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14 décembre 2019 à 03:57:46

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Auteur Sujet: La petite chatte est morte ! (réécriture de l'école des femmes de Molière)  (Lu 305 fois)

Hors ligne mierlo.poquelin

  • Plumelette
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Bonjour,

J'ai réécrit "L'école des femmes" de Molière, en prose et dans la langue d'aujourd'hui, afin de remettre la pièce à la portée du grand public d'aujourd'hui.

Je vous met ici ma réécriture de la première scène de la pièce (l'exposition du sujet donc).

J'espère que ça vous plaira et sinon, j'attends vos critiques constructives.

Cordialement,


LA PETITE CHATTE EST MORTE ! (réécriture de l'école des femmes de Molière)

ACTE 1 - SCÈNE 1


CHRYSALDE :

Comment ?! Vous allez vous marier ?!

ARNOLPHE :

Absolument ! Le contrat sera signé devant le notaire cet après-midi et le mariage sera consommé dès ce soir !!!

CHRYSALDE :

Écoutez ! Nous sommes ici seuls. Personne ne peut nous entendre. Voulez-vous bien que je vous parle ouvertement, en toute amitié ?

ARNOLPHE :

Bien entendu ! Bien entendu !

CHRYSALDE :

Quelle que soit la manière dont vous vous y preniez, je pense que vous courez un ENORME risque en vous mariant !

ARNOLPHE :

Ho Ho Ho ! C'est vrai que le risque est grand. C'est vrai.
Mais vous craignez peut-être pour MOI ce que vous craignez surtout pour VOUS !
Je vous rassure tout de suite : tous les maris ne finissent pas cocus.

CHRYSALDE :

Je vous remercie bien du compliment. Mais ce n'est pas de cela dont je vous parlais, bien évidemment. Etre "cocu" comme vous dites, trompé, délaissé un jour par sa femme, peu importe, c'est le destin qui décide de tout dans cette affaire et il n'y a vraiment que les imbéciles pour se préoccuper de ce genre de choses au moment de se marier.
Non, là où vous risquez gros, c'est comme vous passez JUSTEMENT votre temps à vous moquer ouvertement des cocus, comme il n'y en a pas un seul qui ait échappé à vos sarcasmes et dont vous n'ayez colporté partout les malheurs…

ARNOLPHE :

C'est vrai, c'est vrai. Mais enfin franchement, y a t-il une ville au monde où l'on ait des maris aussi ridicules qu'ici et comment ne pas rire de tous ces idiots là ?
Prenez celui là-bas par exemple ! Il laisse sa femme distribuer l'argent qu'il gagne à ceux dont la principale occupation est de le rendre cocu !
Et cet autre là-bas ! Il ne s'inquiète jamais des cadeaux que reçoit sa femme et s'imagine qu'elle doit tous ces présents à sa seule amabilité !
Celui-là en revanche passe son temps à pester contre les amants de sa femme… Mais sans jamais parvenir à faire cesser quoi que ce soit !
Celui-là par contre laisse les choses se faire tranquillement, et quand l'amant de sa femme vient, chez lui, rendre sa "petite visite", il prend son manteau et va faire un tour de promenade !
Et cette femme-là ! Elle a confié à son mari que tel homme la harcelait, officiellement en vain bien sûr ! Et cet idiot se félicite partout de la fidélité de sa femme et plaint son amant pour tout le mal qu'il se donne !
Et cette autre femme enfin ! Pour expliquer tous les cadeaux somptueux qu'elle reçoit de ses amants, elle a dit à son mari qu'elle gagnait de l'argent au jeu ! Et cet imbécile se félicite partout des gains que fait sa femme sans réfléchir une seconde à quels "JEUX" elle peut bien jouer !!!
Oui, je rie de tout cela, bien entendu, car tout le monde en rie.
Comment pourrais-je ne pas rire de tous ces idiots ?

CHRYSALDE :

Oui mais celui qui se moque ouvertement des autres doit craindre que l'on se moque aussi ouvertement de lui !
Moi aussi j'entends tous ces ragots dont un certain nombre d'imbéciles se délectent. Mais, quoi que je puisse apprendre, bien que je puisse parfois condamner certains agissements et que je n'ai aucune intention de me comporter comme cela, je n'ai pourtant jamais cru bon d'aller le crier sur tous les toits et de donner des leçons de morale au monde entier. Car, qui peut jurer quelle serait notre attitude si nous étions un jour, à notre tour, trompé, délaissé par notre femme ?
Personne !
Aussi, s'il m'arrivait un jour un tel malheur, vu la façon dont je me suis comporté jusqu'ici, je suis presque assuré que les gens se contenteront d'en rire derrière mon dos et certains diront même sans doute que je n'ai pas mérité ça.
Mais quant à vous cher ami, il n'en sera certainement pas ainsi ! Vu que je vous ai toujours entendu ricaner bruyamment de tous les "cocus" comme vous dites, pour que l'on ne se moque pas de vous à votre tour dans toute la ville, il va vous falloir être absolument IRREPROCHABLE sur ce point et, comme sur ce sujet-là personne n'est jamais à l'abri de rien, vous marier est donc prendre un ENORME risque !

ARNOLPHE :

Ho ho ho ! Je vous remercie de l'intérêt que vous me portez. Mais ne vous inquiétez vraiment pas pour moi car, de ce côté-là, je n'ai ABSOLUMENT rien à craindre !
Je connais PARFAITEMENT les femmes : leurs mensonges, leurs coups tordus, tous les tours rusés qu'elles peuvent nous jouer.
Et pour me protéger complètement de cela, j'en ai choisi une d'une TOTALE innocence !

CHRYSALDE :

Vous voulez dire que pour ne pas risquer d'être trompé par votre femme, vous allez épouser une idiote ?!

ARNOLPHE :

Épouser une idiote est PRECISEMENT le moyen de ne jamais passer pour un idiot !
Votre femme est certainement quelqu'un de bien. Mais son intelligence est une menace pour vous.
Il suffit pour cela de regarder les exemples autour de nous. Nombreux sont les hommes qui se repentent d'avoir épousé une femme trop intelligente !
MOI, j'irais m'embarrasser d'une "intellectuelle" qui ne parlerait que de livres, de musique, de théâtre et à qui tout le "beau monde" rendrait visite sans que personne ne se soucie jamais de MOI ?!
Non ! Non ! Je n'ai vraiment pas besoin de tout ce cirque ! Je veux au contraire que ma femme soit aussi ignorante que possible, qu'elle ne sache même pas que la terre est ronde, mais seulement comment bien s'occuper de moi, de ma maison, de mon linge et de mes repas !

CHRYSALDE :

Une femme stupide est donc l'idéal auquel vous aspirez ?!

ARNOLPHE :

Tellement que je préférerais encore épouser une femme très laide et complètement idiote qu'une femme très belle mais, malheureusement, intelligente !

CHRYSALDE :

Mais enfin !? La beauté et l'intelligence…

ARNOLPHE :

L'honnêteté suffit !

CHRYSALDE :

Mais… Comment voulez-vous qu'une idiote puisse jamais savoir ce qu'est l'honnêteté ?
En dehors du fait que passer sa vie avec une idiote soit à mon avis d'un ennui mortel, comment voulez-vous que son idiotie même puisse jamais vous garantir de quoi que ce soit ?
Une femme intelligente peut mal se comporter envers nous en effet. Mais encore faut-il qu'elle le veuille ! Mais l'idiote, elle n'aura même pas conscience qu'elle agit mal envers vous et elle vous ridiculisera partout sans se rendre compte de rien !

ARNOLPHE:

Et moi, je vous réponds ce que Pantagruel répondit à Panurge : vous pourriez caqueter comme cela pendant six mois que vous n'arriveriez pas à me convaincre d'épouser autre chose qu'une idiote !

CHRYSALDE :

Comme vous voulez, n'en parlons plus.

ARNOLPHE :

Désolé, mais dans ce domaine-là comme sur la façon de m'habiller, je veux en faire à ma tête !
Je suis à mon avis suffisamment riche et réputé pour pouvoir me choisir une femme qui me devra absolument tout, sa fortune et sa position sociale, et qui ne pourra jamais m'en faire aucun reproche.
Celle que je vais épouser est une orpheline, pauvre mais qui m'a néanmoins charmé, il y a 13 ans de cela, alors qu'elle n'était encore qu'une fillette de 4 ans.
Elle était alors péniblement élevée par une paysanne misérable qui, à ma demande, a été très contente de me la confier entièrement.
Je me suis donc dès lors occupé de l'éduquer selon MA méthode : je l'ai enfermé dans un petit couvent au fin fond d'une de nos campagnes perdues afin qu'on la rende aussi idiote que possible !
Et, maintenant que la voilà grande, je me réjouit chaque jour du merveilleux résultat que j'ai obtenu ! Elle est d'une simplicité dont vous ne pouvez pas avoir idée et me voilà avec une femme EXACTEMENT comme je la souhaite !!!
Je l'ai donc retiré récemment de ce couvent pour nous marier, mais, comme ma demeure est ouverte à toute heure à toute sorte de gens, en attendant, par précaution, j'ai préféré la faire garder par des gens tout aussi simples qu'elle, dans cette autre maison ou personne ne vient me voir.
Vous voyez que j'ai vraiment pris toutes les mesures nécessaires !
Et pour complètement vous rassurer et vous montrer que j'ai bien raison d'en faire ma femme, je vous invite ce soir à dîner avec nous pour fêter notre mariage !

CHRYSALDE :

Si vous y tenez...

ARNOLPHE :

Vous pourrez ainsi la voir et juger de son innocence !

CHRYSALDE :

Ho pour ça ! Après ce que vous venez de me raconter...

ARNOLPHE :

Ho non ! non ! La vérité dépasse vraiment l'imagination vous verrez !
Moi-même, je n'en reviens pas et souvent sa naïveté me fait mourir de rire.
Tenez ! L'autre jour par exemple, elle était très embarrassée et est venue me demander toute penaude, si l'on faisait les enfants... En s'embrassant sur la bouche ! Ha ha ha !

CHRYSALDE :

Hé bien !!! Je suis très content pour vous Monsieur Cornard.

ARNOLPHE :

Haaaaaa ! Pourquoi continuez-vous à m'appeler comme cela ?!

CHRYSALDE :

Ha ! C'est vrai ! Désolé. J'avais encore oublié. Je ne sais pas pourquoi, mais malgré que je fasse bien attention, je n'arrive pourtant jamais à me souvenir qu'il faut maintenant vous appeler "Monsieur de la Souche". Mais quelle idée aussi d'abandonner son nom à plus de 42 ans pour se faire des titres de noblesse frelatés d'un vieux tronc pourri d'une de ses fermes !

ARNOLPHE :

Mais… cette ferme est connue sous ce nom précisément ! La ferme "de la Souche" !

CHRYSALDE :

Parce qu'il y a une vieille souche d'arbre devant !

ARNOLPHE :

Et "de la Souche" me plait davantage que Cornard, voilà tout !

CHRYSALDE :

Oui mais, abandonner le nom de ses parents pour s'en construire un pompeux basé sur rien, voilà bien un des travers de notre époque et, ne le prenez surtout pas pour vous, mais je connais près d'ici un paysan misérable qui n'a pour tout bien qu'un minuscule carré de terre, qui a creusé tout autour un fossé boueux, et qui demande maintenant à ce qu'on l'appelle "Monsieur de l'Isle" !

ARNOLPHE :

Vous pourriez m'épargner les exemples de ce genre, merci ! "De la Souche" est le nom que j'ai choisi de porter ! Il y a de bonnes raisons à cela ! Ce nom me plait ! Merci donc de ne plus m'appeler Cornard !

CHRYSALDE :

Beaucoup comme moi ont pourtant de la peine à s'en souvenir et je vois que vous recevez des lettres...

ARNOLPHE :

Que ceux qui n'en sont pas informés m'appellent encore… de mon ancien nom, c'est parfaitement normal. Vous en revanche !

CHRYSALDE :

Très bien, très bien ! Laissons cela. Je vous promets de faire tout mon possible pour ne plus jamais vous appeler que "Monsieur de la Souche".

ARNOLPHE :

Parfait !
Désolé, mais il faut vraiment que je vous quitte maintenant. Je vais aller leur dire que je suis de retour ! A ce soir donc !

CHRYSALDE :

Ha oui, c'est ça. A ce soir. (à part, au public) Ce type est complètement fou !

ARNOLPHE :

Hé hé hé ! Je crois bien avoir ébranlé ses certitudes et pas qu'un peu ! C'est toujours amusant de voir comment certaines personnes sont absolument persuadées de détenir la vérité !

(fin de la première scène)

 


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