Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

18 novembre 2018 à 02:32:51

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Milora, ernya, Miromensil) » Le randonneur ou réaction contre l'irréversible

Auteur Sujet: Le randonneur ou réaction contre l'irréversible  (Lu 373 fois)

Hors ligne Mandemassa

  • Tabellion
  • Messages: 28
Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« le: 13 septembre 2018 à 19:37:48 »
Bonjour à tous,
Voici un premier texte que je pose ici : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible.



Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien. J'avalai une grande bouffée d'air pur et entrepris d'ajuster mon sac de randonnée. Il fallait qu'il soit correctement équilibré, que les choses les plus lourdes soient mises au fond et les plus légères sur le dessus, éviter les trous d'air entre les différentes couches pour qu'il ne penche pas d'un côté ou de l'autre. Après quelques affinages, je le hissai sur mon dos. Le poids reposait sur le bassin et non sur les épaules, il tenait bien droit et je sentais à peine ses 8 kilos. Je pouvais reprendre ma route sur le sentier qui s'élançait devant moi.  Les rayons d'un soleil polaroïde perçaient entre les arbres et  détaillaient les feuillages d'infinies nuances de vert. Le chant des oiseaux émerveillait mes oreilles.Un parfum boisé parvint à mes narines et déclencha en moi une douce sensation de légèreté. Une fine couche de feuille et de copeaux de  bois couvrait le sentier. À chacun de mes pas, j'entendais le craquement du sol sous mes pieds et le souvenir de longues promenades en forêt avec mon père remontait mes pensées. Nous marchions alors des heures durant, souvent en silence,  en discutant de choses et d'autres par moment. C'était le simple bonheur d'être ensemble qui nous guidait. Mon père était mort il y a longtemps mais les images de ces moments partagés restaient intactes. À mesure que j'avançais au milieu des arbres, je sentais une légère fatigue me gagner, les muscles de mes cuisses s'endolorir, un bien être engourdir mon corps. Quelques gouttes de sueur coulaient le long de mon dos. Je m'arrêtai afin de porter ma gourde à mes lèvres et bu quelques gorgées d'eau fraîche.

En contrebas, j'entendis le ronronnement d'un cours d'eau. M'éloignant du sentier, j'aperçus au bout de quelques pas au cœur de la forêt une rivière bordée de rochers. Je m'installai sur l'un d'eux, bien plat, me permettant ainsi de m'asseoir confortablement et décidai que c'était le bon endroit pour pique-niquer. Je sortis de mon sac une petite boite de carton qui contenait 6 huîtres et un couteau bien aiguisé. Je les ouvris l'une après l'autre en bataillant un peu et veillai à couper leur pied avant de les poser dans leur boite. J'en pris une entre mes doigts. Elle baignait dans son eau, sa robe était fine, translucide. J'y enfonçai délicatement la pointe de mon couteau et la vis se contracter légèrement. J'y ajoutai une goutte de citron et l'avalai d'un geste. Une vague de fraîcheur iodée se déroula jusqu'au fond de ma gorge et fit tressaillir mes papilles. Je fermai les yeux.

Quand je les ouvris, je vis les rayons du soleil  tomber en large pluie et enrober l'eau, les rochers et les arbres d'un voile crépusculaire. Le temps s'était accéléré. La nuit cherchait à se montrer. Et dans cet entre-deux j'observai un long moment le reflet orangé de la surface de l'eau jusqu'à goûter cette douce saveur du regret du temps révolu. Les âmes du passé remontèrent à la surface. Ma mère, portant toujours de jolies robes, qui nous couvrait de baiser. Comme des gouttes de pluie. Sombre. Mon père, couché sur son lit, pâle, la gorge noircie par la vie. Rendant son dernier souffle.
Le paysage s’estompe.

   --------------------------------------------------------------------------------------------------

Je retire mon drap. Pose le pied gauche sur le sol froid. Puis le droit. Et je dois faire un effort pour me lever encore engourdi par l'expérience. Je regarde par mon hublot et j'observe le couvercle gris, bas et lourd du dôme. Un coup d’œil dans le miroir me permet d'apercevoir mon teint grisâtre et de profondes cernes. La capsule de NÖSTALGIA, qui m'a coûté près de deux semaines de crédit, traîne encore sur le bord du lavabo. Je la jette dans la corbeille, au milieu des antidépresseurs, des somnifères et des capsules d'EÜPHÖRIA. Sur le moniteur qui occupe tout l'espace du mur est inscrit le message suivant :

Vous reprenez le travail dans 15 minutes. Ne soyez pas en retard. Vous avez déjà deux avertissements. Le prochain vous vaudra un mois en cellule d'isolement.

J'enfile ma combinaison de travail. Me dirige vers mon lit et trouve une photo au style rétro. C'est moi au milieu d'une forêts de pins, portant fièrement mon sac-à-dos.

Je souris.

Hors ligne jonathan

  • Tabellion
  • Messages: 59
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #1 le: 14 septembre 2018 à 07:28:12 »
Bonjour. On respire l'odeur des pins en lisant. Par contre, l'emploi du "présent" donnerait plus de vie et de mouvement à ton texte. Ce n'est que mon humble avis.
Un intellectuel assis ira toujours moins loin que deux cons qui marchent (Un taxi pour Tobrouk)
http://keulchprod.eklablog.fr/

Hors ligne Manu

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Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #2 le: 14 septembre 2018 à 15:32:30 »
Bonjour Mandemassa,

J'ai lu le texte très facilement. On voit une différence de style entre le début, plus enclin aux adjectifs, et la fin froide et concise, et bien sûr, cette différence colle au sujet.

Sur le fond, j'ai commencé à comprendre que le texte n'était pas tout à fait ce qu'on me demandait de lire au moment des huîtres. Au final, j'y ai vu une vision sombre de la vie puisque le narrateur ne semble pas avoir trop de défiances vis à vis des médicaments utilisés. Dans ce texte, ceux-ci semblent tout à fait intégrés au monde légèrement évoqué.

Bon début sur le forum. Encore une fois, bienvenue.

Hors ligne Mandemassa

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #3 le: 14 septembre 2018 à 17:34:46 »
Bonjour et merci pour vos commentaires,

Plusieurs personnes m'ont effet signalé que le passé simple les gênait et alourdissait un peu le texte. Je vais  le mettre entièrement au présent pour voir ce que cela donne. 

Bon w.e (d'écriture?) à vous

Hors ligne Nacas

  • Calliopéen
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  • Dragon d'encres
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #4 le: 15 septembre 2018 à 18:48:48 »
Je pense que l'expression à l'imparfait communiqque une très grande partie du bien-être que j'ai pris à lire. Je pense qu'au présent, ce texte serait dénaturé, et libéré de ce qui le rendait attachant, intéressant, agréable.
J'aurais aimé sentir l'odeur des aiguilles de pin... J'ai bien aimé les huîtres. C'est rigolo, à leur lecture, me venait les images d'une bouche de métro...

Merci bien pour ce moment de lecture comme sur un banc, j'aimerais qu'il fasse moins frais chez moi, pour vous dire au chaud d'écrire un peu plus de poésie, et pourquoi pas du fantastique...


Amicalement,
Nacas.
J'ai si froid...

Hors ligne Mandemassa

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #5 le: 17 septembre 2018 à 21:30:38 »
Merci Nacas pour ton commentaire que je ne découvre que maintenant.

Je ne sais pas si j'ai réussi mon coup, mais ce que j'ai voulu faire avec ce texte, c'est exprimer une certaine illusion du bonheur. Ou plutôt une recherche illusoire du bonheur à travers un sentiment de nostalgie, alors que mon protagoniste est en réalité un aliéné vivant dans un monde aliénant. Et ce bonheur "instagram" craquèle rapidement lorsque les démons du passé remontent à la surface.


Hors ligne andre48

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    • ajranc
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #6 le: 19 septembre 2018 à 02:44:37 »
Merci Mandemassa pour ce partage.
L’imparfait me convient pour la partie réminiscence.
Aidés par un médoc, des souvenirs proches du rêve, mènent vers des petits bouts de paradis en partie artificiel, ils équilibrent à peine une ‘réalité’ pénible.
Ce texte pourrait être le point de départ d’un texte plus long.
« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! » Denis Diderot

Hors ligne Stivus

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #7 le: 19 septembre 2018 à 19:20:40 »
Bonsoir,

Je me suis faite transporter par ton texte, j'avais réellement l'impression d'être dans cette forêt avec le personnage. J'ai beaucoup aimée comment tu as écris ce souvenir je trouve qu'on y ressentait une certaine lassitude, un manque, peut-être une pointe de mélancolie que la fin de cet histoire à confirmé.

J'ai adorée ! Merci d'avoir partagé ce texte qui est à mon humble avis magnifique.
Je vous aime tous. <3

Hors ligne Karinet

  • Calligraphe
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    • L'Infinie Ramure
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #8 le: 19 septembre 2018 à 19:33:07 »
La capsule "Nostalgia " mérite bien son nom. J'ai eu l'impression de me promener en forêt et peu à peu, un léger malaise s'est installé, jusqu'à la chute, plutôt glaçante. Ce texte m'a totalement mené où il voulait et a éveillé en moi les impressions les plus diverses. Bravo.
"L’usine avec son fracas s’évanouissait. J’étais heureux…. J’écrivais." (Maurice Leblanc)

http://linfinieramure.e-monsite.com/

Hors ligne Claudius

  • Palimpseste Astral
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  • Miss Green Mamie grenouille
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #9 le: 19 septembre 2018 à 21:51:37 »


C'et un texte bien mené, j'ai suivi tes pas, ta promenade, j'ai humé l'air et surtout je n'ai pas vu venir le dernier paragraphe. C'est une belle idée sortie de ton imagination. Et j'aime la chute, c'est fort bien fait.

 ;) ;)
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Claudius ses textes et poésies

Hors ligne Mandemassa

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #10 le: 20 septembre 2018 à 15:16:21 »
@ Claudius, Karinet, Stivus et Andre

Merci pour vos commentaires. Je suis content de lire que ce texte vous a plus et a pu susciter quelques émotions en vous.

Mandemassa

Hors ligne Rasting H.

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #11 le: 20 septembre 2018 à 17:05:37 »
Alors, alors.

J'ai tardé pour me montrer actif sur le forum, mais avec presque deux mois de retard je me présente enfin... Voyons voir ce que nous avons là.

Bon, les commentaires des autres membres étant beaucoup, beaucoup plus courts que ce que celui que je m'apprête à te faire, j'en complexe un peu. Tu ne m'en voudras pas de tout mettre en spoiler ? Non ? Qui ne dit mot consent : c'est donc décidé !

Spoiler
[close]
« Modifié: 20 septembre 2018 à 19:03:00 par Rasting H. »
Soyez beaux comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie !

Hors ligne Mandemassa

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #12 le: 20 septembre 2018 à 18:43:23 »
Cher  Rasting,

Merci pour ton commentaire général et tes remarques stylistiques dans le corps du texte. Je suis d'accord avec toi. Certains points de la première partie doivent être revus afin d'atténuer ce côté surjoué (même si je veux garder une certaine note artificielle).

J'ai besoin de relire attentivement tes remarques dans le corps du texte, mais certaines d'entre elles ont attiré mon attention sur certaines lourdeurs. Mission réussie!

Je n'ai par contre rien compris à la théorie de Grice  ;D, mais ce soir j'ai le cerveau un peu trop fatigué pour t'en demander davantage. Je relirai ça à tête reposée et reviendrai vers toi.

Bien cordialheument,

Mandemassa
« Modifié: 20 septembre 2018 à 19:08:30 par Mandemassa »

Hors ligne Rasting H.

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #13 le: 20 septembre 2018 à 19:05:13 »
En fait, pour m'être relu sur le point de Grice, je me suis aperçu qu'un bout de ma phrase avait tout bonnement sauté : mea maxima culpa. Du coup, j'ai corrigé ; et comme ça sera toujours plus clair d'aller voir un cours déjà conçu par des universitaires là-dessus, bah... Tiens, pour quand tu auras le temps ;) http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2008.foudon_n&part=145070
Soyez beaux comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie !

Hors ligne Alan Tréard

  • Comète Versifiante
  • ***
  • Messages: 4 068
  • Passons passons puisque tout passe
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Le randonneur ou réaction contre l'irréversible
« Réponse #14 le: 24 septembre 2018 à 18:54:56 »
Bonjour Mandemassa,

Je trouve ces confidences romantiques pleines de fraîcheur. Je ne comprends pas exactement pourquoi tu crées une rupture dans le genre, j'ai eu le sentiment que ton personnage avait du mal à se concentrer sur quelque chose, comme torturé, tourmenté.

Je finis par me demander ce qui pousse ton personnage à écrire, à se confier. Si le texte a un quelque chose d'onirique, j'ai eu le sentiment que tu peinais à l'ancrer dans la réalité, comme perdue dans tes rêves...

 


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