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09 décembre 2019 à 08:58:47

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Auteur Sujet: Alice et le Maire (Nicolas Pariser)  (Lu 275 fois)

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Alice et le Maire (Nicolas Pariser)
« le: 18 octobre 2019 à 19:55:50 »
Critique aisée n°176

Alice et le Maire
Nicolas Pariser – 2019- 1h43
Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier


Qu'est-ce qu'il se passe ?
Première année; L'Homme fidèle ; Le chant du loup ; Une intime conviction ; Roubaix, une lumière ; Deux moi et maintenant Alice et le Maire ! Que se passe-t-il avec le cinéma français ? En plus, il parait que Ceux qui travaillent, c'est pareil ! Très bon aussi !
En aurait-on fini avec les Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?, avec Les Tuches, avec les Vérité si je mens et toutes leurs séquelles ? Ne va-t-on pas bientôt retomber dans les Happy end, les Fantômes d'Ismaël ou les Frankie ?
Sommes-nous définitivement sortis de l'ère de la comédie vulgaire et du drame bâclé où des acteurs vedettes viennent refaire le numéro qu'on leur a demandé la dernière fois et qu'on leur redemandera la prochaine ?
Serions-nous revenus au cinéma classique — drôle ou triste, charmant ou dramatique, tranquille ou mouvementé, on s'en fiche, ce n'est pas la question — je veux dire au cinéma travaillé, écrit, réalisé et joué avec conscience et professionnalisme ?
Avec cette série de films que je viens de citer et avec cet Alice et le Maire qui vient la compléter, on pourrait le croire. (Malheureusement, je crains bien que cette embellie ne soit que de courte durée comme on pourra le constater avec le dernier film d'Yvan Attal, Mon chien Stupide, dont je parlerai bientôt.)

Lui, c'est Paul Théraneau (Fabrice Luchini). C'est un homme politique, de gauche depuis toujours. Il est maire depuis presque aussi longtemps, Maire de Lyon. Ce n'est pas rien. Il a une équipe dévouée, brillante et ambitieuse autour de lui. Mais lui, le Maire, il n'a plus d'idées. Il se compare à une voiture de course dont le réservoir serait à sec et dont seul l'élan lui permettrait d'avancer encore un peu. Elle, c'est Alice Heimann (Anaïs Demoustier). Elle est normalienne. Tout le monde la croit philosophe, et c'est pour cela que la Mairie l'a embauchée, mais elle se défend de l'être et se dit seulement littéraire. Comme le poste pour laquelle on l'avait recrutée a été supprimé avant son arrivée, on ne sait plus trop quoi faire d'elle. Alors on la place dans un tout petit bureau, loin du Maire, à charge pour elle de lui fournir des idées. Des idées sur quoi ? Des idées... Elle a bien quelques idées, non ?

Petit à petit, tandis qu'avec Alice le spectateur découvre le quotidien trépidant du maire d'une si grande ville, le Politique et la Normalienne se découvrent l'un l'autre, s'apprécient, se respectent et se prennent d'amitié à l'occasion d'échanges très écrits sur la modestie, la politique, les intellectuels, Orwell ou le pouvoir.

Ce qui est particulièrement plaisant dans ce film, en dehors de la légèreté et de l'intelligence des dialogues, c'est l'absence remarquable de deux éléments si fréquents dans le cinéma politique bien de chez nous : le manichéisme et le cliché.
Le Maire est de gauche, mais c'est tout. Les idées de gauche ne sont pas magnifiées, et l'opposition n'est pas stigmatisée, c'est tout juste si elle est évoquée. Les communicants et autres technocrates qui entourent le maire sont arrivistes et jaloux de la faveur qu'accorde le maire à sa conseillère, mais c'est tout. Ils ne se perdent pas en méchancetés et intrigues de palais pour détruire la nouvelle venue. Le Maire est un homme aimable, puissant et pas encore vieux, tandis que la Normalienne est une jolie jeune femme sans arrière-pensée, mais c'est tout. Il n'est pas un instant question d'attirance sentimentale ou sexuelle entre eux deux. La résolution du film, que je ne donnerai pas, confirme cette volonté de ne pas tomber dans le cliché du succès ou du drame qui entachent tant de films politiques, qu'ils soient de France ou d'ailleurs.

On a beau y citer George Orwell, Jean-Jacques Rousseau, Marc Bloch et Herman Melville, je ne dirai pas qu'Alice et le Maire est un film intellectuel, ceci pour deux raisons : la première, c'est que cela risquerait de vous dissuader d'aller le voir ; la seconde, c'est que j'ai tout compris, même si je ne sais toujours pas qui était Marc Bloch.

Ce n'est pas un film intellectuel, c'est juste un film intelligent.

J'allais oublié de dire que Luchini était parfait et Anaïs Demoustier aussi.
« Modifié: 18 octobre 2019 à 20:12:44 par Champdefaye »

 


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