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14 décembre 2019 à 04:28:04

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Auteur Sujet: Une bonne guerre  (Lu 277 fois)

Hors ligne HELLIAN

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Une bonne guerre
« le: 01 novembre 2019 à 18:36:21 »
Une bonne guerre

Une chambre désolée. S’y trouvent un lit d’une  personne une table sur laquelle :un téléphone et un tas de patates. Au mur, des cartes d’état major.
Deux hommes. L’un en uniforme et képi de général étudie la carte fixée au mur. L’autre, en simple soldat épluche les pommes de terre.On entend au loin des bruits de guerre d'avion, mitrailleuse et bombes

Le général ( tout en observant la carte): dites-moi soldat,
Le soldat (épluchant) : mon général ?
Le général : vous ne voudriez pas fermer la fenêtre ?
Le soldat se lève et ferme la fenêtre. Les bruits s’estompent
Le général :ah, ça fait du bien. Au fait, Vous n’êtes pas…
le soldat : pas quoi, mon général ?
Le général : enfin, je veux dire, vous êtes toujours…
le soldat : ça dépend des fois, mon général il y a des jours que  oui il y en a d’autres que non !
Le général : non, par ce qu’on m’avait dit : « à la dernière bataille… il n’a pas résisté. Il est…
le soldat : mort !
Le général : voilà , Un truc comme ça.
Le soldat : oui, mais non. Remarquez, c’était pas loin, vu tout ce qu’on a pris sur la goule.
Le général : d’un sens, je préfère.
Le soldat : moi aussi, mon général moi aussi… . Si je puis me permettre, mon général…
le général : je vous en prie, mon garçon, pas de chichis entre nous.
Le soldat : ces questions,…
Le général : eh bien ?
Le soldat : sauf votre respect, mon général, vous me les avez déjà posées, il y a trois jours.
Le général : vous êtes sûr ?
Le soldat : affirmatif. Même, je vais vous dire je crois que c’est la troisième fois que vous me demandez tout ça.
Le général :Vous êtes certain que c’était vous ? Dites-moi- plutôt que je suis gâteux.
Le soldat : Mais non, pas du tout. Un peu fatigué, peut-être, c’est bien normal avec cette guerre.
Le général : au fait, soldat, ça fait longtemps que vous êtes sous l’uniforme ?
Le soldat : Houlala, je pourrais pas vous dire. Du plus loin que je me souviens, j’ai toujours fait  militaire.
Le général :    La patrie peut être fière de vous.
On entend des bruits de bombes et d’avions se rapprochant
Le général : et ça continue !. Ça finira jamais le bordel !
Le soldat (se jetant à plat ventre) : attention, mon général, vous allez vous faire tuer ! Couchez-vous !
Le général :Me coucher devant l’ennemi !  Et pis quoi encore
on entend un fracas extrêmement violent. Le général se met à plat ventre
Le soldat : vous disiez, mon général ?
Le général : Ici,normalement, on ne risque rien, enfin, normalement…
Le soldat : sans vouloir vous contrarier, j'ai bien peur du contraire
Le général : mais croyez moi, bon Dieu ! c’est mon métier.
Le soldat : Exactement ce que vous disiez la dernière fois que vous avez donné l’assaut et y en a pas un qui est revenu. Alors, vous m’excuserez…
Le général : Oh, c’est pas sympa, c’est pas bien ça et même c’est mesquin. On avait dit qu'on n'en parlait plus !
Le soldat : d'accord, d'accord j’suis désolé,je ne le ferai plus. Je vous demande pardon.
Le général se met à pleurer
Le soldat : vous pleurez, mon général !
Le général (sanglotant) : à chaque fois qu’on parle de ça, ça me… ça me fout les boules. Quand je pense à tous ces petits gars qui avaient confiance en moi. Et moi, comme un gros con, j’ai gueulé « A l’assaut !» (il pleure de plus en plus fort)  A l'assaut. Alors, ils m'ont écouté, ils l'ont fait. Ils ont monté la colline, en courant comme des gosses. Les salopards en haut, ils les attendaient cachés dans le petit bois avec leur putain de mitrailleuse et tatatatata (il mime le tir).
Le soldat : Général, arrêtez ! arrêttez ! Vous vous faites du mal.
Le général (continuant) : tatatatata. I ( Il s’effondre en larmes dans les bras du soldat)¬
Le soldat ( comme une mère consolant son enfant) : Allons, allons, c’est fini. On se calme. (Il sort un grand mouchoir de sa poche et mouche le général) voilà. Pensez à autre chose. Tenez, Pensez à vos médailles….
Le général : T’as raison, t’as raison. Ça ne te dérange pas que je te tutoie ?
Le soldat : Au point où qu’on en est !
Le général : en réalité, ce n’est pas de ma faute tout ça. Je ne voulais pas être général. Quand j’étais gamin, je voulais être jardinier. Planter des fleurs, c’était mon rêve.
Le soldat : Et ben alors, pourquoi que vous avez fait général, mon général ?
Le général : Mon père, c’est mon père qu’a voulu. Il disait «  avec les temps qui courent, t’auras toujours du boulot. »
Le soldat : Ah, il racontait ça aussi, votre père ?
Le général : Parce que ton père, il disait  pareil ?
Le soldat : Tout pareil.
Le général : Mais alors, pourquoi t’as pas fait général, c’est moins risqué !
Le soldat : parce que je ne voulais pas devenir un planqué  de mes deux.
Le général : à Bah, merci pour moi, ça fait toujours plaisir…
Le soldat : Mais non, mais je dis pas ça pour vous, général. Vous, c’est pas la même chose.
Le général : comment ça, c’est pas la même chose ?
Le soldat :   Vous,vous avez pas peur d’aller sur le champ de bataille. C’est dommage que..
Le général : Que quoi ?
Le soldat : Non, j’ai rien dit.
Le général : Dommage que quoi, bordel de merde !
Le soldat : Vous fâchez pas !  Oh lala ! Comment que je dirais bien ?
Le général : Parle, c’est un ordre !
Le soldat : oui, mais après, vous allez m’en vouloir.
Le général : accouche, bon Dieu ! Ça ne sortira pas d’ici.
Le soldat : d’accord, d’accord ! C’est dommage que… vous fassiez que des conneries, voilà. Je l’ai dit.
(Le général se met à pleurer bruyamment)
le soldat : Eh oh,, mais vous allez pas chialer comme ça toutes les cinq minutes !
Le général : c’est parce que je suis dépressif, tu comprends, je fais de la dépression avec cette saloperie de guerre.
Le soldat : non, je comprends pas. Un militaire, ça déprime pas et un général encore moins
Le général : évidemment, j’aurais dû m’en douter. T’es   un vrai  bourrin, toi. ! Ils faisaient  quoi, tes parents ?
Le soldat : cultivateurs. On avait une ferme avec des vaches. Pourquoi vous me demandez ça ?
Le général (méprisant) : c’est bien ce que je pensais, , des bouseux, incapables d’émotion…
Le soldat : ah ça c’est sûr, tout le monde peut pas être de la haute pétée, avec un père qui fait du fric et une mère qui fait la… la…
Le Général : la quoi ? Vas y, développe, pour voir.
Le soldat :La a… la charité. Une mère qui fait la charité.
Le général (lui donnant une gifle)  : ça t’apprendra !
Le soldat (accusant le coup) : ça va pas, non !, vous avez pas le droit. Vous avez pas le droit de me taper. C’est pas correct. C’est pas dans la convention de Genève. Vous avez  pas le droit
Le général : tu sais où je me la mets, ta convention de Genève ?
Le soldat : Ah ben d’accord. Bravo ! C’est du propre, pour un général.
Le général : oh ça va, je ne t'ai pas fait mal. C’était pour rigoler.
Le soldat : pour rigoler ! Tiens, mon œil ! Je vais le dire. Ça, je vais le dire
Le général : à qui ? Tu vas le dire à qui ? Y a plus personne…
le soldat : je sais pas, mais je vais le dire à quelqu’un par ce que si les généraux se mettent à taper sur leurs soldats, où qu’on va   
Le général : bon, allez, je m’excuse. (Il lui tend la main). T’es content comme ça ? Mais aussi, t’avais qu’à  pas traiter mes parents.
Le soldat : (hésitant à serrer la main
du général
) : n’empêche, c’est pas des façons.
Le soldat retourne à l’épluchage de ses légumes tandis que le général étudie des cartes d’état-major. On entend à nouveau des bruits d’avions et de bombardements.
Le téléphone retentit.

Le général : t’as entendu ?
Soldat :  je suis pas sourd.
Le général : il y a quelqu’un qui nous appelle… je me demande qui ça peut être.
Le soldat : ben, vous avez qu’à décrocher !
Le général : t’es pas fou ?
Le soldat : si vous voulez savoir qui vous appelle, vous avez pas le choix, faut décrocher.
Le général : et si c’était un piège, genre on nous appelle pour s’assurer qu’on est bien là et après « tatata tatata ». On a déjà vu ça.
Le soldat (se levant pour aller décrocher le téléphone). Mais quel pétochard ! (Il saisit le téléphone) allô… allô… allô… c’est qui ? Allô… il y a quelqu’un ?
Le général : raccroche !
Le soldat : attendez, j’entends comme une respiration.
Le général : raccroche que je te dis, c’est une ruse!
Le soldat : Ah lala , mais vous êtes complétement parano !.
 On entend un grand fracas  très proche. Le soldat se met sous la table sur laquelle repose le téléphone.
Le général : et ça, c’est de la parano peut-être ?
(Le soldat s’extirpant de dessous la table) : pure coïncidence !
(Le téléphone se remet à sonner – les deux hommes se regardent, stupéfaits.).
Le général : ne touche à rien ? Il veulent voir si leur coup a réussi.. Si tu décroches, ils verront qu’on est encore vivants et, crois-moi, la prochaine fois….
Le soldat : écoutez, mon général, ça fait des semaines qu’on est là tous les deux, dans ce trou à rat. Dans trois jours, on a plus de flotte, plus de provisions. Je suis en train d’éplucher nos dernières patates. Alors, désolé, mais, si j’ai la chance d’entendre une autre voix humaine que la vôtre, je veux pas la rater.
Le général : mais, tu es fou. Tu vas nous faire tuer.
Le soldat (posant la main sur le téléphone) : c’est vous qui allez nous faire crever. On a plus rien à bouffer. Laissez-moi répondre !
Le téléphone continue de sonner.
Le général (sortant un revolver de sa poche) : si tu décroches, je te dégomme !
Le soldat : ah d’accord ! Tout à l’heure vous m’avez donné une gifle et maintenant vous voulez me refroidir. De mieux en mieux. Si c’est comme ça, vous pouvez me laisser répondre. Je leur dirai que ce n’est pas la peine qu’ils nous envoient une bombe sur la gueule puisque vous allez me zigouiller et qu’après, vous allez crever de faim. Comme ça, ils économiseront des munitions.
Le général : remarque, c’est pas faux ce que tu dis. Ça se défend
(Le téléphone continue de sonner)
le général : bon, alors, qu’est-ce que t’attends, réponds, qu’on en finisse.
Le soldat : faudrait savoir ce que vous voulez par ce que là, c’est pas pour vous vexer, mais vous commencez à me gonfler.
Le général (toujours brandissant son arme) : réponds, nom de Dieu !.
Le soldat : parce que, si je réponds pas, vous allez me dégommer, c’est ça ?
Le téléphone continue de sonner
Le soldat : et puis d’abord, pourquoi ce serait moi ? Pourquoi pas vous ? Allez-y, répondez vous-même ! Après tout, c’est vous le général. C’est sans doute à vous qui veulent parler
Le général : moi, que je réponde ?
Le soldat : ben oui, vous. Vous en voyez un autre de général ?
Le général (se saisissant du téléphone) : allô… à qui ai-je l’honneur ?
Le soldat : et ben, voilà
Le général : tais-toi !… (Il semble écouter quelqu’un) Ah  ben ça alors ! C’est pas possible !
Le soldat : quoi ? C’est quoi qu’est pas possible ?
Le général : mais ferme la, bon Dieu ! Oui, mais bien sûr… bien sûr. Et, vous êtes où, là ?
Le soldat : comment ça « vous êtes où ? » Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
Le général : mais, ta gueule ! Non, Madame, ce n’est pas à vous que je parle.
Le soldat : Madame ?
Le général : ne bougez pas, ne bougez surtout pas ! On vient vous chercher (il raccroche).
Le soldat : j’ai peut-être droit à une petite explication, non ? Vous avez bien dit « Madame » !
Le général : ben oui, j’allais pas dire Monsieur ! vu que c’était une femme.
Le soldat : une femme ! Vous voulez dire… avec des (il mime les seins). Une vraie femme ?
Le général : oui, une gonzesse, une nana, une mousmé, Tu vois ce que c’est ? Tu te souviens 
Le soldat : non ! Enfin, oui, mais pas vraiment. C’est que ça fait une paye…
Le général : une paye que quoi ? Que t’en as pas vu ou que t’as pas…
Le soldat : les deux mon général, les deux. Mais là, si j’ai bien entendu, faut qu’on aille la chercher ?
Le général : exact ..
Le soldat : moi aussi ?
Le général : t’as la trouille ?
Le soldat : et si c’était une ruse !
Le général : C’est qui le parano, là ? une ruse ! Et pourquoi donc ?
Le soldat : enfin, réfléchissez : personne ne sait qu’on est là. Qui connaît notre numéro, je vous le demande. Ça fait combien de temps qu’on nous a téléphoné. Et voilà qu’on reçoit un coup de fil et par ce que c’est une voix de pétasse, hop, vous voulez sortir de votre terrier. Mais c’est gros comme un canon de 75 !  On va se faire aligner, comme des lapins. C’est moi qui vous le dis. Alors, Vous savez quoi ?; allez-y tout seul la chercher votre radasse. Moi, je bouge pas d’ici. Je garde le camp.
Le général : il n’en est pas question. Tu viens avec moi.
Le soldat : je vous demande pardon ?
Le général : tu viens avec moi.
Le soldat : Et si je refuse ?
Le général : tu ne peux pas refuser puisque c’est un ordre !
Le soldat : désolé, mais je refuse quand même.
Le général (sortant à nouveau son revolver) : et là, tu refuses toujours ?
Le soldat : Mais ça devient une manie !vous allez pas recommencer avec votre joujou. Ça suffit. Allez, rangez moi ça. De toute façon, il y a longtemps que j’ai enlevé les balles.
Le général (essayant de tirer avec son arme) : pourquoi tu as fait ça ?
Le soldat : pour vous empêcher de vous blesser. Vous êtes tellement maladroit.
Le général se met à pleurer.
Le soldat : Non, ça suffit ! On ne pleure plus, maintenant.
Le général : tu ne m’aimes pas ; tu ne me respectes pas. Ça ne peut pas durer. ( très énervé) Est-ce que tu sais qui je suis ? Est-ce que tu le sais ?
Le soldat : mais oui, mais oui. Vous êtes général, le plus grand général de la terre.
Le général : eh bien, mon garçon je fais appel à ton sens du devoir. Il y a, quelque part dans cette vaste plaine une femme à sauver. C’est notre mission.
Le soldat : bon, d’accord. Mais pas tout de suite avant, on va faire un petit repos. Après, quand on aura repris des forces, on ira la sauver votre Dulcinée.
le général : Tu me  promets ?
Le Soldat : promis, juré !.
Le général se met au lit.
Le soldat : Voulez-vous que je vous lise une histoire de guerre ?
Le général : non, donne-moi mon cheval !
Le soldat lui donne un cheval en chiffon.
 Le général s’endort avec sa peluche  . Le soldat saisit le téléphone

Le soldat : allô, Raymond. Il est 20 heures. Tu prends la relève ? Oui,.. oui.. je te mets l’uniforme dans le placard de l’entrée, comme d’habitude.  Oui, pas mal, pas mal , mais il était  un peu agité, aujourd’hui. Il m’a même donné une gifle, Je crois qu’on devrait en parler au toubib. Faudrait augmenter les calmants. !


 
 
 


 


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