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13 novembre 2019 à 05:44:14

Le Monde de L'Écriture » Sous le soleil des topics » Discussions » Le petit salon » [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?

Auteur Sujet: [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?  (Lu 3232 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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[vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« le: 26 mai 2019 à 10:53:45 »
Bonjour tout le monde,

Bon, c'est vrai que le sujet s'adresse plutôt aux quelques scientifiques qui rôdent sur ce forum, parce qu'ils se sentent pleinement concernés par les fictions relatives à la science, mais si vous êtes juste un.e passionné.e du genre, n'hésitez pas à donner votre avis.

Bon, comme d'habitude, c'est un sondage simpliste, je peux toujours ajouter des cases si besoin, mais je pense quand même que l'intérêt de cette grande question reste le débat ou la comparaison d'opinions et d'idées.

Pensez-vous que la science-fiction doive nécessairement véhiculer un idéal de progrès ou se doit-elle au contraire d'être pragmatique ?

J'ai conscience qu'il puisse y avoir une mesure à trouver pour prendre en compte les probabilités qui englobent notre avenir, cependant il y a toujours à un moment crucial la nécessité de faire un choix entre plus d'idéal et d'espoir ou bien plus de pragmatisme et de désillusion.

Je ne dis pas que l'on puisse faire de la mauvaise science-fiction ou bonne science-fiction simplement en ayant fait un choix fondamental, au contraire je sais que c'est un sujet sur lequel les avis divergent suffisamment pour que les exemples des uns démontrent aux autres en quoi ce choix n'est pas relatif à la qualité du livre mais à son orientation fondamentale, à sa pensée.

Moi, je donne ma position tout de suite pour ne pas avoir l'air de me cacher : je crois que le progrès scientifique est encore possible et que, quel que soit le chemin emprunté, celui-ci reste une source de changements optimistes et favorables au bien-être de l'humanité, c'est ma vision du monde qui parle ici.

Et vous ? Pensez-vous qu'il faille être plus pragmatique et cesser de nourrir les espoirs ? Ou affirmez-vous au contraire qu'il n'y a de science-fiction que si un progrès de la situation est encore envisageable ?
« Modifié: 26 mai 2019 à 10:56:31 par Alan Tréard »

Hors ligne Dot Quote

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #1 le: 27 mai 2019 à 06:59:36 »
Salutations, l'ami !

Par-delà d'une nuit blanche s'achevant en ce jour qui point... une envie de participer à un endroit d'ici... et ho, un sujet sur la science fiction et son caractère indéniablement soudé de deux particules : Science & Fiction...

Personnellement, j'aime la branche que je considère comme tautologique qu'on dénomme 'Anticipation', ce qui équivaut à une spéculation consciente sur un avenir hypothétique. Néanmoins nous le savons : nous ne savons rien de l'avenir, et les pires scénarios comme les meilleurs orbitent ne serait-ce qu'au sein des Sciences prises à part, ou d'autant plus ou moins du côté des Fictions prises également de leurs côtés...

La troisième voix est l'entre-deux : la nuance.
En exemples de sciences-fictions dont on ne se défait jamais vraiment du caractère fantastique-fantasy :

- Star Wars : vaisseaux spatiaux VS Force (réalisme probable/ fiction imagée)

- Le monde vert : environnement post-humanité VS modalités de cet environnement (réalisme probable/ imagerie littéraire)

- Le tour du monde en 80 jours : dilemme méthodique VS époque technique (réalisme/ temporalité)

- Intelligence Artificielle : Mécanique VS Organique = morale (à nuancer)

- [...]

En bref, s'il s'agit simplement d'apposer technique à matière spéculative, je trouve qu'aucune des deux voies ne peut être traitée l'une sans l'autre, ce qui se fait par le biais d'une implication, à savoir le travail de l'idée inhérent à l'écrivain qui ne peut plus, en tous cas le pensé-je, se vouloir si objectif qu'il en serait absent de son travail... non, le littérateur comme le penseur, le journaliste comme le confessionneur, toutes les facettes de l'écrivain, et en particulier de celui de Science-Fiction, est de mettre une valeur d'imaginaire sur ce qu'il 'protodit'... ce qu'il dit en hypothèse plus ou moins libre.

C'est le rôle de ce qu'on appelait à une époque pré-SF, la morale...

Que faire avec l'intelligence probabiliste d'un robot ? demande Asimov par exemple... Jusqu'où la technologie remplace l'universel ? demande Lucas... Quelles limites notre gestion de l'environnement nous enferme dans le temps ? demande Jules Verne... Jusqu'où l'humain le restera, demande Aldiss...

Les exemples ne manquent pas pour se situer non pas sur la science qui fait de la SF une fiction ou l'inverse, mais sur ce que l'on ssouhaite emprunter de sa généalogie...

début XXième, et toute l'histoire du monde jusqu'à maintenant...

Un aspect psychosociologique est indéniablement à observer dans un livre que je ne peux citer mais que je trouvai il y a quelques mois dans la médiathèque de Besançon, et dont le but était de faire des liens entre le contenus des oeuvres SF en fonction de leur époque...

Personnellement, j'aime le côté science comme le côté fiction, mais je tente de modaliser la nuance, genre avec des applications de valeurs dans mon travail :

- l'humain et le temps dans Amortels, avec une vision personnelle et des choix qui m'impliquent...
- une arythmétique métaphysique dans Scalès, pareillement avec ce que je m'implique dedans...
- et autres trucs...

Alan, au plaisir !
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" -"Barney, take me back to solitary confinment
Cause this little lamb has just been silenced"
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #2 le: 27 mai 2019 à 11:05:33 »
Bonjour Dot Quote,

Je te suis vraiment reconnaissant d'apporter une critique aussi poussée et développée, tu abordes aussi le thème du travail qui n'est pas du tout anodin et qui renvoie vers de nombreux thèmes relatifs à la science-fiction.

En ce qui concerne la compréhension du sujet, elle est là, et je ne vais pas mentir : elle est assez traditionnelle à l'égard de ce que nous a offert la science-fiction, je n'ai donc pas inventé grand chose et la troisième voie que tu proposes me semble enrichissante.

En ce qui concerne la rupture entre science et fiction, la nuance, le discernement, je trouve que tu fais plutôt bien cette séparation entre ce qu'on pourrait attendre de la science et ce qu'on pourrait attendre d'une fiction. En revanche, la question de la technique est à la fois relative à la science et à la fiction, je pense qu'il te manque une clé pour comprendre ma position.

Je m'en vais me référer à une œuvre reconnue (même si critiquée) de la science-fiction qui est celle de Barjavel : dans son livre Ravage il fait très clairement la distinction entre ce que pourrait être un fantasme scientifique du progrès et le rapport qu'entretient l'homme à sa technique. Il appuie majoritairement son propos sur une forme de « désillusion » à laquelle je n'adhère pas, pour autant je me devais d'exposer un contradicteur de renom pour trouver un point de débat et d'exploration du sujet.

Barjavel expose les limites du progrès scientifique à sa façon...

La grande qualité de Barjavel, c'est qu'il sait démontrer que, si l'homme se rend esclave de la technique (comme pour échapper au travail), alors il devient lui-même l'objet de la fatalité et de la dépendance. Il évoque très bien un homme qui ne serait plus maître du progrès mais esclave des aléas scientifiques. Si je pense que son sujet aurait pu être traité avec plus d'idéal et moins de désillusion, il démontre pourtant indéniablement les risques que représente un asservissement à la technique, et rappelle un principe qui reste fondamental : le besoin d'activité en l'homme dépasse l'hypothèse d'une science qui le maintiendrait dans l'oisiveté, vouloir défaire l'homme de son activité n'est pas un idéal mais un asservissement à la technologie.

Là où je m'accorde avec lui, c'est que l'idéal du progrès ne devrait pas aller à l'encontre de l'idéal du travail.

En revanche, de mon côté, je suis plus nuancé sur le sujet du fantasme scientifique, je pense que la robotique n'a pas vocation à enlever à l'homme son idéal de travail, et je considère qu'un pseudo idéal de robotique qui maintiendrait l'homme dans l'oisiveté serait de l'ordre de l'ignorance plutôt que de l'ordre du fantasme.

Bref, tout cela pour te démontrer que, même si j'ai une grande considération pour ton expérience dans la science-fiction, j'estime que d'assimiler la science à des valeurs de pragmatisme ou de soumission à la technique, c'est oublier qu'un scientifique lui-même a besoin d'être motivé par un idéal pour mener à bien ses recherches, et que cet idéal le rend non plus esclave de la technique mais maître de ce qu'il décide d'en faire. Je rappelle par ailleurs que l'objectif du penseur ou du philosophe (auquel sait s'intéresser la science) n'est pas la soumission mais l'émancipation et l'éducation.

Je souligne qu'il s'agit-là d'une position personnelle qui sollicite une diversité d'opinions, et je renvoie également vers la fiche de lecture de Ravage de notre Monde si quelqu'un souhaite aller plus en avant dans la curiosité.
« Modifié: 27 mai 2019 à 11:17:13 par Alan Tréard »

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #3 le: 28 mai 2019 à 14:47:19 »
Sans avoir lu vos réactions (j'ai voté une autre voie existe), je pense que la SF a une sorte de devoir de faire prendre conscience que tout progrès peut être bon, et que ce n'est que son utilisation qui porte à conséquence...

L'éthique est le réel sujet de la SF... Pas de savoir si oui ou non, on va vivre 1000 ans ou voyager sur d'autres planètes.
Car honnêtement, que se passerait-il dans les deux cas ?
Nous élèverions nous au-dessus de nos pulsions bassement primaires ou chercherions nous simplement à dominer comme c'est le cas aujourd'hui ?
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne Kurieu

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #4 le: 28 mai 2019 à 17:28:13 »
Bonjour Alan

voici un sujet qui me ravit, car j'ai la faiblesse d'être fan de Science Fiction. Et de sciences tout court en général.
Je ne sais pas répondre à ta question mais je souhaiterais te poser une question sur ce que tu dis, te faire part d'un avis sur la fin de ton deuxième post et enfin rebondir en l'éclairant par une question que je me pose souvent.

Tu dis dans ton premier post : "il y a toujours à un moment crucial la nécessité de faire un choix entre plus d'idéal et d'espoir ou bien plus de pragmatisme et de désillusion."
J'ai trouvé étonnant que tu assimiles pragmatisme et désillusion. L'idéal est porteur d'espoir (espérons le en tous cas) mais pourquoi le pragmatisme serait-il porteur de désillusion ?

Ensuite je crois qu'il ne faut pas confondre l'idéal du chercheur (qui est de modéliser au mieux la réalité dans un formalisme donné) et ce qui sera fait de ses découvertes d'un autre. Car ça personne ne peut savoir à l'avance ce qui sera fait d'une découverte, surtout sur une échelle de temps longue.
Ses motivations par contre peuvent être de plusieurs ordres, plus ou moins liés à l'éthique :
- trouver ces vérités dans un domaine qui l'intéresse (un peu terre à terre mais souvent le cas)
- trouver ces vérités dans un domaine qui doit améliorer le sort de l'espèce humaine
- être publié et reconnu par ses pairs (et si j'en crois mes cours de sociologie, c'est bien souvent LE moteur)
- gagner de l'argent.
Chaque chercheur peut décider à son niveau de faire de la recherche de façon éthique (il faudrait définir...) mais ce qui est certain aujourd'hui c'est que la recherche prise dans son ensemble n'a aucune éthique propre : le  progrès avance dans le sens de plus de connaissance, mais pas dans le sens de plus de 'bien', quelque soit le sens du mot. Car ce n'est pas son sujet, tout simplement.

Je souhaitais enfin rebondir en disant ceci sur l' "idéal de progrès".
Vouloir croire que le progrès est porteur d'idéal (ou au contraire destructeur en soit), est pour moi un problème.
En nous disant cela, nous n'avons plus à nous poser de question. S'il est porteur d'idéal quoiqu'il arrive, alors laissons le faire, il nous sauvera de tout et tout le temps. Il nous sauvera du réchauffement climatique, il nous sauvera des risques liés à la mise en œuvre d'IA, etc.
Mais je crois que nous nous trompons en pensant cela. Pour moi vouloir savoir si le progrès est lié à l'éthique, ca revient à se demander si la connaissance suivante 'si je lâche une pomme, elle tombe' est bien ou mal. La chute d'une pomme, est-ce bien ? Évidemment non, elle est en dehors du champs de l'éthique.
Pour moi le progrès est aussi en dehors du champs de l'éthique. Ce que nous en faisons, par contre, est le cœur du sujet. Et ce sujet là doit être traité bien davantage : que faisons nous du progrès ?


Hors ligne Aube

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #5 le: 28 mai 2019 à 18:08:03 »
J'aurais tendance à te rejoindre, Kurieu, si la notion de progrès elle-même n'était pas soumise à un jugement de valeur.
La bombe atomique est-elle un progrès ? Elle l'est du point de vue technique.
Une zone autogérée et vivrière de 150 personnes vivant dans des cabanes et pratiquant la démocratie directe est-elle un progrès ? Elle l'est d'un point de vue humain, voire économique, voire écologique, et encore haha lol ça dépend à qui tu demandes.

Le "progrès" en tant que notion de neutre absolu, il n'y a rien de plus arbitraire et fallacieux.

Par contre remplace "progrès" par "connaissance" dans ton post précédent, et là je te rejoins complètement.

C'est ce que tu essaies d'exposer avec ton exemple du chercheur éthique ou non... je crois plutôt que ça fait un siècle qu'on confusionne les notions de progrès et de connaissance à dessein.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #6 le: 28 mai 2019 à 18:12:38 »
Bonjour Kurieu,

Effectivement, d'un point de vue philosophique, j'ai du mal à te situer, donc je dirais que la science est plus une question de passion pour toi que de maîtrise ou autre (je me permets...).

Je vais essayer de faire preuve de pédagogie pour t'apporter des outils de compréhension, donc ce qui m'intéresse en priorité est de savoir si tu comprends ou non ce que je te dis, n'hésite pas à me demander des clarifications.

Citer
Ses motivations par contre peuvent être de plusieurs ordres, plus ou moins liés à l'éthique :
- trouver ces vérités dans un domaine qui l'intéresse (un peu terre à terre mais souvent le cas)
- trouver ces vérités dans un domaine qui doit améliorer le sort de l'espèce humaine
- être publié et reconnu par ses pairs (et si j'en crois mes cours de sociologie, c'est bien souvent LE moteur)
- gagner de l'argent.

En gros, selon cette logique, tu mets le fait de faire de la recherche scientifique, d'être reconnu par ses pairs et de gagner de l'argent au même niveau sur une même échelle (analogie). Déjà, le fait de dire : « beh, faut bien gagner son butin » serait plutôt une vision pragmatique de la vie (c'est mettre le matériel/la technique en priorité sur le reste, fi de l'amour et fi de l'amitié !).

Selon cette logique, donc, tu banalises la corruption (dans le sens où tu invites à mettre des questions financières sur le même plan que la recherche de la vérité).

Enfin, tu en arrives au point où la science est décrédibilisée dans le sens où, en pouvant favoriser la recherche matérielle sur la recherche de la vérité (puisque pas de priorité), tu fais du scientifique quelqu'un qui peut mentir pour survivre (en gros, l'idéal ne serait plus une nécessité, le pragmatisme étant assimilé à la corruption, il perd de son pragmatisme).

À mes yeux, savoir discerner différents enjeux pourrait ré-ouvrir notre interprétation du sujet.

Tout ça pour dire que ta vision du pragmatisme se rapproche plus d'une idée fausse de la vérité que d'une recherche axée sur un empirisme méthodique ou autre (c'est une question philosophique).

Ensuite, la question des intérêts est un véritable sujet à part entière (intérêt général VS intérêt particulier) mais je crois que tu aurais besoin d'assimiler ces notions en particulier (qui concernent une seule branche de la philosophie) si tu souhaitais t'en imprégner pour prolonger la question des intérêts (qui n'était pas le sujet du débat à l'origine).

Enfin, le propre de la recherche, c'est de ne pas savoir ce que l'on va trouver (perpétuel questionnement). Le propre de la science-fiction, c'est justement d'anticiper ce qu'on pourrait trouver. Donc, une science-fiction qui puisse être de l'ordre de la désillusion donnerait le sentiment de « vouloir dire la vérité » mais elle reste bien évidemment une œuvre d'anticipation (une hypothèse ou une théorie). Dire qu'en étant pragmatique en science-fiction, on dirait la vérité, c'est bien évidemment oublier que la science-fiction reste une œuvre d'anticipation (de l'ordre de la spéculation).

La désillusion vis à vis d'un idéal, ce n'est pas débattre à propos de cet idéal, ce serait plutôt le rendre caduque et ne plus vouloir en discuter (en gros, dire que l'idéal de progrès ne mérite pas d'être étudié).

Puisque c'est un sujet relatif aux probabilités, il existe un choix humain qui imagine un avenir meilleur ou au contraire une désillusion (désillusion selon laquelle la science ne pourrait plus progresser et améliorer nos conditions de vie).

Je suis plutôt du genre à penser que les sciences ont besoin d'espoir, d'un moteur et d'un idéal, et que l'argent n'est pas l'objectif premier d'une science (la science n'est pas un simple marchandage). Si l'on dit de la science qu'elle ne sert plus à rien, alors je crois que l'on met fin à un bel avenir soi-même (on se tire une balle dans le pied, si je puis me permettre). Le désespoir est source de destruction (tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir).

Enfin je rappelle ici que, ce n'est pas parce quelqu'un irait vers la désillusion en disant « soyons pragmatiques, c'est la fin du monde » qu'il serait nécessairement lucide, la morosité n'étant pas une preuve scientifique en soi. La question du progrès, elle peut se poser avec désir ou avec rejet.

Le débat reste ouvert, et je peux encore clarifier sur les différents thèmes que je soulève de manière pédagogique, je prends beaucoup de plaisir à échanger sur ce sujet de la science-fiction.


C'est ce que tu essaies d'exposer avec ton exemple du chercheur éthique ou non... je crois plutôt que ça fait un siècle qu'on confusionne les notions de progrès et de connaissance à dessein.

Pas de confusion, mon cher Aube, on essaie d'échanger de manière constructive et amicale, ça peut nous faire du bien, je crois.

Hors ligne Kurieu

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #7 le: 28 mai 2019 à 19:11:25 »
Gasp... En te lisant j'ai le sentiment que tu me fais dire des choses que je n'ai pas dites.
Et je partage à 100% la correction de Aube. En disant progrès j'aurais dû dire avancée des connaissances.
C'est un fait amusant qu'aujourd'hui d'ailleurs on parle du progrès au sens large (évolution des techniques) sans savoir si c'est un progrès au sens d'un mieux ou au contraire une avancée dans le mauvais sens. Merci Aube pour cette remarque assez amusante !!
L'invention de la voiture essence est un progrès ? Oui selon bien des égards, mais nos petits enfants nous en voudront peut-être de l'avoir tant utilisée :D

Je vais recentrer ma réponse sur qqs sujets pour essayer d'être court et de donner mon avis sur un sujet en particulier : la recherche de la vérité en Sciences.

Je pense que la progresssion de la connaissance est aveugle d'un point de vue Ethique. Le livre le "capitalismes est-il moral" de Comte-Sponville m'a beaucoup éclairé sur cette question.
Et si tu souhaites me situer philosophiquement sur cette question précise, je suis 100% en phase avec lui.
Je ne dis pas que la recherche ne doit pas être encadrée 'moralement', je ne dis pas que les chercheurs n'ont pas d'éthique. Je dis simplement que la formalisation du réel dans un système de connaissance (scientifique ici) est amorale.
C'est donc selon moi le rôle de la société, puis du législateur d'encadrer la recherche pour qu'elle se porte sur des sujets dont les applications sont éthiques. Car ilf aut évidemment mettre de l'éthique dedans à un moment donné !

Ensuite je parle du scientifique et je dis que ses motivations sont essentiellement liées à la reconnaissance des pairs (publications notamment).
Là encore je ne dis pas que c'est mal ou bien ; c'est un fait étudié et débattu par les sociologues (Merton, Bourdieu...).
Cela ne se fait jamais (ou à la marge) au détriment de la recherche de la vérité ! Je n'ai jamais dit ça. D'ailleurs un scientifique pris la main dans le sac est banni.
Je trouve cela personnellement malheureux et j'adorerais que la réalité soit autre : les scientifiques seraient au service d'une cause beaucoup plus noble, comme le bien de l'humanité.
C'est le cas de certain, mais pas de tous. Et c'est très souvent quelque chose que les scientifiques déplorent eux-mêmes.

Enfin, je ne mets pas sur le même plan 'recherche de la vérité', 'faire le bien' et 'gagner de l'argent'.  J'essaie au contraire de mettre chaque chose à sa place (maladroitement j'ai l'impression :D)
La question de l'éthique est une question de société ; elle doit s'en emparer (et elle le fait !)
Le législateur doit ensuite s'emparer du sujet pour encadrer la science
Le scientifique doit chercher dans ce cadre. Et il doit chercher la vérité. Tant mieux s'il veut faire le bien, mais ce n'est pas à lui tout seul de décider ce qui est bien. Et je dis simplement que dans sa recherche de la vérité il va devoir choisir son sujet, ses pistes de recherches... et qu'à ce moment là il aura souvent des motivations moins nobles, pragmatiques, comme expliqué ci-dessus.

Sur la science-fiction :
Une partie de mon incompréhension vient peut être du mot 'pragmatique' que tu associes à 'désillusion'.
Personnellement je crois qu'un bon livre de SF doit se baser le plus possible sur les connaissances actuelles (rien ne m'énerve plus que des explications complètement idiotes basées sur la mécanique quantique par exemple) pour les prolonger et imaginer ce qu'elles peuvent donner dans 10, 100 ou 1000 ans. En ce sens je trouve que la SF doit être ancrées dans un minimum de réel.
Ensuite elle doit amener tout l'imaginaire de l'auteur.
Enfin elle doit apporter sa vision, plutôt pessimiste ou optimiste de ce que nous ferons de notre avenir. Si je comprends ta question, c'est là qu'elle peut véhiculer un idéal de progrès.
Mais alors au risque de nous faire oublier que le progrès pris au sens large est parfois une régression (cf le début de mon post ;) )

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #8 le: 28 mai 2019 à 19:43:01 »
Je ne vais pas te mentir, Kurieu, tu mélanges des notions très, très larges (sociales/éthiques/économiques/historiques/etc.) qui – prises dans leur ensemble – ressemblent plus à une forme de fatalisme ou de déterminisme plus proches de la spiritualité que de l'étude de cas.

Je ne dis pas que ces sujets ne sont pas les bienvenus ici, mais je crois effectivement que la question du déterminisme ou d'une sorte de religion/fatalisme des phénomènes mélangés par analogie est trop éloignée du thème de l'anticipation.

Bien sûr, on peut imaginer une anticipation fataliste, mais cela n'est pas non plus une nécessité absolue.

J'aurai l'occasion d'aborder ces thèmes plus tard si ce sont eux qui t'intéressent en priorité, mais il est question ici d'idéal plutôt que de vérités absolues (et fatales/tragiques).

Un scientifique bénéficie d'un ensemble de libertés dans sa recherche (car il va au-delà de ce que tu sais et peux imaginer), il a donc une part d'autonomie à gérer selon des valeurs qui lui appartiennent, et bien souvent la simple recherche de vérité ne suffit pas, il faut organiser rigoureusement ce travail.

Dire que la science serait naturellement corrompue relève à l'évidence plus de ta « foi en l'humain ou non » que de sujets relatifs au progrès technique et éthique.

Je pense donc qu'il est important que le débat ne dérive pas sur une affaire de croyances fatalistes et puisse rester dans une dimension encadrée qui se rapporte aux œuvres d'anticipation (à l'auteur qui imagine l'avenir).

L'auteur en anticipation fait un choix dans sa créativité, et je pense qu'il existe aussi un idéal de créativité. Tout ceci (dans sa création) correspond à ses valeurs (son idéal) ou au contraire à ses certitudes (pragmatisme sur la vérité). Être créatif entraîne tout une série d'enjeux que nous avons eu l'occasion de définir ailleurs(débat De la maîritrise une maturité), et dès lors, quelle orientation prend l'anticipation (l'idéal ou la désillusion ?) est une question très précise qui concerne le lien entre la science et la fiction. Il n'y a quelque part pas de fatalité dans l'anticipation car l'auteur laisse libre recours à son imagination...

Enfin, je respecte tes croyances et ton regard fataliste sur la vie, mais j'espère que tu comprends en quoi cela ne justifierait pas que le thème relatif à l'anticipation soit trop individualisé.

J'essaie de clarifier au mieux les enjeux.
« Modifié: 28 mai 2019 à 19:47:09 par Alan Tréard »

Hors ligne Kurieu

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #9 le: 28 mai 2019 à 20:10:08 »
Pourquoi vouloir qualifier ce que je suis plutôt que me répondre sur le fond ?
Je ne suis pas fataliste, mon livre de SF préféré par exemple est "les Guerrier Du silence" qui propose tout sauf une fin pessimiste.
Et j'ai beau chercher, à part peut être la dernière phrase je ne vois pas ce qui te fait penser ça.

Je n'ai jamais dit que la Science est corrompue !! Et je ne vois pas où dans mon 2ème post il est même question de cela.

Je suis hors sujet : ok, je passe la main :D

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #10 le: 28 mai 2019 à 20:35:38 »
J'avoue que c'est difficile pour moi de te ranger dans une « case » à partir des éléments que tu me donnes à voir.

En ce qui concerne la sociologie, elle est généralement assimilée au progrès social, donc ça me fait un peu bizarre que tu t'en serves pour démentir la notion de progrès ; je dirais que si tu devais avoir raison, au final, dans ton idéal à toi, alors peut-être que cela demanderait plus de capacité de clarifications dans des termes relatifs à la science-fiction (en gros, tu écris une fiction qui raconte en quoi la sociologie prouverait que le progrès est une régression).

Bref, pour en revenir au sujet, il est vrai que la particularité de la science-fiction, c'est qu'elle permet de donner en détail le regard d'une seule personne (l'auteur.e), ce que cette personne imagine de son avenir. C'est une modeste liberté, mais moi j'aime bien ça... Alors même celles & ceux qui choisiraient une troisième voie, ils ont le pouvoir de le faire selon leur propre mode de pensée grâce à l'outil créatif de la science-fiction (c'est pas obligatoire de s'inscrire dans une certaine forme de « tradition »).

J'avais envie de parler d'anticipation aujourd'hui, parce que je trouve que c'est un sujet qui ne cesse de se réinventer.

Hors ligne Keanu

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #11 le: 28 mai 2019 à 21:40:22 »
Bonjour à tous !

Le sujet aborde des thématiques qui m'intéressent, mais...

Je ne peux pas répondre au sondage pour plusieurs raisons.
D'abord, les termes ne sont pas définis : science-fiction, idéal(isme), pragmatisme.
Ensuite, je ne vois pas pourquoi la science-fiction "devrait" (modalité déontique, impératif moral) prendre un chemin plutôt qu'un autre.
Enfin, l'idéal(isme) et le pragmatisme n'ont pour moi rien de contradictoire.

Alan, tu crois que tu pourrais définir les termes du sujet ? Si ça ne te dérange pas.

Merci pour cette discussion :)
« Modifié: 28 mai 2019 à 21:44:36 par Keanu »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #12 le: 28 mai 2019 à 22:04:08 »
Bonjour Keanu,

Une vision idéaliste est une vision qui prône un idéal (qui s'en réfère à un idéal pour imaginer l'avenir).

Une vision pragmatique est une vision qui prône la recherche de la vérité (qui chercherait à aller à l'encontre d'un fantasme).

Aujourd'hui, anticiper signifie faire un choix entre privilégier une hypothèse utopiste ou plutôt dystopique, en cela j'espère que tu vois la distinction entre un idéal et une désillusion.

(Est-ce que tu sais faire la différence entre rêve et idéal, Keanu ?)

Hors ligne Aube

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #13 le: 29 mai 2019 à 02:05:33 »
"
Une vision pragmatique est une vision qui prône la recherche de la vérité (qui chercherait à aller à l'encontre d'un fantasme)."

Non, de la praticalité ou d'un réalisme si tu veux, mais "pragmatique" n'a jamais voulu dire "à la recherche de la vérité". De plus, je rejoins Keanu sur le fait qu'idéalisme et pragmatisme ne s'opposent pas. Une dystopie peut être pragmatique ou non, une utopie est idéaliste par définition et peut-être pragmatique ou non.

J'ai une question :  ce sujet est très intéressant, mais pourquoi tiens-tu à proposer systématiquement un vote qui divise artificiellement une problématique en deux pôles binaires et simplistes, qui ne s'opposent pas nécessairement et encore moins sur l'axe présenté par ledit vote ?

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [vote] Science-fiction idéaliste ou pragmatique ?
« Réponse #14 le: 29 mai 2019 à 11:14:34 »
Bonjour Aube,

Dire que j'ouvre des débats qui divisent est une généralité (surtout qu'il s'agit plutôt ici d'une discussion amicale).

D'abord, permets-moi de te dire que je considère qu'un membre a le droit d'ouvrir une discussion ou un sondage sur la science-fiction sur le Monde de l'Écriture si cela lui donne envie et que l'extrême contrôle des activités des membres que pourraient revendiquer les modérateurs ne me semble pas en phase avec le besoin de pouvoir discuter des sujets de littérature qui nous donnent envie.

Cette discussion est à la fois amicale, bienveillante et une source d'enrichissement pour chacune et chacun, j'estime que les accusations de « division » qui sont faites à mon encontre n'ont rien à voir avec le besoin de pouvoir discuter sur ce sujet ou autre. Je n'ai pas pour vocation à contraindre tout le monde à penser comme moi, il est donc vrai que j'estime qu'il faille favoriser la diversité.

Ensuite – et pour en revenir au sujet – il est possible de voter pour une troisième voie de la science-fiction pour celles & ceux qui imagineraient une troisième voie donc j'encourage les membres à développer quelle serait leur vision de l'avenir, leurs désirs, leurs préférences, leurs orientations, parler de leurs lectures, décrire ce qu'ils ont trouvé dans leurs livres.

Ensuite, en ce qui concerne le mensonge, ou l'illusion, ils sont ce que rejette une vision pragmatique de l'avenir. L'idée serait donc d'offrir une vision qui démente les éventuelles croyances et amène à se poser des « vraies questions ». Plutôt que de chercher un meilleur, la vision pragmatique va rechercher une vision qui ne soit pas fantasmée, mais réaliste ou qui alerte sur l'avenir.

Il y a dans certains écrits de science-fiction la volonté d'alerter, par exemple, sur la dangerosité d'une technologie, de comment elle pourrait être utilisée à l'avenir.

À l'origine, la science-fiction revêtait effectivement une dimension utopique, mais cela a changé dans le temps et d'autres voix se sont faites entendre, j'invite donc les membres à s'exprimer sur l'évolution de la science-fiction et ses différentes tendances, leurs préférences et leurs envies.

Ne vois qu'un geste amical dans ce message de bienveillance, Aube, je pense qu'il est en notre droit de pouvoir discuter sur des sujets de ce type, que je peux apporter des clarifications, mais que cela demande une certaine patience de votre part. (Et de cesser de faire des généralités à mon encontre, généralités que je ne trouve pas acceptable ni à mon égard ni à l'égard des autres membres.)

Mes salutations amicales.
« Modifié: 29 mai 2019 à 11:45:11 par Alan Tréard »

 


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