Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

21 août 2019 à 02:29:51

Le Monde de L'Écriture » Autour de l'écriture » Salle de débats et réflexions sur l'écriture » Ecrire, entre techniques et émotions

Auteur Sujet: Ecrire, entre techniques et émotions  (Lu 2367 fois)

Hors ligne Erwan

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #30 le: 27 mars 2019 à 14:34:16 »
Je vois souvent cette question des règles et de la spontanéité/émotion, un peu comme deux voies d'approche, quoi. Je suis dubitatif. Ce que je vois dans la réalité, c'est qu'il y a des artistes dont le style cognitif les mène plus vers l'apprentissage via des règles, d'autres qui sont plus foisonnants, bordéliques parfois, en tout cas spontanés. Les deux manières d'apprendre se valent, je crois. Les enfants apprennent leur(s) langue(s) maternelle(s) avant sa grammaire, les adultes font souvent l'inverse pour apprendre une langue étrangère. L'un ne vaut pas mieux que l'autre. Le coup d'apprendre les règles pour mieux s'en départir ensuite me fait aussi beaucoup rire, car c'est une règle en elle-même, et que je trouve que les gens qui disent cela sont justement des profils cognitifs qui aiment apprendre avec des règles... Bref, le serpent se mord un peu la queue, quoi.

Après, je n'ai jamais vu une œuvre qui soit faite de pure technique, ni d'autres qui soient faites de pures émotions. Est-ce que ça existe seulement ?  :???:

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #31 le: 27 mars 2019 à 14:47:07 »
Les deux cas se prennent tôt ou tard un mur.
Les artistes plus cognitifs doivent à un moment mettre de côté les règles pour évoluer car l'expression de soi passe par quelque chose de plus personnel. Les bordéliques ont aussi besoin à un moment de s'intéresser aux règles pour prendre ce qui leur plaît ou pas.
C'est toujours un équilibre à trouver.
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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #32 le: 27 mars 2019 à 14:59:20 »
Beh, en fait, ça dépend complètement de dans quel sens tu abordes une œuvre : tu peux trouver certains théâtre très classiques tout comme tu peux tomber sur de l'absurde ou ce genre de chose inventive.

Dis-toi un truc très simple : la poésie a toujours été très codifiée avec des règles qui ont évolué selon les époques et selon les langues. Si on devait comparer à d'autres modèles d'écriture, la poésie reste celle la plus sensible aux normes et aux codes d'usage en vigueur, alors que c'est justement celle aussi qui bien souvent fait évoluer la règle (parce que, dans sa relation constante, elle les fait évoluer avec les mœurs). Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».

Pourtant on dit que les poètes sont émotifs... Alors déjà, ça pose question...

Mais en fait, si tu reviens à des textes beaucoup moins poétiques comme la science-fiction, c'est hyper technique au niveau de la connaissance scientifique et de l'évolution de la recherche alors que c'est ce qui fait le plus sauter les normes. La science-fiction est bien souvent le domaine de l'évolution et de la technique révolutionnée, et c'est le lieu de la théorie, mais aussi de l'imaginaire le plus créatif. Dans l'histoire : des mouvements sur la théorie, les savoirs ou la philosophie ont complètement bousculé les règles en leur temps en proposant un regard révolutionnaire sur leur époque.

Alors qu'on dit souvent que philosophes et scientifiques sont très rigoureux...

Comme quoi, y'a de quoi se poser des questions.

Dans le journalisme, aussi, on trouve des oppositions entre le « sensationnalisme » d'une part et « l’investigation » (ou l'enquête journalistique) d'autre part. Ça génère plein de débats, et franchement, dans le journalisme, il y a de tout, faut pas croire.

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #33 le: 27 mars 2019 à 20:18:04 »
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Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».
J'interviens juste pour dire que c'est totalement faux, et que pour le savoir il suffit d'ouvrir un bouquin de poésie qui a moins de 50 ans. Les règles évoluent encore actuellement en poésie.




Sinon je plussoie totalement ce qui a été dit, tout est une question d'équilibre entre technique et spontanéité. En fait tout le but c'est pas de collectionner des techniques, des règles et ensuite les enfiler en collier de perles (ce que beaucoup font, parfois avec succès), mais de comprendre une grande variété de techniques et de règles pour les intégrer en soi. Comprendre c'est intégrer à soi. Pour ça que les analyses au lycée ou collège, avec multitudes de termes techniques pour définir l'analyse, ça donne quelque part une vision fausse de l'écrivain. Le fameux "Je suis sûr qu'il a jamais pensé à mettre telle figure de style sciemment en écrivant ça". Parce qu'en effet, l'écrivain s'en fout bien de placer telle figure de style constamment à chaque ligne, c'est des choses qui finissent par se sentir, par habitude de lecture, par habitude d'écriture, par habitude de se lire soi aussi. Et viennent des moments merveilleux, où après s'être souvent cassé la gueule sur des textes et des tournures, tu commences à écrire des passages (le type de passage que tu connais, pour en avoir écrit des similaires, ou une idée, ou un truc dont tu sais que ça marche parce que des gens d'un forum par exemple t'ont dit que ca marchait ; bref) et où tu sais que tu peux te faire confiance. Où tu peux te lâcher de telle manière, parce que t'as acquis assez de technique pour venir à bout d'un passage comme ça, tu peux enfin te jetter de l'avion parce que t'as passé du temps à coudre ton parachute.

Et je crois aussi que quelque part, les "grands" écrivains du XIXèm avec leurs chefs d'oeuvres classiques, leurs longues fresques sociales où l'on savait qu'ils construisait tout et pensaient tout, bref ce qu'on pourrait appeler les chefs d'oevures constructivistes de Zola et compagnie, ont aussi fait du mal à la perception qu'on a de la technique d'écriture, en s'imaginant qu'il fallait vraiment tout milimetrer au poil de cul près, alosr qu'en fait c'est souvent le lâché prise (et la confiance qu'on a en ce lâché prise) qui crée les passages les plus émouvants et prenants.

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Re : Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #34 le: 27 mars 2019 à 21:01:22 »
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Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».
J'interviens juste pour dire que c'est totalement faux, et que pour le savoir il suffit d'ouvrir un bouquin de poésie qui a moins de 50 ans. Les règles évoluent encore actuellement en poésie.

J'ai quelques connaissances dans la poésie, Ben.G, je sais que les choses ont progressivement évolué en poésie (dans les milieux cultivés). Maintenant, l'évolution est lente, une progression au gré des mœurs, quelqu'un qui se mettrait à faire quelque chose en rupture totale avec les deux cents dernières années aurait beaucoup plus de difficultés à s'intégrer. Et cinquante ans, c'est court.

Je vais te demander quand même un exemple pour vérifier que ce que tu dis correspond à quelque chose de réel :

Pourrais-tu me donner une règle en particulier qui diffère de la poésie surréaliste ou romantique dans un bouquin de ta bibliothèque issu des cinquante dernières années ? Pourrais-tu me donner des exemples ou citations pour que je comprenne le fond de ta pensée ?

J'aimerais comprendre ce que tu entends par « évolution de la règle » des cinquante dernières années.

Voilà, merci à toi, ça nous permettra de nous faire une idée plus précise de la chose, cela permettrait de comprendre l'évolution des techniques.

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #35 le: 28 mars 2019 à 10:45:01 »
J'avais envie de rebondir là-dessus :
Pour ça que les analyses au lycée ou collège, avec multitudes de termes techniques pour définir l'analyse, ça donne quelque part une vision fausse de l'écrivain. Le fameux "Je suis sûr qu'il a jamais pensé à mettre telle figure de style sciemment en écrivant ça". Parce qu'en effet, l'écrivain s'en fout bien de placer telle figure de style constamment à chaque ligne, c'est des choses qui finissent par se sentir, par habitude de lecture, par habitude d'écriture, par habitude de se lire soi aussi.
Je pense qu'une part des idées reçut sur ce qu'est réellement la technique en littérature provient justement du fait que les professeur ne la présente pas correctement au collège et au lycée (ce qui est normale : ils n'ont pas le temps, pas les moyens, pas le public adéquat pour véritablement entrer dans les détails, mais malgré tout il faut garder en tête que beaucoup de personnes n'ont jamais eu d'études sur la littérature en dehors des cours de lycée, très peux de gens ont l'occasion d'étudier la littérature à la fac). Je pense aussi que certains professeurs n'ont pas la bonne approche et qu'ils faussent du même coup la vision des étudiant.

Je vais essayé d'exprimer ce que je crois être l'erreur de certains professeur dans leur approche de la technique pour les cours de lycée, mais comme je ne suis pas certaine d'y arriver, je laisse chacun juge (et comme je sais qu'il y a des professeurs ici, je ne présume rien de vos compétence en particulier  ;) je ne m'appuis que sur mon expérience personnelle, ce que j'ai pu ressentir dans mon parcours, je ne doute pas que vous êtes de très bons profs !).

Pour moi la technique d'analyse des textes qu'on enseigne au lycée n'est pas mauvaise en soit (je la trouve même excellente et je n'ai d'ailleurs jamais apprit de meilleurs méthodes d'analyse, même à la fac, je n'ais fait que complété et affiné la méthode acquise au bas de français), mais les professeurs définissent mal ses fonctions : ils ont trop tendance à donner l'impression que l'auteur "a voulut" chacun des détails qu'on analyse (chaque figure de style, chaque jeu phonique, chaque détail, etc), ce qui n'est généralement pas vrai. Pour moi, la technique du commentaire de texte correspond davantage à une méthode d'analyse pour comprendre un phénomène. C'est comme un chimiste qui essai de comprendre le pourquoi du comment d'une réaction chimique : il observe une réaction chimique et cherche à comprendre quels processus, quelles interactions entre les molécules sont à l'origine de la réaction qu'il observe. De la même façon, un commentateur observe un phénomène (un texte qui produit une émotion) et il va chercher à comprendre, mécaniquement, comment s'est produit ce phénomène (par quels procédés est-ce qu'on est parti d'un matériau linguistique, le langage, brut simple, fonctionnel, pour aboutir à un matériau poétique, un texte faisant naitre un émotion chez le lecteur).

Pour moi, la principale erreur de beaucoup de professeur est d'avoir une approche en quelque sorte théiste : il présente le résultat d'analyse comme si l'auteur en avait voulu les moindres détails (ce qui est inexacte la majorité du temps : l'auteur à voulut certains éléments, mais rarement tout ce que le commentaire décèle à l'analyse).
Si je reprend ma comparaison : pour moi, faire un commentaire de texte c'est analysé un phénomène comme un chercheur tente de comprendre les subtilité d'une réaction chimique. Et l'erreur de beaucoup d'enseignant est de faire croire que l'auteur à voulu tout cela : comme si les molécules voulaient cette réaction, comme si les animaux voulaient la théorie de l'évolution -> cela revient à supposé la toute puissance d'un grand architecte : l'auteur et son génie.
Je ne crois pas en cette représentation. Pour moi l'analyse du texte reste une analyse du texte, pas une analyse de l'auteur, ni une analyse de ce qu'a voulu l'auteur.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #36 le: 28 mars 2019 à 11:34:31 »
Alors, moi personnellement, j'ai une technique pour apprécier ce genre de choses, mais c'est assez artisanal et pas très poussé (et puis je ne fais ça que rarement, ce n'est pas vraiment ce qui oriente ma lecture des œuvres, à titre personnel) ; donc ce n'est pas un exemple, mais c'est une façon de montrer comment je vois les choses.

Je distingue le style du reste de la forme. Par exemple, l'alexandrin classique, ça fait des années qu'on l'utilise, pourtant ça ne veut pas dire que tous les poètes et auteur de théâtre avaient le même style. Donc, déjà, j'assimile plutôt le style à la signature de l'auteur (on va dire que ce serait l'accumulation des techniques et particularités réunies donc par l'auteur dans sa vie) et, pour le reste, grammaire (surtout je n'oublie pas si je lis une traduction ou non, ça change mon regard), pour le lien entre le propos et les mots qui sont choisis (bien souvent on peut dire la même chose de différentes manières : contourner ou être plus direct), le genre (où souvent l'émotion est traitée différemment selon les époques, plus d'exaltation ou plus de retenue ; certaines émotions ou sentiments sont des tabous à certaines époques : cela dépend tout à fait des mœurs), ou encore le contexte avec les codes de l'époque (comme la règle des trois unités au théâtre ou le sonnet qui ont des codes assez marqués) et comment l'auteur se positionne face à ces codes de l'époque en vigueur (certains grands auteurs les respectent à la lettre, d'autres non).

Donc je ne considère pas que le style soit le seul et unique sujet relatif à la forme d'un écrit, je considère que le style est la signature de l'auteur, mais que celui-ci avait aussi d'autres paramètres à prendre en compte en même temps (qui ne relèveraient pas du style). Quelque part, c'est comme faire la différence entre les mœurs et émotions d'une époque, et là où se situe l'auteur dans son traitement technique.

Bon, c'est un peu complexe et pas très populaire, donc c'est plus pour donner une façon que j'ai d'identifier une œuvre et son rôle, j'ai conscience que ce n'est non seulement pas très poussé mais en plus assez fragile par rapport à des analyses de texte plus poussées sur l'histoire de la technique en littérature. J'ai conscience que la recherche universitaire est beaucoup plus ordonnée dans son exploration historique des méthodes et documents d'origine.

Hors ligne extasy

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #37 le: 28 mars 2019 à 13:34:51 »
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Hors ligne Angieblue

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #38 le: 28 mars 2019 à 19:21:41 »
Je pense qu'un auteur doit maîtriser les techniques, ne serait-ce que pour comprendre et apprécier ce qu'il fait. C'est aussi la connaissance de la technique qui permet de s'en éloigner pour créer de nouvelles formes cohérentes et esthétiques, et pas du n'importe quoi.
 Le vers libre ou la poésie en prose se sont éloignées du mètre classique, mais ils ont conservé le jeu sur les assonances et les allitérations, ainsi que la recherche d'images évocatrices.
Quand on cherche à faire quelque chose de beau, on ne peut pas renier l'importance de la technique. Je pense aux parnassiens qui pratiquaient l'art pour l'art.
Après, bien sûr que d'autres paramètres entrent en compte, comme, en effet, le style, l'univers de l'auteur. Mais il y a  surtout le talent, le don, qui est une prédisposition innée, on le découvre souvent pendant l'enfance. Mais, le talent sans travail n'est pas suffisant, il faut toujours apprendre pour évoluer.
Transmettre de l' émotion, faire voir et ressentir des choses, c'est la cerise sur le gâteau, le cadeau offert avec le talent, le petit truc, en plus, que possèdent les hypersensibles, ceux qui sont dotés de l' instinct poétique.
Quand on détient toutes ces compétences, bien sûr, que l'on n'écrit pas de manière rigide, focalisé sur la technique. Elle devient tout simplement inconsciente, et se mêle à l'inspiration. Mais elle est bien omniprésente, et c'est pour cela que les auteurs retravaillent souvent leur texte après le premier jet.
« Modifié: 28 mars 2019 à 19:34:25 par Angieblue »
Angie

Hors ligne Xaba

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #39 le: 07 avril 2019 à 22:39:21 »
Bonsoir

Je me permets de mettre mon grain de sel, moi qui ne suis ni technicien, ni écrivain, ni professeur de grammaire.

La technique est à mon sens ce qui reste une fois qu'elle a disparu. C'est une habile touche de fard sur le bord d'une paupiére, sur la courbe d'un visage, et qui doit mettre en relief mais sans même être vu.

Alors oui la technique doit être apprise mais, si il existe des gestes de base qu'il faut absolumente maîtriser, elle doit être surpassée et chaque fois reinventée...pour ne pas rester dans le carcan de styles qui ont le mérite d'exister mais à peine, parce qu'un jour ils furent inventés...

« Modifié: 21 avril 2019 à 15:25:42 par Xaba »

Hors ligne Philippe47

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #40 le: 24 avril 2019 à 16:24:20 »
Bonjour Tchi,
Il est possible que dans ce post je te semble couper les cheveux en douze. Ce n'est d'ailleurs pas impossible. N'y vois aucune attaque à ton encontre. L'une des fonctions d'un langage est de (faire) partager des signes (les lettres associées en mots eux-mêmes associés en phrases) afin qu'une communication puisse être établie. Et pour que cette communication passe, il est indispensable que le sens des signes utilisés soient convenus. Et c'est bien là le problème : les mots ont le plus souvent plus d'un sens dans leur poche. "La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses" disait Platon. Et d'un seul coup ton questionnement ouvre la porte à bien d'autres. Je vais essayer de ne pas être trop long.

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Ecrire, entre techniques et émotions
Comment ça "entre" ?  :o
Aux techniciens la maîtrise techniciste et aux émotifs "élus" le talent voire le génie ?  8)
Je en suis pas d'accord mais ta façon de poser le sujet a un très grand mérite : celui de distinguer les deux grands aspects d'un écrit : le contenu et la forme, c'est à dire le(s) sentiment(s) suscité(s) et la mise en scène de ce(s) sentiment(s). Au même titre que deux spectateurs ne verront pas forcément la même chose en regardant le même film, deux lecteurs ne distingueront / percevrons pas la même chose du même texte. Il ne suffit pas de dire "il fait beau" pour que le lecteur voit le soleil qui sèche la rosée, le vent qui agite doucement le feuillage et le ruisseau qui coule en murmurant. Et décrirais-tu un tableau champêtre que tout le monde ne retiendra pas la même chose, voire ne "verra" pas la même chose. Selon comment il fait beau à tes yeux d'écrivante tu vas restituer une gamme de sensations que le lecteur s'appropriera...ou pas. Le contenu pourra bien être le même, le formalisme distinguera celles et ceux qui ressentent sur un diapason comparable au tien...et les autres, qui seront inégalement sensibles à ta façon d'écrire.

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dégoûté par mes professeurs de français s'entêtant à vouloir me faire analyser des textes mais refusant d'entendre mon interprétation.
J'ai bien connu  ;D
Ca m'a valu une note pourrie au Bac français  :mrgreen:
Ce n'est pas d'un problème technique dont il s'agit, en l'occurrence, mais d'une question pédagogique.
Et l'enseignement du Français n'est pas le seul concerné. L'Histoire, l'Economie ou la Biologie le sont aussi, pour ne prendre que trois exemples.

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C'est bien là l'origine de toutes mes questions sur ce qu'est un écrit,
Un écrit, c'est d'abord et avant tout une sorte de cri, un truc qui veut sortir et on ne sait pas comment le faire sortir. On peut discuter à l'infini de la forme qu'il peut ou doit prendre, mais ne t'interdit jamais de crier, s'il te plaît.  :)

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Aaah, la technique. Je suis probablement tout ce que la technique dois détester. Suis-je la seule?
Je souhaite juste souligner que tu as, ici, personnifié "la technique" pour l'accuser de te détester.
Comment se fait-ce ?
Et "non" tu n'es pas la seule à entretenir des relations conflictuelles avec la technique.

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Mais au fait, qu'est-ce que écrire? Et puis, pourquoi écrit-on?
Mon point de vu? Ecrire est un art.
Ok. Mais puisque tout le monde écrit, alors nous sommes tous des artistes. Donc toi aussi.

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Mais chacun dois pouvoir faire la sienne sans être jugé.
On peut discuter longtemps sur les ressorts qui fonderaient la liberté de jugement, mais chacun(e) d'entre nous est légitime à avoir un jugement sur une oeuvre d'autrui. Le jugement d'une oeuvre artistique est quelque chose de culturel et personnel. Et les professionnels du jugement (les critiques d'art) sont une espèce assez particulière, que l'on retrouve surtout dans l'entresoi des salons. Qui dit jugement dit lois, tribunal et avocat, mais la morale fait ça très bien aussi. Nul n'est légitime à contester ton droit à écrire (à quelques règles près), mais interdire tout jugement est impossible. Il faut donc s'en remettre à la bienveillance lorsqu'elle est présente (je suis nouveau ici, mais il me semble que cette bienveillance est très présente sur ce forum)

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Quand on dessine un chat on prend le risque que certains voient une panthère, est-ce mal? Quoi? le titre du tableau était "mon chat"? Mais moi je vois un panthère!
1) Sauf que si je dessine une cuiller et que tu me dis "C'est un carburateur", je pressens que l'on va avoir des difficultés à se comprendre. Si les mots et les symboles n'ont pas le même sens, on pensera depuis deux univers différents.
2) Un certain René Magritte a peint un jour un tableau intitulé "Ceci n'est pas une pipe".
https://img.fotocommunity.com/ceci-nest-pas-une-pipe-e98b5143-41d5-4246-9e50-8a86f302700a.jpg?height=1080

On ne peut pas se passer d'une culture commune pour des symboles communs. Ce qui n'exclut pas de jouer avec cette culture et ces symboles.  ::)

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Si quand je dis blanc certains lisent noir?
On s'en fout. Tu écris d'abord pour faire sortir quelque chose. C'est toi qui est important(e).

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Je pense qu'il faut écrire pour suscité des émotions.
Et les faire partager, un peu, non ?

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Et la technique la dedans? Moi je ne la comprend pas.
Ca viendra. Et peut-être la nommeras-tu autrement. Et ce n'est pas important.

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Car c'est probablement que j'ai quelque chose encore en moi a découvrir.
Te voilà arrivé(e) à ce qui me semble être l'Essentiel : l'écriture comme catalyseur d'une aventure intérieure.
Et donc du coup, de ce fait, et par conséquent : les jugements inutiles, les morales toxiques et les techniques qui ne te parlent pas...poubelle. Les outils qui te parleront se découvriront au fil de ton cheminement. Tu les appelleras "techniques", "effets de style" ou même "schtroumpfateurs". Peu importe le nom que tu leur donneras, l'essentiel sera que tu en perçoives l'utilité et qu'ils t'aident pour aller au bout de ce que tu attends de ton texte.

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Et vous, quel est votre point de vu?
Il existe autant de façon d'écrire que de rapports à l'écrit. J'écris, comme je lis, d'abord pour me faire plaisir.
Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #41 le: 19 mai 2019 à 19:56:20 »
Technique : moyen(s) mis à disposition pour effectuer un processus...
Emotion : ressenti biologique et/ou métaphysique de l'ordre de la psyché...

disons que pour moi la culture du premier sert à la culture du second et inversement.

la grammaire est la technique de construction linguistique, mais je ne crois pas qu'elle soit seule dans l'élaboration d'une quelconque littérature en tant que telle...
- les conventions de construction du langage permettent de se faire comprendre, mais je rejoins les avis contradictoires à propos d'une chatte qu'on nommerait chat, évidemment, mais qui peut être tout autre chose...

de fait : entre autres, des techniques psychologiques permettent d'accéder au sens :
- si la table est bleue, il n'est pas grammaticalement faux d'écrire 'la table est verte', mais y'a un truc bizarre qui ne relève pas de la grammaire... mais bon, le bizarre c'est pas non-émotions pour autant, donc la question n'est pas résolue... poursuivé :

c'est là qu'intervient la méthode, je suppose, à savoir la manière d'utiliser la ou les techniques :
- 'j'aime les toasts' est une méthode où 'je' commence par retranscrire directement son émotion
- 'les toasts me plaisent' est une méthode pour dire la même chose avec une émotion différente

ceci dit, il m'apparait d'après l'exemple juste au dessus, que lire un roman en 'je' est généralement moins émotionnellement bénéficié par le lecteur que peut l'être un roman écrit en 'toasts'... je conclurais pour l'instant que le côté théorique de la méthode, usage des techniques, est une condition sine qua non à l'élaboration du contenu émotionnel...

pour prendre l'expérience de pensée à l'extrême, même en suivant, grâce à la technique de pianotage du clavier, avec une méthode chaotique pure genre singe qui tape frénétiquement sans savoir ce qu'est une lettre, on pourrait effectivement créer une émotion valable dans un art conceptuel expliqué, mais au delà, j'suis pas sûr que beaucoup s'émeuveraient d'un 'adhfbqrçvêe,nfhbqlh'...

j'aimerais bien apporter d'autres nuances, mais j'ai l'impression d'avoir épuisé mes cartouches... et surtout de m'être un peu perdu dans une question que je me suis jamais posé avec pertinence...
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