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22 janvier 2019 à 16:09:58

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)

Auteur Sujet: Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)  (Lu 733 fois)

Hors ligne kokox

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Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« le: 15 décembre 2018 à 07:41:05 »
Bonjour à tous,

Ce souvenir de jeunesse est authentique. Les choses se sont véritablement passées comme cela, de bout en bout, lors de cette mémorable journée. Bonne lecture !
Je remercie au passage le sieur "Cochonsauvage" pour ses nombreuses et essentielles corrections.






Bleu, Noir, Violet





   ET VOILÀ COMMENT ce qui aurait dû être un beau jour se transforma en un triste jour.
   C'est dans le joli bois de Vincennes que cela s’était passé : cette chose terrible, détestable, qui ne fut pas loin de faire de moi un petit criminel. Je n’ai jamais osé raconter cette histoire à mes parents, ni à quiconque, du reste. J’avais bien trop honte. Le jour, les sorcières du remords s’en donnaient à cœur joie dans ma caboche. La nuit, dans mes cauchemars, les images de son calvaire me hantaient toujours. Il m’arrivait de revivre la scène, parfois jusqu’aux pleurs. Devant mes paupières closes défilaient par éclats toutes les marques de sa détresse : son front livide couvert de sueur, ses yeux affolés, ses mains confuses, disloquées, introuvables. Je ne parvenais pas à oublier le maigre corps paniqué de ma grand-mère Marthe, impuissante à fuir le piège mortel où je l’avais installée.
   Comment avais-je pu en arriver là ? Comment avais-je pu ignorer à ce point que je lui faisais du mal ? Étais-je un diable ? Ce n’est pourtant pas ainsi que me voyaient les gens. On me félicitait plutôt parce que j’étais un enfant sage, gai, aimant, facile à élever. Oh, comme tous les mioches, j’étais bien sûr capable de faire quelques entourloupes par-ci par-là, mais je n’avais pas le fond mauvais. Je disais des prières avant de mentir, et d’autres encore après mes mensonges. J’évitais de proférer des gros mots, de me mettre les doigts dans le nez. Je n’écrasais pas les fourmis. Je ne grattais pas d’allumettes. Le vice ne me trouvait pas assez à son goût pour s’installer durablement en moi. De prime abord, personne n’aurait pu dire : ce gamin a une belle tête à avoir des troubles mentaux !
   Et pourtant...
   Je vais vous conter ce fameux jour où j’ai failli tuer l’un des êtres que je chérissais le plus au monde.

   Mai était enfin venu, et avec lui le moment tant attendu de mon pèlerinage annuel à la Foire du Trône, ce lieu rêvé de sensations et de vertiges.
   Je me souviens que le ciel était tout bleu, d'un bleu d'enfant heureux.
   Je me souviens avoir ri parce qu’une voiture avait bécoté l'arrière-train de ma grand-mère, étant donné que je l'avais forcé à traverser au vert et en dehors des clous, tel l'asticot le plus pressé du monde.
   - Eh ben dis donc, j'ai eu chaud aux fesses, m'avait-elle dit, un rien ébranlée, une fois parvenue sur le trottoir d'en face.
   - Ah bon, il t'a brûlé le derrière ? m’étais-je enquis sur un ton des plus badins.
   - Non ! Plus de peur que de mal, avait-elle fini par balbutier.
   Ainsi innocenté, je n’avais pas demandé mon reste. Aussitôt, j’avais coupé à travers bois, pour rejoindre illico presto l'esplanade de Reuilly. En toute inconscience, j’avais obligé de surcroît ma grand-mère à esquiver souches traîtresses, orties et crottes de chien. La sachant prête à tout pour dorloter mes enthousiasmes, je n'avais pas besoin d'insister beaucoup pour qu'elle satisfasse mon moindre désir. Si je voulais une sucette Chupeta, elle partait m’acheter aussitôt une sucette Chupeta. Lorsque je décidais de bifurquer à gauche, elle bifurquait à gauche. Si la fatigue commençait à lui faire traîner la patte, il me suffisait d'un « Allez, mémé, on y est presque ! », pour qu'elle ragaillardisse en moins de rien son pas boiteux.
   De la sorte, nous traversions allègrement le fouillis végétal, quand soudain nous surprîmes la femme à barbe en train de pissoter à croupetons dans le secret de son buisson.
   Et pas n’importe quelle femme à barbe ! « Notre femme à barbe » qui offrait son large cul blanc aux petits oiseaux !
   Face à cette vision hallucinante, une petite chochotte aurait sans doute été scandalisée. Mais ma grand-mère et moi en fumes navrés bien plus qu'autre chose. Car c'était justement, elle, mon idole, que nous avions pour habitude d'aller visiter en premier lieu dans sa baraque foraine multicolore.
   Dissimulés derrière un tronc, nous étions restés un moment plantés devant son drôle de cabinet avec l'air baba de deux ronds de flan. De rentrer presque en collision avec cette personne extraordinaire, la lune à l’air – quasi crapaud couvant sa mare - avait rompu d'une coup l'admiration que nous lui portions.
   Comme nous étions arrivés en catimini dans son dos, elle ne nous avait pas entendu venir. Figée dans sa rêverie ou peut-être bien bercée par le zinzinulement de la mésange, elle tenait dans sa main rutilante de bagues une écharpe de papier blanc.  Et aux lèvres une épaisse Gitane jaune maïs, qu'elle roulait d'une commissure à l'autre, en toute décontraction, comme si elle eut été seule au monde.
   C'est surtout à cause de son bruit de fontaine intime que nous l'avions débusquée. Tandis que sourdaient dans l'imminent lointain les échos nasillards de voix métalliques, d'accordéon-musette, de chocs de ferraille, et d'égosillements de filles, nos oreilles allaient bientôt discerner le refrain saccadé d'un puissant jet de pisse. Refusant de dévier de mon raccourci adoré, j'avais alors contraint une fois de plus ma chère grand-mère à foncer droit dessus.
   En direction de l’intrigant taillis sonore !
   Du fait des scintillements du soleil qui perçaient entre futaies et rameaux, la femme-monstre aux yeux d'émeraude nous était apparue progressivement par petits bouts de mirages. Semblant recouverte d'une peau de chamois tachetée de noir, nous avions d'abord cru qu'il s'agissait d'un fauve échappé du zoo de Vincennes. Mais, nous approchant plus avant, nous avions fini par reconnaître sa fameuse robe léopard qu'elle portait retroussée, en toute impudeur, par-dessus ses larges fesses de blanche craie. Nous avions reconnu aussi ses fameuses spartiates dont les lanières lui faisaient une pagode de chair, des chevilles aux genoux. Et encore à son cou, cet entortillement de longs colliers clinquants. Enfin, abordant son profil, à pas prudents de chasseur, nous l'avions identifié toute entière à sa barbe insolite, et à cette crinière blond-roux qui lui donnait, à s'y méprendre, l'apparence d'une splendide tête de lion posée sur un corps de femme.
   La rencontre fortuite avec ce piteux popotin cependant m'incombait. Sur l'instant, je m'en étais voulu terriblement. J'avais regretté de n'avoir pas emprunté l'autre chemin, celui bitumé des flâneurs. Car, sans cette fièvre d'empressement qui m'habitait alors, jamais nous n'aurions déniché la barbue créature en dehors de son écrin de savane.
   Pour expliquer mon impatience, il faut dire que les jours de « Foire du Trône » je n'étais plus tout à fait le même. Mes pieds ne touchaient plus la terre. Je me sentais frère du vent. Ma jubilation devenait un puissant aimant attiré par ces tonnes d'acier qui mettait la tête des gens à l'envers, les secouait puissamment jusqu’à les vider de tous leurs soucis. De fait, peu scrupuleux de son âge vénérable, j'entraînais ma grand-mère dans ma célérité. Je la tirais, j’enflammais sa vieillesse, tel un jeune chien fou alléché par l'odeur piquante des merguez et les effluves des onctueux chichis.
       Avec son petit sac noir, ses bas tire-bouchonnés sur ses mollets, ma grand-mère tentait de garder une distance obligeante entre mon excitation et sa crainte de se rompre le col du fémur, en glissant sur un fichu colombin. Parfois, j’hésitais à lui dire qu’elle ralentissait mon rythme. Je la trouvais très gentille, fort serviable, mais surtout bien trop lente. Nageant dans mon plaisir égoïste, je pensais que sa vocation d’aïeule était d'être uniquement à mes petits soins. Et que ce dévouement à ma petite personne était le juste retour de la tendresse que j'avais pour ses cheveux gris. J’étais avec elle, mais je cheminais sans elle. Je n’entendais pas vraiment ses soupirs, ses halètements discrets. Je n’écoutais que mon irrépressible envie de rejoindre le « Barnum des Indescriptibles ».
   
   Mes grands-parents habitaient à deux pas du cimetière de Charenton-le-Pont. C'est ici, dans la morne avenue de Paris, que mon père et ma mère me déposaient comme un balluchon dès les premières vacances printanières venues. Je ne me rendais jamais là-bas de gaîté de cœur, mais toujours avec cette crainte de me morfondre dans le jus de la vieillesse. L’allergie de ce séjour s’infiltrait déjà par mes narines plusieurs jours avant. Elles appréhendaient mes narines de retrouver les fortes odeurs d’encaustique, de cire d’abeille, de détergent. Cela sentait tellement bon chez eux que c’en était insupportable. Une fois franchi le paillasson de crin noir, cela ne fleurait pas la douce odeur de bienvenue, mais plutôt le bouquet préventif qui commandait : faites très attention, ici c’est propre et ça compte le rester ! En cet appartement désuet au parquet vénéré, j’allais devoir chausser patins, ne plus marcher pareil, ne plus parler pareil, ne plus penser pareil. J’allais devoir affronter en silence la mine bourrue de mon grand-père Fernand et le sinistre tic-tac de sa pendule. Creusant une tombe dans ma montre, j’allais devoir m’entraîner moi aussi à mourir, en momifiant mes euphories d’enfant.
   Fort heureusement, il y avait ce miracle, sans lequel mes parents auraient eu un mal fou à étouffer ma répulsion de Charenton.
   Et ce miracle était la proximité de leur logis avec la Foire du Trône.
   L’une de leurs fenêtres donnait sur une découpe de petits immeubles, au sommet desquels j’apercevais les épis des châtaigniers. Dès le matin, mon bol en main, le nez au chocolat, je me plantais devant et me mettais à rêvasser : qu’un faux gorille me foutait une sacrée frousse en me chatouillant le cou, que je restais coincé mille ans dans le labyrinthe des vitres, que je tournoyais telle une toupie sur la paroi de la centrifugeuse, que la balançoire stratosphérique se décrochait soudain et m’envoyait sur Mars.
   Mais avant de rejoindre ma fête chérie, il me fallait attendre dans la cuisine la fin du languissant rituel de ma grand-mère. Les choses se passaient à peu près ainsi : une fois le déjeuner achevé, elle débarrassait la table piano piano, et venait déposer à tâtons, presque sans un bruit, les plats dans l’évier. Ce faisant, elle s’emparait de son vieux ramasse-miettes en métal argenté pour, jusqu’à la toute dernière, chasser la bribe de croûte sur sa nappe en vichy rouge et blanc. Cette opération méticuleuse pouvait prendre parfois une longue minute, car ce n’était une nappe ordinaire. C’était une nappe précieuse dont elle était très fière puisqu’elle l’avait gagnée en collectionnant durant de nombreux mois les points sur les bouteilles de vin Préfontaine. Miettes disparues, elle pliait religieusement sa nappe, rabattait pan sur pan, au millimètre, ainsi que l’eut fait une bonne sœur gardienne du Saint-Suaire. Cette tâche accomplie, elle venait la ranger dans le petit placard aux ronds de serviettes, juste à côté de sa nappe du dimanche, celle en vichy vert et blanc. Puis, elle ouvrait tout doucement son robinet et se mettait à laver sa vaisselle. Pas en cinq sec, tel qu’œuvrait ma mère, mais avec des gestes si lents qu'on aurait dit qu'elle caressait le moindre ustensile. Elle ne les récurait pas ses verres et ses assiettes en Pyrex. Elle ne les frottait pas ses antiques couverts dépareillés. Non, elle semblait plutôt les purifier, comme s’ils avaient appartenu à Louis XIV.
   Pendant ce temps, rongeant mon frein, j'observais du coin de l’œil sa nonchalante pantomime. Depuis mon tabouret, je guettais le moindre signe d’une éventuelle lassitude. J'interrogeais la courbure, la respiration de son vieux dos. J’essayais de jauger le taux de vigueur qu'il restait dans ses jambes variqueuses. L’heure de sa sentence n’allant plus tarder, je me faisais alors le plus petit possible. Je plongeais pour cela dans un cotonneux désintérêt de l'instant, afin d’amadouer la susceptibilité du Temps, que je savais doué de cruauté pour retarder les plus vifs désirs d'un enfant.
   Après avoir torchonné jusqu’au lustre sa queue de poêle, ma grand-mère séchait longuement ses mains au bas de son tablier noir à pois blanc. C'est généralement à ce moment-là que son esprit semblait peser le pour et le contre, mûrir une complexe décision.
   Et puis, au bout de deux, trois, voire quatre bonnes minutes, elle ôtait enfin son tablier. Elle faisait un pas timide vers ma fenêtre sacrée, pour venir goûter le ciel du regard. Là, approchant ses fragiles phalanges, elle tâtait la température du carreau. Elle scrutait finement aussi la cime des châtaigniers, pour voir si le vent n'agitait pas trop leurs feuilles. Enfin, elle se retournait vers moi, et me lançait ces trois mots magiques, de sa voix douce mal assurée :
   - Foire du Trône ?


À suivre...
« Modifié: 20 janvier 2019 à 15:43:28 par kokox »

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Re : Bleu, Noir, Violet
« Réponse #1 le: 16 décembre 2018 à 16:52:58 »
J'adore ce texte, il est bien écrit mais se lit sans difficulté,  il nous plonge dans une atmosphère (la Foire, l'appartement des grands parents..) et on a envie de connaitre la suite de l'histoire...qui augure un  jeu de couleurs ?
Si j'ai bien compris, là , le texte est dans le bleu, un bleu d'enfant heureux...qui est une jolie expression, tout comme "je me sentais frère du vent"..
Merci pour ce partage

Hors ligne Keanu

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Re : Bleu, Noir, Violet
« Réponse #2 le: 16 décembre 2018 à 20:43:17 »
Quel plaisir de lire cette prose ample et précise. Une très belle écriture, vraiment, je suis soufflé, elle embarque comme la houle et elle est pleine de recoins, de trouvailles, chatoyante dans son lexique et ses tonalités. Un regard tendre et amusé et observateur.
J'attends la suite pour te donner un retour avec davantage de remarques dans le détail et des impressions plus étoffées sur le contenu général.

Hors ligne kokox

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Re : Bleu, Noir, Violet
« Réponse #3 le: 18 décembre 2018 à 08:53:58 »


Un grand merci, Elisabeth Beaudoin Homps, pour ta lecture !
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le titre est beaucoup plus prosaïque que poétique. Tu le comprendras mieux en lisant la fin.

Un grand merci aussi à toi, Keanu !
Je posterai la suite dans la journée, voire demain !

Bien à vous !


Hors ligne cochonsauvage

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Re : Bleu, Noir, Violet
« Réponse #4 le: 18 décembre 2018 à 09:38:05 »
Pas mal du tout kokox, c'est fluide, bien écrit, entre dialogues et descriptions c'est bien équilibré, pas grand chose à dire dessus, des petits détails.
Pareil que Keanu et Elisabeth Beaudoin Homps, j'attend la suite avant de poster mon analyse complète.
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

Hors ligne kokox

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Re : Bleu, Noir, Violet
« Réponse #5 le: 18 décembre 2018 à 10:06:41 »


Un grand merci pour ta lecture, Cochonsauvage !

Je peaufine quelques phrases et posterai sans doute cet après-midi.

Bien à toi !

Hors ligne kokox

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Re : Bleu, Noir, Violet (Seconde partie)
« Réponse #6 le: 18 décembre 2018 à 19:19:17 »
Seconde partie...

   
   Sitôt dit, mon regard s'illuminait. Il se gorgeait tout à la fois de féerie et de gratitude. À leur tour, les yeux bleu lavande de ma grand-mère se mettaient à briller. Elle me renvoyait un beau sourire complice, comme si nous allions partir faire les quatre cents coups d'Al Capone.
   Il y avait dans ses invites tout ce qu'une grand-mère peut offrir de plus beau à son petit-fils : cet altruisme de vieille dame qui se savait fragile du cœur, et qui pourtant avait dépassé sa crainte du malaise, pour simplement me rendre heureux.   
   - Tu n'es pas trop fatiguée ? lui demandais-je parfois, tout en sachant pertinemment que sa réponse allait être :
   - Non, ça devrait aller !
   Sur la pointe des patins, elle glissait alors à petits pas jusqu'à sa chambre pour aller se faire belle. Telle une petite souris elle se faisait discrète, car elle ne voulait pas attirer l’attention de mon grand-père Fernand. Pour l'heure, celui-ci se trouvait dans la salle à manger. Il lisait son cher journal à catastrophes en bout de table, assis à sa place royale de patriarche. Et il faisait craquer ses pages fraîches en tous sens, les pliant, les dépliant, quêtant fiévreusement dans les entrefilets le moindre petit drame, la moindre injustice, la moindre improbité, pour mieux maugréer après le ciel.
   - Bon bah, on y va, nous. À toute à l'heure ! le prévenait-elle quand même  dans une sorte de politesse involontaire, comme si elle attendait de lui une miette d'assentiment qui aurait donné à notre après-midi un supplément de liberté.
   Mais la plupart du temps, Fernand ne lui répondait rien. Il se contentait de la fustiger du regard ou de hausser ses sourcils de manière glaçante. Alors que nous étions sur le départ, son mutisme réprobateur nous épinglait comme des papillons sur le seuil. Il faisait soupirer ma grand-mère, métamorphosait ses traits de sainte femme en ceux d’une pénitente. Il la rabaissait au rang de petite fille fautive, de dernière des farfelues. Il racornissait, salissait son cœur généreux. Je détestais ces silences, j’aurais tant aimé l’entendre dire simplement « sois prudente ».
        Ces froids non-dits avaient pour conséquence de me plonger moi aussi dans l’angoisse. Car, en égratignant ainsi ma grand-mère, je sentais bien que c'était sur moi que mon grand-père jetait ses blâmes. Pires que des mots, ses gros yeux me mortifiaient le cœur. Ils me considéraient comme étant moins qu’un étranger. Il en voulaient à mes lubies de faux-calme, jugeaient mon âme remplie de vide. Si quoi que ce soit devait arriver à ma grand-mère, ses gros yeux me disaient que j’en serais l’unique responsable, l’inconsolable assassin. Dans ces moments-là, j'avais très envie de lui crier :  mais viens, toi, prends sa place ! Malheureusement, le mur de marbre qu’était son visage paralysait toujours ma voix. Aucun son ne pouvait sortir de nos deux bouches. Aucune tendresse ne nous reliait l'un à l'autre. J’étais son petit-fils et il était mon grand-père parce que c’était ainsi et qu’on pouvait rien y faire.
   De mémoire, Fernand souriait rarement, riait moins encore. Massif, raide d’épaules, il ne plaisantait jamais, traitait toute chose avec le plus grand sérieux. Il avait l’air de jouer sa vie lorsqu’il perdait une partie de belote ou ratait un carreau aux boules. Je ne comprenais pas pourquoi il avait renoncé depuis si longtemps à se divertir. Ni pourquoi il lui était impossible de dire des choses douces ou agréables à ses proches. J'étais trop jeune encore pour saisir que sa gravité était la triste conséquence des deux grandes guerres qu'il avait dû traverser. La Première en tant que Poilu, la Seconde en tant que risque-tout du marché noir. Pour tenter de nourrir coûte que coûte les siens, il ne se contentait pas d’égorger un cochon, il devait aussi parfois larder une sentinelle « boche » dans le bois de Vincennes. Sa lourde valise en main, son grand couteau en poche, il cheminait de nuit. Il parcourait ses vingts kilomètres, le cœur battant, sans savoir s’il reviendrait mort ou vif de son troc insensé. J’avais cru entendre ces insinuations lors d’un repas de famille, mais je n’y avais pas prêté plus attention, ignorant tout de ce qu’était un « boche ». Dans un brouillard confus de demi-mots, j’avais cru entendre d’autres choses sinistres : que sur le Chemin des Dames, mon grand-père avait vu crever trop de confiants camarades, que ces dames avaient transformés en héros éventrés. J’avais cru comprendre aussi qu’il avait croisé de beaux spécimens de fumiers d’officiers, la plupart dépressifs, qui, non contents d’envoyer leurs troupes au suicide, les exhortaient à charger d’une tranchée l’autre, dans le seul but de se recevoir un pruneau perdu.
   C'est pour toutes ces raisons qu'il nous renvoyait dorénavant cette image de désolante froideur, parce qu'il savait au fond de lui que lorsque les gens veulent mourir, il n'y a rien d'autre à faire que de les regarder mourir.
   Quelques mois auparavant, on avait diagnostiqué à ma grand-mère une bradycardie. Son vieux cœur présentait des faiblesses inquiétantes. Il n’était plus capable de pomper suffisamment de sang vers le reste de son corps. Les médecins l’avaient mis en garde : il lui fallait à présent mettre un frein sur ses déjà maigres activités, sinon elle risquait à tout instant de perdre connaissance, un peu, beaucoup, définitivement. La gravité de son état de santé avait finalement nécessité la pose d’un pacemaker. Mais, sa plaie s’étant infectée, le chirurgien avait dû le remplacer à deux reprises.
   Au sortir de ses opérations dont elle se remettait mal, nous allions régulièrement la voir avec ma mère. À chacune de nos visites, nous étions bouleversés en découvrant son nouveau visage. De jour en jour, la mort semblait pondre des œufs au fond de son regard. Son teint devenait crayeux jusqu’à la transparence, ses joues se creusaient affreusement, sa peau commençait à ne plus rien peser. Lorsqu’elle nous recevait, elle faisait l’effort de se redresser sur l’oreiller mais, au fil de la conversation, sa tête de plume en glissait inexorablement. Un soir, sur insistance compassionnelle de ma mère, elle avait découvert son épaule décharnée pour nous montrer le fameux pacemaker logé près de son cœur. Nous nous attendions alors à voir le frêle relief d’un « machin ». Il en avait été autrement. C’était en réalité un terrifiant boîtier rectangulaire, dont les arêtes saillantes perforaient son épiderme, qui donnait l’impression d’en avoir plus en dehors qu’au dedans de son poitrail. Sujette aux émotions excessives, ma mère en avait eu sur l'instant un haut le cœur. Dans sa sincérité de tragédienne, elle avait tour à tour grimacé, s'était comprimée les pommettes avec ses mains, s’était levée d’un coup, s’était rassise, avait cherché des mots de réconfort au plafond, par la fenêtre, avant de se mettre à sangloter comme une fillette venant de perdre son cochon d’Inde.
   - C'est affreux, ma pauvre Marthe. Vous devez souffrir terriblement, avait-elle enfin larmoyé, puisque c’était là toute sa réserve de consolation pour rasséréner ma grand-mère.
   - Oh non, ça va ! lui avait-elle simplement répondu, dans un filet de voix empli de bonté, de cette bonté qui sait museler son propre calvaire pour que les autres ne souffrent pas.
   - Je ne devrais pas vous le dire, mais j'ai peur pour vous !
   - Allons, j'en ai vu d'autres ! Je suis solide, ma bonne Yvonne. Ne vous inquiétez pas.
   Derrière l'épaule de ma mère, j'avais assisté à cette scène, presque à la loupe, et je m'étais senti fondre de chagrin. C'était la première fois que j'entrevoyais vraiment la mort de quelqu’un que j’adorais. J’imaginais déjà sa longue silhouette d’Olive, la femme de Popeye, inerte en son cercueil, dans le noir le plus profond et sous la terre glacée. J’avais alors tenté d’envoyer cette supplique à ses yeux bleu lavande qui donnaient tant d'amour : « Mon Dieu, ne vous fermez jamais ! ». Mais je n’avais pas pu la regarder franchement. J’avais baissé la tête tant sa décrépitude me faisait peur.
   Et puis, les rôles s’étaient peu à peu inversés. Ma grand-mère s’était mise à retrouver un semblant d'ardeur pour apaiser la crainte maladive de ma mère.
   - Vous savez, je suis une enfant de Beaubec-la-Rosière. Son air vivifiant est réputé pour fabriquer des femmes robustes.
   - La robustesse a malheureusement ses limites, Marthe. Il va falloir vous ménager, maintenant. Ne plus vous soucier du reste. Juste respirer, tranquillement.
   - Oh, mais je fais tout pour.
   - Pensez à nous. Que deviendrions-nous, sans vous ?
   - Je ne vais pas me laisser faire, croyez-moi. Je ne me suis jamais laissée faire. Les obstacles, je les ai toujours contournés. Quand j’étais bonne à tout faire, j’étais la reine de la course à pieds.
   - Ah bon, comment ça ?
   - J’ai couru toute ma jeunesse dans des couloirs, des escaliers, des greniers.
   - Mais pourquoi couriez-vous ainsi ?
   - Je fuyais les mains des patrons, pardi, qui cherchaient à soulever mon tablier. Grâce à mes longues guibolles, je suis toujours parvenue à me sortir de ces traquenards. Avec juste une bonne suée.
   - Pour vos courses, on se relaiera entre belle-sœurs.
   - Vous êtes gentille.
   - Je ferai la poussière, je cirerai votre parquet. René fera vos carreaux, il adore ça faire les carreaux. Promettez-moi que vous ne ferez plus d'efforts inutiles. Que vous serez sage comme une image ?
   - Je vous le promets, ma bonne Yvonne. D'ailleurs, je n'ai plus trop le choix.
   Ses dernières paroles m'avaient profondément marquées. Les mois passant, pourtant, elles étaient sorties de mon crâne. Du moins, les avais-je sans doute cachées dans cette boîte à oubli qui s'appelle « Les gens qu'on aime sont éternels, il ne peut rien leur arriver ! »
   
    Et puis, la femme à barbe s’était reculottée d’un coup. Puis elle avait disparu, comme volatilisée dans la vapeur de nos songes. 
   Le « Barnum des Indescriptibles » portait diablement bien son nom. Sur sa longue façade s'étalaient en peinture acidulée les portraits géants de créatures aussi difformes qu'insolites. De midi à minuit s'y produisaient ces phénomènes de foire, qu'on ne croisait jamais dans la rue, ni dans le métro, ni dans les zoos. Notre première halte s’effectuait invariablement ici,  auprès de mes monstres adorés que je ne pouvais approcher qu’une fois l’an.
   À l'entrée du barnum, planté debout sur l'estrade, se tenait un flamboyant personnage qui excitait la foule au micro, à grands renforts de publicité tapageuse.
   Il s’appelait Jean-Marie l'Hermaphrodite, jurait mordicus qu’un doux démon l’avait créé mi-homme mi-femme. Il me fallut bien trois années de gobe-moucherie avant de comprendre sa supercherie. Ma grand-mère avait beau me répéter « C’est du chiqué », longtemps je me suis demandé comment ce Jean-Marie pouvait bien faire pour uriner avec une moitié de zizi sans éclabousser sa cuisse de femme.
   C’est que l’olibrius était redoutable de célérité dans l’art du transformisme. Prince des volte-faces éclair, il était capable de nous présenter tour à tour son profil de Jean - cheveu d'encre, moustache gominés, vêtu queue de pie - et l’instant d’après son profil de Marie, dévoilant subitement son apparence de jeune fille – poudrée, faux cil, robe rose crinoline -. Selon qu'il exhibait l'un ou l'autre de ses deux sexes, il avait le pouvoir de truquer également sa voix, laquelle pouvait passer prodigieusement du ténor à la soprano.
   - Entrez, entrez, messieurs dames ! Ils sont ici, nulle part ailleurs ! Venez voir le monstrueux barnum ! Allons n'hésitez pas ! claironnait-il en boucle, pour ralentir jusqu’à la glu les pas des indécis.
   Nous, indécis, on ne l'était pas du tout. En attendant d'acheter nos billets, nous nous laissions le temps d'avaler toute la folle gaieté de Jean-Marie.
   - Allons, allons, venez vous rincer l’œil et sécher l’autre ! Pour celui qui paye sa place, c’est entièrement gratuit !
   Sur moi, son humour surnaturel faisait mouche à chaque fois. Son bagout me rendait totalement imbécile heureux. Ma grand-mère Marthe me regardait ainsi m'esclaffer, et mes rires semblaient éblouir son visage, lui faire oublier la soupe à la grimace de son bourru mari. 
   - Sensa… sensa… sensationnel ! Sans ses cuisses, sans ses bras, sans son ventre, laissez-vous frissonner devant Ophélie, la femme-tête, et son valet microcéphale… Il nous revient des grottes obscures du Népal, il marche sur ses cheveux, il a tout perdu sauf son pagne, il est devenu complètement marteau, ne dort plus que sur sa planche à clous, c’est Baburam Bhatarum, notre fa… notre fa… notre fakir...
   Ces attractions ne coûtaient vraiment pas cher. En déboursant un petit franc par créature, on avait le droit d'admirer les collines de chairs de Madame Rosa, la plus grosse femme du monde, on pouvait serrer la minuscule main de Mister John le lilliputien. Les plus petits pouvaient passer entre les jambes écartées de Django le Gigantesque sans se cogner la tête, et monter sur un escabeau pour lui faire la bise. On pouvait encore écouter les « Deux en Une », Jeannette et Babette, sœurs siamoises tricotées par le foie, qui jouaient de l'harmonium en roucoulant de vieux airs nostalgiques.
   Je me rappelle particulièrement de la tête de la pauvre Ophélie qui était posée sur un guéridon recouvert d’un velours rouge. Elle s’adressait à nous d'une voix douce, avec un accent russe. Elle était très polie. Elle demandait à certains de lui gratter l'oreille ou de lui servir un verre d'eau. La plupart des gens se moquaient d'elle en messes basses. Mais moi je lui trouvais un grand courage d'aimer encore la vie en étant née comme ça. J'en étais sidéré que cette femme puisse être venue au monde avec juste un visage, en abandonnant son buste, ses bras, ses jambes dans le ventre de sa mère. Cela me faisait poser mille questions. Où donc partait sa nourriture ? Comment faisait-elle ses besoins ? Avait-elle un amoureux ? Parfois, des petits malins moins crédules que d’autres soulevaient d'un coup la nappe en velours. Mais sous le guéridon, il n'y avait rien. Rien d'autre que trois fins pieds de table. La femme-tête leur souriait alors, en s'exclamant : eh ben dis donc, vieux cochon, vous n'avez pas honte de regardez sous les jupes d'une dame ?
   Il y avait chez ces drôles de gens cachés du monde, une fierté généreuse à faire parade de leur étrangeté. Ils semblaient offrir au public leur cruelle rareté sur un plateau d'argent, comme pour mieux nous dire :  regardez, n'ayez pas peur, la vie c'est aussi cela, de la beauté à l'envers. De me retrouver ainsi face à eux, presque à les toucher, me rendait à chaque fois tout chose, au point de ressentir cette espèce de frisson et de flou visuel qui précèdent le moment des larmes. Car ces pauvres mal-formés ne se plaignaient de rien, d'aucune douleur, d'aucun mal-être. Ils se contentaient juste de nous divertir avec leurs abattis atrophiés, comme des clowns privés de parole.
   Barbe à papa à la main, nous avions attendu sagement avec ma grand-mère Marthe que Jean-Marie l'Hermaphrodite ait terminé sa réclame sur la toute nouvelle créature. Il la vantait comme étant la reine de la sensualité, et nous faisait gober que sa mère était une sirène et son père un apollon :
   - Elle est la beauté incarnée, elle est née sur les pentes du Vésuve. Allons, allons, approchez mesdames et messieurs, venez voir « Graziella la Louve de feu ».
   - C’est possible qu’elle soit dans le feu ? avais-je demandé à ma grand-mère.
   - Ah, je sais pas. Peut-être.
   - Pour la modique somme d’un flan six choux, elle vous montrera son « trou du bas ». Allons, allons, il ne reste que quelques places, prenez vos billets pour venir admirer le « trou du bas » de Graziella.
   Le « trou du bas » !
   Ma grand-mère en avait ri, d’un rire polisson. Quant à moi, je n'en avais pas cru mes oreilles. Le coton rose de ma barbe à papa s'était figé d’un coup dans ma bouche béante. Je m'étais mis à m’imaginer des choses et des choses encore, comme si j'allais m'engouffrer peut-être dans une sorte de grande jungle de nuit, saturée de moiteur.
   - Est-ce que les enfants peuvent voir le « trou du bas » ? avait questionné à nos côtés une grosse maman accompagnée de ses deux mouflets.
   - Chère madame, question très pertinente ! Graziella n'a de secret pour personne. Elle n'est pas bégueule pour un sou. Elle montre sans chichi son « trou du bas » aux petits comme aux grands.
   Aussitôt, nous avions été une quinzaine d’empressés à nous enfourner dans l'alcôve. Celle-ci était totalement plongée dans le noir. Il régnait là-dedans une sacrée chaleur, cela sentait le fauve. Durant une bonne minute, il ne s'était rien passé. J’avais eu bien le temps de transpirer des yeux. Et puis, mon émotion avait commencé à me picoter et à me brûler tout le corps, plus précisément dans la région du bassin. J’avais eu soudain très envie de faire pipi. Je me tortillais sur place en espérant que mon attente ne serait pas vaine. Plus les secondes passaient, plus j’envisageais l’apparition de mon rêve. J’allais enfin voir cette étrange araignée que les femmes ne montrent qu’aux hommes une fois la nuit tombée entre les draps.
   Je n’en étais pas si sûr. Mais j’en étais presque certain.

À suivre...
« Modifié: 17 janvier 2019 à 14:15:57 par kokox »

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Re : Bleu, Noir, Violet (Seconde partie)
« Réponse #7 le: 18 décembre 2018 à 20:23:24 »
Oui, le vie c'est aussi cela, de la beauté à l'envers..cette phrase résume beaucoup de choses contenues dans ton texte. J'aime beaucoup cette seconde partie, tout autant que la première..
Si j'associe ce second texte aux couleurs que tu proposes dans ton titre, je suppose que nous sommes au noir...comme l'araignée qui conclue le paragraphe et évoque le continent noir. J'ai hâte de lire la suite, ton écriture est très fluide, ton histoire est intéressante, tes mots sont recherchés mais ne sont jamais pompeux et il y a beaucoup de profondeur dans la psychologie de tes personnages. Bravo.

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Re : Bleu, Noir, Violet (Seconde partie)
« Réponse #8 le: 18 décembre 2018 à 20:46:33 »
C'est bon, C'est bon, C'est bon, C'est bon  _/-o_
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

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Re : Bleu, Noir, Violet (Seconde partie)
« Réponse #9 le: 19 décembre 2018 à 20:24:24 »
Merci pour ton suivi Elisabeth Beaudouin Homps !


Sur ce titre "couleurs" !
C'est drôle comme tu sembles à ce point t'y être attachée. À bien y réfléchir, je pense que tu as en effet su déceler dans ces deux premières parties une pigmentation d'ordre sensorielle qui m'avait totalement échappée. Je suis d'autant plus surpris par ta pertinence que j'ai écrit ce texte à la suite de ma trouvaille du titre (encore une fois, tu en saisiras le sens cartésien à la toute fin), et non l'inverse. C'est donc avec gratitude que mon esprit pataud remercie ta finesse !  :)

Bien à toi !


Quant à toi, que te dire Cochonsauvage ? Je n'ai pas d'autres mots que ces quelques notes enjouées pour rendre grâce à ton allégresse.


Bien à toi !


https://www.youtube.com/watch?v=km6gUbW8s28



« Modifié: 19 décembre 2018 à 20:26:01 par kokox »

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Re : Bleu, Noir, Violet (Seconde partie)
« Réponse #10 le: 07 janvier 2019 à 15:25:26 »
Troisième partie



Alors que je m’attendais à voir surgir d’un chaudron de lave une sublime créature mythologique, mi-chimère mi-sphinx, subitement, deux spots avaient éclairé un petit podium d'une teinte violette. Et sur ce podium était venue se hisser, à mon grand dam, une jeune femme des plus ordinaires, si ce n’était son ondulante chevelure noir corbeau qui lui taquinait les fesses, et le fait qu’elle possédait les plus gros pamplemousses que je n'avais jamais vus. Elle était vêtue de longs gants de satin noir et d’une robe fourreau rouge rubis, fendue sur un côté jusqu'à mi-cuisse.
   Elle avait allumé un mange-disque et, sur l’air suave d’une trompette enrouée, elle avait entamé une lascive chorégraphie. Se déhanchant telle une sirène dans une mer de corail, elle nous avait offert tour à tour son pulpeux devant, puis son plantureux derrière, nous gratifiant au passage de torrides bécots qu’elle nous soufflait au visage depuis le bout de ses doigts.
   Somme toute, lassés par sa gesticulation affectée, les deux blousons noirs qui nous encadraient s’étaient mis à l'apostropher :
- Et alors ton « trou du bas » ? C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
   Voyant que le temps était venu de satisfaire plus crûment son public, c'est alors que Graziella avait saisi l'ourlet de sa robe, pour la retrousser délicatement, insensiblement, centimètre par centimètre. Le suspense était à son comble. Toute l’alcôve retenait sa respiration.  Pareil aux blousons noirs, je me sentais au supplice. Plus Graziella effeuillait son fourreau, plus elle nous dévoilait ses cuisses, plus nos mirettes se gonflaient de gourmandise. Le plus grand des voyous m’avait lancé un clin d’œil goguenard, convaincu de l'imminence de la découverte du « trou du bas ».
   Mais rien ne s’était passé comme nous nous l'avions tous imaginé.
   Parvenue à la lisière de sa hanche, au comble de notre excitation, la Louve de feu nous avait enfin révélé sa navrante duperie. Son « trou du bas » existait bel et bien. Mais ce n'était pas du tout celui sur lequel nous avions fantasmé.
   Percé dans son bas de soie noir, c’était un vulgaire trou, en forme de cœur, qui laissait juste entrevoir un lambeau boursouflé de sa peau laiteuse.
   C’était un trou sans vie, un trou qui ne servait absolument à rien !
   Et nous étions tous tombé dedans.
   De s’être fait empapaouter en beauté, certains riaient jaune et sortaient illico de l’alcôve tête basse. Mais d'autres s’enracinaient, ne digérant pas du tout l'escroquerie :
   - Honteux ! Remboursez ! avaient sifflé les deux blousons noirs.
   Paraissant rompue à ce genre de tollé, Graziella ne s'était pas du tout démontée. Cette frustration légitime du public, ces huées, tout cela semblait avoir été prémédité de longue date par un maître de la mystification, afin que son attraction pour gogos ne désemplisse pas :
   - Mes amours, mes amours ! Soyez honnêtes, on ne vous a pas menti sur la marchandise. Je viens bien de vous exhiber mon « trou du bas ».
   - On te demande pas l’abricot, montre-nous au moins les poils !
   - Mes amours, je comprends votre agacement. Maintenant, si vous avez un tant soit peu d'humour, rien ne vous empêche de vous venger en sortant d'ici. Moi, à votre place, j'irai dire à ceux qui sont dehors que c'est le plus beau « trou du bas » que vous n'ayez jamais vu.
   - Punaise, compte sur nous, on va t’envoyer tous nos aminches !
   Avec ma grand-mère Marthe, nous étions sortis de là, tout aussi dépités. Elle m'avait dit :
   - Oh, c'était moyen. Je m'attendais à mieux.
   - On ne verra jamais son « trou du bas », alors ?
   - Bah si on l'a vu !
   - Mais c'est du vol !
   - Pas vraiment ! On s'est juste laissé berner.
   Après cette douche froide, nous n'avions plus eu le goût d'aller rendre notre visite de courtoisie à la femme à barbe. De la surprendre en train de pisser dans son fourré nous avait là aussi refroidi.
   Nous avions donc poursuivi notre sacro-saint périple en passant par le « Globe of Speed », cette sphère métallique où trois motards lancés à pleine vitesse se croisaient et recroisaient comme des diables intrépides. Ensuite, notre tour de train fantôme avait suivi de près notre bol d’air au sommet de la grande roue. Nous avions enchaîné avec nos drolatiques errements dans le labyrinthe des vitres, lors desquels il n'était pas rare que nous nous tamponnions le nez. Puis venait l'heure de notre pause dégustation, là, devant l’une de ces façades somptueuses, tapissées de miroirs et ornées de bocaux de porcelaine, qui rappelaient à ma grand-mère ces salons de thé bourgeois où elle n'avait jamais eu la chance de mettre les pieds. Frites, gaufres au chocolat, croustillons hollandais, berlingots de Carpentras, douceurs en pain d’épice, ou pomme d’amour, égayaient nos papilles selon les jours.
   Enfin, nous avions terminé cette folâtre balade dans l’allée du hasard, où d’habiles bonimenteurs nous faisaient miroiter les plus beaux lots. Après d’infructueuses tentatives aux tirs à la carabine, aux lancers de fléchettes, et autre chamboule-tout, j’étais parvenu à gagner pour ma grand-mère un minable lapin en peluche, qui nous avait coûté une petite fortune. Elle en avait été ravie, l’avait rangé précautionneusement dans son petit sac noir, en me disant :
   - J’ai toujours aimé les lapins ! Je vais le mettre sur ma table de nuit !

    Sur le chemin du retour, nous finissions par nous arrêter devant mon rêve inaccessible : les vertigineuses montagnes russes du « Scenic Railway ».
   Malheureusement, n’ayant pas encore la taille réglementaire pour grimper dans ses wagonnets, j’étais obligé de vivre mes émotions par procuration, la frustration au cœur. Durant vingt bonnes minutes, je me mettais à la place des petits veinards qui poussaient leurs cris d’allégresse. Je m’imaginais mort de trouille dans telle montée, offrant mon âme au ciel dans telle descente. Je n’aspirais qu’à voler pour l’éternité dans cet entrelacs de fer. J’étais prêt à mourir pour ressentir cette peur gigantesque qui terrifiait le corps, tout en propulsant l’esprit dans les bras de la félicité.
   Chaque mois de mai, je retentais ma chance sous la toise du forain. Mais, il me répondait immanquablement :
   - Désolé, trop petit ! Reviens l’année prochaine !
   Ce jour-là, sans trop y croire, je m’étais une fois de plus dirigé vers la caisse. D’un geste machinal, le forain avait placé sa toise au sommet de mon crâne et, contre toute attente, il m’avait dit :
   - C'est bon !
   Yeux ronds de hibou incrédule ! Ô jour béni d’entre les jours ! De la tête aux pieds, je n’avais plus été que tressaillements de joie. Mais cette joie avait été de courte durée, comme il avait ajouté :
   - Par contre, t'as l'air d'une brindille ! J'peux pas risquer qu'tu glisses sous la barre protectrice, tu comprends ?
        - Non !... Elle protège pas assez la barre ?
        - Pas possible, désolé !... À moins que tu sois accompagné !
        - J’ai quelqu’un, j’ai quelqu’un ! lui avais-je alors presque crié, ne tenant plus d’impatience.
   À dix mètres de là, j’étais retourné voir ma grand-mère pour lui faire part du miracle, et de ma déconvenue. J’avais alors utilisé ma plus scélératesse voix suppliante. Aveuglé par mon puissant caprice, j'avais juste oublié, je le jure, que son cœur était faible. Et que le « Scenic Railway » pouvait l’envoyer directement au paradis.
   - Mémé, est-ce que tu peux m'accompagner ? Sinon, je serai obligé d'attendre encore un an… Oh, mémé, tu m’entends ?
   Ma grand-mère ne m'avait pas répondu tout de suite. Dans sa tête, elle avait une fois encore peser le pour et le contre. Pointant son nez en l’air, elle avait regardé les wagonnets dégringoler à vive allure, tous ces corps bringuebalés dans le vide, et ces mines catastrophées cherchant répit entre rires et larmes. Elle avait semblé jauger la puissance des cris et sa hardiesse à pouvoir les reproduire.
   Enfin, elle m'avait dit de sa petite voix douce mal assurée :
   - Oh, ça n'a pas l'air de durer très longtemps ! On peut essayer, si tu veux.
   - Mémé, tu sais quoi ?
   - Non !
   - T’es la meilleure mémé du monde !
   De soubresaut en soubresaut, les fessiers trémulant sur le sinistre bruit de chaîne, notre départ sur la rampe d’accès avait été beaucoup plus angoissant que nous l’avions imaginé. C’est à mi-hauteur de la côte, une fois dépassé la cime des arbres, que nos sourires crispés avaient viré doucettement au jaune.
Appréhendant le vertige, éblouis de stupeur à toucher les hirondelles, la tête avait commencé à nous tourner. Plus nous décollions de terre, plus la sensation de légèreté nous devenait nauséeuse. Nos regards ne savaient plus du tout où se poser. Les braquer droit devant, et c’était la promesse d’anticiper l’affolement du premier précipice. Les fixer vers le bas, et c’était vivre l’illusion d’un écœurant chaos visuel où hommes et manèges tanguaient, valsaient au ralenti.
   Coincée dans l’attente de la peur et la peur de l’attente, ma grand-mère avait préféré fermer les yeux. Moi, je n’en avais pas eu la force. Mon corps et ma raison ne m’appartenaient déjà plus.
   Parvenu enfin au sommet de la rampe, l’irrémédiable était resté en suspens durant deux ou trois secondes. J’avais juste eu le temps de proférer un pétochard :
   - On y est mémé, on y est !
   À cet instant fatidique, nous ne tenions plus la barre de sécurité, nous la cramponnions comme des condamné à mort. À en faire blanchir nos phalanges.
   Et puis, ce qui devait arriver arriva. Bientôt, le bruit de chaîne se tut. Soudain, d’une suprême défaillance, la terre et le ciel hurlèrent : silence !
   Aussi fugitive qu’elle me parut perpétuelle, l’effrénée première descente m’aspira littéralement le cœur. Comme bombardé en contrebas, j’eus l’impression de me noyer dans la vase à la vitesse de la lumière. Pas le temps de comprendre les lois de la gravité, que nous étions déjà propulsés vers la première bosse pour encaisser les lois de l’apesanteur. Mais c’est surtout lors du premier virage, ô combien frénétique, que la panique commença à s’emparer de nous. Désarçonnée par l’angle saillant pris brusquement par le missile, en un éclair ma grand-mère lâcha la barre de sécurité et fut projetée contre moi, m’écrasant avec violence dans le recoin du wagonnet. Sitôt, elle me lança un bref regard catastrophé pour trouver dans le mien l’effarement. D’une lueur synchrone, nos yeux venaient de s’envoyer la même alerte : cette machine infernale n’était pas un jouet, elle nous voulait réellement du mal ! Qui plus est, nous n’en étions encore qu’au début de sa férocité. À la seconde descente, nos abattis n’étaient plus que poupées de chiffon. Nous n’en contrôlions plus du tout le maintien. Les forces nous avaient complètement lâchés. C’est à ce moment-là que je me rendis compte qu’il y avait un grand trou entre la barre et moi, un espace alarmant dans lequel mon corps trop rachitique commença à valdinguer sans répit, de haut en bas, de droite à gauche, tel un yoyo manipulé par un démon. J’envisageais aussitôt ma mort. Elle était imminente, j’en étais certain. Je voyais déjà ma tête percuter le sol, exploser comme une pastèque, cracher mon sang sur tous les badauds. Terrifié, je me mis à me lamenter, à pleurer, à pisser dans mon froc. Voyant que je risquais à tout instant d’être catapulté, ma grand-mère chercha à me saisir la manche, à l’aveugle. Mais en vain. Bringuebalée elle aussi comme un flanc sur le dos d’une antilope, ses pauvres vieilles mains désespérées ne purent que se raccrocher à la barre, à cette barre glacée, maudite qui, à chaque nouvelle secousse, venait s’enfoncer brutalement dans son sternum. Le cauchemar paraissait sans fin. Ma grand-mère devenait de plus en plus livide. À chaque nouvelle poussée de l'engin, une couche supplémentaire de sueur perlait sur son visage. À mi-parcours, nous n’étions plus que deux fantômes liquéfiés, épouvantés. Chacun dans notre triste coin, nous ne pouvions même plus avoir la moindre pensée l’un pour l’autre, nous secourir l'un l'autre. Nos traits n'étaient plus que grimaces en déroute, rictus d'effroi. Dans ce pitoyable « sauve-qui-peut », nous étions devenus deux étrangers luttant de guerre lasse contre la force d'attraction.
C’est alors que submergé par l’émotion, n’y pouvant plus, j’ai lâché prise. Je n’ai plus cherché à batailler contre l’accélération ni les forces centrifuges. Je n’ai plus cherché à jouer au grand. J’ai fermé les yeux, dénoué d’un coup tous mes muscles et offert ma fluette vie au bon Dieu. Ce faisant, ma frousse de mourir s’est transformée en un gigantesque remords. Le vent vif qui tabassait ma figure m’aspergeait dorénavant de flammes. Je ne pensais plus du tout à ma peau. Je pensais à elle, à son pacemaker. Je voulais que cela finisse, finisse, finisse, que ma grand-mère sorte au plus vite de ce supplice métallique dans lequel je l'avais égoïstement entraîné.   
   Au sortir du « Scenic Railway », nous n’étions plus que deux ombres. Nos jambes flageolaient, nos cœurs tambourinaient, nos têtes tournaient encore. Nous nous sommes aussitôt agrippés comme deux chiffes à la barrière de la file d'attente. Moi, je n'osais pas parler. Je regardais mes baskets, j’avais trop honte. Comme à son habitude, ma grand-mère ne m’a pas dit la vérité sur son véritable ressenti. Elle venait de survivre à l’apocalypse, et elle a tempéré son martyre ainsi :
   - Eh ben, dis-donc, c'est un sacré zinzin, ce truc-là ! On croirait pas, vu d'en bas.
   - Ton cœur, ça va mémé ?
   - Oui, ne t'inquiète pas. Il faut juste que je reprenne un peu mon souffle.
   Le petit voleur de vie venant d’être gracié, j’aurais pu m’arrêter là, j’aurais dû arrêter là, mais mon insatiable cervelle en décida autrement. Une fois dissipé mon étourdissement, force me fut de constater qu’en vérité le « Scenic Railway » ne m’avait pas seulement galvanisé, il m’avait fait grandir d’un bond monumental. Par-delà mes frayeurs, cette tempête de sensations avait révélé en moi un sentiment de toute puissance. En à peine deux minutes, il avait effacé d’un trait cette image de pleutre qui me collait aux basques dans les cours de récréations. Dans l’impasse de la terreur, ma peur était morte. Je n'avais pas cherché à esquiver le danger pour protéger lâchement mes abattis. Non, j’avais livré tout mon être en pâture à l’esprit fulgurant de la vitesse. J’avais livré toutes mes tripes au bon vouloir de la machine. J’étais sorti vainqueur de mon combat contre l’invisible. Et, au final, j'avais adoré ça. Si n'avait eu de repentir au sujet de ma grand-mère, qui gâchait un peu cette exultation, je crois bien que j’aurais refait un tour de grand huit aussitôt.
   Ce jour-là, nous ne sommes pas remontés dans le « Scenic Railway ».
   Ce jour-là, nous sommes montés dans bien pire.
   Ce jour-là, nous avons pris place dans l’attraction de la sauvagerie gratuite !
   Je venais d’assommer ma grand-mère. Mon nouveau caprice n’allait pas tarder à l’achever.

Dernière partie, très prochainement...
« Modifié: 17 janvier 2019 à 14:19:39 par kokox »

Hors ligne elisabeth beaudoin homps

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Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #11 le: 08 janvier 2019 à 10:19:33 »
bonjour Kokox
J'avais hâte de lire la suite, je ne suis pas déçue, c'est toujours aussi bien écrit, le rythme est parfait et l'histoire passionnante. Il y a vraiment une belle description des sensations éprouvées sur les montagnes russes, on s'y croirait. J'adore aussi "le trou du bas" , tu as vraiment eu une idée géniale sur ce coup et la déconvenue de tous ceux qui s'attendent à y voir autre chose est très bien rendue dans ton texte.
J'aime beaucoup les phrases " folâtre balade dans l'allée du hasard" "offrant mon âme au ciel dans telle descente"
Tu as inversé les lettres de cerner dans la phrase "les blousons noirs cernaient..."
Merci vraiment kokox pour le plaisir de cette lecture.
Par contre, là, je n'ai pas vu de couleur, j'attendais le violet, il sera peut être dans la suite du texte...
A bientôt

Hors ligne kokox

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Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #12 le: 08 janvier 2019 à 15:17:41 »
Un grand merci pour ton assiduité à ce texte, Elisabeth Beaudoin Homps ! :)
Ce n'est pas si évident de se taper un pavé dans la section des textes courts !
Me fait vraiment très plaisir ton appréciation sur le paragraphe des montagnes russes, que j'ai bossé et rebossé durant des heures afin de retranscrire le plus précisément possible ces sensations vieilles de cinquante ans. Ma première version écourtée ne reflétait que succinctement le calvaire irrépressible que nous avions connu à cette époque. Encore une fois, les choses se sont réellement passées ainsi, et je garde toujours au coeur l'empreinte de ma culpabilité de jadis, et cet 'incroyable amour sacrificiel" que ma grand-mère avait pour moi.
Quant au fameux "trou du bas", je n'ai eu de mérite que de m'en souvenir, puisque c'était une réelle attraction de génie pour couillons évaporés !

Bien à toi !

En ligne Alan Tréard

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Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #13 le: 08 janvier 2019 à 15:44:47 »
Mon cher kokox,

Tu as su stimuler ma curiosité, j'ai eu l'impression d'être cette vieillarde dans les mains d'un petit filou, et je te retrouve bel et bien dans toute ta malice, tu n'as pas changé !!

Spectaculaire de sensations, à n'en pas douter !

Mes amitiés enthousiastes vont à toi.

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Re : Bleu, Noir, Violet (Troisième partie)
« Réponse #14 le: 08 janvier 2019 à 16:32:16 »
Bonjour kokox et merci pour cette nouvelle pépite.  _/-o_

Franchement top, j’aime toujours autant. L’ambiance y est, les personnages sont attachants, l’équilibre entre dialogues et descriptions est parfaitement géré.
Je me suis permis quelques petites corrections, rien de bien méchant, quelques pétouilles ici et là qui ne sont que le reflet de mon ressenti. A ne pas prendre au pied et à la lettre donc.

Ah si un truc, juste le forain que j'aurai souhaité plus goguenard.  ;x


Suggestions :

Alors que je m’attendais à voir surgir d’un chaudron de lave une sublime créature mythologique, mi-chimère mi-sphinx, subitement, deux spots de couleur violet avaient éclairé un petit podium (deux spots avaient éclairé le petit podium d’une teinte violète (je ne suis pas certain de la concordance des temps, j’écris habituellement avec la combinaison imparfait / passé simple et dans ta phrase j’ai l’impression qu’il y a un bug)) . Et sur ce podium était venue se hisser, à mon grand dam, une jeune femme des plus ordinaires, si (se) n’était son ondulante chevelure noir corbeau qui lui taquinait les fesses, et le fait qu’elle possédait les plus gros pamplemousses que je n'avais jamais vus.
…/…
   Elle avait fait démarrer un mange-disque (fait démarrer par très élégant, suggestion : avait allumé) et, sur l’air suave d’une trompette enrouée, elle avait entamé sa lascive chorégraphie.
…/…
   Au bout d'un certain temps quand même (trop vague, suggestion : impatients, les deux blousons …) , les deux blousons noirs qui me cernaient   (qui nous encadraient) s’étaient mis à l'apostropher :
…/…
 Plus Graziella effeuillait son fourreau, plus elle nous dévoilait ses cuisses, plus nos mirettes se gonflaient de gourmandise. Le plus grand des voyous m’avait lancé alors (j’aurai supprimé « alors », inutile selon moi) un clin d’œil goguenard, convaincu de l'imminence de la découverte du « trou du bas ».
   Mais rien ne s’était passé comme nous nous l'étions (comme nous l’avions) tous imaginé.
   Parvenue presque en lisière de sa hanche (Parvenue à la lisière de sa hanche, (la lisière étant implicite)) , au comble de notre excitation, la Louve de feu nous avait enfin révélé sa navrante duperie. Son « trou du bas » existait bel et bien. Mais ce n'était pas du tout celui que nous avions fantasmé (celui sur lequel nous avions fantasmé) .
…/…
   De s’être fait empapaouter en beauté, certains riaient jaune et sortaient illico de l’alcôve tête basse. Mais d'autres s’enracinaient, ne goûtant pas du tout l'escroquerie   (ne digérant pas du tout…):
   - Baratin ! Connerie ! Remboursé   (Remboursez) ! avaient sifflé durant une bonne minute (trop long, j’aurai supprimé l’indication « durant une bonne minute ») les deux blousons noirs.
…/…
   - Pas vraiment ! On s'est juste laissé berner tout seul (supprimer tout seul) .
   …/…
Nous avions enchaîné avec nos drolatiques errements dans le labyrinthe des glaces, avant de faire notre pause dégustation, là, devant l’une de ces façades somptueuses, tapissées de miroirs et ornées de bocaux de porcelaine, qui rappelaient à ma grand-mère ces salons de thé bourgeois, dans lesquels elle n’avaient jamais eu la chance de mettre les pieds   (très longue phrase, la scinder par un point pour l’aérer) . Frites, gaufres au chocolat, croustillons hollandais, berlingots de Carpentras, douceurs en pain d’épice, ou pomme d’amour, égayaient nos papilles selon les jours.
…/…

    Sur le chemin du retour, nous finissions par nous arrêter à un moment ou un autre   (supprimer « à un moment ou à un autre », inutile et alourdissant la phrase) devant mon rêve inaccessible : les vertigineuses montagnes russes du « Scenic Railway ».
…/…
   - Par contre, tu es encore un peu frêle. Je ne veux pas prendre le risque que tu passes sous la barre protectrice. Il faudrait quelqu'un pour t'accompagner !   (langage trop soutenu je trouve, ne colle pas au personnage).
…/…
   Ma grand-mère ne m'avait pas répondu tout de suite. Dans sa tête, elle avait une fois encore peser (pesé) le pour et le contre. Pointant son nez en l’air, elle avait regardé les wagonnets dégringoler à vive allure, tous ces corps bringuebalés dans le vide, et ces mines catastrophées cherchant répit entre rires et larmes. Elle avait semblé jauger la puissance des cris et sa hardiesse à pouvoir les reproduire.
…/…
Appréhendant le vertige, éblouis de stupeur à toucher les hirondelles, la tête avait commencé à nous tourner. Plus nous décollions de terre, plus la sensation de légèreté nous devenait nauséeuse (La nausée ne vient qu’à la descente et après non ?) . Nos regards ne savaient plus du tout où se poser. Les braquer droit devant, et c’était la promesse d’anticiper l’affolement du premier précipice. Les fixer vers le bas, et c’était vivre l’illusion d’un écœurant chaos visuel où hommes et manèges tanguaient, valsaient au ralenti.
…/…
Dans ce pitoyable « sauve-qui-peut », nous étions devenus deux étrangers luttant de guerre lasse contre la force d'attraction. (Mais c’est quoi cette montagne russe de fou furieux ? ca fait flipper ton truc)
…/…
En à peine deux minutes, il avait effacé d’un trait cette image de pleutre   (j’adore le mot pleutre, excellent choix  :P ) qui me collait aux basques dans les cours de récréations. …/…
Et, au final, j'avais adoré cela   (j’avais adoré ca) . Si n'avait été mon repentir au sujet de ma grand-mère   (Si je n’avais eu de repentir…), qui gâchait un peu cette exultation, je crois bien que j’aurais refait un tour de grand huit aussitôt.

« Modifié: 08 janvier 2019 à 16:35:45 par cochonsauvage »
"Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique !"
Raymond Devos

 


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