Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 février 2019 à 06:19:54

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Le début de la fin

Auteur Sujet: Le début de la fin  (Lu 175 fois)

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Le début de la fin
« le: 10 février 2019 à 17:23:47 »
Le début de la fin

C'est la fin, il le sent, il va devoir quitter ce monde. Pour aller où, il ne sait pas. Il y a du bruit aux alentours et une force, centripète ou centrifuge, qui pulse en lui et à l’extérieur de lui comme si elle allait le submerger et l’entrainer contre son gré vers un ailleurs incertain.

Il y a des instants d’accalmie. Des moments où plus rien ne bouge et où il peut s’enfoncer un peu dans un état comateux tout en restant aux aguets. Si le calme persiste, il s’enfonce dans les ténèbres ambiantes, il se rétracte sur son propre souffle, il se concentre autour de son noyau dur en planant dans l’inconscience de son être. Il veut rester dans cet état. Il n’en veut pas d’autre.

Mais les bruits ont repris, ça cogne, ça chahute, son corps tressaute et cherche à s’agripper à quelque chose qu’il ne trouve pas. La torpeur le quitte et s’effiloche entre ses mains tendues. Il ne baigne plus dans le vague, il est dans la vague qui déferle sur lui et qu’il affronte yeux fermés, bouche pincée. Il entre en résistance, se débat,  se cramponne au vide. Il serre ses mâchoires, pas question de lâcher prise, de se laisser aller à suivre le courant. Il tient bon, se recroqueville. Il ne veut pas partir, pas maintenant.
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C’est la fin. Son monde intérieur est envahi par une implacable poussée, il a beau lutter de toute sa rage, rien n’y fait, il est dans un vertige où il ne sait plus respirer, dans une spirale sombre qui l’étreint et l’étouffe. Il se crispe convulsivement dans des gestes désordonnés, saccadées et ouvre la bouche si grande qu’elle sature son visage de rouge vermillon. Il est épuisé, il fatigue, il tente dans un dernier sursaut de remonter à contre courant vers son espace vital mais ses muscles sont raidis par l’effort et sa tête est trop lourde.

Il est aspiré par le noir absolu, serré dans son étau d’ébène, coincé, comprimé. Il veut bouger, il ne peut pas. Il a peur.

Il quitte sa vie en laissant derrière lui des sensations confuses et des images qui vont se décolorer et s’effacer peu à peu. Il rend son être au néant et plonge crâne en avant vers une intense lumière, si intense qu’elle pénètre le seuil fermé de ses paupières. Il ne peut pas la voir mais il la sent qui frappe la lisière de sa rétine. Au passage, la douleur est si vive qu’il implose dans une brève décharge d’énergie hautement condensée.
C’est la fin.
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C’est la fin mais il est toujours là. Il ne sait pas où il est. Et il est obligé d’avaler de l’air s’il veut continuer à vivre. Il n’a pas l’habitude, ça lui fait mal et il s’époumone dans un cri strident qui le surprend lui-même. Il se sent pesant, il est engourdi dans ses gestes mais il se meut quand même dans l’espace où il est soulevé puis posé contre quelque chose de chaud. Il sent alors l’air se charger d’une odeur familière, il tangue un peu, c’est agréable, sa mémoire est en éveil pour retrouver l’état qu’il a perdu. L’état de planitude.

Il est là. Il se balade dans l’espace sans faire le moindre effort. Il est porté. Puis il sent ruisseler sur lui une chaleur qui l’inonde et glisse sur sa peau. Il baigne dans cette chaleur, il flotte. Peut être est-il revenu là où il était, peut être est-il de retour dans son monde aqueux et translucide. Mais il est à nouveau soulevé, ses poils se hérissent, il se crispe et gesticule, son corps est enfermé, enveloppé, soupesé, retourné et à nouveau posé contre l’odeur familière qui le rassure sans pour autant venir à bout de la tension intérieure qui le cisaille. Et puis, il y a maintenant une déchirure qui lui pince le ventre. Il ne connait pas cette déchirure, il lâche le son aigu qui monte dans tout son corps, il est aveugle mais il fouine, fouisse dans l’odeur. Il  est mu par la vie et sa petite bouche rosâtre trouve instinctivement le sein, le mamelon et le mouvement de succion qui apaise la tension et calme la déchirure du ventre.

Il est là sans savoir où.
C’est le début.
A-t-il une âme, un destin, une trajectoire personnelle à accomplir ? Ou est-il un corps du hasard habité par un esprit éphémère et totalement volatil ?
Il n’a aucune réponse car il ne se pose aucune question.
Il est à peine né. Il ne sait pas qu’il commence déjà à vieillir. Que c’est le début de la fin.

Le début de la fin.

« Modifié: 10 février 2019 à 17:25:50 par elisabeth beaudoin homps »

Hors ligne Lavekrep codaraque

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Re : Le début de la fin
« Réponse #1 le: 11 février 2019 à 14:26:26 »
Salut Beth,
sinon, ça va ? La vache ! tu m'avais habitué à plus de légèreté. Le rôle du déprimé, il est à moi, le spleen, le bourdon, le cafard, sont à moi si tu en veux un, faut demander, je veux bien t'en prêter un de temps en temps, mais même pas tu d'mandes. :(
Ton truc là au dessus y fout les boules.
Je vais pas te mettre toutes les citations que je connais sur la mort et le devenir vieux, j'en ai des tonnes.
Bon aller ! deux des plus connues.
Vieillir c'est mourir un peu et mourir c'est arrêter de vieillir.
Mourir c'est un manque de savoir vivre.
La deuxième est de Pierre Dac et la première est de Jeviens De Linventer.
N'empêche, il est peut être bien écrit ton truc mais y fout les boules.
La vie est une maladie mortelle.
Je l'avais oublié celui là.
bon ! On lui souhaite bonne chance à ce petit bout.

A+
« Modifié: 11 février 2019 à 21:47:52 par Lavekrep codaraque »

Hors ligne txuku

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Re : Le début de la fin
« Réponse #2 le: 11 février 2019 à 19:30:21 »
Bonsoir

Pas de boule pour moi car la fin est une renaissance ??? :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Re : Le début de la fin
« Réponse #3 le: 12 février 2019 à 20:11:40 »
Salut Krep
Pas d'inquiétude, je ne suis pas en train de pleurer au fond de mon lit en hésitant entre le poison et la corde et txuku à raison, il s'agit d'une naissance car je crois que la naissance finalement doit ressembler à la mort. On quitte un monde pour un autre, on abandonne un certain état d'être et on ne sait pas où on va. C'est dans cette idée que j'ai construit ce texte. Après tu me diras, le fait de constater qu'à peine né on commence à vieillir est certes réaliste mais pas forcément joyeux joyeux  :(
Mais bon, si on vieillissait pas, on aurait encore plus de mal à mourir et si on etait immortels la terre serait surpeuplée donc on ne peut que s'incliner...

Merci Txuku pour ta lecture, c'est plus une naissance qu'une renaissance mais comme tout est cyclique, pourquoi pas une renaissance après tout

Hors ligne txuku

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Re : Le début de la fin
« Réponse #4 le: 12 février 2019 à 20:29:07 »
 :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

Hors ligne jfmah

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Re : Le début de la fin
« Réponse #5 le: 17 février 2019 à 16:07:25 »
Hello!
C'est drôle, moi je pense que j'aurais opté pour écrire ce texte sous forme de questions  :o
Il ne s'agit pas de se prendre trop la tête évidemment, mais je trouve un peu difficile l'idée qu'un bébé naissant puisse avoir de telles réflexions, qui sont en fait tellement le produit de la vie telle que nous la vivons. Et pris comme ça je trouve le thème très intéressant.

Donc par exemple (c'est juste pour jouer, n'est-ce pas?)

Citer
Le début de la fin
C'est la fin, il le sent, il va devoir quitter ce monde. Pour aller où, il ne sait pas. Il y a du bruit aux alentours et une force, centripète ou centrifuge, qui pulse en lui et à l’extérieur de lui comme si elle allait le submerger et l’entrainer contre son gré vers un ailleurs incertain.

pourrait devenir quelque chose comme:

"Le début de la fin.
C'est la fin, mais le sent-il, qu'il va devoir quitter ce monde? Pour aller où? Il ne le sait certainement pas! Il doit bien percevoir le bruit aux alentours, et une force, centripète ou centrifuge, qui pulse. Une force sur le point de le submerger, de l’entrainer contre son gré vers un ailleurs incertain.
Distingue-t-il ces instants d’accalmie? Ces moments où plus rien ne bouge..."

L'écriture se destine comme d'elle-même
à l'anamnèse (J. Derrida)

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Re : Le début de la fin
« Réponse #6 le: 18 février 2019 à 20:21:37 »
Merci beaucoup jfmah pour ta lecture et ton commentaire
Des questions, pourquoi pas, mais si un bébé naissant ne peut  pas avoir de telles réflexions, penses tu qu'il puisse se poser de telles questions ?  :D
Mais dans un sens, tu as raison, le questionnement aurait pu donner à ce texte un aspect plus flou, j'évoque à un moment la planitude du foetus, qui mérite qu'on s'y penche.

Hors ligne jfmah

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Re : Le début de la fin
« Réponse #7 le: 19 février 2019 à 08:56:54 »
Ahaha, non non, pas le fétus qui se questionne!  ;D  L'auteur qui se demande si le fétus ne se sens pas comme si ou comme ça...  :-¬?
L'écriture se destine comme d'elle-même
à l'anamnèse (J. Derrida)

 


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