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20 juin 2019 à 09:27:55

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Auteur Sujet: L'Été des charognes (Simon Johannin)  (Lu 531 fois)

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L'Été des charognes (Simon Johannin)
« le: 12 janvier 2019 à 01:17:17 »
Roman court publié en 2017 aux éditions Allia et de facture attrayante (identité de la collection, illustration débordant sur les rabats, format quasi poche)


Citation de: Ce qu'en dit l'éditeur
Ici c’est La Fourrière, un "village de nulle part" et c’est un enfant qui raconte : massacrer le chien de "la grosse conne de voisine", tuer le cochon avec les hommes du village, s’amuser au ‘‘jeu de l’arabe’’, rendre les coups et éviter ceux des parents.
Ici on vit retiré, un peu hors-la-loi, pas loin de la misère aussi. Dans cette Guerre des boutons chez les rednecks, les bêtes sont partout, les enfants conduisent leurs parents ivres morts dans des voitures déglinguées et l’amitié reste la grande affaire.
C’est un pays d’ogres et d’animaux errants, un monde organique fait de pluie et de graisse, de terre et d’os, où se répandent les fluides des corps vivants et ceux des bestioles mortes. Même le ramassage scolaire ressemble au passage des équarisseurs.
Mais bientôt certains disparaissent, les filles vous quittent et la forêt finit par s’éloigner.
D’une bagarre l’autre, la petite musique de ce premier roman vous emmènera jusqu’à l’adolescence, quand la douleur fait son entrée et que le regard change, dans les turbulences d’une langue outrancière au plus près du rythme de l’enfance : drôle et âpre, déchirante et fièvreuse, traversée de fulgurances.

C'est assez cru, les mômes racontent le jour où on tue le cochon, où on le mange, où on racle ses boyaux pleins de merde pour en faire des saucisses. Le jour où il faut s'occuper de déplacer les moutons morts parce que l'équarrisseur pourra pas venir avant deux semaines. Les fois où ils conduisent les voitures parce que les adultes sont bien trop cuits pour rouler jusqu'à la maison. Y a les fêtes, le caillassage du chien (quel incipit), les barbecues, les "gueux" qui restent six mois et celui qui raconte pourquoi il a fui l'Albanie. Les relations avec les adultes, avec les chiens, avec les bêtes et les charognes.
Un peu après la moitié du texte, on entre dans un nouvel univers, celui de l'école, et j'ai moins accroché. J'ai trouvé que ça perdait un peu de son originalité et de sa force stylistique, il y a des passages hallucinés, j'ai bien aimé la dernière page mais ça a pas empĉhé ma lecture de se conclure sur une impression en demi-teinte.

Mais c'est malgré tout une belle lecture, un très beau style, puissant, évocateur, ça fait du bien de lire un premier roman de cette qualité, de lire tout court de la litt française de cette qualité. Je le recommande pas mal !
J'ai quand même mal vécu le fait qu'en le lisant j'ai vite fait googlé le nom de l'auteur et que je me suis aperçu qu'il était plus jeune que moi hahaha, la jalousie

Un passage (parmi d'autres) que j'ai beaucoup aimé (pardon c'est pas hyper représentatif, c'est surement un des moments les plus doux) :

"Ma mère était rentrée de chez sa soeur et mon père savait pas où se mettre à essayer de dire des choses gentilles, même qu'il y arrive pas trop mais c'est drôle à voir parce que ma mère elle ça la fait sourire.
Elle sait que même si ça lui fait l'effet de marcher pieds nus dans des ronces à mon père de dire des choses douces, elles lui viennent du coeur alors c'est bon à prendre.
(...) Ma mère elle a pas beaucoup de mots qui lui sortent de la bouche, elle nous fait plutôt des regards. Elle parle avec son visage et moi et mon frère on comprend tout.
Elle a des yeux fatigués comme des amandes sèches, pour dire des choses elle regarde et nous autour on sait qu'il faut pas l'emmerder ou glisser du couloir vers la chambre.
Ses bras il y a de la lassitude dedans mais ils sont jolis quand même, ils pèsent un peu gris."
« Modifié: 12 janvier 2019 à 01:30:17 par Lo »
"Il était tard lorsque nous bûmes." (René Daumal)

 


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