Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 avril 2019 à 10:24:27

Le Monde de L'Écriture » Autour de l'écriture » Salle de débats et réflexions sur l'écriture » Ecrire, entre techniques et émotions

Auteur Sujet: Ecrire, entre techniques et émotions  (Lu 1107 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #15 le: 20 mars 2019 à 17:16:54 »
Milena
Merci votre réponse m'éclaire beaucoup ! Je pense  en effet ne jamais avoir cerné l'utilité des règles en question.
En effet je ne connais rien c'est un fait et c'est pour ca que je veux commencer par le commencement, remettre en questions mes à priori.

 :\? Mmh... Je dirais que si tu cherches à comprendre les bases, les fondamentaux ou ce genre de trucs, tu peux éventuellement te dire que l'émotion serait ce que tout le monde possède (nous avons toutes & tous des émotions, c'est ce qui nous permet de communiquer les uns avec les autres) tandis que la technique est relative à la pratique et à l'exercice.

Il existe des exercices de tout, en littérature, pour le style, pour la narration, pour les personnages, pour la ponctuation, pour les dialogues, pour le genre, pour la coproduction, pour la scénarisation, pour la chronologie, etc. etc.

Tu peux par exemple te focaliser sur une œuvre que tu aimes et qui t'inspire, et t'essaie de créer un peu le même genre de texte ou poème, pour voir si t'arrive à t'en rapprocher ; et si tout se passe bien, peut-être que tu commenceras à saisir quelques règles ou codes d'un genre ou d'une technique en particulier.

Le rire, par exemple, ben ça se travaille, malgré les apparences. Faire rire demande une certaine discipline, d'abord pour ne pas choquer ou alors pour ne pas être incompris ou encore pour ne pas être trop vulgaire, selon les préférences.

S'exercer permet de générer une certaine technique ; en revanche, les émotions, on en a tous depuis qu'on est tout petit, et c'est ce qui fait le ciment de la littérature (notre point commun).

Hors ligne Amor Fati

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #16 le: 20 mars 2019 à 21:49:01 »
Hello  :)

Pour moi, l'écrivain doit savoir maîtriser les règles pour pouvoir s'y conformer, ou bien les transgresser. On sait tous que ce sont les auteurs qui savent le mieux se jouer des mots, des procédés stylistiques, de la grammaire qui nous séduisent le plus ! Un individu qui écrit sans rien respecter, sans que cela est du sens, écrit bien souvent un texte pauvre...
Prenons Céline dans Voyage au bout de la nuit, il s'amuse à imiter le parler populaire, en y ajoutant bien sûr parfois des tournures plus élégantes, s'amuse avec la ponctuation pour toucher le lecteur. En somme, il ne respecte pas grand chose, mais son texte est (selon moi) brillant parce qu'il maîtrise les codes, et sait les contourner etc.
En outre, je pense que l'émotion se transmet mieux quand les techniques sont maîtrisées... Je ne pense pas que techniques et émotions soient si opposées.

Enfin, pour les analyses de textes, j'aimais pas ça avant de comprendre en seconde qu'elles pouvaient être passionnantes ; on se rend vraiment compte en étudiant les textes de près du génie d'un auteur, de sa maîtrise des techniques, mais également de sa capacité à se détacher des normes et à produire un texte original et littéraire ! et puis, le sens d'un texte peut être compris différemment selon les sensibilités, évoqué différentes choses, mais à mon sens, son idée globale est commune à tous. Après, il peut toucher différemment !

bref, je sais pas si j'ai répondu, mais j'ai ajouté mon grain de sel!

 ::)
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Hors ligne Léilwën

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #17 le: 20 mars 2019 à 22:10:15 »
Citation de: miléna
Dans tout art il faut selon moi : partir du principe qu'on ne sait rien > apprendre le règle > comprendre pourquoi ces règles existes > comment elles se sont imposé et pourquoi (qu'est ce qui fait qu'on enseigne qu'il faut écrire de cette façon plutôt qu'une autre) > créer ses propres règles.
Sauter depuis la première marche jusqu'à la dernière c'est se priver soit même d'un parcours extrêmement formateur.

C'est exactement ce que je voulais dire (et il n'y a pas que moi apparemment :D).

De mon point de vue très personnel, pour pouvoir m'affranchir d'une technique, je dois la maîtriser pour comprendre pourquoi elle est utile au monde qui m'entoure, pour pouvoir ensuite comprendre ce qui me gêne avec cette technique et la transgresser. Ça me semble d'autant plus important que si je transgresse la/les technique/s, j'aurai sûrement  des interrogations de la part de mes lecteurs et que ça me frustrerait beaucoup de ne pas pouvoir expliquer pourquoi je transgresse plutôt que de respecter.
De manière plus large, j'ai l'impression que déclencher des émotions ne se fait pas au hasard à l'écrit. Bien sûr, avec un écrit "random" ça peut marcher, mais pas à chaque fois. Pour que ça marche le plus souvent possible, il me semble qu'il faille affiner sa technique, s'exercer, voir ce qui fonctionne bien ou moins bien etc... mais je ne crois pas au génie qui arrive de nulle part (je pense bien sûr que certain(e)s ont des prédispositions ; mais une prédisposition sans entraînement derrière ne mène à rien, à mon humble avis).

Mais ce n'est que mon point de vue !
« Modifié: 20 mars 2019 à 22:12:27 par Léilwën »
Grammar nazi en désintoxication intensive

Tu débarques et tu es un peu perdu ? Je peux peut-être t'aider par ici

Hors ligne Tchi

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #18 le: 21 mars 2019 à 08:34:14 »
Merci

Vous avez exactement soulevé ce qui me manquait !
Ce nouveau regard me fait un bien fou et va je pense me permettre d'aborder la littérature plus sereinement.
Ca pourra vous paraître bête (si j'ose m'exprimer ainsi) mais parfois je sais que j'ai tord mais n'ai pas le declique pour autant.... Mais tout vos commentaires dédramatise complètement la chose qui me paraît finalement pas si terrible :)
Encore merci de vos réponses !
Au plaisir

Hors ligne Miléna

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #19 le: 21 mars 2019 à 09:01:33 »
Ravi d'avoir put t'aider ;)

Enfin, pour les analyses de textes, j'aimais pas ça avant de comprendre en seconde qu'elles pouvaient être passionnantes ; on se rend vraiment compte en étudiant les textes de près du génie d'un auteur, de sa maîtrise des techniques, mais également de sa capacité à se détacher des normes et à produire un texte original et littéraire ! et puis, le sens d'un texte peut être compris différemment selon les sensibilités, évoqué différentes choses, mais à mon sens, son idée globale est commune à tous. Après, il peut toucher différemment !
Yep  :coeur:
L'analyse de texte c'est fascinant : quand on arrive à sortir du cadre trop scolaire et qu'on commence à se prendre au jeux, qu'on cherche à comprendre comment l'auteur s'y est prit pour construire son énoncé, ça devient vraiment fun à faire.

Hors ligne extasy

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #20 le: 21 mars 2019 à 13:06:25 »
Bonjour, est-ce que je peux aussi poser une question ? Il y a quelque chose qui me dérange dans cette histoire de technique mais j'ai du mal à mettre les mots dessus. Je me pose une question sur le temps, le moment analysé quand on parle de technique. Quand on dit ah, il ou elle a de la technique, on se réfère à notre lecture d'un texte fini. Mais ça n'indique rien, à première vue pour moi, sur le moment de l'écriture elle-même. On contemple la forme achevée du texte, après la phase la plus... mouvementée, après qu'une personne ait fini son travail et présenté devant nous la forme achevée et stable de ce qui s'est passé en elle, pas le moment où la technique entre vraiment en jeu. Donc parler de technique, c'est en parler selon quel moment, et dans quel but ? En parler parce qu'on veut des clés pour mieux comprendre les textes (dans ce cas on s'intéresse à la forme finie d'un texte) ? Ou en parler pour apprendre soi-même à écrire (Alors c'est l'autre moment qui est intéressant, à première vue) ? Voilà, j'y pense depuis hier, et ce n'est toujours pas très clair. Si quelqu'un a un avis, ça m'intéresse  :)
^^

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #21 le: 21 mars 2019 à 13:17:26 »
 :\? Moi, je dirais que je ne comprends un texte que quand il m'émeut...

En gros, je me dis que si ce que je lis me fait l'effet d'un ennui mortel, ben je comprends pas trop pourquoi quelqu'un l'a écrit (mais je respecte, hein, je ne juge pas :huhu: c'est peut-être moi qu'ai rien compris, c'est tout). Donc je dirais que faut s'émouvoir pour comprendre et comprendre pour s'émouvoir, pas de technique dans le lot.

En revanche, pour savoir apprécier la beauté à sa juste valeur, il faut en savoir des choses (si l'on n'y connaît rien, on s'émeut de tout) ; mais savoir plein de trucs et être un technicien, c'est pas pareil. Je ne confonds pas théorie et pratique.

Donc, je n'ai pas vraiment de technique de lecture, plutôt un trop plein d'émotions qui se déverse sur mes bouquins...

Hors ligne extasy

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #22 le: 21 mars 2019 à 13:34:55 »
Et maintenant tu m'as fait me poser une nouvelle question. Je ne lis plus de la même manière qu'avant. Je pense que je lis mieux maintenant, plus attentif. Est-ce que je suis devenu meilleur, ou est-ce que le texte "entre mieux" en moi ?
^^

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #23 le: 21 mars 2019 à 13:40:28 »
 :\? Une question qu'il va nous falloir exploiter de fond en comble, je dirais...

Hors ligne Miléna

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #24 le: 21 mars 2019 à 13:41:20 »
Y'a une branche des études littéraire qui consiste à analysé les brouillon d'auteur pour voir justement les différentes étapes d'élaboration d'un texte et comment il en est arrivé à la forme final. Ca s'appel la génétique et c'est rigolo ^^
Pour moi étudier une version final c'est étudié la synthèse du travail d'un auteur (l'aboutissement de ses recherches et de ses réflexion). Du coup il me semble que, pour progresser ou comprendre un auteur, la forme final est la plus intéressante à étudier car tout se trouve à l'intérieur.
Mais d'un autre coté étudier les brouillon permet de comprendre l'origine des choix d'un auteur (certains de ses parties prit deviennent plus claire lorsqu'on sait ce qui les a motivé).

Toute façon il faut tout étudier, tout est passionnant  :D

Hors ligne extasy

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #25 le: 21 mars 2019 à 14:36:07 »
C'est rigolo cette histoire de génétique. Et ta conclusion m'amène à une autre question, est-ce qu'on peut tout étudier seul ?
Pardon si je suis chiant  :mrgreen:
^^

Hors ligne Miléna

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #26 le: 21 mars 2019 à 15:27:58 »
Bin je dirais que oui mais c'est comme pour un peu tout, faire des truc à plusieurs c'est souvent plus fun que tout seul  :-¬?

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #27 le: 21 mars 2019 à 15:58:21 »
étudier les brouillon permet de comprendre l'origine des choix d'un auteur (certains de ses parties prit deviennent plus claire lorsqu'on sait ce qui les a motivé).


yep! en +, étudier les brouillons, les essais, etc., ça permet parfois de s'apercevoir que ce qui fait la qualité d'un texte, ça n'est pas principalement tels ou tels choix, mais ni + ni - qu'un style, un son, un rythme propre, qui sont là quels que soient les choix de construction, de narration, etc.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #28 le: 24 mars 2019 à 11:08:24 »
Je suis d'accord sur l'utilité d'étudier différentes techniques d'écriture, mais vu que c'est de l'ordre de la théorie, il faut quand même que ça ne définisse pas nos pratiques.

Non, parce que quand même lorsque des théoriciens dictent à des écrivains les bonnes pratiques et les mauvaises, je ne suis pas très à l'aise...

Donc je crois quand même que les chercheurs doivent apprendre à renvoyer le temps destiné à l'étude à son strict et juste temps d'études.

Je sais que certains lecteurs aiment bien se reposer sur des bouquins de chercheurs sur les techniques de narration ou autre, je ne dis pas que c'est mal, hein, je respecte, mais enfin attention à ne pas en faire des dogmes pour autant !!

Hors ligne EloiR

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Re : Ecrire, entre techniques et émotions
« Réponse #29 le: 26 mars 2019 à 18:18:59 »
Je ne viens pas ici donner mon avis ; sans doute est-il trop arrêté pour ne pas décourager quelqu'un qui, comme point de départ, entend placer technique et émotion dans une confrontation. Je serai trop définitif. J'ai pourtant longtemps fantasmé sur l'hypothèse de la spontanéité du génie. Cette spontanéité précisément me semble aujourd'hui être davantage celle de la maîtrise et ensuite de la transcendance de cette maîtrise que celle de l'improvisation. Peu importe, beaucoup de choses ont été dites qui semblent avoir aidées au débat et je suis souvent d'accord avec elles. J'aurai volontiers nuancé, il y a beaucoup de notions qui ne sont pas définies. Enfin. J'apporte simplement la sentence de Luchini, très approximativement, je m'en excuse, il la change souvent, mais dont l'idée est très importante : "le génie français, c'est la liberté au milieu de la contrainte".

En ce qui concerne les études de brouillons littéraires, je conseille à tous les analyses de W. Benjamin sur l'œuvre de Proust ; il faut comprendre que la "peau laissée sur la table" dont parle Céline dans ses entretiens est une constante en littérature. La défaite de la mémoire chez Proust explique toute la psychologie de ses textes portée sur la mémoire involontaire (la fameuse madeleine), et sa méthode du tissage laisse transpirer (pour revenir au sujet de départ) une précision obsessionnelle et une rigueur "technique". Ce genre d'analyse questionne la distinction que beaucoup font entre le fond et la forme par-ailleurs, tant le style (c'est à dire le poinçon, étymologiquement, donc l'outil d'abord, et ensuite la main qui s'en sert et avec elle l'intention qui la dirige), est une combinaison complexe qui amène à l'œuvre achevée.

Et finalement, pour conseil d'écriture : il faut regarder à quel point Picasso était doué dans le travail académique pour comprendre qu'il a pu y échapper toute sa vie par de multiples moyens dans sa peinture. C'est cette capacité qui ouvre ses travaux à l'ambiguïté des analyses. Une ambiguïté saine, en l'occurence. Il en va de même en littérature ; les interprétations ne sont pas toujours celles imaginées par l'écrivain (le célèbre "Je est un autre" suggère que l'œuvre n'appartient pas, plus tout à fait, à son auteur), et en ce sens le travail scolaire paraît souvent délicat, mais il faut, pour autoriser une interprétation valable (parce que oui, à mon sens, un bon texte est un texte qui impose d'abord, et non qui autorise sa lecture sans aucune circonscription, et donc nous pouvons dire "interprétation valable" ou non) offrir à son travail une structure stable et maîtriser sa direction pour qu'ensuite il s'émancipe. Sans cela, l'interprétation (puisqu'on évoque la valeur des interprétations dans l'analyse de textes) n'est plus le résultat d'un échange réciproque (et j'aime assez la notion architecturale d'atmosphère pour évoquer cela) entre deux corps actifs (le texte et le lecteur) mais la seule projection émotionnelle du lecteur sur un texte incapable de se confronter à lui pour l'influencer, et donc rendu passif. Pour préciser mon emploi du terme d'atmosphère comme synonyme d'interprétation en littérature : "l'atmosphère, c'est ce qui se diffuse à partir de la manière dont les choses nous affectent".
"Je crois que les efforts humains peuvent faire naître une œuvre."
Peter Zumthor

 


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