Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

24 août 2019 à 22:15:21

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Théâtre] Le Véritable Saint Genest (Rotrou)

Auteur Sujet: [Théâtre] Le Véritable Saint Genest (Rotrou)  (Lu 549 fois)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 867
[Théâtre] Le Véritable Saint Genest (Rotrou)
« le: 03 février 2019 à 20:08:14 »


La signature (de choix) du Mouth m'a rappelé que j'avais étudié cette oeuvre de Rotrou, publiée en 1647. Il était contemporain de Molière, Racine et Corneille. C'est une tragédie qui s'inspire de l'histoire de Saint Genest, comédien romain qui s'est converti sur scène au christianisme. A l'époque, tout ce qui est chrétien est hérétique pour les romains. Ce ne devait être qu'une pièce pour moquer ce Dieu unique et ses partisans, devant l'empereur Dioclétien, au IIIe siècle. Mais celui qui jouait un chrétien a fini par le devenir vraiment, en se révélant sur scène. Le comédien devient chrétien, renie le polythéisme romain, et le chrétien devient martyr. Cette escalade tragique m'a marqué, parce que le simple divertissement bascule en quelques mots, que la vie de cet homme a basculé en quelques mots, et qu'il aurait pu vivre s'il n'avait rien dit et continué de jouer son rôle. Je crois que cette pièce m'a marqué pour la même raison que le film Silence, de Scorsese, m'a marqué. Ces deux oeuvres mettent en lumière un amour si grand qu'il m'apparaît impensable, quand bien même l'amour est chose exagérée par nature, et cet Amour est je trouve assez bouleversant. Cela n'a rien à voir avec le fait d'y croire ou non, puisque pour ma part je suis agnostique (ce qui n'est pas non plus athée, je vous l'accorde), mais la dévotion de ce comédien romain, de ces prêtres évangélistes partis au Japon, non seulement ne craint pas la mort, mais l'accueille. Mourir pour rien, pour Dieu, mourir pour quelques mots prononcés, par conviction, parce qu'on refuse d'abjurer, de dire "je n'y crois pas". Une pièce où théâtre et réalité se confondent (cf. theatrum mundi, le monde est une scène et nous sommes des acteurs dirigés par quelque chose d'un peu plus grand que nous), une pièce qui illustre le "théâtre dans le théâtre" (la mise en abîme appliquée au théâtre), parce que l'on joue une pièce dans une pièce. De belles et tragiques poupées russes.


"Je vous ai divertis, j'ai chanté vos louanges ;
Il est temps maintenant de réjouir les anges,
Il est temps de prétendre à des prix immortels,
Il est temps de passer du théâtre aux autels ;
Si je l'ai mérité, qu'on me mène au martyre ;
Mon rôle est achevé, je n'ai plus rien à dire."

Genest



"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.15 | SMF © 2017, Simple Machines
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.068 secondes avec 22 requêtes.