Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 mars 2019 à 16:27:34

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Bleu, Noir, Violet (La fin)

Auteur Sujet: Bleu, Noir, Violet (La fin)  (Lu 995 fois)

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #15 le: 08 janvier 2019 à 17:18:12 »

Révérence devant tes amitiés enthousiastes, mon cher Tréard !
Je n'étais pas à proprement parler un petit filou, mais plutôt un collectionneur de joies. Comme la plupart des enfants, du reste, qui en veulent toujours plus et sont prêts pour cela à pactiser avec l'ivresse et l'inconscience !

Bien à toi !


Un formidable travail correctif, mon cher Cochonsauvage !
Je te remercie chaudement pour tes pertinentes propositions d'amélioration que je n'ai aucun mal à agréer. Les "pétouilles", comme tu dis, c'est justement ce que je recherche sur ce site empli de personnes sensibles et perspicaces, afin de perfectionner, d'optimiser mes textes. En tant que grand maniaque, qu'impénitent relecteur, je sens souvent là où cela accroche, mais je n'ai pas toujours le courage et l'inspiration pour rectifier le tir. Tu l'as fait sur ces points qui me semblaient un peu bancals, et je t'en remercie.
Tout autant, concernant le forain, de quel forain parles-tu ? De Jean-Marie l'Hermaphrodite cité dans la seconde partie ?

Bien à toi !
« Modifié: 08 janvier 2019 à 17:24:57 par kokox »

Hors ligne cochonsauvage

  • Aède
  • *
  • Messages: 172
    • Akio
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #16 le: 08 janvier 2019 à 17:43:43 »
 :) Content que mes commentaires puissent t'être utiles.

Je pensais à ce passage :
Citer
Par contre, tu es encore un peu frêle. Je ne veux pas prendre le risque que tu passes sous la barre protectrice. Il faudrait quelqu'un pour t'accompagner !
J'aurais écris quelque-chose du genre :
Tu ressembles à une brindille. Tu comprends p'tit, j'peux pas prend' le risque que tu glisses sous la barre. T'as quelqu'un pour t'accompagner ?
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #17 le: 08 janvier 2019 à 17:51:03 »
Je ne suis pas cireur de pompes, mais j'adhère totalement à ta nouvelle proposition ! Elle fait bien plus "forain" ! :)
J'opérerai ces changements dès demain ! Pour l'heure, j'ai du feu dans les yeux, trop d'ordi !
Salutations, mon Cochon ! :)

Hors ligne cochonsauvage

  • Aède
  • *
  • Messages: 172
    • Akio
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #18 le: 08 janvier 2019 à 17:52:51 »
Ouaip, j'ai le même problème de piquage d'yeux. C'est l'age ça  :'( :'(
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne cochonsauvage

  • Aède
  • *
  • Messages: 172
    • Akio
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #19 le: 10 janvier 2019 à 10:23:45 »
Bonjour kokox,
Comme je suis quelqu'un de particulièrement indiscipliné, je poursuis par le début de ton texte, je finirai par le milieu


Pas grand chose à noter dans ce premier chapitre si ce n'est un problème de concordance des temps.
Tu mélanges imparfait, passé simple, passé composé, plus que parfait. Je fais régulièrement la même erreur et m’efforce de m'en tenir à la stricte utilisation du couple imparfait passé simple.
Pas évident et pas franchement intuitif puisqu'utilisé uniquement en littérature.
Le couple imparfait et plus que parfait fonctionne aussi très bien mais je pense qu'il faut faire un choix :)

Et pour finir sur une note positive, je le répète, j'aime vraiment beaucoup ce texte. Le décors est très bien planté, les dialogues efficaces, l'équilibre général est redoutablement efficace.  _/-o_
La suite, vite ! Quelques pom pom smiley pour l'encouragement  :pompom: :pompom:


SUGGESTIONS :

ET VOILÀ COMMENT ce qui aurait dû être un beau jour se transforma en un funeste jour.
   
C'est dans le joli bois de Vincennes que cela s’était passé : cette chose stupide, affreuse, qui ne fut pas loin de faire de moi un petit criminel. Je n’ai jamais osé raconter cette histoire à mes parents, ni à quiconque, du reste. J'étais tiraillé par la honte. Les sorcières du remords s’en donnaient à cœur joie dans ma caboche. La nuit, je me réveillais en sursaut pour mettre fin à mes cauchemars, pour chasser les images de son calvaire : son front livide couvert de sueur, ses yeux affolés, son maigre corps paniqué, rudoyé, convulsé, qui ne pouvait absolument pas s’enfuir du piège mortel où je l’avais installée. (Tu décris une personne que tu n’as pas présentée. Une confusion est même possible avec les sorcières du remords, le doute est permis. Je sais que tu parles de la personne que tu as manqué de tuer mais le lien n’est pas si évident à établir. Je comprends également ta volonté de cultiver le mystère néanmoins, en plaçant la phrase « Je vais vous dire comment j’ai failli tuer l’un des êtres que je chérissais le plus au monde. » au début de ton paragraphe plutôt qu’à la fin, je pense que tu gagnerais beaucoup en lisibilité et le mystère n’en serait pas pour autant amoindri.)
…/…

   Mai était enfin venu , (Le mois de mai arriva) et avec lui le moment tant attendu de mon pèlerinage annuel à la Foire du Trône, ce haut lieu de sensations et de vertiges.
   Je me souviens que le ciel était tout bleu, d'un bleu d'enfant heureux.
   Je me souviens que j’avais rigolé (Je me souviens avoir ris) , parce qu’une voiture avait bécoté l'arrière-train de ma grand-mère Marthe, comme je l'avais forcé à traverser au vert et en dehors des clous, tel l'asticot le plus pressé du monde.
…/…
   Nous traversions donc (le « donc » pas nécessaire) allègrement le fouillis végétal, quand soudain nous avions surpris la femme à barbe (concordance des temps, je ne comprends pas pourvoi tu as utilisé le plus que parfait. Dans le cas d’une action, j’ai personnellement l’habitude d’utiliser soit le passé simple, soit le passé composé. Par exemple : « Nous traversions allègrement le fouillis végétal, quand soudain nous surprîmes la femme à barbe » ou alors « Nous traversions allègrement le fouillis végétal, quand soudain nous avons surpris la femme à barbe ») , en train de pissoter à croupetons dans le secret de son buisson.
   « Notre femme à barbe » qui offrait son large cul blanc aux petits oiseaux !
   Devant cette vision hallucinante, une petite chochotte aurait sans doute été scandalisée. Mais ma grand-mère et moi en fumes (ici tu utilises le passé simple, il faut faire un choix) navrés bien plus qu'autre chose. Car c'était justement, elle, mon idole, que nous avions pour habitude d'aller visiter en premier lieu dans sa baraque foraine multicolore.
…/…
   C'est surtout à cause de son bruit de fontaine intime que nous l'avions (et hop, un coup de plus que parfait  ) débusquée. Tandis que sourdaient dans l'imminent lointain les échos nasillards de voix métalliques, d'accordéon-musette, de chocs de ferraille, et d'égosillements de filles, nos oreilles avaient bientôt discerner (allaient bientôt discerner ?) le refrain saccadé d'un puissant jet de pisse. Refusant de dévier de mon raccourci adoré, j'avais alors contraint une fois de plus ma chère grand-mère à foncer droit dessus.
   En direction de cet intrigant taillis sonore !
   Du fait des scintillements du soleil qui perçaient entre futaies et rameaux, la femme-monstre aux yeux d'émeraude nous était apparue progressivement par petits bouts de mirages. Semblant recouverte d'une peau de chamois tachetée de noir, nous avions d'abord cru qu'il s'agissait peut-être (supprimer peut-être, redondance inutile) d'un fauve échappé du zoo de Vincennes. Mais, nous approchant plus avant, nous avions fini par reconnaître sa fameuse robe léopard qu'elle portait retroussée, en toute impudeur, par-dessus ses larges fesses de blanche craie. Nous avions reconnu aussi ses fameuses spartiates dont les lanières lui faisaient une pagode de chair, des chevilles aux genoux.
…/…
   Pour expliquer mon impatience, il faut dire que les jours de « Foire du Trône » je n'étais plus tout à fait le même. Mes pieds ne touchaient plus la terre (mes pieds ne touchaient plus terre) . Je me sentais frère du vent. Ma jubilation devenait un puissant aimant attiré par ces tonnes d'acier  tarabiscoté qui mettait la tête des gens à l'envers, les secouait puissamment jusqu'à les vider de tous leurs soucis.
   …/…   
   Mes grands-parents habitaient juste (il s’appelle Juste, oui mais juste quoi ? non juste Juste. (désolé, pas pu m’en empêcher :) ), bref, mot inutile)
…/…
« Modifié: 10 janvier 2019 à 10:28:32 par cochonsauvage »
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne Alan Tréard

  • Comète Versifiante
  • ***
  • Messages: 4 772
  • C'est osé de penser que je pense.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #20 le: 10 janvier 2019 à 12:09:35 »
Révérence devant tes amitiés enthousiastes, mon cher Tréard !
Je n'étais pas à proprement parler un petit filou, mais plutôt un collectionneur de joies. Comme la plupart des enfants, du reste, qui en veulent toujours plus et sont prêts pour cela à pactiser avec l'ivresse et l'inconscience !

Bien à toi !
C'est le regard très humain que je trouve dans ta démarche qui me parle, mon cher kokox, c'est de cette humilité que tu nous partages que je me nourris pour m'inspirer dans mes propres créations, mes propres aspirations.



Bonjour kokox,
Comme je suis quelqu'un de particulièrement indiscipliné, je poursuis par le début de ton texte, je finirai par le milieu


Non, je crois que tu n'as pas compris le propos de kokox, celui-ci ne parlait pas d'indiscipline dans son texte, mais d'inconscience.

Je lis moi-même dans ce mot d'inconscience une forme d'innocence que kokox souhaiterait discuter ou étudier, du moins, c'est ce que j'ai moi-même ressenti pendant ma lecture.

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #21 le: 11 janvier 2019 à 18:32:42 »

Un grand merci Cochonsauvage pour tes précieuses suggestions et corrections. Je viens de revoir ma copie, biffer en élève studieux ses maladresses. Si je puis m'exprimer ainsi, j'attends impatiemment que tu t'occupes de mon "milieu". Enfin, si tu en as le temps et toujours le désir ! :)

Bien à toi !


C'est le regard très humain que je trouve dans ta démarche qui me parle, mon cher kokox, c'est de cette humilité que tu nous partages que je me nourris pour m'inspirer dans mes propres créations, mes propres aspirations.


L'humilité s'approche de la louange avec crainte, du blâme avec acquiescement. Je ne peux que louer en retour ton sincère romantisme, mon cher Tréard !

Bien à toi !

Hors ligne cochonsauvage

  • Aède
  • *
  • Messages: 172
    • Akio
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #22 le: 16 janvier 2019 à 09:08:58 »
Correction deuxième partie, finalement hier soir je suis tombé... de fatigue.

Voici mes premiers retours, la suite dans le courant de la journée.

Pour résumer, pour moi, juste quelques petits ajustements (qui n'engagent que moi), mais qui n'enlèvent rien à la grande qualité du texte. Bravo !


Citer
Il y avait dans ses invites tout ce qu'une grand-mère peut offrir de plus beau à son petit-fils : cet altruisme de vieille dame qui se savait fragile du cœur, et qui pourtant, dépassant sa crainte du malaise, se forçait à entreprendre quelque chose d'audacieux, de fou, de nuisible, pour simplement me rendre heureux.   
Personnellement, je n’aime pas l’utilisation du mot « chose », trop passe-partout, je considère ce mot comme une béquille.
De plus, le simple fait de savoir que la grand-mère était malade du cœur est, je pense, suffisant, inutile d’en faire des caisses, le message n’en sera que plus fort. Bref, je resterai sobre sur ce coup-là.
Suggestion :
« Il y avait dans ses invites tout ce qu'une grand-mère peut offrir de plus beau à son petit-fils : cet altruisme de vieille dame qui se savait fragile du cœur, et qui pourtant avait dépassé sa crainte du malaise, pour simplement me rendre heureux. »

Citer
Sur la pointe des patins, elle glissait alors à petits pas jusqu'à sa chambre pour aller se faire belle. Elle devenait petite souris sur l'encaustique du parquet, puisqu'il fallait attirer le moins possible l'attention de mon grand-père Fernand.
L’encaustique ne me parait pas approprié ici (je pense que tu as cherché à le placer ce mot non ?  :D ). Bref, j’aurai juste simplifié de la manière suivante :
« Telle une petite souris elle se faisait discrète, car elle ne voulait pas attirer l’attention de mon grand-père Fernand. »

Citer
Pour l'heure, celui-ci se trouvait dans la salle à manger. Il lisait son cher journal à catastrophes, au bout de sa nappe cirée, à sa place royale de patriarche.
« assis à sa place royale de patriarche. »

Citer
Mais la plupart du temps, « Fernand les gros yeux » ne lui répondait rien. Il se contentait de la fustiger du regard ou de hausser ses sourcils de manière glaçante. Alors que nous étions sur le départ, ce mutisme réprobateur, bien plus pointu que des mots, nous épinglait sur le seuil. Il faisait soupirer ma grand-mère, changeait bientôt ses traits de sainte femme en ceux d’une pénitente. Il la rabaissait au rang de petite fille fautive, de dernière des farfelues. Il racornissait, salissait son cœur généreux, au lieu de lui dire tout bêtement : sois prudente !
Magnifique passage par contre la fin n’est pas digne de la qualité de l’écriture. J’aurai plutôt vu quelque-chose du genre :
« Il racornissait, salissait son cœur généreux. Je détestais ces silences, j’aurai tant aimé l’entendre dire « sois prudente ». »

Citer
Ces froids non-dits avaient le chic de me plonger moi aussi dans une terrible angoisse.
« chic », trop familier après tant de poésie.
Pourquoi-pas :
« avaient pour conséquence  de me plonger »

Citer
Aucune tendresse ne nous reliait l'un à l'autre. Il était mon grand-père parce qu'on m'avait dit qu'il était mon grand-père. J'étais juste son petit-fils, parce qu'un jour mon père avait eu un fils.
J’ai souvent entendu « ON est un con »  :P du coup, j’ai du mal avec ce « on ». C’est un mot qui pour moi, dans la littérature, est, au même titre que « chose » une sorte de béquille.
Bref, laissons de côté mon esprit tordu et place à la suggestion :
« Il était mon grand-père parce que c’était ainsi et que je ne pouvais rien y faire ».


Citer
J'étais trop ridiculement petit pour saisir que sa gravité était la triste conséquence des deux grandes guerres qu'il avait dû traverser.
Pourquoi être petit serait-il ridicule ? Proposition :
« J’étais trop jeune pour saisir… »

Citer
La Première en tant que crédule Poilu
Pourquoi crédule ? Les poilus sont considérés comme des héros. Impossible d’y toucher sans développer le mot « crédule », enfin c'est mon avis.

Citer
la Seconde en tant que risque-tout du marché noir qui tentait coûte que coûte de nourrir les siens, un couteau dans sa poche, quitte à égorger certain soir non point un cochon, mais une ou deux sentinelles boches. Mon grand-père Fernand avait vu crever trop de fous dans la boue du Chemin des Dames, de vaillants camarades transformés en héros éventrés, mais aussi de beaux fumiers d’officiers dépressifs, lesquels envoyaient leurs troupes au suicide, par lâcheté, dans l’espoir de se recevoir un pruneau perdu.
Ouh la la, que c’est lourd y’a un truc qui s’est passé là  :aah:. J’imagine bien la scène : kokox a une envie urgente d’aller aux toilettes, il tire sur la corde car l’inspiration est là, elle ne le lâche pas, les idées se bousculent, il tire, il écrit, fébrile, il tire mais incapable de se contenir davantage, cours se soulager dans une plante en laissant son texte en plan. Et voilà comment, ayant perdu le fil de ses pensées, un paragraphe à la destinée si belle échoue lamentablement.  :P
Bref, voici ma suggestion (à travailler, ce n’est qu’une idée) :
« la Seconde en tant que risque-tout du marché noir qui tentait coûte que coûte de nourrir les siens. Pour autant, son couteau en poche, il ne rechignait jamais à égorger une ou deux sentinelles « boches ». Mon grand-père Fernand avait vu crever trop de ses compatriotes. Sur le Chemin des Dames, ses camarades gisaient dans la boue, transformés en héros éventrés. Il lui était arrivé de croiser le chemin de quelques beaux spécimens de fumiers d’officiers dépressifs qui, non contents d’envoyer leurs troupes au suicide, chargeaient au milieu du champ de bataille dans l’espoir de recevoir un pruneau perdu.»

Citer
C'est pour toutes ces raisons qu'il nous renvoyait dorénavant cette image de désolante froideur, parce qu'il savait au fond de lui que lorsque les gens veulent mourir, il n'y a rien d'autre à faire que de les regarder mourir.
Juste un mot : EXCELLENT !  _/-o_

Citer
Quelques mois auparavant, on avait diagnostiqué à ma grand-mère une bradycardie. Son vieux cœur ne battait plus qu’à moins de cinquante pulsations par minutes. Il n’était plus capable de pomper suffisament de sang vers le reste de son corps.
Je crois que le lecteur, à moins qu’il ne soit médecin, se fiche pas mal du nombre de pulsations du cœur. Je simplifierai. Par exemple :
« Quelques mois auparavant, on avait diagnostiqué à ma grand-mère une bradycardie. Son vieux cœur présentait des faiblesses inquiétantes. »

Citer
Pour pallier à sa fâcheuse intolérance à l’effort, on avait posé un pacemaker à l'intérieur de sa poitrine. Seulement sa plaie s'était infectée à cause d'un staphylocoque et le chirurgien avait dû par deux fois le remplacer.
Là encore, le texte comporte quelques faiblesses. On devine l’émotion avec laquelle tu as dû l’écrire, il convient maintenant de le hisser à la hauteur du reste. J’ajouterai à la liste de « on » et « chose » les mots suivants : « A cause de ». Cela me fait penser à la chanson d’Alizée « C’est pas ma faute ». Ca fait très enfantin alors que c’est le narrateur qui parle (même si la période relatée se situe dans l’enfance, c’est bien le recul d’un adulte qui transparait dans tes lignes). Exemple :
« La gravité de son état de santé avait finalement nécessité la pose d’un pacemaker. Sa plaie s’étant infectée, il a dû être remplacé à deux reprises. »

Citer
Perplexes, parfois des petits malins soulevaient d'un coup la nappe en velours, mais dessous le guéridon, il n'y avait rien, rien d'autre que trois fins pieds de table. La femme-tête leur souriait alors, en s'exclamant : eh ben dis donc, vieux cochon, vous n'avez pas honte de regardez sous les jupes d'une dame ?
« De temps en temps, des petits malins moins crédules que d’autres soulevaient d’un coup la nappe de velours. Mais sous le guéridon, il n’y avait rien. Rien d’autre … »
« Modifié: 16 janvier 2019 à 12:53:19 par cochonsauvage »
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #23 le: 16 janvier 2019 à 10:01:58 »
Cochonsauvage,

Je ne dirais que trois mots : merci, merci, merci !  :)
Tout est juste, d'une belle précision, dans tes remarques. Je prends tout, sans en laisser une miette. On est certes dans la micro-chirurgie, mais pareils ajustements font un bien fou au texte. Cela me rend tout guilleret, sérieux de chez sérieux, je n'en rajoute pas une couche ! :)

D'un maniaque l'autre...
Salutations, mon cher !

Hors ligne cochonsauvage

  • Aède
  • *
  • Messages: 172
    • Akio
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #24 le: 16 janvier 2019 à 12:52:23 »
Si ma modeste contribution peut aider, alors je suis content  :)
Correction mise à jour, chapitre 2 terminé !
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #25 le: 17 janvier 2019 à 13:48:36 »
Re Cochonsauvage, :)

Sur "l'encaustique", tu fais bien. Ta réflexion m'a permis de reconstituer plus haut ce vieux souvenir olfactif :

   Mes grands-parents habitaient à deux pas du cimetière de Charenton-le-Pont. C'est ici, dans la morne avenue de Paris, que mon père et ma mère me déposaient comme un balluchon dès les premières vacances printanières venues. Je ne me rendais jamais là-bas de gaieté de cœur, mais toujours avec cette crainte de me morfondre dans le jus de la vieillesse. L’allergie de ce séjour s’infiltrait déjà par mes narines les jours qui précédaient. Elles appréhendaient mes narines de retrouver les fortes odeurs d’encaustique, de cire d’abeille, de détergent. Cela sentait tellement bon chez eux que c’en était insupportable. Une fois franchi le paillasson de crin noir, cela ne fleurait pas la douce odeur de bienvenue, mais plutôt le bouquet préventif qui commandait : faites très attention, ici c’est propre et ça compte le rester !


Citer
la Seconde en tant que risque-tout du marché noir qui tentait coûte que coûte de nourrir les siens, un couteau dans sa poche, quitte à égorger certain soir non point un cochon, mais une ou deux sentinelles boches. Mon grand-père Fernand avait vu crever trop de fous dans la boue du Chemin des Dames, de vaillants camarades transformés en héros éventrés, mais aussi de beaux fumiers d’officiers dépressifs, lesquels envoyaient leurs troupes au suicide, par lâcheté, dans l’espoir de se recevoir un pruneau perdu.
Ouh la la, que c’est lourd y’a un truc qui s’est passé là  :aah:. J’imagine bien la scène : kokox a une envie urgente d’aller aux toilettes, il tire sur la corde car l’inspiration est là, elle ne le lâche pas, les idées se bousculent, il tire, il écrit, fébrile, il tire mais incapable de se contenir davantage, cours se soulager dans une plante en laissant son texte en plan. Et voilà comment, ayant perdu le fil de ses pensées, un paragraphe à la destinée si belle échoue lamentablement.  :P

Mais, ma parole, serais-tu devin ? :)
Combien ai-je pu foutre en l'air de prometteurs paragraphes à cause de mes chiasses inopinées ? :)

Je n'ai pas suivi à la lettre ta suggestion, mais j'ai reformulé ainsi le "machin" :

J'étais trop jeune encore pour saisir que sa gravité était la triste conséquence des deux grandes guerres qu'il avait dû traverser. La Première en tant que Poilu, la Seconde en tant que risque-tout du marché noir. Pour tenter de nourrir coûte que coûte les siens, il ne se contentait pas d’égorger un cochon, il devait aussi parfois larder une sentinelle « boche » dans le bois de Vincennes. Sa lourde valise en main, son grand couteau en poche, il cheminait de nuit. Il parcourait ses vingts kilomètres, le cœur battant, sans savoir s’il reviendrait mort ou vif de son troc insensé. J’avais cru entendre ces insinuations lors d’un repas de famille, mais je n’y avais pas prêté plus attention, ignorant tout de ce qu’était un « boche ». Dans un brouillard confus de demi-mots, j’avais cru entendre d’autres choses sinistres : que sur le Chemin des Dames, mon grand-père avait vu crever trop de confiants camarades, que ces dames avaient transformés en héros éventrés. J’avais cru comprendre aussi qu’il avait croisé de beaux spécimens de fumiers d’officiers, la plupart dépressifs, qui, non contents d’envoyer leurs troupes au suicide, les exhortaient à charger d’une tranchée l’autre, dans le seul but de se recevoir un pruneau perdu.

Bref, cela commence à devenir vraiment dangereux pour mes maigres droits d'auteurs. Je vais devoir te reverser dix pour cent de mes dix pour cent et aller crier auprès des Gilets Jaunes "Macron démission !".
Chèque ? Black ? Ou paiement sans contact ? :)


Bien à toi !









« Modifié: 17 janvier 2019 à 13:58:03 par kokox »

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #26 le: 24 janvier 2019 à 09:48:38 »
Quatrième et dernière partie



       
   - Mémé, on a encore un peu de temps ou pas ? lui avait demandé mon idée bien cachée derrière ma tête.
   - Il va pas falloir tarder, le ciel se couvre.
   - Un dernier manège, mémé, juste un dernier ?
   - Bah, si tu veux ! Un dernier, alors !
   
   Cet ultime manège se trouvait être les autos-tamponneuses. Pas celle des tout petits où s'entrecroisaient de poussives voiturettes. Mais les vraies ! Celle des guerriers, des durs à cuir, où les pares-chocs avaient le droit de se percuter violemment, sans avoir besoin de faire un constat d’accident. Tous les ans, je ne pouvais m’empêcher d’y jeter mon dévolu, dévorant du regard les trajectoires de velours, les heurts délibérés, les entrechocs involontaires non moins comiques. J’adorais la désinvolture avec laquelle certains chauffeurs conduisaient leur engin, deux doigts sur le volant, un bras enroulant le cou du baquet comme s’ils promenaient une nénette invisible. J’adorais ce sentiment de liberté qui semblait les habiter. Ils donnaient des coups, en recevaient, pareillement jouasse dans les deux cas. Ils tournaient en rond, n’allaient nulle part, et avaient l’air d’être aux anges.
   Cette fois-ci, je m’étais prêté au test de la toise, sûr de mon fait. Ayant  vaincu le « Scenic Railway », je m’étais évadé définitivement de la prison des nains.
   J’avais effectivement la taille sécuritaire. Pourtant, le forain m’avait frustré une fois de plus. Me trouvant trop malingre, il m’avait dit :
   - Quel est ton poids ?
   - Je sais pas trop, monsieur !
   - À vue de nez, le poids d’une plume. T’as pas un grand frère pour t’accompagner ?
   - Non. J’ai que ma grand-mère !
   - Eh ben, tu n’as qu’à t’arranger avec elle. Y a pas grand-monde, vous ne serez pas embêtés.
   Alors fissa, j'étais allé demander à ma grand-mère :
   - Mémé, il veut  pas, j’ai bien la taille, mais pas le poids ! Est-ce que tu peux venir avec moi ?
   - Oh ça non, quand même pas. C’est vraiment plus de mon âge.
   - Mais regarde, c'est beaucoup moins dangereux que les montagnes russes. On ne fait que rouler et c'est tout. Dis oui, s’il te plaît. Dis oui !
   - C’est que je me sens un peu fatiguée, là !
   - Un tour, mémé ! Un seul ! J'en ai tellement envie.
   - Bon d'accord, juste un tour alors. Pour te faire plaisir !
   - Ouais ! T'es la meilleure mémé du monde ! l'avais-je embrassé très fort.
   À cet instant, il n’y avait que deux autres conducteurs déjà installés dans leur baquet. Avec nous, cela faisait quatre. On pouvait presque dire que la vaste piste nous appartenait. Quand soudain, à l’ultime seconde, étaient venus prendre place les deux blousons noirs que nous avions croisés précédemment dans l'alcôve de « Graziella, la Louve de Feu ». De loin, ils nous avaient fait des signes de reconnaissance, nous avaient souri de toutes leurs dents, comme si nous faisions partie de la même famille de joyeux fêtards.
   D'un coup, le forain a envoyé l'électricité dans la grille d'alimentation du plafond. La pointe de la longue tige, placée à l'arrière du véhicule, a commencé à grésiller gravement, provoquant des étincelles au-dessus de nos têtes. J'ai alors appuyé sur la pédale d'accélérateur et nous sommes partis brusquement, effectuant plusieurs à-coups, avant que je n’atteigne ma vitesse de croisère sur la piste soyeuse. Ma grand-mère semblait beaucoup plus sereine que dans le grand huit. Elle avait l'air d'apprécier que je la conduise ainsi, que je sois capable de le faire. Par petites œillades, elle me souriait comme si elle retombait doucement en enfance. Elle était bien, et j’étais bien. Tout le mal que je lui avais fait dans le "Scenic Railway" n’était plus qu’un lointain souvenir. Ses yeux bleus étaient si beaux à ce moment-là. Je possédais les mêmes, les yeux bleus des amoureux.
   Durant la première minute, tout se passa à merveille. Je n’étais pas peu fier de contrôler parfaitement l'auto-tamponneuse, de pouvoir la diriger, au doigt et à l’œil. Je suivais avec maestria la trajectoire circulaire que nous empruntions tous à la queue leu-leu, comme les danseurs d'une valse majestueuse. J'étais à la fois prudent, souple, et attentif. Je me sentais le protecteur, le garant de ma grand-mère. J'avais l'impression d'avoir fait cela toute ma vie.
   J'étais au paradis !
   Alors que je m'apprêtais à virer au bout d'une ligne droite pour la énième fois, un premier choc nous percuta inopinément sur notre flanc arrière gauche, du côté de ma grand-mère.
   Il nous fit faire un bond de surprise, qui décolla en chœur nos deux fessiers du siège, d’au moins vingt bons centimètres.
   La vache !
   Je n'avais pas du tout vu venir ce coup en traître. J'avais complètement oublié que le principe même des autos-tamponneuses était de se tamponner, de se déclarer la guerre par véhicules interposés.
   Me retournant, je vis alors que ce « baiser de Judas » était le fait du plus balèze des deux blousons noirs, un mastard d’au moins cent kilos qui remplissait à lui seul la largeur du baquet. Le coup fourré était d'autant moche à accepter qu'il en avait profité pour rire comme une banane lorsqu'il nous avait dépassé.
   Là-dessus, j'avais commencé à m’angoisser un tantinet, à pressentir qu'il ne s'arrêterait pas là, que cet assaut n'était qu'un coup de semonce.
   - Mais, il a le droit de faire ça ? m’avait demandé ma grand-mère, déjà très mal à l’aise.
   - Euh oui ! lui avais-je répondu, tout piteux.
   Je me fis alors plus vigilant. Je regardais dorénavant dans toutes les directions, tel un périscope craintif, afin de prévenir les prochaines collisions. Mais cet excès de concentration m'empêchait de plus en plus de naviguer correctement. Je ne savais plus trop où j'allais. J'avais perdu la trace de ma route idéale. Désorienté, je coupais subitement en plein milieu de la piste, je zigzaguais comme un guignol, avec la peur aux trousses.
   Mais déjà il était trop tard. Sentant l’odeur de nos sueurs froides, les blousons noirs nous avaient pris en chasse. Ils jouaient maintenant avec nous comme font les chats avec les souris. Dans un cynique chassé-croisé, ils nous frôlaient, prenaient tout leur temps, nous provoquaient du regard, nous faisant comprendre que nous n'allions pas tarder à passer à la casserole.
   Je n'osais même plus rouler. Progressivement je perdais les pédales. Mon pied tremblait sur l’accélérateur, le relâchait, appuyait dessus, déclenchant de nerveux cahots à notre engin. Je n’avais plus qu’une envie, m’extirper de ce maudit champ de bataille, m’enfuir à toutes jambes en portant ma grand-mère dans mes bras.
   Notre chemin de croix pourtant n'en était encore qu'au tout début.
   Le deuxième choc fut provoqué par le plus fluet des blousons noirs, lequel s'esclaffa à son tour, comme un débile mental, de la sadique bourrade qu'il venait de nous porter en plein flanc gauche, encore une fois du côté de ma grand-mère. Cette fois-ci, elle ne fit pas un bond, mais plutôt un petit vol plané à la verticale avant de retomber brusquement sur les fesses. Comme dans le « Scenic Railway », aussitôt ses traits se mirent à pâlir, tandis que de grosses gouttes de sueur coulaient sur ses joues creuses. Abasourdie, elle ne comprenait absolument pas ce qu'il se passait, pourquoi ces deux lascars inconnus nous persécutaient ainsi.
   Le second choc ne tarda pas être suivi par un troisième, puis une quatrième, puis par un cinquième. Bientôt nous fûmes cabossés de tous côtés, non seulement par les deux affreux, mais aussi par un nouveau rageur venu leur prêter main forte. C'était un adolescent d'une quinzaine d'années, la figure ravagée par les boutons d’acnée. Il avait pourtant l'air d’avoir une bonne tête d’agneau au tout début, mais le vautour qui sommeillait en lui s’était réveillé brutalement pour imiter les hyènes. De fait, ses coups de boutoir étaient d’autant plus dur à avaler. Sa dernière attaque avait été si sauvage que la tête de ma grand-mère avait embouti la mienne, nous laissant durant deux trois secondes étourdis. Au grè des charges incessantes, nous ne fûmes bientôt plus que deux billes secouées de bumper en bumper dans un flipper géant.
   - Ouille, ouille, ouille ! gémissait par intermittences ma grand-mère.
   Elle souffrait la pauvre, elle souffrait. Elle se tenait les côtes.
        J'ai commencé à maudire les amortisseurs de chocs qui n'amortissaient rien du tout. J'ai commencé à maudire ce stupide forain qui, assis derrière sa caisse, ne voyait même pas qu’un drame était en train de se jouer sous son nez. Comble de l'horreur, comme il y avait peu de monde à attendre le prochain tour, cet aveugle salaud nous avait gratifié d’un bonus de temps. Écoeuré, à bout de forces, j'avais pour finir fait caler l'auto dans un angle de la piste. C'est dans cet angle de la mort, que nos trois bourreaux nous avaient achever tour à tour, nous avaient défoncé l’âme et le coeur, là au cœur même de ma fête foraine chérie.
   C'est complètement vidés, meurtris, que nous sommes allés récupérer le petit sac noir de ma grand-mère à la caisse. Et c'est là, sur la vitre que j'ai remarqué, mais affreusement tard, cette affichette préventive sur laquelle était écrit en rouge : « La pratique des autos-tamponneuses est fortement déconseillée aux jeunes enfants, aux  femmes enceintes, et aux personnes âgées ».
   
   Le soir-même, ma grand-mère Marthe nous avait préparé en silence notre dîner comme si de rien n'était.
   En lapant sa soupe, mon grand-père Fernand n'avait pas décroché un seul petit mot. Il toisait fixement son assiette pleine de croutons. Et, lorsqu'il levait le nez, c’était pour regarder ailleurs, un coin du mur, ou son horloge. Tout autant, sa forte respiration parlait pour lui. Il nous en voulait toujours. Atrocement. Je n’étais plus qu’un zéro dans son crâne.
   Après avoir débarrassé la table, ma grand-mère et moi n'avions pas fait long feu. Nous nous étions couchés, alors qu’il faisait encore jour, en taisant nos douleurs, nos contusions, nos os en compote.
   
   C'est le lendemain matin, dans la cuisine, que mon grand-père avait osé rompre la glace le premier. Il avait interpellé ma grand-mère, sur un ton rude :
   - Non mais t’as vu ta tête, ma pauvre fille ?
   Et comme elle était restée muette, il avait insisté :
   - Qu'est-ce que t’as, bon Dieu ? Marthe, qu'est-ce que t'as foutu ?
   - Comment ça ? Mais rien !
   - Ah, ne me prends pas pour un imbécile ! Tu grimaces de douleurs !
   - Non, j'ai un peu mal à la hanche, c'est tout. On a un peu trop marché hier.
   - Dis la vérité ! Tu es tombée ?
   - Non, je t’assure. Demande à Lolo ! Lolo, je suis tombée ?
   - Non ! avais-je confirmé, en complice éhonté de notre tragédie secrète.
   - Pourquoi, tu te tiens comme ça à l'évier, alors ? Tu me mens, je le vois dans tes yeux, tu me mens !
   - Mais ne cherche pas d’histoires là où il n'y en a pas.
   - Tu as voulu me quitter, c’est ça ?
   - Mais non, voyons.
   - Ah, et puis fais ce que tu veux, après tout ! Je m’en lave les mains.
   Mon grand-père avait alors quitté le carrelage de la cuisine en reposant ses chaussures noires brillantes sur ses patins. C’est ainsi qu’il avait rejoint à pas glissants le salon, sa place royale de patriarche, et son journal craquant à sensations.
   Là-dessus, ma grand-mère était venue repousser doucement la porte, en quelques petites enjambées claudicantes. Ce faisant, elle était venue se placer dans un renfoncement de la cuisine, craignant sans doute un retour fortuit de mon grand-père. Durant un court instant, l’oreille aux aguets, elle avait écouté le craquement de ses pages. Et puis, comme rassurée, elle avait dénoué doucement le nœud de son tablier noir à pois blancs.
   Je ne comprenais pas ce qu'elle faisait, ni où elle voulait en venir. Pourquoi se cachait-elle ainsi ? Que souhaitait-elle me dire ou me montrer au juste ?
   Elle a commencé à retrousser très délicatement un pan de sa vieille robe à fleurs, comme l'avait fait Graziella la veille dans son alcôve étouffante. Et puis, elle a descendu ses vieux bas couleur chair. Et c'est ainsi que soudain j'ai découvert, horrifié, ce qu'elle avait tu à mon grand-père pour ne pas l'alarmer : sur sa cuisse gauche, du genou à la hanche courait une ecchymose épouvantable, gigantesque, un placard de couleur bleu, noir, violet. Sur ses fins mollets, la plupart de ses varices avaient éclaté. Toute sa jambe semblait gangrenée jusqu'à l'os.
   C'était triste à mourir. Intolérable à regarder.
   - Mémé, c'est pas possible ! avais-je larmoyé, comme si une lance venait de me traverser le cœur et allait y rester fichée jusqu’à mon dernier jour.
   Elle ne m'a rien dit. Ne m'a rien reproché. Elle s'est contentée de me sourire. Juste de me sourire.
   Non pas comme une vieille dame épuisée par l'existence, mais comme une petite fille qui avait fait une grosse bêtise.
   


        Fin
« Modifié: 24 janvier 2019 à 10:11:14 par kokox »

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

  • Troubadour
  • *
  • Messages: 267
Re : Bleu, Noir, Violet (La fin)
« Réponse #27 le: 24 janvier 2019 à 14:37:12 »
Bonjour Kokox
Le voilà le violet que j'attendais pour conclure, tu vois que cette nouvelle répond parfaitement aux trois couleurs que tu annonçais dans ton titre.
 J'ai beaucoup aimé cette histoire et j'adore ta Mémé (j'aime ce petit nom désuet de Mémé qui n'est plus d'actualité car aujourd'hui on les appelle Mamie ou Granny ou Mamita ou encore par leurs prénoms..) qui m'évoque la mienne. 
Merci Kokox pour ce partage, pour la joyeuse nostalgie qui habite ton texte et pour cette mémé qui me rend sentimentale comme un cimetière... ;)
J'ai repéré quelques fautes par ci par là mais j'avoue que je m'en fous un peu au regard de l'émotion suscitée par l'histoire...

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • **
  • Messages: 1 318
Re : Bleu, Noir, Violet (La fin)
« Réponse #28 le: 24 janvier 2019 à 17:06:41 »
Encore merci Elisabeth Beaudouin Hompas de t'être coltinée la tartine dans son intégralité.
Eh oui, le voilà enfin "ton violet" tant attendu !  :)
Je soupçonne également des fautes, mon correcteur Word n'est pas le top du top. Je tâcherai de refaire une lecture attentive prochainement.

Bien à toi !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.15 | SMF © 2017, Simple Machines
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.057 secondes avec 22 requêtes.