Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 mars 2019 à 11:11:35

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » L'arbre qui tombe

Auteur Sujet: L'arbre qui tombe  (Lu 117 fois)

Hors ligne Helios117

  • Plumelette
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L'arbre qui tombe
« le: 13 mars 2019 à 02:46:09 »
Mon premier texte posté. ça se veut le début d'un texte plus long, un avant-goût. Soyez sévères. ;)

Le soleil perçait à peine la cime des arbres que les hommes s'activaient déjà. Leurs mains calleuses exhibaient d'épaisses veines et de fines cicatrices sur une peau noircie. Elles brandissaient le pilon, travaillaient le bois, égorgeaient le lapin et, occasionnellement, frappaient le tambour en rythme.
Ils parlait peu et quand ils parlaient c'était souvent pour ne rien dire. Tout n'était que gimmicks et tiques de language. Les mêmes mots étaient utilisés chaque jour dans les mêmes occasions. Le verbe se faisait ciment, entretenant au fil des semaines le lien parfois ténu entre les êtres. Il se faisait par là même lubrifiant, sauvegardant les individus d'un quotidien puissamment abrasif. La communication purement utilitaire, celle marquée du sceau anxiogène du premier degré, était réservée aux expéditions et aux situations de crise.

Un petit groupe de femmes commençaient à chanter à l'unisson pour alléger le poids du labeur quand un arbre tomba près du village.
Un bruit de froissement végétal suivi de l'écho sourd de l'impact. Les têtes se levèrent et ceux des anciens qui dormaient encore sortirent de leurs huttes le regard embrumé et les articulations raides.
Mue par la curiosité et l'inquiétude, un groupe constitué des membres les plus avertis de la communauté se dirigea en direction du bruit, s'arrêtant au bord de la clairière pour scruter l'orée. Les enfants arrêtèrent peu à peu leurs jeux, les derniers cris suraigus résonnant longtemps avant que le silence ne s'installe enfin.
Ces derniers contemplaient le visage grave des adultes, ressentant la tension mais ne la comprenant pas complètement.
Alors un petit plus téméraire que les autres demanda "L'arbre n'aurait pas dû tomber ?".
La matriarche opina, détournant son regard du mur végétal pour le porter sur le chef.
Celui-ci fouillait toujours les branchages des yeux, elle l'invectiva alors "Il faut prendre les plus forts et aller voir, rien ne sert d'attendre".
Il la regarda quelques secondes, donnant à voir l'attitude la plus neutre possible tout en pensant " La décision lui est simple, ce n'est pas elle ni ses fils qui y vont... Mais elle a raison, on sait ce que cela donne d'attendre."

Les hommes s'équipèrent sous le regard anxieux des femmes, les petits avaient été rentrés malgré leurs enfantines protestations.
La tension était toujours là mais elle s'était rendu plus supportable. La prise de décision rapide, la perspective d'une résolution et surtout, l'entrain des préparatifs étouffaient dans l'oeuf l'angoisse de la communauté.
Cette bouffée d'air était illusoire comme le pressentaient, plus que tous, les membres du cercle primaire. C'était précisément cette capacité à intégrer et à digérer les vérités, même les plus écrasantes, qui leur avait valu le respect des leurs.
Le chef et la matriarche en faisaient naturellement partie ainsi que certains des chasseurs les plus expérimentés et des anciens les plus sages.

Après avoir aiguisé leur machette et enfilé leurs arcs en bandoulière, les nemrods embrassèrent sobrement leurs femmes avant de pénétrer la frondaison ombrageuse.
Les prochains jours verront tomber dans la vigueur de l'âge les arbres comme les hommes, et les plus âgées ressentiront, plus que quiconque, cette anomalie que de voir abattu celui dont la flamme n'a pas fait son temps.

« Modifié: 15 mars 2019 à 12:41:12 par Helios117 »

Hors ligne Nerf-pique

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : L'arbre qui tombe
« Réponse #1 le: 13 mars 2019 à 11:29:36 »
Bonjour Helios 117 !

J'apprécie beaucoup l'ambiance qui se dégage de ton texte. Il a l'avantage d'être original et de mêler un événement d'apparence anodin (la chute de l'arbre) à une réaction grave qui se répercute sur tout un village. Même si les critiques que je déroule derrière peuvent sembler intransigeantes, je me suis facilement transporté dans ton histoire.

Voici mes remarques qui n'engagent que moi :) :

Citer
et de fines cicatrices au milieu d'une peau noircie

Je ne vois pas de milieu à la peau et je pense qu'on peut faire plus simple, du genre : "d'épaisses veines et de fines cicatrices sur leur peau noircie" ?

Citer
celle marquée du saut anxiogène du premier degré, était réservée aux expéditions et aux situations de crise.

Tu sous-entends que tous ces travailleurs ne parlent jamais sérieusement quand ils travaillent ? Qu'ils utilisent le second degré ? Je ne suis pas sûr d'être en phase avec le message !  :D

Citer
un groupe comptabilisant le tier le plus averti de la communauté

Je ne comprends pas l'action, je pense que cela vient surtout du mot "tier" ? Et le verbe "comptabiliser" détonne un peu, il renvoie vraiment à autre univers que celui d'un village au bord de la forêt!

Citer
les derniers cris suraigus résonnant longtemps avant que le silence ne s'installe

J'ai envie de dire, bah oui, si les enfants crient, le silence ne pas s'installer ! Je proposerais d'appuyer le fait que tout le village est calme, sauf les enfants, en ajoutant quelque chose du genre "avant que le silence ne s'installe définitivement", par exemple.

Citer
Ces derniers contemplaient le visage grave des adultes sentant la tension mais ne la comprenant pas complètement.

Je propose une virgule après "adultes", histoire de dire que ce n'est pas leurs visages à eux qui transpirent la tension, mais que c'est bien les enfants qui perçoivent la gravité des faits (peut être que "ressentir" plutôt que "sentir" est plus adapté ? Je sais pas)

Citer
du mur végétal

Je trouve qu'assimiler une forêt extrêmement importante pour un village à un vulgaire mur est assez dégradant ! L'idée du mur porte des messages d'isolement, de séparation, de ségrégation.

Citer
le chef, son bras droit et la matriarche

Tu arrives en peu de mot à nous dresser le portrait d'une communauté vivant en harmonie avec la forêt, du moins qui la considère avec beaucoup d'estimes. Mon imaginaire va donc aller piocher les différentes images que je connais de cette ambiance pour se mélanger sous ta plume. Or, dans mon imaginaire, dans un tel village, la hiérarchie n'est pas si importante. C'est la sagesse qui gouverne, c'est une autorité reconnue de manière tacite. C'est pourquoi je me pose la question de l'existence d'un chef et une matriarche, quelles sont leurs prérogatives respectives ? Quel domaine l'un peut il régir et l'autre non ?
Et deuxièmement, le rôle du "bras droit" me semble encore plus limité. Il renvoie à une société autoritaire bien plus qu'à des relations de confiance et d'expérience que l'on peut imaginer dans un village comme celui-ci.

Citer
cette anomalie que de voir abattu celui dont la flamme n'avait pas fait son temps

J'aurais mis au présent "dont la flamme n'a pas fait son temps"


Je ne suis pas le roi de l'orthographe mais j'ai relevé quelques fautes:

Citer
le lien parfois tenue entre les êtres.

On parle bien de "ténu", pas de tenir ?

Citer
celle marquée du saut anxiogène du premier

C'est difficile de marquer quelque chose en bondissant dessus, on dit plutôt "sceau"  ;)
« Modifié: 13 mars 2019 à 11:32:43 par Nerf-pique »

Hors ligne Helios117

  • Plumelette
  • Messages: 6
Re : L'arbre qui tombe
« Réponse #2 le: 13 mars 2019 à 12:58:31 »
Merci du retour !
Je suis d'accord avec quasiment toutes les critiques et merci pour les compliments  :) :) :)

Tu sous-entends que tous ces travailleurs ne parlent jamais sérieusement quand ils travaillent ? Qu'ils utilisent le second degré ? Je ne suis pas sûr d'être en phase avec le message !  :D

Je pense que c'est la critique la plus importante, il faudrait que je revois ce paragraphe. Ce que j'ai voulu retranscrire c'est un rapport au language bien particulier et s'ils n'emploient pas 1er degré cela ne signifie pas un manque de sérieux ou un second degré ironique. En fait je crois que j'avais envie de briser cette vision idéalisée de ces populations quitte à exagérer le trait.

un groupe comptabilisant le tier le plus averti de la communauté

J'ai tendance à avoir un vocabulaire assez décalé par rapport à l'ambiance que je veux distiller.

Tu arrives en peu de mot à nous dresser le portrait d'une communauté vivant en harmonie avec la forêt, du moins qui la considère avec beaucoup d'estimes. Mon imaginaire va donc aller piocher les différentes images que je connais de cette ambiance pour se mélanger sous ta plume. Or, dans mon imaginaire, dans un tel village, la hiérarchie n'est pas si importante. C'est la sagesse qui gouverne, c'est une autorité reconnue de manière tacite. C'est pourquoi je me pose la question de l'existence d'un chef et une matriarche, quelles sont leurs prérogatives respectives ? Quel domaine l'un peut il régir et l'autre non ?
Et deuxièmement, le rôle du "bras droit" me semble encore plus limité. Il renvoie à une société autoritaire bien plus qu'à des relations de confiance et d'expérience que l'on peut imaginer dans un village comme celui-ci.

Effectivement je vais virer le bras droit, je crois que je l'ai introduit seulement pour avoir un rythme ternaire. Je vais aussi appuyer sur l'aspect tacite et ... organique de la hiérarchie, j'ai déjà essayé de l'introduire avec "gagner le respect des leurs" .

 


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