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19 novembre 2019 à 08:07:50

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Auteur Sujet: L'art de parler aux poissons  (Lu 1564 fois)

Hors ligne Miléna

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L'art de parler aux poissons
« le: 15 septembre 2019 à 12:21:15 »
/!\ Attention, ce sujet évoquera la difficulté pour un individu réfléchi à s'adresser et à nouer une communication sereine avec  des personnes aillant une réflexion moins élaboré et une vision du monde moins subtile. Cette conversation est susceptible de contenir des éléments de discourt qui, mal exprimé, pourraient passer pour prétentieux ou condescendant. L'auteur de la dites conversation souhaitait affirmé en préambule sa volonté de faire de cette conversation un lieu d'échange et de bienveillance, pour comprendre cette difficulté (non un lieu de brossage de l'égo dans le sens du poile). /!\

J'ouvre ce sujet pour parler d'une difficulté que je rencontre souvent et qui me pause réflexion ces derniers temps.
Régulièrement je me retrouve à devoir discuter ou travailler en compagnie de personnes avec lesquels je ressent un écart cognitif. Soit j'ai le sentiment que ces personnes ne me comprennent pas parce qu'elles ne sont pas assez intelligentes (j'ai le sentiment qu'elles ont moins de connaissances que moi, un regard sur le monde moins élaboré, une réflexion moins profondes et un rapport aux problèmes plus basique et pragmatique que le mien). Soit je ressens que j'ai des outils qu'elles n'ont pas (par exemple en terme de communication ou de rédaction : je vais percevoir tel fonctionne et savoir qu'il conduit à l'échec, avoir d'autre outils pour sortir de la situation d'échec et ne pas savoir comment faire entendre à l'autre que son attitude n'est pas productive, ni comment lui faire adopter une attitude différente qui ne conduirait pas à une situation d'échec).
Je ne suis pas sûr de parvenir à m'exprimer correctement.
J'ai appelé ça "parler aux poissons"
Basiquement et pour le dire un peu crûment, c'est ce que je ressens quand je parle avec des gens qui me semblent plus cons que moi.

Est-ce que vous avez déjà ressenti ce genre de décalage ? Est-ce que vous avez déjà eu des difficulté à discuter avec quelqu'un parce que vous aviez l'impression qu'il n'était pas suffisamment intelligent pour vous comprendre ?

Dans l'absolue j'aimerais bien pouvoir parler avec tout le monde, quelques soient les différences qui puissent me séparer des autres et du coup ça m'intéresserait de savoir si vous avez déjà rencontré ce type de difficulté et comment vous les surmontez quand elles se présentent.

En ligne Miromensil

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #1 le: 15 septembre 2019 à 13:52:45 »
Je dois être la pire personne pour parler de ça mais bon... oui le décalage est omniprésent, oui j'ai des difficultés à communiquer, à tel point que je ne m'en étonne plus/n'y pense plus. Mais je ne pense pas que cela soit parce que j'ai l'impression d'être trop intelligent pour lui/eux. J'ai moins confiance en moi que toi je pense, ça joue, ça ne me viendrait pas à l'esprit de me dire que je parle à des "poissons" (enfin, d'avoir cette posture où je me sentirais incompris parce que j'aurais en face de moi des ignares). Je me dis que ces personnes-là ont des points forts dont moi je ne suis pas doté.

Quelque chose me gêne dans l'intitulé du premier post en fait, j'ai du mal à mettre le doigt dessus... Peut-être parce que j'ai déjà été dans la position de ce que tu appelles un poisson. Quelqu'un me parlait et je ne réagissais probablement pas comme il escomptait, ou je ne donnais pas le change, ne réagissais pas, ne rentrais pas dans le jeu d'une argumentation, ce genre de choses. Ce n'est pas très agréable de voir que la personne en face arrête de vouloir discuter avec toi parce qu'elle te trouve débile - pour les fois où je m'en rends compte, hinhin.

Puis je ne pense pas que les choses soient si dichotomiques... admettons que j'écrive, que j'aime ça, que j'essaie de communiquer ma passion à qqn (ça ne risque pas de m'arriver), et qu'il ne me comprend pas parce que son habitus est trop restreint et que dès qu'on lui parle de quelque chose qu'il ne connait pas, il ramène ce quelque chose (une passion pour un texte compliqué admettons) aux catégories appartenant à la terra cognita de son entendement, au point de réagir par la peur et par le rejet parce que ce dont je lui parlerais relèverait de terres inconnues (peut-être parce qu'il ne lit rien de compliqué), de sorte qu'il m'apparaisse comme un débile, j'ai conscience que dans d'autres domaines, très probablement, parce que je ne sais pas et je ne connais pas tout, ce serait moi le débile et le lui le "savant", ou du moins doté de connaissances que je n'ai pas (ça peut-être des connaissances pratiques).

mais globalement dans la vie de tous les jours je suis plus un poisson comme tu dis, donc j'ai du mal à me situer sur la même longueur d'ondes que le propos de ton premier post

édit : je me demande si, au cours de la discussion qui va suivre, des gens n'auront pas peur de dire "oui tout à fait, je sais que je suis plus intelligent que les autres" (parce que hein qu'est-ce que l'intelligence toussa toussa)
« Modifié: 15 septembre 2019 à 14:00:09 par Miromensil »

Hors ligne Verasoie

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #2 le: 15 septembre 2019 à 14:45:54 »
Je trouve cet intitulé délire  :mrgreen:

J'ai ressenti ça à plusieurs occasions. Mais le décalage peut venir de plein de trucs, ça peut être un décalage cognitif (ce dont tu parles donc), mais aussi un décalage culturel (essayer d'expliquer que t'es lesbienne à quelqu'un que RIEN dans tout ce qu'il a connu dans sa vie n'a préparé à l'éventualité de l'existence de l'homosexualité féminine, c'est édifiant), ou un décalage de maturité.

Perso je kiffe. C'est hyper intéressant de partager des points de vue quand y'a un gouffre entre eux, c'est un défi différent, un partage différent. Comprendre le point de vue de l'autre qui est à des bornes du notre (et ça peut passer pour du "il est limité" du coup) c'est aussi hyper intéressant. Pour tout dire j'avais pas conscience avant deux-trois ans que pour certaines personnes ça pouvait devenir une souffrance (un sentiment de solitude et d'incompréhension totale lié au fait de faire des liens mentaux que personne d'autre ne fait. Merci Elhora qui passe pu par là mais c'est franchement elle qui m'a ouvert les yeux là-dessus  :coeur:).

Je crois que le "décalage de capacité" qui me fatigue le plus (au sens propre, fatiguer vraiment) c'est le décalage d'empathie. Quand je parle à quelqu'un qui est incapable de se mettre à la place des autres même si j'essaie de l'y aider, c'est dur ^ ^.

Mais sinon j'ai jamais ressenti de souffrance du "décalage cognitif" notamment parce que je me suis très vite entourée virtuellement de gens à des fonctionnements similaires. Via forums, surtout. MMORPGs. Férus de SFFF. Hello les geeks :mrgreen:
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #3 le: 15 septembre 2019 à 17:08:35 »
Y a un truc que je retire du point de vue de Miro (enfin non, pas qu'un du tout, mais là en l'occurrence je vais parler d'un), c'est : Miléna, à partir du moment où tu as l'impression de parler aux poissons, c'est que potentiellement l'autre a la même vision des choses, non ? si la communication passe pas d'un côté, l'autre aussi a l'impression de discuter avec un poisson non ? du coup, je vois pas comment hiérarchiser sur une échelle quelconque (encore plus l'intelligence, que je ne sais pas comment définir, et d'ailleurs je suis juste effrayé à l'idée que ce fil glisse lentement vers le fil des THQI).

Par rapport à ce que tu dis, Vera, le décalage culturel ça peut être très compliqué oui, et mener à un genre de frustration et de résignation hyper sombre, et globalement à beaucoup d'absurdité. C'et le genre de trucs qui peut me faire un peu bader.
Par exemple, quand je lis, et que quelqu'un vient, curieux, engage la discussion et me demande ce que je peux bien foutre avec cet objet entre les mains, et me dit : "c'est le Coran ?". Ca, ça me brise le coeur pendant le reste de la conversation (oui après l'oubli le recolle...). Y a tellement de choses dans ma vie qui sont articulées à la littérature, c'est une part tellement prépondérante en fait, que réaliser que pour beaucoup de monde sur cette planète la littérature est un concept inconnu et qu'il n'y a de livre que le Livre, ça m'en bouche un coin et c'est comme si mon coeur était une bibliothèque qui s'effondrait.
Cette scène m'arrive malheureusement de temps en temps. Comment expliquer que je trouve certains de mes plus grands plaisirs, mais aussi réconforts existentiels, dans la lecture de certain.e.s auteur.e.s ? comment expliquer que le métier que j'aie le plus pratiqué soit celui de libraire ("c'est un métier lié à ta religion alors ?" m'a-t-on très souvent fait remarquer) ? comment expliquer que je me dédie (c'est un peu cru dit comme ça mais c'est quand même la vérité) à l'écriture ?

(Mais aborder la question de l'homosexualité c'est en effet une autre manière de potentiellement mettre au jour de façon très vive/brutale le décalage culturel)
« Modifié: 15 septembre 2019 à 17:10:28 par Lo »
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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #4 le: 15 septembre 2019 à 18:49:37 »
Et l'art de parler aux cons ?

Je n'éprouve aucune difficulté à parler avec quelqu'un qui n'est pas en accord avec mes idées car j'ai décidé une bonne fois pour toutes de ne plus chercher à convaincre.
Evoluant dans un milieu du travail où chaque jour je fais face à des gens matérialistes, racistes, homophobes, haineux, jaloux,  j'ai abandonné l'idée d'aller plus loin dans la conversation.
Je fais l'hypocrite, je leur donne un crédit qu'ils n'ont pas.
N'ayant aucune propension au conflit qui pourrait conduire à la violence, j'abrège.
Quelques contre-exemples existent mais peu malheureusement.

Citer
(Mais aborder la question de l'homosexualité c'est en effet une autre manière de potentiellement mettre au jour de façon très vive/brutale le décalage culturel)

Certes, le décalage culturel mais enfin quand même, qui peut empêcher quelqu'un de penser par lui-même, Dieu, le président de la république ?
Autant j'ai fait le dos rond, courbé l'échine tout le long de ma vie, j'ai toujours gardé ma liberté.
Il est vrai que je ne suis pas très courageux en ne disant pas NON.

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #5 le: 15 septembre 2019 à 19:08:12 »
En confondant "décalage cognitif" et "désaccord des idées", et aussi "décalage culturel" et "libre-arbitre", tu donnes un parfait exemple de ce que c'est de converser avec un poisson. :mrgreen:

(Et du coup je le dis sans animosité mais je pense à la lecture du message que vous parlez clairement pas de la même chose).
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #6 le: 15 septembre 2019 à 19:30:53 »
Je tiens à préciser ces deux notions pour y voir moi-même plus clair. 

Un « décalage cognitif » doit être perçu, chez quelqu'un, comme une façon de penser et de sentir différemment ; et un « décalage culturel », plutôt comme une façon singulière d’être et de vivre.  :)

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #7 le: 15 septembre 2019 à 22:58:08 »
J'ai appelé ça "parler aux poissons"

Ben à strictement parler, pour reprendre ta métaphore sur le pied de la lettre, quand on parle aux poissons (au premier degré et pour de vrai), ils en ont juste rien à foutre. C'est une absence d'intérêt et non un problème fondamental d'intelligence (je veux dire les poissons n'échouent pas à te comprendre, ils n'en ont même pas la motivation). Et puis, cela dit, les poissons survivront peut-être à l'humanité, pour ce qu'on en sait, restons donc humbles avant de les traiter de "cons"  :mrgreen:. Blague à part, ça m'est arrivé de faire des gros bides en lançant une conversation avec quelqu'un qui n'en avait rien à braire ou à qui ça ne parlait absolument pas. Je ne suis pas sûr que ce soit une simple question d'intelligence... Sinon, comme Miromensil, je me classerai plutôt du côté des poissons, à la fois parce que je m'y sens mieux, et parce que je me vois plus comme ça (et pourtant je suis taureau comme signe astrologique, mais ça ne me va pas du tout  |-|).

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #8 le: 16 septembre 2019 à 10:48:09 »
Moi pour la communication orale, je fonctionne comme si je voyageais. A chaque dialogue, je cherche la langue commune pour qu'on s'y retrouve à deux. Si on me tire vers un truc auquel je comprends rien, comme je suis plutôt curieuse, je dis que je comprends pas quand je comprends pas et je demande de simplifier ou de réexpliquer jusqu'à ce que je comprenne. J'ai encore pas trouvé de sujet qui m'ennuie, me semble, y compris des trucs basique ou technique, j'aime bien me nourrir un peu de tout. Par contre quand ça tourne à des discours avec lesquels je suis en très profond désaccord, je perds mes moyens, je deviens toute rouge, je voudrais contre argumenter mais je sais pas faire calmement alors je parle vite et fort en lançant des "aaaah mais tu peux pas dire ça" (super constructif comme argument XD) et ensuite je m'en veux de pas avoir plus de culture et d'aplomb pour parler de mes idées (mais tout cela est un peu hors sujet).
Et enfin, j'ai le plus souvent l'impression que ma vie/mes avis/mes connaissances ne sont pas intéressants à transmettre, donc souvent dans les dialogues je fais plutôt parler les gens d'eux, parce que pour le coup j'apprends toujours des histoires, des pensées, des trajectoires et que ça me passionne. Donc je me rappelle pas m'être retrouvée dans cette position que tu décris, Miléna.
Globalement j'ai l'impression que dans la communication orale, si on a des connaissances pointues (je peux pas parler d'intelligence, parce que pour moi l'intelligence des uns des autres n'a aucun sens à être comparée vu sa multiplicité), on peut en parler avec n'importe qui, même si y a un fossé, du moment où on fait l'effort de chercher le langage commun et le contenu où l'échange a un sens. Ce qui suppose d'être à l'écoute de ce que l'autre pense comprend et prend de ce qu'on raconte pour que ce soit bien un dialogue et non un monologue ou un cours...
Mais du coup, de fait, j'ai l’impression que si on arrive avec l'envie préfaite de parler d'un truc et d'en dire ça ça et ça, c'est une communication avec soi même et pas une relation orale avec la personne qu'on a en face. C'est pour ça que je disais que pour moi, dans chaque rencontre donnant lieu à communication orale, l'échange naît de l'addition des deux personnes. Et du coup j’ai tendance à trouver tout le monde intéressant (à part les gens trop bourrés ou je coupe court et je me barre 3615#les fêtes de village dans le beaujolais).

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Re : Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #9 le: 16 septembre 2019 à 11:36:18 »
Moi pour la communication orale, je fonctionne comme si je voyageais. A chaque dialogue, je cherche la langue commune pour qu'on s'y retrouve à deux. Si on me tire vers un truc auquel je comprends rien, comme je suis plutôt curieuse, je dis que je comprends pas quand je comprends pas et je demande de simplifier ou de réexpliquer jusqu'à ce que je comprenne. J'ai encore pas trouvé de sujet qui m'ennuie, me semble, y compris des trucs basique ou technique, j'aime bien me nourrir un peu de tout. Par contre quand ça tourne à des discours avec lesquels je suis en très profond désaccord, je perds mes moyens, je deviens toute rouge, je voudrais contre argumenter mais je sais pas faire calmement alors je parle vite et fort en lançant des "aaaah mais tu peux pas dire ça" (super constructif comme argument XD) et ensuite je m'en veux de pas avoir plus de culture et d'aplomb pour parler de mes idées (mais tout cela est un peu hors sujet).
Et enfin, j'ai le plus souvent l'impression que ma vie/mes avis/mes connaissances ne sont pas intéressants à transmettre, donc souvent dans les dialogues je fais plutôt parler les gens d'eux, parce que pour le coup j'apprends toujours des histoires, des pensées, des trajectoires et que ça me passionne. Donc je me rappelle pas m'être retrouvée dans cette position que tu décris, Miléna.
Globalement j'ai l'impression que dans la communication orale, si on a des connaissances pointues (je peux pas parler d'intelligence, parce que pour moi l'intelligence des uns des autres n'a aucun sens à être comparée vu sa multiplicité), on peut en parler avec n'importe qui, même si y a un fossé, du moment où on fait l'effort de chercher le langage commun et le contenu où l'échange a un sens. Ce qui suppose d'être à l'écoute de ce que l'autre pense comprend et prend de ce qu'on raconte pour que ce soit bien un dialogue et non un monologue ou un cours...
Mais du coup, de fait, j'ai l’impression que si on arrive avec l'envie préfaite de parler d'un truc et d'en dire ça ça et ça, c'est une communication avec soi même et pas une relation orale avec la personne qu'on a en face. C'est pour ça que je disais que pour moi, dans chaque rencontre donnant lieu à communication orale, l'échange naît de l'addition des deux personnes. Et du coup j’ai tendance à trouver tout le monde intéressant (à part les gens trop bourrés ou je coupe court et je me barre 3615#les fêtes de village dans le beaujolais).
Tu as peut-être raison mais pour ma part, j'ai abdiqué.Trop long, trop compliqué. Faire l'idiot utile ne m'intéresse plus.
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Re : Re : Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #10 le: 16 septembre 2019 à 11:51:13 »
Moi pour la communication orale, je fonctionne comme si je voyageais. A chaque dialogue, je cherche la langue commune pour qu'on s'y retrouve à deux. Si on me tire vers un truc auquel je comprends rien, comme je suis plutôt curieuse, je dis que je comprends pas quand je comprends pas et je demande de simplifier ou de réexpliquer jusqu'à ce que je comprenne. J'ai encore pas trouvé de sujet qui m'ennuie, me semble, y compris des trucs basique ou technique, j'aime bien me nourrir un peu de tout. Par contre quand ça tourne à des discours avec lesquels je suis en très profond désaccord, je perds mes moyens, je deviens toute rouge, je voudrais contre argumenter mais je sais pas faire calmement alors je parle vite et fort en lançant des "aaaah mais tu peux pas dire ça" (super constructif comme argument XD) et ensuite je m'en veux de pas avoir plus de culture et d'aplomb pour parler de mes idées (mais tout cela est un peu hors sujet).
Et enfin, j'ai le plus souvent l'impression que ma vie/mes avis/mes connaissances ne sont pas intéressants à transmettre, donc souvent dans les dialogues je fais plutôt parler les gens d'eux, parce que pour le coup j'apprends toujours des histoires, des pensées, des trajectoires et que ça me passionne. Donc je me rappelle pas m'être retrouvée dans cette position que tu décris, Miléna.
Globalement j'ai l'impression que dans la communication orale, si on a des connaissances pointues (je peux pas parler d'intelligence, parce que pour moi l'intelligence des uns des autres n'a aucun sens à être comparée vu sa multiplicité), on peut en parler avec n'importe qui, même si y a un fossé, du moment où on fait l'effort de chercher le langage commun et le contenu où l'échange a un sens. Ce qui suppose d'être à l'écoute de ce que l'autre pense comprend et prend de ce qu'on raconte pour que ce soit bien un dialogue et non un monologue ou un cours...
Mais du coup, de fait, j'ai l’impression que si on arrive avec l'envie préfaite de parler d'un truc et d'en dire ça ça et ça, c'est une communication avec soi même et pas une relation orale avec la personne qu'on a en face. C'est pour ça que je disais que pour moi, dans chaque rencontre donnant lieu à communication orale, l'échange naît de l'addition des deux personnes. Et du coup j’ai tendance à trouver tout le monde intéressant (à part les gens trop bourrés ou je coupe court et je me barre 3615#les fêtes de village dans le beaujolais).
Tu as peut-être raison mais pour ma part, j'ai abdiqué.Trop long, trop compliqué. Faire l'idiot utile ne m'intéresse plus.
tu as dû mal me lire, je ne me sens ni idiote ni utile quand je parle la même langue que la personne en face de moi, et quand je suis dans la position inverse je me sens pas manquer d'intelligence si mon interlocuteur n'est pas capable de prendre le temps pour se faire comprendre, je me dis juste que je suis avec quelqu'un qui a envie de s'écouter parler et pas de transmettre ou d'échanger.

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Re : Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #11 le: 16 septembre 2019 à 12:36:45 »
[...]
Mais du coup, de fait, j'ai l’impression que si on arrive avec l'envie préfaite de parler d'un truc et d'en dire ça ça et ça, c'est une communication avec soi même et pas une relation orale avec la personne qu'on a en face.
[...]

C'est très vrai, et généralisable aussi aux attentes que l'on a sur l'autre. L'autre ne se conforme jamais à l'image de l'idéal que l'on pourrait avoir de cet interlocuteur parfait. De fait, si on idéalise trop son interlocuteur, il déçoit toujours. En vérité, la réciproque est vrai, on déçoit toujours si l'autre nous a trop idéalisé. Moi j'avais tendance à beaucoup "penser" certains échanges avant qu'ils aient lieu, et d'expérience je confirme que c'est une connerie. Ça ne se passe jamais comme on voudrait. Il y a dans l'échange humain quelque chose d'imprévisible, il s'y trouve plein de choses mais aucune que l'on aurait pu anticiper parfaitement. Après, et sans vouloir porter un jugement (j'étais concerné, je le suis encore), mais l'impression de parler à un poisson peut simplement résulter d'une inaptitude en "théorie de l'esprit", c'est à dire l'incapacité à se mettre à la place de l'autre (c'est une capacité sociale délicate), et donc à nouer le dialogue (et non un monologue comme le dit Milla). C'est d'ailleurs fortement ce à quoi me fait penser le post d'entrée de ce fil de discussion, personnellement, c'est à dire à une sorte de "cécité" sociale. Je ne pense pas en revanche qu'il soit vraiment question d'intelligence là-derrière (ni pour celui-qui-parle-aux-poissons, ni pour le poisson)  ;).

ps : celui-qui-parle-aux-poissons, c'est un bon nom de chef indien, par ailleurs...

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #12 le: 16 septembre 2019 à 14:30:32 »
J'aime bien ta réponse Miro ^^
Je trouve qu'elle met bien le doigt sur ce que mon premier post à de politiquement incorrecte  :D
Je trouve que la langue française n'aide pas beaucoup à parler de l'intelligence.  Même en ayant de bonnes intentions les seuls mots à notre porté font immédiatement entrer le discours dans un rapport dichotomique (tu le soulèves très bien Miro) entre des individus intelligents (jugé positivement par la société) et des individus peu ou pas intelligent (jugé négativement par la société). Avec toute la difficulté insoluble de définir ce qu'est l'intelligence.

Citer
Puis je ne pense pas que les choses soient si dichotomiques... admettons que j'écrive, que j'aime ça, que j'essaie de communiquer ma passion à qqn (ça ne risque pas de m'arriver), et qu'il ne me comprend pas parce que son habitus est trop restreint et que dès qu'on lui parle de quelque chose qu'il ne connait pas, il ramène ce quelque chose (une passion pour un texte compliqué admettons) aux catégories appartenant à la terra cognita de son entendement, au point de réagir par la peur et par le rejet parce que ce dont je lui parlerais relèverait de terres inconnues (peut-être parce qu'il ne lit rien de compliqué), de sorte qu'il m'apparaisse comme un débile, j'ai conscience que dans d'autres domaines, très probablement, parce que je ne sais pas et je ne connais pas tout, ce serait moi le débile et le lui le "savant", ou du moins doté de connaissances que je n'ai pas (ça peut-être des connaissances pratiques).

J'aime beaucoup ce paragraphe, je trouve qu'il exprime assez bien ce sentiment de décalage que je ressens, exprimé sans rapport dichotomique ^^

Pour ma part, je perçois l'intelligence comme un muscle : on en est tous doté avec un potentiel équivalent (je ne crois pas personnellement en l'idée que certaines personnes serait "plus intelligente" de façon inné). Quand on pratique ce muscle (l'intelligence) on devient plus fort, comme n'importe quel sportif qui pratiquerait son sport avec régularité. Si on est assidu, et qu'on a la chance de travailler dans de bonnes conditions (un cadre de vie favorisant l'étude, l'accès à un enseignement de qualité, la possibilité de rencontrer et échanger avec une grande variété de personne, la multiplication des expériences de vie et des rencontres, ...) on progresse. Si à l'inverse on renonce à travailler ce muscle ou qu'on le travail dans de mauvaises conditions (on échange toujours avec les mêmes personnes ou avec un seul profil de personnes, on se trouve dans un cadre qui ne favorise pas l'étude, on reste enfermé dans sa zone de confort, on apprend auprès de mauvais professeur, ...) au mieux on ne progresse pas au pire on régresse.

Donc dans ma conceptions des choses les écarts de niveaux existent, mais je suis dans l'ensemble assez d'accord avec Miro et d'autres qui ont fait le même type de remarques : l'intelligence prend de multiples aspect (les points forts de quelqu'un peuvent être les points faibles de l'autres). Il n'y a pas dans ma conception des choses une définition strictes et unanime de l'intelligence mais plutôt une infinité de variante. De même qu'il n'y a pas dans ma conception des choses une seule voie d'accès à la connaissance.

J'aime beaucoup l'idée de Miro selon laquelle on est tous un poisson pour quelqu'un ^^ (ou qu'on est tous un poisson à un moment donné).
Et j'aime aussi beaucoup la remarque de Lo selon laquelle quand on a l'impression de parler à un poisson, c'est peut-être parce que au final le poisson c'est nous.

Vera, c'est intéressant ce que tu dis sur le décalage culturel. C'est vrai que je me suis déjà confronté à des gens adèpte du sexisme ordinaire (pas vraiment mysogine mais juste sexiste par ignorance, parce qu'ils n'ont jamais été en contactes avec les théories féministes et que tout un tas de truc leur paraisse "dans l'ordre des choses"). Spontanément c'est vrai que j'aurais pas rangé ça dans le décalage culturel (j'aurais mis ça sur le compte de l'ignorance : ignorance des théories féministes dans mon exemple) mais c'est vrai que c'est peut-être plus juste d'y voir un décalage culturel. Mais c'est vrai aussi que je vois pas bien comme la haine de l'autre peut être une culture (et donc je range ce genre de mécanisme plutôt dans le décalage cognitif).

Citer
Par exemple, quand je lis, et que quelqu'un vient, curieux, engage la discussion et me demande ce que je peux bien foutre avec cet objet entre les mains, et me dit : "c'est le Coran ?". Ca, ça me brise le coeur pendant le reste de la conversation (oui après l'oubli le recolle...). Y a tellement de choses dans ma vie qui sont articulées à la littérature, c'est une part tellement prépondérante en fait, que réaliser que pour beaucoup de monde sur cette planète la littérature est un concept inconnu et qu'il n'y a de livre que le Livre, ça m'en bouche un coin et c'est comme si mon coeur était une bibliothèque qui s'effondrait.

J'adore cette anecdote ^^ je crois que c'est un peu ce que je ressens quand j'ai l'impression de parler aux poissons.

Ben à strictement parler, pour reprendre ta métaphore sur le pied de la lettre, quand on parle aux poissons (au premier degré et pour de vrai), ils en ont juste rien à foutre. C'est une absence d'intérêt et non un problème fondamental d'intelligence (je veux dire les poissons n'échouent pas à te comprendre, ils n'en ont même pas la motivation). Et puis, cela dit, les poissons survivront peut-être à l'humanité, pour ce qu'on en sait, restons donc humbles avant de les traiter de "cons"  :mrgreen:. Blague à part, ça m'est arrivé de faire des gros bides en lançant une conversation avec quelqu'un qui n'en avait rien à braire ou à qui ça ne parlait absolument pas. Je ne suis pas sûr que ce soit une simple question d'intelligence... Sinon, comme Miromensil, je me classerai plutôt du côté des poissons, à la fois parce que je m'y sens mieux, et parce que je me vois plus comme ça (et pourtant je suis taureau comme signe astrologique, mais ça ne me va pas du tout  |-|).
Oui et c'est un peu ça tout mon dilemme.
Effectivement les poissons s'en foutent, mais je ne suis pas prête à accepter comme règle de vie qu'il existe une catégorie de personnes avec qui je renonce à communiquer  |-|
Pour moi, lorsque la communication est rompus avec un individu (par incompréhension, désaccord ou incapacité à nouer ou renouer la conversation) il faut momentanément renoncer (quitte à retenter sa chance plus tard). Mais de mon point de vue ce sont des cas qui reste situationnel. A tel instant T, je n'ai pas réussi à dialoguer avec toi, individu qui me ressemble, j'ai échouer à aller à ta rencontrer. Mais de la à en conclure "tu es un poisson donc je ne parlerais plus à des individus de ton espèce car c'est vouer à l'échec", non désolé mais ce n'est pas ma philosophie.

En fait, pour moi, c'est aux poissons qu'il faut le plus vouloir parler.
Etre ouvert, accueillant, bienveillant, quand la personne pense comme nous et nous ressemble, c'est facile. Mais quand un mur ce dresse et que la communication rebrousse chemin, c'est là qu'il faut aller pour rencontrer l'autre et avancer soit-même. C'est là où non compétences de communications sont les plus mis à l'épreuve et où elles nous semblent les plus inefficace, et pourtant c'est là qu'elles devraient être le plus utile.

Ce fil, pour moi, c'est surtout un aveux d'échec : j'arrive pas à parler aux poissons.

Milla, tu as l'aire bien plus forte que moi pour naviguer dans ces eaux troubles ^^

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #13 le: 16 septembre 2019 à 16:17:46 »
Citer
Pour ma part, je perçois l'intelligence comme un muscle : on en est tous doté avec un potentiel équivalent (je ne crois pas personnellement en l'idée que certaines personnes serait "plus intelligente" de façon inné). Quand on pratique ce muscle (l'intelligence) on devient plus fort, comme n'importe quel sportif qui pratiquerait son sport avec régularité. Si on est assidu, et qu'on a la chance de travailler dans de bonnes conditions (un cadre de vie favorisant l'étude, l'accès à un enseignement de qualité, la possibilité de rencontrer et échanger avec une grande variété de personne, la multiplication des expériences de vie et des rencontres, ...) on progresse. Si à l'inverse on renonce à travailler ce muscle ou qu'on le travail dans de mauvaises conditions (on échange toujours avec les mêmes personnes ou avec un seul profil de personnes, on se trouve dans un cadre qui ne favorise pas l'étude, on reste enfermé dans sa zone de confort, on apprend auprès de mauvais professeur, ...) au mieux on ne progresse pas au pire on régresse.

Alors oui et non,
On distingue plusieurs formes d'intelligence (il y a pas vraiment de consensus sur ce qu'est l'intelligence) mais si on parle d'éléments tels que la mémoire ou le raisonnement logique, on est pas tous égaux à la naissance. Certes, entraîner ces éléments (s'entraîner à mémoriser des poèmes, faire de l'algèbre au petit-dej...) améliore nos capacités dans ce domaine, mais dire qu'on est égaux à la naissance avec ça ce serait comme dire qu'une personne naine et un mec d'1m80 naissent égaux face à l'épreuve olympique de saut en hauteur. Alors oui, si le grand saute jamais et que le nain s'y entraîne avec acharnement, l'écart entre leurs performances se réduira, mais y'a quand même des limites à ce qui peut être obtenu avec l'entraînement. Ces limites elles sont génétiques, environnementales (si tu prends un sale coup et que tu as des séquelles, t'auras beau t'entraîner, t'arriveras peut-être jamais à atteindre à nouveau ton niveau de raisonnement actuel), ...
Bref. Vision tentante parce qu'on se dit qu'on est maître de son destin, mais irréaliste.

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« Modifié: 16 septembre 2019 à 23:00:12 par Verasoie »
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

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Re : L'art de parler aux poissons
« Réponse #14 le: 16 septembre 2019 à 16:24:06 »
Comme dit plus haut je simplifie beaucoup, ce qui n'est peut-être pas adapté en l’occurrence mais ça m'agace un peu de devoir enfoncer des portes ouvertes, je préférerais voir le débat avancé plutôt que de devoir resté cantonné a des banalité.

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Je note ta participation constructive à l'échange, bitch.

 


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