Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

21 août 2019 à 02:49:58

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateurs: Aube, Ben.G, Claudius) » La fille atone

Auteur Sujet: La fille atone  (Lu 494 fois)

Hors ligne Marcel Dorcel

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La fille atone
« le: 18 mai 2019 à 05:20:41 »
C’est une fille atone.
Parfois, elle m'appelle au téléphone. Elle est étrange, elle me demande de lui répondre...mais qu'est-ce que je pourrais faire pour elle ?

Il y a des mots purs qui ne sauraient se dire. Et des mots impurs pour qu’on les dise.
Elle a la certitude que je lui mens.
C'est ainsi.

Faire, défaire, refaire.
Distendre les liens.
Les masquer.
Les serrer.

La fille atone a des sanglots qui lui écorchent la voix.
Mais je vous défends de la salir.
Ni elle ni l’automne.

Je demeure là des heures entières, à engloutir les bruits de la ville, les pas du territoire des hommes modernes.
Je suis vide comme un polichinelle  battu par les vents.

Dans son regard, j'ai croisé des précipices qui n'avaient pas la profondeur de son âme.

A l'affût d'un rire ou d'une caresse.
En perte d'attente.
Les villes portuaires sont des fragments de foules aux flots de camisole sur lesquelles les chaînes de l’océan se brisent.

L'automne roule à tombeau ouvert.
La fille atone a disparu.
Ce n'est pas la peine de me convaincre ni d'essuyer la buée sur les vitres.

A Bruxelles ou ailleurs, je prendrai l'habitude de mourir chaque dimanche du mois de septembre. De la bière coulera dans mes veines, éphémère symbiose, triomphant envol vers le pays où l'on n'arrive jamais...





«Tout ce qui est atteint est détruit»
Montherlant

« Au premier cadavre j’ai souri, au deuxième cadavre j’ai souri, au troisième cadavre j’ai fait semblant de m’évanouir. Puis, à la fin de la guerre, je m’en suis retourné sur le dernier pour le saluer et sourire, et j’ai fait semblant de mourir. J’étais seul. Ils étaient tous morts… Je n‘étais plus vivant. »
Jöe Bousquet


« J’ai feint d’être joyeux, et on m’a cru. J’ai feint d’être amoureux et l’on a eu pitié de moi. J’ai feint d’être désespéré et les gens ont pleuré sur mon malheur.
Mais une fois, j’ai renoncé à toute feinte et j’ai dit la vérité, que je ne cesse de feindre parce que la vie est terriblement vide. Alors tout le monde a hoché la tête et l’on m’a dit : – Cet homme ne fait que feindre ! Et personne ne m’a cru.»

Moshe Nadir




Un imbécile ne s'ennuie jamais il se contemple
De Gourmont

Tout dire ou se taire
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Tout ce qui est atteint est détruit
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Re : La fille atone
« Réponse #1 le: 19 mai 2019 à 21:27:52 »
Bonsoir,

Le début me parle.
Il y a des passages qui m'ont beaucoup plu :
Citer
La fille atone a des sanglots qui lui écorchent la voix.
Mais je vous défends de la salir.
Ni elle ni l’automne.
Citer
Dans son regard, j'ai croisé des précipices qui n'avaient pas la profondeur de son âme.
Citer
L'automne roule à tombeau ouvert.
La fille atone a disparu.
J'ai l'impression que le narrateur se positionne à la fois d'une façon distante vis-à-vis de cette fille ("fille atone" "qu'est-ce que je pourrais faire pour elle") et en même temps j'aime beaucoup le fait que ce soit démenti par ces mini fulgurances : "je vous défends de la salir" "j'ai croisé des précipices qui n'avaient pas la profondeur de son âme". C'est cette esquisse de relation, je crois, qui me plaît - à la manière dont je l'interprète à travers le prisme de mes propres expériences.

Certains petits passages étaient trop chargés à mon goût :
Citer
Je demeure là des heures entières, à engloutir les bruits de la ville, les pas du territoire des hommes modernes.
Je suis vide comme un polichinelle  battu par les vents.
Citer
Les villes portuaires sont des fragments de foules aux flots de camisole sur lesquelles les chaînes de l’océan se brisent.

Merci pour le partage, à titre personnel, le côté "esquisse" me plaît bien plus que les textes plus... bruyants ^^ que tu as pu partager.
Bonne soirée.


Hors ligne Ben.G

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Re : La fille atone
« Réponse #2 le: 20 mai 2019 à 00:45:24 »
tiens y'a une nouvelle mode des titres déroulants ?  :mrgreen:



yo !



Citer
mais qu'est-ce que je pourrais
alors c'est le cadre poème tout ça, sinon j'aurais rien dit, mais quand même ça fait pas joli du tout ce "que que" que pourrais-je faire



Citer
Et des mots impurs pour qu’on les dise.
gneh
le parallelisme est niqué
qu'on ne saurait se dire, fait assez soutenu et classe (limite, on se dit que c'est trop) (perso j'aime), mais là mots purs pour qu'on les dise ? ça fait dissonant comme s'il manquait la béquille logique, induite par la phrase précédent, du se le dise (et sinon bah, ça fait pas beau)


Citer
Ni elle ni l’automne.
meh, je vois pas trop ce que l'automne vient faire là, l'image se veut trop poétique au chausse pied à mes yeux (parce que juste que là y'a quasiment pas de métaphore, alors retrouver l'automne comme quelque chose de salissant...-parce que texto c'est ça- bref la métaphore passe à cause du contexte global du poème posé jusque là)


Citer
Je demeure là des heures entières, à engloutir les bruits de la ville,
j'enleverais presque cette virgule, histoire d'avoir un premier trait qui se dit vite pour retomber ensuite, plutôt que de poser comme ça (après c'est ma propre appréciation hein, et subjectif comme tout le reste de mon commentaire forcément)
et ce vers me plait beaucoup au passage ^^


Citer
un polichinelle  battu
espace en trop
accolé à ce vers là je trouve que ça atténue la classe de la phrase précédent, la précision de trop ^^


Citer
Dans son regard, j'ai croisé des précipices qui n'avaient pas la profondeur de son âme.
attends
j'ai failli adorer cette phrase, mais
des précipices qui n'avaient pas la profoneur de son âme hm
c'est à dire des blessures qui ne sont rien face à la profondeur de son âme ? Ou les précipices lui rappellent d'autres précipices, qui ne sont rien à côté d'un seul de ses regards ? si c'est la deuxième version c'est pas tout à fait clair, parce que tdu coup si c'est ses précipices à elle, c'est pas forcément clair en première lecture


(en perte d'attente c'est très beau comme phrase !)



Citer
Les villes portuaires sont des fragments de foules aux flots de camisole sur lesquelles les chaînes de l’océan se brisent.
oula oula non, on se calme hahaha, y'a trop là, déjà, faut nous laisser respirer, ensuite, bien trop de surenchère haha, t'as un mille feuilles de métaphores qui est pas digeste
alors alors
donc en gros y'a des vagues "chaines" qui se brisent sur des flots camisoles (wtf) qui sont en fait la métaphores de morceaux de foules de villes...
toutafé
(bref, à minima supprimer un bloc de flot ou de vague, et préciser ton image, pas te laisser guider par l'assemblement de mots, qui va bien ensemble hein c'est pas le soucis, mais il faut lui donner forme )


à merde retour de l'automne
bon alors c'est moi qui ai pas compris son importance hm
Du coup ouaip, y'a juste ce flottement pour moi du lien entre l'automne et la fille atone, qui me fait louper une grande partie de l'attachement au texte du coup :/



Et je trouve la conclusion très belle...





EN gros, j'ai bien aimé même si y'a des trucs qu'ils faut canaliser, mieux cohérencer (on se comprend u_u), mais y'a de belles choses !
Être sur la route sans avoir quitté la maison,
être dans la maison sans avoir quitté la route
- Victor Segalen

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Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : La fille atone
« Réponse #3 le: 20 mai 2019 à 17:35:58 »
Merci à vous deux pour vos commentaires éclairés.

En relisant sous certains de mes textes ou d'autres textes les critiques, je m'aperçois ( et cela ne  fait pas mal à ma vanité, au contraire l'excite ! ) que poster n'est pas gratuit.

Et peut-être ouvrir un fil sur la critique en général. Rebondir...! le verbe est à la mode mais tellement utilisé, mis  à toutes les sauces que le verbe développer sera suffisant.
Tout d'abord, il m'est agréable de reconnaître pour un nouvel arrivant comme je le suis encore, que certains ici mettraient à mal nombre de soi-disant critiques littéraires réputés qui le plus souvent sont des écrivains ( et pour ma part cela pose nombre de questions...).

Pour ma part, il est difficile de poser des mots sur un ressenti. Cela demande une exigence telle que passer d'auteur à lecteur est une réelle difficulté.

La formule dont chacun se souvient, " La critique est aisée, mais l'art est difficile " , quand il m'arrive de lire certains blogs, certaines thèses chopées sur le net, je me dis que cette affirmation est risible. Si je voulais aller plus loin, je dirais même que certaines critiques sont supérieures au texte qu'ils commentent !

Ok, le point de départ est le texte. Donc, tout lui revient dans un certain sens.
Cependant, a contrario de  l'auteur qui est lui en toute liberté à qui on accorde le bénéfice du doute car il crée, le critique est lui soumis à de nombreuses contraintes.

Je ne ferai pas plus long car je pense qu'un fil indépendant s'impose pour ne pas venir polluer ( flooder ? ) la concurrence.

Pas de cirage de pompes mais honnêtement moi qui ai fréquenté beaucoup de forums, il y a là quelque chose qui me touche, me fait avancer.
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Re : La fille atone
« Réponse #4 le: 20 mai 2019 à 18:39:37 »
bonsoir

Un texte particulier, ton texte part de partout, un texte un peu rock très bruyant, ce n'est pas mon style je ne sais pas quoi dire d'autre a par passe moi un coup de téléphone  :D ;)
les plus beaux mots sont les plus simples
Venez me lire et me commenter :)

Hors ligne Cyr

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Re : La fille atone
« Réponse #5 le: 27 mai 2019 à 20:17:28 »
"L'automne roule à tombeau ouvert.
La fille atone a disparu."

J'aime tout particulièrement ces deux vers, peut-être. Je me sens contemplative, réfléchi et ballottée par ton poème. Il y a cette impression d'idées un peu éparses, un peu brouillon, une esquisse en quelque sorte... Je le perçois comme un style. Enfin ce n'est pas déplaisant. :)

 


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