. Il se tenait droit mais son regard était vide.
Enfin, une voiture verte s’est garée devant le portail, et une petite femme aux cheveux bleus est sortie. Elle a traversé la cour à la hâte et puis elle a passé la porte. Yrn s’est levé et a baissé la tête. Je me suis levé aussi et me suis avancé d’un pas en regardant la femme d’un œil méfiant.
« Bonjour, je suis la maman de Yrn. Tu dois être un camarade de classe ? Où est la maîtresse, petit ?
–Dans la classe, avec les autres. C’est une maîtresse, quoi.
–J’aimerais lui parler un moment.
–Venez, alors. »
J’ai pris Yrn par la main et le traînai derrière moi. La dame nous a suivis sans rien dire. Quand on est arrivés devant la salle de classe, je me suis écarté avec Yrn et nous nous sommes appuyés contre le mur. La femme a frappé à la porte, est entrée et puis ressortie quelques secondes plus tard avec la maîtresse. Elles sont allé parler au bout du couloir. La dame aux cheveux bleus a fini par pleurer sur l’épaule de la maîtresse. J’aurais trouvé ça extraordinaire si Yrn ne s’était pas mis à chanceler et à gémir. Un peu paniqué, je l’ai pris de nouveau dans mes bras et l’ai fait asseoir par terre avec moi.
« T’as quoi ? T’as mal où ? Tu veux que j’appelle la maîtresse et ta mère ?
–Non. Comme ça, c’est bien. Ca va mieux. »
Il s’est laissé aller contre moi et a fermé les yeux. Sa respiration s’apaisait. Les deux femmes parlaient toujours et n’avaient même pas daigné tourner la tête pour voir si il allait bien. Je leur ai adressé un regard haineux.
« Og ?
–Oui ?
–La voix. Avant de partir, elle a dit que je serai la voix de quelqu’un, après. Elle a dit qu’il fallait absolument que je sois la voix de quelqu’un. Je pourrais être ta voix ?
–Bien sûr. »
Il a soupiré de soulagement. J’ai mis un moment avant de me rendre compte que le bruit discret de sa respiration ne résonnait plus à mes oreilles.
Ca y est, Og ! Je suis ta voix ! Je suis dans ta tête. Oh, ne sois pas triste. Je vois par tes yeux. Dis à ma maman que ce n’est pas grave, que je suis toujours là, dans ta tête.
Je t’aime beaucoup, tu sais.
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #6 le: 26 avril 2011 à 18:44:37 »
- *Murmures*
- Hum ? Vous dites ?
- Chhht, je parle à mon cheval.
- Ho, quel beau cheval, gris poil et tout. Et sinon ?
- Je suis Les ballons roses.
- Les images sont superbes !
- Merci.




6) Les ballons roses

                                                                               
«  Les gens ont une haute opinion des
                                                                                     avantages de l’expérience. Mais
                                                                                     l’expérience signifie toujours quelque
                                                                                     chose de désagréable, opposé au charme
                                                                                     et à l’innocence des illusions. »
                                                                                     


     Si vous demandiez aux habitants des Saintes-maries-de-la mer s'ils connaissaient serge Micheletto, tout le monde vous répondrait oui. Sergio, comme ils l'appelaient tous, était le plus vieux gardian de chevaux. Célibataire endurci, soixante dix piges, il se déplaçait jamais que sur son cheval blanc. Réputé pour son air renfrogné et austère, ce gitan faisait corps avec l'étendue sauvage du pays camarguais. Coiffé d'un chapeau noir, c'est à peine si on devinait son visage hâlé par le soleil. Sans compter que le vent et le sel avaient lissé ses traits jusqu'à tanner sa peau comme du cuir. Ce faisant, il dégageait de sa personne une expression de douceur et de confiance pour qui savait l'approcher. D'ailleurs Sara, sa petite nièce, se réjouissait de sa compagnie, trop heureuse de chevaucher avec lui les marécages ou les marais salants. A l'entendre quand elle parlait de lui, l'oncle serge, comme elle disait, était son vieux copain le cow-boy et Junky son fidèle étalon sauvage. La complicité entre eux était parfaite. Pour preuve l'élan de joie quand la fillette retrouvait et embrassait son oncle, lequel lui renvoyait un clin d'œil pour pas trahir son émotion. Au delà des sentiments, il y avait le plaisir partagé pour les grands espaces. La promenade avec Junky un peu avant le crépuscule était l'instant le plus prisé. Longeant les étangs en silence, appuyé l'un à l'autre sur le dos du cheval qui allait au pas, ils parcouraient ainsi des kilomètres cherchant un passage qui s'ouvrait sur la mer. Ils ne prenaient jamais le même chemin et chaque marécage traversé livrait son flot de découvertes. Paysages envoûtants, mobiles sous la lumière!
-  Oh! oncle serge, s'écria soudain Sara, regarde là bas!
-  Quoi?!
-  Eh bien, tu ne vois pas, tout au loin... là bas!
-  Oh! oui, en effet... maintenant je devine!
-  Comme c'est beau... hein!
-  Oui c'est beau!
-  J'aimerais bien en avoir un !
-  Un quoi?
-  Ben, comme tu vois ce que je vois, oncle serge... un ballon rose!
   Un ballon rose ! Et le vieux considéra au loin ce que la fillette supposait voir en plissant ses yeux. En fait de ballons roses, il s'agissait d'oiseaux : des flamants roses. A les regarder ainsi au loin, sous la déclinante lumière du soir, les lignes contrastées de ces grands échassiers ressemblaient un peu il est vrai à des ballons. Juchés sur une patte, têtes enfouies dans leur plumage, ils paraissaient immobiles comme endormis; pareils à des ballons arrimés sur un fil au bord de la mer... des ballons roses!... en quelque sorte.
-  Alors, tu les vois maintenant!  insista Sara en tirant sur la veste du vieux.
-  Hum! fit-il. Fixant son regard en direction des oiseaux, il était plongé dans ses réflexions. A quoi bon! songea-t-il. A quoi bon briser le rêve d'une fillette de six ans. Elle semblait si convaincue. Son imagination était si puérile qu'il en fût presque ému. Déconcerté, il cherchait à pénétrer son univers: un regard suggestif porté sur un autre monde. Celui qui faisait rêver les enfants. Quoi de plus idiot alors de voir une ribambelle d'oiseaux vivant sur une patte et sans tête là où il ne faisait aucun doute dans son esprit d'enfant que c'étaient des ballons. L'idée était beaucoup plus rationnelle! Aussi, pour cette raison et aucune autre, il jugea bon de continuer à encourager les rêves. Sinon quelle tristesse que la vie. Il viendra bien assez tôt l'instant où elle expérimentera les choses, où elle tiendra compte des réalités, et ce jusqu'à élargir sa vision du monde pour parvenir à celui des grands qui, au bout du compte, n'en demeure pas moins un sentier balisé et étriqué. Parfois si ennuyeux à l'homme qu'il peut lui rendre la vie amère. Car quand bien même il eût exploré tout le champ des possibles, un manque finissait toujours par l'envahir sans qu'il fût capable de l'exprimer. De ce fait, elle avait bien le temps de s'y frotter à son tour. D'ailleurs l'homme, à tout âge, n'était-il pas toujours confronté à ses propres illusions? Lui-même Sergio le gitan, quand il était plus jeune, courait déjà les quatre coins de la France pour les caresser. Mais, il s'agissait d'autres rêves, des rêves de vingt ans. Qui aurait pu alors empêcher le jeune ambitieux qu'il était de vouloir gagner sa vie?
-  Oncle serge! oncle serge! dis-moi si tu les vois à présent?
-  Hein!...heu!...non, je ne vois rien! marmonna-t-il. Les rêves les plus beaux donnent parfois des ailes! se dit-il à lui-même comme pour pardonner ses élans de jeunesse. On les croit toujours plus loin, plus sophistiqués qu'ils ne le sont. Alors que!... c'est une quête sans espoir où on finit par perdre son temps. A tel point qu'on ne sait plus où on va et ce que l'on veut : choisir entre une vie bien rangée - avoir un job, une femme et des enfants - ou bien rester un homme présumé libre. Aujourd'hui, ce dont il était sûr c'est qu'il payait cher sa liberté. Même si en y réfléchissant bien ce choix n'avait jamais été délibérément arrêté. Quoiqu'il en soit, il se retrouvait bel et bien tout seul. L'enfant du pays serait ni plus ni moins qu'un gardian de chevaux comme l'ont été avant lui tous les Micheletto. Peu importe, ici au moins le rêve il le gagnait simplement en pointant son regard loin sur la mer qui très vite s'évanouissait comme meurt le soleil.
-  Oh!... oh, oh! tu rêves ou quoi?... Vas-tu me dire à la fin si tu les vois? désespérait Sara.
-  Eh bien Junky! Finit par dire le vieux Sergio. Tu as entendu Sara! Je serai curieux moi aussi de décrocher un ballon rose. Allons en route!
     Dés lors, au petit trot, ils bordèrent l'étang, franchirent les salins et gagnèrent la mer. Le rêve soudain se dissoudre dans l'âcre odeur de sel à mesure qu'ils se rapprochaient des flamants roses.



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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #7 le: 26 avril 2011 à 18:55:40 »
- Et au suivant !
- Alors, vous me présentez ?
- Heu, oui. J'allais le faire. Zacharia, je crois ?
- Oui, majeure et rebelle, y a rien de tel.
- Sans doute, sans doute.




7) Zacharia

Zacharia, cette petite sauvageonne, cette paria.

Y avait pas de souci à se faire sur son appétit, celle-là, elle reprenait toujours du rab. Xénophobe du jeûne, elle proclamait que le Ramadan n’était qu’une pratique barbare à qui le lui demandait, du tac au tac. Wisigothe moderne, elle aurait donné sa vie pour du simple lard. Vif, bien évidemment, tout autant qu’elle était vive. Une fois morte, de toute manière, quelle importance aurait bien pu avoir, qu’elle mange deux fois sa part chez elle ou au taf ?

« Travaille bien et tu ne manqueras de rien », lui avait promis son père, un soir, en rentrant du jogging. Si le mensonge n’avait pas été inventé, il serait né avec cette réplique mensongère et pourtant, bien rythmée, comme dans un sketch de Gad Elmaleh. Rien au monde ne lui plaisait autant ; de sa vie, elle n’avait jamais autant ri. Que ce ne soit pas vrai, elle s’en doutait bien : rien de nouveau par rapport aux bobards de Raj.

Pourquoi était-elle tombée amoureuse de Raj, ce beau jeune homme venu d’Irak ? On le lui avait souvent demandé, notamment parce qu’elle avait dit toutes ces bêtises sur le Ramadan ; et pourtant, elle n’avait rien d’une intégriste à l’œil fol. Non, personne ne comprendrait jamais son comportement, à moins d’être medium.

Moitié blasphématrice et moitié affectueuse, elle se disait parfois que dans le pays de Raj, elle serait déjà depuis bien longtemps en prison. La pensée d’être séparée de lui était insupportable, d’où son refus de l’accompagner dans son pays natal – qui était en guerre, donc pas de quoi se réjouir et sortir le bongo. Képi, à la rigueur – mais non, elle confondait tout, c’étaient les policiers qui se coiffaient d’un tel hanap.

Joie, oui, joie de se retrouver à l’autre bout du monde au lieu de l’Irak, ou plutôt, selon les Américains, « Iraq ». Il fallait toujours qu’ils modifient des lettres, ceux-là, ils ne pouvaient jamais, de ce qu’ils avaient, se contenter. Hors de question de rester comme les autres.

Grands dieux, et en plus, Raj se levait tôt !  Fichtre, les dimanches, c’était tout simplement insupportable, les habitudes de ce loulou. Et pourtant, elle endurait toutes ses petites manies, patiente comme une église de Kiev.

Dire qu’elle avait failli l’épouser, cet hurluberlu à l’histoire digne du roman W ! C’eût été une décision vide, qui aurait sonné creux. Bien, bien, bien, elle ne l’avait pas réalisé, finalement, ce projet d’épouser son Rajy.

A croire qu’ils demeureraient pour l’éternité ainsi, seuls tous les deux -  quel paradis ! - à regarder à la télé des épisodes de Dragon Ball Z…
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #8 le: 26 avril 2011 à 20:10:40 »
- Aihaut, aihaut !
- Ho ! Tiens, sept mini types qui se trimbalent une bougie.
- En fait, nous incarnons surtout le petit conte des lanternes.
- Ha oui. Et donc ça parle de nains, de sorcière et de miroir magique ?
- Pas du tout. C'est plutôt du style perruche dépravée et multimédia relatif.
- Heu... Ok.




8 ) Le petit conte des lanternes

Monsieur Lanterne s'approcha de la cage, encore recouverte d'une grosse toile grise. Il se picora les doigts parce qu'il réfléchissait. De quelle manière retirer ce bout de tissu ? Prestement, comme un prestidigitateur devant son pauvre pigeon blanchâtre ? En saccades, comme lorsque lui, honnête Lanterne de Loupioteville en amont de la Grange-aux-Becs, cité des petites gens amiables, comme lorsque lui, doux Lanternaillon d'Artificie, d'air bonhomme et d'embonpoint confortable, toujours affable et contrit avec les malheureux camarades du marché aux navets, comme lorsque lui gentilleau à colères monostables et amateur de multimédia lorsque les ondes pensaient à visiter son trou à rats, dispensait plaisirs de chambre à la douce et ronde madame Lanterne ?
La perruche avait dû deviner la silhouette à travers la maille serrée. Elle caqueta comme un diable jusqu'à obtenir de son maitre qu'il fît le jour dans sa maisonnette à barreaux. Monsieur Lanterne, de son pâle doigt fléchisseur, tendit à l'animal criard un joli timbre-poste jaune et rouge.
"Qu'il est vilain !" cria la perruche avant de mordre avidement sa pitance à travers les barreaux.
Sale bête, n'en finissait pas de penser le monsieur à lanterne avec des sanglots réprimés, sale bête, je t'offre un beau timbre de ma collection, un des plus beaux, il vaudrait un million si le cours du kreutzer existait toujours, un million, et toi, c'est vilain que tu me dis, ah, sale bête, oui...
"Qu'il est vilain !" répéta aigu, aigu, l'oiseau courroucé, un chapelet des dents du timbre collé au bec.
Ah ça suffit, je vais l'envoyer au grand détartreur, oui, au grand détartreur, ni une ni deux, j'enfile mon joli veston et je cours sonner chez lui, il sera bien content, ah ça, le vilain...
Monsieur Lanterne se précipita dans le vestibule et cueillit son pardessus, quand il sortit l'une des manches pendait toujours, il n'était pas coiffé, son haut de pyjama ressortait par endroits, il avait tout l'air d'un fin dépravé de Trousse-Lucioles ou de Lueur-sur-Graille. Il chemina un moment sur le sentier puis, retrouvant un peu de lucidité et observant son air dépenaillé, il se calma, se passa la main dans les cheveux, enfila la seconde manche de son pardessus, le boutonna jusqu'au col et adopta une attitude plus relative.
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #9 le: 26 avril 2011 à 20:14:57 »
- Bon. On dirait qu'on approche des derniers. Au suivant de ces messieurs-dames.
- Grooos plein de soupe !
- Grossier personnage ! Perfide coco !
- C'est mon nom mais ne m'appelez pas comme ça !
- Mais oui, mais oui...



9) Perfide coco


Le perroquet volait. Il aimait narguer les perruches. Même si elles n'en avaient cure. Hector - c'était son nom - était de mauvais poil. Ou plutôt de mauvaise plume. Aujourd'hui, sa voix était criarde et ses remarques manquaient de piquant. La porte s'ouvrit, dévoilant un grand et gros bonhomme barbu à l'allure joviale. Le ténor était content. Il avait encore fait salle comble. La quatorzième représentation de la Tosca était un triomphe. Hector en avait marre. L'homme avait un timbre de voix magnifique, mais il avait la fâcheuse habitude de l'appeler "Coco l'oiseau".
- Je vais t'en foutre du coco, espèce de Kreutzer ! répétait inlassablement l'oiseau borné et dépravé.
Les perruches riaient - pour peu qu'elles en aient la faculté. Le gros joyeux fit le tour de la pièce. Hector se tenait sur son perchoir habituel : un grand miroir cerclé d'ampoules monostables, dans la loge du ténor. Il avait pour coutume d'y picorer ses repas. Au moins un million - sans exagération - de graines étaient réparties dans toute la pièce. Hector finissait son dernier repas, imaginant mille morts possibles pour l'homme s'il osait encore l'insulter. Et le drame arriva.
- Ho, Coco...
L'oiseau démoniaque ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. En un battement d'ailes, il fondit sur l'homme, lui piquant le crane, tel un détartreur martelant un innocent tonneau de vin. Le gros ténor cria à l'aide mais personne ne vint à son secours. On le croyait répétant inlassablement la scène qu'il venait de jouer. Pauvre de lui. Dans un effort désespéré, il se traina jusqu'à la cage aux perruches et d'un mouvement fléchisseur, il libéra les oiseaux au coeur pur.
- Voleeeeez et venez à mon aaaaideeeuuuuh, chanta-t-il aux animaux.
Une perruche scintillante, telle Gwaihir le Sauveur percuta de plein fouet le vil perroquet dont l'âme noire était à présent au service du Mal ! Ou presque. Tout est relatif, bien sûr. Les deux oiseaux chutèrent ensemble, bousculant au passage l'ordinateur du ténor, qui travaillait depuis quelque temps sur plusieurs fichiers multimédias. La machine tomba, des étincelles en jaillirent. Et l’oiseau de malheur s’y précipita, en bonne torche vivante qu’il allait devenir. Le dernier vol du phénix improvisé finit dans la corbeille du bonhomme. Ainsi fut la triste fin du perfide Hector, dit "le coco".
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #10 le: 26 avril 2011 à 20:31:03 »
- Une douce mélodie me titille les oreilles depuis les coulisses et...
- Normal. Je suis le jardin d'ailleurs.
- Ha oui, en effet, c'est beau. Ca donne un effet spécial. Un effet papillon, un peu.
- Ha oui ? Tiens...




10) Jardin d'ailleurs

« Dit-moi les mots qui rendent ivre,
Dit-moi que la nuit se déguise
Tu vois, je suis comme la mer qui se retire »

Mylène Farmer

    Il y a des moments où il n’y a juste rien à dire. Il y a des instants, parfois juste une seconde, où il n’y a rien à redire. Des minutes où rien ne nous atteins, et on touche du bout de nos doigts nos rêves de paix, où on effleure un papillon de douceur, une plume de volupté. Des moments libres, légers, languissants, sucrés, savoureux, des moments de tout et de rien. Le ciel est bleu et le soleil rie avec les passants tout autour. La lumière joue avec les façades et égaye les yeux. Il fait chaud, et les peaux se dévoilent, ou se parent de légers voiles à demi transparents, de robes délicates ou de hauts près du corps. Aucun été n’est aussi doux que cet instant miraculeux. Le vent, simple brise caressant les cheveux, secouent les plantes, les arbres, les âmes d’un léger frisson de grâce. Rien n’est en trop, rien n’est trop. Sous les arches, s’embrassent des roses.
    Dans la tête de chacun, une mélodie se répand. Jamais la même, et pourtant toujours semblable. Une mélodie qui coule comme un fleuve au milieu de l’esprit, un chant d’oiseau qui clame sa félicité, un bruissement semblable à un jardin. Un magnifique jardin où s’épanouit des ronces et des lys sur des ruines mirifiques. Perdues dans la ville et perdues dans le cœur, elles ne cherchent qu’à retrouver leur gloire passée, mais aime aussi ce fouillis, cet abracadabrantesque entassement de nature, Et profite de ce moment de paix comme cet homme qui vient de trouver l’épave qui sommeillait en lui, la lumière qui éclaire juste pour une minute délicieuse les ténèbres de la vie. Les roses s’épanouissent enfin.
    Et c’est une explosion de rien, un moment qui rayonne par son vide. Vivre devient naturel, et tout semble un ensemble inextricable et essentiel. Chaque détail qui nous entoure fleure la douce vanité, celle qui fait que le rien reste la plus belle chose qui soit. On est ému, triste et guilleret, épanoui, souriant et amoureux. Tout nous assaille, mais rien ne prend le dessus. Un tout de rien, un rien de tout. C’est un paradoxe qui ne nous préoccupe pas, et quand on atteint cet instant, on voudrait qu’il dure encore et encore. Comme ces roses que l’on abrite.
    Mais l’homme est tel qu’il revient toujours à lui, et s’éloigne de ces ruines qu’il adorait comme une idole païenne, comme un Dieu que lui seul pouvait voir. Il retrouve ses problèmes, retrouve ses amis et son humanité. L’éternité qu’il avait au bout de ses mains s’en est allée sur le fleuve de son esprit, et qui sais quand elle reviendra. Le fantôme de ce moment le troublera dans son sommeil, hantera longtemps encore ses pensées. Au fond de lui, résonnera à jamais la mélodie qu’il chérissait, cette ivresse de beauté et de sérénité. Et les roses s’aimeront à jamais sur son cœur.
*Elen síla lúmenn' omentielvo* Tolkien

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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #11 le: 26 avril 2011 à 20:37:07 »
- Ho, que c'est meugnon !
- Non mais non. C'est horrible.
- Ha oui, tiens. Pourtant vous rayonnez.
- Normal, je suis un avenir radieux.
- Logique.




11) Un avenir radieux

Après les examens, nous nous sommes retrouvés désœuvrés. Le laboratoire nous autorisait à sortir, à condition de ne pas trop nous exposer au soleil. Il était préférable que nous allions faire du sport, sans trop nous forcer cependant. Avec Jim nous avons donc trotté un moment, en discutaillant. Il me parlait de sa famille – nombreuse – qu’il avait laissée derrière lui, « tout ça pour ça » concluait-il toujours. Moi, du « ça », j’en étais plutôt content. Ils m’avaient repêché à la boutique du coin où je m’ennuyais ferme chaque jour que Dieu faisait. Au début, c’était un peu étrange qu’on vous tripote mais il paraît que c’était la procédure et que rien ne devait être laissé au hasard. J’étais flatté qu’ils me choisissent parmi toute la population. Bien sûr, ils ne m’ont pas précisé exactement de quel travail il s’agissait. J’ai entendu quelques fois des acronymes sans deviner de quoi il s’agissait exactement. Juste que c’était très confidentiel, donc chut, pas un mot. J’étais très excité par la perspective de changer totalement de vie (la précédente n’était pas faramineuse), tellement excité d’ailleurs qu’ils durent me donner un sédatif pour que je calme jusqu’au lieu d’arrivée. Je me réveillai au son de la voix de Jim qui racontait son aventure à qui voulait l’entendre. C’est comme ça que j’ai commencé à sympathiser avec lui.

Et puis nous avons subi les tests.

Maintenant, nous attendons avec impatience et un peu d’angoisse le résultat des examens. Jim se lissait la moustache quand un autre gus passa en trompe devant nous. Il stoppa net à notre niveau, essayant de reprendre sa respiration. Ses yeux reflétaient une intense panique.

- Qu’y a-t-il ?

Nous espérions ainsi l’enjoindre à se confier à nous.

- Je sais ce qu’ils font ! Aux recalés !

- Eh bien ? demanda Jim et j’étais aussi curieux que lui.

- Ils sont tirés à quatre épingles !

Je déglutis. J’aurais mieux fait de rester chez moi. Car petite souris cobaye, aie aie aie !
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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #12 le: 26 avril 2011 à 20:41:06 »
- Tiens, un guignol.
- Non, le trouvère.
- Chouette. Vous nous ferez l'honneur de fredonner...
- Ma poésie est là pour ça.
- Bien, messire.




12) Le trouvère

Par comptines légères ou bien par vents mauvais
Je vagabonde et j’erre, je souris sans répit.
Moi, je suis un pauvre hère qui dort dans les épis
Je ne suis qu’un trouvère qui cherche, oui je m’en vais.

Je glane bien des baies, mange des fruits des haies
De chansons, de ballades, d’harmonies je survis
D’eau ou bien d’amour frais, de rires, de mélodies
Heureux si un beau lad de rester me permet.

Rimes et idéaux sont mes plus précieux désirs
Satisfait si je suis payé par un sourire
Mes seuls instruments, c’est mon luth et mon chant

Entrecoupé d’arias, d’arpèges ou de vivats
Provenant de la foule qui m’aime et qui m’envoie
Une tempête de joie et de baisers méchants.
*Elen síla lúmenn' omentielvo* Tolkien

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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #13 le: 26 avril 2011 à 20:46:49 »
- Et voici notre dernier solotiste (oui bon quoi ?).
- C'est la fin. Vous êtes mort.
- Heu... Non, pas encore.
- C'est ainsi, même si c'est triste.
- Et donc, vous êtes...
- Hérédité mortelle.
- Et comble de l'ironie, vous êtes le treizième.




13) Hérédité mortelle

Plume qui volette et tournoie éphémère,
Filante et froissée par ce froid permanant,
Qui danse et plane dans la nuit solitaire,
Dans l’océan sans fin, sans vie et sans âme,
Plume tremblante, tu oublies que le voyage
Se termine toujours au bord du tombeau.
Le vent ne dure pas, tu ne flotteras plus,
Ce sera ta chute, et c’en sera fini.

Vague hurlante dans les flots indécis,
Tu grondes la vie, les délices faciles,
L’agitation rapide en ton cœur glissant,
Et le temps qui se moque, enragé, fuyant.
Vague démente que la haine démonte,
Tu sais que la terre est présente partout ;
Bien peu importe le lieu où tu iras,
Tu seras brisée, et c’en sera fini.

Flamme brulante, que les cendres échaudent,
Tu élances partout tes rayons dorés,
Répandant sur nous un espoir lumineux,
Comme une promesse obstinée, vengeresse.
Flamme brillante, tu me semble lassée,
L’ombre nous entoure et tu ne peux rien faire ?
Tu n’es plus qu’un point incandescent, fragile,
Voué à s’éteindre et c’en sera fini.

Fleurs palpitantes qui colorent le monde,
Qui se contentent de joie et d’allégresse,
Vous vous efforcez d’exploser de beauté,
De vivre et de fuir dans le sourire des autres.
Fleurs vaniteuses, que le ciel vous protège
Juste pour un moment, juste un simple instant.
Le temps fait son œuvre et vous le subirez,
Vous vous fanerez et c’en sera fini.

Viel homme tremblant, aux yeux déjà usés,
Que toute la joie ne peut pas consoler,
Qu’attends-tu ainsi : l’espoir d’aller ailleurs
Ou le vide éternel pour te reposer ?
Vieillard immobile, entouré de noirceur,
Tu ne penses à rien. De l’autre côté,
Hors de ces voiles, tu n’inspireras plus
Et tu partiras, et c’en sera fini.
*Elen síla lúmenn' omentielvo* Tolkien

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Re : Blind Test 7 : Voyage au centre du Mde
« Réponse #14 le: 26 avril 2011 à 20:56:44 »
Collaborations


- Au premier des mains multiples. Vous sentez le café.
- Vraiment ? Pourtant je suis du maudit goudron.
- Vu ce que vous transportez, plus rien ne m'étonne...




1) Maudit goudron

Paul versa le café brûlant dans le gobelet en plastique. Le thermos était presque vide. Les jambes lourdes, il se laissa tomber sur le banc en fer taché par les pigeons et soupira. Le vrombissement discontinu de l’autoroute était atténué sur l’aire de stationnement, ou peut-être ne le remarquait-il plus à présent. Tant d’heures passées sur la route. Tant d’heures à se gâcher les yeux sur une ligne blanche courant sur le sol pour ne jamais arriver nulle part. A ne rien faire. A ne rien penser. Son regard glissa vers le vieux semi-remorque rouge délavé qui lui volait sa vie péage après péage.
Le café lui brûlait les doigts.

Pourtant, il ne pouvait se permettre de trop tarder. Il n’attendit donc que quelques minutes avant de boire la boisson. Les maigres gorgées lui rendirent un peu d’entrain - mais bientôt le thermos serait vide et il n’aurait plus rien pour adoucir ce long voyage.
Soupirant, Paul retourna à son véhicule. La carrosserie, couverte de poussière, ne renvoyait aucun reflet. Il vérifia rapidement que la cargaison tenait bien, puis reprit la route.

Agacé d’entendre pour la troisième fois sa cassette audio, il mit en route la radio. Du moins il essaya. Une fois. Deux fois. Un gros coup de poing. Rien n’y fit et ce simple échec suffit à le retourner pour de bon. Il hurla à l’encontre de son autoradio. Lequel resta de marbre. “Calme-toi”, se répétait Paul sans en être convaincu. Il tint ainsi cinq minutes. Mais la monotonie colla bientôt, de nouveau, ses affreuses ventouses. Ca ne pouvait plus durer. Le chauffeur arrêta son semi-remorque sur le bas-côté de la route. Il était temps d’aller inspecter la marchandise.

Paul serra son poing sur la bâche cintrée de cordes et souleva un bord. Aussitôt un sourire crispé lui barra le visage sans même qu’il s’en rende compte. La petite forme s’agitait encore, quoique moins énergiquement qu’en début de voyage. C’était il y a déjà si longtemps, pensa Paul avec amertume.

- Oh, pouvez-vous recommencer ? Deux tours du monde, ce n’est pas beaucoup pour quelqu’un de mon espèce.

Décidément, les extra-terrestres, ce n’était plus ce que c’était.
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