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23 février 2019 à 06:18:32

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » LES NUITS SE LÈVENT( 2ème partie)

Auteur Sujet: LES NUITS SE LÈVENT( 2ème partie)  (Lu 83 fois)

Hors ligne Lavekrep codaraque

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LES NUITS SE LÈVENT( 2ème partie)
« le: 06 février 2019 à 18:49:19 »
                                                                LES NUITS SE LÈVENTvers 1ère partie
                                                                         2ème partie

                   


                   A Nuits, comme partout, les bras manquent et ceux qui les accueillent leurs sont grand ouverts. Ils sont nourris, blanchis, héritent de vêtements en manque de propriétaires.
Ils logent chez des sœurs jumelles qui ont perdu leur mari au début de la guerre.
L'impression de nuire à la réputation de leurs logeuses les gêne beaucoup mais, rapidement les ragots les disculpent.
Les mariages étaient véreux, les mariés pourris, les épouses déconfites.
La version la plus courante n'est pas la moins attendue, deux propriétaires en mal de “climat” deux filles à caser, deux incapables à rentabiliser et le monde qui s'en mêle.
Une autre histoire se révèle surprenante, glauque, à vomir, impossible, venimeuse.
Celle que les vipères racontent à la sortie de la messe.
Ces langues; qui à sexte se mettent à la prière, à none se rendent à confesse pour se racheter une âme qu’elles vendent avant complies; voient d'un  mauvais oeil deux jeunes veuves ignorer le noir, les pleurs, la douleur et surtout, surtout être riches de terres et de bâtisses à seulement vingt-deux ans.
L’arrivée des deux hommes n'arrange rien à l'affaire.
Heureusement, pour la majorité nuitonne, ces deux femmes sont  des anges.
Bonnes chrétiennes, serviables, dévouées aux plus démunis, souriantes et joyeuses (malgré les malheurs qui les ont frappées), sachant mener leurs affaires et d'une grande beauté.
Le curé se méfie de ces “ énergumènes” qui déjà se trouvent à la même table que lui dès le premier dimanche de leur arrivée.
Il en fait part à ses protégées qui lui font remarquer en rigolant qu'elles ont eu affaire à plus coriaces, que ces deux là ont l'air bien braves et leurs bras honnêtes et vaillants.
Comme nos deux hommes savent se tenir, ont de la conversation, apprécient la bonne chair et le bon vin, l'abbé leur donne sa bénédiction.
Les bigotes aboient et les vendanges passent,
Le soleil se glace,
Les côtes se couvrent de feuilles d'or,
Les jours deviennent frileux,
les sentiments fusionnent.
Toujours honnêtes, nos vagabonds ne cachent pas leur désir de rester libres et d’aller voir plus loin ce que la vie leurs réserve.
Toujours rebelles, les deux belles ne cachent pas leur désir de rester libres de choisir avec qui elles déploient les ailes du plaisir.
ils sont discrets, on se retourne sur leur passage, les bavardages restent soupçons.
Le millésime 1919 s’annonce exceptionnel, tout le monde est satisfait. Sauf les jumelles qui pensent que leurs amants vont reprendre la route.
ils sont leur premier.
S’ils ont été étonnés de le découvrir, jamais ils n’ont posé de questions et personne n’en a jamais rien su. Chacun dans leur coin, ils se sont demandé comment cela était possible en plus d’un an de mariage.
Nous sommes mi-octobre, il ne serait pas raisonnable de se jeter sur les routes aux risques de devoir affronter le froid et la neige.
Les hôtesses approuvent leur prudence et comme il n’est pas question de les entretenir, elles leurs proposent, en attendant le printemps et ses jours meilleurs, de leurs trouver du travail dans une carrière de Comblanchien.   
Levieux et Lejeune y travaillent tout l’hiver. Il y a du travail car, même si cela fait bientôt soixante ans que le marbre à parer le palais Garnier, sa réputation reste mondiale.
Ils prennent aussi leur part dans l'entretien du vignoble. Taillant en janvier, prélevant des boutures en février, labourant, déchaussant, décavaillonnant en mars, plantant et palissant en avril.
Un matin de mai, Levieux dit à son compagnon:
- Il est temps de partir, l’attache devient trop forte. Nous savons toi et moi que l’on ne peut s’éterniser. Moi je suis trop vieux pour elle, aussi belle soit-elle et toi je sais que jamais tu ne tirera un trait sur ta “belle amour”. Ce ne serait pas honnête. Je vois poindre l'espoir dans leurs mirettes, elles ne méritent pas qu’on les chagrine. Demain, reprenons nos bagages. Nous leurs dirons ce soir, ce sera mieux pour tout le monde. chaque jour qui passe rend les adieux plus douloureux, la plaie guérira plus vite et la cicatrice, à la place de l’empreinte d’une déchirure, sera la parenthèse de souvenirs heureux.
Le lendemain, ils partent.     
Le vieux suggère d’emprunter le chemin menant à Compostelle. Le jeune ne connaît pas ce nom. Le vieux se contente de lui dire qu’il s’agit de suivre la route la plus sûre et que:
”les bandits qui vivent en dehors des citadelles n’attaquent pas les pèlerins quand ils empruntent ce chemin.”(Maxime Le Forestier dans “voyage au moyen âge”)
Lejeune, méfiant.
- Qui dit pèlerins dit curé ?
- On peut dire ça. répond le vieux
- Je me méfie des curés
- Pourquoi? Il t’on fait du tort?
-Ceux ne sont que des donneurs d’espoir. Elles doivent être bien déçus, quand le cercueil se referme, leurs brebis, retrouvées, alignées, de constater que la vie éternelle se résume à se faire bouffer par les vers.
- Je ne te trouve pas très charitable. Souhaitons leurs au moins qu'ils soient de Verlaine ou  Baudelaire. Je pense qu’il faut laisser à chacun le droit de croire. Quand tout semble perdu chacun cherche une branche à laquelle se raccrocher. Penses-tu vraiment que celui(riche ou pauvre) qui se retrouve dans les églises comprend les boniments débités par des curés dans une langue morte. Pour le désespéré la religion ne se résume qu’en un mot : “l’espoir”. L’espoir de voir ses faiblesses et ses lâchetés se dissoudre au fond d’un confessionnal, gommées par deux “Pater”, rayées par trois “Ave” ordonnés par un prêtre qui ne l’a pas écouté. L’espoir de voir la mort s'approcher sans crainte. De voir la mort devenir l’espoir. L'espoir d’une nouvelle vie où tout se passe sans souffrances, sans haine, sans le joug sur la nuque.
- Mais ne vaut-il pas mieux vivre en sachant la vérité ? Ne faut-il pas leurs dire ? Ne doit-on pas parler avec franchise ?
- Méfie-toi de celui qui te dit: “ Je vais te parler en toute franchise, Je te dis ça pour ton bien, parce que je t’aime bien bla, bla, bla…” observe-le attendre ta réaction, un sourire au coin des lèvres en te voyant en peine. Serais-tu  dire à une jeune mère que son enfant est laid ou à un ami que son fils ressemble au curé.
- Au curé ! Tu pousses un peu. Non ?
- Je sais. Je trouvais juste que notre conversation devenait trop sérieuse.
- Je ne sais pas si un jour je m'habituerai aux méandres de tes pensées.
- Aux méandres des tes pensées ! Et bien mon ami voilà bien le genre de répartie que je ne pensai pas un jour entendre de ta part.
- Je commence à subir tes mauvaises influences
-Arrêtes, tu vas me rendre fier.
-J’ai dis : “mauvaises influences”
-On peut dire ça .
Cette conversation se déroule un peu plus de quatre heures après leurs adieux déchirants à deux femmes qui leurs ont dit qu'elles les maudissaient, qu'elles ne voulaient plus jamais entendre parler d'eux et qui dans un dernier baiser leurs ont demandés d'être prudents et de prendre soin de leur santé...

Ces deux là éprouvent quelques remords et un pincement au coeur mais, ni l’un ni l’autre ne se l’avoue.
Ils traversent le faubourg saint Nicolas, passent sous la porte du même nom, continuent par la place au beurre et son beffroi.
Ils traversent Beaune...suite
« Modifié: 11 février 2019 à 21:40:30 par Lavekrep codaraque »

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Re : LES NUITS SE LÈVENT( 2ème partie)
« Réponse #1 le: 08 février 2019 à 16:56:15 »
Salut Krep
J'ai bien aimé ce texte et tout ce que contient cette histoire. Tu as su donner le ton et l'ambiance (le climat de suspicion et les jugements portés sur ceux et celles qui tentent d'être libres) de cette fin de guerre où les hommes trouvaient du travail tout au long de la route et rencontraient parfois de jolies veuves de guerre ...
Il y a un s en trop à soin à la fin du texte

 


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