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17 juin 2019 à 15:16:05

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Auteur Sujet: [Poésie] D'ailleurs ; le monde est vaste  (Lu 563 fois)

Hors ligne Loup-Taciturne

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[Poésie] D'ailleurs ; le monde est vaste
« le: 08 avril 2019 à 02:38:04 »
Bonsoir à toutes et tous

Ici je propose un espace de partage et d'échange autour de la poésie de l'ailleurs, d'autres mondes, vus à travers les yeux des Autres poètes ou à travers des étrangers poètes.

L’altérité dans la poésie ou l'altérité de la poésie en somme.
Avec peut-être à la clef l'exotisme, et plus sérieusement cette altérité en scène, en question, en pâture, en témoignage, en réflexion... Peut-être ce qui fait l'unité de l'homme dans la diversité des cultures, à travers le prisme poétique... certainement un décentrement esthétique et culturel du regard en même temps qu'un voyage vers l'essence même de l'humanité. Parce que c'est notre projet !
Enfin je ne sais pas, à vous de voir.

En préambule

Citation de: Mahmoud Darwich
« Toute langue possède son système de signes, son style, sa structure propres. Le traducteur n'est pas un passeur du sens des mots mais l'auteur de leur trame de relations nouvelles. Et il n'est pas le peintre de la partie éclairée du sens, mais le guetteur de l'ombre et de ce qu'elle suggère.
Aussi le traducteur de poésie se retrouve-t-il dans la position du poète parallèle, libéré de la langue d'origine et faisant subir à la langue d’accueil un sort identique à celui que l'auteur du poème a déjà fait subir à sa propre langue.
C'est dans cet espace de libération de l’œuvre originale que le traducteur commet cette belle et inévitable trahison, qui protège la langue du poète de la pesanteur de sa nationalité mais aussi de sa dissolution dans la langue de la traduction. Et la poésie traduite se retrouve ainsi placée devant l'obligation de préserver tant les attributs universels de l’œuvre que les traits qui signalent ses origines spécifiques déjà exprimées dans une autre structure de la langue et un système de références propres.
C'est cette dualité qui fait le charme particulier de la poésie traduite. Que ce soit par goût du dialogue entre ce qui est commun à tous et ce qui distingue chacun ou par soif de découverte de l’immense richesse et variété de l'expérience poétique, la poésie traduite développe également la capacité de toute langue à renouveler ses styles et ses constructions à l'écoute de l'expérience d'une autre langue.
On voit ainsi  comment un traducteur original et créatif détient la force de construire ou de démolir. Le poème traduit n'est plus la seule propriété de son auteur mais aussi celle de son traducteur, qui devient également son poète. Et peu nous importe de savoir dès lors si la pièce traduite est supérieure ou inférieure à l'original.
Comment faire confiance alors à la poésie traduite ? En s'arrêtant à ce qu'elle ne dévoile pas, qui avance masqué. En ne retenant que cette ombre qui monte derrière les mots et, peut-être, cette distance qui trahit un instant sa propre présence puis s'estompe. »


Mahmoud Darwich, préface à « La terre nous est étroite (et autres poèmes) »

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Pour commencer, quelques trouvailles :

Pourchassées
Les lucioles se cachent
Dans les rayons de lune.

Ôshima Ryôta (1718-1787)

*

Le voleur
M'a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.

Le moine Ryôkan (1757-1831)

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« Poèmes noms

Pour les Crees, les histoires sont des êtres vivants. (…) out être vivant est aussi une histoire, le nom est là qui en témoigne. Les noms que nous raconte Samuel Makidemewabe, Swampy cree du Canada, lui ont été apportés par deux communautés entre lesquelles il partagea sa vie. (…) Chacun ici a "gagné" le nom qu'il porte, et on le dépose en lieu sûr, dans la mémoire, dans la bouche, dans les mots du poète historien. »


Silencieuse-Jusqu'au-Dégel

Son nom raconte comment
cela se passait avec elle.

La vérité est qu'elle ne parlait pas
en hiver.
Chacun avait appris à ne pas
lui poser de question en hiver
une fois connu ce qu'il en était.

Le premier hiver où cela arriva
nous avons regardé dans sa bouche pour voir
si quelque chose y était gelé. Sa langue
peut-être, ou quelque chose d'autre au dedans.

Mais après le dégel elle se remit à parler
et nous dit que c'était merveilleux ainsi pour elle.

Aussi, à chaque printemps
nous attendions, impatiemment.

*

Guêtre-de-Pollen

Elle parcourait les champs de fleurs.
C'est une chose qu'elle faisait.
Parfois le pollen se rependait partout sur ses jambes
et on aurait dit
des guêtres jaunes.
DES GUËTRES EN ÉTÉ !
C'est ainsi que nous nous sommes mis à penser son nom.

Quand elle revenait au village
une vielle femme toujours lui demandait :
"Les fleurs ont-elles encore du pollen ?"
Cette fille s'asseyait alors sur une couverture
puis elle se levait, rependant le pollen de ses jambes
en guise de réponse ! C'était un jeu
que ces deux-là avaient seulement entre elles.

Et cela continua.

Des guêtres de pollen, oui. Nous avons avons eu la chance
d'entendre une chose de l'hiver et de l'été
en un seul nom.
Aussi nous n'avons pas laissé passer cela.
 
Traduction et présentation Jacques Roubaud et Florance Delay, « Partition rouge »

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Circulant, je crois la terre mienne
Et les vastes horrizons sont à ma portée.
Si en un lieu je m'établis, ses gens deviennent ma famille.
Où que je sois, le pays est mon pays.

Safi ad-Dîn al-Hilli

*

Comment désobéir à l'amour quand l'argile de mon cœur
Fut pétri d'amour avant même Adam ?

Al-Bûsiri

*

Le Sham* est par ses gens haï.
L'homme raisonnable ne peut y habiter.
Les guerres cessent un moment
Pour que reprennent malheurs et tourments.
Je vois l'éclair de ses malheurs se réjouir
tandis que l'horizon est lourd de nuages.
Si gâce à lui fondent les nuées,
Pourquoi les pierres ignorent-elles pareille destinée ?
Est-ce pour punir une faute que le destin assaille la terre ?
Comme les humains, commet-elle des péchés ?

*damas et ses environs

Talâi' ibn Razzayk

*

Le charme d'une franque m'a ravi.
D'elle émane une brise parfumée,
sa robe étreint une branche douce
Et une lune luisante ceint sa couronne.
Si dans son œil règne le bleu,
Bleue est la pointe des flèches.

Al-Adîb al-Qaysarânî

*

Je me plains des malheurs que je ne puis nommer
De crainte d'incriminer les gens ou de les blâmer,
Comme la bougie dont les larmes coulent sans qu'elle le sache :
Pleure-t-elle d'avoir quitté le miel ou la compagnie du feu ?

Al-Adîb al-Ghuzzî

*

Dissimulés restent la lumière et la clarté.
Notre religion n'est-elle en fait qu'hypocrisie ?
Que de prêcheurs ont parmi nous prêché
Et que de prophètes sur cette terre se sont dressés !
Ils sont tous partis, mais le mal ne nous a pas quittés.

Abû al-'Ala' al-Ma'arrî

Traductions de Houria Abdelouahed et Adonis.

*

Voilà, c'est tout pour cette nuit !
Je m'impatiente de connaître vos trouvailles !



« Modifié: 08 avril 2019 à 02:44:13 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

 


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