Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 novembre 2019 à 02:07:14

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » All Blues

Auteur Sujet: All Blues  (Lu 129 fois)

Hors ligne flulu

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All Blues
« le: 16 octobre 2019 à 17:10:53 »
A mon ami Abe, dont le souvenir m’est revenu un soir de novembre 2003

All blues,

Le soleil tombait lentement vers la mer. Le vent était doux et chaud comme le souffle de la femme aimée. Elle marchait vers mois et moi vers elle, sans hâte. La distance qui nous séparait paraissait immense et infranchissable. Le sable humide était ferme et portait bien mes pas. La respiration bruyante et régulière des vagues qui se brisaient sur le rivage couvrait le bruit des battements de mon cœur. J’accélérait mes pas progressivement jusqu’ à me mettre à courir. Le temps s’écoulait, dense et froid comme un bloc d’obsidienne. Elle se rapprochait peu à peu et je pouvais maintenant distinguer les traits de son visage. Ses longs cheveux roux battaient sur ses épaules au rythme de ses pas. Son regard était encore perdu dans l’ombre. J’allais de plus en plus vite en allongeant ma foulée. Elle se mit elle aussi à courir. Elle tendait vers moi son bras droit la paume de la main ouverte vers le ciel.  En quelques enjambées j’étais à sa portée, ma main tendue vers elle, mes doigts allaient toucher les siens, à cet instant le sol se déchira sous l’impact de mon pied comme un vulgaire décor de théâtre, et je me mis à tomber sans un bruit. Tomber dans le noir comme une feuille morte, sans trajectoire définie, mes cheveux ébouriffés par le vent, pantin désarticulé en rupture d’attaches. Petit à petit je me stabilisais bras et jambes en croix comme si je pensais pouvoir planer, improbable oiseau de plomb dans un espace sans horizon. Le néant qui m’entourait s’emplissait lentement d’une forte lumière, invisible faute de pouvoir se réfléchir sur un quelconque objet, lorsque plus bas ou plus loin, un nuage  de plumes blanches entouré de lambeaux de brume apparut et lui donna vie et animation. Je le traversais dans un éblouissement qui me força à fermer les yeux, et ce fut le choc contre le sol. Un choc mou, sans violence, je me relevais sans dommages et sans souffrance. Le temps de reprendre mes esprits, je le vis droit devant moi, ses épaules couvertes d’une longue cape sombre qui tombait jusqu’ à ses pieds. Son visage très clair, presque pâle, encadré de sa chevelure noire et crépue. Ses lèvres minces apparaissaient à peine entre les vagues de sa moustache et de sa barbe, ses yeux noirs portaient l’ombre d’un sourire. Ses deux mains sortirent de sa cape, elles tenaient un bugle étincelant. Il entrouvrit légèrement ses lèvres et inclina la tête vers son instrument, dès le contact il commença à jouer lentement avec un son si chaud et si proche de la voix humaine que j’eus la chair de poule. D’un geste du buste il m’incita à me retourner, derrière moi était installé un piano à queue laqué blanc et un siège couvert de velours rouge sombre. Le temps de prendre place il arrivait à la fin de son introduction musicale. Sans que j’aie besoin de réfléchir, mes mains et mes doigts trouvèrent la bonne place et le bon rythme. Lancinant blues à trois temps en sol majeur, fleuron de la période cool de Miles Davis, « all blues »  naissait en emplissant l’espace. A cet instant tout était intemporel, rien n’existait plus que l’épanouissement de la mélodie. Elle faisait partie de nos vies comme les fluides qui transportaient l’oxygène dans nos tissus. Elle nous unissait comme le sang de deux jumeaux.  Comme une conversation animée les phrases succédaient aux phrases dans un discours limpide. Chacun se comprenait sans l’artifice d’une langue. Pas de masque ou de maquillage inutile, pas de tromperie et de faux semblants, pas de mensonge en retrait sous un mielleux sourire. Rien que l’émotion et la chaleur de l’amitié. Paradoxe, le temps semblait ne plus avoir de prise sur nos vies, alors que cette musique se nourrit d’un tempo régulier.
Combien d’heures avons-nous joué ensemble cette nuit là ? Combien de notes échangées dans la ferveur d’une amicale communion ? Combien de standards ont défilé dans les vibrations de l’espace nocturne ? Combien de souvenirs heureux ont été évoqués par cette musique ? Il n’y a pas d’outil pour mesurer tout cela. Nos instruments de musique sont des sources de vie éternelle, ils font partie des fibres de notre histoire, ils n’ont ni commencement ni fin, le temps n’a pas plus de prise sur eux, et sur nous quand nous en jouons, que les mathématiques n’ont de chance de connaître un jour l’âge de l’univers. Plus le calcul et la théorie s’affinent, plus l’objectif s’éloigne et le mystère s’épaissit. Merci à Miles Davis, TBone Walker, Big Bill Bronzy, Charlie Parker, Ray Brown, Kenny Clarke, Milt Jackson, Oscar Peterson, Art Farmer, Chet Baker, Horace Silver, Thelonius Monk, Charlie Mingus et tous ceux qui appartiennent à cette immense liste de vie qui a crée l’histoire du Jazz. Tous ceux qui nous ont réunis dans une même passion, un même langage et qui font que notre amitié traversera l’espace temps sans ne jamais prendre une ride et sans perdre de sa vigueur, quelque soit l’état et la localisation de notre enveloppe charnelle.
Lorsque la dernière note de cette nuit laissa la place au silence, le décor en disparaissant laissa la place au plus doux des souvenirs. All blues, toute ma vie sera une longue quête pour apprivoiser le blues, le blues m’est aussi nécessaire que l’eau et l’atmosphère de cette planète, le blues sera ma dernière parole et l’âme de mon dernier souffle.
carpe diem

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Re : All Blues
« Réponse #1 le: 17 octobre 2019 à 00:06:41 »
Salut Flulu (ça rime... :putainlafaute:)

Citer
Elle marchait vers mois
=> mois
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La distance qui nous séparait paraissait immense et infranchissable.
=> hum... je suis pas convaincue : si il (? elle ?) peut la voir, c'est que la distance n'est pas si immense/infranchissable que ça...
Citer
La respiration bruyante et régulière des vagues qui se brisaient sur le rivage couvrait le bruit des battements de mon cœur.
=> c'est beau ça :coeur:
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J’accélérait mes pas progressivement jusqu’ à me mettre à courir.
=> accelérais (c'est du passé simple)
=> je ne suis pas convaincue par "pas" (ce ne sont pas ses pas qu'il/elle accélère, mais le rythme de ses pas) ; je supprimerais  "mes pas" (on se doute bien que s'il accélère, c'est le rythme de sa marche qui augmente)
=> espace en trop entre "jusqu'" et "à"
Citer
Le temps s’écoulait, dense et froid comme un bloc d’obsidienne.
=> :coeur:
Citer
au rythme de ses pas
=> tu as déjà dit "pas" 2 lignes plus haut
Citer
J’allais de plus en plus
=> allais (c'est du passé simple)
Citer
Elle tendait vers moi son bras droit
=> tendit (passé simple)
Citer
En quelques enjambées j’étais à sa portée, ma main tendue vers elle, mes doigts allaient toucher les siens, à cet instant le sol se déchira sous l’impact de mon pied comme un vulgaire décor de théâtre, et je me mis à tomber sans un bruit.
=> on change complètement de sujet au cours de la phrase... concrètement, j'aurais mis un point à la place de la virgule avant "à cet instant" pour séparer la phrase en 2
=> pas de virgule avant "et", qui fait ici office de virgule
=> "le sol se déchira sous l’impact de mon pied comme un vulgaire décor de théâtre" :coeur:
Citer
Tomber dans le noir comme une feuille morte, sans trajectoire définie, mes cheveux ébouriffés par le vent, pantin désarticulé en rupture d’attaches.
=> :coeur:
Citer
Petit à petit je me stabilisais
=> passé simple :-¬?
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improbable oiseau de plomb dans un espace sans horizon
=> :coeur:
Citer
Le néant qui m’entourait s’emplissait lentement d’une forte lumière, invisible faute de pouvoir se réfléchir sur un quelconque objet
=> bah non, la lumière n'est pas invisible, puisqu'il la voit... (il la décrit !) EDIT : tu parlais du néant ? (le néant, ça ne se réfléchit sur rien, par définition, non ? :\?)
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un nuage  de plumes
=> il y a une espace en trop entre "nuage" et "de"
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apparut et lui donna vie et animation.
=> ah ben tu vois quand tu veux avec les passés simples :mrgreen:
=> "lui", c'est qui ? c'est pas clair grammaticalement ni sémantiquement EDIT : c'est le néant ?
Citer
Je le traversais
=> passé simple :-¬?
Citer
fermer les yeux, et ce fut
=> pas de virgule avant le "et" (qui sert déjà de virgule^^)
Citer
je me relevais
=> passé simple :-¬?
Citer
jusqu’ à ses pieds
=> comme plus haut, espace en trop
Citer
encadré de sa chevelure noire
=> de par
Citer
les vagues de sa moustache et de sa barbe
=> je suis pas convaincue par la formulation
Citer
Ses lèvres minces apparaissaient à peine entre les vagues de sa moustache et de sa barbe, ses yeux noirs portaient l’ombre d’un sourire. Ses deux mains sortirent de sa cape, elles tenaient un bugle étincelant. Il entrouvrit légèrement ses lèvres
=> répétition à peu de mots d'intervalles
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Il entrouvrit légèrement ses lèvres et inclina la tête vers son instrument, dès le contact il commença à jouer lentement avec un son si chaud et si proche de la voix humaine que j’eus la chair de poule.
=> même remarque que plus haut, tu changes complètement de sujet en cours de phrase : il faudrait remplacer là virgule avant "dès que" par un point
Citer
Le temps de prendre place il arrivait à la fin de son introduction musicale
=> il manque une virgule après "place" ; j'aurais dit "l'homme" plutôt qu'un énième "il" ici, histoire de varier et de casser la monotonie de répétition
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« all blues »  naissait
=> All Blues + espace en trop après le guillemet de fermeture
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A cet instant tout était intemporel
=> À
Citer
Elle nous unissait comme le sang de deux jumeaux.
=> techniquement, 2 jumeaux ne partagent pas le même sang (ce sont 2 être séparés, chacun "contient" son propre sang)
Citer
Comme une conversation animée les phrases succédaient
=> manque une virgule à la fin du complément circonstanciel (après "animée")
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pas de tromperie et de faux semblants
=> j'aurais dit "ni" plutôt que "et" (vu qu'on est dans une négation)
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Paradoxe, le temps semblait ne plus avoir de prise sur nos vies, alors que cette musique se nourrit d’un tempo régulier.
=> pour la concordance des temps "nourrissait"
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Combien d’heures avons-nous joué ensemble cette nuit là ? Combien de notes échangées dans la ferveur d’une amicale communion ? Combien de standards ont défilé dans les vibrations de l’espace nocturne ? Combien de souvenirs heureux ont été évoqués par cette musique ? Il n’y a pas d’outil pour mesurer tout cela.
=> j'aime bien ça :)
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ils font partie des fibres de notre histoire
=> :coeur:
Citer
à cette immense liste de vie qui a crée
=> créé
Citer
traversera l’espace temps
=> l’espace-temps
Citer
quelque soit l’état et la localisation
=>  quels que soient l’état et la localisation
Citer
All blues
=> j'aurais mis "All blues" en italiques


J'ai pas mal aimé. Le texte est original et les descriptions sont agréables. La langue est globalement fluide. :)
Sur le fond, j'ai l'impression que le texte est parti dans tous les sens (au départ il y a une femme et puis on n'en parle plus jamais après, on rencontre un homme avec qui on joue un morceau de musique et on finit sur une apologie du jazz), mais il y a une atmosphère onirique qui se dégage de ton écrit alors pourquoi pas.
Là où ça pèche AMHA (à mon humble avis), c'est dans la conjugaison - l'alternance imparfait (actions longues)/passé simple (actions courtes) notamment - et dans certaines tournures de phrases qui me semblent grammaticalement bancales (et trop compliquées). P'têt aussi au niveau de la précision sémantique des mots utilisés, mais ça, c'est sûrement pas très grave, c'est juste mon côté un peu rigide^^.

Voilà voilà, n'hésite pas à me faire un retour sur mon commentaire, j'adore les commentaires de commentaires ;)
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Hors ligne flulu

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Re : All Blues
« Réponse #2 le: 18 octobre 2019 à 08:04:01 »
Merci pour cette analyse pertinente et détaillée.
Il eut été plus sage de me relire pour corriger les fautes
Mon souci c'est la trop grande spontanéité, l'urgence de coucher le verbe sur le papier
Je suis musicien, pianiste de jazz, et lorsque j'improvise il n'y a pas moyen de revenir en arrière, parfois j'entends la faute mais au moment où elle m'apparaît elle est déjà happée par le tempo qui courre.
Pour ce qui est de l'imparfait et du passé simple je suis d'accord avec toi c'est trop brouillon
j'ai pour progresser écris un roman avec deux très fortes contraintes : tout à la première personne et tout au présent !
c'est un combat pour chaque phrase mais le résultat est plus cohérent.
si tu veux je peux te l'envoyer au format pour une liseuse
carpe diem

Hors ligne Léilwën

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Re : All Blues
« Réponse #3 le: 18 octobre 2019 à 21:50:03 »
Tu peux corriger les fautes et relire maintenant, en éditant ton texte. ;)

Oui, tout écrire au présent solutionne pas mal les problèmes de temps. Mais puisque tu es ici pour t'entraîner et progresser, tu peux écrire au passé, à force, les "règles" rentreront petit à petit. :)

Je n'ai pas de liseuse et je suis assez occupée en ce moment, mais peut-être plus tard.

À bienôt !
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