Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

13 décembre 2019 à 11:24:11

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Les chroniques de [S.] - Incipit

Auteur Sujet: Les chroniques de [S.] - Incipit  (Lu 239 fois)

Hors ligne Merlok

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Les chroniques de [S.] - Incipit
« le: 25 octobre 2019 à 14:14:18 »
Depuis combien de temps parcourait-il les îles de [S.] ? Ses souvenirs semblaient s’éloigner de plus en plus, lui parvenant d’une autre époque, se révélant à lui presque comme un rêve. Tandis que le pilote automatique le conduisait vers sa prochaine destination, le vieil homme était confortablement assis, une page vierge de toute encre sur le bois verni. Il puisait son inspiration à travers cette baie vitrée, l’unique sentiment de liberté qu'il lui restait.

Le soleil mourrait silencieusement à l’horizon.

Le mécanisme des aérofreins se mit en branle et l’appareil piqua du nez vers l’océan de nuages qui avalait une fois de plus l’astre géant. Seul le craquement distant des vagues dorées dont l’écume rouillait l’acier de l’aéronef lui parvenait par moments. Et bientôt, le scintillement des étoiles illuminerait le firmament en arborant sa géométrie céleste.

Son regard affaibli par l’âge ne pouvait se détacher des teintes de jaunes et de rouges qui emplissaient son cœur de mélancolie. Dans l'attente de sa sentence, son esprit divaguait, il s’égarait à mille lieux de cette prison volante. Ils n’avaient pas brisé son envie de conter la vérité. Elle ne tombera pas dans l’oubli ! Un stylo en main, il couchait enfin les derniers mots de cette histoire fabuleuse devenue légendaire.

Il rangea dans sa sacoche les mots à jamais figés dans ce carnet. Le vaisseau termina sa manœuvre d’atterrissage soulevant au passage un mur de sable. Par prudence, l’endroit était isolé. La porte principale sous le ventre d’acier s’ouvrit alors dans un bruit grinçant.

Dans un battement d’ailes, un aigle prenait de l’altitude passant entre deux pics montagneux. L’air frais glissait sous ses plumes. Brusquement, il plongea à une vitesse ahurissante. Lorsqu’il sentit l’air chaud montant du sol, il se déploya pour planer légèrement au-dessus du désert de sable. Il survolait une région éloignée de toute civilisation.

Amplifiant sa vision à la recherche d’une proie, le rapace scruta l’horizon ; un homme avançait à travers les dunes. Le soleil teintait le ciel d’une couleur ocre qui rendait le sable flamboyant. Il se dirigeait vers un petit village niché sur les flancs de la montagne.

Le vieillard se déplaçait de villes en villes, de villages en villages pour raconter l’histoire de cette guerre. Il se disait souvent que si la nouvelle génération se rendait compte de ce que leurs pères avaient perdu, elle pourrait reprendre espoir. Il relatait les légendes les plus diverses jusqu’aux faits les plus héroïques des temps modernes. Il voulait que tout le monde se souvienne et comprenne pourquoi ils en étaient arrivés là.

Il était souvent bien accueilli. Beaucoup s’étaient isolés loin des combats, on les surnommait les Apatrides. Des jeunes bambins aux plus âgés d’entre eux, aucun ne se lassait d’écouter ses histoires.

Arrivé au sommet d’une haute dune, il frotta ses lunettes de soleil. Il distinguait nettement les montagnes à présent. Un rapide coup d’œil le long des rochers, il repéra sa prochaine destination. Sa sacoche de cuir qu’il portait en bandoulière contenait une gourde d’eau. Après une gorgée rapide, il se remit en route espérant arriver avant la nuit.

Accroché sur le flanc de la montagne, le village de Blackfall comptait une centaine d’habitants. Les bâtisses en pierre s’étalaient en quinconce sur un chemin en pente. Ce dernier menait jusqu’au bâtiment imposant du chef.

À l’abri des rayons écrasants, chacun cultivait quelques plantes sur les rares terres arables. Et l’écho du chevrotement des biquettes pouvait s’entendre de très loin. Lorsque les temps étaient difficiles, les habitants achetaient de quoi vivre aux rares frégates commerçantes. Le secret de cet échange fructueux se situait au fond de la rivière toute proche.

Avec les cailloux sombres qui tapissent son lit, elle était surnommée Rivière Noire. Cette dernière recelait de pépites d’or, un secret bien gardé facilitant les échanges. Le village prospérait ainsi tranquillement loin des combats, vivant du strict nécessaire.

Les deux lunes venaient de se lever lorsqu’il arriva au village. Le vieil homme se fraya un passage entre les quelques poules en liberté. La place centrale face lui sembla bien éclairée. Les habitants s’étaient réunis autour de longs tréteaux abondamment garnis de mets fumants. Un grand feu allumé faisait danser les ombres au rythme des flammes. Il réattacha en queue de cheval ses longs cheveux blancs. Et, après avoir secoué le sable collé à sa tunique légère, il s’avança dans la lumière.

Tous les yeux se tournèrent vers lui. Une odeur de viande grillée parvint aux narines du vieil homme. Il saliva. Un géant vêtu d’une veste en cuir sans manches s’approcha alors dangereusement. Ses bras auraient pu soulever au-dessus de sa tête n’importe qui dans l’assemblée. Il fallut un instant avant qu’il n’enlace le nouveau venu le soulevant du sol en lui coupant le souffle.

Après l’avoir reposé à son grand soulagement, Reuben, le chef du village, toussa d’un grondement assez fort pour couvrir la plupart des conversations. Le silence s’installa.

―  Mes amis, je vous présente un des derniers Imprégnés, il est de passage dans notre village et je vous demanderai de l’accueillir comme il se doit, claironna-t-il d’un ton enjoué. Le regard interrogateur de certains avouait qu’ils n’avaient pas tout saisi de la brève présentation.

Imitant leur chef, tous prirent une coupe contenant une substance épaisse. Ils la levèrent au-dessus de leur tête avant d’ingurgiter d’une traite le liquide qu’elles contenaient. Ses paroles résonnant encore sur les rochers, l’imposant chef ajouta :

― Nous fêtons ce soir le solstice d’hiver ! Que tout le monde s’amuse !

Tous les convives entamèrent sans attendre leurs assiettes fumantes.

― Je t’invite à ma table, clama-t-il d’un ton un peu plus bas qui raisonna malgré lui. Tu dois certainement être affamé.
D’un geste de la main, il désigna un siège vide et de l’autre tapota dans le dos du vieil homme qui manqua de basculer en avant.
― Je bénis ton hospitalité, mon ami. Cela faisait longtemps que je n’avais eu un accueil si chaleureux, lui répondit-il en allant s’asseoir avec le soulagement de savoir qu’il n’aurait plus à subir l’assaut de cette main puissante.

Reuben esquissa un sourire et s’installa sur son siège renforcé juste à côté de son invité. Et toutes les conversations reprirent. Alors que le reste de la soirée fut bien arrosé et les plats bien entamés, toute la montagne retentissait au son de l’ambiance enjouée des habitants.

Les jumelles lunaires éclairaient de leur voile argenté tout le village. Un petit vent frais vint faire frissonner tous les convives, on rajouta aussitôt de grandes bûches au feu. Après une dernière gorgée de cette boisson locale qui passa difficilement C’est le moment que le vieux conteur choisit pour prendre la parole :

― Puisque tout le monde est encore éveillé, je vous propose une histoire. Approuvant l’idée, tous allèrent s’assoir autour du feu laissant les enfants se mettre au plus près du conteur.

Le vieil homme esquissa un léger sourire quand il trouva comment capter l’attention. Il se tourna face aux bûches grésillantes. De petites étincelles d’un vert intense entourèrent alors ses poignets. Elles allèrent se déposer au milieu des braises crépitantes. À cet instant, les flammes du brasier devinrent émeraude. Sous les yeux ébahis des jeunes enfants, les alentours plongèrent dans une ambiance étrange. Tandis qu’il entamait son récit, des images se dessinèrent à travers les flammes :

Des hommes avides de pouvoir avait ordonné l’extermination de tout être doté de magie, les Imprégnés. Ils étaient reconnaissables par les stigmates noirs sur leur peau. Plus leur magie devenait puissante et plus cette marque grandissait.

À cette époque, la croyance en un complot organisé par les Imprégnés était dans tous les esprits. Dénonciation, persécution et condamnation à mort constituait alors leur quotidien. L’ampleur du conflit déstabilisa rapidement l’équilibre magique de [S.]. Et les continents se disloquèrent donnant naissance à une multitude d’îles volantes. Seuls les océans demeurèrent à la surface. Les grandes cités furent anéanties ne laissant que ruines à rebâtir.
 
Pour sa survie, la communauté la plus puissante de ce monde décida de s’isoler. Les Imprégnés survivants se réunirent sur une île isolée qu’ils appelèrent l’Arche. Pendant plusieurs siècles, la Barrière qu’ils avaient érigée fût inviolée. Et chaque vaisseau qui tentait de la franchir se heurtait à une ceinture de roches en mouvement impénétrable. Durant les siècles qui suivirent, l’Arche tomba dans l’oubli, elle devint légendaire.

Colonisant les îles accessibles au fil de leurs avancées technologiques, des cités se formèrent et s’allièrent pour former deux royaumes tout-puissants. Les nouveau-nés imprégnés étaient parfois abandonnés ou cachés, sous peine d’être tué. L’histoire du commencement de la guerre débuta dans la cité marchande de Lerverglen. Malgré elle, une jeune orpheline s’engagea sur le chemin de la rébellion. Mais, ses sentiments prirent l’ascendant sur la raison. Tout allait être bouleversé, modifiant l’ordre établi.

Elle s’appelait Aurora. Et, lui, Flyn.
« Modifié: 25 octobre 2019 à 14:34:41 par Merlok »

En ligne Milla

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Re : Les chroniques de [S.] - Incipit
« Réponse #1 le: 03 novembre 2019 à 21:47:38 »
Salut !

au fil de la lecture...
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Ses souvenirs semblaient s’éloigner de plus en plus, lui parvenant d’une autre époque, se révélant à lui presque comme un rêve.
hmm c'est le principe d'un souvenir non ? :\?

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Tandis que le pilote automatique le conduisait vers sa prochaine destination, le vieil homme était confortablement assis, une page vierge de toute encre sur le bois verni.
bizarre ce bois verni qui sort de nulle part, c'est une table ? et il manque peut-être "posé" pour signifier le lien entre la page et le bois, en l'état ça fait bizarre

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Seul le craquement distant des vagues dorées dont l’écume rouillait l’acier de l’aéronef lui parvenait par moments.
comme tu nous situais dans un océan de nuage, je vois pas ce que sont ces vagues dorées :\?

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Et bientôt, le scintillement des étoiles illuminerait le firmament en arborant sa géométrie céleste.
ah mais en fait pour moi piquer ça supposait que ce soit vers le bas. du coup je l'imaginais en train de descendre, pas de monter  >< ou bien j'ai bien compris, vu que plus loin ça parle d'atterrir ? mas alors comment ça des étoiles, si y a un océan de nuages, on ne devrait pas les voir

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Le vieillard se déplaçait de villes en villes, de villages en villages pour raconter l’histoire de cette guerre.
j'avais compris qu'il était retenu prisonnier dans l'aéronef, en fait il était seul dedans et libre d'atterrir et d'en sortir ?? il y a sans doute quelque chose à clarifier

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La place centrale face lui sembla bien éclairée.
manque "à"

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Je t’invite à ma table, clama-t-il d’un ton un peu plus bas qui raisonna malgré lui.
résonna

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toute la montagne retentissait au son de l’ambiance enjouée des habitants.
je ne crois pas qu'on puisse dire qu'une ambiance est "des habitants"

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Après une dernière gorgée de cette boisson locale qui passa difficilement C’est le moment que le vieux conteur choisit pour prendre la parole :
pas de majuscule à "c'est" + à reformuler en évitant ce présent maladroit à mon avis

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Approuvant l’idée, tous allèrent s’assoir autour du feu laissant les enfants se mettre au plus près du conteur.
attention, les participes présent alourdissent les phrases, à utiliser avec modération ;)

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Des hommes avides de pouvoir avait ordonné l’extermination de tout être doté de magie, les Imprégnés.
avaient

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Pour sa survie, la communauté la plus puissante de ce monde décida de s’isoler. Les Imprégnés survivants se réunirent sur une île isolée
répétition

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Des hommes avides de pouvoir avait ordonné l’extermination de tout être doté de magie, les Imprégnés. Ils étaient reconnaissables par les stigmates noirs sur leur peau. Plus leur magie devenait puissante et plus cette marque grandissait.

À cette époque, la croyance en un complot organisé par les Imprégnés était dans tous les esprits. Dénonciation, persécution et condamnation à mort constituait alors leur quotidien. L’ampleur du conflit déstabilisa rapidement l’équilibre magique de [S.]. Et les continents se disloquèrent donnant naissance à une multitude d’îles volantes. Seuls les océans demeurèrent à la surface. Les grandes cités furent anéanties ne laissant que ruines à rebâtir.
 
Pour sa survie, la communauté la plus puissante de ce monde décida de s’isoler. Les Imprégnés survivants se réunirent sur une île isolée qu’ils appelèrent l’Arche. Pendant plusieurs siècles, la Barrière qu’ils avaient érigée fût inviolée. Et chaque vaisseau qui tentait de la franchir se heurtait à une ceinture de roches en mouvement impénétrable. Durant les siècles qui suivirent, l’Arche tomba dans l’oubli, elle devint légendaire.

Colonisant les îles accessibles au fil de leurs avancées technologiques, des cités se formèrent et s’allièrent pour former deux royaumes tout-puissants. Les nouveau-nés imprégnés étaient parfois abandonnés ou cachés, sous peine d’être tué. L’histoire du commencement de la guerre débuta dans la cité marchande de Lerverglen. Malgré elle, une jeune orpheline s’engagea sur le chemin de la rébellion. Mais, ses sentiments prirent l’ascendant sur la raison. Tout allait être bouleversé, modifiant l’ordre établi.

Elle s’appelait Aurora. Et, lui, Flyn.
il faudrait marquer dans la forme le fait que tout cela soit ce que raconte le vieillard, avec les retour à la ligne, c'est trompeur. peut-être passer en italique, ou ouvrir des guillemets ? je n'ai pas réussi à vraiment savoir si c'était les mots qu'il prononçait lui pour raconter ou si c'est le narrateur qui décrit ce qu'il montre dans les flammes. si c'est le vieux qui parle, c'est un peu froid et technique, si c'est une description de la vision, ça manque de détails ambiant.

Hop, tout lu !
Sur le global, j'ai trouvé que c'était un peu embrouillé, difficile de visualiser et de suivre par moment. L'écriture manque aussi un peu de fluidité mais ça reste agréable à lire, toutefois la description de tout cela est un peu froide, j’aurais voulu que tu me permettes de mieux m'imprégner de l'ambiance au niveau sensoriel et émotionnel, peut-être aussi me sentir + avec le personnage auquel je n'ai pas encore réussi à m'attacher.
En tant qu'incipit, je pense aussi qu'il faut que tu poses davantage de clefs d'intrigues, pour vraiment donner envie d'en savoir, en nous amenant à nous poser des questions sur des choses qui paraissent importantes. Là on est surtout dans l'attente d'un récit, mais pas forcément pris d'une curiosité intense.

Bref, j'ai l'impression que tu as plein d'idées et un vaste monde à nous faire explorer ! :) C'est toujours un passage délicat le début, pour bien planter décor et ambiance correctement... ça mérite d'être retravaillé à mon avis, mais il y a un potentiel d'histoire en tout cas !!

Bon courage et au plaisir :)

Milla

Hors ligne Merlok

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Re : Les chroniques de [S.] - Incipit
« Réponse #2 le: 04 décembre 2019 à 09:47:41 »
Bonjour Milla,

Je te remercie pour ta lecture attentive. Ces commentaires sont pris en compte dans ma nouvelle version  ;)

Au plaisir de te lire.


 


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