Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

21 août 2019 à 05:44:33

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Les échos d'Anaëlle

Auteur Sujet: Les échos d'Anaëlle  (Lu 137 fois)

Hors ligne Eddiedu49

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Les échos d'Anaëlle
« le: 20 avril 2019 à 17:58:45 »
Bonjour  :) je vous soumets ici mon premier texte (allez-y passez-moi sur le grill !). Je l'ai écrit très récemment il n'a jamais été publié. J'espère qu'il vous tiendra en haleine.


Un coup de tonnerre fait tressaillir Anaëlle. Sa longue mèche blond cendré masque une partie de son front et descend paresseusement le long de son visage luisant.
La touffeur régnant dans son bureau colore ses pommettes saillantes de rose et l’éclairage des néons lui donne un teint jaune pâle. Elle paraît presque dix ans de plus. Penchée sur son bureau, sourcils froncés, elle étudie un dossier dans lequel elle s’est déjà perdue. Les mots qui défilent sous ses yeux n'ont aucun sens dans les méandres de ses pensées. Machinalement, elle repousse sa mèche derrière son oreille et scrute les deux bureaux vides face au sien. Les murs aussi fins que du papier à cigarettes lui permettent aisément de distinguer les voix de ses collègues dans une des salles d’entretiens. Certain y verrait un problème d’éthique. Où est le secret stipulé dans le code de déontologie ? Les familiers, quant à eux, savent qu’il s’agit surtout d’un avantage. Expirant bruyamment, elle lève la tête vers l’écran de son ordinateur portable, dont la luminosité a baissée progressivement. Elle se concentre une dernière fois, faisant défiler ses souvenirs mentalement. Elle voit la gamine de huit ans au visage caché par le rideau de ses longs cheveux bruns le regard incrédule et défiant qu’elle a posé sur elle lors du premier entretien. Un bandeau rose fuchsia ceignait l’arrière de sa tête et elle n’avait pas cessé de contempler ses chaussures, nonchalante. A travers ses notes manuscrites, Anaëlle la retrouve face à elle. Tout comme le petit garçon de dix ans. Son attitude l’avait totalement dérouté. Contrairement à sa cadette, il avait cherché ostensiblement son regard, s’y accrochant comme à une bouée de sauvetage. Il avait constamment besoin de ce contact visuel avec elle, toujours agrémenté d’un sourire malicieux. Professionnelle aguerrie, elle n’a que rarement rencontré ce genre de comportement chez un enfant de cet âge.
Vous êtes magnifique, Madame, avait-il minaudé en posant une main sur son épaule, au beau milieu de l’entretien.
Perplexe, elle n’avait pas répondu, attendant avec attention la réaction des parents assis face à elle. La vérité, pourtant, déambulait sous ses yeux impuissants. La voix enfantine du gamin s’est muée en une voix grave et rocailleuse d’adulte. Des frissons l’ont brutalement prise d’assaut et son regard s’est assombri, dissimulant bien mal son effroi. Une main glaciale l’a étreinte en même temps que l’écho de cette voix austère s’est installé dans sa tête, la forçant à fermer son esprit. Le gamin avait réitéré ses propos une seconde fois et cherchait en vain une réponse à ses sollicitations. « Tu es magnifique Nanou, pour ton âge, ça devrait être interdit » murmure la voix éraillée de fumeur au creux de son oreille. Elle sent encore le souffle chaud contre son oreille, l’haleine chargée d’alcool. Son visage aux traits aussi durs que ses mains qu’il abattait lourdement sur elle si elle avait l’audace de le contrarier.Il l’abhorrait en même temps qu’il l’aimait, tel un combat qu’il menait coincé entre ces deux paradoxes.

La nuit, il était l’admirateur passionné, tourmenté par ses désirs, foudroyé par ce sentiment qui le consumait à petit feu. Imbibé d’alcool, il l’observait dans la pénombre et sanglotait en silence. Son désespoir irradiait dans la petite pièce obscure et la fillette fermait les yeux, terrifiée. Elle retenait son souffle jusqu’à l’asphyxie. La suite se transformait en un mirage singulier et indistinct. Les couleurs se mêlaient les unes aux autres dans l’obscurité afin de construire son univers. Seule propriétaire de ce monde illusoire, le grincement sourd des marches de l’escalier sous les pas de son père n’était plus que des bruits de sabots. Ses murmures se muaient en clapotis de l’eau d’une rivière coulant tranquillement dans son lit. Le souffle chaud contre sa peau n’était rien de plus que la brise balayant ses cheveux et soulevant sur son passage, une fine brume humide.
Le jour, constamment acrimonieux, il celait ses nuits secrètes en fuyant tout contact avec sa fille, prétextant parfois une punition illégitime pour exprimer son courroux. Aussi véhément que passionné, il savait se montrer aussi tendre que violent. De nature débonnaire, elle courbait le front. Son influence patriarcale annihilait toutes ses volontés de révolte. « Nanou, tu es tellement belle que ça me fait mal » répétait-il sans cesse, le regard aussi glacial que son coeur de marbre. Elle avait si honte d’être elle-même. Honte de susciter de telles pulsions. Avant de haïr cet homme, aussi fort qu’elle l’avait aimé, elle s’est méprisée, dégoûtée. Les décombres de leur passion destructrice ne demeurent désormais plus que dans la mémoire de la jeune blonde. Les hommes avec qui elle a partagé un pan de sa vie ensuite n’ont jamais su pénétrer son coeur. De l’amour à l’emporte-pièce. Les nuits blanches avaient un goût amer, autant que les mots qu’ils déversaient sur elle. Ils se heurtaient à son indifférence, impuissants face à sa beauté froide et lointaine.

Anaëlle se laisse choir sur le dossier de son fauteuil qui émet un grincement à peine audible et pousse un profond soupir. Elle pose une main froide sur ses joues brûlantes et observe convulsivement le cadre photo posé à gauche de son outil de travail. Quatre sourires réunis dans une simple photo. Un morceau de papier glacé remémorant des vacances à la mer. Quand elle la fixe assez longtemps, le fracas des vagues et le chant des mouettes s’immiscent dans ses oreilles comme une mélodie rassérénante. Elle ne connaissait que les clapotis timides de l’eau sous les babillages des oiseaux. Que les sabots du cheval majestueux qu’elle montait quand elle en avait l’audace.
Longuement, elle scrute chaque détail du cliché, tel un bouclier de protection qui la protège de ses propres démons, de ces échos. Ils ne disparaissent pas avec le temps et ricochent contre chaque obstacle. Alors, elle agite mentalement son bouclier sur lequel ils se heurtent. Si ses jambes ne cèdent pas sous le choc, ces échos s’éloignent pour un temps indéterminé et son sourire réapparait.

Elle aime son métier, ça ne fait aucun doute. La pression, ses responsabilités, elle a appris à vivre avec à tel point qu’il lui serait difficile de bifurquer pour un domaine moins épuisant
Chaque entretien dont elle mène la danse est une pièce de théâtre, souvent triste, de temps en temps agréablement surprenante et parfois d’une vérité déconcertante. Les vies qu’elle côtoie au quotidien sont reliées à une terrible réalité, celle qu’on omet, qu’on dissimule mais qui finalement, la confronte à sa propre existence.
Toujours hantée par ce grand regard céruléen plein de malice, cette séduction à peine dissimulée elle pianote sur son clavier. Dehors, une pluie battante gifle les vitres et couvre le grondement du tonnerre. Mais la blonde, absorbée par l’écran, n’y prend pas garde. Seul le bruit du ressac résonne dans son esprit, diffusant un doux sentiment d’euphorie dans tout son corps.
« Modifié: 21 avril 2019 à 22:10:51 par Eddiedu49 »

Hors ligne Loïc

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Re : Les échos d'Anaëlle
« Réponse #1 le: 20 avril 2019 à 22:35:06 »
Tagazok

Citer
Un coup de tonnerre la fait tressaillir. Sa longue mèche blond cendré masque une partie de son front et descend paresseusement le long de son visage luisant.
La touffeur régnante dans son bureau colore ses pommettes saillantes de rose et l’éclairage des néons lui donne un teint jaune pâle.

régnant (c'est un participe présent, donc invariable)
Je trouve bizarre l'enchainement du coup de tonnerre avec la description physique ; surtout que comme on à aucun moment ton perso comme sujet, les possessifs pourraient se rapporter au coup de tonnerre. On comprend bien que c'est pas le cas, mais ça participe au rendu étrange.
Vu que tu cites son nom juste après, pourquoi ne pas commencer par "fait tressaillir Anaëlle" ?

Citer
Les murs aussi fins que du papier à cigarettes lui permettent aisément de distinguer les voix de ses collègues dans une des salles d’entretiens. Certain y verrait un problème d’éthique

peut-être "lui permettent d'aisément distinguer" serait-il plus fluide ?
Pas spécialement un problème d'éthique dans la mesure où elle choisit pas d'écouter (et des fois on n'a vraiment pas envie, hahaha, vive le casque). Du coup je pense que tu peux te passer de "d'éthique" ; on comprend l'idée avec la déontologie qui suit.
Sinon j'ai eu du mal à me représenter la scène et le rapport entre les bureaux vides et la discussion dans la salle d'entretien.

Citer
Les familiers, quant à eux, savent qu’il s’agit surtout d’un avantage.

ça manque de précision "les familiers" à mon sens.

Citer
du regard incrédule et défiant qu’elle a posé sur elle lors du premier entretien

je ne comprends pas à quoi se rapporte "du"

Citer
la jeune titulaire la retrouve face à elle.

pas convaincu par la périphrase, surtout que je sais pas ce que tu veux dire par titulaire. Tu peux répéter "Anaëlle", je pense.

Citer
Professionnelle aguerrie, elle n’avait que rarement rencontré ce genre de comportement chez un enfant de cet âge.

C'est pas trop raccord avec "jeune titulaire".
n'avait rencontré => n'a rencontré

Citer
l’écho de cette voix austère s’est installée dans sa tête,

installé

Citer
tel un combat qu’il menait coincé entre ces deux paradoxes.

pas convaincu par ça ; ça fait un peu phrase lâchée comme ça, très générale

Citer
n’étaient plus que des bruits de sabots.

n'était, il me semble
d'ailleurs je comprends pas ce que tu veux dire par cette fin de phrase
Juste après : se muaient

Citer
annihilait toutes ces volontés de révolte

ses, je pense

Citer
Avant de haïr cette homme

cet

J'ai bien aimé le dernier paragraphe.
Dans l'ensemble j'ai trouvé qu'il y a un vrai potentiel, avec quelques chouettes passages, mais qu'il est ptet trop enfermé dans ce que tu as voulu faire. Je m'explique. Le point principal, c'est l'histoire d'Annaëlle. Mais le décor que t'as choisi, quand elle est dans son bureau, t'oblige à le raconter en flashback et du coup ça fonctionne pas très bien parce que ça t'oblige à nous laisser dehors. En plus, ça te fait mettre du superflu, ce qui sur un texte si court se ressent de suite (les gamins, les collègues dans la salle d'entretien) plus que ça n'ajoute du réalisme. La partie sur "depuis elle n'arrive pas à trouver l'amour" me parait un peu surfaite, surtout que t'y ajoutes rien de particulier et que même niveau écriture, je trouve un peu pauvre.

À bientôt !
"Moi je crois aux histoire auxquelles les autres ne croient pas encore."
Angèle

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Eddiedu49

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Re : Les échos d'Anaëlle
« Réponse #2 le: 21 avril 2019 à 10:52:15 »
Salut Loïc,
Merci pour ton retour très intéressant ! Je vais essayer de répondre au mieux à tes remarques qui sont plutôt pertinentes

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régnant (c'est un participe présent, donc invariable)
Je trouve bizarre l'enchainement du coup de tonnerre avec la description physique ; surtout que comme on à aucun moment ton perso comme sujet, les possessifs pourraient se rapporter au coup de tonnerre. On comprend bien que c'est pas le cas, mais ça participe au rendu étrange.
Vu que tu cites son nom juste après, pourquoi ne pas commencer par "fait tressaillir Anaëlle" ?

Je me suis souvent posé la question concernant l'accord ou pas des participe présent, merci de m'en avoir apporté la réponse. Oui, effectivement, il serait sûrement plus judicieux de commencer par citer son prénom dès la première phrase.

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peut-être "lui permettent d'aisément distinguer" serait-il plus fluide ?
Pas spécialement un problème d'éthique dans la mesure où elle choisit pas d'écouter (et des fois on n'a vraiment pas envie, hahaha, vive le casque). Du coup je pense que tu peux te passer de "d'éthique" ; on comprend l'idée avec la déontologie qui suit.
Sinon j'ai eu du mal à me représenter la scène et le rapport entre les bureaux vides et la discussion dans la salle d'entretien.

Oui, pour ta première remarque, tu n'as pas tort, je rectifierai. Concernant le rapport entre la scène des bureaux vides et la salle d'entretien, c'était sûrement maladroit de ma part, mais c'était comme pour rajouter une dimension un peu plus "réaliste" lorsqu'elle se remémore son propre entretien avec le petit garçon qui l'a dérouté. Je ne sais pas si j'arrive à me faire comprendre. Mais, je me suis sûrement un peu laissé déborder par la scène puisque je l'ai vécu. Mais effectivement, c'est à retravailler.

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ça manque de précision "les familiers" à mon sens.
J'entendais par là, les personnes habitués aux locaux, par exemple ses collègues et elle-même.

tel un combat qu’il menait coincé entre ces deux paradoxes.

pas convaincu par ça ; ça fait un peu phrase lâchée comme ça, très générale

Si tu as des idées, je suis preneuse :) J'ai pensé brièvement à mentionner le terme "d'ambivalence", qui pourrait peut-être mieux correspondre.

Je vois à peu près ce que tu veux dire par rapport aux flashback qui obligent le lecteur à rester en dehors. J'ai voulu marqué la grande "subtilité" qui réside entre Anaëlle et le garçon qu'elle a rencontré ( bien que le lien soit difficilement décelable, il y en a un).

Merci d'avoir pris le temps de me relire et de me faire un retour enrichissant :)
 

 


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