Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 juin 2019 à 14:20:25

Le Monde de L'Écriture » Autour de l'écriture » Salle de débats et réflexions sur l'écriture » La Forme : De quelle école êtes-vous ?

Auteur Sujet: La Forme : De quelle école êtes-vous ?  (Lu 1284 fois)

Hors ligne Kurieu

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #30 le: 09 mai 2019 à 18:01:39 »
Non pas du tout. En fait je lis des deux et avec plaisir. Je n'essayais pas de parler de goût ni même de juger.
J'ai simplement le sentiment que la forme et le fond sont deux canaux différents et complémentaires qui permettent chacun de transférer vers les lecteurs des choses différentes. Des vecteurs / des véhicules différents.
Et les deux mélangés... se renforcent sans doute.

Je n'ai pas lu de livre de Rabelais, donc difficile pour moi d'en parler. Mais j'imagine qu'un traité philosophique sur le même sujet aurait un impact différent. Ni plus, ni moins, différent.

Peut-être simplement, dans cette idée : le fond s'adresse à la raison et la forme au cœur ?

En ligne Alan Tréard

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #31 le: 09 mai 2019 à 18:22:12 »
Une question très intéressante. Il est évident que nous n'avons pas toutes & tous le même rapport à la forme, pour autant la forme a toujours un sens premier, comme une évidence, quand le fond évoque une certaine profondeur.

Pourtant, dans le cas de Lamartine, sur sa vision de la forme et son romantisme, la forme du langage à son aboutissement le plus travaillé permet d'accéder à l'inspiration divine.

Ça se rapproche de ta première intervention :

Pourrait-on imaginer que la forme du texte (sa musicalité notamment) permet de faire passer des choses (des émotions par exemple) que le fond ne permettrait pas, ou pas de la même manière ?
J'ai envie de dire qu'en littérature il est essentiel de savoir manier et mêler la forme et le fond, non ?

Je te parlais de poésie dans ta vision de la forme (proche de ce que ressentait Lamartine).

Je dirais qu'une forme qui se rapproche d'un idéal reste malgré tout une forme raisonnée (réfléchie), qu'elle s'adresse à la foi ou qu'elle s'adresse à l'intime conviction, il y a effectivement une part d'élévation.

Je dois dire pourtant que je ne pense pas que la philosophie soit dénuée de forme, je pense qu'il y aurait un quelque chose à creuser dans le sens d'une forme philosophique.
« Modifié: 09 mai 2019 à 18:25:07 par Alan Tréard »

Hors ligne Kurieu

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #32 le: 09 mai 2019 à 18:34:30 »
Je suis d'accord. Et cette élévation est ce qui est provoqué par ce qu'on appelle l'art, non ?


Sur la forme de la philo : Difficile d'imaginer une "forme" pure ou un "fond" pur.
De "aboli bibelot d'inanité sonore" à la thèse de mon beau-frère :)

Sans plaisanter, il y a malgré tout une différence ; d'ailleurs, quelle différence entre la philo (dans sa forme la plus stricte, pas qd elle devient poésie comme dans Rabelais) et la littérature ? (un peu provoc, ok)
L’épaisseur de l'art, non ?

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #33 le: 09 mai 2019 à 18:56:18 »
Ce que tu dis, si je comprends bien, c'est que tu estimes que l'art devrait travailler la forme et que la philosophie devrait travailler le fond.

En fait, certains penseurs passent par la littérature pour poser leurs idées (sans entrer dans une démarche poétique pour autant/je pense notamment à Sartre), et beaucoup de poèmes ne manquent pas de fond, donc il est vrai que d'expliquer la relation à la forme/le fond par la seule étiquette Philo/art me semble un peu réducteur.

C'est la raison pour laquelle je pose la question des différentes appréciations de la relation/distinction fond/forme (c'est justement pour ne pas entrer dans un manichéisme trop marqué).

Difficile de faire preuve de discernement après ça, désolé !! :D

Voilà, pour autant, ton regard n'en est pas inintéressant du tout (je m'appuie aussi sur tes mots pour y penser) dans le sens où, même si je te donne mon propre regard sur le rapport au fond ou à la forme, il est vrai que les rapports au sujet sont très variés et peuvent dépasser les attentes.

Hors ligne Kurieu

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #34 le: 10 mai 2019 à 11:38:41 »
Gasp non. Je m'exprime mal sans doute, ce qui est le comble sur un forum de littérature. :)
Dire que tous les philosophes se moquent de la forme (et tous les littéraires du fond) est évidemment faux !!
En fait même je n'affirme rien, j'essaie de me poser des questions autour de ton thème pour échanger.

Pour illustrer la différence entre la forme et le fond, j'essayais d'imaginer (c'est un angle d'attaque parmi d'autres) des cas extrêmes de textes avec beaucoup de fond et peu de recherche sur la forme ou inversement.

Dans le cas de textes où la forme prévaut, je proposais le texte de Mallarmé "Ses purs Ongles..." (Aboli bibelot d'inanité sonore) ; et je constatais que les seuls cas que je connaisse de ce type sont des textes poétiques. Même si le fond est obscure, on ne peut s'empêcher de ressentir quelque chose. Je proposais donc que la forme permettrait à elle seule de communiquer des choses, et dans mon cas ce sont des émotions.

Dans le cas de texte ou le fond prévaut sur la forme : il est impossible d'écrire "sans forme" ; je proposais donc certains textes de thèse, ou des textes techniques (notice) car ici la forme adoptée est en général imposée. Il y a une forme mais  il n'y a pas toujours (pas nécessairement en tous cas) ou peu de recherche de la part de l'auteur, juste un volonté de "respecter une Charte". Je ne dis pas qu'aucun thésard ne l'a jamais fait ! J'essaie de trouver un cas extrême pour illustrer un texte avec peu de forme.
Ensuite je proposais d'étendre ce cas à certains textes de philo (pas tous !) où les auteurs prennent le parti de faire peu de recherche sur la forme, privilégiant le contenu.

Ces cas extrêmes n'illustrent pas tout ; et je pense au contraire que l'écrasante majorité des textes (philo et littérature) sont un mélange des deux.

Mais j'ai envie de tirer comme leçon de ces 2 cas extrêmes que la forme s'adresse davantage à notre cœur et le fond à notre raison. C'est évidemment une proposition, pas une affirmation.

Enfin, pour pousser le bouchon encore plus loin, j'observe que la philosophie (sauf quand elle devient poésie comme avec Nietzsche par exemple) n'est pas considérée comme de l'art (ce n'est pas moi qui le dit pour le coup).
Je me demandais donc (et là je suis de moins en moins affirmatif !) si la différence entre ces deux formes d'écrit n'est pas liée aussi à cette recherche sur la forme, et si c'est cette recherche de forme qui vaut à la littérature d'être un art.
Et je propose ici que cette recherche sur la forme, qui fait que le texte dépasse les mots, dépasse le sens strict des mots, est à la fois l'art et à la fois le canal qui véhicule en grande partie les émotions.

Hum, j'ai été un peu long, mais j'espère en avoir profité pour être plus clair...
C'est un sujet compliqué, non ?

En ligne Alan Tréard

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Re : La Forme : De quelle école êtes-vous ?
« Réponse #35 le: 10 mai 2019 à 13:08:41 »
Yep, c'est très intéressant.

Effectivement tu choisis des formes de littérature qui sont très marquées dans un sens ou dans l'autre, des extrêmes – si je puis m'exprimer ainsi – donc il va sans dire que tu te focalises sur des écrits qui font un fort lien entre fond et forme.

Les auteur.e.s ne s'assument pas toutes & tous de cette façon, certain.e.s emploient des formes distinctes pour poser des sujets de fond. Finalement, que ce soient de la science-fiction, de la romance, des romans historiques, de la comédie, de l'absurde, du surréalisme, du fantastique, des contes, des autobiographies, des romans policiers, etc. tous les genres peuvent être employés pour faire passer des contenus profonds, philosophiques, politiques, culturels ou bien religieux.

Ce n'est pas le cas de tous les livres, je l'entends, mais ça prouve aussi que ton approche à toi de la forme est faite d'une expérience très personnelle et pensée, presque intime ou particulière, c'est profondément construit.

Je crois que l'approche que l'on a à la relation/distinction entre la forme et le fond participe à l'élaboration d'une certaine signature, à l'ancrage chez l'auteur.e d'une identité propre.

 


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