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22 août 2019 à 11:07:23

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]

Auteur Sujet: Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]  (Lu 1021 fois)

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Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« le: 27 janvier 2019 à 23:26:48 »
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Simon de Nulle-Part
ou
La Répulsion


*

« Simon, ouvre cette putain de porte.
– Non.
– NELL ! »

Simon est assis sur la cuvette grise des toilettes grises de la maison grise de ses parents gris. Il respire fort parce qu'il a peur de ce qui est en train d'arriver, et ses petites jambes tremblent. Il ne veut pas ouvrir la porte.

« NELL VIENS FAIRE SORTIR TON PUTAIN DE FILS !
– C'EST TON FILS AUSSI, MERDE !
– SIMON ! »

Simon serre les poings sur son pantalon à moitié baissé. Il y a une mouche sur le mur au dessus de la porte, qui se frotte les pattes en rigolant. À petits pas elle grimpe, grimpe, jusqu'à se faire attraper dans une toile d'araignée. « Bien fait », pense Simon. Un long frisson le parcourt, et il hoquette un sanglot. Pendant que son père martèle la porte de grands coups de poings, il sent les choses se mettre en mouvement dans son ventre, et pousser le long de sa colonne vertébrale. Simon est persuadé d'avoir des diodons dans l'estomac, des gros poissons qui se gonflent quand ils ont peur, et là, tout de suite, ils sont gonflés, gonflés, il n'y a plus la moindre place et les piques lui déchirent les organes.

« Simon, je te préviens, si tu n'ouvres pas cette porte tout de suite...
– Va-t-en ! » crie Simon au désespoir.   

Les choses poussent contre son anus, tous ses nerfs tremblent, et il ne respire plus. Des sillons de larmes le long des joues, qui noient ses taches de rousseur et pleuvent sur ses mains. La honte des chaquejours l'envahit alors que la chose sort de son corps et plonge dans l'eau de la cuvette. Plouf. Derrière le panneau de bois, Nagg hurle de rage. Ses pas furieux s'éloignent dans le couloir.

« DANS LE SALON. TOUT DE SUITE. »

Simon s'essuie les fesses en reniflant. Il entend le bruissement indistinct des voix de Nell et Nagg au loin. Il remonte son pantalon, tire la chasse et quitte les toilettes, refermant soigneusement la porte derrière lui.

*

Nagg et Nell se détestent mais dans leur monde on ne se sépare pas : on se bouffe le visage et le corps, on hurle on grogne et on frappe, comme deux trous noirs qui se mangent l'un l'autre et aspirent tout ce qui gravite autour d'eux. Ils baisent comme ils se battent, avec l'envie de faire mal, et leurs insultes sont des pluies d'acide. Ils ne sont même pas beaux, non. Mais ils sont moins moches que d'autres, et incroyablement plus bêtes : c'est comme ça qu'ils se sont retrouvés là.

Là, coincés dans leur maison grise, dans leurs boulots de merde, avec un fils qui en a peur, de la merde, avec un fils qui a peur des corps. Qui ferme les portes et se cache derrière en pleurant : il n'y a rien qui les mette plus en rage l'un contre l'autre que Simon. Ils l'ont raté, voyez vous.
*

Personne n'aime Simon à l'école et Simon n'y aime personne, parce qu'à l'école c'est comme à la maison : bruyant, gris et cruel. Les maîtresses disent qu'il est effacé, insolent et mal élevé. Les autres enfants disent qu'il est bête, trop propre et coincé. À la cantine, il s'assoit seul et ne touche pas son assiette. À la récré, il demande à rester dans la salle de classe. Il ne va jamais aux toilettes parce qu'il n'y a pas de porte. Il ne fait pas de bruit. Jamais.

« Hé ! »

A la sortie de l'école, Simon presse le pas.

« Hé, Simoche !
– Laissez-moi tranquille ! » lance-t-il derrière son épaule.

Il est presque au coin de la rue quand deux mains sales percutent son dos et le poussent dans un tas d'ordures. « Alors, Simoche, on attend pas les copains ? » Il n'essaie pas de se relever. Ce n'est pas la peine. Il s'assied, seulement, et essuie ses mains sur son pantalon avec dégoût. Les « copains » se tiennent en demi-cercle au dessus de lui, tous plus laids les uns que les autres, des sourires tordus le long de leurs lèvres boursouflées. L'un deux se racle la gorge et crache un gros mollard juste entre ses pieds.

« Tu réponds pas, Simoche ? T'as chié ta langue ?.. Hé, on te parle ! »

Non, Simon ne répond pas. Il ne les regarde même pas parce que ça lui fait mal, leurs yeux, il sent les diodons qui gonflent dans son ventre, alors il essaie juste de respirer. D'attendre que ça passe. On le relève. On le bouscule. L'un deux pisse contre le mur juste à coté de lui et il essaie de s'écarter d'un bond.

« Bah quoi, Simoche, c'est pas sale, regarde. »

L'autre appuie ses doigts encore humides sur sa joue, et juste comme ça, Simon se plie en deux et rend la bile de son ventre vide. Les acides grisâtres souillent ses chaussures pendant que les autres se marrent autour de lui, et il entend déjà la voix de Nell quand il rentrera, « Hé ben, compte pas sur moi pour te les laver hein. T'es vraiment maniaque... » Ils disparaissent, enfin.

Et Simon pleure.

*

Caché sous un couvercle de poubelle, une chatte noire observe Simon pleurer. Sa queue s'agite nerveusement, ses oreilles aux aguets frissonnent au moindre petit bruit. Elle fait cligner ses grands yeux verts, immense tache de couleur au milieu de la grisaille. De sa cachette, elle voit le petit garçon se redresser en reniflant, essuyer sa bouche souillée dans la manche de son gilet, et repartir.

« C'est fait », chuchote une voix sucrée dans son oreille. La chatte sursaute en crachant. « Oh, ne fais pas le bébé, c'est moi. » La fée donne une tape minuscule sur le nez du félin, faisant tomber quelques paillettes sur le sol, qui disparaissent immédiatement. « Suivons-le, maintenant. »

Elle s'assied à califourchon dans la fourrure noire, juste derrière les oreilles, ignorant les grognements mécontents. Dans le secret du soir qui tombe, elles marchent en silence dans les pas de Simon.
*

Il y a une grande horloge à coucou dans le dos de Simon quand il est assis à sa place, à la table de la cuisine. Elle tique, taque, tique, taque sans fin, un peu ironique, un peu accusatrice. Il aime compter les tics et les tacs. Souvent, au bout d'environ mille, il peut arrêter de jouer avec sa nourriture et quitter la pièce parce que Nell et Nagg ont fini le repas. Pas aujourd'hui. Il est presque à deux-mille tic-tacs quand une sorte de crissement se fait entendre, un mécanisme rouillé au fond du bois poussiéreux, et l'oiseau fatigué jaillit des portes dans un aller-retour grinçant de fin du monde, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU, CROU-COU ! Le silence, après l'explosion, se colle au cou de Simon comme une sangsue glacée. Il lève les yeux de sa bouillie grisâtre. Nagg, assis de l'autre coté de la table, le regarde d'un air dégoûté. Son verre de vin sirupeux, à l'odeur si aigre que Simon peut la sentir de son coté du monde, tourne et tourne et tourne dans sa main gauche.

« Alors ?
– Je n'ai pas faim... »

Et tourne, et tourne, et tourne de plus en plus vite. Les vagues noires embrassent dangereusement le bord à chaque mouvement. Simon sent une douleur aigüe juste au dessus de son coude. Il retient un petit cri et se frotte le bras là-où Nell vient de le pincer. Parfois, la nuit, Simon imagine une maman-voix-douce, un havre : la voix de Nell est dure, grince comme le bois du coucou dans son dos.

« Finis ton ragoût, Simon.
– Mais je...
– Simon ! »

Dans sa cuillère d'acier terni, un bout de couenne gluante et un légume rabougri se battent en duel. Simon sent les diodons s'agiter dans son estomac, menacer de remonter, prendre toute la place et gonfler, gonfler lentement. C'est une torture. Sous le regard de ses parents, il approche lentement la cuillère de sa bouche, lèvres tremblantes. Les diodons se changent en pierres lourdes et tranchantes les uns après les autres, tandis que la nourriture glisse sur sa langue, se délite sous ses dents en gargouillements humides : il a l'impression de mâcher de la terre, ou un champignon pourri, ou une limace nauséabonde. Il sent les petits morceaux de chair s'agglutiner peu à peu en bouillie informe dans sa bouche, au bord de sa gorge. Nagg frappe du poing sur la table : « Putain mais c'est pas possible d'être aussi long, AVALE ! » Puis, dans une flatulence sonore et dégoûtante, un remugle nauséabond se répand dans la pièce. Simon recrache en vitesse son repas sur la table et s'enfuit en courant vers les escaliers. Derrière lui, le rire caquetant de Nell éclate, puis Nagg hurle à nouveau, ils recommencent à se dévorer.

*

Il y a deux petits couteaux dans la chambre de Simon, qu'il a cachés sous son oreiller. Ce sont des couteaux à bout rond de la cantine : quand le monde devient trop dur, Simon aime frotter leur lame l'une contre l'autre. Le chuintement de l'acier sur l'acier le berce. La lumière réfléchie par le métal devenu tranchant est comme une comptine qui chuchote. Un jour, il a glissé la pulpe de son pouce sur la lame autrefois émoussée, et une petite goutte de sang a perlé, murmure d'une douleur semblable à celle des pincements de Nell, douleur qu'il avait domptée, qu'il maîtrisait.

Les petits couteaux sous l'oreiller, c'est la porte de sortie de Simon. C'est l'au-cas-où contre le poignet, le hara-kiri des diodons, le crève-haut-le-coeur... si jamais.

Assis au bord de la fenêtre, les couteaux dans les mains dansant un tango langoureux, Simon observe le ciel noir, immensité vide de tout. Il imagine parfois y voir des lumières, qui clignotent dans le coin de ses yeux : Nell dit qu'il lui faut des lunettes. Le regard de Simon divague dans le jardin que l'épaisseur de la nuit a métamorphosé. Ce n'est presque plus laid le dehors, ça donne presque envie le monde. Une ombre fine glisse contre la haie, et s'immobilise juste en face de la fenêtre. Deux grands yeux d'une couleur impossible s'ouvrent dans le noir et se fixent sur Simon. Puis, une à une, de petites lumières s'allument et flottent autour de sa tête. Elle cligne des yeux, deux fois. Simon pose les couteaux et colle son nez à la fenêtre. C'est un chat noir qui le regarde dans la nuit, entouré de lucioles, sa queue ondulant lentement dans les feuilles mortes.

C'est un chat noir qui l'attend.

Simon descend avec précaution de la fenêtre, glisse les pieds dans ses pantoufles et enfile un gros pull de laine mal tricotée. Il déverrouille sa porte en silence, se faufile le long du couloir puis des escaliers. Dans le salon, ses parents forniquent sur le canapé, la porte grande ouverte. Il entend les cris de Nell, ses miaulements mi-rage mi-plaisir, et contemple un instant les fesses griffées de Nagg qui font des va-et-vient brusques entre ses cuisses. Puis, dans le vacarme de leurs ébats, il court jusqu'à la porte d'entrée, bondit dans la nuit, et part sans se retourner.

*

C'est la porte claquante dans le vent qui tirera Nell et Nagg de leur sommeil tourmenté. Ils rêvaient, à l'unisson, d'un accident de tandem dans les Ardennes. Ils appelleront Simon, retourneront la maison et se lamenteront quelques jours. Puis le petit garçon qui avait peur des corps disparaîtra dans l'omniprésence de leurs corps à eux, de leur désir, de leur haine et de leurs fluides, et bientôt, il n'y aura plus eu de Simon, juste eux, toujours eux les moins moches que d'autres, bien trop bêtes pour arrêter leur massacre.

*

Simon a suivi la chatte et la fée hors du jardin dans une forêt impossible, une forêt qui a pris la place de la mairie. Il peut pourtant toujours entendre la vieille horloge sonner minuit au dessus de sa tête, comme si le monde était encore là, à portée d'oreille et pourtant hors d'atteinte. Au fil des bruissements de ses pas dans les feuilles tombées au sol, c'est tout un nouveau monde de perception qui s'ouvre à lui : il croit devenir fou d'entendre des bruits qui ne lui blessent pas les oreilles. Des odeurs douces, profondes, les odeurs de la forêt et d'autres temps emplissent ses poumons. Il sent la fraîcheur de la nuit au bout de ses doigts, parcourus de frémissements électriques. Et ses yeux, ses yeux se délectent, se bâfrent, se noient de contempler des couleurs nouvelles pour lesquelles il n'a pas de nom, des couleurs qui ne sont ni gris clair ni gris foncé, des couleurs qui vont tellement mieux au monde qu'il se demande comment il ne les a pas vues plus tôt. Il pointe le doigt vers une feuille et la fée lui dit « émeraude ». Le ciel est bleu nuit , les yeux de Chat vert anis, sa robe à elle un mélange strié d'orange et de violet. Seul son propre pull de laine fatiguée est toujours gris. « Gris cendre », dit-elle. À ce mot, Simon frissonne et arrache son vêtement pour le jeter à terre. La fée sourit, et dans un mouvement nonchalant de la main, lui donne une nouvelle couleur, une couleur riche et profonde qui lui noue les entrailles, dans laquelle Simon pourrait se noyer.

« Et celle-là, c'est quoi ?
– Rouge sang. »

Simon enroule le nouveau vêtement autour de ses épaules.

« Ça te va bien. »

Quelques pas devant eux, la chatte laisse échapper un petit miaulement. Elle s'est arrêtée devant un vieux puits de pierre humide, recouverte de mousse, d'où s'échappe une douce lumière bleutée. Les lucioles dansent au dessus de la gueule béante, hypnotiques. Simon s'immobilise. Perchée sur son épaule, la fée chuchote :

« C'est le passage.
– Le passage ?
– La route pour Nulle-Part ! »

Chat a bondi sur le rebord et le fixe de ses grands yeux, de ses grands yeux verts de reptile. Puis, sans même battre des oreilles, elle se jette dans le vide, les lucioles à sa suite, ignorant le cri de Simon.

« Qu'est-ce que c'est, Nulle-Part ?
– C'est ton vrai monde. Celui auquel tu appartiens depuis toujours. Nous sommes venus te chercher. »

Allons allons, Simon, tu sais très bien que tu n'as jamais été des leurs. Tu es bien trop doux, bien trop sage, tu es presque beau... Ce n'est pas chez toi, là-bas. Ce n'est pas chez toi.
Les petites chants de la fée bercent Simon jusqu'au fond du cœur, où tout d'un coup tout se réchauffe. Il s'approche du puits comme un somnambule, enjôlé, caressé par le roulis sourd de l'eau, tout au fond. Alors qu'il se penche dans le halo bleu pour évaluer la profondeur, il sent tout à coup les mains de la fée, dans son dos, qui le poussent vers l'abîme.

C'est la chute, l'interminable vertige qui lui crochète le ventre dans ses cauchemars. Je vais mourir. Je vais m'écraser tout en bas et mon corps va se disloquer, mes organes vont éclater, j'aurai mal, je vais mourir et disparaître. Je m'enfonce. Je sombre. Mais tout à coup le cœur et le corps se retournent et ce n'est plus la tête en bas mais en haut, de l'eau partout autour et Simon s'étouffe et bat des pieds, flèche tendue toute entière vers la survie là-haut. Il remonte à la surface, crève le plafond aquatique, ouvre les yeux en grandes goulées.

Simon vivant, crachant l'eau de ses poumons et il ne sait pas pourquoi, tout à coup il a pieds.

La semelle de ses chaussures se pose doucement sur un sol dur et carrelé. Sous l'eau transparente c'est une grande mosaïque de pierre précieuses qui s’étale en volutes. Il devine écailles les ors et les argents qui dessinent des grands poissons, des koi lui murmure la fée. Elles dévoilent des dents aigües dans des sourires de diamants. Leurs yeux sauvages sont des rubis.

« Sors de l’eau Simon. Nous t’attendons. »

Simon-le-pataud trébuche hors de l’eau. Le lainage de son pull s’est alourdi, dilaté en côte de maille sanglante. Il se hisse avec peine sur le rebord du bassin, enjambe le marbre velouté en frissonnant : de l’autre coté, la foule. Chamarrée d’ailes et de lumières, d’oreilles pointues et d’yeux de chats, d’éclats de chevelures rousses, elle s’étale comme une mer d’huile au soleil dans une grotte immense dont Simon devine à peine le plafond. Les parois sont une immense forêt qui en coule en cascade : ils marchent sur sa canopée, un réseau de branches serpentines si intriqué qu’il se fait sol.

Simon regarde la foule, la foule regarde Simon.
Acclamation.

*

Simon est roi en sa demeure, Chat sur les genoux en douce boule de ronrons et Fée perchée sur son épaule, qui lui chuchote le monde et lui apprend Nulle-Part. Il s’y promène, défie la gravité, musarde après les lucioles. Il apprend d’autres couleurs : ocre, rose pale, bleu ciel sous les pieds à travers les feuilles, turquoise, coquelicot. Celle-ci est sa préférée, elle roule dans sa bouche comme une chute de petits cailloux ronds. Il dort dans un lit de plumes plus légères que du coton, plus moelleuses que la mousse des arbres. Sa couverture est tissée de soie d’araignées bleues. On lui a offert une grosse bulle d’eau qui flotte dans sa maison, trois poissons-volutes y nagent, et la lumière scintille sur leurs écailles dorées.

De temps en temps Fée lui parle d’une épreuve, une toute petite, pour avoir le droit de rester à Nulle-Part pour toujours, pour ne pas s’en effacer. Alors Simon se rappelle le crochet dans le ventre et la grande chute dans le vide, il n’ose pas demander. Aujourd’hui pourtant, Fée ne le laissera pas s’échapper. Aux dernières lueurs du crépuscule elle se glisse dans son cou entre les plumes bleutées et ce sont ses petites dents pointues dans le lobe de son oreille qui réveillent Simon en sursaut.

« Tu m’as fait mal !
– Ne fais pas ta chochotte et habille-toi. »

Encore un peu grognon, Simon enfile son pull rouge. Dans une petite vasque il se lave le visage et secoue ses cheveux pour en chasser les derniers cotons du sommeil.

« Où va-t-on ?
– Te couronner. »

Simon inspire en grand, il sait ce que Fée veut dire. Il la suit à l’extérieur : Chat les attend sur le palier de l’arbre, sa queue fouettant nerveusement l’air, son dos rond tout hérissé, comme la crête d’une vague en plein orage. Tout Nulle-Part se retourne sur leur passage vers la salle au bassin, Simon est trop occupé à surveiller ses pieds pour le voir – il trébuche sur les branches si facilement – mais il entend les murmures : « C’est lui, c’est Simon. C’est le Roi de Nulle-Part. » L’écho se propage à travers toute la forêt. Une ribambelle d’autochtones se masse peu à peu derrière eux, qui sautille sur la canopée avec une excitation affamée. Une odeur métallique envahit l’air peu à peu, que Simon connaît trop bien. Elle a dans son esprit la même couleur que son pullover et que les yeux-rubis des koi.

« Fée ? murmure-t-il.
– Oui mon Simon ?
– Ton épreuve, c’est quoi exactement ?
– Oh, rien de bien sorcier. Je pense que tu vas adorer. »

Ils arrivent. Ils arrivent. La poitrine prise dans un étau, Simon compte lentement jusqu’à soixante, puis arrivé à soixante, il récite son alphabet. A. B. C. D… À Z on y est, à Z je lève les yeux. Z. Le monde entier se fait sourdine. Simon ne comprend pas tout de suite ce qui est posé sur la table du banquet – nappes blanches, oh si blanches, même la neige est terne à coté. Trois amas de chair informe et de vêtements en polyester dont le gris souris détonne au milieu des couleurs carnaval. Du rouge et du gris, un peu d’écume rosée qui gargouille encore, qui fait des bulles, et quelque part entre les restes d’un bras et d’une cuisse il y a un appareil dentaire planté dans la barbaque, dans toute cette viande crue. Une goût de pisse et de larmes remonte dans la gorge de Simoche son cœur tressaille d’un souvenir de secousses et la gerbe la bile à nouveau, qu’il se force à ravaler. Son ventre s’est rempli de pierres en quelques secondes. Les vieilles douleurs le lacèrent de part en part.
Aveugle, Fée le fait asseoir à la place d’honneur, et Nulle-Part pose un genoux à terre.

« La première bouchée est pour toi, mon Roi. Savoure le sel de ta vengeance.»

Montre-nous qui tu es. Montre-nous que tu es des nôtres, que j’ai eu raison de venir te chercher. Simon sait au plus profond de son être qu’à ce moment le choix se résume à manger ou être mangé, à prouver qu’il est de la race des dévoreurs. Les dents les rubis le sang le rouge, la sauvagerie les pincements le crochet la chute jusqu’aux crocs acérées de Chat défilent devant ses yeux dans une cinématique folle.
Simon dévorera.
Il entendrait presque les tic-tacs de la cuisine chez ses parents. Sa main automate se tend vers les mets préparés tout spécialement pour lui. La chair s’en détache doucement, avec un petit bruit mouillé, et colore ses doigts de rose. Il la presse entre ses doigts jusqu’à en faire une boule. Le silence est mort autour de lui. Mille et mille yeux posés sur son visage, il voudrait les chasser d’un geste de la main. Et ne peux pas. La viande racle contre le bord de ses dents quand il l’enfonce dans sa bouche et se pose sur sa langue, muqueuse contre muqueuse, substances égales. Haut-le-cœur, mais Simon sait réprimer les haut-le-cœur, et il mâche. La chair se délite. Le goût du sang envahit sa gorge. Simon avale son horreur avec tout le reste, et elle part se lover tout au fond de son estomac comme une étoile de glace. Il hoche doucement la tête, dents serrées à éclater, et c’est le carnage. Fée la première se jette sur les charognes, suivie de Chat, toutes deux montrent des dents aux sujets de Simon car elles sont ses Lieutenants. Et enfin se révèlent les voraces gobelins qui se cachaient sous des sourires, tout est rictus, tornade de mâchoires, serres, grognements. Nulle-Part dévore quatre petits garçons.

*

Le banquet est terminé depuis plusieurs heures quand Simon sent les premiers mouvements dans son corps. Autour de lui ses sujets dorment affalés les uns sur les autres, le ventre bâfré, la bouche souillée, les doigts encore sanguinolents. Des anciens ennemis de Simon il ne reste que des os qu’il ne peut se résoudre à regarder avec satisfaction. Le reliquat de leur goût, toujours déposé sur sa langue, lui donne la nausée.
Il s’étonne, dans sa torpeur, de la beauté des habitants de Nulle-Part, de leur élégance jusque dans l’après-tuerie : aucun ronflement ne perturbe le silence, aucune digestion, pas la moindre trace de sueur. Il se demande où est leur corps. S'il évolue dans le même espace que le sien.
Nouveau mouvement.
Simon, sur son trône, cherche une assise plus confortable et presse sa petite main sur son estomac. Il a oublié, depuis le temps, la sensation de nourriture dans le ventre : d’habitude on ne mange pas à Nulle-Part. Il sait pourtant les effets de la viande faisandée et un frisson lui échappe. De l’autre coté de la table, Chat roulée en boule l’observe d’un œil mi-clos, secret mais attentif. Simon sent les vieux diodons gonfler ses entrailles peu à peu. Il voudrait gémir mais n’en a pas le courage : il craint de réveiller les créatures autour de lui. Lentement, si lentement, il glisse au bas de son trône et enjambe en silence les corps endormis. Il sent les aiguilles du fond de son être s’enfoncer dans ses chairs. De son ventre s’échappe un gargouillement sourd qu’il essaie de comprimer avec ses mains.
Un lutin à la peau couverte de fourrure s’agite à peine, puis se rendort.
Les choses continuent leur lente descente vers le bas de son colon. Simon se met à courir en même temps que ses yeux s’emplissent de larmes. Il sait que le claquement de ses pieds réveillera les autres, la panique le submerge : au sortir de la salle au bassin, il se jette derrière un tronc et se laisse tomber au sol. Une immense chair-de-poule hérisse toute sa peau et le moindre cheveu de son crâne : dans un râle de bête blessée, il laisse tout échapper. Son pantalon se souille d’une matrice nauséabonde et les spasmes de son estomac presque vide lui font cracher une bile acide. Simon pleure de honte et de répugnance. Il entend, au loin, ses anciens sujets s’éveiller, et c’est bientôt  une petite comptine qui s’approche à pas de loup, à pas de piège, murmurant le mensonge, accusant l’imposture :

Simon n’est pas des nôtres, Simon n’est roi de rien. Tout Nulle-Part a faim, Simon sera mangé.
Simon n’est pas des nôtres, Simon n’est roi de rien. Tout Nulle-Part a faim, Simon sera mangé.
Simon n’est pas des nôtres, Simon n’est roi de rien. Tout Nulle-Part a faim, Simon sera mangé.
« Modifié: 20 février 2019 à 11:45:00 par Doctor Grimm »
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #1 le: 28 janvier 2019 à 00:53:32 »
Yeurk. Je crois que je vais aller lire des fées et des lutins gentils maintenant.


Alors,sur le côté ''défi'' uniquement, tu as sans conteste complètement répondu aux attentes d'Éveil, et effectivement, en relisant celui d'Alan, ça colle aussi (j'avais retenu un énoncé plus opposé, réclamant du gentil et du tout mignon seulement). Du coup, bravo ! (enfin je veux pas outrepasser les défieurs, hein, je les laisse te dire ce qu'ils pensent).


Pour le reste : le début m'a happée entièrement complètement très vite.
J'avais envie de mettre des  :coeur: comme ça tout partout, mais en même temps il fait un peu frissonner d'horreur ton texte.

Il y a juste quelques détails :

Citer
Les autres enfants disent qu'il est simplet, propre sur lui et coincé.
ça, j'ai trouvé un peu en dessous. J'imagine pas trop ces qualificatifs dans la bouche d'enfants de 8 ans, surtout le ''propre sur lui'' (par contre, ceux des parents et des enseignants, c'est glaçant et hyper bien trouvé).

Je l'ai pas relevé mais quand même, il faut que je dise que les diodons, c'est super génial, j'aime beaucoup beaucoup cette image en filigrane tout au long du texte (ptet pas filigrane mais c'est un fil conducteur interrompu qui dirige pas, donc j'ai opté pour filigrane. Bref, j'imagine que t'as compris).


''Simoche'', c'est juste un tout petit détail dans ton histoire mais tellement juste comme surnom.


Citer
« C'est fait », susurre une voix sucrée dans son oreille.
Ici, je trouve que ta fée est déjà un peu ambiguë et je la sens déjà maléfique (le ton du début de l'histoire n'y est pas pour rien, et pui le choix de ''susurrer'' me conforte dans cette impression). C'est pas du tout du tout gênant, je l'aurais pas relevé s'il n'y avait pas eu le défi en en-tête.


Citer
Un jour, il a glissé la pulpe de son pouce sur la lame autrefois émoussée, et une petite goutte de sang a perlé, murmure d'une douleur semblable à celle des pincements de Nell, douleur qu'il avait domptée, qu'il maîtrisait.
Ici, je te l'ai déjà dit en privé, mais je m'interroges un peu sur l'auto-mutilation à cette àge et sous cette forme (résumé : je vois ça facilement comme plus ''pulsionnel, par griffures, cognement, morsure, etc. qu'avec un couteau dans l'idée de maitriser la douleur, ce qui m'évoque un truc de plus grands).

Le passage dans ''l'autre monde'' me plaît beaucoup, ta description des couleurs est hyper réjouissantes. (en fait, c'est un peu le résumé de mon sentiment à la lecture : un mélange de jubilation en découvrant tes sonorités et la puissance d'évocation des images et de dégoût-pitié devant le fond et les sévices que tu fais subir à ton pauvre petit garçon. C'est même pour ça que j'ai noyé le poisson avant de commenter pour de vrai le texte, fallait m'extirper des frisson d'horreur et des sourires de satisfaction).


Citer
Les dents les rubis le sang le rouge, la sauvagerie les pincements le crochet la chute jusqu’aux crocs acérées de Chat défilent devant ses yeux dans une cinématique folle, autant d’avertissements qu’il a refusé de voir. 

un peu en dessous du reste, surtout le ''autant d'avertissements qu'il a refusé de voir'' qui me sort du présent


Citer
il se jette derrière un tronc et le laisse tomber au sol.
se laisse tomber


Sur la fin, j'ai une mini réserve par rapport à ta comptine qui a un rythme un peu bancal si on dit pas ''nulleuh-part''. Mais c'est vraiment juste une mini-réserve.

Pour le reste, c'est un texte que j'ai bien aimé, je sais pas si je suis frustrée par le fait que ce soit un texte court, parce que ça se prête pas trop à du long. Mais j'ai envie de te lire sur un format long, voilà !

Merci pour ce texte pas du tout joli mais très très bien écrit.

« Modifié: 28 janvier 2019 à 01:42:47 par cyamme »
On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs.
C'est de là que viennent les coquilles. (et aussi de mon clavier en qwerty)

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #2 le: 28 janvier 2019 à 10:38:22 »
Cyaaaaaaamme :coeur: merci de m'avoir lue si tard !

Citer
Pour le reste : le début m'a happée entièrement complètement très vite.
J'avais envie de mettre des  :coeur: comme ça tout partout, mais en même temps il fait un peu frissonner d'horreur ton texte.
:coeur:

Citer
    Les autres enfants disent qu'il est simplet, propre sur lui et coincé.

ça, j'ai trouvé un peu en dessous. J'imagine pas trop ces qualificatifs dans la bouche d'enfants de 8 ans, surtout le ''propre sur lui'' (par contre, ceux des parents et des enseignants, c'est glaçant et hyper bien trouvé).
Oui. Je viens de le changer en "bête, trop propre et coincé" (rapport au fait que ben, il veut pas faire caca en public LUI), c'est peut-être plus adapté ?

Pour le coté ambigüe de la Fée, est-ce que ça serait moins évident avec "chuchoter" ou "murmurer" ?

Citer
    Un jour, il a glissé la pulpe de son pouce sur la lame autrefois émoussée, et une petite goutte de sang a perlé, murmure d'une douleur semblable à celle des pincements de Nell, douleur qu'il avait domptée, qu'il maîtrisait.

Ici, je te l'ai déjà dit en privé, mais je m'interroges un peu sur l'auto-mutilation à cette àge et sous cette forme (résumé : je vois ça facilement comme plus ''pulsionnel, par griffures, cognement, morsure, etc. qu'avec un couteau dans l'idée de maitriser la douleur, ce qui m'évoque un truc de plus grands).
Oui, j'y ai réfléchi cette nuit et je pense que je suis assez d'accord, j'enlèverai sûrement ce passage mais je veux bien l'avis d'une ou deux autres personnes avant.

Citer
Le passage dans ''l'autre monde'' me plaît beaucoup, ta description des couleurs est hyper réjouissantes. (en fait, c'est un peu le résumé de mon sentiment à la lecture : un mélange de jubilation en découvrant tes sonorités et la puissance d'évocation des images et de dégoût-pitié devant le fond et les sévices que tu fais subir à ton pauvre petit garçon. C'est même pour ça que j'ai noyé le poisson avant de commenter pour de vrai le texte, fallait m'extirper des frisson d'horreur et des sourires de satisfaction).
Merciii  :coeur: C'est tout pile qu'est-ce que je voulais.

Citer
un peu en dessous du reste, surtout le ''autant d'avertissements qu'il a refusé de voir'' qui me sort du présent
Je vais peut-être couper après "dans une cinématique folle" alors. C'est vrai que ça aurait été une phrase utile si Nulle-Part avait été moins explicitement sanguinaire, mais là elle est peut-être pas si nécessaire... Je voulais laisser "que" quelques indices et au final j'en ai trop fait je crois.  :-¬? (cela dit c'est à ce moment-là que Simon se rend vraiment compte qu'il s'est fait avoir sur toute la ligne alors je pense qu'il faut le dire ? je sais paaaaaas)

Citer
Sur la fin, j'ai une mini réserve par rapport à ta comptine qui a un rythme un peu bancal si on dit pas ''nulleuh-part''. Mais c'est vraiment juste une mini-réserve.
Oui c'est parce que Nulleuh-Part c'est dans le Sude alors il faut le direu commeu ça.  :D

Citer
Pour le reste, c'est un texte que j'ai bien aimé, je sais pas si je suis frustrée par le fait que ce soit un texte court, parce que ça se prête pas trop à du long. Mais j'ai envie de te lire sur un format long, voilà !
ça vient, ça vient  :-¬?


Merci infiniment pour ta lecture !
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #3 le: 28 janvier 2019 à 13:31:45 »
Salut !

J'ai lu ton texte et effectivement il semble répondre au défi et il est bien crade ^^

Je suis triste pour ton petit garçon, au début je pensais vraiment qu'il avait trouvé sa place dans un monde merveilleux : (.
Après tu aurais aussi pu choisir de faire un revirement où le gamin serait content
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Le début est un poil obscur je trouve (pourquoi ils veulent qu'il sorte).
C'est eux qui me l'ont dit, de remplir nos galoches
De charger nos fusils, de pierres et de brioches
Vite dépêche-toi, j'entends la ferraille des soldats

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #4 le: 28 janvier 2019 à 21:07:59 »
Coucou Bibi !

Pour ta proposition de revirement : j'aurais pu, mais c'est pas du tout dans sa personnalité, il est trop gentil jusqu'au bout des ongles  :coeur:

Citer
Le début est un poil obscur je trouve (pourquoi ils veulent qu'il sorte).
Hm oui, ça manque peut-être d'explicite
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ça se comprend peut-être en lisant l'énoncé du défi mais j'ai un peu raté à le faire voir par soi-même  :-[

Merci pour ta lecture ! :)
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #5 le: 28 janvier 2019 à 22:09:27 »
Ah Oui, je confirme, j'étais complètement passée à côté de cet aspect de l'histoire.

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Et oui pour la fée, elle aurait l'air plus innocente avec murmurer ou chuchoter (sussurrer il y a une connotation séductrice genre serpent biblique, je trouve. Ça va avec une voix suave et de la manipulation pour moi.

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #6 le: 28 janvier 2019 à 23:54:09 »
Alors là, j'ai adoré !

Je viens de lire ton texte, et je ne regrette absolument pas de t'avoir lancé ce défi, je t'ai trouvée super audacieuse et super inventive, un très bon moment de lecture.


Entre le début et la fin, il se passe finalement assez peu de choses, je dirais qu'on reste sur un format de nouvelle ; mais dans ce style, j'ai eu le sentiment que tu pouvais proposer vraiment un récit proche du roman, tu as les ingrédients pour faire quelque chose de très créatif.

Je vais revenir sur le détail, et puis je ferai une petite conclusion à la fin.



Citer
Là, coincés dans leur maison grise, dans leurs boulots de merde, avec un fils qui en a peur, de la merde, avec un fils qui a peur des corps. Qui ferme les portes et se cache derrière en pleurant : il n'y a rien qui les mette plus en rage l'un contre l'autre que Simon. Ils l'ont raté, voyez vous.


Ici je me demandais si tu ne devais pas mieux justifier cette adresse au lecteur ; je crois comprendre que tu invites le lecteur à se faire un avis sur la situation présente, comme pour l'encourager à prendre position dans l'histoire. C'est une super idée, mais je pense que ça aurait mérité une meilleure justification.


Citer
Caché sous un couvercle de poubelle, un gros chat noir observe Simon pleurer. Sa queue s'agite nerveusement, ses oreilles aux aguets frissonnent au moindre petit bruit. Elle fait cligner ses grands yeux verts, immense tache de couleur au milieu de la grisaille. De sa cachette, elle voit le petit garçon se redresser en reniflant, essuyer sa bouche souillée dans la manche de son gilet, et repartir.

Ici, je n'est pas compris exactement qui est « Elle », un chat n'étant pas une chatte.

Citer
Elle s'assied à califourchon dans la fourrure noire, juste derrière les oreilles, ignorant les grognements mécontents. Dans le secret du soir qui tombe, elles marchent en silence dans les pas de Simon.

Idem, je crois comprendre plus tard que c'est ta façon d'introduire la fée, je crois qu'il faudrait voir si ça marche vraiment, je me demande si ce n'est pas un peu maladroit.


Citer
Il y a deux petits couteaux dans la chambre de Simon, qu'il a cachés sous son oreiller. Ce sont des couteaux à bout rond de la cantine : quand le monde devient trop dur, Simon aime frotter leur lame l'une contre l'autre. Le chuintement de l'acier sur l'acier le berce. La lumière réfléchie par le métal devenu tranchant est comme une comptine qui chuchote. Un jour, il a glissé la pulpe de son pouce sur la lame autrefois émoussée, et une petite goutte de sang a perlé, murmure d'une douleur semblable à celle des pincements de Nell, douleur qu'il avait domptée, qu'il maîtrisait.

J'ai trouvé ce passage en même temps très amusant, et terrifiant... Je trouve que le genre sanglant/poétique rapproche le style de Tim Burton ou peut-être de Terry Gilliam, ça me fait aussi penser à Maurice Rollinat, un poète que j'aime énormément, poète du Chat Noir au XIXeme dont tu as peut-être entendu parler. Je te le conseille vivement !!

Citer
Allons allons, Simon, tu sais très bien que tu n'as jamais été des leurs. Tu es bien trop doux, bien trop sage, tu es presque beau... Ce n'est pas chez toi, là-bas. Ce n'est pas chez toi.
Les petites chants de la fée bercent Simon jusqu'au fond du cœur, où tout d'un coup tout se réchauffe. Il s'approche du puits comme un somnambule, enjôlé, caressé par le roulis sourd de l'eau, tout au fond. Alors qu'il se penche dans le halo bleu pour évaluer la profondeur, il sent tout à coup les mains de la fée, dans son dos, qui le poussent vers l'abîme.

:D oh ! La fée perverse, elle le balance dans un puits, carrément !!


Citer
Simon-le-pataud trébuche hors de l’eau. Le lainage de son pull s’est alourdi, dilaté en côte de maille sanglante. Il se hisse avec peine sur le rebord du bassin, enjambe le marbre velouté en frissonnant : de l’autre coté, la foule.

J'aime bien, Simon-le-pataud, je me demande si cela n'aurait pas pu être le titre du texte, ça me plaît.

Citer
Simon est roi en sa demeure, Chat sur les genoux en douce boule de ronrons et Fée perchée sur son épaule, qui lui chuchote le monde et lui apprend Nulle-Part. Il s’y promène, défie la gravité, musarde après les lucioles. Il apprend d’autres couleurs : ocre, rose pale, bleu ciel sous les pieds à travers les feuilles, turquoise, coquelicot. Celle-ci est sa préférée, elle roule dans sa bouche comme une chute de petits cailloux ronds. Il dort dans un lit de plumes plus légères que du coton, plus moelleuses que la mousse des arbres. Sa couverture est tissée de soie d’araignées bleues. On lui a offert une grosse bulle d’eau qui flotte dans sa maison, trois poissons-volutes y nagent, et la lumière scintille sur leurs écailles dorées.

À la fois je trouve l'accumulation de ces merveilles super intéressante, à la fois je me demande si tu ne pourrais pas travailler encore un peu ton style. Parfois, l'enchaînement des éléments me semble un peu rapide, je cherche le fil conducteur ; je crois que tu as un quelque chose à trouver pour que cela fonctionne.

Toutefois, ce sont mes passages préférés, donc même sans les retravailler, ils méritent une juste attention.


Citer
Il se demande où est leur corps. Si il évolue dans le même espace que le sien.

S'il


Oki, pour conclure, je dirais que l'aspect féerique fonctionne à merveille ; le mélange entre la méchanceté et l'horreur est tout à fait adapté au récit, pour moi c'est bien fait. Je pense que tu as malgré tout intérêt à un peu retravailler le style pour que tu puisses mieux t'approprier certaines tournures de phrases, la narration me semble un peu difficile sur certains passages (notamment ceux que j'ai signalés).

Écoute, un poète que j'adore, et qui pourrait éventuellement être une source d'inspiration pour toi, c'est Maurice Rollinat. J'ai notamment lu Les Névroses de lui dans lesquelles on trouve fantômes, cauchemars et autres horreurs. Je crois que ce genre de récit te réussit super bien, je suis très heureux d'en découvrir le résultat.

Alors une belle création, ça m'a plu !

Un véritable moment de bonheur !! :)
« Modifié: 28 janvier 2019 à 23:59:28 par Alan Tréard »

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Re : Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #7 le: 29 janvier 2019 à 12:49:50 »
@cyamme
Ah Oui, je confirme, j'étais complètement passée à côté de cet aspect de l'histoire.

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Et oui pour la fée, elle aurait l'air plus innocente avec murmurer ou chuchoter (sussurrer il y a une connotation séductrice genre serpent biblique, je trouve. Ça va avec une voix suave et de la manipulation pour moi.

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Je crois que cette interprétation me convient d'autant plus :) Je changerai pas du coup.

Susure est- devenu chuchote !
 :oxo:

@Alan

Coucou !

Bien contente que ça t'ai plu ^^

Citer
Ici, je n'est pas compris exactement qui est « Elle », un chat n'étant pas une chatte.
C'est pourtant bien Elle le chat, parce que par une pudeur un peu bête (et parce que je trouve que "chat" sonne mieux) j'ai refusé d'écrire "chatte"  :huhu:

Citer
Je trouve que le genre sanglant/poétique rapproche le style de Tim Burton ou peut-être de Terry Gilliam, ça me fait aussi penser à Maurice Rollinat, un poète que j'aime énormément, poète du Chat Noir au XIXeme dont tu as peut-être entendu parler. Je te le conseille vivement !!
Je note ça :)

Citer
À la fois je trouve l'accumulation de ces merveilles super intéressante, à la fois je me demande si tu ne pourrais pas travailler encore un peu ton style. Parfois, l'enchaînement des éléments me semble un peu rapide, je cherche le fil conducteur ; je crois que tu as un quelque chose à trouver pour que cela fonctionne.
Ok, je note que ce passage est un peu faible si jamais je décide de retravailler (je crois me souvenir que j'avais eu une grande pause dans l'écriture avant de reprendre à cet endroit-là, c'était sans doute un moyen de retrouver un peu mon chemin dans le texte).

Je corrige si il en s'il !

Merci à toi pour la lecture et le défi Alan !
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #8 le: 02 février 2019 à 21:43:40 »
Yo !

Un petit relevé pour commencer :

Citer
Simon est assis sur la cuvette grise des toilettes grises de la maison grise de ses parents gris.
Je suis un peu partagé, j'aime bien l'idée, mais là je sais pas ça a pas hyper bien fonctionné sur moi, je saurais pas trop dire pourquoi  :/ Et en plus avec l'importance des couleurs dans la suite ça a toute sa place, donc bon.

Citer
Simon est persuadé d'avoir des diodons dans l'estomac, des gros poissons qui se gonflent quand ils ont peur,
J'aurais dit ces gros poissons mais euh bon je suis pas du tout sûr de moi.

Citer
La honte des chaquejours
J'aime.

Citer
Personne n'aime Simon à l'école et Simon n'y aime personne, parce qu'à l'école c'est comme à la maison : bruyant, gris et cruel.
Le début de la phrase, surtout, je le trouve assez cliché. Et c'est un peu dommage, parce que même si le texte joue quand même avec des codes y avait pas vraiment de phrase bateau jusque là. (même si les chiasmes c'est la vie).

Citer
« Hé, Simoche !
En vrai j'ai rigolé.

Citer
« Alors, Simoche, on attend pas les copains ? »
Même si c'est à l'oral il manque une négation, non ?

Citer
Caché sous un couvercle de poubelle, un gros chat noir observe Simon pleurer. Sa queue s'agite nerveusement, ses oreilles aux aguets frissonnent au moindre petit bruit. Elle fait cligner ses grands yeux verts
Elle ?

Citer
Ce n'est presque plus laid le dehors, ça donne presque envie le monde.
J'ai du relire pour comprendre, probablement parce qu'il manque des virgules. Alors après ça ferait beaucoup de virgules.

Citer
Il devine écailles les ors et les argents qui dessinent des grands poissons,
Il manque des trucs dans cette phrase.

Boudiou.  T'as déjà mangé des gens ?  '-' Paske tu décris vachement bien les gens qui mangent des gens, wesh.
Bon, trêve de galéjades. J'ai vraiment bien aimé, il y a un petit coup de mou au milieu je trouve dans le passage à Nulle-Part, mais je crois que c'est nécessaire pour la brisure qui suit (qu'on attend d'ailleurs beaucoup faut dire), mais aussi je suis assez difficilement émerveillé. Donc bon.
Ensuite, l'image des diodons est hachement bien trouvée.
La fin est ce qu'elle est, ça frissonne un max, c'est chouette, même si on s'y attends comme je l'ai dit bah c'est pas grave, on se laisse emporter dans le truc et boudiou boudiou boudiou.
Bon j'aurais du prendre des petites notes, j'ai pas l'impression de penser à tout ce que j'aurais du. Je te joindrai en tant voulu par les moyens adéquats si besoin est.
À pluche dans la bûche.

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #9 le: 03 février 2019 à 11:14:26 »
Hey Zag ! C'est bon, j'ai eu mes quatre heures de sommeil, je peux répondre correctement ^^

Citer
J'aurais dit ces gros poissons mais euh bon je suis pas du tout sûr de moi.
Boh je préfère "des" je crois.

Citer
    Personne n'aime Simon à l'école et Simon n'y aime personne, parce qu'à l'école c'est comme à la maison : bruyant, gris et cruel.

Le début de la phrase, surtout, je le trouve assez cliché. Et c'est un peu dommage, parce que même si le texte joue quand même avec des codes y avait pas vraiment de phrase bateau jusque là. (même si les chiasmes c'est la vie).
Ouais. Perso je trouve que tout le passage de Simon à l'école est grave cliché mais je crois que j'avait besoin de me reposer un peu à cet endroit-là ^^ à voir en réécriture si c'est modifiable.

Citer
    « Hé, Simoche !

En vrai j'ai rigolé.
ça m'étonne pas du tout u.u

Citer
    « Alors, Simoche, on attend pas les copains ? »

Même si c'est à l'oral il manque une négation, non ?
Je pense pas : c'est plutôt admis que le "ne" saute à l'oral (surtout quand c'est un gamin qui parle) (et puis y a la liaison avec le "on")

Citer
    Caché sous un couvercle de poubelle, un gros chat noir observe Simon pleurer. Sa queue s'agite nerveusement, ses oreilles aux aguets frissonnent au moindre petit bruit. Elle fait cligner ses grands yeux verts

Elle ?
Mais allez là j'avais pas envie d'écrire "une grosse chatte noire" '-'

Citer
    Il devine écailles les ors et les argents qui dessinent des grands poissons,

Il manque des trucs dans cette phrase.
C'est moi qui m'amuse avec l'ordre des mots ça. En mettant "écailles" entre virgules ça passe mieux peut-être ?

Citer
Boudiou.  T'as déjà mangé des gens ?  '-' Paske tu décris vachement bien les gens qui mangent des gens, wesh.
Nan, j'ai juste eu à me rappeler comment c'était quand je mangeais des animaux morts :huhu:


Mahah, merci beaucoup pour ta lecture et tes boudiou,  contente que ça t'ai plu ! à plus dans l'mucus.
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #10 le: 04 février 2019 à 23:19:31 »
Hello Grimm,

Alors en fait j'ai trouvé le texte un peu gris :D

C'est à dire moitié bien moitié pas bien, parce que dans mes souvenirs tu as déjà écrit des histoires nettement plus marquantes, et ici pour moi c'est comme si tu t'étais impliquée seulement de moitié en fait.

En gros je reconnais ton style mais comme si tu l'avais laissé se balader mécaniquement, pour faire de l'exercice histoire de ne pas rouiller. Et donc ça m'a donné l'impression d'une demi histoire, un défi relevé techniquement, mais dépourvu d'un quelque chose qui ferait que je m'attache au petit garçon, aux autres personnages, à l'univers. Ici j'ai l'impression que tout arrive trop vite, je ne peux pas suivre ce qui se passe, je ne fais que regarder passer.

Edit : un simple détail, mais le choix du nom des parents par exemple, ça sert d'indice au lecteur, ça donne le ton, mais je trouve ça trop "facile", tu vois ? 

Après oui, extérieurement (dans la forme) c'est marquant (et donc bien écrit), je ne dis pas le contraire ; par exemple la manière dont la narration fait poser le regard sur des choses qu'on ne tiendrait pas à voir, les descriptions bien ciselées, et beaucoup de petites phrases tout le long que j'ai trouvées jolies, judicieuses, particulières, maiiiiiiis... c'est tout quoi . Les ingrédients sont là correctement mélangés mais j'ai l'impression que tu n'as pas mis à chauffer.

Bref je t'ai déjà connue bien meilleure, désolé '-'

(vraiment désolé '-')
« Modifié: 05 février 2019 à 00:11:14 par extasy »

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #11 le: 05 février 2019 à 21:41:31 »
Coucou Exta !

Alors avant tout, merci beaucoup d'avoir lu et commenté ! C'est trop un honneur  :huhu:

Citer
En gros je reconnais ton style mais comme si tu l'avais laissé se balader mécaniquement, pour faire de l'exercice histoire de ne pas rouiller. Et donc ça m'a donné l'impression d'une demi histoire, un défi relevé techniquement, mais dépourvu d'un quelque chose qui ferait que je m'attache au petit garçon, aux autres personnages, à l'univers. Ici j'ai l'impression que tout arrive trop vite, je ne peux pas suivre ce qui se passe, je ne fais que regarder passer.
J'entends que tu aies eu l'impression d'un texte "creux" et sans implication, mais euh, c'est pas trop comme ça que j'ai voulu l'écrire. Enfin je me suis impliquée dedans quoi, c'était pas qu'un amusement stylistique (même si c'est vrai que je me suis un peu baladée pour expérimenter). Pour la rapidité, ça vient peut-être du fait que je l'ai écrit sur plusieurs mois et que comme d'habitude, j'ai perdu un peu la notion / appréhension du rythme.
Bref, c'est pas grave si t'es pas rentré dedans ^^

Citer
Edit : un simple détail, mais le choix du nom des parents par exemple, ça sert d'indice au lecteur, ça donne le ton, mais je trouve ça trop "facile", tu vois ? 
Je sais pas si je l'ai voulu comme un indice au lecteur, c'était plus un clin d'oeil aux copains Beckettiens mais sans vraie signification derrière.

Citer
Après oui, extérieurement (dans la forme) c'est marquant (et donc bien écrit), je ne dis pas le contraire
Ouf u.u le truc c'est que du coup j'arrive pas à savoir si c'est une question de sujet/thème qui t'a pas marqué ou bien vraiment un défaut dans l'écriture (et par conséquent quelque chose que je dois améliorer) ? ça me perturbe !

Citer
Bref je t'ai déjà connue bien meilleure, désolé '-'
Ouch  :D

Mais tu as pas à être désolé hein, c'est pas grave ! ça me triture un peu l'orgueil parce que j'en étais plutôt contente et que je sais pas où ça a pas cliqué mais c'est tout. Bref ! Merci beaucoup d'être passé  :coeur:
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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #12 le: 05 février 2019 à 22:32:45 »
Citer
C'est trop un honneur  :huhu:
hihihihihi

Citer
Ouf u.u le truc c'est que du coup j'arrive pas à savoir si c'est une question de sujet/thème qui t'a pas marqué ou bien vraiment un défaut dans l'écriture (et par conséquent quelque chose que je dois améliorer) ? ça me perturbe !
Le thème, le thème u.u un défaut d'écriture ça m'est même pas passé par la tête, plutôt l'approche générale de l'histoire et sa progression que je trouve sans surprise je crois.
Spoiler
[close]

Citer
J'entends que tu aies eu l'impression d'un texte "creux" et sans implication, mais euh, c'est pas trop comme ça que j'ai voulu l'écrire.
Je suis encore plus désolé d'avoir dit ça du coup  ><

Citer
Je sais pas si je l'ai voulu comme un indice au lecteur, c'était plus un clin d'oeil aux copains Beckettiens mais sans vraie signification derrière.
Oui je sais pas, comme c'est parmi les premiers mots du texte, en majuscules, quelque chose dans ma tête a surévalué leur signification, bref, des fois je vois des choses qui n'existent que dans ma tête. En plus comme t'as bossé dessus plusieurs mois je me dis que j'ai pas été très juste, c'est peut-être ma lecture qui était superficielle, j'ai trop regardé ce qu'il manquait selon moi et pas porté assez attention à ce qui se trouvait déjà dans le texte, c'est pas du tout une possibilité à négliger  :huhu:

Je vais passer relire dans quelques jours du coup, voilà.

A plus o/

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #13 le: 11 février 2019 à 00:56:02 »
Je me demandais pourquoi l'intrusion du merveilleux, mais c'était le défi d'Alan (je l'ai vu à la fin seulement). Alors je valide mon défi et le mien uniquement, ça m'a rappelé l'anime d'horreur Junji Itô pour son aspect malsain, honteux. Il y a des passages où j'ai eu du mal à visualiser, je pense que c'est quand tu poétises, ça brouille un peu trop l'ancrage des scènes. Comme Alan, j'ai pas compris non plus à quoi se référait le "elle", et ça m'a embêté. Ce que j'ai trouvé amusant, c'est que j'ai senti deux séparations. La première entre le monde initial (que j'ai préféré, en même temps c'est mon défi, mais c'était bien) et l'autre monde, qui m'a pas trop parlé. Mais bon c'est une rupture narrative logique - façon Carroll - puisqu'elle était commandée par le défi. La deuxième rupture est stylistique, parce que j'ai trouvé, durant tout le texte cette fois, une sorte de dédoublement de personnalité. D'un côté, on a la Grimm au langage enfantin avec son imagerie, et de l'autre une dark version malsaine au registre familier. Je veux dire qu'on dirait que ces deux "parlures" ne cohabitent pas. Elles se superposent les unes au-dessus des autres mais ne se mélangent pas, un peu comme l'eau et l'huile. D'où cet effet "texte à quatre mains" que j'ai ressenti. C'est clairement une conséquence du défi, mais j'aurais aimé une meilleure unité de ton. Au-delà du thème des deux défis, je pense que c'était ça le plus dur et de loin, puisque ça nécessite de repenser son écriture pour la faire muter le temps d'un texte. Si ça avait été un blind text, j'aurais voulu ne pas te reconnaître. Pour moi c'est tout le but d'un défi. Pas tellement une histoire de thèmes qu'on n'a pas l'habitude d'aborder, mais une histoire de style.     

Bravo sinon pour la propreté du texte, j'ai relevé simplement "va-et-vient" invariable même au pluriel, et une répétition : "Une ribambelle d’autochtones se masse peu à peu derrière eux, qui sautille sur la canopée avec une excitation affamée. Une odeur métallique envahit l’air peu à peu,"

"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

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Re : Simon de Nulle-Part ou La Répulsion [défi][explicite]
« Réponse #14 le: 12 février 2019 à 10:38:03 »
Bonjour Grimm,

J’ai envie de lire et relire, et relire, et relire, et relire, et relire, et relire, et relire, et relire ce texte jusqu’à mourir sur ma chaise, le cou tordu, le dos pété, les yeux en sang.
Me nourrir encore et encore de cette histoire d’un petit esprit qui retient tout pour lui et qui ne veux rien lâcher de tout le bordel qu’est sa vie.

J’avais envie de rajouter des « relire », mais je pense que ce serait déplacé

J’ai deux gros points dont je veux te parler :

* Le problème majeur que je vois est un problème de personnalité : il faut absolument qu’il retienne sa merde mais pas son sang, celui-là peut couler à flot. C’est subtil comme ça et j’aime beaucoup l’idée pourtant, je veux dire, les deux sont pathologiques, et même si c’est pas compatible, c’est séduisant tout de même. Y avait-tu pensé? J’aimerais  savoir ce que tu en penses.

* autre problème, tu parle de ces gosses qui pissent sur Simon parce qu’il est « trop propre, parce qu’il ne veux pas aller dans les toilettes publics.
Or c’est un comportement difficilement observable, à moins qu’il y ait une anecdote spécifique type : Simon s’est fait dessus en classe car il ne voulait pas aller dans les toilettes de l’ecole et tout s’est su (sans dessous).
Le fait que les gosses lui pissent dessus est parfaitement cohérent, leur excitation est logique, mais il faut un truc observable « simon se lave tout le temps les mains, refuse de toucher les gens, évite d’etre bousculé, de serrer la main des gens, de faire la bise, de prêter un stylo parce qu’il risquerait de toucher le corps de quelqu’un » et la paf, les gamins arrivent avec la partie la plus dérangeante du corps, celle qui emmerde le plus Simon, le génital.
Après, tout t’appartient, mais il me semblait bon de te faire remarquer que les gosses harceleurs ne peuvent pas savoir ce qui n’apparait que dans la tête de Simon, dans ses angoisses.

J’ai eu du mal à lire le début de ton texte, j’ai été obligé de lire en deux fois : d’abord la partie parents, ensuite la partie « féerique » pour ne pas dire « camée » ou « kanée »
Trop d’échos, trop de violence et pourtant j’adore ça.
Je n’ai pas tenu, pas cette fois. je trouvais ça long, long, alors que je lis d’une traite des choses plus longues, mais chaque mot, chaque phrase a tellement de sens, de contenu que c’était envahissant.
Ce qui rends le texte encore plus beau.

Je déplore le changement de « susurre » en « chuchote ». Je trouves susurre plus adapté au glauque ambigu qui est un trait inhérant à la fée : elle invite Simon à devenir cannibal psychotique, bien sûr qu’elle susurre dans sa tête!

J’ai du mal à comprendre « la foule » qui acclame l’arrivée de Simon. Existe-elle vraiment? Comment la penses-tu dans ton texte?

Citer
Les dents les rubis le sang le rouge, la sauvagerie les pincements le crochet la chute jusqu’aux crocs acérées de Chat défilent devant ses yeux dans une cinématique folle.
Ce passage est un de mes préférés.

Cyamme parle du fait que l’automutilation avec des lames est une forme plus adulte de l’automutilation et c’est assez vrai. À la limite avec des ciseaux, des cure-dents, des aiguilles (et les aiguilles seraient parfaites pour ce texte, je tiens a le préciser. Diodons!), pourquoi pas. Ceci dit il existe bien des cas d’automutilation par coupures chez des enfants donc ça reste entendable.

Je rejoins Alan pour sa remarque sur le chat et Elle. Je n’ai pas su en tirer du sens et comprendre qui était « elle ».
Peut-être faudrait-il introduire cela? Je n’en sais rien et de toute façon, avoir des éléments qui perdent dans ce genre de texte renforce le coté angoissant et toute la force de Pathos que ça peut contenir.

Je relève : « un gros pull de laine mal tricotée » -> tricoté
J’avais vu autre chose mais je ne trouve pas.

Voila mon « petit » commentaire pour ce texte grandiose.
Merci mille fois pour ce texte, ce style te réussit bien.
J’impatiente que ce genre t’inspire de nouveau!
« Modifié: 12 février 2019 à 11:07:06 par Elijäah »
"Loup : Combien de temps serons-nous ensemble ?

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