Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 janvier 2019 à 06:06:30

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Aventures au long cours » Sur une année - défi Bradbury » le lien de cuir [semaine 1 , 2 , 3] [explicite, violent]

Auteur Sujet: le lien de cuir [semaine 1 , 2 , 3] [explicite, violent]  (Lu 640 fois)

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
le lien de cuir [semaine 1 , 2 , 3] [explicite, violent]
« le: 01 janvier 2019 à 13:34:31 »
Le lien de cuir

Genre : récit d’anticipation.


1 la vente


République 71

Extrait du rapport d’une patrouille frontalière :

Ces fragments d'écrits ont été découverts sur le corps d’une fugitive de la Zone Patriciale. Ils étaient dissimulés dans les doublures de ses vêtements. Cette implantée a été retrouvée à deux cents mètres de la Barrière, dans la forêt, le cerveau grillé.
Les supports de ces textes se révèlent variés, morceaux de tissus, de cuirs, d’écorce. Les mots ont été tracés, pour certains, avec du sang humain.
Ils forment un témoignage émouvant sur la condition des soumis dans la Zone. Depuis l’érection de la Barrière, jamais nous n’avons pu recueillir l’un d’entre eux vivant.







« La pluie sur ma peau




                                                  ruisselle





Elle apure la boue et le sang de ma condition



  J’aimerais hurler, j’aimerais courir




                                                                                     Comme l’eau,
                                                                                                                   fendre le roc et noyer le feu






Je ne suis pas l’eau



Ni le roc ni le feu






                                                                                                 Je ne suis pas même l’ombre de l’ombre d’un être humain »






Bonnie ruisselle de sueur. Sous le soleil brûlant au zénith, elle évolue dans la carrière. La longe la contraint à tourner encore et encore autour du palefrenier, le sable jaillit sous ses foulées, la chambrière claque, la frôle chaque fois qu’elle ralentit sa course. Docile, elle obéit aux moindres injonctions, son souffle se raccourcit sous l’effort prolongé, mais elle ne faillit pas. Elle ne s’écroulera qu’à bout de force. C’est ainsi qu’elle a été dressée.
Un ordre jeté achève sa prestation, elle s’immobilise. L’homme saisit son licou. Il la conduit vers la sortie. Exposée à la vue de tous, Bonnie ose à peine observer les tribunes où se presse la foule des Supérieurs. Son œil vif grappille la vision de femmes revêtues d’habits colorés et précieux. Certaines gloussent, d’autres la fixent avec condescendance, tandis que les hommes la jaugent.

Elle rejoint le rond de présentation, un petit manège circulaire au toit conique agrémenté d’un puits de lumière où patiente Clarisse, seule, attachée à un anneau logé dans le mur. Le palefrenier installe Bonnie à ses côtés et lui tend un broc d’eau fraiche. Elle boit à longs traits. Une fois sa soif étanchée, il s’éloigne.
Clarisse, immobile jusque là, tourne vers elle ses yeux bleus agrandis par l’anxiété. Bonnie tire sur la corde nouée à son propre anneau et vient nicher son visage dans le cou de son amie.
Juste un instant.
C’est tout ce qu’elles peuvent se permettre alors que personne ne les surveille.
Un peu plus tard, une autre monture les rejoint, éprouvée elle aussi par son passage, il s’agit d’un jeune mâle, éduqué au cross.
Clarisse et Bonnie ont grandi avec lui avant leur séparation à l’âge du débourrage. Il se nomme Boris. Nerveux, il repousse l’eau.
Bonnie comprend son inquiétude, ces coursiers participent à des compétitions dangereuses, nombre d’entre eux finissent estropiés à vie.
Si Boris est vendu aujourd’hui, son propriétaire ne tardera pas à l’engager dans ces épreuves.
Quatre autres montures les rejoignent peu à peu et un murmure de brouhaha, puis des éclats de voix s’élèvent.

Les acheteurs arrivent.



Il serre le poing, fébrile. Sa marche claudicante de Premium le frustre. Il aimerait déjà être parvenu au rond de présentation. Kob lui a proposé ses bras, mais il a opposé un refus catégorique, agacé de ce rappel à ce corps difforme, qu’il hait. Il ignore les regards sur lui, déférents, faux. Il sait ce qu’ils valent, malgré son jeune âge. La pitié. Le dégoût. La crainte. Comment pourrait-il en être autrement ?
Sa tête hypertrophiée est posée de guingois sur un tronc nain, tordu, aux membres ridicules qui le font souffrir en cet instant de la marche qu’il leur impose.
Il pénètre enfin dans l’enceinte. Une joie le transporte.

Elle est là.
Avec ses longs cheveux bruns tressés.
Elle n’est pas grande, mais sa taille moyenne est suffisante. Le cuir gaine ses fines jambes musclées et ses petits seins tendent l’étoffe de sa tunique. Une certaine douceur mélancolique émane de son visage aux traits réguliers. Elle est parfaite pour lui. Depuis qu’il l’a vue évoluer dans la carrière, il a su que ce serait elle, uniquement elle, même la très jolie blonde qui l’a précédée n’a pu recueillir son entier suffrage.
Il s’arrête à quelques pas. L’un des commerciaux de la Ferme le reconnait et vient à sa rencontre.

— Êtes-vous toujours intéressé, Monsieur ?
— Oui.

Il lit l’obséquiosité en transparence de l’amabilité feinte, qu’il devine due à la somme rondelette de son acquisition. Oui, la fortune de sa famille lui permet toutes les folies.

— Comment s’appelle-t-elle ?

Le vendeur masque sa surprise. D’ordinaire les acheteurs souhaitent  nommer eux-mêmes leur monture personnelle.

— Bonnie.
 
À l’énoncé de son nom, elle tourne la tête et le découvre. Ainsi voilà à quoi ressemble un Premium. On l’avait prévenue, pourtant, elle ne s’attendait pas à une telle production de la nature.

Non.

Cette anomalie génétique n’a rien de naturel. Elle pensait ressentir de la terreur à cette vision. Il n’en est rien.
Leurs yeux ne quittent pas. Dans le cœur de Bonnie éclot un étrange et volatile sentiment. Peut-être ce futur maitre sera bon pour elle.

— Je la prends.

Kob s’approche déjà et tend la main vers la corde liée à l’anneau. Étourdie, Bonnie cherche le regard de Clarisse. Celle-ci, au bord de la panique, tremble devant une Premium qui marchande son prix.

En ultime adieu ses yeux bleus s’emplissent de larmes spectrales.





je me souviens de tes yeux bleus
bleus comme un ciel de printemps
je me souviens de ta chevelure blonde
où l’or coulait comme rivière

je me souviens du silence de tes lèvres muettes

je me souviens de ce jour
où le ciel s’est obscurci
où la rivière s’est ternie

Ce jour où ton silence vivant s’est éteint à mon regard



« Modifié: 14 janvier 2019 à 01:02:25 par Ashka »

Hors ligne WEG

  • ex World End Girlfriend ou Nocte
  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 2 253
  • Innuendo Cumulonimbus
Re : [S1 le lien de cuir]
« Réponse #1 le: 01 janvier 2019 à 13:40:48 »
Courage Ashka ! \o/
Chameau vagabond / Houmousexuel patatophile

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : [S1 le lien de cuir]
« Réponse #2 le: 01 janvier 2019 à 21:13:56 »
Cimer WEG  !  :coeur:

Hors ligne Verasoie

  • Palimpseste Astral
  • ***
  • Messages: 2 878
    • Attendez-moi sous l'orme.
Re : [S1 le lien de cuir]
« Réponse #3 le: 06 janvier 2019 à 21:45:01 »
Citer
                                                                                                 Je ne suis pas même l’ombre de l’ombre d’un être humain »

Référence à Desnos ou c'est involontaire ?

Je suis pas sûre d'avoir déjà lu quelque chose de toi. J'ai été un peu désarçonnée par le fait de basculer de cette intro dystopique à un truc qui me rappelait Spirit (l'étalon des plaines) et au poème final. Je pense que mon avis dépendrait beaucoup du fait de savoir si c'est un one-shot isolé, ou si ce texte s'inscrit dans un truc plus long. En tout cas c'était surprenant et cool à lire, et si c'est dans un truc long, je le lirai : P
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : [S1 le lien de cuir]
« Réponse #4 le: 07 janvier 2019 à 07:25:34 »
Hello  ;)

Merci pour ton passage je me demandais si je n'allais pas cavaler dans le Bradbury toute seule ><

Non la référence c'est pas voulue c'est venu comme ça.

C'est pas un one shot je pars pour un long mais pas sûre que ça dure 52 semaines.

Je sais pas si les tons que j'ai choisis vont coller au thème et à la forme et ça ne m'étonne pas que ça surprenne mais bon tant pis j'assume je verrai bien comment ça se passera !

En tout cas rassurée que tu trouves ça cool à lire Merci encore pour ton regard :)




Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
[S2 le lien de cuir]
« Réponse #5 le: 07 janvier 2019 à 18:38:44 »
2   l'implant





Le véhicule qui tracte la remorque grillagée s’engage dans la large avenue du domaine. De part et d’autre, les prés en collines s’étendent sous le ciel nuageux. Dans la cage, Bonnie aperçoit le manoir au bout de la perspective et un peu à l’écart, les bâtiments des communs.

Le voyage s’achève dans une cour cernée de rangées de box. Au-dessus des demi-portes, quelques rares têtes curieuses paraissent. Au centre, s’élève un puits à l’ombre d’un arbre qui jette ses branches alourdies de feuillage violine vers la nuée.

Tout semble calme et désert. Les garçons d’écurie mettent en place la rampe et ouvrent la porte de la remorque, l’un deux détache les poignets de Bonnie retenus aux grilles et saisit son licol. Elle le suit, docile.

Il la complimente :

— Voilà une gentille fille.

L'un des box au sol recouvert de sable doux et paillé dans un coin l'accueille.

— Le vétim va venir. En attendant, je ferme pour que tu restes au calme.

Il sort et clôt les battants, inférieur et supérieur.

La nuit obscure tombe.

Le noir terrorise Bonnie.


Son corps commence à trembler. Elle étend ses mains, cherche l’appui rassurant d’une paroi qu’elle ne trouve pas. Une sueur glacée l’inonde suivie d’une bouffée de chaleur. Elle trébuche. Le cœur affolé précipite sa course, elle suffoque, prise de panique et sous un vertige ses genoux se dérobent.

Sa raison s’abime en enfer.




« Perdue dans la cendre tourbillonnante du volcan affamé, tu tournes sur le pivot du diable. L’aiguille tictaque dans ton sang. La pourpre ne demande qu’à jaillir des veines fissurées. La folie abat sa carte maitresse, tu te perds.


Tout est blanc

Blanche, la terre qui s’étend à l’infini de ton errance temporelle. L’enveloppe charnelle s’étouffe, on ne respire plus ici.
Tu tombes à genoux, puis encore plus bas, rampe, oui, rampe, traine toi, avale la cendre morte de ton indignité. La lie de ton humanité bois là et quand les errements de ton esprit fou sombreront dans le chaos, que tu n’auras plus de souffle pour implorer plus de cœur à battre, le temps s’effilochera, s’évanouira.

Alors tu entendras  l’ultime chant avant la mort

Elle marche sur l’horizon de ton agonie
Son pied cogne contre tes côtes exsangues

Elle se penche vers toi

Un mot se forme, muet, tord ses lèvres

Chante

Tu chanteras, oui

Tu chanteras, la gorge suppliciée, jusqu’à ce que la grande lune rousse se lève et t’enflamme comme une torche » 
             

             



Les mains larges et chaudes massent le corps épuisé. Essence de menthe. Une voix grave et rassurante.

Les cils de Bonnie papillotent. La lumière.

La lumière est là.

Elle tourne à peine la tête vers la porte grande ouverte.

— Bon sang, je ne comprends pas ce qui s’est passé.
— Crise de panique. Je pense qu’elle a peur du noir.
— Heureusement que vous êtes arrivé !
— Ça va aller, son pouls a repris un rythme normal. La prochaine fois, ne fermez pas cette porte complètement. Ou alors, allumez la lumière. 

Un visage doux et las se penche sur elle.

— Ça va mieux ?

Bonnie hoche la tête.

— Je suis le vétim. Je vais en profiter pour t’ausculter maintenant.

Les mains savantes l’aident à se redresser peu à peu. Elle ne frémit même pas lorsque les doigts habiles dégagent les mèches des longs cheveux pour mettre à jour l’implant fiché dans son crâne.

En silence, il vérifie les connexions.




«L’implant

Un matin, la nuit est venue

Artificielle, profonde

Le réveil chancelle les certitudes

Dans cette chambre aux murs blancs, les perceptions s’affolent sous la camisole qui enserre le corps

La  nausée fait écho à la douleur qui vrille la tête

La prison n’est plus extérieure



Elle est en toi »







Le vétim se lève.

— Tout est normal, elle a juste besoin de se reposer.
— Quand pourra-t-on s’occuper de son équipement ?
— Pas avant demain. Ce soir, une fois que tout le monde sera rentré, il faudra la promener pour l’acclimater. Pas plus d’une demi-heure.


Bonnie s’est endormie. Une main la secoue. Le garçon d’écurie vient pour la balade, elle se lève, ses membres sont gourds, sa tête, lourde. L’homme fixe la longe à son licou et ils quittent tous deux l’abri du box.
Le ciel en coups de pinceaux orangés du soir se dévoile sous les lambeaux effilochés des nuages.
L’air frais ravive les sens, elle respire. Odeur de fumier, de gazon tondu, mêlés. La longe se tend, incitatrice. Elle emboite le pas à son guide. La cour est déserte, les portes des box toutes fermées.

Pour elle.

Ses pieds se font légers de crainte dans cette cour encore inconnue. Ils la quittent par une allée bordée de massifs de rhododendrons.
Le silence enveloppe leur promenade. De cour en cour, de bâtiments clos en bâtiments clos leurs  pas s’égarent enfin dans un chemin herbeux. Entre deux bosquets d’arbres, Bonnie l’aperçoit. Elle s’étend, grise, en hachures menaçantes. La barrière.

Ici aussi, comme là-bas, à la Ferme.

Elle se souvient.

Enfant, elle n’était pas avare de questionnements :

— Maman, c’est quoi le grand ruban gris au bout du champ de la rivière ?
— La barrière.
— Ça sert à quoi ?
— À enfermer. Comme une barrière.
— Et il y a quoi de l’autre côté ?
— Certains disent qu’il y a le monde sauvage. D’autres, rien du tout.
— Rien ?
— Comme un désert. Du sable. Rien d’autre.
— Et le monde sauvage ?
— Certains disent que là-bas, tout est permis. Que c’est le pays libre et doux. D’autres que c’est un monde de violence, de mort, de folie.
— Et toi, tu crois quoi ?

Sa mère tourne son regard aveugle vers elle.

— Je ne sais pas, je ne saurai jamais. J’ai essayé de la franchir. Ils m’ont rattrapée et brûlé les yeux.








« Modifié: 14 janvier 2019 à 01:01:58 par Ashka »

Hors ligne Verasoie

  • Palimpseste Astral
  • ***
  • Messages: 2 878
    • Attendez-moi sous l'orme.
Re : [S2 le lien de cuir]
« Réponse #6 le: 07 janvier 2019 à 23:09:34 »
Ouiii

Toujours autant de plaisir à la lecture, ça glisse vraiment bien.

Je crois que je suis complètement incapable de me représenter Bonnie. je voyais une jument mais t'as parlé de "lever les mains" à un moment dans le box. Je me suis pas dit que c'était une erreur, je me suis monté une représentation très bizarre et un flou volontaire dont j'attends de comprendre la raison u_u.

Par contre, ça vaudrait pas mieux de faire un seul fil pour tous tes textes, s'ils font partie d'une continuité ?
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : [S2 le lien de cuir]
« Réponse #7 le: 08 janvier 2019 à 13:06:16 »
Merci pour ton retour, contente que ça te plaise  !  :)
Citer
je me suis monté une représentation très bizarre et un flou volontaire dont j'attends de comprendre la raison u_u.
Haha ! Oui, j'entretiens encore un petit peu le flou sur Bonnie ça va venir... :mrgreen:
Citer
Par contre, ça vaudrait pas mieux de faire un seul fil pour tous tes textes, s'ils font partie d'une continuité ?
Alors du coup j'ai regardé dans le fil et effectivement je croyais qu'il fallait ouvrir un fil par semaine mais il y en a un où ça été fusionné parce que c'était une suite ! Je vais solliciter la modération , tu as raison, merci ! ;)


Hors ligne Verasoie

  • Palimpseste Astral
  • ***
  • Messages: 2 878
    • Attendez-moi sous l'orme.
Re : [S1 le lien de cuir]
« Réponse #8 le: 08 janvier 2019 à 20:18:42 »
Citer
Haha ! Oui, j'entretiens encore un petit peu le flou sur Bonnie ça va venir... :mrgreen:

Trop cool ! J'avais peur d'avoir mal compris ou que tu répondes "ah zut j'me suis plantée", et la perspective que c'est bien un truc chelou me remplit d'enthousiasme : D
Pendant des années la vie ne vous lâche rien que des mesquineries minables, et encore faut-il les lui arracher, sans compter la bonne humeur qu'on dépense à rester joyeux pour lui plaire, et tout à coup, sans raison, allez savoir pourquoi, elle vous balance sans prévenir des trésors dans les pattes.

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : [S1 ; 2 le lien de cuir]
« Réponse #9 le: 09 janvier 2019 à 17:58:26 »
Merci de ton intérêt  ;)

je vais essayer d'être à la hauteur............ :mrgreen:

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : le lien de cuir [semaine 1 , 2] [explicite, violent]
« Réponse #10 le: 14 janvier 2019 à 01:01:09 »
3    le harnais de cuir


La porte s’ouvre sur une femme accompagnée d’un palefrenier. Elle porte une sacoche à la main.
Ses cheveux blonds mêlés de blanc sont rassemblés sur son épaule gauche et dégagent le côté droit de sa tête. Un implant stylisé brille sur sa tempe, juste au-dessus son oreille que des filaments d’argent entourent, telle une toile arachnéenne.
Elle est maigre, la peau parcheminée par les années et la servitude.

— Voici Elayne. Elle va prendre tes mesures pour le harnais.

La femme esquisse un sourire timide et porte une main fermée à sa poitrine.

C’est le salut des implantés.

Elle dépose sa sacoche à terre, s’agenouille, ouvre le rabat, se saisit d’un ruban de tailleur, puis s’approche.

Bonnie baisse la tête en signe de soumission et garde les yeux au sol tandis que précautionneuse, Elayne utilise le mètre sur son corps.

Son odeur propre de savon, la douceur de ses gestes sur ses hanches, sa poitrine, son cou.



— Maman !
— Pourquoi pleures-tu ?
— Je faisais la course avec Clarisse et je suis tombée… et j’ai mal, ça saigne !
Au travers des larmes, de ses hoquets, elle se réfugie dans les bras qui se tendent en aveugle.

L’odeur propre de savon, la douceur aimante.




Les manches de la tunique glissent sur les poignets d’Elayne alors qu’elle prend les mesures sur sa tête.
En souvenir de bracelets barbares, de fines cicatrices se dévoilent.

Elles figent Bonnie. Elle sait ce qu’elles signifient.



La cour au sable blanc. L’olivier au tronc torturé. Les nuages qui jouaient dans le ciel pur de cet été-là.
Les jambes de sa mère qui dépassaient de l’ombre.
La vision de son corps, le buste abandonné contre l’écorce. Le visage blême.
Et surtout, le sang, tant de sang qui rampait au-delà d’elle, s’échappant des poignets suppliciés.




Elayne se recule. Elle saisit un carnet et un crayon afin de noter sans se douter de la spirale de douleur qui entraine la jeune implantée dans le reliquat des souvenirs.

Le garçon d’écurie surgit.

— C’est fini ?

La femme sursaute et remballe le calepin dans la sacoche. Elle quitte le box sans un regard en arrière. Bonnie reste immobile. Au sol, un papier dépasse du sable, à moitié enfoui.
La main tremblante, elle extirpe la page déchirée repliée en deux et découvre l’écriture hâtive:

« Je te ferai un harnais léger et confortable. Je marquerai une tresse sur le lien de cuir qui reliera ton implant au petit maitre, rappel des jolies tresses de ta chevelure. »






C’est l’heure de la sieste.
Bonnie est allongée sur le paillage du box. Le battant supérieur entr’ouvert laisse un filet de lumière s’imprimer dans une ligne blanche. Une myriade de poussières y danse une ronde nonchalante.
Aujourd’hui encore, elle est tenue à l’écart. On viendra la promener plus tard, avant la tombée du jour.




À quelques box de là, dans la sellerie, Elayne travaille sur le harnais. Ses mains, avec patience, enduisent la fleur de cuir avec la cire d’abeille. L’odeur prenante s’enroule autour d’elle.
Sa main se saisit du couteau, l’index sur l’étrier, le pouce et le majeur de chaque côté du manche. Son index contrôle la profondeur de la coupe alors qu’elle incise la pièce. Le calme se dépose sur son esprit tandis qu’elle se concentre sur sa tâche.



Abat-carre pour adoucir l’arrête des bords arrondis


                                                                                                    Lissette en appui






                     Molettes à marquer avant le perçage à l’alêne





                                                                                                                 Sillon de couture en rainette ou gouges



                                                                                                                                     Aiguille,


                                                                                                                                          f

                                                                                                                                             i
 
                                                                                                                                           l






lacets, anneaux, rivets, œillets, boucles







                                                                         
                               le traçoir marque, pour l’impression des dessins de la tresse                                     
                                                                                                                                               le matoir repousse le cuir pour incruster l’ornement




                                                                                                                                               

                                                             

                                                                                             les courroies s’assemblent, le harnais se complète

                       



                                                                                                                                                                             il noue la destinée







Bonnie suit le garçon d’écurie hors de la cour déserte. Encore une fois, elle ne verra pas ses compagnons de box.
Son guide l’entraine vers les jardins qui bordent le manoir. Ils longent une roseraie exubérante de couleurs et les parfums les environnent, capiteux sous la brise tiède. Tout au bout d’une allée, ils bifurquent et empruntent une petite voie goudronnée. Des prairies quadrillées de hautes clôtures ajourées se succèdent.

Puis, tout en bas de la colline, elle les voit. Ici aussi. Comme à la Ferme.

En troupeau

Elles passent comme une vague blanche sur la route et se dirigent vers le grand hangar ouvert de l’étable. Les mamelles gonflées, elles se bousculent, pressées de rejoindre les trayeuses, leurs corps nus, leur ventre plissé déformé par l’enfantement qui garantit la production de lait.

Jadis, Bonnie avait tenté de lier amitié avec l’une d’entre elles, alors qu’on les avaient parquées ensemble dans un enclos.

Elle se souvient de leurs premiers regards curieux, la pulpe de leurs doigts qui s’étaient touchés, cette main qui avait palpé son visage et puis, inattendu, le gémissement sourd, plaintif suivi des cris inarticulés.



                                                                                                Cette bouche qui s’était ouverte sur la langue coupée






La chouette hulule, perchée sur une branche de l’arbre près du puits.

Bonnie rêve.

De cette prairie aux herbes hautes où les boutons d’or abreuvaient les abeilles et les papillons ; elle courrait de toutes ses forces avec Clarisse et leurs  longues chevelures blonde et brune flottaient derrière elles.
À bout de souffle, elles s’étaient laissé tomber l’une contre l’autre, les battements fous de leurs cœurs à l’unisson.

— Tu crois qu’un jour on sera séparées ? avait demandé Clarisse.
— Maman m’a dit que oui. Quand nous porterons l’implant et que nous aurons fini le dressage, nous serons vendues. Elle m’a dit qu’il était rare que deux montures soient achetées ensemble, parce que nous valons cher.
— Elle a été une monture avant d’être ici?
— Oui.
— C’est comment d’avoir un maitre ?
— Elle n’en parle jamais. Quand je lui pose la question, elle ne répond pas et parfois, elle se met à pleurer.

Un drôle de silence avait plané dans l’intimité au creux des herbes.

— Tu crois que les maitres sont méchants ?
— Je ne sais pas.
— Il parait que l’implant ça fait mal. Il parait qu’après on n’est plus jamais pareil, tu as vu Rodrigue ? Il ne parle plus et il a maigri. Il a tout le temps l’air triste.
— Oui.

— Bonnie ?

— Oui ?



—  J’ai peur. 
 



« Modifié: 17 janvier 2019 à 10:37:56 par Ashka »

Hors ligne WEG

  • ex World End Girlfriend ou Nocte
  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 2 253
  • Innuendo Cumulonimbus
Re : le lien de cuir [semaine 1 , 2 , 3] [explicite, violent]
« Réponse #11 le: 14 janvier 2019 à 11:45:02 »
Ça fait longtemps que je n'ai pas vu de mise en page éclatée autre que la mienne, ça me rend toute chose  :coeur:
Chameau vagabond / Houmousexuel patatophile

Hors ligne Ashka

  • Calame Supersonique
  • **
  • Messages: 1 781
Re : le lien de cuir [semaine 1 , 2 , 3] [explicite, violent]
« Réponse #12 le: 15 janvier 2019 à 10:33:17 »
rhooooooooooooo merci oh toi, maitre de la déstructuration !!! ;)

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.15 | SMF © 2017, Simple Machines
Manuscript © Blocweb

Page générée en 1.065 secondes avec 24 requêtes.