Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

22 janvier 2019 à 16:27:21

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Auteur Sujet: Esprit parisien  (Lu 81 fois)

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Esprit parisien
« le: 07 janvier 2019 à 20:49:12 »
Esprit parisien
mercredi 3 octobre  14h40
Salon de coiffure ENEA 7 rue Bréa Paris 6°


Le client
—Bonjour, madame, vous pouvez me prendre tout de suite ?
La patronne
—Non, j’ai un brushing à faire avant.
Le client
—Dans combien de temps pourriez-vous me prendre ?
La patronne
—Sais pas, j’ai un brushing avant.
Le client
—Dix minutes, une demi-heure ?
La patronne
—Un brushing, c’est un brushing. On peut pas dire.
Le client
—Je reviendrai quand vous pourrez dire. Au revoir, madame.
Au moment où la porte se referme sur le client, mais à temps pour qu’il l’entende ,
La patronne :
—C’est pas la SNCF ici.

J’aime beaucoup ces répliques de sortie de scène, ces saillies spirituelles, ces réparties de l’esprit gouailleur éternel et inimitable du peuple de Paris.  Nous les devons à cinquante ans de Michel Audiard mal assimilé, vingt ans de Jean-Marie Bigard appris par cœur, dix ans de Laurent Baffie célébré.
J’irai me faire couper les cheveux à Chateau-Thierry (dans l’Aisne).

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Re : Esprit parisien
« Réponse #1 le: 07 janvier 2019 à 20:49:43 »
Je m’aperçois qu’avec ma formulation « j’aime beaucoup… » qui se voulait ironique, je n’ai peut-être pas assez souligné la différence que je fais entre Audiard et les deux pauvres guignols que j’ai cités à la suite.
Audiard, comme Pagnol l’avait fait pour les Marseillais et Provençaux de théâtre, a inventé une magnifique langue, spécifique aux marlous de comédie parisiens et banlieusards. Ses expressions sont très élaborées et utilisent en général un vocabulaire recherché et désuet, tel qu’il est peu probable que les voyous et voyoutes l’utilisent véritablement. Il faut du talent pour pasticher Audiard. Je l’ai tenté dans un texte qui viendra plus tard.
Quant à Bigard et Baffie, il faut encore faire une différence entre eux : si Bigard, avant de tourner à la pure et simple et grasse vulgarité, a eu quelques éclairs (l’histoire de la chauve-souris est une perle sur un tas de fumier), Baffie, lui, n’est jamais sorti de la facilité ironique ou de la méchanceté gratuite que seul le ton blasé qu’il affecte peut faire passer pour drôle aux yeux de l’abruti ordinaire. Visant très bas, ces deux-là ont touché beaucoup de monde, et c’est une souffrance que d’entendre sortir de la bouche du pékin courant, comme la coiffeuse de la rue Bréa, des syntagmes figés (expressions toutes faites) entendus il y a un siècle dans une émission de télévision à l’audimat maximal.

 


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