Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 juillet 2019 à 00:29:36

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Auteur Sujet: Ma vie de mioche (Laurent Moussard)  (Lu 653 fois)

Hors ligne Champdefaye

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Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« le: 15 mai 2019 à 07:21:59 »
Critique aisée n°159


Ma vie de mioche
Laurent Moussard – 2019
Éditions Encre Rouge – 410 pages – 20 €

Laurent Moussard et moi nous sommes rencontrés il y a un peu plus de cinq ans, tout d'abord dans le monde, le petit monde du Monde de l'Écriture. Le Monde de l'Écriture, c'est un forum et, comme son nom l'indique, un forum d'écriture. On y vient déposer ses écrits, cherchant sans doute reconnaissance ou conseils, et commenter ceux des autres, espérant sincèrement aider ou simplement faire le malin. Les textes que l'on trouve dans ce Monde-là sont divers et variés, expression toute faite qu'on utilise quand on veut signifier qu'il y a de tout, du rien, du banal, du quelconque, de l'insupportable, du prétentieux, de l'illisible, et aussi de l'intéressant, du drôle, du surprenant, du bon, et parfois du très bon.
C'est dans ces dernières catégories que j'ai rencontré les textes courts de Laurent Moussard, dit Kokox. Je lui ai fait part de mon enthousiasme. En retour, ou peut-être avant moi, je ne sais plus, il m'a fait part de son opinion sur les miens. Dans ses textes, j'appréciais la richesse et la force du vocabulaire et j'admirais son imagination. Dans les miens, il aimait la simplicité et une sorte d'humanisme. Je lui reprochais quelques mots trop rares ou quelques excès dans la truculence. Il regrettait mes charentaises, mon tempo d'ingénieur-écrivain et m'enjoignais de lâcher le mustang. C'était un fleuve tranquille de commentaires bienveillants, constructifs et sincères.
Sur cette lancée, quelques mois plus tard, nous nous sommes rencontrés, deux fois. La première, c'était sur son terrain, un bistrot de la rue Oberkampf et la deuxième, un an plus tard, sur le mien, un café de la rue de Médicis. Je ne dirai pas ici ce que furent nos échanges, brefs, deux ou trois demis chacun, mais étonnamment intimes pour deux types qui ne se connaissaient pas.
Ensuite, il a moins fréquenté le Monde. Il ne publiait presque plus. Il ne commentait pas davantage ; voyages, lassitude, peut-être ; autre chose à faire probablement. De mon côté, j'étais dans une période où, bien que publiant régulièrement de nouveaux textes, je ne commentais plus du tout ; pourtant, rien d'autre à faire ; mais lassitude certainement, déception probablement. Ce n'est pas comme ça qu'on entretient une relation. Ou alors ça s'effiloche. À nos âges, on en a vu d'autres. On se fait une raison. Et puis voilà qu'un beau matin, il me balance son Mioche en plein dans la boite. "Prends ça dans les gencives, mon gars, et dis-moi ce que ça te fait !"
Au fond, je savais bien qu'il préparait quelque-chose, un coup. Un coup, d'accord, je veux bien ! Mais quatre cents pages ! Un vrai livre, édité, publié, en vente ! (J'ai aussitôt vérifié sur Google, vous pensez !) Le salaud ! Et il me somme de dire ce que j'en pense. Alors il a bien fallu que je le lise. Alors, voilà : Ma vie de Mioche, par Laurent Moussard.

La même année que Barack Obama, Nicolas Dupont-Aignan, Mylène Farmer et Gérard Grougnard, un enfant nait et raconte : " Au commencement, il n’y avait rien. Que dalle. Pas une glace à la vanille. Pas un orgue de Barbarie. Pas de cheval à bascule. Pas de Petit Poucet. Ni matin ni soir. Les forêts, les océans, les squares étaient vides, et les déserts déserts." Succédant au titre explicite et à la naïve dédicace, cet incipit donne le ton. On va assister à une enfance, vue par un œil de gosse, racontée avec des pensées de nouveau-né, puis des mots d'enfant, assemblés par l'écrivain qu'il est devenu.
Mon rôle ici, enfin, celui que je m'attribue, n'est pas de vous raconter l'histoire de ce gamin. Lolo, car c'est comme cela qu'on l'appelle, le fera très bien lui-même. Mon rôle c'est sans doute de vous dire ce que j'ai ressenti, moi, à la lecture du récit de ses premières années, de ses aventures, car c'est bien de cela qu'il s'agit, des aventures. Ce que j'ai ressenti ? Eh bien voilà : j'étais dans un fauteuil de cinéma.

Le film est en noir et blanc. Il pourrait être de Jacques Becker. On y voit beaucoup les toits de Paris, quelques fois la campagne, les bords de la Marne peut-être, mais surtout les toits et les rues de Paris. Parce que Lolo est Parisien, moralement, physiquement, totalement, parisien d'esprit, de cœur, du cœur de Paris, enfin... de l'un de ses cœurs (c'est un natif des Gobelins, autre cœur, qui écrit cette critique), le Marais. Attention, le Marais d'avant, pas celui des bistrots décontractés-branchés et des boutiques de fringues du même nom. Donc le Marais, avec ses immeubles ventrus, ses façades décrépies, lézardées, ses cours humides et ses escaliers sombres, sa population de juifs rescapés des rafles, d'artisans, de concierges, de cinglés.
D'abord, il y a Yvonne. Elle, c'est la mère. Ce pourrait être Arletty, mais pas celle d'Hôtel du Nord, trop ordinaire, ni celle des Enfants du Paradis, trop aguicheuse. Non, ce serait un mélange d'Arletty pour la gouaille, la beauté et l'amour et d'Annie Girardot pour la volonté, la force et l'amour.
Ensuite, il y a René, le père, une sorte de colosse-acrobate, perpétuel éléphant dans un magasin de porcelaines, passionné, brutal, intolérant, révolté, gentil, aimant, amoureux. Tout au long du film, c'est Raf Vallone que j'ai vu.
Et puis, il y a Lolo, le mioche, la voix off. Mais Lolo, on ne le voit jamais, on saura juste qu'il est très beau, mais ça, c'est lui qui le raconte. On ne le voit jamais, Lolo, parce que le film est entièrement tourné en caméra subjective. Alors, à moins qu'il ne passe devant un miroir — mais les miroirs, ce n'est pas son genre — impossible de le voir. A l'entendre, on pourrait croire parfois que c'est P'tit Gibus, le fils cadet de Louis Pergaud et d'Yves Robert ; mais finalement non, pas P'tit Gibus : trop campagnard. A d'autres moments, ce serait le Petit Nicolas, fils unique de Sempé et de Goscinny ; mais là non plus : pas le Petit Nicolas : trop gentil, trop bien élevé. Alors ce sera Lolo.
Autour de Lolo, il y a des tas d'autres gens et d'autres choses qui font sa vie et son quartier : Tata Momo (Paulette Dubost, pour sa vivacité et sa gaité), Madame Kapeck (Régine, sans doute) et quelques autres seconds rôles qui pour le moment ne vous disent rien, mais qui compteront pour le mioche.
Le film a été peu tourné en extérieur : un peu de Charenton-le-Pont pour la triste banlieue et les grands parents, un peu d'Eure-et-Loir pour la campagne et ses cruelles peuplades, un peu du Tréport pour le suspense. Mais si on ne franchit que rarement les Maréchaux, ce n'est pas pour une question de budget, c'est le sujet qui veut ça. Pour l'essentiel, et c'est l'essentiel, on reviendra toujours rue Ferdinand Duval ou rue de Turenne, c’est-à-dire à Paris.
Si le ton du récit est soutenu du début jusqu'à la fin, si l'action jamais ne se relâche, si pas un instant on ne s'ennuie, si les dialogues sont remplis d'humour, les clichés renversés et les images surprenantes, si les réflexions sont touchantes et les sentiments profonds, n'allez pas croire que le scénario ne soit que celui d'une comédie rose. Je vous l'ai dit, le mioche, ce n'est pas le Petit Nicolas. Lolo a existé, il existe encore, on le sent bien et, on le verra, il a rencontré quelques misères et quelques drames. Mais, c'est la vie, une vie de mioche.
Voilà. Je suis sorti du film content, empli de bienveillance envers ce petit garçon. J'espère qu'il grandira sans trop changer.
*
P.S. — Que ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas versés dans le cinéma de papa veuillent bien excuser les références que j'ai prises en matière de réalisateur et de comédiens. Leur ancienneté ne leur permettra peut-être pas de visualiser comme je l'ai fait les héros de cette histoire. Becker, Arletty, Vallone, Dubost, ça ne parle pas forcément à tout le monde. Que ceux-là aillent faire un tour sur Wikipedia ou, mieux, qu'ils trouvent un ancien qui leur expliquera l'humanisme de Becker, l'éclat d'Arletty, la force de Vallone, la malice de Dubost et, aussi, la beauté du noir et blanc.

« Modifié: 18 mai 2019 à 08:06:08 par Champdefaye »

Hors ligne txuku

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #1 le: 15 mai 2019 à 19:38:31 »
Bonsoir


Bon boulot Champdefaye !


Convaincu je viens de passer commande !!! :)

Kokox Je me souvenais de sa plume alerte et rejouissante ! ;D
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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #2 le: 16 mai 2019 à 13:43:19 »
Un grand merci à Txuku, et par conséquent un grand merci à Champdefaye !

Bien à vous !

Hors ligne txuku

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #3 le: 25 juin 2019 à 19:20:24 »
Bonsoir


Livre termine ! :)

C est tres bien ecrit
Mais j ai mis un peu de temps a accrocher ( le cote bebe m a oblige a faire un effort ! :-[ )

Les personnages decris sont hauts encouleur et bien campes - je ne me suis pas ennuye !


Cependant je me suis souvenu avoir deja lu l episode sur les cousins et la femme a barbe - revus sans regret !

Je le conseille a d autres .........
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Hors ligne kokox

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #4 le: 07 juillet 2019 à 05:44:05 »
Oh, vraiment désolé Txuku, je n'avais pas lu ton post.
Je te bégaye mille mercis en ravalant mes larmes de joie que tu aies acheté mon bouquin ! :) :) :)

Bien à toi !

Hors ligne txuku

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #5 le: 07 juillet 2019 à 12:33:07 »
 :)
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Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #6 le: 07 juillet 2019 à 12:55:36 »
Beaucoup entendu parler de ce bouquin mais je ne savais pas.

Clap ! Clap ! Clap !

Je crois bien que je  le vais commander.

Si réellement c'est bien de l'univers dont tu parles, alors pas de souci, les Becker et moi, c'est une histoire passionnelle, j'ai du revoir 10 à 15 fois L 'Eté Meurtrier et Les enfants du marais ( à chaque fois, ce film me fait pleurer ), Goupi Mains Rouges, j'en parle même pas, je l'emporte sur une île déserte. Champdefaye, tu es meilleur que moi pour ça, fais découvrir a ce forum à quel point ce film est chef-d'oeuvre absolu, une pépite, un joyau, à découvrir et à redécouvrir.
Du coup,de parler de tout ça me fout la nostalgie...
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Hors ligne txuku

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #7 le: 07 juillet 2019 à 13:03:43 »
Bonjour

J avoue que Les enfants du marais je ne m en lasse pas ! :)
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Hors ligne Champdefaye

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #8 le: 07 juillet 2019 à 15:09:08 »
Bonjour Marcel,
il y a trop longtemps que j'ai vu Goupi mains rouges pour en parler. Mais tu m'as rappelé ce film, je vais le trouver quelque part en streaming et j'en ferai surement une Critique aisée.

Attention, ne pas confondre Jacques Becker (1906-1960) et son digne fils Jean Becker (1933-     ).
Jacques : Goupi mains rouges, Casque d'or, Antoine et Antoinette, Rendez-vous de juillet...
Jean : L'été meurtrier, Les enfants du marais, ...

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Ma vie de mioche (Laurent Moussard)
« Réponse #9 le: 07 juillet 2019 à 17:09:49 »
[lien supprimé par la modération ; il semble que le site en lien héberge du contenu illégalement]

Super forum, très complet,  où pratiquement tous les films sont téléchargeables
Spoiler
[close]
Beaucoup de vieux films, classiques ou pas, des docus et ceux qui s'occupent du forum possèdent une culture ciné inégalable.
« Modifié: 17 juillet 2019 à 12:48:03 par Chapart »
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