Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

18 juillet 2019 à 10:50:39

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » La vie de mes mains

Auteur Sujet: La vie de mes mains  (Lu 249 fois)

En ligne Tigrani

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La vie de mes mains
« le: 17 avril 2019 à 14:18:04 »
Mes mains, je les cache comme je peux, dans mes poches, dans mes manches, pour qu'on ne voie pas leurs tremblements ni leurs blessures.

Malgré l'éducation petite bourgeoise que j'ai reçue, et par un mystère de l'hérédité, j'ai la peau abîmée de mes aïeules ouvrières.

J'ai des mains d'homme, longues et larges. Dans mon milieu, on dit plutôt "des mains de pianiste". Elles brisent, elles rompent, elles broient, le plus souvent par mégarde.

Mes mains ne connaissent ni les coups, ni les caresses.

Au creux de mes paumes courent des fleuves asséchés, des routes escarpées, des sentiers sans fin.

Sous ma peau, on aperçoit les rivières bleues de mes veines comme une carte fantôme.

Quand je suis seule, je secoue mes mains dans le vide, à un rythme effréné, pour stimuler mon esprit.

J'ignore tout des pantomimes que j'interprète en rêvant.

Mes mains ont leur vie propre. Elles s'agitent, se joignent et se tordent à mon insu.

Le ballet de mes mains contredit mes paroles. J'acquièce, mes mains esquissent un "non". Je refuse, mes mains se tendent pour accueillir.

Il m'arrive de serrer d'autres mains, mais avec réticence, du bout des doigts.

Mes mains continueront sans doute à remuer après ma mort, pianotant, écrivant, tricotant.

Mes mains ne m'ont jamais pleinement appartenu.


« Modifié: 18 avril 2019 à 12:30:56 par Tigrani »

Hors ligne Manu

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #1 le: 17 avril 2019 à 17:07:25 »
Bonjour Tigrani,

Il y a de la musique dans ce texte, peut-être parce que j'y trouve de la poésie.

D'un côté, j'aurais aimé plus encore d'introspection entre le narrateur et ces mains décidément bien facétieuses, mais de l'autre, j'ai peur que la ritournelle du texte y perde sa mélodie.

Merci pour le partage

Hors ligne Poursuite

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #2 le: 17 avril 2019 à 17:10:47 »
Bonjour Tigrani,

Je me permets de commenter car pas plus tard qu’aujourd’hui, en regardant mes mains (ça m’arrive rarement voyons), j’ai eu l’idée d’écrire sur les mains. Il semble y avoir tant de choses à dire. Les mains sont formidables (pas forcément dans le sens positif), mais dans le sens où elles peuvent dévoiler qui on est en un regard. Peut-être que le visage ou les yeux sont le miroir de l’âme, mais je me plais davantage à croire que les mains sont le reflet de l’âme. C’est ce que j’ai ressenti aussi en lisant votre texte en parlant des blessures des mains et le fait que les mains ne lui ont jamais vraiment appartenus. Cela me fait penser au sentiment de dépossession d’une partie de son corps ou de tout son corps en cas de traumatisme, comme s’il ne nous appartenait plus vraiment. Il y a un côté mystérieux voire fantastique dans votre texte où les mains ne semblent pas appartenir à la narratrice pour une obscure raison (en espérant que ça ne soit pas parce qu’elles ne conviennent pas à une femme).


Mes mains ne connaissent ni les coups, ni la caresse.

Au creux de mes paumes courent des fleuves asséchés, des routes escarpées, des sentiers sans fin.

Sous ma peau, on aperçoit les rivières bleues de mes veines comme sur une carte fantôme.
Cela est mon passage préféré. J’aurais juste peut-être plutôt écrit « les caresses ». J’apprécie la description que vous y avez faites des mains et les images que cela amène.

Sinon, je n’ai pas de corrections à vous apporter tant le texte m’a parût fluide et rythmé (même musical). Bravo et merci pour le partage.

Au plaisir,

Poursuite,
« Je pense que la vie est faite pour devenir gentil. Je vis en espérant que la moi d’aujourd’hui est un peu plus gentille que la moi d’hier. » Seishun buta yaro

En ligne Tigrani

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #3 le: 17 avril 2019 à 18:31:41 »
Merci 💜

Pour "la caresse", c'était une coquille.

Hors ligne Chouc

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #4 le: 17 avril 2019 à 19:06:48 »
Bonjour Tigrani,

Au fil du texte :



Bah en fait, j'ai rien relevé ! Et depuis le début de mon défi d'avril (qui consiste à commenter un texte par jour tous les jours ce mois-ci), c'est une grande première ! Alors tout d'abord, merci pour ce texte à la forme irréprochable  _/-o_ Auquel s'ajoute un second merci, pour cette jolie balade du bout des doigts qui m'amène à reconsidérer mon propre amas de phalanges. Tout est joliment dit, j'ai juste un peu bloqué sur le passage où tu évoques ton pouce en L qui est la troisième lettre de ton prénom. Ça m'a semblé plus prosaïque et moins enclin à l'imagination que le reste (mais c'est vraiment histoire d'ajouter un bémol).

J'ai passé un très bon moment à te lire, une petite friandise, on s'en lécherait les doigts  ;)

Merci du partage, à bientôt !
Baliverneuse hors pair.

Hors ligne Keanu

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #5 le: 18 avril 2019 à 01:46:24 »
Mes mains, je les cache comme je peux, dans mes poches, dans mes manches, pour qu'on ne voie pas leurs tremblements ni leurs blessures.

Malgré l'éducation petite bourgeoise que j'ai reçue, et par un mystère de l'hérédité, j'ai la peau abîmée de mes aïeules ouvrières.
:coeur: Très beau début.

Dans mon milieu, on dit plutôt "des mains de pianiste" (guillemets français si tu veux « »).

Au creux de mes paumes courent des fleuves asséchés, des routes escarpées, des sentiers sans fin.

Sous ma peau, on aperçoit les rivières bleues de mes veines comme une carte fantôme.

 :coeur: Oui, le territoire des mains, la cartographie, la topologie des mains.

J'acquiesce, mes mains esquissent un "non" (idem que plus haut pour les guillemets). Je refuse, mes mains se tendent pour accueillir.
:coeur:

Mes mains ne m'ont jamais pleinement appartenu.
Encore une fois ça me plaît, cette autonomie des mains, le fait qu'elles aient une vie propre.

Il y a pour moi dans cette fin et dans tout le texte d'ailleurs une forme de tristesse très profonde, très calme aussi, et en même temps une acceptation limpide, en tout cas une émotion dont le timbre m'a beaucoup plu. Les mains révèlent énormément, oui, elles portent des traces et des fêlures qui ébauchent un vécu mais aussi le dépassent, une sorte de paysage archaïque, de mystère mémoriel, de langage parallèle. Il y a là une belle grammaire de la vulnérabilité. L'écriture ciselée me semble à la fois endiguer et faire jaillir l'émotion. Un texte qui m'a vraiment plu, qui m'a touché, que je trouve très intime en fait. Merci beaucoup Tigrani.


En ligne Tigrani

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #6 le: 18 avril 2019 à 09:36:03 »
Merci beaucoup Keanu.

Hors ligne Ariane

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #7 le: 18 avril 2019 à 11:17:39 »
Salut Tigrani,

Merci pour la lecture.
J'aime beaucoup le fond et certaines images. Plusieurs passages sont peut-être un peu trop terre à terre à mon goût ? Je te livre mes impressions juste pour donner un retour, cela dit c'est 100% subjectif, je n'ai rien d'intelligent à apporter  :-[ .

J'ai moyennement aimé ce passage :
"Malgré l'éducation petite bourgeoise que j'ai reçue, et par un mystère de l'hérédité, j'ai la peau abîmée de mes aïeules ouvrières.
J'ai des mains d'homme, longues et larges. Dans mon milieu, on dit plutôt "des mains de pianiste"."
Ca m'évoque plus un texte court qu'un poème. Idem pour le passage que relevait Chouc.

J'ai aussi été gênée par les transitions absentes à certains moments :
"Sous ma peau, on aperçoit les rivières bleues de mes veines comme une carte fantôme.
Quand je suis seule, je secoue mes mains dans le vide, à un rythme effréné, pour stimuler mon esprit.
J'ignore tout des pantomimes que j'interprète en rêvant."
Je pense que c'est volontaire et que ça contribue à apporter une certaine atmosphère au texte, mais personnellement ça m'a un peu déroutée.

Sinon, j'ai beaucoup aimé :
"Au creux de mes paumes courent des fleuves asséchés, des routes escarpées, des sentiers sans fin.
Sous ma peau, on aperçoit les rivières bleues de mes veines comme une carte fantôme."
"Mes mains ne connaissent ni les coups, ni les caresses."
"J'ignore tout des pantomimes que j'interprète en rêvant." (<= surtout cette dernière :) :) ).

J'ai beaucoup aimé aussi le sujet choisi, et l'image de fin, des mains qui tricotent après la mort, etc.

Merci pour le partage.

En ligne Tigrani

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Re : La vie de mes mains
« Réponse #8 le: 18 avril 2019 à 11:54:51 »
Merci pour ce retour Ariane.  :-* Je comprends bien pour le prosaïsme et le caractère déroutant, mais c'était ce que je voulais pour ce texte: quelque chose de plus brut, de moins onirique que d'habitude.

 


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