Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

24 mai 2019 à 19:01:36

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Le bouchon de Nuits

Auteur Sujet: Le bouchon de Nuits  (Lu 331 fois)

Hors ligne Lavekrep codaraque

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Le bouchon de Nuits
« le: 15 mars 2019 à 15:52:29 »
Cette petite histoire pourrait être la mise en bouche de la suite (que je posterai en texte long) de " Ma belle Amour".
Je voulais la tester pour savoir si elle pouvait mettre en appétit.





Je viens de subir mon cinquième bouchon en trois cents kilomètres.
Je maudis tous ces débiles qui ont décidé de prendre l’A6 un samedi de juillet. Payer pour faire trois cents bornes en cinq heures et demi  “avouez quand même !”. Je n’en peux plus de me prendre la ventilation pleine face, d’entendre un abruti sur 107.7 m’annoncer, enjoué, que vingt-cinq kilomètres de pare-chocs contre pare-chocs m’attendent et qu’il faut penser à s’arrêter toutes les deux heures.
Je l’insulte, non,non, pas dans ma tête, pour de vrai. Je lui hurle, je lui vocifère, je le mets plus bas que terre et finit par gueuler au nom de tous les juillettistes de France :
“Espèce de connard!! On voudrait juste pouvoir rouler pendant deux heures.”
À quoi le connard répond :
“... Et n’oubliez pas de vous hydrater, il va faire chaud aujourd’hui. Et tout de suite trente minutes de musique non-stop."
Ma radio à cassette auto revers crache “ On The Road again” de Willie Nelson.

Trop, c’est trop.
Je prends la première sortie qui se présente (de toutes façons,c’est mort, je serai à la bourre),
m’arrête dans le premier patelin, me gare sur la place, entre dans le premier commerce qui affiche vendre des boissons fraîches et m’installe sur le premier banc qui se présente.
À peine installé, un vieux vient s’asseoir à mes côtés puis un deuxième. Tous les deux ont l’air contrarié par ma présence.
- Bonjour, messieurs.
- Bonjour, dit l’un.
- Hum, Marmonne l’autre.
- Il fait chaud, vous trouvez pas ?
- T’es parisien, toi. M’affirme celui qui semble être le plus âgé.
- J’avoue, mais j’y suis pour rien. C’est la faute à mes parents.
- Ouais ! Les parents y ont bon dos.
- Ah ben quand même. J’aurais préféré naître Arlésien.
- Pourquoi ? Demande l’autre. Arlésien, c’est pas mieux.
- Ah si ! Croyez moi.
- J’crois pas. Avance celui qui a une canne.
- C’est qui les Arlésiens ? Demande celui au béret.
- C’est comme les Marseillais, t’occupe !
- Ah merde ! En effet. Dit-il en soulevant son béret pour se gratter la tête.
- Si vous comparez les Camarguais aux Phocéens, vous n'allez pas vous faire que des amis.
- Mais qu’est ce qu’y raconte le Parisien, tiens ! J'enlève mon béret, j’ai la cafetière qui surchauffe à entendre tous ses mots savants.
- Moi, j'comprends toujours pas pourquoi y préfère être Arlésien. Pour le reste, laisse tomber y nous prend pour des demeurés. On t’écoute..
- Hé bien, c’est simple. Je ne serais pas là, puisque je ne serais pas parti, puisque je serais déjà arrivé et que jamais vous ne m’auriez vu.
- Elle est bonne, pour un Parisien, c’est pas mal.
- Ouais, si tu l'dis, moi j’ai rien compris. Puis remettant son béret et Regardant ma canette.
- Qu'est-ce que tu bois comme saloperie ?
- Un coca, pourquoi ?
- J'sais pas si t'as r'gardé autour de toi, mais ici on boit du vin.
- Du pinard ! Mais y fait quarante ! C'est un coup à être foudroyé.
- D’abord, on n't'permet pas d'parler de pinard et puis ysuffit d’y mettre un peu d’eau.
- Si on y met de l’eau, c’est que c’est du pinard.
- Mais pas du tout MONsieur l’ignorant, sachez que, Napoléon lui-même coupait son vin avec de l’eau.
- Vous voulez dire que Napoléon buvait du vin d’ici ? On parle bien de Napo lui-même.
- Non, pas tout à fait d’ici, un autre un peu plus au nord dont je n'citerais pas le nom. Y paraîtrait même que c’était son vin préféré.
Le bourdon de l'église sonne deux fois. Le son qui résonne contre les murs semble ne pas vouloir s’interrompre et fait pleurer les pierres. Le soleil rayonnant se voile, l’azur pâli, le croassement du corbeau met fin au chant du pinson et le vent doux laisse place à une chape de chaleur qui vous interdit le moindre mouvement.
Le premier “DONG” a pour effet de me faire sursauter alors que j’étais en train boire. Dans un réflexe, je me penche prestement. J'ai juste le temps d’écarter les jambes, ma chemise et mon pantalon de coton blanc sont sains et saufs. Le soda me passe par le nez. Je crois que je vais mourir noyé.
- Ça s'rait pas arrivé avec du vin se marre la cane.
- Même avec du vulgaire pinard, s'étouffe le béret.
- En fait les Parisiens ça peut être marrant.
- J'te l’accorde
Même pas je réponds aux anciens. Ils ne méritent que mon mépris.
Me voilà remis. Je me lève du banc et m'apprête à prendre congé de mes deux moqueurs. Ils se lèvent.
-Je vous en prie mes….
Les deux hommes me regardent, de concert, ils mettent le doigt sur la bouche et se retournent face au banc, dos à l'église. Je reste là, tout bête devant cette situation. Ils m’ont signifié de me taire, je me dirige vers ma voiture sans même leur dire adieu, vexé.
Le silence règne sous le soleil pâle quand le grincement des portes de l’église trouble l'atmosphère pesante.
-Bizarre ? Me dis-je. Les cloches n’accompagnent pas la sortie des mariés.
Plus bizarre encore les deux époux sortent suivis d'une centaine de personnes. Tous se taisent. Pas de pluie de riz, pas de hourras. Le cortège fantomatique disparaît dans une rue.
Pendant ce drôle de cérémonial, je n’ai pas quitté des yeux mes deux paroissiens. Ils n’ont pas bronché, raides comme des piquets, les yeux fermés comme pour être certain de ne rien voir. Ils ne reprennent leurs places qu’une fois le bruit des pas disparu.
Je hausse les épaules, j’ouvre la portière de la voiture. Le soleil brille sous un ciel d’un bleu profond. Sur une branche du tilleul centenaire qui protège les deux vieux, un oiseau chante.
Une fois installé, je démarre. Comme je passe devant le banc, je leur fais un petit signe qu’ils me rendent. L’un en soulevant sa canne, l’autre, son béret.
Pendant le temps, bien long, de la fin de mon voyage. Je me suis demandé pourquoi tant de
tristesse. Je connais maintenant la tristesse de la pierre et le sens du bourdon.
Une fois arrivé en Arles, les affaires ont repris. Seize heures pour venir de Paris. Pourquoi ce con avait-il choisi de plonger avec sa bagnole dans le Rhône ici, la veille d’un grand départ de juillet et pourquoi j’ai peur de l’avion et pourquoi je déteste la promiscuité du train et pourquoi cette tristesse. ..     
« Modifié: 26 mars 2019 à 21:29:12 par Lavekrep codaraque »

Hors ligne B.Didault

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  • L'éternel néophyte
    • Bernard Didault
Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #1 le: 16 mars 2019 à 08:28:53 »
Bonjour Lavekrep,

Cette histoire est curieuse, je le suis plus encore, amusante et fait peur.
Un bon tissus solide pour y construire un costume romantique de bonne facture.

J'ai vu pas mal de majuscules intempestives... et :

Citer
me gare sur la place, rentre dans le premier commerce
Si c’est la seconde fois que tu entre dans ce commerce alors le Rentre est normal.
Sinon tu entre, simplement.

Citer
– bonjour. dit l’un
Ponctuation : « bonjour, dit l’un. » Idem en-dessous
Personnellement, et je ne sais pas si je fais bien, je me une majuscule au début des dialogues et une virgule séparant les incises.
Si c'est bon... tu as du travail de révision !

Citer
sachez que Napoléon lui-même coupé son vin
« coupait » peut-être !

Citer
Le son qui résonne contre les murs semble ne pas vouloir s’interrompre et fait pleurer les pierres
Superbe !  :coeur:

J'aime beaucoup l'explication à postériori du bouchon, explicité sous forme de rage et non d'une bonne vieille explication technique.
J'ai ce souci permanent de combattre mon réflexe de technicien trop "gamme d’usinage"

Comme dirait Clément j'adhère (désolé  :-¬? ) à la lecture d'une suite...

Merci pour cette mise en bouche.
« Modifié: 16 mars 2019 à 08:48:49 par B.Didault »
Bernard
- La poésie est un art, une belle aventure, la dentelle de l’écriture.
- La haine est le venin de l’amour,
  Le sarcasme est celui de l’humour.
Page Personnelle (Indiscrétions, Textes et Poésies)

Hors ligne Dieter

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  • Orthographe réformée = Histoire déformée
    • Dieter
Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #2 le: 16 mars 2019 à 09:49:09 »
Payer pour faire trois cents bornes en cinq heures et demi  “avouez quand même !”.
Surtout que la nationale est vraiment belle dans les coins de Nuits, on voit que la région est riche.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne Lavekrep codaraque

  • Troubadour
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Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #3 le: 16 mars 2019 à 22:09:44 »
Bonsoir Bernard et bonsoir Dieter,
tu as raison Bernard pour les majuscules et la ponctuation, j'ai rectifié. Pour la suite, je vais essayer de poster ce dimanche parce qu'après, pas de nouvelles pendant quelques semaines ;).
Toi aussi Dieter tu as raison de dire qu'il faut profiter de la bourgogne. Juste après les vendanges quand on s'aperçoit que la Côte d'or n'a pas usurper son nom. J'ai fabriqué ( enfin surtout mon épouse) deux bourguignons entre Dijon et Beaune, on y a vécu 15 belles années. Ne pas oublier les arrières côtes.
Bonne soirée à tous les deux.

Hors ligne Linette Titania

  • Plumelette
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  • "Une mer lisse n'a jamais fait de marin habile."
    • Il était une citation
Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #4 le: 17 mars 2019 à 12:31:36 »
Bonjour Lavekrep,

j'ai adoré ton texte,
le dialogue m'a interpellée car j'y ai décelé une rythmique qui me rappelle Kaamelot, je me suis surprise à imaginer cette scène avec des personnages de cette série.

Une question sur le début:
"“... Et n’oubliez pas de vous déshydrater,"
Je me suis demandé si tu avais fait exprès de placer "déshydrater" comme un lapsus du présentateur radio ou pas.

Le mystère est total et l'intrigue bien posée, au plaisir de lire la suite.

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

  • Troubadour
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Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #5 le: 21 mars 2019 à 11:07:20 »
bonjour Krep
oui oui, écris nous une suite, on l'attend...mais j'aimerai comprendre le lien avec Belle amour et savoir dans quelles années se situe temporellement ce texte (surtout en lien avec Belle Amour) .
Il y a de jolies trouvailles dans cette mise en bouche.
"Tous deux ont l'air contrarié", tu as oublié le S
A bientôt

Hors ligne Milla

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Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #6 le: 23 mars 2019 à 23:51:58 »
salut !

au fil du texte...

(il te manque certaines espace et tu as des majuscules en trop)

Citer
d’entendre un abruti sur 97.7 m’annoncer, enjoué, que vingt-cinq kilomètres de pare-chocs contre pare-chocs m’attendent et qu’il faut penser à s’arrêter toutes les deux heures.
107.7 je crois  :D

Citer
“... Et n’oubliez pas de vous déshydrater,
de vous hydrater plutôt  :D

Citer
(de toutes façons,c’est mort, je serais à la bourre)
serai

Citer
Tous les deux ont l’air contrarié de ma présence.
par

Citer
- Bonjour. dit l’un.
- Hum. Marmonne l’autre.
virgule (et non point) avant les incises (pour la suite du texte aussi!)

Citer
- Il fait chaud, ne trouvez-vous pas ?
pas très oral...


Citer
- Ça s'rait pas arrivé avec du vin se marre la cane.
canne

Citer
Une fois arrivé en Arles,
à ?

hop, tout lu !

sur le global, je suis pas super fan du perso pour le moment, mais j'ai l'impression que tu l'as rendu volontairement plutôt antipathique ? La scène avec les deux vieux a du potentiel, même si j'ai eu l'impression que telle quelle elle était un peu cliché... J'ai été intrigué par le moment où ils tournent le dos à l’étrange cortège qui sort de l'église. si c'était un enterrement, il m'a manqué une confirmation dans le texte, si c'était vraiment un mariage, est-ce que tu vas revenir dessus plus loin ? (comme là il repart je me suis dit que le truc était clos et du coup que ça tombait à l'eau)

voilà voilà, au plaisir de lire une suite :)

Milla

Hors ligne Lavekrep codaraque

  • Troubadour
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Re : Le bouchon de Nuits
« Réponse #7 le: 26 mars 2019 à 18:42:37 »
bonsoir Beth, bonsoir Linette et bonsoir Milla
merci pour votre passage et pour votre aide qui me rappelle que je suis incorrigible.
Beth, le lien avec "belle Amour" se situe au niveau de la route des vins de bourgogne plus précisément à Nuits-Saint-Georges, mais il te faudra un peu de patience pour tout savoir.
Linette,, tu me flatte quand tu me parle de Kamelott, surtout quand on s’appelle : Lavekrep Codaraque :viviane:
Milla, mais si c'est fait exprès le 97.7 et déshydrater, d'ailleurs tu remarquera que j'ai rectifié :D :-[
On dit bien en Arles comme on dit qu'on dort sous le pont en Avignon.
Bonne soirée. :) 

 


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