Le Monde de L'Écriture

24 avril 2019 à 09:59:38

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Auteur Sujet: Les Aventures du Dieu Maïs (Washington Cucurto)  (Lu 254 fois)

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Les Aventures du Dieu Maïs (Washington Cucurto)
« le: 24 mars 2019 à 02:03:11 »

  • Présentation de l'éditeur :

    Les Aventures du Dieu Maïs retracent les épisodes marquants de la vie d’un personnage haut en couleurs : Washington Cucurto. Magasinier chez Carrefour le jour, poète de vocation toujours, nourri au sein-pastèque d’une mère à la peau noire, Cucurto se sent très tôt porté vers les voluptés de la gent féminine.

    Une de ses partenaires lui parle un jour du Dieu Maïs, un dieu fertilisant au sexe en or, de dimensions idéales, désiré par toutes les femmes, et le convainc de se faire recouvrir le sexe d’or pour endosser le rôle du dieu vénéré, qui apportera à tous paix et prospérité. Entre-temps, il nous fait visiter son supermarché, nous engageant à admirer la beauté d’un rayon de légumes, et dénonce au passage le zèle idiot de ses collègues face à l’exploitation… Pendant les longues heures de travail, il compose secrètement des poèmes sur des feuilles de salade à l’aide d’une pointe de carotte.

Lecture qui fut pour ma part assez jouissive, commencée à voix haute en fin de soirée à l'adresse de deux énergumènes, l'un nous quittant après le premier chapitre sans que je ne comprisse qui, de l'heure tardive ou de l'étrangeté de ce fameux texte, motiva réellement son départ.
Il y a dans la narration une vigueur, une fluidité qui m'ont rappelé des textes de Kerouac ou Fante. C'est vif et concis. Le narrateur est souvent en décalage avec ce qu'il raconte, n'a pas les réactions qu'on attend de lui ; à côté de ça on le cerne assez vite, il a justement cette pulsion vitale et ce franc-parler qui fait que s'il m'arrivait un truc aujourd'hui dans la rue, et que je me disais "et si c'est à Washington Cucurto que c'était arrivé ?", je pense que je saurais tout de suite de quelle manière il aurait raconté l'évènement, quelle aurait été sa réaction, quel regard il aurait porté dessus.

C'est marrant parce qu'on pourrait penser que c'est une lecture désopilante, jubilatoire mais somme toute assez légère, "distrayante". Mais c'est surement un des textes qui m'a le plus marqué de ces derniers mois de lectures. Que je lise du bon ou du moins bon, ça faisait un certain temps que j'avais pas ressenti ce truc très particulier qui fait qu'un livre en moi fera date et flottera au-dessus de la masse de "bons livres" lus alentour : je l'ai trouvé inspirant. Cette vigueur, cette fluidité narrative me donne envie de me mettre à mon clavier et d'écrire dans cette veine. C'est peut-être en ça qu'il me rappelle certaines lectures beat (haha c'est rigolo, pour un texte qui parle de bite en or... le premier texte bitenik !). C'est parfois nawak (mais un nawak toujours concis, ce qui me semble une belle qualité) et toujours très extraverti ; je dis pas ça parce que ça parle beaucoup de sexe, d'ailleurs je ne trouve pas que ça parle tant que ça de sexe : on en lit des scènes, le narrateur y revient souvent, mais parce que c'est une des façons d'exprimer cette extraversion, cette vigueur de vivre et d'écrire dessus. Pour moi l'extraversion se ressent d'abord dans le style, dans cette vision du monde qui emporte pas mal de choses sur son passage, qui égratigne pas mal le réel, qui s'enthousiasme avec la même ferveur du cul des Dominicaines et des laitues du rayon légumes du Carrefour.

Côté objet, très belle édition du Nouvel Attila, avec énormément d'illustrations (de Tom de Pékin) qui complètent le texte de façon intéressante.

*
Elle m'a tellement bassiné, Idalina, avec cette histoire.
"(...)De toutes mes années de pute je n'ai jamais vu une bite avec un gland pareil. Allez ! On la fait en or ! Inventons l'Affaire du Siècle : l'homme à la bite en or, séducteur de mulâtresses dominicaines. On pourrait même en faire une émission de télé. Je connais l'homme qui peut réaliser ce travail."
Elle me bassinait toujours quand elle l'avait en elle.
"Cucu, Cucu... change-la en or, ah ah, change-la en or. Comme ça, tu pourras quitter cette horrible baraque et ce supermarché, et moi je quitterai la rue. On prendra le meilleur des placages en or paraguayen, qu'on enverra spécialement chercher par des Paraguayens vauriens que je connais."
Le lendemain, Idalina, ma copine dominicaine, s'est levée du lit d'un bond. Elle a embrassé le bout de ma queue, comme tous les jours. elle s'est signée face au Vénéré Boudin Noir.
- Bonjour, mon Roi. Je vais chercher de l'or au Paraguay.
Je me suis assis dans le lit en me frottant les yeux.

(p. 14)
*
Elles dansaient toute la sainte journée et enchantaient ma vie avec leurs rires étourdissants, et je pensais qu'il valait mieux mourir en entendant ces rires que les bruits infâmes de n'importe quel politicien ou musicien à la télé. Elles étaient une poignée noire dans ma vie, une couche de suie des pires voitures de la ville, mais elles m'ont appris que dans la tristesse et la misère on danse aussi et que quoi qu'on fasse on ne deviendra jamais meilleurs, une fois qu'on sait ces choses simples et pratiques, avec un air moqueur d'indifférence on libère de ses épaules le poids de la vie qui nous pousse, et nous pousse toujours vers le bas.
(p. 75)
« Modifié: 24 mars 2019 à 02:05:42 par Lo »
"Il était tard lorsque nous bûmes." (René Daumal)

 


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